samedi 18 mai 2024

Angleterre — le ministère de l’éducation estime que l'identité de genre ne doit pas être enseignée à l'école

Dans un communiqué de presse publié par le gouvernement, la ministère de l’éducation estime que l'identité de genre ne doit pas être enseignée à l'école. Ces propositions du gouvernement doivent être soumises à consultation avant d'entrer en vigueur.

Après le système de santé il y a quelques semaines, c’est à présent le système éducatif qui fait marche arrière sur la question du genre au Royaume-Uni. Dans un communiqué publié jeudi sur le site officiel du gouvernement, le ministère de l’éducation souhaite que le concept de l’identité de genre ne soit plus enseigné dans les collèges, et que les cours d’éducation sexuelle ne soient plus dispensés aux élèves de moins de neuf ans. À l’origine de ces mesures, une explication en demi-teinte du gouvernement qui dit vouloir «protéger les enfants d'enseignements inappropriés sur des sujets sensibles».

Si l’«Éducation aux relations, à la sexualité et à la santé» dans les écoles primaires, obligatoire depuis 2020 au Royaume-Uni, devait aborder les bases des relations familiales, amicales, de la santé physique, des parties du corps et de la puberté, plusieurs rapports ont fait état d’«éléments dérangeants» et «inappropriés» pendant ces cours. Le ministère de l’Éducation a donc annoncé un droit d’accès pour les parents aux ressources utilisées dans le cadre de ces cours, ainsi que l'introduction de nouvelles limites d'âge afin que les enfants ne soient pas initiés à des contenus «qu'ils n'ont peut-être pas la maturité de comprendre». Ces cours ne seront ainsi dispensés qu’à partir de neuf ans, et d’un point de vue «purement scientifique». Quant aux sujets plus «explicites» liés par exemple à la contraception, ils seront enseignés à partir de l’âge de 13 ans.

Ces propositions du gouvernement, annoncées quelques mois avant des élections législatives, doivent être soumises à consultation avant d'entrer en vigueur.

Des points de vue présentés comme des faits

Sur la question de l’identité de genre, la position du gouvernement ne manque pas de trancher avec la voie prise par le Royaume-Uni ces dernières années sur le sujet. «À la lumière du “Cass Review ”, explique le document gouvernemental, il est important que les écoles adoptent une approche prudente dans l'enseignement de ce sujet sensible, et qu'elles ne présentent pas des points de vue contestés comme des faits, y compris le point de vue selon lequel le genre est un spectre».

Poursuivant dans cette direction, le ministère annonce finalement que la théorie du genre ne devrait plus être enseignée à l’école primaire, et qu’elle serait abordée au collège sous un jour biologique. «Dans l'enseignement secondaire, les élèves apprendront les caractéristiques telles que l'orientation sexuelle et le changement de sexe, mais les écoles ne doivent pas enseigner le concept d'identité de genre».

«Les professeurs doivent enseigner des faits aux élèves»

Si la nuance entre changement de sexe et identité de genre demeure floue, la ministre de l’éducation Gillian Keegan (ci-contre) explique le 15 mai au micro de la BBC Radio 4 avoir vu «des documents où l'on parle de l'identité de genre comme d'un spectre, du fait qu'il existe de nombreux genres différents, en essayant d'amener les enfants à répondre à des questionnaires sur ce qui est une identité de genre différente et ce qui ne l'est pas, et en ignorant le sexe biologique... Beaucoup de ces éléments ont suscité des inquiétudes».

Dans un article du quotidien britannique The Sun paru le 15 mai, elle affirme également que «les professeurs sont là pour enseigner des faits aux élèves, et non pour pousser les agendas de groupes militants». Et d’ajouter: «Plus jamais nous n'enseignerons aux jeunes filles qu'elles seraient peut-être plus heureuses en étant garçon». En somme, le Royaume-Uni semble vouloir éduquer les collégiens sur l'existence des transitions socio-médicales de genre à l'âge adulte, sans basculer dans la promotion d’une idéologie controversée.

Il affirme également sa volonté de placer la protection des enfants au cœur de ses directives et de «consacrer le droit des parents à savoir ce que l'on enseigne à leurs enfants», selon les termes de Gillian Keegan. Un engagement confirmé par Rishi Sunak, premier ministre britannique, qui rappelle qu’en envoyant leurs enfants à l’école, «les parents sont convaincus, à juste titre, que ceux-ci sont en sécurité et ne sont pas exposés à des contenus dérangeants qui ne sont pas adaptés à leur âge».

Source : Le Figaro

vendredi 17 mai 2024

Élections en Inde, le triomphe du nationalisme hindou

Des affiches du campagne aux couleurs du BJP de Narendra Modi    

Depuis le 19 avril et jusqu'au 1er juin, 968 millions d'Indiens sont appelés à voter dans 102 circonscriptions réparties sur 21 États pour élire 545 députés à la Chambre basse du Parlement. Les résultats, attendus pour le 4 juin, détermineront le parti majoritaire et le nom du Premier ministre (Le Figaro, 18 avril). L'issue de ce marathon électoral de six semaines ne présente guère de doute : Narendra Modi et son parti, le BJP (« Parti indien du peuple »), au pouvoir depuis 2014, devraient triompher et imposer le nationalisme hindou. Selon ce courant de pensée, que d'aucuns qualifient d'idéologie, l'Inde aurait été asservie pendant douze siècles par les musulmans puis les Britanniques. Pour retrouver sa souveraineté et son identité, il lui faudrait donc revenir à « la source ». Cela signifie affirmer la primauté de l'hindouisme, avant tout sur l'islam et le christianisme qui sont les deux principales religions « allogènes ». Première minorité religieuse du pays devant les chrétiens (2,3 % de la population), les sikhs (1,7 %) et les bouddhistes (0,7 %), les musulmans représentent 15 % de la population indienne, soit près de 200 millions de personnes, mais n'occupent que 5 % des sièges de la chambre basse du Parlement.

Le parti au pouvoir n'a pas lésiné sur les moyens de propagande. Drapeaux, étendards et fanions du BJP claquent dans les rues des villes gouvernées par le parti ou ses alliés, à commencer par New Delhi. Des rues à consonances islamiques ont été renommées. L'opposition est sommée de donner des gages de ferveur nationale-hindouiste et est accusée d' « anti-hindouisme » quand elle entreprend de critiquer le bilan peu flatteur du pouvoir s'agissant du chômage, de l'inflation, de la corruption ou de l'indigence des services publics.

Depuis la première élection de Modi, en 2014, la pression sur les minorités religieuses n'a cessé de croître. Les lois promulguées à l'encontre des vendeurs (musulmans) de viande bovine, des congrégations religieuses recevant des fonds de l'étranger et les lois anti-conversions ont confirmé aux chrétiens comme aux musulmans qu'ils étaient dans le viseur des nouveaux dirigeants de l'Inde. Des nationalistes hindous, influencés par la rhétorique de politiciens affiliés au BJP, s'en prennent aux personnels d'institutions chrétiennes (écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux). Déplorant un climat social hostile aux minorités religieuses, la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CBCI) a dénoncé une « polarisation religieuse sans précédent qui endommage notre chère harmonie sociale et menace la démocratie elle-même ».

Pour s'assurer un troisième mandat, Narendra Modi multiplie les signes de ferveur hindouiste. En janvier dernier, le Premier ministre a inauguré un temple construit sur le site d'une ancienne mosquée détruite en 1992 par des extrémistes hindous, dans la ville d'Ayodhya (Uttar Pradesh). Soulignant son engagement nationaliste et religieux, son discours annonçait l'avènement d'une « nouvelle ère » pour l'Inde.

Autre indice de la fin programmée du sécularisme : l'éclipse qui frappe les pères de l'indépendance indienne, Gandhi et Nehru, auxquels sont reprochées plus ou moins franchement leur conception séculière et pluraliste de la démocratie indienne. Signe symbolique de ce désamour : le Musée-Mémorial Nehru, institut prestigieux de sciences sociales à New Delhi, a été renommé en août 2023 « Musée et bibliothèque du Premier ministre ». Quant à Gandhi, le gouvernement Modi lui préfère ostensiblement Vinayak Damodar Savarkar (1883- 1966), un nationaliste qui fut incarcéré par les Britanniques. Savarkar est le fondateur de l'hindutva, une idéologie prônant la suprématie de la « nation hindoue » (« Hindu Rashtra »). À ce propos, La Croix (25 avril) relève qu'un détail historique gênant est occulté dans les manuels d'histoire : l'allégeance de l'assassin de Gandhi, le nationaliste hindou Narayan Vinayak Godse, à l'association des volontaires nationaux, organisation paramilitaire dont est issu le BJP…

La prochaine étape visée par les ultra-nationalistes est une réforme de la Constitution enterrant le sécularisme — qui y est inscrit depuis l'indépendance (Asia News, 19 avril). Modi n'a pas désigné le but aussi clairement, mais il n'a pas caché son désir d'obtenir une majorité suffisante au Parlement pour instaurer un nouveau code civil unifié qui priverait les minorités religieuses de leurs législations particulières, charia pour les musulmans, lois ou coutumes liées au mariage, au divorce, à l'adoption, à l'héritage pour les chrétiens.

