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dimanche 6 septembre 2026

35 idées reçues sur l’intelligence chez l'homme passées au crible

Publié en 2020 par Cambridge University Press, In the Know (littéralement Bien informé) de Russell Warne est consacré aux idées reçues sur l’intelligence et les tests de QI. L’ouvrage passe au crible 35 affirmations que Warne considère comme largement répandues dans les médias, l’éducation et la culture populaire, puis confronte chacune d’elles aux résultats issus de la recherche psychométrique et de la psychologie différentielle. Les 35 chapitres sont répartis en sept sections : nature de l’intelligence, mesure de l’intelligence, influences sur l’intelligence, intelligence et éducation, conséquences dans la vie, différences entre groupes démographiques, et questions sociales et éthiques.

L’ambition de Warne est moins de proposer une nouvelle théorie de l’intelligence que de présenter au lecteur non spécialiste les acquis scientifiques les mieux établis selon lui. Sa thèse générale est que les différences individuelles de capacité cognitive sont réelles, qu’elles peuvent être mesurées avec une précision notable et qu’elles ont des conséquences importantes dans l’éducation, le travail et diverses dimensions de la vie. Il soutient également que certaines conclusions politiquement ou moralement délicates ne peuvent être écartées simplement parce qu’elles sont désagréables ou historiquement compromises.

L’auteur

Russell T. Warne est psychologue et spécialiste de la psychométrie et de la mesure en psychologie. Il a obtenu un diplôme de psychologie à Brigham Young University en 2007, puis un doctorat en psychologie de l’éducation à Texas A&M University en 2011, avec une spécialisation en recherche, mesure et statistiques. Il enseigne à Utah Valley University depuis 2011, où il est professeur associé. Ses travaux portent notamment sur l’intelligence, les tests psychologiques, la psychologie des personnes à haut potentiel et les méthodes statistiques. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et a également écrit un manuel de statistiques destiné aux étudiants en sciences sociales. 

I. La nature de l’intelligence

Mythe 1 : « L’intelligence n’est que l’ensemble des tâches qu’un psychologue place dans un test »

Pour Warne, cette conception ne résiste pas à l’analyse factorielle. Les performances à des tâches cognitives très différentes — compréhension du vocabulaire, résolution de problèmes, capacité à retenir et manipuler temporairement des informations, raisonnement, rapidité de traitement, etc. — sont positivement corrélées. Cette corrélation positive généralisée fait apparaître un facteur général d’intelligence, dit g. Ce facteur représente les écarts entre personnes qui se retrouve d’une tâche à l’autre, plutôt que ce qui est propre à chaque exercice.

Le QI ne serait donc pas une simple addition arbitraire d’aptitudes particulières : les éléments propres à chaque tâche sont statistiquement séparés de ce qu’elles ont en commun. Le contenu précis d’un test importe ainsi beaucoup moins qu’on ne pourrait le penser, pourvu que les tâches soient de nature cognitive, suffisamment nombreuses et suffisamment discriminantes. Les tâches plus complexes tendent d’ailleurs à être plus fortement corrélées au facteur g.

samedi 25 juillet 2026

Nouvelle étude remet en cause les affirmations militantes LGBT selon lesquelles les lois dites « anti-trans » provoqueraient des suicides

Le groupe militant pro-LGBT Trevor Project a publié une étude affirmant que les lois interdisant aux hommes se déclarant « transgenres » de participer aux compétitions sportives féminines entraîneraient une hausse des suicides chez les jeunes. De nouvelles recherches mettent toutefois en évidence de sérieuses failles dans cette étude.

Le Trevor Project continue de promouvoir des « recherches » prétendant établir un lien entre les lois dites « anti-trans » et les suicides chez les adolescents souffrant de confusion de genre. Mais de nouveaux travaux scientifiques remettent une fois de plus en question la validité de ces conclusions.

Le Trevor Project se présente comme la « principale organisation à but non lucratif de prévention du suicide et d’intervention en situation de crise pour les jeunes LGBTQ+ ». Sur sa page d’accueil, l’organisation réagit à la récente décision de la Cour suprême des États-Unis confirmant la légalité des lois réservant les compétitions sportives scolaires aux personnes appartenant réellement au sexe correspondant, en laissant entendre que cette décision entraînera la mort de jeunes.

« Les chercheurs du Trevor Project ont publié une étude évaluée par les pairs dans la revue Nature Human Behaviour, concluant que les lois anti-transgenres – telles que celles examinées par la Cour suprême – provoquent directement une augmentation significative des tentatives de suicide chez les jeunes transgenres et non binaires vivant dans les États concernés », affirme l'organisation. « L’étude a analysé, sur une période de cinq ans, la relation de causalité entre ces lois et le risque de suicide à partir de données recueillies auprès de plus de 61 000 jeunes transgenres et non binaires à travers les États-Unis. Après prise en compte d’autres facteurs, les chercheurs ont conclu que ces lois entraînaient une augmentation pouvant atteindre 72 % des tentatives de suicide déclarées au cours de l’année précédente. »

Cependant, The College Fix rapporte que de nouvelles recherches ont mis au jour d'importantes faiblesses méthodologiques.

« La publication originale donne l’impression de reposer sur une analyse solide portant sur des dizaines de milliers de personnes et sur quinze États ayant adopté de telles lois », explique Kathleen Kerr, directrice du département de biostatistique à l’Université de Washington et coauteure d'une étude publiée dans la même revue afin d'évaluer ces résultats. « Notre commentaire montre que la principale conclusion – à savoir des effets importants deux et trois ans après l’adoption des lois – reposait en réalité sur un seul État, l’Idaho, qui ne représentait que quelques centaines de participants dans l’ensemble des données. Or les deux lois en question de l'Idaho, l’une sur les compétitions sportives et l’autre sur les certificats de naissance, ne sont soit jamais rentrées en vigueur, soit ont été suspendues par les tribunaux peu après leur adoption. »

Kathleen Kerr ajoute que les auteurs de l’étude initiale n’ont pas pris soin de sélectionner des États témoins comparables aux États ayant adopté ces lois. En utilisant comme groupe de contrôle l’ensemble des États n’ayant adopté aucune législation de ce type, ils ont inclus des États géographiquement et culturellement très éloignés, ce qui affaiblit la pertinence des comparaisons.

Les auteurs de l’étude contestée répondent que, même si les lois de l’Idaho n’ont jamais réellement produit d’effets concrets sur un nombre important d’élèves, le débat politique suscité par leur adoption aurait pu avoir un impact psychologique. Ils avancent également que les effets de ces lois auraient pu perdurer dans la pratique, y compris après leur suspension par les tribunaux.

Selon l’auteur, un nombre croissant d’éléments suggère toutefois que c’est au contraire l’approche dite d’« affirmation de genre » qui est susceptible de causer des préjudices importants, en particulier chez des enfants et des adolescents qui ne disposent pas encore de la maturité psychologique, émotionnelle ni de l’expérience nécessaire pour mesurer les conséquences à long terme de décisions susceptibles d'entraîner des transformations physiques majeures, voire des interventions chirurgicales ou des traitements hormonaux irréversibles.

