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jeudi 6 août 2026

L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Le professeur de sociologie Jason Arday (ci-contre), âgé de 41 ans, a démissionné hier soir de l'université de Cambridge à la suite d'accusations selon lesquelles il aurait plagié des travaux universitaires et menti au sujet de plusieurs de ses réalisations personnelles.

Table des matières
Excuses de la police et démission de Jason Arday

Le chef de la police métropolitaine de Londres (Met), Sir Mark Rowley, a reconnu aujourd'hui que ses services n'auraient jamais dû ouvrir une enquête de quatre mois contre un journaliste qui enquêtait sur le professeur Jason Arday.

Sir Mark Rowley a déclaré ce matin que la police avait « commis une erreur » après que le journaliste de Times Higher Education, Jack Grove, eut été signalé aux forces de l'ordre pour avoir envoyé un courrier électronique au professeur Arday afin de l'interroger sur des accusations de plagiat concernant sa thèse de doctorat.

Peu après, le professeur Arday a publié un communiqué annonçant, « avec une profonde tristesse », qu'il quittait avec effet immédiat ses fonctions à l'université de Cambridge ainsi qu'au Jesus College.

Depuis plusieurs mois, il était au cœur d'une controverse grandissante liée à des accusations selon lesquelles il aurait repris, sans attribution suffisante, des passages de la thèse d'un autre doctorant.

Il faisait également l'objet d'interrogations concernant une série d'affirmations spectaculaires relatives à son parcours personnel. Présenté comme une figure emblématique de la diversité en raison de son accession au titre de plus jeune professeur noir de l'histoire de Cambridge, il avait d'abord bénéficié du soutien de l'université, qui avait dénoncé une « campagne ignoble destinée à saper sa crédibilité ».

Mais après que la presse britannique eut révélé que plusieurs universités contestaient les affirmations du professeur Arday selon lesquelles il y aurait occupé des fonctions universitaires, Cambridge a annoncé hier l'ouverture d'une procédure.

Peu après cette annonce, le professeur Arday a présenté sa démission en déclarant :
« Cette décision ne doit pas être interprétée comme une perte de confiance dans la recherche universitaire ni dans les valeurs qui m'ont conduit à Cambridge. Elle ne doit pas davantage être considérée comme une acceptation des récits qui ont circulé à mon sujet.

C'est simplement la décision d'une personne qui est arrivée aux limites de ce qu'il est raisonnable d'exiger d'un être humain. »
Dans sa lettre de démission, il ne reconnaît aucune erreur, n'assume aucune responsabilité et n'aborde pas le fond des questions qui avaient été soulevées. Il présente sa démission comme étant entièrement due à ce que d'autres lui ont fait subir. L'éternelle victime.

Cette démission est l'aboutissement de plusieurs mois de rumeurs portant aussi bien sur ses travaux universitaires que sur ses réalisations personnelles présumées, notamment ses affirmations selon lesquelles il aurait récolté 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives et exercé diverses fonctions dans plusieurs universités.

Son autobiographie devrait cependant paraître la semaine prochaine

Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). [Plus de détails ici.

lundi 27 juillet 2026

Le diffuseur gouvernemental (1,4 milliard de subventions/an) se penche sur les vacances des minorités confrontés au racisme (blanc, patriarcial, cisgenré, etc.)


« Phoenyx Ahmed se définit comme une personne queer, trans non binaire, musulmane, Sud-Asiatique et réfugiée au Canada. Je suis aussi une personne grosse et cela compte beaucoup quand je voyage, ajoute-t-iel. »

Bien : curiosité de la part des Thaïlandais qui veulent toucher sa peau noire


Mal : plusieurs hommes (européens) lui demandent de se prendre en photo avec elle

1,4 milliard de dollars

Le budget fédéral de CBC/Radio-Canada pour 2026-2027 s'élève à 1,38 milliard de dollars, ce qui représente une baisse de 192 millions de dollars par rapport aux 1,58 milliard de l'année précédente.



Source : Radio-Canada.

vendredi 17 juillet 2026

L'Odyssée de Nolan : l'adjudant-chef Ulysse, traumatisé, ramène ses GIs métissés du Levant

L’adaptation de L’Odyssée par Christopher Nolan suscite déjà des interrogations sur ses choix artistiques et culturels. Au-delà de la question de la fidélité au texte d’Homère, c’est surtout la manière dont le cinéaste semble projeter des références contemporaines américaines sur une œuvre profondément enracinée dans le monde grec antique qui fait débat.

La disparition du « sentiment d’étrangeté » du monde homérique

La critique de Michel de Jaeghere ne porte pas seulement sur des anachronismes visibles (distribution des rôles, costumes, rap, esthétique), mais sur une erreur fondamentale de compréhension de ce qui fait la grandeur de l’œuvre d’Homère.

De Jaeghere explique que L’Iliade et L’Odyssée ont été composées aux VIIIᵉ-IXᵉ siècles avant J.-C., mais qu’elles racontent un monde beaucoup plus ancien : celui de la civilisation mycénienne du XIIIᵉ siècle avant J.-C. Entre ces deux périodes, le monde grec a connu l’effondrement des royaumes mycéniens, la disparition de l’écriture et plusieurs siècles de bouleversements.

Les auditeurs grecs qui écoutaient ces récits vivaient donc dans un monde appauvri par rapport à celui décrit par les poèmes : ils entendaient parler de palais somptueux, de royaumes riches en or et de héros d’un âge disparu.

C’est précisément cette distance qui produit la poésie homérique : un monde à la fois étranger et familier.

Nolan commet l’erreur de croire que rapprocher une œuvre du présent permet de mieux la comprendre

De Jaeghere compare le film aux metteurs en scène de théâtre qui modernisent systématiquement les œuvres anciennes en pensant qu’un décor contemporain facilite leur compréhension.

« Nolan veut rapprocher Homère de nous ; or la grandeur d’Homère est justement de nous faire sentir la distance qui nous sépare d’un monde disparu tout en nous révélant la permanence de la nature humaine », déclare le directeur du Figaro Histoire.

La volonté de rendre Homère immédiatement contemporain produit paradoxalement l’effet inverse : elle efface ce qui fait son universalité. L’homme moderne n’a pas besoin de retrouver dans Ulysse ses propres vêtements, son langage familier, ses propres codes sociaux ou ses propres références culturelles ; il doit pouvoir rencontrer un homme venu d’un autre monde.

Nolan inverse presque la nature d'Ulysse

Pour De Jaeghere, l’Ulysse homérique est :
  • le « roi aux mille tours » ;
  • un homme d’intelligence et de ruse ;
  • un maître de la parole et du récit ;
  • un héros qui vainc moins par la force que par l’esprit.
Or Nolan en ferait presque l’inverse : un personnage traumatisé, amnésique, qui cherche à retrouver son identité.

La plus grande trahison du film ne réside peut-être pas dans son apparence, mais dans son héros lui-même. L’Ulysse d’Homère n’est pas un guerrier diminué par ses blessures : c’est précisément parce qu’il est l’homme de l’intelligence, de la ruse et de la parole qu’il surmonte les épreuves. En faisant de lui un personnage amnésique cherchant à reconstruire son passé, Nolan remplace la figure du héros rusé par celle, beaucoup plus moderne, du survivant traumatisé.