L'Église catholique de l'Inde ne dissimule pas son inquiétude face aux desseins de Modi et du Bharatiya Janata Party, d'instrumentaliser l'hindouisme au détriment des autres religions rapporte Vatican News (9 avril). La minorité chrétienne ne représente que 2,3 % du 1,4 milliard d'habitants du pays, soit néanmoins entre 30 et 35 millions de citoyens indiens. Selon l'organisation United Christian Forum, 161 attaques ont ciblé les chrétiens en Inde entre le 1er janvier et le 15 mars 2024. Plus fondamentalement, l'offensive se concentre sur les écoles et universités catholiques, particulièrement recherchées pour leur qualité.

jeudi 16 mai 2024

Pays-Bas : la nouvelle coalition veut politique d’asile « la plus stricte », numerus clausus pour étudiants étrangers et renforcement de la connaissance du néerlandais

La coalition de gouvernement de droite et de centre-droite nouvellement formée aux Pays-Bas a proposé jeudi une politique d’asile « la plus stricte » jamais adoptée, avec possibilité de sortir des règles européennes. 
 
Geert Wilders (PVV), Dilan Yesilgoz (VVD), Caroline van der Plas (BBB) et Pieter Omtzigt (NSC) à la conférence de presse de présentation de leur nouvel accord

La coalition annoncée mercredi par le chef de file de la droite néerlandaise Geert Wilders expose la politique migratoire « la plus stricte » jamais adoptée. Elle évoque la possibilité de sortir des règles européennes en la matière. L’accord de coalition de 26 pages a été validé tôt dans la matinée après six mois de difficiles tractations entre quatre partis, à la suite de la victoire électorale du dirigeant de droite Geert Wilders.

« Des dispositions concrètes seront prises pour aller vers des règles les plus strictes jamais adoptées en matière d’asile, et un paquet de mesures le plus large jamais pris pour contrôler les migrations », stipule le texte. Les signataires indiquent qu’ils transmettront « le plus tôt possible » à la Commission européenne une demande pour dérogation à la politique européenne d’asile. Les personnes sans permis de résidence valide seront expulsées « par la force si nécessaire », ajoute l’accord.

L’accord a été trouvé entre quatre partis, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders de droite, le parti pro-agriculteurs BBB, le parti libéral VVD et le nouveau parti de centre-droit NSC. On ignore encore l’identité du prochain Premier ministre qui dirigera le gouvernement de coalition et remplacera Mark Rutte, candidat au poste de secrétaire général de l’OTAN. La coalition proposée bénéficie de 88 sièges sur 150 à la Seconde chambre.

Le nom de l’ancien ministre de l’Éducation et de l’Intérieur, Ronald Plasterk, qui a également joué un rôle clé dans la supervision des premières négociations, est celui qui circule le plus. Un haut fonctionnaire, Richard van Zwol, a été désigné comme « formateur » chargé de constituer un cabinet, mais sans vocation à être candidat pour diriger le gouvernement.

Résumé du plan de gouvernement
 
« Espoir, courage et fierté », tel est l'intitulé de l’accord de coalition entre le PVV, le VVD, le NSC et le BBB. En 26 pages, ils expliquent ce qu’ils ont l’intention de faire.

« Qu’il s’agisse de la sécurité de l’existence, des soins ou de l’argent dans le portefeuille, ou encore de la disponibilité de logements en suffisance, notre ambition est grande », écrivent les quatre partis dans l’introduction de ce qu’ils appellent eux-mêmes un accord-cadre. « Nous voulons également inverser l’afflux beaucoup trop important de demandeurs d’asile et d’immigrants. Nous voulons que les agriculteurs, les maraîchers et les pêcheurs aient à nouveau un avenir ».

La nouvelle coalition a divisé en dix chapitres les politiques proposées, dont beaucoup doivent encore être élaborées par le futur cabinet. Voici les points clés de chaque chapitre :

Sécurité des moyens de subsistance et pouvoir d’achat

Les quatre parties ont convenu de réduire de plus de moitié la part payée par les citoyens dans les soins de santé. Cela ne se fera qu’en 2027, car il ne serait pas possible de le faire plus tôt. Actuellement, il existe encore une franchise obligatoire de 385 euros par an. Elle passerait alors à 165 euros par an.

En outre, la coalition souhaite réduire la charge pesant sur le travail « par exemple en introduisant une tranche supplémentaire dans l’impôt sur le revenu ». Enfin, les quatre partis veulent renforcer la sécurité de l’emploi, améliorer le désendettement et rendre les services de garde d’enfants presque gratuits pour les parents.

Maîtrise de l’asile et de l’immigration

Comme annoncé, la coalition se dirige vers le dispositif le plus strict jamais mis en place en matière d’asile. Il s’agit notamment d’une loi temporaire sur la crise de l’asile, assortie de mesures de crise. En cas de « crise », des mesures de grande envergure pourront être prises.

Le permis d’asile à durée indéterminée sera supprimé et le permis de séjour temporaire sera modifié. Les demandeurs d’asile déboutés seront « expulsés chaque fois que possible, y compris par la force ». Par ailleurs, les détenteurs de statut ne seront plus prioritaires dans l’attribution des logements sociaux. Le regroupement familial automatique sera également supprimé et le nombre de personnes autorisées à voyager sera « sévèrement limité ».

L’accord stipule également que la loi sur la répartition des réfugiés doit être annulée (au grand dam de son auteur).  La nouvelle coalition veut abroger la loi, qui a déjà été adoptée par la Chambre des représentants et le Sénat.

En outre, la coalition veut demander à la Commission européenne la permission de ne pas participer à la politique européenne en matière d’asile et de migration, et souhaite renforcer les contrôles aux frontières et l’introduction du système de double statut.

L’asile n’est pas la seule forme de migration que la coalition veut contrer. Des exigences supplémentaires seront imposées aux travailleurs migrants originaires de pays tiers et les « agences de recrutement malhonnêtes » seront réprimées.

L’immigration à des fins d’études sera freinée, notamment en proposant davantage de cours en néerlandais, en fixant un numerus clausus pour les étudiants étrangers et en augmentant les frais de scolarité pour les étudiants non ressortissants de l’UE.

En ce qui concerne l’intégration civique, les quatre candidats souhaitent que la connaissance de l’Holocauste devienne obligatoire et que les exigences linguistiques soient relevées. Dans le même ordre d’idées, ils proposent de réglementer les appels à la prière par haut-parleur.

Logement et logements sociaux, infrastructures, transports publics et aviation


Sur le plan structurel, 100 000 nouveaux logements devraient être construits chaque année. Cela se fera en partie par la mise à disposition de plus de terrains à bâtir. L’accord stipule qu’il faut « ajouter des rues » dans les centres-villes et les banlieues. Les procédures de construction devraient également être accélérées.

Pour les personnes déjà titulaires d’un logement, la coalition veut freiner les augmentations de loyer (dans les logements sociaux). En moyenne, au moins 30 % des nouvelles constructions doivent être destinées à la location sociale. Pour les propriétaires, les augmentations de l’impôt foncier seront plafonnées. Autre point important pour ce groupe : « il n’y aura pas de modification de la déduction des intérêts hypothécaires ».

En ce qui concerne l’infrastructure, il sera possible de rouler à nouveau à 130 kilomètres à l’heure « partout où c’est possible », y compris pendant la journée.

En outre, l’accessibilité des zones rurales devrait être améliorée « en renforçant le transport par bus entre les centres des villages ruraux » et la construction du Lelylijn, une liaison ferroviaire entre Lelystad et Groningen, se poursuivra.

Agriculture et pêche, sécurité alimentaire et nature

Dans le domaine de l’agriculture, fer de lance du BBB, la coalition veut « mettre le paquet » pour adapter les directives européennes. L’adaptation de la directive Nitrates et le « recalibrage » des zones Natura 2000 sont à l’ordre du jour. L’accent est mis sur une structure principale de zones naturelles robustes, et non sur une « nature parcellaire », précise l’accord.

L’accord stipule également que les Pays-Bas ne doivent plus mener une politique plus ambitieuse que le reste de l’Europe en matière de protection de la nature.

La coalition ne veut pas d’une réduction forcée du cheptel. Il ne doit pas non plus y avoir d’expropriation forcée. En revanche, il faut des rachats volontaires généreux et un engagement total en faveur de l’innovation dans l’agriculture.

À noter : le « diesel rouge », moins cher, revient pour les agriculteurs, les horticulteurs et les travailleurs contractuels. En 2013, ce faible taux d’accise sur le diesel a été supprimé.
Énergie, sécurité de l’approvisionnement et adaptation au climat

En matière de politique climatique, la coalition souhaite s’en tenir aux objectifs existants, selon l’accord. « Ce n’est que si nous ne parvenons pas à atteindre ces objectifs que nous mettrons en place des politiques alternatives », précise l’accord.

Le fonds pour le climat reste également intact. Ce fonds d’un milliard de dollars, mis en place par l’actuel gouvernement, finance des mesures climatiques. Il finance également le développement de l’énergie nucléaire. La nouvelle coalition s’oriente vers quatre nouvelles grandes centrales nucléaires, au lieu de deux, comme on le pensait auparavant.

Les partis veulent mettre l’accent sur une plus grande indépendance énergétique et sur une production d’énergie durable. Par ailleurs, la pompe à chaleur ne sera finalement pas obligatoire. Le cabinet actuel y avait songé, mais cette idée a été abandonnée. Les subventions pour les voitures électriques seront supprimées d’ici 2025.