En 2024, la Cass Review, vaste évaluation indépendante commandée par le National Health Service (NHS) anglais, avait conclu que la « médecine de genre » repose sur des « bases fragiles ». Le rapport souligne que, malgré l’abondance des publications scientifiques sur le sujet, les revues systématiques de la littérature mettent en évidence la faible qualité des études disponibles. Il n’existe donc pas, selon ses auteurs, de fondement scientifique suffisamment solide pour guider les décisions cliniques ou permettre aux enfants et à leurs familles de prendre des décisions pleinement éclairées.

En avril, une étude finlandaise portant sur l’ensemble des personnes de moins de 23 ans orientées vers des services spécialisés dans les questions de genre entre 1996 et 2019 (soit 2 083 personnes) a conclu que celles ayant entrepris une « transition de genre » présentaient une morbidité psychiatrique nettement plus élevée que les groupes témoins, avant comme après leur orientation vers ces services. Les besoins en soins psychiatriques persistaient fréquemment et avaient même tendance à s’aggraver après les interventions médicales.

L’auteur évoque également les témoignages de nombreuses personnes ayant effectué une « détransition », c’est-à-dire ayant renoncé à leur transition pour revenir à leur sexe d’origine. Selon lui, ces témoignages font état de séquelles physiques et psychologiques, ainsi que de biais idéologiques et de négligences au sein d'une partie du corps médical, dont certains praticiens adopteraient une approche militante en faveur de la transition.

Enfin, l’article rappelle que certains médecins pratiquant les soins dits d’« affirmation de genre » ont eux-mêmes évoqué des motivations financières. Il cite notamment un reportage diffusé en 2022 sur la Clinique de santé transgenre du Vanderbilt University Medical Center, dans lequel le Dr Shayne Sebold Taylor déclarait que « ces chirurgies rapportent beaucoup d’argent ».

vendredi 24 juillet 2026

Études en sciences de l'éducation : des résultats souvent impossibles à vérifier

Une étude de 7 ans sur 3 900 articles en sciences sociales a révélé que seulement ~50 % d’entre eux pouvaient être reproduits.

Il y avait toutefois une variation significative entre les disciplines.

Alors que plus de 60 % des articles en sciences politiques & en économie ont été reproduits, seulement ~25 % des articles en sociologie et 0 % des articles en éducation l’ont été.

Reproductibilité en sciences sociales

Une vaste étude menée pendant sept ans et publiée dans Nature a évalué la possibilité de reproduire les résultats de près de 3 900 articles en sciences sociales. Un chiffre a particulièrement retenu l'attention : seules environ la moitié des études examinées ont pu être répliquées avec succès sur de nouvelles données. Les résultats variaient toutefois fortement selon les disciplines. Les taux de reproductibilité étaient élevés en science politique et en économie, nettement plus faibles en sociologie et, surtout, extrêmement limités en sciences de l'éducation. Ces constats, largement relayés, méritent cependant d’être lus en gardant à l'esprit la distinction essentielle entre reproductibilité et réplicabilité.

Le projet SCORE et les trois dimensions de la fiabilité scientifique


Le projet Systematizing Confidence in Open Research and Evidence (SCORE) — que l'on pourrait traduire par « Systématiser la confiance dans la recherche ouverte et les données probantes » —, financé par la DARPA et conduit par plusieurs centaines de chercheurs, a analysé des articles publiés entre 2009 et 2018 dans 62 revues scientifiques.

L'un de ses principaux apports est de distinguer trois notions souvent confondues :
  • La reproductibilité : obtenir les mêmes résultats en réexécutant les mêmes analyses sur les mêmes données.
  • La robustesse : vérifier que les conclusions résistent à des modifications raisonnables des méthodes d'analyse.
  • La réplicabilité : tester les mêmes hypothèses à partir de nouvelles données indépendantes.
Les premiers résultats ont été publiés en avril 2026 dans un numéro spécial de Nature.

Une reproductibilité limitée avant tout par le manque de données

Dans l'étude de Miske et al. (Nature, 2026 ; doi:10.1038/s41586-026-10203-5), les chercheurs ont sélectionné un échantillon stratifié de 600 articles. Seuls 24 % mettaient leurs données à la disposition du public. En conséquence, une évaluation de la reproductibilité n'a pu être menée que pour 143 articles.

Parmi ces articles, 53,6 % étaient précisément reproductibles et 73,5 % au moins approximativement reproductibles, c'est-à-dire que la nouvelle analyse aboutissait à des résultats très proches de ceux de l'étude originale, sans exiger une concordance parfaite.

Le principal enseignement est donc moins l'existence d'erreurs que l'impossibilité, dans de nombreux cas, de vérifier les résultats faute d'accès aux données et au code d'analyse.

Des écarts très marqués entre disciplines

La science politique et l'économie obtiennent les meilleurs résultats. Lorsque des tentatives de reproduction ont pu être réalisées, 66 à 72 % des études étaient précisément reproductibles (attention pas nécessairement réplicables!), et plus de 77 % étaient au moins approximativement reproductibles. Ces disciplines bénéficient depuis plusieurs années de politiques éditoriales favorisant le partage des données et des scripts d'analyse.

La situation est tout autre en sciences de l'éducation. À peine 2,9 % des articles rendent leurs données accessibles. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. Les graphiques montrant 0 % de reproductibilité ne signifient donc pas que toutes les études sont erronées, mais que presque aucune tentative de reproduction n'a pu être entreprise. Cette absence de transparence constitue, à elle seule, un résultat préoccupant : une discipline dont les travaux ne peuvent être contrôlés offre nécessairement un niveau de confiance plus faible.

La sociologie occupe une position intermédiaire, avec des taux de reproductibilité sensiblement inférieurs à ceux observés en économie et en science politique.

Réplicabilité et reproductibilité : deux résultats différents

Une autre étude issue du projet SCORE s'est intéressée non plus à la reproductibilité, mais à la réplicabilité, c'est-à-dire à la capacité d'obtenir des résultats comparables sur de nouvelles données. Son taux de succès global est d'environ 49 %. C'est ce chiffre, proche de 50 %, qui a été largement repris dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Ce qu'il faut retenir

Ces travaux ne remettent pas en cause l'ensemble des sciences sociales. Ils montrent avant tout que la transparence — mise à disposition des données, du code et de la documentation — constitue un facteur déterminant de la qualité scientifique. Lorsque ces éléments sont accessibles, les taux de reproductibilité augmentent fortement, atteignant dans certains cas près de 90 % de reproductibilité approximative.

Depuis 2018, de nombreuses revues ont renforcé leurs exigences en matière de partage des données, en particulier en économie et en science politique. Les sciences de l'éducation, en revanche, apparaissent encore très en retrait sur ce point, ce qui limite fortement la possibilité de contrôler et de consolider leurs résultats.

