Au détour d’une ruelle tranquille de Gangnam, le menu allèche le passant à une encablure des tours futuristes du siège de Samsung. « Ragu a la bolognese », spaghettis « aglio olio » et « boeuf bourguignon » à des prix imbattables pour ce quartier huppé de Séoul. Langue pendante, un petit toutou blanc bouclé, vêtu d’un sweat-shirt élégant, vend la mèche dans le coin droit du présentoir.
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| Un chien portant des lunettes anti-UV avec sa maîtresse au K-pet Fair, salon dédié aux animaux de compagnie, à Séoul, le 17 juillet. |
Dans la tentaculaire capitale de Corée du Sud, Patted est le premier restaurant à servir aux animaux domestiques des plats gourmets d’habitude réservée à leurs maîtres. « Les chiens frétillent face à la nourriture servie aux humains. Je me suis dit qu’il fallait leur offrir ce plaisir. Le “papuccino & croissant” et les “spaghettis aglio olio” sont nos meilleurs ventes. Nous avons deux cuisines séparées, l’une pour les humains, l’autre pour les animaux », explique Cho Namin, le patron de 37 ans, en caressant sa petite chienne grise Eunmi, célébrité sur Instagram. La viennoiserie dorée plus vraie que nature est en réalité en pâte de riz et le cappuccino sans lactose.
Le week-end, les « petfamjeok » se pressent entre les murs minimalistes de l’établissement pour un brunch «en famille » autour d’œufs brouillés ou de pasta italienne al dente dans la gamelle. Un terme mêlant anglais et coréen pour désigner la nouvelle tendance des maîtres à traiter leurs « pets », ou animaux domestiques comme des membres à part entière du foyer, les couvant de toutes les attentions, du collier de luxe Tiffany au polo Ralph Lauren en passant par des parfums canins ou des séances de lecture de tarot. « Mon chien fait partie de la famille. Il va au jardin d’enfants, il a droit à des fêtes d’anniversaire, d’Halloween et des remises de diplôme », s’exalte Felicia, heureuse maîtresse. Aujourd’hui, « il y a une tendance grandissante à traiter les animaux à l’égal des humains », confirme notre restaurateur.
Une révolution de plus pour la quatrième économie d’Asie qui prise depuis des siècles le « bosingtang », la soupe de chien, censée redonner vigueur à l’organisme au cœur de la moiteur de la mousson. La viande canine sera bannie à compter du 7 février 2027 a décrété une nouvelle loi, et les gargotes du vieux Jongno, centre historique de Séoul, peinent déjà à trouver de la clientèle pour cette spécialité ancestrale relevée.
La Corée du Sud « consommait » jusqu’à 1 million de chiens par an, souvent maltraités dans des fermes prisons. Elle voit maintenant fleurir des «omakase» huppés servant des mets délicats aux toutous assis au comptoir avec leurs maîtres. «C’est fou, on est passé d’une société ou les chiens étaient au menu pour devenir un membre à part entière de la famille», explique Subin, 31 ans, qui dévoue toute son énergie à Walle, son chien qu’elle promeut sur Instagram, au point d’imprimer un maillot floqué à son nom.
Signe des temps, les ventes de poussettes pour chien ont dépassé celles destinées aux bébés en 2023, selon Gmarket, plateforme d’e-commerce. Cette année-là, le pays de la K-pop a enregistré le taux de fécondité le plus bas de la planète, tombé à 0,55 enfant par femme dans la capitale. Depuis, il connaît un léger rebond à 0,8 en 2025, mais très loin du seuil de 2,1 nécessaire au renouvellement de la population.
Dans les parcs de la tentaculaire capitale, la recrudescence des poussettes fait croire un instant à un improbable essor de la natalité, avant que la frimousse poilue d’un caniche ou d’un poméranien apprêté ne surgisse sous l’auvent du véhicule à roulettes. «Il s’agit de la même technologie que pour les bébés, mais le marché infantile est moins prometteur du fait du faible taux de natalité », explique Song Hyun Suk, vendeur chez Royal Tails, surnommé le «Hermès de la poussette », qui offre même une plaque dorée au nom du toutou accrochée à l’avant de l’engin. La brochure met en scène des mannequins au look aristo dans un décor de brique rappelant vaguement Kensington Palace. Des bolides vendus à 800 000 wons (474 euros, 793 dollars canadiens).