Équipements publics, soins et éducation

Les quatre partis veulent renforcer les soins primaires, y compris les médecins généralistes, les infirmières de district et les soins informels. En outre, le travail dans le secteur des soins (qui souffre d’une grave pénurie de personnel) devrait devenir plus attrayant. Cela devrait se faire « par le biais d’une plus grande autonomie, de perspectives de carrière, de bonnes conditions de travail et d’une réduction des charges réglementaires et administratives ». Les soins aux personnes âgées devraient également être améliorés.

En termes d’éducation, les méthodes d’enseignement utilisées devraient être « d’une efficacité prouvée et politiquement neutres » et l’« anglicisation » devrait être réduite.

En ce qui concerne l’éthique médicale, tout reste inchangé. « Les cadres juridiques restent inchangés en ce qui concerne les embryons, l’avortement et l’euthanasie. »

Bonne gouvernance et État de droit fort

La coalition est en train de mettre au point un nouveau système électoral pour la Chambre basse. La forme exacte de ce système reste à déterminer. En tout état de cause, il devrait « renforcer le lien régional entre les électeurs et les représentants élus ». L’objectif est de mettre en place le système pour les prochaines élections.

En outre, des mesures doivent être prises en vue d’une révision constitutionnelle afin que les lois puissent être testées à l’aune de la Constitution. Et par extension, des mesures doivent également être prises pour la formation d’une cour constitutionnelle chargée de la révision constitutionnelle (un souhait fervent du leader du NSC, M. Omtzigt).

Il y aura également un « droit à l’erreur ». « Une seule erreur ne peut plus plonger un citoyen dans les ennuis », estime la nouvelle coalition. Les frais de relance et de recouvrement [pour créances dues] du gouvernement doivent être fortement réduits.

Le nombre de fonctionnaires et de consultants au sein du gouvernement doit également être réduit, et une réduction de 100 millions d’euros a été prévue pour la radiodiffusion publique. Les séjours à l’hôtel deviendront plus chers, car le taux de TVA repasse à 21 %. La TVA sur les biens et services culturels augmente également, mais pas celle sur les cinémas et les loisirs de jour.

Sécurité nationale

Dans le domaine de la sécurité aux Pays-Bas, les quatre ministres veulent renforcer la lutte contre le crime organisé. « Des efforts accrus seront déployés pour confisquer les avoirs et la lutte contre le blanchiment d’argent sera intensifiée.

Les peines seront également plus sévères pour les crimes graves tels que le terrorisme et les infractions violentes et sexuelles graves. Le système de justice pour mineurs sera rendu plus sévère, notamment en augmentant les peines maximales.

Sécurité internationale

“Les Pays-Bas continuent de soutenir l’Ukraine politiquement, militairement, financièrement et moralement contre l’agression russe”, indique l’accord. La norme de l’OTAN de 2 % pour la défense doit être rendue légale.

Et, ce qui est controversé, le pays devrait examiner “quand le transfert de l’ambassade à Jérusalem pourra avoir lieu à un moment approprié”. La plupart des pays ont leur ambassade à Tel-Aviv en raison du statut complexe de Jérusalem.

Finances publiques, économie et climat des affaires

La nouvelle coalition estime que le climat des affaires doit être amélioré. C’est pourquoi les récentes augmentations d’impôts pour les entrepreneurs seront partiellement annulées. Il s’agit notamment d’une augmentation de la taxe sur l’énergie.

Les partis en formation se sont mis d’accord pour réduire les taxes de 14,7 milliards d’euros par an. Cette réduction sera compensée par le même montant de dépenses supplémentaires (allègements fiscaux et investissements). Globalement, les dépenses diminueront de 4,7 milliards d’euros par an.



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mercredi 15 mai 2024

Canada — Le choc démographique s’aggrave en 2024, la crise du logement devrait empirer

Le choc démographique s'aggrave au Canada. La population en âge de travailler (15 ans et plus) a augmenté de plus de 100 000 en avril, portant le total à plus de 410 000 après 4 mois en 2024. Comme le montre le Graphique choc, il s'agit d'une forte accélération (+ 47 %) par rapport à l'augmentation de 278 000 enregistrée au cours des quatre premiers mois de 2023. Dans le Grand Toronto, où la croissance démographique a atteint le chiffre record de 107 000 en début d'année, l'accélération est de 66 % par rapport à la croissance observée en 2023. Le Grand Montréal et le Grand Vancouver ne sont pas en reste depuis le début de l'année 2024, avec une croissance plus de deux fois supérieure à celle observée en 2023.

Conclusion de la Banque Nationale : Ottawa ayant annoncé son intention de limiter l'immigration à partir de 2025, il semblerait que de nombreuses personnes aient décidé de venir au Canada plus tôt [car il s'agit pour les étrangers de simplement se présenter au Canada pour pouvoir s'y installer ?]. Les problèmes d'accessibilité au logement pourraient s'aggraver au cours des prochains trimestres, alors que nous nous dirigeons vers une nouvelle année record de croissance démographique.


 

 

Die Welt : « Le document secret qui aurait pu mettre fin à la guerre en Ukraine »

Trois semaines plus tard, Le Figaro mentionne ce document:

VU D’AILLEURS - Peu après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, des négociateurs des deux camps avaient rédigé un projet d'accord de paix. Un document de 17 pages que «Die Welt» a pu consulter en exclusivité. Même [Note du carnet: surtout...] après plus de deux ans de guerre, l'accord semble toujours avantageux a posteriori. Une solution pacifique aurait pu être trouvée quelques semaines après l'invasion russe de l'Ukraine. Voilà ce qu'il ressort d'un projet d'accord négocié par les deux belligérants jusqu'au 15 avril 2022. Die Welt a pu consulter le document original. Si l'on en croit ce qu'il contient, Kiev et Moscou s'étaient largement mis d'accord sur les conditions de la fin de la guerre. Seuls quelques points restaient en suspens, des points qui devaient être négociés personnellement par Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky lors d'une rencontre au sommet — qui n'a jamais eu lieu. [...]

Billet du 26 avril

Peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des négociateurs délégués par les deux belligérants avaient rédigé un traité de paix. 

Le document de 17 pages a été présenté en exclusivité au journal dominical allemand WELT AM SONNTAG (tirage de 350 000 exemplaires en 2017). Les espoirs d’un accord étaient grands. Mais l’étape décisive n’a jamais été franchie.

Quelques semaines après l’invasion russe de l’Ukraine, une solution pacifique aurait pu être trouvée. C’est ce qui ressort d’un projet d’accord que les deux belligérants avaient négocié jusqu’au 15 avril 2022. Le WELT AM SONNTAG a obtenu l’original du document. Selon ce document, Kiev et Moscou se sont largement mis d’accord sur les conditions d’une fin de la guerre. Seuls quelques points restaient en suspens. Ceux-ci devaient être négociés personnellement par Vladimir Poutine et Volodymyr Selensky lors d’une rencontre au sommet — qui n’a toutefois jamais eu lieu.

Immédiatement après le début de la guerre, les négociateurs russes et ukrainiens ont commencé à négocier ensemble la fin des hostilités. Alors que le monde et les Ukrainiens étaient sous le choc de l’invasion russe, Moscou a tenté d’obtenir la reddition de Kiev à la table des négociations.

Après le succès croissant de l’Ukraine sur le champ de bataille, la Russie s’est même éloignée de ses positions maximalistes. Les discussions ont finalement abouti aux premières négociations directes à Istanbul sous la médiation du président turc Recep Tayyip Erdogan fin mars [2022]. Les images de la rencontre sur les rives du Bosphore ont suscité globalement l’espoir d’une fin rapide de la guerre. En effet, les deux parties ont ensuite commencé à rédiger un projet d’accord.

Les grandes lignes de la paix ont fait l’objet d’un accord. Ainsi, selon l’article 1 du projet de traité, l’Ukraine s’engageait à une « neutralité permanente ». Kiev renonçait ainsi à toute appartenance à une alliance militaire. Une adhésion du pays à l’OTAN aurait ainsi été écartée. Les 13 sous-points du premier article montrent l’étendue de la définition de la neutralité.

Le pays s’est ainsi déclaré prêt à ne jamais « recevoir, produire ou acquérir » des armes nucléaires, à ne pas autoriser la présence d’armes et de troupes étrangères sur son territoire et à ne pas mettre son infrastructure militaire, y compris ses aérodromes et ses ports maritimes, à la disposition d’un autre pays. En outre, Kiev renonçait à organiser des exercices militaires avec la participation de pays étrangers et à prendre part à tout conflit militaire. Selon l’article 3 du document, rien ne s’opposait à l’adhésion de Kiev à l’Union européenne.

En contrepartie, la Russie garantissait qu’elle n’attaquerait pas à nouveau l’Ukraine. Pour que Kiev puisse en être sûr, Moscou acceptait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie elle-même, puissent donner à l’Ukraine des garanties de sécurité complètes. Dans l’article 5 du projet de traité, Kiev et Moscou ont convenu d’un mécanisme qui rappelle la clause d’assistance de l’OTAN.

Droit à l’autodéfense

En cas d’« attaque armée contre l’Ukraine », les États garants s’engageraient à aider Kiev à exercer son droit à la légitime défense, garanti par la Charte des Nations unies, dans un délai maximal de trois jours. Cette assistance pourrait prendre la forme d’une « action commune » de toutes les puissances garantes ou de certaines d’entre elles. Selon l’article 15, ce traité aurait dû être ratifié dans chaque État signataire afin de garantir son caractère contraignant en droit international.