Le partage des données et du code est une condition nécessaire de la transparence scientifique, mais il ne garantit nullement la validité des conclusions. Une étude peut être parfaitement reproductible tout en reposant sur des données biaisées, un protocole défaillant ou des hypothèses erronées. Le test le plus exigeant demeure la réplicabilité, c'est-à-dire la capacité à retrouver les mêmes résultats sur de nouvelles données. Or, sur ce point, le projet SCORE n'observe qu'un taux de succès d'environ 49 %. La transparence facilite donc le contrôle scientifique ; elle ne saurait s'y substituer.

Voir aussi

Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

Association mondiale pour la santé des personnes transgenres « coupable » d’une « fraude scientifique majeure et inqualifiable »

Les études de McKinsey sur la relation entre la diversité et la performance des entreprises ne sont pas reproductibles

La plaque commémorant la première Britannique noire a été retirée parce qu’elle « venait de Chypre »

« Racisme systémique » — Professeur congédié après des soupçons de falsification de données dans de nombreuses études

Le président de l’université de Stanford a été démasqué pour falsification de données. Les preuves sont choquantes et il est déprimant de voir que Marc Tessier-Lavigne, ancien éminent neuroscientifique, n’ait pas été sanctionné comme il se doit pour sa faute professionnelle. (Voir les articles qui ont dévoilé ces scandales 1re partie, 2nde partie). 

Médecins admettent le lien entre hormonothérapie transgenre et le cancer dans des courriels fuités

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables…

 
 
 

dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

mercredi 13 mai 2026

« Jamais autant d'immigration en France »

L’immigration est-elle une fatalité ? C'est le sujet abordé par Le Club Le Figaro Idées présenté par Eugénie Bastié. Elle reçoit Didier Leschi et Nicolas Pouvreau-Monti.

mercredi 6 mai 2026

Comment YouTube a envahi les écoles américaines

Les parents constatent que leurs enfants sont accros à ce site de diffusion de vidéos sur les appareils fournis par l’école ; dans un cas précis, leur enfant a visionné 13 000 vidéos YouTube en trois mois

L'« alarme maternelle » d'Amy Warren a retenti lorsque son fils, élève de septième année (12-13 ans) à Wichita, dans le Kansas, semblait en savoir beaucoup trop sur Fortnite, un jeu vidéo de combat et de tir auquel il n'a pas le droit de jouer.

Lorsque Mme Warren s’est connectée au compte Google de son fils, elle a été consternée : son fils Ben avait visionné plus de 13 000 vidéos YouTube pendant les heures de cours entre décembre 2024 et février 2025, selon les données de visionnage qu’elle a fournies au Wall Street Journal.

Son fil d’actualité regorgeait de contenus inappropriés. Des vidéos glorifiant la culture des armes à feu, posant des questions sur les silencieux pour les pistolets Nerf, des « tirs à la tête » où des enfants simulent de manière réaliste leur propre mort, une vidéo contenant des blagues sexuellement explicites sur des voisins couchant ensemble. YouTube lui avait proposé des « mini-vidéos » — une vidéo après l’autre, sélectionnées par un algorithme qui avait déterminé que son fils serait susceptible d'aimer.

« Ça m’a fait pleurer », a déclaré Mme Warren. « Tout à coup, c’est ce genre de contenu violent sur les armes à feu, sans que ce soit de sa faute. » Elle s’est ensuite présentée aux élections du conseil d’établissement et a remporté le scrutin en novembre, désireuse de susciter le changement.

Les écoles publiques américaines sont submergées par YouTube. Selon plus de 45 familles, administrateurs scolaires, cliniciens et éducateurs à travers le pays interrogés par le Wall Street Journal, la dépendance excessive des écoles à l’égard de la plateforme appartenant à Google pour le contenu éducatif a créé une porte d’entrée permettant aux élèves d’être aspirés dans un défilement infini de vidéos sur les appareils fournis par l’école.

jeudi 19 février 2026

Étude — Le parti pris des chercheurs en sciences sociales influence les conclusions de leurs études sur l'immigration

Comment nos convictions personnelles influencent-elles ce que nous tenons pour vrai ? 

Cette question fondamentale touche au cœur de la démarche scientifique. Dans le domaine de la recherche sur l'immigration, une étude innovante et ses réanalyses récentes révèlent un phénomène troublant : les convictions personnelles des chercheurs peuvent influer, souvent à leur insu, sur leurs conclusions scientifiques. Cette analyse met en lumière un déséquilibre idéologique marquant qui soulève des interrogations profondes sur l'objectivité de la recherche en sciences sociales.

Le paradoxe entre opinion publique et conclusions scientifiques

Dans les pays occidentaux, les sondages d'opinion révèlent systématiquement qu'une majorité de citoyens souhaite un durcissement des politiques migratoires. Pourtant, la recherche universitaire en sciences sociales tend massivement à conclure que l'immigration produit des effets neutres, voire positifs, sur la société. Cette divergence est particulièrement frappante concernant le maintien du soutien aux programmes sociaux – aides au chômage, retraites, soins de santé.

D'où vient ce décalage ? L'explication pourrait résider dans les biais idéologiques des chercheurs eux-mêmes, qui orientent subtilement leurs choix méthodologiques. C'est précisément ce que démontre un projet de recherche collectif innovant, connu sous le nom d'approche « multi-analystes », où plusieurs équipes travaillent sur des données identiques pour tester une même hypothèse.

L'étude fondatrice : un exercice collectif révélant l'incertitude cachée

En 2022, une équipe dirigée par Nate Breznau, Eike Mark Rinke et Alexander Wuttke a conçu une expérience sans précédent. Ils ont recruté 158 chercheurs en sciences sociales – principalement issus de la sociologie (près de 50 %), des sciences politiques (environ 25 %) et d'autres disciplines comme l'économie. Ces participants, pour la plupart expérimentés (plus de 80 % avaient enseigné l'analyse de données et 70 % avaient publié sur l'immigration ou les États-providence), ont été organisés en 71 équipes indépendantes.

Le protocole expérimental

Avant toute analyse, chaque chercheur a révélé ses convictions personnelles en répondant à une question simple : « Pensez-vous que, dans votre pays de résidence actuel, les lois sur l'immigration des étrangers devraient être assouplies ou rendues plus strictes ? » Les réponses étaient notées sur une échelle de sept points, allant de 0 (beaucoup plus restrictives) à 6 (beaucoup plus assouplies).


Toutes les équipes ont ensuite reçu exactement les mêmes données et la même question de recherche : « L'immigration réduit-elle le soutien des habitants à un État-providence généreux ? »

mercredi 18 février 2026

Qu'est-ce qui explique l'écart salarial entre les hommes et les femmes ? La maternité.

Les recherches suggèrent qu'après avoir pris en compte les contraintes auxquelles les femmes sont confrontées pour avoir et élever des enfants, il ne reste plus grand-chose à expliquer dans le domaine des écarts salariaux. L'économiste la plus influente dans ce domaine, Claudia Goldin de l'université Harvard, qui a remporté le prix Nobel en 2023, semblait avoir clos le débat. Selon ses travaux, la maternité explique pratiquement tout l'écart salarial.

