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mercredi 9 septembre 2026

Baisse du niveau scolaire : l'alerte de Madeleine de Jessey

Madeleine de Jessey, professeur de lettres classiques et auteur de «L'École des illettrés» (éd. Albin Michel), est l'invitée de Vincent Roux dans Points de Vue.


mardi 9 juin 2026

Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue

Éducation positive, antifascisme, écriture inclusive, justice sociale, bienveillance... Qui peut aujourd’hui contester ou simplement questionner ces mots magiques ? 

Chargés d’idéologie, ils envahissent les médias, les universités, les institutions. Le prétendu néoprogressisme a ainsi fait du vocabulaire son terrain de lutte, « en empêchant parfois de dire, en contraignant souvent à dire autrement, donc à ne pas dire vraiment ».

Selon les zélateurs du politiquement correct il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une adaptation du langage à des objectifs moraux, pédagogiques ou sociaux. 

Selon eux, les mots influencent les représentations et les comportements ; agir sur le langage serait un moyen légitime d’agir sur les relations humaines.Cette logique conduit au contrôle du discours ; certaines expressions deviennent socialement ou institutionnellement inacceptables, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles sont jugées inappropriées. 

Il s’agit de mettre en place une véritable police de la langue. Hannah Arendt, Orwell, Aron, Klemperer, Chomsky, Eco, ont montré comment la régulation du langage sert à éliminer la pensée critique, uniformiser les esprits et imposer une idéologie.

Publiée sous la direction de Sami Biasoni aux éditions du Cerf, l’Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue recense un certain nombre de mots ou néologismes ayant connu des glissements sémantiques sous l’effet de revendications politiques. Les contributeurs, historiens, philosophes, linguistes, professeurs, avocats, journalistes, nous invitent à retrouver l’esprit critique et le courage face à la dictature de la pensée unique.

Source : DLF






mardi 24 mars 2026

La langue irlandaise a le vent en poupe

Au bord de l'eau à Dun Laoghaire, dans la banlieue de Dublin, une foule se rassemble sur un patchwork de tapis de yoga. Naoise Ni Bhroin, la professeure, invite les participants à faire un « anail isteach » (inspiration). Ses cours se déroulent principalement en irlandais, une langue longtemps considérée par beaucoup comme inutile, explique Mme Ni Bhroin. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Il y a un siècle, seuls 18 % de la population du pays parlaient irlandais. Aujourd’hui, 1,8 million de personnes en Irlande (environ 40 % de la population) affirment avoir une certaine maîtrise de cette langue. En Irlande du Nord, l’irlandais a dépassé le français pour devenir la deuxième langue la plus étudiée au baccalauréat, après l’espagnol.

L’irlandais est devenu tendance. Cillian Murphy et Paul Mescal, deux acteurs, l’ont utilisé lors de cérémonies de remise de prix. Le cinéma et la musique en irlandais connaissent une renommée mondiale, du film nominé aux Oscars « The Quiet Girl (An Cailin Ciuin) » au groupe de hip-hop Kneecap. Des influenceurs parlant irlandais font la promotion de la langue sur les réseaux sociaux.

Ce renouveau tient autant à la politique de l’État qu’à la culture pop. Catherine Connolly, la présidente irlandaise, souhaite en faire la langue de travail officielle de sa présidence. Le gouvernement a fixé un quota de recrutement de 20 % de locuteurs irlandais dans le secteur public d’ici 2030. L’irlandais est devenu une langue officielle et de travail à part entière au sein de l’Union européenne en 2022.

Ces politiques se traduisent par une demande croissante de personnes parlant couramment l'irlandais. Darren O Rodaigh, de Gaelchultur, qui organise des cours d’irlandais, a déclaré que les inscriptions avaient plus que triplé depuis 2020. La participation s’est étendue au-delà des enseignants et des universitaires pour toucher les jeunes professionnels. Environ 1 900 candidats ont passé l’examen d’irlandais certifié par l’État au cours de l’année universitaire 2021-2022. En 2024-2025, ce nombre a augmenté de près de 40 %.

Rares sont ceux qui parlent l’irlandais au quotidien. Mais le yoga en bord de mer et d’autres rassemblements contribuent à normaliser la langue. Les efforts visant à la promouvoir portent enfin leurs fruits, affirme Tomas O Síochain, qui dirige une agence de développement dans les régions irlandophones. Les défenseurs de la renaissance gaélique voulaient autrefois chasser la langue coloniale. Ce n’est plus un objectif. Parler anglais a contribué à la prospérité de l’Irlande, explique M. O Síochain. Mais parler irlandais, c’est ce qui fait d’elle l’Irlande.