Les deux parties avaient ainsi élaboré un mécanisme qui se distingue nettement du mémorandum de Budapest de 1994. À l’époque, la Russie avait déjà assuré l’Ukraine de son intégrité territoriale. Les pays occidentaux avaient promis leur aide à Kiev en cas d’attaque, mais ne l’avaient pas garantie.

Toutefois, les garanties de sécurité qui étaient sur la table au printemps 2022 auraient encore dû être approuvées dans un deuxième temps par les États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne et la France. La Russie souhaitait en outre inclure la Biélorussie, Kiev souhaitait la participation de la Turquie. Le premier objectif des négociateurs à Istanbul était toutefois de créer une entente entre Kiev et Moscou afin d’utiliser le texte comme base pour des négociations multilatérales.

Cette démarche a manifestement été entreprise à la demande de l’Ukraine, afin de montrer que la Russie accepterait un mécanisme de protection sur le modèle de l’OTAN. En effet, l’Ukraine a réussi à imposer ses vues à Moscou. La formulation du projet d’accord ressemble en grande partie à celle du communiqué d’Istanbul. Il s’agissait d’un document de deux pages dont WELT AM SONNTAG a [également] obtenu une copie.

Dans ce document, l’Ukraine exposait ses exigences avant la réunion des négociateurs du 29 mars 2022 à Istanbul, sous la médiation du président turc Erdogan.
À la suite de ces discussions, les délégations des deux pays ont rédigé le projet d’accord du 15 avril lors de négociations menées en ligne.

Il en ressort de l’article 8 que la Crimée et le port de Sébastopol sont exclus des garanties de sécurité. Kiev a ainsi accordé de facto à la Russie le contrôle de la péninsule. La demande initiale de l’Ukraine, à laquelle un passage du communiqué d’Istanbul a été consacré, selon laquelle le statut de la Crimée doit être clarifié dans le cadre de négociations dans les dix à quinze prochaines années, ne se retrouvait pas dans le projet d’accord.

Le document ne précise pas quelle partie de l’Ukraine orientale devrait être exclue de la promesse de protection des États garants. Les passages concernés ont été marqués en rouge. Il ressort du communiqué d’Istanbul que Kiev aurait accepté d’exclure certaines parties des oblasts de Donetsk et de Louhansk, que la Russie contrôlait déjà avant le début de la guerre. La délégation russe a en revanche insisté pour que la définition des frontières soit effectuée par Poutine et Zelensky en personne et reportée sur une carte.

La délégation ukrainienne a rejeté cette idée. Kiev a exigé que l’on détermine où se situe la frontière selon la vision ukrainienne. Autre problème : la Russie a exigé qu’en cas d’attaque, tous les États garants soient d’accord pour activer le mécanisme d’assistance. Cela aurait donné à Moscou un droit de veto lui permettant de neutraliser le mécanisme de protection. En outre, Moscou a rejeté la demande ukrainienne selon laquelle les États garants pouvaient établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine en cas d’attaque.

La Russie a certes signalé lors des négociations qu’elle était prête à se retirer d’Ukraine, mais pas de la Crimée ni de la partie du Donbass qui devait être exclue des garanties de sécurité. Les chefs d’État devaient discuter directement des détails de ce retrait. Deux négociateurs ukrainiens l’ont confirmé indépendamment l’un de l’autre au journal WELT AM SONNTAG.

La question de la dimension future de l’armée ukrainienne n’a pas non plus été résolue. Kiev a partiellement répondu à la demande russe de démilitarisation. Selon l’« Annexe 1 », Moscou a exigé que Kiev réduise son armée à 85 000 soldats — environ un million servent actuellement. L’Ukraine a proposé un effectif de 250 000 soldats.

Les deux parties ont également divergé sur la question du nombre d’équipements militaires. Ainsi, la Russie demandait de réduire le nombre de chars [ukrainiens] à 342, Kiev voulait en garder jusqu’à 800. L’Ukraine ne voulait réduire le nombre de véhicules blindés qu’à 2400, la Russie demandait à ce que seuls 1029 soient conservés.

En ce qui concerne les pièces d’artillerie, la différence était également importante. Moscou en prévoyait 519, Kiev 1900. Kiev voulait conserver 600 lance-roquettes multiples d’une portée allant jusqu’à 280 kilomètres, alors que la Russie en aurait voulu 96 d’une portée maximale de 40 kilomètres. Les mortiers devaient être réduits à 147 unités selon les vœux de la Russie et les missiles antichars à 333, contre respectivement 1080 et 2000 selon Kiev.

En outre, l’armée de l’air ukrainienne devait être fortement réduite. Moscou exigeait le maintien de 102 avions de combat et 35 hélicoptères, Kiev insistait sur 160 avions à réaction et 144 hélicoptères. Les navires de guerre devaient être au nombre de deux selon les Russes, de huit selon les Ukrainiens.

Même si des points essentiels restaient en suspens, le projet d’accord montre à quel point on était proche d’un possible accord de paix en avril 2022. Poutine et Zelensky auraient dû régler les points litigieux restants lors d’un face-à-face. Mais après le sommet prometteur d’Istanbul, Moscou a posé des exigences ultérieures que Kiev n’a pas acceptées.

Elles sont notées en italique dans le document. Selon ce document, la Russie a demandé que le russe devienne la deuxième langue officielle en Ukraine, que les sanctions réciproques soient levées et que les plaintes déposées devant les tribunaux internationaux soient abandonnées. Kiev devait également faire interdire par la loi « le fascisme, le nazisme et le nationalisme agressif ».

Comme l’a appris le journal WELT AM SONNTAG auprès de plusieurs diplomates impliqués dans les négociations, l’intérêt pour une solution au printemps 2022 était grand. La Russie s’était retirée du nord de l’Ukraine après l’échec de son avancée sur Kiev et avait annoncé vouloir se concentrer sur des conquêtes territoriales à l’est. L’Ukraine a pu défendre sa capitale en déployant les plus grands efforts, les livraisons d’armes lourdes occidentales n’étaient pas encore en vue.

« Le meilleur accord que nous aurions pu avoir »

Même après plus de deux ans de guerre, l’accord paraît toujours avantageux rétrospectivement.

« C’était le meilleur accord que nous aurions pu avoir », a déclaré un membre de la délégation de négociation ukrainienne de l’époque au WELT AM SONNTAG. Depuis des mois, l’Ukraine est sur la défensive et subit de lourdes pertes. À l’époque, l’Ukraine était dans une meilleure position de négociation que maintenant. Si l’on avait pu mettre fin à cette guerre coûteuse après environ deux mois, cela aurait sauvé d’innombrables vies et épargné beaucoup de souffrances.

Il ressort de l’article 18 du projet de traité que les négociateurs pensaient à l’époque que les deux chefs d’État signeraient le document en avril 2022. Le négociateur ukrainien David Arakhamia a donné au moins un indice sur la raison pour laquelle Poutine et Zelensky ne se sont jamais rencontrés pour le sommet de paix final espéré, lors d’une interview télévisée en novembre 2023.
Selon ce rapport, le Premier ministre britannique de l’époque, Boris Johnson, s’est rendu à Kiev le 9 avril et a déclaré que Londres ne signerait « rien » avec Poutine — et que l’Ukraine devait poursuivre les combats. Johnson a certes démenti cette assertion par la suite. On peut toutefois soupçonner que la proposition de donner des garanties de sécurité à l’Ukraine de concert avec la Russie avait déjà échoué à ce moment-là. L’Ukraine aurait pourtant eu besoin de ces garanties pour se prémunir à l’avenir contre la Russie.

Source : Die Welt

mardi 14 mai 2024

Le Québec relativement épargné par la crise des opioïdes en Amérique du Nord

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le pays « a connu un nombre substantiellement plus élevé de décès et d’autres méfaits associés aux opioïdes depuis le début de la surveillance en 2016 [et la] pandémie de COVID-19 pourrait avoir exacerbé la crise » (Comité consultatif spécial fédéral, provincial et territorial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes 2023).

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique que le Québec a jusqu’à présent été relativement épargné si on le compare au reste du Canada (INSPQ 2024b). L’INSPQ estime que le nombre de décès attribuables à une intoxication aux opioïdes étaient en baisse en 2018 et 2019 (211 et 212, respectivement), ont remonté en 2020 (319), et sont demeurés relativement élevés en 2021 (284).

Pour suivre les tendances plus récentes, l’INSPQ diffuse également le nombre de décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou à d’autres drogues, jusqu’en décembre 2023. Selon ces données, on observe qu’après la période relativement stable de l’année 2021, il y a eu une augmentation du nombre de cas à la fin de l’année 2023. Notons qu’au terme des enquêtes, le nombre de décès attribués à une intoxication aux opioïdes s’avère plus faible que le nombre de décès liés aux intoxications initialement suspectées, qui incluent également d’autres drogues.