Une poignée d'articles publiés au cours des deux dernières années ont relancé le débat. Ils s'appuyaient sur des ensembles de données puissants et novateurs, qui mettaient en relation les dossiers médicaux et les données sur les revenus dans les pays scandinaves. Ces nouvelles preuves ont permis aux économistes d'exploiter la puissante expérience naturelle offerte par les variations de la fertilité des femmes. Les chercheurs ont pris comme échantillon des femmes ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) – qui souhaitaient clairement avoir des enfants – et ont examiné la différence de salaire à long terme entre celles qui sont tombées enceintes et celles qui ne l'ont pas été. Au début, les mères gagnaient beaucoup moins, mais cet écart s'est réduit avec le temps. Environ 10 à 15 ans après la naissance des enfants, les mères gagnaient même un petit supplément.

Cette approche consistant à exploiter les variations naturelles de la fertilité a été utilisée dans une nouvelle étude, menée par Camille Landais de la London School of Economics et d'autres chercheurs. Elle s'intéresse aux femmes atteintes du syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), une maladie rare dans laquelle une fille naît sans utérus mais se développe normalement par ailleurs. Ces femmes savent très tôt dans leur vie qu'elles ne pourront pas avoir d'enfants, ce qui les différencie de celles qui le découvrent après avoir échoué à concevoir naturellement ou par FIV. Cela pourrait influencer leurs salaires futurs, car les femmes qui envisagent de concevoir peuvent investir différemment dans leur capital humain. Elles pourraient, par exemple, dépenser moins pour leurs études, sachant qu'elles pourraient mettre leur carrière entre parenthèses après avoir donné naissance.

Cette connaissance précoce semble faire une grande différence. L'étude sur les femmes atteintes du syndrome MRKH a révélé qu'elles gagnent à peu près autant que les autres femmes et les hommes au début de l'âge adulte. Puis, entre 30 et 40 ans, alors que l'écart salarial entre les hommes et les femmes se creuse, les femmes atteintes du syndrome MRKH suivent une trajectoire différente. La trajectoire de leur salaire est presque identique à celle de leurs homologues masculins. En d'autres termes, si l'on élimine la maternité et toutes les décisions que les femmes pourraient prendre en l'anticipant, l'écart salarial semble disparaître. Il est difficile d'imaginer un meilleur moyen d'isoler les effets de la maternité des autres caractéristiques féminines et d'étudier leur impact sur les revenus. 

Source : The Economist
 
Voir aussi 
 
 
Voir aussi ce qu’en disait le grand économiste Thomas Sowell, ce n’est pas les lois des féministes qui expliquent l’augmentation des salaires des femmes depuis les années 70....

Le salaire des jeunes Anglaises dépasse celui des jeunes Anglais. C’est à partir de 30 ans que cela s’inverse.

Cliquer sur le graphique ci-dessus pour l’agrandir.


Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes »

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu’il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

L’État [et ses emplois à l’abri des aléas économiques] se féminise et se « diversifie »

Brève — L’écart de rémunération entre les sexes reflète les décisions de la famille que nous pouvons ou ne voulons pas changer

Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l’effondrement du mariage ?

Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines

Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.

Tempête dans la gazouillosphère québécoise : « Les filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons » 

L’effondrement du mariage aux États-Unis, ses causes et ses effets

 
 

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons
Cerveau masculin et cerveau féminin

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre   

mardi 30 décembre 2025

La dépendance technologique atrophie-t-elle nos compétences ? L'exemple de l'évolution de l'activité de l'hippocampe...

Les systèmes de navigation par GPS (comme Google Maps ou Waze) sont devenus omniprésents dans nos déplacements quotidiens. Ils offrent un confort indéniable, mais des recherches scientifiques montrent qu’une dépendance excessive au GPS affecte notre cerveau, notamment notre capacité à apprendre et à mémoriser des trajets sans assistance électronique. Ces effets touchent en particulier une structure cérébrale essentielle : l’hippocampe, au cœur de la mémoire spatiale et de la navigation cognitive.

Effets du GPS sur la mémoire spatiale et l’hippocampe

L’hippocampe est une structure cérébrale fortement impliquée dans la mémoire, l’orientation spatiale et la formation de représentations mentales de l’environnement. Quand on navigue sans aides électroniques, le cerveau mobilise activement cette région pour créer des cartes cognitives d’un lieu, mémoriser des points de repère et décider des meilleures routes à suivre.

Une étude publiée dans Nature [1] a évalué l’impact de l’usage du GPS sur la mémoire spatiale chez des conducteurs réguliers :
  • Les participants ayant une expérience plus importante d’usage du GPS présentaient une performance plus faible dans des tâches de navigation autonome — c’est-à-dire sans aide électronique.
  • Sur une petite portion des participants réévalués trois ans plus tard, une utilisation plus fréquente du GPS était associée à un déclin plus marqué de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Cette association ne s’expliquait pas par un sens de l’orientation subjectif plus faible — les utilisateurs fréquents de GPS n’étaient pas intrinsèquement moins doués pour s’orienter, ce qui suggère que c’est bien l’usage répété du GPS qui diminue l’engagement des circuits hippocampiques.
Autrement dit, plus on s’appuie sur des instructions automatisées, moins on sollicite les stratégies de navigation active qui font travailler l’hippocampe — un peu comme un « muscle » qui s’atrophie faute d’utilisation.


Pourquoi cela se produit-il ?


Le fonctionnement du GPS repose sur des instructions « virage après virage », qui demandent très peu au navigateur : il suffit de suivre un itinéraire pré-calculé. Quand on navigue de cette façon :
  • Le cerveau n’a pas besoin d’analyser l’environnement, de repérer des points de repère ou d’intégrer des relations spatiales complexes.
  • On mobilise davantage des circuits de type réponse stimulus (associés à des habitudes automatiques) plutôt que des stratégies basées sur la formation de cartes mentales complexes, qui demandent une activité soutenue de l’hippocampe. 
Ce désengagement factice explique que l’usage intensif du GPS, même sans entraîner une réduction mesurable du volume de l’hippocampe chez l’ensemble de la population jusqu’ici, soit associé à une moindre performance des fonctions hippocampiques quand des tâches exigeant une navigation autonome sont requises. 

Implications au‑delà de la navigation

L’impact du GPS sur la mémoire spatiale n’est que la partie émergée d’un phénomène plus large : la dépendance aux technologies numériques peut affecter d’autres fonctions cognitives essentielles, notamment la mémoire, l’attention et l’apprentissage. Plusieurs études montrent que l’accès constant à des informations externes — qu’il s’agisse d’instructions GPS, de moteurs de recherche ou d’écrans en général — diminue la nécessité de mobiliser activement certaines compétences intellectuelles, ce qui peut entraîner un affaiblissement progressif de ces facultés.

Par exemple, une revue publiée dans Learning and Instruction met en évidence que l’usage massif d’outils numériques pour chercher de l’information réduit la mémorisation et la compréhension profonde des contenus. Les lecteurs n’ont plus besoin de retenir les faits ou de structurer mentalement les informations, ce qui affaiblit l’engagement des circuits cérébraux responsables de la mémoire à long terme [2].