Source : The Economist

lundi 12 janvier 2026

« Aujourd’hui, on se méfie de la mémoire. Et de la beauté »

Emmanuel Godo, l’écrivain et professeur de lettres à Henri-IV a publié Avec les grands livres, une ode à la lecture des classiques. À l’heure où la littérature tend à s’effacer derrière les écrans, il alerte sur l’avènement d’un totalitarisme insidieux, dans lequel la contemplation est laissée en jachère. Entretien paru dans le Figaro.

LE FIGARO. — Pourquoi répète-t-on inlassablement qu’il faut lire ?

EMMANUEL GODO. — Nous vivons dans un monde de divertissement généralisé. Aujourd’hui, un individu a tout ce qu’il faut, et même plus qu’il n’en faut, pour prendre du plaisir : entre les séries, les réseaux sociaux ou le cinéma à grande échelle, il peut se divertir - dans une forme de passivité - jusqu’à plus soif. Il est donc intéressant de rappeler qu’il existe une autre manière d’envisager le temps libre, avec la lecture, qui requiert un dialogue constant. En ne lisant plus, nous laissons en jachère des instances, des puissances intérieures, qui ont pourtant besoin d’être activées : la pensée profonde, la contemplation et la vraie rêverie - pas celle que l’on nous impose mais celle qui vient se glisser entre les lignes d’un texte.

—N’est-ce pas justement difficile pour les jeunes de lire quand des dizaines d’activités plus « faciles » leur tendent les bras ?

— Dans cette perspective, il y a une responsabilité du monde professoral. Les personnes que les jeunes rencontrent, et qui peuvent être des éveilleurs, sont d’abord les enseignants. J’ai passé près de quarante ans avec des élèves et ils n’étaient pas toujours favorisés socio-culturellement. Quelles que soient les conditions, le professeur doit être la passerelle entre un monde exigeant, celui de Balzac, de Molière, de Maupassant et celui de ces jeunes consciences en devenir. Il faut leur faire entendre que, dans ces textes, il y a une parole non seulement vivante, mais plus vivante encore - car plus riche, plus nuancée, plus féconde - que celle qu’on leur offre habituellement. Là, vous les arrimez et vous éveillez leur désir enfoui. Évidemment, c’est un long chemin. D’autant que la lecture devient intéressante précisément quand elle devient difficile : lorsque l’on sent une résistance en nous-même, un achoppement. Souvent, on s’autocensure dans l’audace de lecture car on est soi-même claquemuré dans des préjugés, dans des certitudes qui ne sont pas des vérités expérimentées et abouties, mais des représentations hâtives. Cette responsabilité concerne aussi les parents s’ils sont eux-mêmes des prescripteurs ou des praticiens de la lecture. La maison n’est pas seulement un lieu de vacuité où chacun est laissé à son épanouissement anarchique; elle peut être un lieu d’étude et de vraies conversations.

jeudi 1 janvier 2026

La Lettonie supprime le russe des écoles publiques et des médias d’État

La Lettonie franchit aujourd’hui une étape décisive dans sa politique linguistique : les médias publics cessent toute production de contenus en langue russe, tandis que l’enseignement du russe comme seconde langue étrangère disparaît progressivement des établissements scolaires publics à compter de cette année. Ces mesures, parmi les plus restrictives adoptées ces dernières années dans un pays membre de l’Union européenne, réduisent drastiquement la place institutionnelle d’une langue parlée par environ un tiers de la population.

Dans le domaine des médias, les amendements à la loi sur les médias électroniques, adoptés dès 2023 et entrés pleinement en vigueur ce 1er janvier, interdisent aux diffuseurs publics — la télévision LTV et la radio publique — de produire des programmes originaux en russe. 

Désormais, les contenus diffusés par ces chaînes doivent être exclusivement en letton ou dans des langues qualifiées d’« appartenant à l’espace culturel européen ». Les programmes en russe existants sont relégués aux plateformes numériques, et aucune nouvelle production n’est autorisée sur les ondes traditionnelles. Cette décision met fin à des années de diffusion publique en russe, qui touchait une audience significative, particulièrement parmi les russophones. En éducation, la rigueur est tout aussi marquée.  