Par ailleurs, l’Agence de la santé publique du Canada compile des statistiques sur le sujet à partir des données qui lui sont soumises par les provinces et territoires. D’après son rapport publié en décembre 2023, on constate ce qui suit :

  • Il y a eu environ 70 600 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada entre janvier 2016 et juin 2023 (2 800 en 2016, 3 900 en 2017, 4 200 en 2018, 3 700 en 2019, 6 400 en 2020, 8 000 en 2021, 7 500 en 2022 et 4 000 entre janvier et juin 2023) ;
  • Selon les données provisoires, le nombre total de décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada enregistrés depuis le début de 2023 (janvier à juin) est supérieur de 5 % à celui correspondant à la même période pour l’année précédente ;
  • La très grande majorité des décès apparemment liés aux opioïdes étaient accidentels ;
  • Depuis le début de l’année 2023 (janvier à juin), 89 % de tous les décès accidentels liés à une intoxication aux opioïdes au Canada sont survenus en Colombie-Britannique, en Alberta ou en Ontario. Des taux élevés ont également été observés dans d’autres régions également ;
  • Entre janvier 2016 et juin 2023, le taux de décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes a varié entre 2 et 6 pour 100 000 habitants au Québec. Au Canada, il a varié entre 8 et 21 pour 100 000 habitants.
  • Le taux de la Colombie-Britannique, la province la plus touchée, varie entre 20 et 48 pour 100 000 habitants depuis 2017


Les Nations unies surestiment la croissance démographique dans le monde

En 2017, alors que le taux de fécondité mondial — un indicateur du nombre de bébés qu’une femme est censée avoir au cours de sa vie — était de 2,5, les Nations unies pensaient qu’il tomberait à 2,4 à la fin des années 2020. Pourtant, en 2021, l’ONU conclut qu’il était déjà descendu à 2,3 — proche de ce que les démographes considèrent comme le taux de remplacement mondial d’environ 2,2. Le taux de remplacement, qui maintient la population stable au fil du temps, est de 2,1 dans les pays riches et légèrement supérieur dans les pays en développement, où il naît moins de filles que de garçons et où davantage de mères meurent pendant leurs années de procréation.
 
Alors que les Nations unies n’ont pas encore publié les taux de fécondité estimés pour 2022 et 2023, M. Fernández-Villaverde a produit sa propre estimation en complétant les projections des Nations unies par des données réelles pour ces années, qui couvrent environ la moitié de la population mondiale. Il a constaté que les registres nationaux des naissances indiquent généralement des taux de natalité inférieurs de 10 à 20 % à ceux prévus par les Nations unies.

La Chine a déclaré 9 millions de naissances l’année dernière, soit 16 % de moins que ce que prévoyait le scénario central des Nations unies. Aux États-Unis, 3,59 millions de bébés sont nés l’année dernière, soit 4 % de moins que ce que prévoyaient les Nations unies. Dans d’autres pays, le déficit est encore plus important : L’Égypte a enregistré 17 % de naissances en moins l’année dernière. En 2022, le Kenya en comptera 18 % de moins.


M. Fernández-Villaverde estime que la fécondité mondiale a chuté entre 2,1 et 2,2 l’année dernière, ce qui, selon lui, serait inférieur au taux de remplacement mondial pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Dean Spears, économiste de la population à l’université du Texas à Austin, a déclaré que, bien que les données ne soient pas suffisamment fiables pour savoir précisément quand ou si la fécondité est tombée en dessous du seuil de remplacement, « nous disposons de suffisamment d’éléments pour être assez confiants […] sur le fait que le point de passage n’est pas très éloigné ».

En 2017, les Nations unies prévoyaient que la population mondiale, qui s’élevait alors à 7,6 milliards d’habitants, continuerait à augmenter pour atteindre 11,2 milliards en 2100. En 2022, elle a revu à la baisse et avancé le pic à 10,4 milliards dans les années 2080. Ces chiffres sont eux aussi probablement dépassés. L’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’université de Washington pense désormais que la population atteindra un pic d’environ 9,5 milliards en 2061, puis commencera à décliner.

Aux États-Unis, le bref mini-baby-boom pandémique s’est inversé. L’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,62 l’année dernière, selon les chiffres provisoires du gouvernement, soit le taux le plus bas jamais enregistré.
Si le taux de fécondité était resté proche de 2,1, comme en 2007, les États-Unis auraient accueilli environ 10,6 millions de bébés supplémentaires depuis lors, selon Kenneth Johnson, démographe principal à l’université du New Hampshire.

En 2017, lorsque le taux de fécondité était de 1,8, le Census Bureau prévoyait qu’il convergerait à long terme vers 2,0. Il a depuis revu cette prévision à la baisse, à 1,5. « Cela nous a échappé », a déclaré Melissa Kearney, économiste à l’université du Maryland, spécialisée dans la démographie.

Une deuxième transition démographique ?


Les historiens qualifient de transition démographique la baisse de la fécondité qui a débuté au XVIIIe siècle dans les pays en voie d’industrialisation. L’allongement de la durée de vie et l’augmentation du nombre d’enfants survivant jusqu’à l’âge adulte ont eu pour effet de réduire la nécessité d’avoir plus d’enfants. Plus instruites et plus actives, les femmes ont retardé le mariage et la naissance, ce qui a entraîné une diminution du nombre d’enfants.

Aujourd’hui, a déclaré M. Spears, « le fait est que les taux de natalité sont faibles ou en baisse dans de nombreuses sociétés et économies ».

Certains démographes considèrent que cela fait partie d’une « deuxième transition démographique », une réorientation de la société vers l’individualisme qui met moins l’accent sur le mariage et la parentalité, et rend plus acceptable le fait d’avoir moins ou pas d’enfants. 


Aux États-Unis, certains ont d’abord pensé que les femmes retardaient simplement la naissance d’un enfant en raison de l’incertitude économique persistante liée à la crise financière de 2008.

Dans une recherche publiée en 2021, M. Kearney, de l’université du Maryland, et deux coauteurs ont cherché des explications possibles à cette baisse continue. Ils ont constaté que les différences entre les États en ce qui concerne les lois sur la notification de l’avortement parental, le chômage, l’accès à Medicaid, le coût du logement, l’utilisation de contraceptifs, la religiosité [la population des amish a pourtant plus que doublé de 2000 à 2022], les frais de garde d’enfants et l’endettement des étudiants n’expliquaient pratiquement pas cette baisse. « Nous pensons que cette évolution reflète de vastes changements sociétaux difficiles à mesurer ou à quantifier », concluent-ils.

Selon M. Kearney, si élever des enfants n’est pas plus coûteux qu’auparavant, les préférences des parents et les contraintes qu’ils perçoivent ont changé : « Si les gens préfèrent consacrer du temps à leur carrière, à leurs loisirs, à leurs relations à l’extérieur du foyer, il est plus probable que cela entre en conflit avec le fait d’avoir des enfants. »

Entre-temps, les données sur l’emploi du temps montrent que les mères et les pères, en particulier ceux qui ont un niveau d’éducation élevé, passent plus de temps avec leurs enfants que par le passé. « L’intensité de l’éducation des enfants est une contrainte », a déclaré M. Kearney.

Erica Pittman, une banquière d’affaires de 45 ans à Raleigh, en Caroline du Nord, a déclaré qu’elle et son mari avaient choisi de n’avoir qu’un seul enfant en raison des contraintes de temps, notamment pour s’occuper de sa mère, décédée l’année dernière après une longue bataille contre la sclérose en plaques. Leur fils de 8 ans peut participer à des ateliers de théâtre, de football et à des camps d’été parce que le couple, dont le revenu annuel combiné s’élève à environ 225 000 dollars, dispose de plus de temps et d’argent.

« J’ai l’impression d’être une meilleure mère », a déclaré Mme Pittman. « J’ai l’impression de pouvoir aller travailler — parce que j’ai un travail assez exigeant — mais je peux aussi prendre le temps de faire du bénévolat à son école, d’être le chaperon de la sortie scolaire et de faire ce genre de choses, parce que je n’ai qu’une seule personne à coordonner avec mon emploi du temps ».

Mme Pittman dit qu’elle ne remet leur décision en question que lorsque son fils lui dit qu’il aimerait avoir un frère ou une sœur avec qui jouer. En réponse, elle et son mari, professeur d’histoire dans un collège, choisissent des destinations de vacances avec un club pour enfants, comme une croisière Disney, pour que son fils puisse jouer avec d’autres jeunes de son âge.

Branchés sur la culture mondiale

En Inde, le taux de fécondité est inférieur au taux de remplacement, bien que le pays soit encore pauvre et que de nombreuses femmes ne travaillent pas — des facteurs qui soutiennent généralement la fécondité.

L’urbanisation et l’internet ont permis aux femmes des villages traditionnellement dominés par les hommes d’entrevoir des sociétés où le nombre d’enfants et la qualité de vie sont la norme. « Les gens sont branchés sur la culture mondiale », a déclaré Richard Jackson, président du Global Aging Institute, un groupe de recherche et d’éducation à but non lucratif.

Mae Mariyam Thomas, 38 ans, qui vit à Mumbai et dirige une société de production audio, a déclaré qu’elle avait choisi de ne pas avoir d’enfants parce qu’elle n’avait jamais ressenti l’attrait de la maternité. Elle voit ses pairs lutter pour rencontrer la bonne personne, se marier plus tard et, dans certains cas, divorcer avant d’avoir des enfants. Au moins trois de ses amies ont congelé leurs ovules.

« Je pense que nous vivons dans un monde vraiment différent et que, pour n’importe qui dans le monde, il est difficile de trouver un partenaire », a-t-elle déclaré.

L’Afrique subsaharienne semblait autrefois résister à la baisse mondiale de la fécondité, mais cela aussi est en train de changer. La part de toutes les femmes en âge de procréer utilisant une contraception moderne est passée de 17 % en 2012 à 23 % en 2022, selon Planification familiale 2030, une organisation internationale.