L’attention soutenue et la mémoire de travail sont également touchées. Une étude sur des étudiants exposés de manière intensive aux écrans montre que cette exposition est associée à une diminution de la performance en résolution de problèmes, en attention et en mémoire de travail, des fonctions nécessaires pour le calcul mental, la lecture attentive et la planification [3].

Chez les adultes plus âgés, des recherches contrôlées ont démontré que des exercices cognitifs ciblés — lecture à voix haute, calcul mental ou mémorisation active — améliorent l’attention, la mémoire verbale et la vitesse de traitement, ce qui confirme que le cerveau reste plastique et que ses capacités se renforcent par l’usage régulier [4].

Enfin, chez les jeunes, plusieurs synthèses sur l’usage des écrans montrent que la cognition générale et l’apprentissage peuvent être affectés négativement par un usage non pédagogique et excessif. Les distractions numériques et la lecture superficielle favorisent une forme de « paresse cognitive », réduisant la capacité à se concentrer, à mémoriser et à traiter des informations complexes [5].

Dans l’ensemble, ces observations confirment que la dépendance aux technologies, qu’il s’agisse de GPS ou d’écrans numériques, peut réduire l’engagement de nos facultés cognitives si elles ne sont pas sollicitées activement, et qu’il est donc important d’alterner entre usage numérique et pratiques intellectuelles stimulantes pour maintenir ses capacités mentales.

Conclusion

La dépendance accrue aux GPS diminue non seulement notre effort mental — elle change la manière dont notre cerveau s’emploie à naviguer et à traiter l’information. Les données scientifiques disponibles montrent que :

  • Un usage fréquent du GPS est associé à une baisse des performances de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Des activités intellectuelles non sollicitées par la technologie, comme la lecture approfondie, le calcul mental ou la mémorisation, peuvent également voir leur efficacité diminuer.
  • Alterner entre usage numérique et exercices cognitifs traditionnels permet de préserver et stimuler les facultés mentales.



[1]  Habitual use of GPS negatively impacts spatial memory during self-guided navigation, Nature, Scientific Reports, 2020

[2] Know what? How digital technologies undermine learning and remembering, ScienceDirect, 2021

[3] Effect of the Use of Electronic Media on the Cognitive Intelligence, Attention, and Academic Trajectory of Medical Students, PubMed, 2023

[4] Reading Aloud and Solving Simple Arithmetic Calculation Intervention (Learning Therapy) Improves Inhibition, Verbal Episodic Memory, Focus Attention and Processing Speed in Healthy Elderly People: Evidence from a Randomized Controlled Trial, PMC, 2016 

[5] Quels sont les effets de l’utilisation des écrans sur la cognition ?, ORES, 2023

Essai sur les méfaits de la télévision

Internet — des ados accros, des parents dépassés

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique.

Accros aux écrans : l’« héroïne numérique » 

dimanche 28 décembre 2025

Les emplois à l'épreuve de l'IA

Devriez-vous abandonner vos études universitaires et apprendre à utiliser une clé à molette pour protéger votre emploi contre l’IA ? 

Jacob Palmer ne savait pas grand-chose des métiers manuels qualifiés lorsqu’il était enfant, si ce n’est qu’ils étaient « sales, pénibles » et « semblaient vraiment peu gratifiants ». Mais il n’a fallu qu’un an d’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid pour que M. Palmer, qui a grandi en Caroline du Nord, se rende compte que l’université n’était pas faite pour lui. Il a abandonné ses études après sa première année, a passé les deux années suivantes à suivre une formation d’apprenti électricien et a créé sa propre entreprise en 2024. À seulement 23 ans, il possède désormais un entrepôt, une camionnette et une chaîne YouTube avec plus de 33 000 abonnés qui le regardent réparer des appareils allant des détecteurs de fumée aux chargeurs Tesla. Il prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de 155 000 dollars cette année, dont 10 % proviendront de YouTube. M. Palmer énumère les avantages du métier d’électricien : « Vous êtes plutôt bien payé pour le faire. On est payé pour apprendre à le faire. » Et cela crée une « sécurité de l’emploi massive » à une époque où de nombreux jeunes diplômés universitaires s’inquiètent de voir l’intelligence artificielle (IA) remplacer les cols blancs débutants. M. Palmer ne s’en fait pas pour cela : « Je vais câbler ces centres de données, pas vrai ? »

M. Palmer n’est pas le seul membre de la génération Z (les personnes nées entre 1997 et 2012) à remettre en question l’intérêt des études universitaires. Selon un récent sondage réalisé par l’institut Gallup, seul un tiers environ des adultes américains considèrent aujourd’hui que les études universitaires sont « très importantes », contre trois quarts en 2010. Environ un quart des Américains déclarent avoir « très peu » ou pas confiance dans l’enseignement supérieur. En creusant un peu plus, on constate que bon nombre de ceux qui ont peu confiance affirment que les universités n’enseignent pas de compétences pertinentes et qu’elles sont trop chères. En effet, les frais de scolarité moyens pour un diplôme de quatre ans dans les universités publiques américaines ont plus que doublé au cours des 30 dernières années, après ajustement pour tenir compte de l’inflation.

Si l’IA crée de nouveaux types d’emplois, tels que ceux d’ingénieurs logiciels chargés de la déployer dans les entreprises, elle rend également plus difficile l’accès à un premier emploi pour certains diplômés. Des études récentes menées par Stanford, Harvard et le King’s College de Londres ont montré que les entreprises qui adoptent l’IA générative aux États-Unis et au Royaume-Uni ont tendance à embaucher moins de cols blancs débutants. En novembre, 6,8 % des 20-24 ans titulaires d’une licence aux États-Unis étaient au chômage, contre 8,6 % de ceux qui n’avaient qu’un diplôme d’études secondaires (voir graphique). Parmi les diplômés universitaires qui ont trouvé un emploi, plus de la moitié sont sous-employés (occupant des emplois qui ne nécessitent pas de diplôme universitaire de quatre ans) un an après l’obtention de leur diplôme, et 73 % de ceux qui commencent par être sous-employés le restent dix ans plus tard.

Dans le même temps, l’intérêt pour les métiers manuels qualifiés est en hausse. Une récente publicité dans le métro londonien montre une requête tapée : « Eh ! IA, plie ce tuyau en cuivre » et la réponse d’un modèle linguistique à grande échelle (LLM) : « Désolé, je ne peux pas faire ça. » La publicité invite ensuite les passants à « apprendre un métier et à assurer leur avenir professionnel ». Sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram et TikTok, de jeunes plombiers et électriciens publient des vidéos de leur travail quotidien qui recueillent des dizaines de milliers de vues et des commentaires admiratifs.