Depuis les réformes de 2018, l’enseignement en russe comme langue principale d’instruction avait déjà été supprimé dans les écoles publiques, avec une transition complète vers le letton achevée en 2025 pour l’ensemble des cycles primaire et secondaire. À partir de l’année scolaire 2026-2027, le russe n’est plus proposé comme seconde langue étrangère : les établissements doivent obligatoirement offrir une langue officielle de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou une langue étrangère régie par des accords intergouvernementaux (anglais, allemand, français, etc.). 

Seuls les élèves ayant opté pour le russe avant septembre 2025 peuvent le poursuivre jusqu’à la fin de leur scolarité. Cette suppression concerne l’ensemble du système public, y compris les écoles autrefois qualifiées de « russophones ». Ces dispositions touchent une communauté importante : environ 24 % de la population lettonne est ethniquement russe, et 33 à 38 % des habitants utilisent le russe comme langue maternelle ou principale, selon les données récentes. À Riga, la proportion de russophones dépasse souvent la moitié des résidents.  

La présence du russe en Lettonie remonte au moins à l’époque de l’Empire russe (XVIIIe-XIXe siècles), où il servait de langue administrative, avant de s’imposer massivement durant la période soviétique (1940-1991) avec l’arrivée de centaines de milliers de migrants. Les autorités lettonnes justifient ces restrictions par des impératifs de sécurité nationale et d’intégration, dans un contexte géopolitique tendu depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Elles soulignent que des alternatives privées — médias commerciaux en russe, cours associatifs ou plateformes internationales — restent accessibles, et que la préservation culturelle des minorités est possible dans des cadres non publics.

Ces mesures n’ont cependant pas manqué de susciter des critiques internationales dès leur annonce. En 2023, Reporters sans frontières (RSF), l’Union européenne de radio-télévision (EBU) et d’autres organisations ont dénoncé le risque d’isolement informationnel pour les russophones, les exposant potentiellement à des sources moins fiables ou à de la désinformation. Des interrogations ont également été soulevées au Parlement européen sur la compatibilité de ces restrictions avec les principes de pluralisme linguistique et de protection des minorités défendus par l’UE.

Membre de l’Union depuis 2004, la Lettonie invoque sa souveraineté linguistique et les clauses des traités européens autorisant des mesures de sécurité nationale. 


Voir aussi

Sondage gouvernemental — Prédominance du russe chez les écoliers de Kiev

Poutine a signé une loi sur la protection de la langue russe dans l’espace public

Vers l’interdiction du russe en Ukraine ? (2022)

Les Russes de Lettonie passent un test linguistique pour éviter d’être expulsés

Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe  

Marioupol, les élèves retournent en classe [en mai] (vidéos), heureux de pouvoir étudier en russe

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien

Lettonie — Vers l’élimination de l’enseignement en russe en 2025 

Ukraine — Sites internet, réseaux sociaux, interfaces de logiciel devront être traduits en ukrainien et cette version doit être présentée en premier

Budapest bloque adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en raison des lois linguistiques de l’Ukraine (2017)  

Des élèves réfugiés ukrainiens étudieraient en anglais au Québec malgré la loi 101 (et la loi 96)

Les autorités russes proposent de supprimer l’obligation de fournir des informations sur les transports en anglais



mercredi 17 septembre 2025

Québec — les naissances des francophones s’affaissent, celles des anglophones sont stables

Alors que l'anglais comme seule langue d'usage demeure stable, voire augmente légèrement, le nombre de naissances des francophones s’affaisse rapidement ces dernières années.

 
Dans le graphique suivant, nous avons réparti les bilingues et trilingues de sorte que ceux qui, par exemple, disent utiliser le français et une autre langue différente que l'anglais soit comptés comme « français langue d'usage». Les bilingues ou trilingues qui connaissent le français et l'anglais sont répartis à égalité entre le "français langue d'usage" et "anglais langue d'usage".


mercredi 25 juin 2025

Poutine a signé une loi sur la protection de la langue russe dans l'espace public

Le président russe Vladimir Poutine a signé une loi visant à protéger et à promouvoir la langue russe dans l'espace public. Le document correspondant a été publié mardi sur le site officiel des actes juridiques.

La loi modifie plusieurs actes normatifs, notamment les lois « Sur la protection des droits des consommateurs » et le Code de l'urbanisme, et vise à limiter l'utilisation de mots et de noms étrangers dans les enseignes, les publicités et les panneaux indicateurs, ainsi que dans les noms des complexes résidentiels et des micro-quartiers.