Le week-end, les « petfamjeok » se pressent entre les murs minimalistes de l’établissement pour un brunch «en famille » autour d’œufs brouillés ou de pasta italienne al dente dans la gamelle. Un terme mêlant anglais et coréen pour désigner la nouvelle tendance des maîtres à traiter leurs « pets », ou animaux domestiques comme des membres à part entière du foyer, les couvant de toutes les attentions, du collier de luxe Tiffany au polo Ralph Lauren en passant par des parfums canins ou des séances de lecture de tarot. « Mon chien fait partie de la famille. Il va au jardin d’enfants, il a droit à des fêtes d’anniversaire, d’Halloween et des remises de diplôme », s’exalte Felicia, heureuse maîtresse. Aujourd’hui, « il y a une tendance grandissante à traiter les animaux à l’égal des humains », confirme notre restaurateur.
Une révolution de plus pour la quatrième économie d’Asie qui prise depuis des siècles le « bosingtang », la soupe de chien, censée redonner vigueur à l’organisme au cœur de la moiteur de la mousson. La viande canine sera bannie à compter du 7 février 2027 a décrété une nouvelle loi, et les gargotes du vieux Jongno, centre historique de Séoul, peinent déjà à trouver de la clientèle pour cette spécialité ancestrale relevée.
La Corée du Sud « consommait » jusqu’à 1 million de chiens par an, souvent maltraités dans des fermes prisons. Elle voit maintenant fleurir des «omakase» huppés servant des mets délicats aux toutous assis au comptoir avec leurs maîtres. «C’est fou, on est passé d’une société ou les chiens étaient au menu pour devenir un membre à part entière de la famille», explique Subin, 31 ans, qui dévoue toute son énergie à Walle, son chien qu’elle promeut sur Instagram, au point d’imprimer un maillot floqué à son nom.
Signe des temps, les ventes de poussettes pour chien ont dépassé celles destinées aux bébés en 2023, selon Gmarket, plateforme d’e-commerce. Cette année-là, le pays de la K-pop a enregistré le taux de fécondité le plus bas de la planète, tombé à 0,55 enfant par femme dans la capitale. Depuis, il connaît un léger rebond à 0,8 en 2025, mais très loin du seuil de 2,1 nécessaire au renouvellement de la population.
Dans les parcs de la tentaculaire capitale, la recrudescence des poussettes fait croire un instant à un improbable essor de la natalité, avant que la frimousse poilue d’un caniche ou d’un poméranien apprêté ne surgisse sous l’auvent du véhicule à roulettes. «Il s’agit de la même technologie que pour les bébés, mais le marché infantile est moins prometteur du fait du faible taux de natalité », explique Song Hyun Suk, vendeur chez Royal Tails, surnommé le «Hermès de la poussette », qui offre même une plaque dorée au nom du toutou accrochée à l’avant de l’engin. La brochure met en scène des mannequins au look aristo dans un décor de brique rappelant vaguement Kensington Palace. Des bolides vendus à 800 000 wons (474 euros, 793 dollars canadiens).
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| Illustration (IA) avec modèle de poussette Royal Tails |
Et le symptôme d’une mutation profonde de cette société confucéenne télescopée par un « miracle économique » fulgurant, assoiffée de technologie et dont la population devrait fondre de moitié à la fin du siècle. « La transformation a été très rapide. Les politiciens voient désormais la cause animale comme un levier pour attirer des voix », explique Lee Sangkyung, expert à L’ONG Humane World for Animals, à Séoul.
Le président Lee Jae-myung a promis de réguler le marché vétérinaire, posant avec son chien Bobby dans les fauteuils de la Maison-bleue. Son prédécesseur conservateur Yoon Suk-yeol et sa sulfureuse première dame Kim Keon-hee avaient fait encore mieux, entourés de leurs six chiens et cinq chats - et sans enfants, au diapason d’une société boudant les maternités. Cette ménagerie est même devenue un casse-tête pour le service de sécurité du palais après la condamnation du dirigeant à la prison à perpétuité, pour avoir ébranlé la turbulente démocratie d’Asie du Nord-est en imposant la loi martiale le 3 décembre 2024, ressuscitant brièvement les fantômes de la dictature.
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| L'ancien président Yoon Suk-Yeol et une partie de sa famille (photo réelle) |
« Tu es sûr que tu veux ces lunettes ? ! Elles sont un peu chères», roucoule d’une voix enfantine une « maman » à son chien blotti dans ses bras, le regard perplexe, dans l’immense hall bondé du Coex, le principal parc d’exposition de Gangnam. Banco pour cette paire de verres teintés anti-UV à la monture jaune assortie à sa combinaison et censée prévenir la cataracte, pour la modique somme d’environ 200 euros.