Une enquête publiée en juin par l’American Staffing Association a révélé qu’un tiers des adultes conseilleraient aux jeunes diplômés du secondaire de suivre une formation professionnelle ou technique, une proportion légèrement supérieure à celle qui les encouragerait à faire des études universitaires. Certains suivent ce conseil : les inscriptions à des programmes professionnels et techniques de deux ans dans les collèges communautaires américains ont augmenté de près de 20 % depuis 2020. Selon le ministère américain du Travail, le nombre d’apprentis actifs aux États-Unis a plus que doublé entre 2014 et 2024.

Un avenir prometteur

Les diplômés universitaires âgés de plus de 25 ans bénéficient toujours d’un taux de chômage plus faible et d’un salaire annuel médian presque deux fois supérieur à celui des diplômés du secondaire. Mais si l’on examine de plus près les différents diplômes, les résultats sont plus variés. Selon une étude de l’université de Georgetown (voir graphique ci-dessous), les titulaires d’une licence en sciences, technologie, ingénierie ou mathématiques (STIM) gagnaient un salaire annuel médian de 98 000 dollars en 2024. Les diplômés en arts et sciences humaines avaient un revenu médian de 69 000 dollars. En revanche, le salaire annuel médian d’un technicien d’ascenseur aux États-Unis est de 106 580 dollars.

Les écarts au sein des métiers sont également importants. Le salaire annuel médian des électriciens aux États-Unis est de 62 000 dollars, mais les 10 % les mieux rémunérés gagnent plus de 100 000 dollars chacun. Il en va de même pour les meilleurs plombiers, chauffagistes, mécaniciens aéronautiques et installateurs de lignes électriques. Aucun de ces emplois ne nécessite de licence, mais ils exigent une formation spécialisée.

Les cols bleus sont également très recherchés dans des secteurs tels que la fabrication de pointe et la défense. Selon une étude réalisée par la Semiconductor Industry Association et Oxford Economics, près de 60 % des nouveaux emplois dans la fabrication et la conception de puces électroniques qui seront créés aux États-Unis entre 2023 et 2030 devraient rester vacants en raison d’un manque de main-d’œuvre qualifiée. Parmi ces emplois vacants, 40 % sont des postes de techniciens ne nécessitant qu’un diplôme de deux ans. Jensen Huang, PDG du fabricant de puces Nvidia, a déclaré que les centres de données pour l’IA auront besoin de centaines de milliers d’électriciens, de plombiers et de charpentiers.

Au Royaume-Uni, les rapports sectoriels estiment qu’il manque 35 000 soudeurs qualifiés, nécessaires notamment pour construire des parcs éoliens en mer, des centrales nucléaires et des sous-marins. Beaucoup de ceux qui possèdent ces compétences vieillissent : la moitié de la main-d’œuvre britannique spécialisée dans le soudage devrait prendre sa retraite d’ici 2027.

Une solution à la pénurie de compétences consiste à encourager davantage de jeunes à acquérir des compétences techniques. Mais les métiers manuels restent stigmatisés. De nombreux parents les considèrent comme « sales, pénibles et dangereux » et « sans avenir », explique Sujai Shivakumar, du Centre for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion basé à Washington. Le manque de coordination entre les écoles, l’industrie et le gouvernement est également un problème, selon M. Shivakumar. Les collèges communautaires proposent souvent des cours qui augmentent le nombre d’inscriptions, mais pas ceux dont les industries ont besoin, explique-t-il, ce qui laisse aux diplômés professionnels peu de choix d’emploi, même s’il y a une pénurie de compétences.

L’exemple suisse

Une meilleure solution serait de s’inspirer de pays comme la Suisse, où environ deux tiers des jeunes suivent une formation technique après 11 ans de scolarité obligatoire. Ce système fonctionne parce qu’il est « perméable », ce qui signifie que les étudiants peuvent facilement passer d’une filière technique à une filière universitaire, et inversement, explique Ursula Renold, experte en formation professionnelle à l’ETH Zurich, une université suisse. De nombreux autres pays encouragent l’apprentissage, qui permet aux stagiaires d’obtenir une certification pour travailler dans un certain secteur, mais ne leur permet pas d’utiliser cette certification dans le système éducatif général. « Ils sont cloisonnés », explique Mme Renold, ce qui est « très dangereux ». Selon elle, un système idéal devrait éviter de séparer les étudiants et les apprentis dans des filières différentes. Il devrait également laisser les entreprises prendre l’initiative d’élaborer les programmes d’études et de former les étudiants sur le lieu de travail.

La mise en place de systèmes tels que celui de la Suisse peut prendre des décennies. En attendant, la meilleure option pourrait être l’apprentissage diplômant, dans le cadre duquel les étudiants sont rémunérés par un employeur pour poursuivre des études universitaires tout en acquérant une formation sur le terrain. BAE Systems, un fabricant d’armes britannique, dispose d’un programme d’apprentissage qui accueille plus de 5 000 stagiaires par an, dont un tiers sont des apprentis en licence. Laché, un apprenti en génie aérospatial de 20 ans (dont le nom de famille n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), passe quatre jours par semaine à travailler sur les technologies du cockpit du Tempest, un nouvel avion de chasse, et le cinquième jour à suivre des cours. « C’est vraiment, vraiment, vraiment génial », dit-elle. La demande pour ce type d’apprentissage est forte : BAE a reçu plus de 31 000 candidatures pour 1 100 places lors de son dernier cycle, selon Richard Hamer, directeur de la formation de l’entreprise. Cela « en vaut vraiment la peine » tant pour les stagiaires que pour l’entreprise, qui avait du mal à trouver des diplômés possédant les compétences requises, dit-il. 

Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs 

Des programmes similaires voient également le jour aux États-Unis. TSMC, un fabricant de puces taïwanais, a récemment lancé un programme d’apprentissage en Arizona, où il prévoit de construire six usines de semi-conducteurs. Nolan Cunningham, un apprenti technicien de processus âgé de 23 ans, travaillait dans une chaîne de restauration rapide avant de rejoindre le programme TSMC en avril. Il avait décidé de renoncer à l’université pour éviter de s’endetter. « Je ne veux pas passer les 25 prochaines années à rembourser mes prêts étudiants », explique-t-il. « Cela vous handicape complètement. »

Mais il suit désormais des cours de nanotechnologie dans un établissement d’enseignement supérieur communautaire, financés par TSMC, et est en passe d’obtenir un diplôme de premier cycle. Son travail à l’usine consiste principalement à analyser des données et à surveiller les systèmes de fabrication à partir d’un ordinateur. Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs a été un « énorme bond en avant », explique M. Cunningham, mais un choix facile.

Source : The Economist

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dimanche 21 décembre 2025

« Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

jeudi 11 décembre 2025

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes en attendant les résultats d’un important essai clinique au Royaume-Uni, attendu en 2031.

L’interdiction entrera en vigueur le 19 décembre, bien que les jeunes souffrant de dysphorie de genre et qui prennent déjà ces médicaments soient autorisés à continuer.

Les médicaments bloquant la puberté — techniquement appelés analogues de l’hormone de libération de gonadotrophine — resteront disponibles pour des affections médicales telles que le cancer de la prostate et l’endométriose.