« On a l’impression d’être devant un adjudant-chef qui ramène ses GIs. »

Le film semble parfois transformer l’Odyssée en récit d’expédition militaire américaine moderne. L’équipage d’Ulysse n’apparaît plus comme un groupe de compagnons grecs liés par une civilisation et une mémoire communes, mais comme une unité d’hommes embarqués dans une opération lointaine, donnant au récit une tonalité proche des grandes fictions guerrières américaines, comme tant d'autres.

Ulysse traumatisé par la sauvagerie de la guerre de Troie...

Notons le paradoxe de cet Ulysse qui dénonce la violence sauvage de la guerre de Troie, en exprimant des remords face au subterfuge du cheval dont il est l'auteur (Chant IV, v. 271-289 et Chant VIII, v. 492-520), mais qui, dans la scène suivante, en rajoute une couche de sauvagerie. 

On a l'impression que Nolan joue sur les deux tableaux : il se complaît dans cette violence, tout en la drapant dans un pamphlet antiguerre.  Nolan sait que les scènes de violence spectaculaires (combats, effets visuels) attirent le public (comme dans Dunkerque ou Le Chevalier noir (The Dark Knight à Paris). En même temps, il semble vouloir plaire aux critiques et aux spectateurs « engagés » en intégrant des thèmes comme la culpabilité, la guerre inutiles, ou la complexité morale.

Dans la version « classique », Ulysse raconte la ruse dy cheval de Troie avec fierté (Chant IV et VIII). Il décrit son stratagème comme une preuve de ruse et d’intelligence, pas comme une source de culpabilité. Le sac de Troie est évoqué comme une victoire légitime (même si Homère montre aussi les souffrances des vaincus, comme dans l’Iliade avec la mort d’Hector). Ulysse est donc un héros qui assume ses actes et n'est en rien tourmenté par ceux-ci. Sa souffrance vient des épreuves après Troie (errance, perte de ses hommes), pas de la guerre elle-même.

Nolan invente un Ulysse tourmenté par la guerre, une réinterprétation moderne (probablement influencée par des lectures psychologisantes comme la traduction d’Emily Wilson). 

Circé réduite à une sorcière caricaturale de conte

Chez Homère, Circé n’est pas seulement une sorcière : elle est une femme d’une beauté surnaturelle, une séductrice qui représente une véritable tentation pour Ulysse. Son pouvoir ne repose pas uniquement sur la magie, mais sur une alliance entre charme, intelligence et danger. En la réduisant à une sorcière de conte, proche de l’imaginaire médiéval merveilleux de Johan et Pirlouit, Nolan perd ce qui faisait l’ambiguïté du personnage : Circé n’était pas simplement une ennemie à vaincre chez Homère, mais une épreuve intérieure pour le héros.

L’équipage d’Ulysse transformé en creuset américain


Dans le poème homérique, comme dans le contexte historique de la Grèce mycénienne de l’âge du bronze, les compagnons d’Ulysse appartiennent à un univers grec : ils sont originaires d’Ithaque et des îles voisines, au sein d’un monde méditerranéen certes ouvert aux échanges, mais dont la réalité démographique et culturelle n’a rien à voir avec celle des sociétés américaines actuelles.

Le film leur impose pourtant une diversité visible — Asiatiques, Africains, Pakistanais ou Indiens, avec notamment Himesh Patel dans le rôle d’Euryloque — qui semble davantage refléter la composition de la société américaine contemporaine qu’une représentation du monde grec ancien. Ce choix apparaît comme une projection culturelle, où l’épopée antique devient le support d’une lecture sociale propre au XXIᵉ siècle américain.

Hélène de Troie et la rupture avec l’imaginaire grec antique

Le traitement d’Hélène de Troie accentue encore cette impression de déconnexion historique. Dans l’œuvre homérique, Hélène est décrite par l’expression célèbre « aux bras blancs », qui participe d’un idéal esthétique propre à la poésie grecque antique. Le film confie pourtant le rôle d'Hélène et de sa sœur Clytemnestre à une actrice kényane-mexicaine fortement typée.

Au-delà de la question individuelle du choix d’une interprète, la distribution des rôles participe à une transformation plus large de l’imaginaire grec traditionnel. L’absence presque totale d’acteurs grecs dans les rôles principaux renforce le sentiment d’un effacement de l’ancrage hellénique au profit d’un modèle de représentation typique des grandes productions hollywoodiennes contemporaines.

 

La disparition du patriotisme dans une œuvre qui n’est pourtant pas guerrière

De Jaeghere rappelle que L’Odyssée est une œuvre profondément patriotique, mais d’un patriotisme différent de celui de L’Iliade.

Dans L’Iliade, la patrie est défendue contre un ennemi extérieur.

Dans L’Odyssée, le patriotisme est celui du retour : Ulysse veut retrouver son île, son épouse, son fils, son royaume.

Cette dimension disparaît dans une adaptation centrée sur l’aventure individuelle.

L’Odyssée est une épopée du patriotisme en temps de paix. Elle ne célèbre pas la cité assiégée comme L’Iliade, mais l’attachement d’un homme à sa terre, à sa famille et à son héritage. Le véritable exploit d’Ulysse n’est pas seulement de survivre aux dangers : c’est de rester fidèle à son foyer malgré toutes les séductions qui pourraient l’en détourner.

L’aède devenu rappeur américain : une analogie pour le moins discutable

La transformation de l’aède grec en rappeur noir américain, avec l’apparition de Travis Scott, constitue probablement l’un des choix les plus symboliques. Dans le monde homérique, l’aède est un poète oral qui accompagne son récit à la lyre, selon des règles métriques précises et une tradition fondée sur des formules transmises de génération en génération.
 
Le rappeur afro-américain Travis Scott dans le rôle de l'aède Phémios à Ithaque

Assimiler cette figure au rap contemporain américain relève d’une analogie qui paraît forcée. La poésie orale n’est pas une spécificité de la culture afro-américaine moderne : elle existait dans quasiment toute les civilisations peu alphabétisées: des scaldes nordiques aux bardes celtes. Réduire l’héritage de l’oralité poétique au seul modèle du rap américain revient à imposer un horizon culturel contemporain (indépassable apparemment) à une réalité historique beaucoup plus vaste. Ajoutons qu'il existe des rappeurs qui ne sont pas noirs...

Une esthétique hollywoodienne éloignée du monde mycénien

Le problème ne concerne pas seulement le casting ou les références culturelles, mais aussi l’univers visuel du film. Les armures sombres évoquent davantage l’esthétique de Batman ou des grandes productions de super-héros Marvel Comics que celle de l’âge du bronze grec. Les navires rappellent parfois davantage les embarcations vikings, apparues plusieurs millénaires plus tard, que les navires grecs de l’époque mycénienne.