Jose Rimon, professeur de santé publique à l’université Johns Hopkins, attribue cette évolution à l’impulsion donnée par les dirigeants nationaux en Afrique qui, selon lui, devrait faire baisser la fécondité plus rapidement que ne le prévoient les Nations unies.

Une fois qu’un cycle de faible fécondité est enclenché, il réinitialise effectivement les normes d’une société et est donc difficile à briser, a déclaré Mme Jackson. « Moins il y a d’enfants chez les collègues, les pairs et les voisins, plus le climat social s’en trouve modifié », a-t-il ajouté.

Danielle Vermeer a grandi en tant que troisième d’une famille de quatre enfants dans le North Side de Chicago, où son quartier était peuplé de catholiques d’origine italienne, irlandaise et polonaise et où la moitié de ses amis proches avaient autant de frères et sœurs qu’elle, voire plus. Son père, italo-américain, était l’un des quatre enfants à l’origine de 14 petits-enfants. Aujourd’hui, ses parents ont cinq petits-enfants, dont les deux enfants de Vermeer, âgés de 4 et 7 ans.

La jeune femme de 35 ans, cofondatrice d’une application d’achat de mode, a déclaré qu’avant de décider d’avoir des enfants, elle avait consulté des dizaines d’autres couples et son église catholique, et lu au moins huit livres sur le sujet, dont un du pape Paul VI. Elle et son mari ont décidé que deux enfants étaient le bon nombre.

« L’acte de mettre un enfant au monde est une responsabilité incroyable », a-t-elle déclaré.
Projections des Nations unies pour 2023 concernant les 12 pays les plus peuplés et leur taux de fécondité total

Nouvelles politiques

Les gouvernements ont tenté d’inverser la baisse de la fécondité par des politiques pronatalistes.  
Aucun pays n’a peut-être essayé plus longtemps que le Japon. Après que la fécondité soit tombée à 1,5 au début des années 1990, le gouvernement a mis en place une série de plans comprenant des congés parentaux et des services de garde d’enfants subventionnés. La baisse de la fécondité s’est poursuivie.

En 2005, Kuniko Inoguchi a été nommée Première ministre chargée de l’égalité des sexes et de la natalité. Le principal obstacle, a-t-elle déclaré, est l’argent : « Les gens ne pouvaient pas se permettre de se marier ou d’avoir des enfants ». Le Japon a rendu les soins de maternité gratuits et a introduit une allocation versée à la naissance de l’enfant.

Le taux de fécondité du Japon est passé de 1,26 en 2005 à 1,45 en 2015. Il a ensuite recommencé à baisser pour revenir à 1,26 en 2022.

Cette année, le Premier ministre Fumio Kishida a mis en place un autre programme visant à augmenter le nombre de naissances, qui prévoit le versement d’allocations mensuelles à tous les enfants de moins de 18 ans, quel que soit leur revenu, la gratuité de l’université pour les familles ayant trois enfants et un congé parental entièrement rémunéré.

Mme Inoguchi, aujourd’hui membre de la chambre haute du parlement, a déclaré que la contrainte qui pèse sur les futurs parents n’est plus l’argent, mais le temps. Elle a insisté auprès du gouvernement et des entreprises pour qu’ils adoptent la semaine de quatre jours. Elle a déclaré : « Si vous êtes fonctionnaire ou directeur d’une grande entreprise, vous ne devriez pas vous préoccuper des questions de salaire aujourd’hui, mais plutôt du fait que, dans 20 ans, vous n’aurez plus de clients, ni de candidats aux forces d’autodéfense ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a mis en place l’un des programmes les plus ambitieux d’Europe en matière de natalité. L’année dernière, il a élargi les avantages fiscaux accordés aux mères, de sorte que les femmes de moins de 30 ans qui ont un enfant sont exonérées à vie de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. 


À cela s’ajoutent des aides au logement et à la garde d’enfants, ainsi que de généreux congés de maternité.
Le taux de fécondité de la Hongrie, bien que toujours largement inférieur au taux de remplacement, a augmenté depuis 2010. Mais l’Institut de démographie de Vienne attribue cette hausse principalement au fait que les femmes retardent la naissance de leurs enfants en raison de la crise de la dette qui a frappé le pays vers 2010. Si l’on tient compte de ce facteur, la fécondité n’a que légèrement augmenté, conclut l’institut. 
La plupart des institutions internationales (Nations Unies, Banque mondiale, Manuel d’information de la CIA, Statista, Macrotends) surestiment la fécondité des pays, leurs données sont désuètes.

 
Aux États-Unis, les législateurs des États et du gouvernement fédéral ont fait pression pour étendre les aides à la garde d’enfants et les congés parentaux, mais ils n’ont généralement pas fait de l’augmentation du taux de natalité un objectif explicite. Certains républicains penchent toutefois dans cette direction. L’année dernière, Donald Trump a déclaré qu’il était favorable au versement de « primes à la naissance » pour stimuler les naissances aux États-Unis, et Kari Lake, candidate du parti GOP au Sénat de l’Arizona, a récemment approuvé cette idée.

Le sénateur républicain de l’Ohio, J.D. Vance, a déclaré que la baisse de la fécondité n’était pas seulement liée aux pressions économiques d’une main-d’œuvre moins nombreuse et d’une sécurité sociale non financée. » Vivez-vous dans des communautés où il y a des enfants heureux et souriants, ou dans des communautés où les gens vieillissent », a-t-il déclaré dans une interview. L’absence de frères et sœurs et de cousins contribue, selon lui, à l’isolement social des enfants.

Il a étudié des solutions potentielles, en particulier l’approche hongroise, mais n’a pas vu de preuve de leur efficacité à long terme.

L’Institute for Health Metrics and Evaluation a trouvé peu de preuves que les politiques pronatalistes conduisent à des baisses durables de la fertilité. Selon les chercheurs, une femme peut tomber enceinte plus tôt pour bénéficier d’une prime à la naissance, mais il est probable qu’elle n’aura pas plus d’enfants au cours de sa vie.

Conséquences économiques

Alors qu’aucune inversion des taux de natalité n’est en vue, les pressions économiques qui en découlent s’intensifient. Depuis la pandémie, les pénuries de main-d’œuvre sont devenues endémiques dans les pays développés. Cette situation ne fera que s’aggraver dans les années à venir, car la chute des taux de natalité après la crise se traduit par un afflux de jeunes travailleurs de moins en moins nombreux, ce qui pèse davantage sur les systèmes de soins de santé et de retraite.

Neil Howe, démographe chez Hedgeye Risk Management, a souligné qu’un récent rapport de la Banque mondiale suggérait que l’aggravation de la démographie pourrait faire de cette décennie une deuxième « décennie perdue » consécutive pour la croissance économique mondiale.

Dans les pays avancés, la solution habituelle consiste à augmenter l’immigration, mais cela pose deux problèmes. Alors que de plus en plus de pays sont confrontés à une stagnation de leur population, l’immigration entre eux est un jeu à somme nulle. Historiquement, les pays d’accueil recherchent des migrants qualifiés qui entrent par des voies formelles et légales, mais les flux récents sont essentiellement constitués de migrants non qualifiés qui entrent souvent illégalement et demandent l’asile.

Historiquement, les niveaux élevés d’immigration ont également suscité une résistance politique, souvent en raison de crainte de changements culturels et démographiques. La diminution de la population née dans le pays est susceptible d’intensifier ces inquiétudes. Bon nombre des dirigeants les plus désireux d’augmenter les taux de natalité sont les plus réfractaires à l’immigration.

Plus les taux de natalité baissent, plus les régions et les communautés se dépeuplent, avec des conséquences allant de la fermeture des écoles à la stagnation de la valeur des biens immobiliers. Selon M. Fernández-Villaverde, les établissements d’enseignement supérieur les moins sélectifs auront bientôt du mal à remplir leurs salles de classe en raison de la chute des taux de natalité qui a commencé en 2007. Selon M. Vance, les hôpitaux ruraux ne pourront pas rester ouverts en raison de la baisse de la population locale.  

Une économie avec moins d’enfants aura du mal à financer les pensions et les soins de santé pour les personnes âgées de plus en plus nombreuses. Le fonds de pension national de la Corée du Sud, l’un des plus importants au monde, est en passe d’être épuisé d’ici 2055. Une commission législative spéciale a récemment présenté plusieurs réformes possibles des retraites, mais il ne reste que peu de temps pour agir avant que la prochaine campagne électorale présidentielle ne batte son plein.

Selon Sok Chul Hong, économiste à l’université nationale de Séoul, l’opinion publique n’a guère exercé de pression pour que des mesures soient prises. « Les personnes âgées ne sont pas très intéressées par la réforme des retraites et les jeunes sont apathiques à l’égard de la politique », a-t-il déclaré. « C’est une situation vraiment ironique.

Source : Wall Street Journal, 13 mai 2024

Voir aussi
 

Des demandeurs utilisent un robot conversationnel comme ChatGPT pour rédiger leur historique de persécution

Des commissaires à l’immigration s’inquiètent de l’apparition de demandes d’asiles au Canada rédigées par l’intelligence artificielle (IA). Des demandeurs utilisent un robot conversationnel comme ChatGPT pour rédiger un historique de persécution à leur place ou pour détailler les dangers qui existent dans leur pays d’origine. Une pratique jugée préoccupante, car dans au moins un cas, le logiciel est soupçonné d’avoir fabriqué de fausses preuves pour favoriser l’obtention du statut de réfugié.