« Nous mettons en place des mesures de protection renforcées afin que les familles puissent avoir confiance que tout traitement est cliniquement solide et dans l’intérêt supérieur du jeune ou de l’enfant », a déclaré le ministre de la Santé Simeon Brown (ci-contre) dans un communiqué de presse.

« Le mémoire du ministère de la Santé a révélé qu’il manque de preuves de haute qualité démontrant les bénéfices ou les risques de l’utilisation d’analogues hormonaux libérateurs de gonadotrophine pour le traitement de la dysphorie ou de l’incongruence de genre. Tant que cette incertitude persiste, le gouvernement adopte une approche de précaution », a-t-il poursuivi.

“Ces changements garantiront une approche plus cohérente et soigneusement suivie”, conclut Brown. “Cela reflète les mesures prises dans d’autres pays, tels que le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège et la Suède, où des garanties supplémentaires ont récemment été mises en place pour garantir que les décisions soient prises en conformité avec les meilleures preuves disponibles.”

Le Royaume-Uni a interdit les bloqueurs de puberté pour les mineurs après les résultats d’une étude approfondie des preuves disponibles commandée par le National Health Service et menée par le Dr Hilary Cass. Le rapport Cass a constaté qu’il existe « des preuves faibles concernant l’impact sur la dysphorie de genre, la santé mentale ou psychosociale » et a ajouté que « l’effet sur le développement cognitif et psychosexuel reste inconnu ».

De plus, il existe des preuves substantielles que les bloqueurs de puberté endommagent de façon permanente les os des jeunes ; qu’ils peuvent provoquer une dysfonction sexuelle permanente et une infertilité ; que les effets néfastes des bloqueurs de puberté sont souvent permanents et irréversibles ; et de nombreuses autres études mettant en avant ces conclusions.

Il a été prouvé que les bloqueurs de puberté influencent le développement du cerveau, réduisent la densité des os et freinent la croissance. Ils risquent d’empêcher l’utilisateur d’atteindre le QI maximal, inhibent la fonction sexuelle, épaississent le sang, augmentent le risque d’infarctus jusqu’à cinq fois, créent un risque plus élevé de diabète, de caillots sanguins et de cancer, et peuvent entraîner une atrophie génitale.

Les militants transgenres ont répondu en affirmant que cette mesure mettrait en danger les enfants souffrant de dysphorie de genre, la fameuse Association professionnelle pour la santé transgenre Aotearoa affirmant, sans ironie, que la décision était « motivée par l’idéologie ». En fait, la décision reposait sur les meilleures preuves ; La position des activistes transgenres est « idéologiquement motivée » par l’hypothèse que les enfants naissent régulièrement dans les mauvais corps et que les « soins d’affirmation de genre » peuvent corriger cela.

Le député du Parti vert, Ricardo Menéndez March, a déclaré à RNZ que le gouvernement « adhérait aux guerres culturelles importées » et a déclaré que « le gouvernement devrait se concentrer sur la résolution des problèmes fondamentaux auxquels notre système de santé est confronté… plutôt que de mener des guerres culturelles contre les personnes [dites] trans. » Le ministère de la Santé a confirmé que 113 personnes utilisaient des bloqueurs de puberté en 2023. 

Charlotte Paul, experte en santé publique et professeure émérite à l’Université d’Otago, soutient ces nouvelles restrictions, affirmant que lorsqu’il s’agit des dangers potentiels des bloqueurs de puberté, il existe des « incertitudes substantielles », même sur « qui doit être traité, et pourquoi ». Elle a déclaré : « Ce n’est pas seulement l’incertitude quant à l’équilibre entre bénéfices et risques. C’est que nous ne savons pas assez sur la population que nous soignons et que nous pourrions nuire à beaucoup d’enfants. »

« New Zealand First était le seul parti à faire campagne à travers le pays pour stopper l’utilisation de bloqueurs de puberté chez les enfants et nous n’avons jamais cessé de nous battre pour que cela arrive », a déclaré le leader de NZ First et ministre des Affaires étrangères, Winston Peters, sur X.
 

Cette nouvelle est intervenue le même jour où le département américain de la Santé et des Services sociaux a publié un rapport de 400 pages évalué par des pairs sur les « transitions de genre » chez les enfants, incluant les bloqueurs de puberté, les hormones intersexuées et les chirurgies. L’étude a mis en lumière les risques de perte de densité osseuse, d’infertilité et de complications chirurgicales, et a souligné que les preuves de résultats bénéfiques étaient de « très faible qualité ».

jeudi 4 décembre 2025

IA : Ne faites plus d’études - Olivier Babeau

Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites.

Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté.

Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».

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Mentionné dans la conversation:  Le Chaos qui vient. Élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique de Peter TURCHIN. Résumé de l'éditeur : Comment et pourquoi les systèmes politiques chutent-ils ? L'analyse à la fois historique et contemporaine du plus passionnant des chercheurs américains. Un livre essentiel pour comprendre l'instabilité du monde actuel. Les sociétés démocratiques sont aujourd'hui mises à mal, contestées et parfois réprouvées par des citoyens qui ont toujours eu le droit de vote. Elles sont jugées de plus en plus inégalitaires et génèrent toujours plus de frustrations, de colère, de ressentiment. Alors, à quel moment un système qui nous paraissait indestructible touche-t-il à sa fin ? Comment les turbulences politiques à même de conduire à une guerre civile s'expliquent-elles ? Pourquoi les dirigeants d'une société peuvent-ils subitement perdre pied ? Qu'est-ce qui, en un mot, mène à l'effondrement ? A ces questions de plus en plus saillantes et urgentes, Peter Turchin offre des analyses et des réponses proprement révolutionnaires : les données à partir desquelles il travaille retracent pas moins de 10 000 ans d'histoire et rassemblent plus de 700 sociétés, de l’Égypte ancienne à l'Amérique contemporaine, en passant par la Chine impériale et la France médiévale. Sa méthode combine le court terme de l'actualité à la profondeur de l'histoire humaine avec, quelles sont les époques, la rigueur d'un scientifique de la complexité. Les leçons qu'il invite à tirer sont claires. Lorsque l'équilibre du pouvoir entre peuple et élites penche trop sévèrement en faveur de ces dernières, la chute s'avère imminente. Les riches s'enrichissent aux dépens de pauvres qui s'appauvrissent, et à un sommet surpeuplé répondent des masses toujours plus fiévreuses. Ainsi va la mécanique de la surproduction d'élites, premier rouage de l'effondrement social. Ouvrage essentiel pour comprendre en profondeur les temps troublés que nous vivons, Le Chaos qui vient indique également la voie vers un avenir plus stable. Par l'autopsie des crises du passé, Turchin avance un possible remède à nos maux futurs. » Le meilleur essai de l'année. » The Times Turchin analyse avec lucidité l'instabilité des systèmes, même les plus solides. New York Times « Le grand récit collectif des échecs et des réussites de l'Humanité ». The Observer 

lundi 10 novembre 2025

Crèches universelles : la promesse et les dérives d’un modèle québécois exporté

L’idée d’un service universel de garde d’enfants séduit de plus en plus les pays riches. Dans un contexte de crise démographique et de pénurie de main-d’œuvre, la promesse de concilier maternité et carrière exerce une forte attraction politique. Aux États-Unis, plusieurs gouverneurs démocrates et le futur maire de New York, Zohran Mamdani, s’en inspirent ouvertement. Le Nouveau-Mexique vient d’étendre la gratuité complète des garderies à toutes les familles, quel que soit leur revenu. L’ambition affichée : soulager les ménages et permettre aux femmes de rester actives sur le marché du travail.