Or l’univers homérique n’était pas celui d’une Antiquité sombre et monochrome : les sociétés de l’âge du bronze méditerranéen utilisaient le bronze brillant, les ornements métalliques, les couleurs et des équipements spécifiques, comme les célèbres casques à défenses de sanglier associés aux guerriers mycéniens. Le choix d’une esthétique sombre et spectaculaire semble donc répondre davantage aux codes actuels des blockbusters américains (peu importe l'époque de l'intrigue) qu’à une volonté de restitution historique.

Le budget total estimé de L'Odyssée de Christopher Nolan est d’environ 250 millions de dollars américains pour la seule production (soit 218,5 M€, 352 M$ CA). Si l’on ajoute les dépenses de promotion et de distribution, estimées autour de 125 millions de dollars, l’investissement global approcherait 375 millions de dollars (c.-à-d. 328 M€  ou 528,8 M$ CA).


Calypso : disparition de la vraie tentation d’Ulysse

Dans le film, selon De Jaeghere, Calypso devient une sorte de personnage fantastique menaçant.

Mais dans Homère, elle représente une tentation beaucoup plus subtile : elle offre à Ulysse l’immortalité, une beauté supérieure à celle de Pénélope et une vie sans souffrance.

Le choix d’Ulysse est donc extraordinaire : il préfère une vie humaine, limitée, auprès des siens, plutôt qu’une éternité heureuse mais sans patrie.

En supprimant cette dimension, le film perd l’un des plus grands moments philosophiques de l’Odyssée. Ulysse ne quitte pas Calypso parce qu’elle est un danger : il la quitte parce qu’il choisit volontairement la condition humaine. Il préfère la mort auprès des siens à une immortalité sans foyer, sans peuple et sans mémoire.

Une Odyssée américaine plutôt qu’une épopée grecque ?

Ces choix ne semblent pas chercher prioritairement à restituer le monde d’Homère ou l’époque mycénienne. Ils imposent plutôt un prisme contemporain : celui de la diversité sociétale américaine, des références culturelles américaines et d’une esthétique de méga-production proche des univers de bandes dessinées hollywoodiennes.

Le risque est alors de voir une œuvre grecque millénaire perdre son identité propre pour devenir une nouvelle variation d’un imaginaire cinématographique américain. L’épopée d’Ulysse, au lieu de faire découvrir un monde ancien dans toute son étrangeté, serait ainsi remodelée selon les préoccupations et les codes du présent.

C’est précisément ce que critique Michel de Jaeghere lorsqu’il dénonce les concessions faites à l’air du temps au détriment d’une œuvre véritablement enracinée dans son époque et sa civilisation.

La critique du féminisme contemporain appliquée à Pénélope

De Jaeghere cite une scène où Pénélope reproche à Télémaque l’idée qu’un roi soit nécessaire, en affirmant qu’elle pourrait elle-même gouverner.

La critique de ne vise pas la force du personnage féminin (Pénélope l’est déjà chez Homère), mais que ses valeurs soient remplacées par celles du XXIᵉ siècle.

Pénélope, qui est déjà dans l’épopée homérique une figure remarquable d’intelligence et de fidélité, est réinterprétée à travers des catégories contemporaines. Chez Homère, Pénélope est l'égale d'Ulysse quant à sa détermination et ses stratagèmes. Le problème n’est donc pas de montrer une femme forte, mais de substituer à une figure antique une conception moderne du pouvoir et de l’égalité.



La place des femmes dans le film

Argos, le chien d’Ulysse, prend plus de place dans le film que certains personnages féminins dans l’histoire. Lors d’un entretien, Lupita Nyong’o disait qu’elle aimerait demander à Homère ce qu’il pensait de la représentation féminine dans le film en comparaison avec le peu de place que le poète antique leur avait donnée dans L’Odyssée. De toute évidence, Lupita n’a pas lu le livre… L’Odyssée est l’une des épopées antiques les plus riches en personnages féminins forts et complexes : Pénélope, Athéna, Circé, Calypso, Nausicaa, Hélène, etc. Argos, chien fidèle, n'apparaît qu'une seule fois (Chant XVII, v. 290-327) : il reconnaît Ulysse déguisé en mendiant, remue la queue, puis meurt.

Imaginaire antique uniformisé par un Hollywood moderne et diversitaire 

On semble assister aux remplacement des différences entre civilisations anciennes par une esthétique mondiale standardisée (armures sombres, héros torturés, combats spectaculaires), qui finit par rendre interchangeables des univers historiques pourtant très différents.

La lecture contemporaine d’Homère, incarnée notamment par la traduction d’Emily Wilson, une militante féministe, a profondément bouleversé la lecture de l’Odyssée en insistant sur les rapports de pouvoir, la condition féminine et la complexité psychologique des personnages. Bref, les préoccupations de la traductrice.

Emily Wilson traduit ainsi l'incipit célèbre de l’Odyssée :

« Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον »

par 

« Parle-moi d'un homme compliqué »

plutôt que des formulations classiques comme :

« Chante-moi, Muse, l’homme aux mille tours... » (il est rusé) ou
« Raconte-moi, ô Muse, l’homme aux multiples détours. » (il erra dix ans)

L'adjectif πολύτροπος (πολύς multiple, τροπος tours) est une épithète homérique fixe qui distingue Ulysse. Les héros et dieux dans l'épopée ont des surnoms récurrents (exemples : « Achille au pied léger », « Athéna aux yeux pers »).

Le choix d'Emily Wilson met immédiatement en avant l'homme torturé, en psychologisant son périple. Une préoccupation éloignée de celle d'Homère mais que l'on retrouve dans le film de Nolan. Ce n’est pas une erreur de traduction : c’est une interprétation. Elle oriente la lecture vers une sensibilité moderne.

Que Christopher Nolan ait revendiqué la lecture de cette traduction n’est donc pas anodin. On retrouve dans son adaptation une volonté comparable de rapprocher Homère des préoccupations morales contemporaines progressistes. Pour Michel de Jaeghere, c’est précisément le risque de cette démarche : à force de rendre l’épopée antique conforme à nos catégories contemporaines, on finit par effacer ce qui faisait son étrangeté et sa force propre.

Christopher Nolan affirme de manière surprenante que L’Odyssée porte en définitive sur l’idée qu’une société ne peut fonctionner que par le respect des étrangers. Il croit que, malgré les 3 000 ans écoulés depuis Homère, cette vérité fondamentale sur la nature humaine n’a pas changé. Rappel : L’Odyssée s’achève littéralement par l’exécution des étrangers qui abusaient de l’hospitalité de la famille d’Ulysse (les prétendants). L’Iliade, auparavant, décrit en détail le siège brutal de Troie et le sac impitoyable de cette ville parce que l’un de ses princes avait abusé de l’hospitalité de Ménélas en séduisant sa femme. Leçon des deux poèmes homériques : les vrais hommes châtient impitoyablement les étrangers qui abusent de leur hospitalité et ces hommes ne souffrent pas de trouble de stress post-traumatique par la suite, à la différence de l'Ulysse de Nolan.