Le salon K Pet Fair a des allures de caverne d’Alibaba pleine de tentations, depuis la friandise de « canard sous vide » au séchoir à caniche en passant par des steaks de kangourou ou des sprays à base de vers de terre, déclenchant aussitôt l’excitation des compagnons à quatre pattes. Les compagnies d’assurances sont également à l’affût d’une « économie des animaux domestiques» en pleine croissance et estimée à 8000 milliards de wons (5,3 milliards de dollars) selon le Korea Rural Economic Institute. La compagnie Jeju Air a même testé des vols « pets only » où les animaux occupent un siège à part entière auprès de leur maître et sont libres de gambader dans la carlingue après le décollage.
Sans oublier les entreprises de funérailles offrant une cérémonie d’adieu digne de ce nom aux animaux décédés et à leurs maîtres éplorés. Une multitude de jeunes entreprises s’engouffre dans ce nouveau marché à Séoul, proposant le transport du cadavre, une mise en bière solennelle, la crémation et une dispersion des cendres. Voire une bague mémorielle. Loin de l’impersonnel sac à ordure réglementaire. « La cérémonie se déroule dans une atmosphère paisible et parfois plus émotionnelle que pour un humain décédé, tant le lien est personnel. Cela démontre les changements de mentalité. Désormais, la mort d’un animal est perçue comme celle d’un membre à part entière de la famille », explique un représentant de Pet Forrest dont le siège offre un décor épuré propice au recueillement.
L’engouement pour les chats et les chiens comble un vide affectif pour des nouvelles générations sous pression, balançant par-dessus bord le modèle familial traditionnel dans une société ultra-compétitive où la fondation d’un foyer devient un rêve évanescent. « J’aimerais avoir un mari, mais je considère mon chien comme ma seule famille et seul ami aujourd’hui. Je suis prête à dépenser sans compter pour lui. La définition de la famille évolue de nos jours et beaucoup de gens se sentent seuls», explique Ji Yoon, célibataire.
Comme si le «Tigre coréen» était rattrapé par sa course à la perfection, dans un pays où l’entrée dans les meilleures universités démarre dès le jardin d’enfants, à grand renfort de bachotage et de cours du soir plombant le budget des ménages. L’envolée des prix de l’immobilier, qui ont doublé à Séoul entre 2017 et 2021, alliée à l’explosion des taux d’intérêt, a érigé l’achat d’un appartement au rang de fantasme hors de portée.
Or, c’est un passage obligé avant le mariage, devenu aujourd’hui un obstacle aux unions, poussant les jeunes à revoir leurs priorités existentielles en misant sur les petits plaisirs du quotidien, les investissements à la Bourse et un animal de compagnie en guise de compagnon. « Les chiens sont les nouveaux bébés. La vérité est que je n’ai pas les moyens d’élever un enfant à Séoul », explique Subin, qui travaille comme pigiste.
Derrière l’envolée des coûts se profile la compétition éducative insatiable qui accompagne cette société de l’excellence, dont les dépenses d’éducation privée se sont envolées de 60 % en une décennie, atteignant plus de 20 milliards de dollars par an. Une pression sociale de tous les instants, où il semble difficile d’échapper au conformisme ambiant, sous peine de décrocher. «Il existe un lien entre la faible natalité et l’engouement pour les animaux. Beaucoup de mes amis me disent qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis qu’ils sont parents », explique Cho.
Un toutou offre, lui, des caresses de réconfort, une fidélité à toute épreuve et une pression moindre, en forme de consolation. «Personne ne va vous demander à quelle université étudie votre chien ! », résume Min Sung, 32 ans. Quoique. La course aux apparences rattrape à son tour les « pets », exhibés par leurs maîtres sur Instagram tels de nouveaux trophées. Oubliez la Porsche ou le sac Birkin! Exhiber un élégant lévrier italien est le meilleur moyen d’afficher sa réussite sur les trottoirs de Cheongdam, l’avenue Montaigne de Séoul. « Les grands chiens sont un signe extérieur de richesse car il faut un logement spacieux », pointe un Séoulite.
La machine à stress, amplifiée par l’âge numérique, tourne déjà à plein dans cette nation hyperconnectée, encouragée par ses célébrités. Les quatre membres de Blackpink, le «girls band» le plus populaire de la planète, ont fait de leurs animaux de compagnie des vedettes d’Instagram, récoltant plus de 4 millions d'abonnés. [...]