Ce virage s’appuie sur un précédent souvent cité comme modèle : le Québec, pionnier en la matière. En 1997, la province lança un vaste programme de garde subventionnée à cinq dollars par jour, inspiré des travaux du prix Nobel James Heckman et du célèbre Perry Preschool Project mené dans les années 1960 à Ypsilanti, aux États-Unis. Cette expérience pilote, menée auprès d’enfants défavorisés de trois ans, avait montré des effets spectaculaires : meilleure réussite scolaire, baisse de la criminalité et gains sociaux durables. Ces résultats ont servi de référence mondiale, notamment pour les politiques de Tony Blair au Royaume-Uni ou de Barack Obama aux États-Unis.

Mais, comme le rappelle The Economist, le Québec n’a pas reproduit les conditions de ces essais : il les a étendus à toute la population, dès la naissance, sans garantir la même qualité éducative. Les effets ont été rapidement mesurés. Une étude majeure signée Jonathan Gruber (MIT), Michael Baker (Université de Toronto) et Kevin Milligan (UBC) a suivi des cohortes d’enfants québécois sur plusieurs années à partir des données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes. Le verdict est sévère : hausse nette de l’anxiété, de l’agressivité et de l’hyperactivité, baisse des compétences sociales et motrices. L’impact a été suffisamment marqué pour se traduire plus tard par une augmentation des crimes contre les biens et de la consommation de drogues chez les adolescents québécois.

Les chercheurs soulignent que le programme québécois a certes stimulé la participation féminine au travail – le taux d’emploi des mères a bondi de huit points pour atteindre aujourd’hui environ 87 %, l’un des plus élevés du monde – mais au prix d’un coût humain et social ignoré. En privilégiant la productivité à court terme, l’État a parfois compromis le bien-être des enfants et, paradoxalement, celui des familles.

Le trio a publié sa première étude en 2005, et les résultats étaient accablants. Le passage à la garde d'enfants universelle semblait entraîner une augmentation de l'agressivité, de l'anxiété et de l'hyperactivité chez les enfants québécois, ainsi qu'une baisse des capacités motrices et sociales. Les effets étaient importants : les taux d'anxiété ont doublé ; environ un tiers d'enfants supplémentaires ont été signalés comme hyperactifs. En effet, la différence entre les taux d'hyperactivité était plus importante que celle généralement observée entre les garçons et les filles.

Dix ans plus tard, lorsque les enfants étaient au secondaire, les auteurs ont poursuivi leur suivi. Le meilleur que l’on puisse dire est que le programme n’a eu aucun effet sur les résultats scolaires ni sur les capacités cognitives. En revanche, les enfants ont déclaré un niveau de satisfaction de vie plus faible. De plus, une hausse de la délinquance juvénile au Québec, comparativement au reste du Canada, laisse entendre qu’ils ont été condamnés pour environ un cinquième de crimes supplémentaires liés à la drogue et aux biens.

Interrogé par le New York Times, James Heckman lui-même a pris ses distances : « Ce que le Québec a créé, ce ne sont pas des écoles préscolaires de qualité, mais des entrepôts d’enfants », déclarait-il. Là où les expériences américaines misaient sur un encadrement intensif et une relation de confiance entre éducateurs et enfants, le Québec a choisi la quantité : un système massif, impersonnel, fonctionnant à coût réduit.

Cette dérive illustre la différence entre deux visions :

  • d’un côté, le modèle ciblé et qualitatif, limité aux enfants défavorisés, qui offre de réels gains éducatifs et sociaux ;

  • de l’autre, le modèle universel et extensif, qui prétend égaliser les chances mais finit souvent par niveler par le bas.

Ce constat résonne en France, où les crèches sont aussi fortement subventionnées – jusqu’à 85 % du coût pris en charge. Là encore, la recherche nuance les résultats. Des travaux de Lawrence Berger, Lidia Panico et Anne Solaz (Ined) montrent que les enfants confiés à une crèche dès l’âge d’un an présentent à deux ans davantage de troubles du comportement que ceux gardés par leurs parents ou une assistante maternelle. Autrement dit, plus la socialisation précoce est forcée, plus elle semble fragiliser le développement affectif.

Les premières années sont cruciales : le développement cognitif et émotionnel des bébés dépend avant tout d’un contact étroit et stable avec un adulte de référence. Ce besoin d’interaction intense explique pourquoi les économies d’échelle ne fonctionnent pas dans les garderies d’enfants en bas âge. Une éducatrice peut superviser vingt élèves à l’école, une douzaine à la maternelle, mais à peine deux ou trois nourrissons en crèche. Toute réduction du ratio qualité/présence adulte se traduit immédiatement par une baisse du bien-être des enfants.

Cette exigence de qualité rend le modèle extrêmement coûteux. La Finlande, qui maintient un système de garde très encadré et généreusement financé, dépense bien davantage que la moyenne de l’OCDE. À l’inverse, les pays qui cherchent à « universaliser » la garde sans moyens suffisants – comme le Québec ou désormais certains États américains – en paient le prix à long terme : dégradation du développement des enfants, pression budgétaire, et tensions sociales croissantes.

Enfin, un angle mort majeur du débat reste occulté : celui de la discrimination entre mères. Au Québec, une femme qui choisit de garder elle-même ses jeunes enfants ne reçoit aucune aide publique, contrairement à celle qui les confie au réseau subventionné. Cette iniquité, rarement discutée, traduit un biais idéologique : le modèle valorise le travail salarié féminin, mais pénalise la maternité à domicile. Il impose une norme économique plutôt qu’un véritable choix familial, marginalisant les femmes qui privilégient la présence auprès de leurs enfants durant leurs premières années.

Ainsi, la garde universelle, vantée comme moteur d’égalité et de prospérité, révèle un paradoxe : elle libère certaines femmes, mais en enferme d’autres dans une logique de conformité sociale. Le cas québécois, admiré à l’étranger, montre qu’une politique de la petite enfance ne peut se réduire à des chiffres d’emploi. Elle doit aussi considérer la qualité du lien, la diversité des parcours familiaux et la liberté réelle des parents.

Comme le conclut The Economist, les sociétés modernes se heurtent à un dilemme : soit renvoyer les mères à la maison sans soutien, soit les inciter à confier leurs bébés à des structures surchargées et mal adaptées. Entre ces deux extrêmes, il reste à inventer un modèle qui respecte à la fois le développement des enfants, la liberté des femmes et la justice entre familles.

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