Toute adaptation d’un texte antique reflète l’époque qui la produit : c’est moins une lentille qu’un miroir. Les Athéniens de l’Antiquité ont transformé l’épopée homérique en une tragédie d’une grande finesse psychologique. Au XVIIIe siècle, la traduction d’Alexander Pope a réussi à faire passer Ulysse pour un poète efféminé des Lumières plutôt que pour un ancien roi-guerrier. En 1922, James Joyce a transposé L’Odyssée dans un roman qui met en avant le sexe, le flux de conscience et ce thème littéraire incontournable du modernisme : l’ennui.

En ce sens, 
la réécriture du cinéaste britannique s’inscrit dans une tradition séculaire. Elle est manifestement un produit de notre époque. Les personnages féminins y tiennent ainsi fréquemment des plaidoyers en faveur du féminisme. 

Le casus belli de la guerre de Troie est présenté comme un désir d’améliorer les routes commerciales, comme si Agamemnon n’était qu’un défenseur irréprochable du libre-échange plutôt que l’un des plus grands monarques, puissant et arrogant, de l’Antiquité.

Il est vrai que les adaptations disposent d’une certaine latitude, car L’Odyssée recèle une multitude de facettes.

D'aucuns diront qu'il n’est donc pas surprenant qu’Ulysse, le saccageur de cités, ait été une nouvelle fois transformé par Sir Christopher. L’Odyssée originale raconte le périple de dix ans d’Ulysse pour rentrer chez lui après la guerre de Troie et est donc généralement considérée comme une sorte de pérégrination maritime grecque. Mais c’est aussi un film mêlant sexualité et monstres marins, un film sur la relation père-fils, sur la relation mari-femme, sur l'étrangeté d'un âge d'or disparu, sur l'amour de la patrie et des siens.  Sa structure est d’une complexité redoutable. L’œuvre parle d’Ulysse — mais les lecteurs ne le rencontrent qu’au bout de quatre livres. De plus, bon nombre des récits que l’on considère comme archétypaux de l’Odyssée ne sont soit pas racontés du tout, soit présentés sous forme d'analepses rapides chez Homère : les Sirènes sont évoquées en une soixantaine de vers et les Lotophages en une vingtaine.

Chaque génération réinvente L’Odyssée à son image : on obtient la version que mérite son époque. Ou, en l’occurrence, celle que mérite la culture anglo-saxonne actuelle. Les Athéniens de l’Antiquité, inventifs et querelleurs, se sont emparés d’Homère et l’ont transformé en une tragédie à leur image. Les modernistes l’ont transformé en prose et en poésie modernistes. Le monde anglo-saxon moderne, simpliste et centré sur le visuel, s’est emparé d’Homère pour y dépeindre ses obsessions actuelles : la diversité ethnique, les revendications féministes, la culpabilité du monde occidental, le tout dans une esthétique violente et grise à l'aide de moyens cyclopéens.

Deux poids, deux mesures selon l'origine du mythe

Dans le débat autour de la distribution controversée des rôles dans L’Odyssée de Christopher Nolan ou des libertés prises à l’égard du récit d’Homère, de nombreux défenseurs du film écartent ces critiques en rappelant les éléments fantastiques du mythe (le Cyclope, la magicienne qui transforme les hommes en porcs). Tout deviendrait donc permis : réinterpréter, adapter, moderniser, voire dénaturer.

Pourtant, dans le cas de Vaiana, la Légende du bout du monde (Moana), le film d’animation de Disney racontant le voyage initiatique d’une jeune Polynésienne qui traverse l’océan pour sauver son peuple avec l’aide du demi-dieu Maui, le studio a mobilisé des anthropologues et un groupe d’experts culturels afin de garantir une représentation jugée authentique et respectueuse des cultures polynésiennes et océaniennes. La même exigence a été appliquée à la version en prises de vues réelles sortie en 2026 avec Dwayne Johnson dans le rôle de Maui : les deux adaptations — le film d’animation comme le film en prises de vues réelles — ont fait l’objet d’un examen attentif afin d’en vérifier la fidélité culturelle.

De même Lupita N'yongo qui joue Hélène de Troie a déclaré qu'il n'était pas important de respecter l'apparence européenne de celle-ci parce qu'il s'agit d'un mythe, mais lorsqu'il s'agissait de Black Panther (qui est une histoire moderne fictive) elle a plusieurs fois évoqué l’importance de respecter la culture et l’authenticité africaine dans Black Panther, en insistant sur le fait que le film était porté par des personnes qui comprenaient la représentation du continent et que c'était pourquoi le film s’appuyait sur des cultures africaines réelles (costumes inspirés de divers peuples, apprentissage du xhosa [une des rares langues à clics du continent...], importance d'avoir l'accent correct, etc.) et qu’il s’agissait de « respecter le continent »  et de « re-représenter » l’Afrique.

Cette différence de traitement révèle une application à géométrie variable des normes d’authenticité culturelle : les récits issus de cultures non européennes sont souvent soumis à un contrôle très strict de leur représentation, tandis que des critiques sur la dénaturation des mythes occidentaux sont fréquemment considérées comme excessivement puristes ou mesquines. Le cas de Vaiana et de Black Panther illustrent ainsi une forme de sélection dans l’application des exigences de « respect culturel » dans la représentation des mythes.

lundi 4 mai 2026

Selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de cour accueilleront ou rejetteront vos demandes


Voulez-vous une autre illustration ridicule, mais rigoureusement vraie du fait que le Canada est une vraie maison de fous ?

En 2021, une étudiante en droit, devenue avocate depuis, montre de l’intérêt pour un poste d’agente à la sensibilisation de la nature chez QuébecOiseaux (ça existe).

Le poste est cependant réservé aux gens de moins de 30 ans issus des minorités visibles.

L’étudiante a moins de 30 ans, mais elle a eu la mauvaise idée de naître désespérément blanche.

Elle dépose donc une plainte pour discrimination auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ).

Elle réclame 7500 $ en dommages moraux et punitifs.

Exclusion

Pourquoi de tels critères d’exclusion dans l’offre d’emploi ?

Parce que le poste est financé par le programme fédéral Travailler pour prospérer, administré par Nature Canada, qui relève de Parcs Canada et qui impose ces critères pour, supposément, lutter contre le racisme et la discrimination systémiques au Canada.

À l’échelle de tout le Canada, Nature Canada veut que 40 % de ses postes soient attribués à des gens allant des minorités visibles aux communautés LGBTQ2+ en passant par les personnes handicapées.

On comprend donc que cet objectif global de 40 % devenait une barrière d’exclusion de 100 % pour ce poste précis.

Redresser de scandaleuses injustices ? Euh, on parle ici d’un seul poste, à temps partiel, d’une durée de 20 semaines.

La CDPDJ examine le dossier et trouve qu’il y a une atteinte aux droits de la plaignante.

En langage clair, il y a bel et bien de la discrimination fondée sur la couleur, la race et l’âge.

Elle estime aussi que le formulaire d’embauche à remplir demande des renseignements personnels qui n’ont rien à voir avec les compétences, ce qui contrevient à la Charte canadienne.

Ça tombe un peu sous le sens : en quoi avoir la peau noire ou blanche vous qualifie-t-il plus ou moins pour comprendre les petits oiseaux ?