Le salon K Pet Fair a des allures de caverne d’Alibaba pleine de tentations, depuis la friandise de « canard sous vide » au séchoir à caniche en passant par des steaks de kangourou ou des sprays à base de vers de terre, déclenchant aussitôt l’excitation des compagnons à quatre pattes. Les compagnies d’assurances sont également à l’affût d’une « économie des animaux domestiques» en pleine croissance et estimée à 8000 milliards de wons (5,3 milliards de dollars) selon le Korea Rural Economic Institute. La compagnie Jeju Air a même testé des vols « pets only » où les animaux occupent un siège à part entière auprès de leur maître et sont libres de gambader dans la carlingue après le décollage.
Sans oublier les entreprises de funérailles offrant une cérémonie d’adieu digne de ce nom aux animaux décédés et à leurs maîtres éplorés. Une multitude de jeunes entreprises s’engouffre dans ce nouveau marché à Séoul, proposant le transport du cadavre, une mise en bière solennelle, la crémation et une dispersion des cendres. Voire une bague mémorielle. Loin de l’impersonnel sac à ordure réglementaire. « La cérémonie se déroule dans une atmosphère paisible et parfois plus émotionnelle que pour un humain décédé, tant le lien est personnel. Cela démontre les changements de mentalité. Désormais, la mort d’un animal est perçue comme celle d’un membre à part entière de la famille », explique un représentant de Pet Forrest dont le siège offre un décor épuré propice au recueillement.
L’engouement pour les chats et les chiens comble un vide affectif pour des nouvelles générations sous pression, balançant par-dessus bord le modèle familial traditionnel dans une société ultra-compétitive où la fondation d’un foyer devient un rêve évanescent. « J’aimerais avoir un mari, mais je considère mon chien comme ma seule famille et seul ami aujourd’hui. Je suis prête à dépenser sans compter pour lui. La définition de la famille évolue de nos jours et beaucoup de gens se sentent seuls», explique Ji Yoon, célibataire.
Comme si le «Tigre coréen» était rattrapé par sa course à la perfection, dans un pays où l’entrée dans les meilleures universités démarre dès le jardin d’enfants, à grand renfort de bachotage et de cours du soir plombant le budget des ménages. L’envolée des prix de l’immobilier, qui ont doublé à Séoul entre 2017 et 2021, alliée à l’explosion des taux d’intérêt, a érigé l’achat d’un appartement au rang de fantasme hors de portée.
Or, c’est un passage obligé avant le mariage, devenu aujourd’hui un obstacle aux unions, poussant les jeunes à revoir leurs priorités existentielles en misant sur les petits plaisirs du quotidien, les investissements à la Bourse et un animal de compagnie en guise de compagnon. « Les chiens sont les nouveaux bébés. La vérité est que je n’ai pas les moyens d’élever un enfant à Séoul », explique Subin, qui travaille comme pigiste.
Derrière l’envolée des coûts se profile la compétition éducative insatiable qui accompagne cette société de l’excellence, dont les dépenses d’éducation privée se sont envolées de 60 % en une décennie, atteignant plus de 20 milliards de dollars par an. Une pression sociale de tous les instants, où il semble difficile d’échapper au conformisme ambiant, sous peine de décrocher. «Il existe un lien entre la faible natalité et l’engouement pour les animaux. Beaucoup de mes amis me disent qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis qu’ils sont parents », explique Cho.
Un toutou offre, lui, des caresses de réconfort, une fidélité à toute épreuve et une pression moindre, en forme de consolation. «Personne ne va vous demander à quelle université étudie votre chien ! », résume Min Sung, 32 ans. Quoique. La course aux apparences rattrape à son tour les « pets », exhibés par leurs maîtres sur Instagram tels de nouveaux trophées. Oubliez la Porsche ou le sac Birkin! Exhiber un élégant lévrier italien est le meilleur moyen d’afficher sa réussite sur les trottoirs de Cheongdam, l’avenue Montaigne de Séoul. « Les grands chiens sont un signe extérieur de richesse car il faut un logement spacieux », pointe un Séoulite.
La machine à stress, amplifiée par l’âge numérique, tourne déjà à plein dans cette nation hyperconnectée, encouragée par ses célébrités. Les quatre membres de Blackpink, le «girls band» le plus populaire de la planète, ont fait de leurs animaux de compagnie des vedettes d’Instagram, récoltant plus de 4 millions d'abonnés. [...]
Source : Le Figaro
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