C’est ce qui ressort d’une série de courriels internes rédigés par des fonctionnaires fédéraux l’automne dernier et obtenus par La Presse de Montréal en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

« L’intelligence artificielle devient une plus grande préoccupation », lit-on dans des notes de réunion entre gestionnaires de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), tribunal administratif chargé d’entendre les demandes d’asile au Canada.

La note évoque la crainte qu’un logiciel «  écrive une histoire » au sujet d’un demandeur.

Pour chacune des dizaines de milliers de demandes d’asile présentées au Canada chaque année, un commissaire de la CISR doit étudier la preuve et déterminer si la personne devant lui a vraiment raison de craindre d’être persécutée dans son pays d’origine en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un groupe social. Si c’est le cas, et que l’histoire racontée par le demandeur est jugée crédible, on lui accorde le statut de réfugié et lui ouvre les portes du Canada.

Le système permet aux réfugiés authentiques de refaire leur vie loin de la guerre, de la dictature, des gangs ou des zélotes religieux qu’ils ont laissés derrière. Mais il arrive aussi que de faux réfugiés tentent d’être admis au pays sous de faux prétextes. Certains commissaires craignent que les nouveaux outils technologiques leur facilitent la tâche.

Des « similitudes frappantes »

Dans le cadre du processus, chaque personne qui veut obtenir le statut de réfugié doit d’abord remplir un formulaire dans lequel elle détaille son parcours et les raisons qui l’amènent à chercher refuge au Canada.

L’automne dernier, les gestionnaires de la CISR ont rapporté quelques cas de récits individuels dans ces formulaires qui semblaient avoir été rédigés par un robot conversationnel à la place du demandeur.

« La région de l’Ouest nous a rapporté six dossiers dans lesquels ils ont détecté l’utilisation de ChatGPT. Nous aimerions avoir une meilleure compréhension de l’ampleur de ce problème potentiel, et des cas détectés », écrivait Me Sarah Côté, commissaire coordonnatrice établie à Montréal, dans un courriel envoyé à ses collègues en novembre dernier, qui a ensuite suscité plusieurs réponses.

Les exemples discutés dans les échanges obtenus par La Presse incluaient un cas où un commissaire avait détecté de nombreux formulaires détaillant le parcours de différents demandeurs qui présentaient des « similitudes frappantes » et un style particulier.

Comme si un logiciel avait fourni la même réponse à plusieurs personnes qui lui demandaient de rédiger un récit convaincant basé sur les dangers qui peuvent exister dans un certain pays.

Dans d’autres cas, c’était le style de rédaction fleuri et ampoulé, très différent des autres documents remplis par le demandeur, qui laissait croire aux commissaires que le récit du parcours du demandeur n’avait pas été rédigé par lui-même et qui les amenait à se questionner sur son authenticité.

Des hyperliens inventés

Dans un autre cas cité dans les échanges, un avocat qui représentait un demandeur d’asile originaire du Rwanda a avoué à un commissaire qu’il avait demandé à ChatGPT de rédiger un document général sur les risques d’embrigadement forcé des jeunes vulnérables dans les rangs de l’armée rwandaise.

Le document soumis en preuve faisait référence à plusieurs sources officielles qui étaient censées confirmer les craintes du demandeur à cet effet. Seul problème, aucun des hyperliens cités en preuve et qui devaient mener aux sources officielles n’était fonctionnel.

Le commissaire chargé du dossier « croit que ChatGPT a fabriqué les liens », lit-on dans un des courriels divulgués par la CISR à La Presse.

En fait, ChatGPT simule des hyperliens vers des sources crédibles (par exemple Human Rights Watch), mais les articles n’existent pas réellement. Ce sont seulement des combinaisons ou approximations de vrais liens.



lundi 13 mai 2024

Pourquoi certains sont-ils nuls en maths ?

Certains excellent dans cette matière, d’autres n’y entendent rien. Pourquoi ? Est-ce une tare qui se transmettrait génétiquement ? Est-ce irréparable ? Selon deux neuropsychologues, ce n’est pas si sûr…

Nul n’est ne doit entrer sous mon toit s’il géomètre », disait Platon, tout le monde ne parvient pas à ce niveau. Pour beaucoup, les maths restent un cauchemar récurrent garantissant des nuits agitées : souvenirs d’années entières passées à n’y rien comprendre, des heures et des heures d’interrogations écrites où la copie restait blanche alors que les autres élèves la noircissaient allègrement dans le reste de la classe… Une authentique humiliation. Tout cela ressemblait à des hiéroglyphes.

Dans une structure éducative où tout le monde expliquait que, sans être bon en mathématiques, on ne trouverait jamais un métier, la matière en question était particulièrement anxiogène pour ceux à la peine : « Vais-je finir clochard ? Pourquoi les autres y parviennent-ils alors que je n’y comprends rien ? » Lorsque nos propres enfants suivent le même modèle, plusieurs questions se posent : sommes-nous tous égaux face aux maths ? Est-on idiot lorsqu’on n’y comprend rien ? Serait-ce héréditaire ? La méthode d’enseignement française est-elle adaptée ? Comment remédier à cette incompétence souvent humiliante ? Deux expertes répondent.

Un réseau de neurones

Le Dr Michèle Mazeau, spécialiste de la neuropsychologie infantile et des dyscalculies, a écrit de nombreux ouvrages sur les troubles de l’apprentissage chez l’enfant. Elle décortique ce qu’il se passe chez le jeune enfant pour qu’il puisse – ou non – ensuite réussir en maths : « Il faut avoir ce que j’appelle une petite boîte à outils innée, un réseau de neurones qu’on appelle “le sens du nombre”. Petits, les enfants apprennent à faire la différence entre quatre lapins et deux lapins. Cette petite boîte à outils va maturer, et se développer avec les apprentissages scolaires pour évoluer vers ce que nous nommons la ligne numérique mentale. C’est une ligne virtuelle que nous avons en tête et qui fait que nous plaçons de gauche à droite les nombres du plus petit au plus grand. Tout cela se crée petit à petit et nous permet de comprendre que 7, c’est plus grand que 6, mais aussi que c’est beaucoup plus grand que 1. On a cette petite ligne concrète, figurative, dans la tête. Mais, comme pour toutes les fonctions cérébrales, il peut y avoir un hic, quelque chose d’atypique ou de dysfonctionnant. C’est ma spécialité. On parle alors du trouble du sens du nombre. Cela n’a rien à voir avec l’intelligence. Le sens du nombre est le socle pour les mathématiques ; si vous n’avez pas ce socle, tout le reste ne se construira pas. C’est un peu comme les dyslexiques : ils ont une intelligence normale, mais il y a un dysfonctionnement dans le réseau de neurones qui va les gêner pour apprendre à lire ou à parler. »

dimanche 12 mai 2024

Depuis 2019, le taux de croissance du Canada est « le cinquième plus faible des 38 pays de l’OCDE »

«En 1981, le niveau de vie au Canada était impressionnant, a-t-il établi d'entrée de jeu. Notre PIB dépassait de 3% la moyenne des pays de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] et était inférieur de 8% à celui des États-Unis».

Aujourd’hui, notre PIB par habitant est inférieur de 9% à la moyenne des pays de l’OCDE, et de 27% à celui des États-Unis. Et, depuis 2019, le taux de croissance du Canada est «le cinquième plus faible des 38 pays de l’OCDE».

Les prévisions de l’OCDE indiquent maintenant que le Canada se classera bon dernier au cours des quatre prochaines décennies en termes de croissance du PIB par habitant.

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L’immigration provoque une crise politique en Irlande

« Nous, on protège nos enfants. Pourquoi ces gens brûlent-ils leur passeport avant d’entrer en Irlande ? Nous n’en voulons pas ici ! » Ces quatre garçons en colère, qui ne portent visiblement pas les médias dans leur cœur, n’en diront pas plus. Depuis des semaines, ils sont une vingtaine à camper jour et nuit devant un ancien entrepôt de peinture de Coolock, une banlieue nord de Dublin où l’on avait prévu de loger 500 demandeurs d’asile.

Sur des cabanes faites de bric et de broc flottent les trois couleurs de l’Irlande. En cette fin de matinée, de jeunes mères avec leur poussette défilent impassibles devant des affiches qui proclament  « Coolock dit NON ! », « L'Irlande est pleine ! » et « Les vies irlandaises comptent ! ». Pour atteindre ce quartier ouvrier depuis la gare Connolly, il faut une heure de bus et remonter la longue route Malahide. Là, on découvre, coincées entre deux centres commerciaux, de petites maisons ouvrières en crépis et à l’entrée bétonnée alignées l’une derrière l’autre, avec souvent une pancarte « À vendre ».

Rangées de tentes d'immigrants situées devant l’Office de la protection internationale à Dublin

« Ils ont raison. C’est très bien ce qu’ils font… » nous confie avec un sourire entendu un habitant de l’une d’elles qui ne veut surtout pas s’identifier.

Il y a six semaines à peine, ils étaient un millier, dont un certain nombre de militants venus de toute l’Irlande, à manifester en hurlant les mêmes slogans. Comme une majorité d’Irlandais, les résidents de Coolock expriment dans un langage pas toujours diplomatique leur ras-le-bol face à la crise migratoire sans précédent qui secoue le pays.