La CDPJQ propose qu’on dédommage modestement la plaignante, mais l’organisme se retire ensuite du dossier, n’y voyant pas d’intérêt public suffisant pour s’y associer.

Si la plaignante veut continuer, dit la CDPDJ, elle peut toujours introduire un recours en son nom personnel devant le Tribunal des droits de la personne.

C’est ce que fait la plaignante.

Elle fait donc du judo avec la rhétorique habituelle, alléguant que c’est elle qui est victime de « discrimination systémique ».

Idéologie
 

Le jugement du Tribunal [des droits de la personne] est tombé le mois dernier.

L’offre d’emploi était bien discriminatoire, mais le recours de la plaignante est néanmoins rejeté.

Pourquoi ? Parce qu’elle ne voulait pas vraiment le poste.

Elle avait une « position idéologique » et voulait en réalité attaquer le principe même de la discrimination positive.

Amusant, non ? Discriminer pour la « bonne cause » n’est pas de l’idéologie, mais protester contre cette pratique, c’est de l’idéologie.

Au Canada, la discrimination est à sens unique.

La fièvre idéologique pourrit les petites comme les grandes choses.

Source : Joseph Facal

vendredi 24 avril 2026

« Emplois d’été Canada » contre les jeunes blancs hétéros


Le programme Emplois d’été Canada soutient chaque année des dizaines de milliers de jeunes âgés de 15 à 30 ans en finançant des subventions salariales aux employeurs (principalement organismes sans but lucratif, secteur public et petites entreprises privées).

Chiffres récents des jeunes soutenus :

En 2025 : Plus de 75 000 emplois créés pour les jeunes (le programme a dépassé son objectif initial de 70 000, avec environ 71 200 à 76 000 postes selon les sources officielles). 

Pour 2026 (année en cours) : Le gouvernement annonce jusqu’à 100 000 possibilités d’emploi offertes via le programme, avec plus de 100 000 postes affichés sur le Guichet-Emplois. Cela fait partie d’un investissement plus large visant environ 175 000 perspectives d’emploi et de développement de compétences pour les jeunes au total cette année. 

Sur plusieurs années, le programme a financé plus de 460 000 à 600 000 emplois pour les jeunes depuis 2019 (selon les bilans cumulés).

Discrimination anti-blanc hétéro 

Le programme met l’accent sur les groupes prioritaires selon le gouvernement fédéral (jeunes Autochtones, Noirs, racialisés, 2ELGBTQI+, en situation de handicap, etc.).

Combien de blancs, mâles, hétéros soutenus par EEC ?

D’après les données les plus récentes publiées dans l’aperçu du programme Emplois d’été Canada (avril 2026) :

Genre
63 % des participants s’identifient comme femmes ou comme un genre autre que masculin.
→ Les hommes représentent donc environ 37 %.

Autochtones et non blancs
8 % des participants sont Autochtones.
25 % sont issus de groupes racialisés.
→ Environ 67 % ne sont ni Autochtones ni racialisés (les catégories étant présentées séparément, sans recoupement significatif dans ces statistiques globales).

Nombre d'hommes non autochtones et non racisés (« blancs »)

37 % × 67 % ≈ 24,8 %

Il s'agit d'une estimation.

Non hétéro

Aucune donnée publique détaillée ne précise la proportion de participants s’identifiant comme 2ELGBTQI+ dans ce programme, contrairement à d’autres variables comme le genre, l’identité autochtone, la racialisation ou le handicap.

Dans la population canadienne des 15–30 ans, les estimations disponibles situent cette proportion autour de 12 à 20 %. Étant donné que le programme accorde une attention particulière à certains groupes sous-représentés, il est plausible que leur part parmi les participants soit au moins comparable, voire supérieure, à cette moyenne.

En retenant une hypothèse prudente de 15 à 20 %, la proportion de participants non concernés par ce critère se situerait entre 80 et 85 %.

Estimation de la proportion d'hommes blancs hétéros

24,8 % × 80–85 % ≈ 20–21 %

Ainsi, en combinant ces trois dimensions de manière approximative, la proportion de participants correspondant simultanément à ces caractéristiques se situerait autour de 20 %, peut-être moins.

Il convient toutefois de souligner que ce type de calcul repose sur une approche multiplicative simplifiée : les variables ne sont pas totalement indépendantes et les données publiques ne permettent pas de croisement précis entre tous les critères. L’estimation donne donc un ordre de grandeur indicatif plutôt qu’une mesure exacte.

mercredi 18 mars 2026

Quand la justice tient compte de la race : réflexions sur l’affaire Downey et sa réduction de peine

En décembre 2021, un drame a secoué la Colombie-Britannique : Everton Javaun Downey, 35 ans, a poignardé sa petite amie, Melissa Blimkie (ci-contre), âgée de 25 ans, à quinze reprises dans un escalier du centre commercial Metrotown, à Burnaby. Convaincu de meurtre au deuxième degré, Downey a été condamné à la prison à vie.  

Cependant, l’affaire refait surface en mars 2026. La raison ? La juge associée en chef de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, Heather Holmes, a publié sa décision sur la durée avant possibilité de libération conditionnelle. Elle a fixé cette période à 12 ans, alors que le ministère public demandait 15 ans minimum. Ce qui a suscité un vif débat, c’est le rôle de l’Évaluation de l'impact de la race et de la culture (ÉIRC) dans la décision : une analyse qui, à l’instar des rapports Gladue pour les Autochtones, tient compte de l’expérience raciale et sociale du prévenu pour atténuer la peine.

L’ÉIRC de Downey, réalisée par la professeure Patrina Duhaney de l’Université de Calgary, souligne que, bien qu’il ait grandi dans des quartiers diversifiés et sans exposition apparente à un racisme ouvert, son déménagement en Colombie-Britannique l’a confronté à l’isolement, à la discrimination et à des difficultés d’adaptation. Le rapport mentionne également la pauvreté, la violence domestique vécue dans l’enfance, l’absence de figure paternelle et l’exposition à des fusillades dans son quartier. Selon la juge Holmes, ces facteurs ont constitué des circonstances atténuantes justifiant, en partie, une réduction de la durée avant la possibilité de libération conditionnelle.

Si la prise en compte du contexte social et racial vise à offrir une justice plus nuancée, cette affaire met en lumière ce que beaucoup perçoivent comme une justice à deux vitesses. D’un côté, le système cherche à reconnaître que certaines trajectoires de vie, marquées par l’exclusion et la discrimination, peuvent influencer le comportement criminel ; de l’autre, il peut apparaître aux victimes et à l’opinion publique comme une forme d’indulgence inéquitable, surtout lorsque le crime est particulièrement violent et que les conséquences pour les victimes sont irréversibles.

Le débat autour des ÉIRC et des rapports Gladue soulève ainsi une question fondamentale : jusqu’où la justice doit-elle adapter la peine à l’expérience raciale ou sociale d’un accusé, sans compromettre le principe d’égalité devant la loi et la protection des victimes ? Dans le cas de Downey, la famille de la victime a exprimé un sentiment de trahison et d’injustice, rappelant que, pour elles, la gravité du crime et la souffrance infligée ne peuvent être compensées par des considérations sociales.

L’usage des ÉIRC dans les tribunaux canadiens illustre un dilemme complexe. Quand une telle analyse influe directement sur la sévérité de la peine, elle peut être perçue comme une réduction de la responsabilité individuelle au détriment de la sécurité publique et de l’équité pour les victimes. La prudence s’impose : reconnaître les facteurs sociaux ne doit pas conduire à minimiser l’impact d’un crime, ni à créer un système où la couleur de peau ou l’expérience de marginalisation influence de manière significative la durée de la peine.

L’affaire Downey rappelle que la justice, pour rester crédible et équitable, elle doit user de la fermeté nécessaire pour protéger la société et honorer la mémoire des victimes.
 
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Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

Canada — Racialisation de la « Justice » (selon que vous serez blanc ou non, le tribunal sera sévère ou indulgent) 

Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

« Le racisme anti-blanc existe, il est systémique et institutionnalisé »  

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

Ontario — Tribunal déclare que l’épreuve de compétence en mathématiques de l’Ontario est inconstitutionnelle (car avait un impact négatif sur l'accès à la profession enseignante pour les candidats racisés)

Une première peine adaptée aux criminels racisés au Québec (comprendre un an de moins car le coupable était noir) (2025, affaire Frank Paris) 

Recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada

Trois ans plus tard, les allégations de « fosses communes » au Canada restent sans fondement

De 1945 à 1965, le taux de mortalité dans les pensionnats amérindiens était comparable à la moyenne canadienne  

mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


mardi 6 janvier 2026

Fraudes massives au Minnesota : l’ampleur du scandale des garderies et l’effet catalyseur de l’enquête de Nick Shirley

Mise à jour

 Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a déclaré lundi dans un communiqué qu'il mettait fin à sa campagne de réélection et ne briguerait pas un troisième mandat.

Walz, candidat démocrate à la vice-présidence en 2024, a invoqué l'attention accrue portée aux allégations de fraude dans le Minnesota, ajoutant que « les manœuvres politiques des républicains ne font que rendre cette lutte plus difficile à gagner ».

« Mais après avoir réfléchi à cette situation avec ma famille et mon équipe pendant les vacances, j'en suis venu à la conclusion que je ne peux pas me consacrer pleinement à une campagne politique », a-t-il déclaré.

Cette annonce intervient alors que l'État fait l'objet d'une surveillance accrue concernant la fraude présumée dans le domaine de la garde d'enfants. La sénatrice Amy Klobuchar envisage actuellement de se présenter au poste de gouverneur.

Source : NBC

 

 
Billet originel du 31 décembre 2025
 
Fin décembre 2025, le Minnesota se retrouve au centre d’un scandale de fraudes d’une ampleur exceptionnelle touchant plusieurs programmes sociaux majeurs, notamment les aides aux garderies, les thérapies pour l’autisme et les dispositifs d’aide alimentaire. Selon des procureurs fédéraux, le montant total des fonds publics potentiellement détournés depuis 2018 pourrait dépasser 9 milliards de dollars. Une part significative des structures mises en cause serait liée à des organisations gérées par des membres de la communauté somalienne, qui constitue la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. 

L’enquête virale de Nick Shirley : un accélérateur décisif

Le 26 décembre 2025, le journaliste indépendant et vidéaste Nick Shirley publie une enquête de 42 minutes intitulée I Investigated Minnesota’s Billion Dollar Fraud Scandal. Réalisée avec l’aide d’un enquêteur local se présentant sous le pseudonyme de « David », la vidéo documente la visite d’une dizaine de garderies à Minneapolis et dans ses environs, officiellement enregistrées comme accueillant des dizaines d’enfants.

Les images montrent pourtant des établissements apparemment inactifs : portes closes, fenêtres obturées, absence totale d’enfants ou de personnel,
et signalétique parfois approximative, comme une enseigne affichant « Quality Learing [sic] Center ». Or, ces structures auraient perçu des sommes considérables via le Child Care Assistance Program (CCAP). Le seul Quality Learning Center aurait ainsi reçu environ 1,9 million de dollars en 2025, et jusqu’à 4 millions de dollars cumulés, malgré des indices manifestes d’inactivité.

Selon Shirley, une seule journée d’investigation aurait permis d’identifier plus de 110 millions de dollars de paiements jugés suspect.

La diffusion de la vidéo provoque une onde de choc immédiate : elle cumule, en quelques jours, plus de 129 millions de vues sur X et 1,6 million de vues sur YouTube (chiffres au 30 décembre 2025). Relayée par Elon Musk, JD Vance et plusieurs figures conservatrices de premier plan, elle précipite une réaction fédérale rapide.

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

En août 2025, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a rendu une décision lourde de conséquences dans l’affaire Cowichan Tribes c. Canada, jugeant que le titre autochtone pouvait primer sur les droits de propriété de résidents non autochtones à Richmond. Cette décision, encore susceptible d’appels et d’interprétations, s’inscrit dans un climat plus large où la reconnaissance des droits autochtones tend à dépasser le cadre symbolique pour produire des effets juridiques et sociaux concrets, parfois au détriment du principe d’égalité civique.

Dans l’ensemble du pays, les reconnaissances territoriales autochtones sont désormais imposées lors de réunions publiques, d’événements institutionnels et dans les écoles, où elles sont souvent récitées quotidiennement par les élèves. Cette pratique, présentée d’abord comme un geste de respect, prend de plus en plus la forme d’un rituel obligatoire. Ceux qui en contestent le principe ou la portée s’exposent à des sanctions symboliques ou institutionnelles. Ainsi, en Ontario, Catherine Kronas a été exclue d’un conseil scolaire à Ancaster pour avoir remis en question l’imposition de ces reconnaissances, avant que le conseil ne recule face à une mise en demeure juridique. De son côté, Geoffrey Horsman, professeur de biochimie, administrateur scolaire et père de trois enfants, poursuit le Waterloo Region District School Board après que celui-ci lui a explicitement signifié que l’imposition des reconnaissances territoriales n’était « pas ouverte au débat ».

Parallèlement, certaines pratiques soulèvent des questions plus directes encore quant au respect du principe d’égalité devant la loi. L’accès au parc provincial Joffre Lakes, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Whistler, a été réservé de facto sur une base ethnique pendant des périodes de fermeture régulières à partir de 2023, lorsque des groupes autochtones ont bloqué l’entrée aux non-Autochtones afin de « reprendre possession » temporaire du site « pour permettre aux membres des nations Lil’wat et N’Quatqua  d’exercer des pratiques culturelles et spirituelles ». Cette situation, tolérée par les autorités, a marqué une rupture avec le principe selon lequel les parcs publics relèvent d’un patrimoine commun accessible à tous les citoyens. Dans le même esprit, des municipalités comme Powell River ou Okanagan Falls subissent des pressions pour abandonner leurs noms historiques au profit de toponymes autochtones, parfois sans consultation populaire claire.