Une crise sans précédent

Le pays européen, qui était jusqu’ici parmi les plus ouverts à l’immigration, vit aujourd’hui au rythme d’une crise sans précédent. Depuis la violente émeute du 23 novembre dernier à Dublin qui a suivi l’attaque au couteau d’un citoyen irlandais d’origine algérienne contre trois enfants à la sortie d’une école, le paysage politique a été bouleversé. En janvier dernier, quelque 66 % des Irlandais estimaient que le pays avait accueilli trop d’immigrants.

La crise a déjà coûté sa tête au premier ministre, Leo Varadka, officiellement sanctionné lors d’un référendum constitutionnel sur la politique familiale, mais où, selon les analystes, la population en a profité pour condamner sa politique migratoire. La ministre de la Justice, Helen McEntee, s’est vue, elle, gratifiée de plusieurs menaces de mort et a dû évacuer sa résidence avec ses deux enfants à la suite d’un appel à la bombe.

« C’est la “tempête parfaite” », dit Keire Murphy, de l’Institut de recherche économique et sociale (ESRI) de Dublin. La chercheuse rappelle que l’Irlande a toujours été un pays d’émigration et non d’immigration : elle n’a commencé à recevoir des immigrants qu’au tournant des années 1990. Et encore, il s’agissait surtout d’une immigration de travail, d’origine européenne. L’an dernier, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 415 %.

Avec l’arrivée dans un pays d’à peine cinq millions d’habitants de milliers d’Ukrainiens, de Nigériens, de Géorgiens, de Pakistanais et de Somaliens, la réalité n’est plus la même, explique la chroniqueuse Eilis O’Hanlon dans une tribune du Telegraph. Les nouveaux arrivants, écrit-elle, « ont été déversés dans des communautés urbaines ou rurales qui se débattaient déjà avec un déficit de services et d’investissements. »

Dans ces localités, les projets d’hébergement se sont heurtés à des refus catégoriques, quand ce n’est pas à des manifestations de colère. De Rosscahill, sur la côte ouest, à Cork, dans le sud de l’île, en passant par Rosslare Harbour sur la pointe est, des hôtels et des locaux abandonnés destinés à recevoir les nouveaux venus ont été incendiés. Sans soutenir ces gestes extrémistes, 6 électeurs sur 10 réclament aujourd’hui une politique plus restrictive. C’est tout un changement, alors qu’à peine un an plus tôt, un sondage de l’ESRI classait l’Irlande parmi les quatre pays européens les plus ouverts à l’immigration, derrière la Suède, le Luxembourg et le Danemark. En février 2021, le ministre de l’Intégration, Roderic O’Gorman, n’avait-il pas indiqué dans un microbillet, en huit langues, que l’Irlande allait offrir à chaque demandeur d’asile « les clés de son propre hébergement » ?

« Ils n’ont rien à faire ici »

« On nous a volé notre hôtel », dit Ian, qui travaille au musée Millmount de Drogheda [45 000 habitants], une ville de la taille de Rimouski située à mi-chemin entre Dublin et Belfast. C’est dans cette ville, dont l’écrivain C. S. Lewis avait dit qu’on n’y trouvait que des églises et des pubs, qu’en 1649 Oliver Cromwell se lança à la conquête de l’Irlande royaliste. Sans oublier de passer au fil de l’épée entre 2000 et 3000 habitants.

Le petit monticule fortifié qui abrite le musée est aujourd’hui déserté. « L’hôtel, c’était notre pain et notre beurre, dit Ian. Avant, je touchais des pourboires. Je n’en ai plus depuis que l’hôtel a été réquisitionné pour les migrants. »

De l’autre côté de la rivière Boyne, qui traverse la ville, le député du Fine Gael (centre droit) Fergus O’Dowd ne décolère pas. « On nous a pris le seul grand hôtel de la ville. Les gens ne peuvent plus habiter nulle part. D’autant plus que le seul autre hôtel important de la région, le Westcourt, est aussi occupé par des réfugiés. Tout cela s’est fait sans consultation. Je l’ai appris une heure avant la réquisition de l’hôtel. » Même les procédures de sécurité nécessaires à l’augmentation de la capacité de l’hôtel de 240 à 500 lits n’ont pas été respectées, dit le député.

Selon lui, la ville a perdu au moins 10 millions d’euros en revenus touristiques.

Dans tout le pays, plus de 300 hôtels ont ainsi été réquisitionnés. Mais c’est loin de suffire à la demande. On estime qu’à Dublin, près de 1000 demandeurs d’asile n’ont pas d’endroit où dormir. Depuis des semaines, 200 d’entre eux — pour la plupart de jeunes hommes dans la vingtaine, originaires de l’Algérie, de la Jordanie ou de la Palestine — campaient devant les locaux du Bureau de la protection internationale, à deux pas du parlement. Jusqu’à ce que, le 30 avril dernier, le gouvernement décide de les reloger dans un centre d’accueil à l’extérieur de la ville.

Une décision prise le lendemain de l’annonce de la ministre de la Justice, Helen McEntee, selon qui 80 % des demandeurs d’asile entrent en Irlande en provenance du Royaume-Uni via Belfast, grâce à la libre circulation qui existe entre les deux pays. Le mouvement se serait accentué depuis que Londres a annoncé qu’il transférera ses demandeurs d’asile au Rwanda, où seront traités leurs dossiers. « L’expulsion n’est qu’une solution cosmétique », dit la bénévole Olivia Headon, qui consacre une partie de son temps aux migrants, dont une vingtaine étaient déjà revenus avec leurs tentes dès le lendemain de leur expulsion.

« Ces migrants n’auraient jamais dû être là, affirme la députée indépendante Carol Nolan. Nous affrontons une vague d’immigration insoutenable. Certains fuient les persécutions et la guerre, mais pas tous. Nous avons déjà accueilli plus de 100 000 Ukrainiens et il faut dire clairement au reste du monde que nous ne pouvons pas en accueillir plus. » La députée n’hésite pas à parler de « chaos » dans un pays qui, avant même l’arrivée des migrants, avait besoin de 250 000 logements. « Pourquoi bénéficieraient-ils d’un logement alors qu’il n’y en a pas suffisamment pour les Irlandais ? Je n’ai jamais vu une telle colère ! »

L’ancienne députée du Sinn Féin estime que certains élus pourraient le payer cher lors des élections locales qui se tiendront le 7 juin prochain, en même temps que les élections européennes. « On a l’impression que nos dirigeants vivent sur une île déserte. »

Le Sinn Féin déchiré

À gauche, on accuse une certaine mouvance d’extrême droite d’avoir manipulé la colère populaire. « On n’était pas du tout préparés à cet afflux de migrants et l’extrême droite en a fait son beurre », dit Daithí Doolan, candidat pour le Sinn Féin aux élections européennes. Une extrême droite dont on n’avait pourtant jamais vraiment vu la trace en Irlande, à l’exception de microformations comme l’Irish Freedom Party. Les prochaines élections locales pourraient nous donner une idée de leur progression.

À quelques centaines de mètres de son bureau, situé à deux pas des anciens chantiers navals de Dublin, dans le charmant quartier d’Irish Town, des ouvriers s’affairent à rénover un ancien pub. Le Shipwright a été incendié après qu’une fausse rumeur eut couru qu’il servirait d’abri aux migrants.

Pour cet ancien syndicaliste devenu conseiller municipal, tout cela est l’œuvre de l’extrême droite. « L’immigration est loin d’être le problème numéro un en Irlande », dit-il. Une affirmation démentie par les sondages en vue de ces élections européennes, où la crise du logement et l’immigration se disputent la première place dans les préoccupations des électeurs.

Doolan veut croire que, comme l’indiquaient jusqu’à tout récemment les enquêtes d’opinion, le Sinn Féin formera le prochain gouvernement et qu’il pourra faire avancer la cause de la réunification avec l’Irlande du Nord. En progression constante depuis les élections générales de 2020, le parti est pourtant aujourd’hui en chute libre. Même s’il demeure en tête, ses soutiens sont passés de 36 % lors de l’été 2022 à 27 % le mois dernier. Parmi les causes, l’électorat traditionnel du parti, qui se recrute dans les milieux populaires et ouvriers, qui est loin de partager certains avis de ses dirigeants. Quelque 70 % de celui-ci estime qu’il y a trop d’immigrants en Irlande, et une majorité associe l’immigration à l’augmentation de la criminalité. Une proportion de 52 % est même prête à rétablir des contrôles à la frontière de l’Irlande du Nord. Un comble pour un parti qui se définit comme celui de la réunification et qui s’était battu pour préserver la libre circulation après le Brexit !

Depuis des mois, ses dirigeants marchent sur une corde raide. Si l’accueil des migrants n’est pas apprécié de son électorat populaire, les restrictions à l’immigration auxquelles le parti a finalement dû se résoudre pourraient lui faire perdre le soutien des jeunes diplômés des grandes villes. Un dilemme qu’il devra trancher d’ici les prochaines élections générales, prévues dans moins d’un an.

« En Irlande, nous ne parlons pratiquement jamais d’immigration », de peur de susciter le racisme, a écrit le chroniqueur de l’Irish Times Fintan O’Toole. Un déni que la classe politique irlandaise ne pourra pas se permettre encore longtemps.


Source : Le Devoir