Ces phénomènes ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance plus large où l’emploi, l’investissement et la sécurité juridique — piliers de la prospérité collective — sont de plus en plus exposés à des revendications territoriales extensives, parfois formulées de manière indéterminée quant à leurs limites concrètes.

Une construction jurisprudentielle contestée

Ces orientations ne résultent pas d’un consensus démocratique explicite. Elles reposent largement sur une construction jurisprudentielle progressive, portée par une interprétation idéologique du droit. En décembre 2025, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique, dans l’affaire Gitxaala Nation c. Colombie-Britannique (Chief Gold Commissioner), a statué que les lois devaient être interprétées à la lumière de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) de 2007. Or, la DNUDPA est un instrument international non contraignant, que le Canada a endossé politiquement en 2010, mais qui n’a jamais été conçu pour supplanter la souveraineté parlementaire ni redéfinir unilatéralement les droits de propriété et la citoyenneté.

Une large part de cette déclaration est incontestablement bien intentionnée. Elle rappelle que tous les peuples contribuent à la diversité culturelle de l’humanité, condamne les doctrines de supériorité raciale ou ethnique et reconnaît le rôle fondamental des familles et des communautés dans l’éducation et le bien-être des enfants — des principes qui s’appliquent, en réalité, à l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur origine.

Cependant, la DNUDPA devient problématique lorsqu’elle sert de fondement à des politiques et à des décisions judiciaires fondées explicitement sur l’appartenance ethnique. Elle passe la mesure lorsqu’elle suggère de reconfigurer, plusieurs siècles après l’établissement des États modernes, la propriété et le contrôle juridique de vastes territoires au profit de groupes définis par leur origine, sans considération équivalente pour les droits acquis des autres citoyens. Affirmer que des « droits inhérents » découlent exclusivement de traditions spirituelles, culturelles ou historiques spécifiques revient, dans les faits, à instituer une hiérarchie juridique entre citoyens.

Une justice différenciée selon l’origine ethnique

Cette logique de différenciation se manifeste également dans le système de justice pénale canadien à travers l’application du principe Gladue, qui impose aux tribunaux de tenir compte des facteurs historiques et systémiques affectant les délinquants autochtones lors de la détermination de la peine. Initialement conçu comme un outil de contextualisation, ce principe conduit de plus en plus souvent à des écarts de traitement difficilement conciliables avec l’égalité devant la loi.

En novembre 2025, au Québec, Dylan Dubé, un homme attikamek de 23 ans de la communauté de Manouane (la graphie officielle a été anglicisée modifiée en Manawan), a causé la mort d’un adolescent en conduisant en état d’ébriété. Il a été condamné à purger sa peine dans la collectivité, sans incarcération, le juge invoquant notamment la discrimination systémique et le racisme subis par les Autochtones. 

En janvier 2025, en Saskatchewan, la Cour d’appel a réduit de moitié la peine de Colin Umpherville, qui s’identifie comme Métis, faisant passer sa sentence de cinq ans à 30 mois de prison au motif que les facteurs Gladue n’avaient pas été suffisamment pris en compte en première instance.

Enfin, en 2025 toujours, au Québec, l’affaire Frank Paris a marqué une extension explicite de cette logique au-delà du cadre autochtone. Reconnu coupable de trafic de stupéfiants, l’accusé, un homme noir, a vu sa peine réduite d’environ un an à la suite du dépôt d’une évaluation de l’impact de l’origine ethnique et culturelle (EIOEC), la cour estimant que le racisme systémique avait influencé son parcours et devait être pris en considération au stade de la sanction. Bien que distincte formellement de la doctrine Gladue, cette approche en reprend l’esprit, en introduisant l’origine ethnoraciale comme facteur atténuant explicite.

Ces décisions, parmi d’autres, alimentent un malaise croissant : celui d’une justice perçue comme progressivement segmentée selon l’appartenance identitaire, où l’origine de l’accusé tend à influer directement sur la sévérité de la sanction. À mesure que ces dispositifs s’étendent, les justiciables ne relevant d’aucune catégorie reconnue — en pratique, les accusés blancs, les « non racisés » — apparaissent comme les seuls à ne pouvoir invoquer de facteurs systémiques analogues, au détriment du principe fondamental selon lequel des actes similaires devraient entraîner des conséquences similaires.

Un débat de fond éludé

Le débat actuel n’oppose pas la reconnaissance à l’oubli, ni la justice à l’injustice. Il oppose deux conceptions de la citoyenneté : l’une, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs dans un cadre civique commun ; l’autre, fondée sur une différenciation juridique permanente selon l’origine, présentée comme une réparation historique mais appliquée dans le présent.

À force de sacraliser certaines revendications et de disqualifier toute critique comme moralement suspecte, le Canada risque de fragiliser les principes mêmes qui assurent la cohésion d’une société pluraliste : l’égalité devant la loi, la neutralité de l’État et la primauté du débat démocratique sur l’ingénierie judiciaire. Le refus d’examiner lucidement ces dérives ne les rendra ni plus justes ni plus durables.

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De 1945 à 1965, le taux de mortalité dans les pensionnats amérindiens était comparable à la moyenne canadienne 

Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat  

Sondage envers la diversité ethnique : les diversitaires voient plus de racisme que les minorités ethniques

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone  

 

jeudi 18 décembre 2025

Histoire vraie de l'ère woke : l'affaire Yi-Fen Chou

En 2015, une controverse inattendue secoue le milieu littéraire américain et relance le débat sur les préjudices raciaux, conscients ou non, qui traversent les institutions culturelles. Au cœur de cette affaire se trouve Michael Derrick Hudson, poète américain blanc originaire de Fort Wayne, dans l’Indiana, et son poème au titre foisonnant : The Bees, the Flowers, Jesus, Ancient Tigers, Poseidon, Adam and Eve.

Un poème rejeté… puis accepté sous pseudonyme

Avant d’être remarqué, le poème de Hudson avait essuyé environ quarante refus de la part de revues littéraires lorsqu’il était soumis sous son véritable nom. Lassé par ces échecs répétés, l’auteur décide d’adopter un pseudonyme à consonance asiatique, Yi-Fen Chou, inspiré du prénom d’une connaissance d’origine chinoise.
Michael Derrick Hudson alias Yi-Fen Chou

Soumis sous cette nouvelle identité, le même poème est accepté par la prestigieuse revue Prairie Schooner, publication reconnue dans le paysage poétique américain. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle prend une dimension nationale lorsque le texte est ensuite sélectionné par Sherman Alexie, écrivain amérindien de renom, pour figurer dans l’anthologie The Best American Poetry 2015.

La révélation et le scandale

C’est Hudson lui-même qui révèla la supercherie. Dans une note adressée aux contributeurs de l’anthologie, il expliqua avoir utilisé ce pseudonyme pour contourner ce qu’il percevait comme une série de rejets injustifiés. Cette révélation déclencha immédiatement une vive polémique.

Sherman Alexie reconnut publiquement que le nom asiatique de l’auteur ait pu jouer un rôle dans sa perception initiale du poème. Il précisa toutefois que son choix reposait aussi sur la qualité littéraire du texte. Cette admission, loin d’apaiser les tensions, alimenta un débat plus large sur la place de l’ethnie ou de l'identité raciale dans les processus de sélection artistique.

Une condamnation quasi unanime

La réaction dominante du monde littéraire est sévère à l’égard de Hudson. Celui-ci est accusé de manipulation, de tromperie et d’appropriation identitaire. En revanche, peu de voix institutionnelles s’élèvent pour interroger de manière approfondie les biais potentiels des comités éditoriaux ou les critères implicites qui auraient pu favoriser un texte en fonction du nom de son auteur.

Ce déséquilibre dans les réactions est souligné par plusieurs observateurs : l’auteur est largement blâmé, tandis que le système de sélection lui-même fait l’objet de peu d’autocritique officielle.

Des conséquences durables pour l’auteur

Après cet épisode, Michael Derrick Hudson disparaît pratiquement de la scène littéraire dominante. Il est ostracisé par une partie du milieu et ne retrouve pas la visibilité qu’il avait brièvement obtenue. Aucune réforme notable des pratiques éditoriales n’est annoncée à la suite de l’affaire, et aucun mea culpa institutionnel majeur n’émerge du scandale.

L’affaire Hudson est solidement documentée. Elle a été couverte par des médias de référence, notamment le New York Times en septembre 2015, et figure dans les archives publiques, y compris sur Wikipédia (anglais), dont la page consacrée à l’auteur est régulièrement mise à jour. Les éléments clés — les nombreux rejets initiaux, l’acceptation sous pseudonyme et la sélection dans Best American Poetry 2015 — sont confirmés par des sources concordantes.

En revanche, les interprétations qui en découlent varient fortement. Certains y voient la preuve de politiques implicites de discrimination positive ou de quotas identitaires dans le monde littéraire ; d’autres estiment qu’il s’agit d’un cas isolé, instrumentalisé à des fins idéologiques. Ces lectures relèvent du commentaire social et politique, non du fait brut.

Une affaire révélatrice

Dix ans plus tard, l’affaire Michael Derrick Hudson demeure un symbole des tensions qui traversent les institutions culturelles contemporaines : entre quête de diversité, exigences d’équité et soupçons de biais inversés. Si les opinions restent profondément polarisées, un point fait consensus : l’épisode est réel, documenté et révélateur des fragilités d’un système où l’identité de l’auteur peut parfois peser aussi lourd que son œuvre.
 
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lundi 6 octobre 2025

Netflix — Le wokisme lui ferait perdre des milliards

Au cours des derniers jours, Netflix a vu s’évaporer environ 15 milliards de dollars de capitalisation boursière suite à une campagne initiée par Elon Musk, incitant ses nombreux abonnés à résilier leur abonnement. Ce recul est intervenu au moment où l’entreprise apparaissait encore, pour beaucoup d’investisseurs, comme un pilier du streaming.

On observe une chute successive de l’action : – 2,3 % mardi, – 2,9 % mercredi, puis – 1,04 % la veille, illustrant l’onde de choc que le milliardaire suscite par ses prises de parole.

Le déclencheur : une controverse sur la représentation transgenre

La polémique a débuté lundi lorsqu’un compte nommé Libs of Tiktok a publié un extrait de la série animée Dead End : Paranormal Park, dans lequel apparaît un personnage se déclarant « transgenre » : une adolescente affirmant être un garçon. Le héros est « un adolescent transgenre » : une fille qui se dit garçon.  

Elon Musk a relayé ce clip avec le commentaire lapidaire :« Ce n’est pas OK. »

Le créateur de l'émission Dead End : Paranormal Park, Hamish Steele, est un fan LGBTQ de Bluesky qui a piqué une crise parce que les gens pleuraient Charlie Kirk, et a traité Charlie de nazi.

Le commentateur et YouTuber Benny Johnson a écrit sur X : « Netflix sexualise les enfants en présentant des sujets sexuels explicites, graphiques et radicaux comme des “divertissements pour enfants”. Ce que fait Netflix va au-delà d’une guerre culturelle. C’est immoral. Et cela devrait être illégal. » Elon Musk a retwitté en se disant « 100% d’accord ».

Puis Libs of Tiktok a publié un extrait du Baby Sister Club, qui « encourage le transgenrisme auprès des enfants, culpabilise les personnages secondaires parce qu'ils “mégenrent” l'enfant trans au centre du récit et exige que le personnel hospitalier traite ce garçon comme une fille ». Elon Musk a encore retwitté, et a exhorté les parents à « résilier leur abonnement à Netflix pour la santé de leurs enfants ».

Le psychothérapeute James Esses a publié un article où il souligne que « la propagande transgenre ne se contente pas de se cacher discrètement en arrière-plan sur Netflix : ils la poussent activement auprès des utilisateurs. » Il inclut un lien vers un article Netflix de mars 2025 répertoriant les émissions qui « honorent les personnes transgenres et non binaires » à l’occasion de la « Journée de la visibilité transgenre » : « Chaque année depuis 2009, des millions de personnes à travers le monde célèbrent le 31 mars comme la Journée internationale de la visibilité transgenre (TDOV). D’une femme transgenre qui traverse les États-Unis en voiture avec sa meilleure amie à un élève de quatrième qui retourne en colonie de vacances après avoir fait son coming out, ces acteurs et personnages transgenres et de genre non conforme sont au cœur des titres de notre liste. »

 

[James Esses avait été expulsé alors qu'il était en troisième année à l’université (Institut Metanoia) en 2021 parce qu’il disait que le sexe est biologique et immuable et que cela est particulièrement pertinent dans le domaine de la psychothérapie, car les personnes souffrant de dysphorie de genre doivent être traitées de manière équilibrée et holistique. L’Institut Metanoia lui a présenté des excuses en 2024, admettant notamment qu’il avait été expulsé sans procédure régulière, sans audition ni possibilité d’appel.]

Une multitude de séries et de films pour enfants sur Netflix cherchent à imposer un programme radicalement woke aux enfants.



Non seulement Libs of Tiktok ont-ils dénoncé Netflix pour son contenu woke, mais ils ont également révélé les dirigeants à l'origine de la campagne de l'entreprise visant à conditionner les enfants.

Des personnes comme Wade Davis, vice-président de la « stratégie d'inclusion » chez Netflix, qui était auparavant « consultant en inclusion LGBT » pour la NFL et a travaillé sur la campagne de Barack Obama.

Libs of Tiktok ont également révélé que Netflix semblait se vanter ouvertement de pratiquer une discrimination à l'égard des Blancs.

Dans leur rapport sur l'inclusion et la diversité, ils se félicitent que le pourcentage de réalisateurs et de premiers rôles issus de minorités ethniques ait considérablement augmenté au cours des dernières années.


Netflix et les travelos transgenres (Elon Musk réagit : « Netflix manipulent nos enfants ») :

Supplément

Une scène du film « Le Monde après nous » de Netflix met en garde contre le fait de faire confiance aux Blancs en cas d'apocalypse.

Barack et Michelle Obama sont les producteurs exécutifs du film.