Selon la loi, toutes les informations destinées aux consommateurs doivent être fournies en russe. L'utilisation de mots étrangers tels que « sale » et « shop » sera désormais limitée. La traduction dans d'autres langues est autorisée, à condition que le contenu soit identique et que la présentation soit équivalente à la version russe.

Les nouvelles normes du Code de l'urbanisme interdisent de donner aux complexes résidentiels et aux micro-quartiers des noms à consonance étrangère. Tous les noms doivent être écrits exclusivement en cyrillique.

Le document consacre également l'obligation d'utiliser la norme littéraire de la langue russe dans les médias, ce qui suppose l'absence d'erreurs linguistiques et lexicales.


Selon le document, les informations doivent être présentées en russe. Les langues officielles des républiques ou d'autres langues des peuples de Russie peuvent également être utilisées, mais les informations dans ces langues doivent être identiques à celles en russe.

À la discrétion du fabricant ou du vendeur, ces informations peuvent être rédigées en langues étrangères, à condition d'être également affichées en russe. Il est précisé que les informations dans les deux langues doivent être identiques en termes de contenu, équivalentes en termes de placement et avoir les mêmes couleurs, types et tailles de police. Toutefois, ces dispositions ne s'appliquent pas aux noms de marque et aux marques commerciales.

La signature de la loi a suscité un débat au sein du Conseil de la Fédération. La sénatrice Lioudmila Naroussova a exprimé son indignation face à l'absence de responsabilité en cas de violation des nouvelles normes lors d'une discussion au sein du comité constitutionnel. Le président du comité, Andreï Klichass, a proposé à la sénatrice d'élaborer des propositions concernant les mesures administratives.

Les modifications entreront en vigueur le 1er mars 2026.

Le 5 juin, Poutine a tenu un conseil sur le soutien à la langue russe, au cours duquel il a notamment appelé à la promouvoir plus activement sur les terres historiques de la Fédération de Russie et à se débarrasser des emprunts vulgaires. Le président russe a également souligné la nécessité d'utiliser l'alphabet cyrillique dans l'espace public, et non « un mélange de caractères latins et d'autres symboles ».

vendredi 16 mai 2025

L'Algérie règle ses comptes avec la France et sacrifie la « langue du colonisateur »


À l’ombre de la crise diplomatique qui caractérise les relations entre Alger et Paris, la langue française perd de plus en plus du terrain. Malgré tout, elle tente de résister.

« C’est donc une décision judicieuse ! » Debout devant des étudiants de la Faculté de médecine de Béchar (Sud-Ouest) jeudi 24 avril, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, entouré du ministre de l’Enseignement Supérieur, du chef d’État-Major de l’Armée le Général d’armée Said-Chengriha et d’autres responsables, s’est félicité d’une décision que son gouvernement avait prise quelques jours auparavant : à partir de la rentrée universitaire de septembre 2025, les filières médicales, jusque-là enseignées en français, seront désormais dispensées en anglais. Une des dernières digues qui entourent la langue de Molière en Algérie vient ainsi de tomber. Car si l’arabe et le berbère sont les deux langues officielles, beaucoup de filières sont encore enseignées en français. De moins en moins depuis quelques mois. Motif ? « Depuis 2022, tous les ouvrages que nous utilisons sont en anglais. Il n’y a pas d’autre solution que le passage à l’anglais, si nous voulons être au diapason des nouvelles technologies », a expliqué un enseignant au chef de l’État lors de la même visite.

Reconversion forcée des professeurs

Le remplacement du français par l’anglais dans les facultés de médecine est le dernier épisode de la démarche qui consiste à supprimer graduellement la langue française des enseignements universitaires. Rien que ces cinq dernières années, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a produit plusieurs circulaires dans ce sens. Cela a consisté d’abord à « obliger » les professeurs à se reconvertir à l’anglais depuis la rentrée universitaire 2022-2023. Des cours accélérés en langue de Shakespeare étaient prévus. Sans succès. « Après 37 ans d’enseignement en français, on m’oblige à dispenser des cours en anglais. Je préfère prendre ma retraite », nous confiait à l’époque un professeur de physique à l’Université des Sciences et technologies Houari-Boumediène, dans la proche banlieue d’Alger. Comme notre interlocuteur, beaucoup d’enseignants n’ont pas caché leur désarroi. Le projet est tombé à l’eau, mais il est sorti des tiroirs à chaque poussée de fièvre dans les relations algéro-françaises.

En plus de l’Université, le gouvernement algérien a décidé, à l’été 2023, d’introduire, dans la rentrée de septembre de la même année, l’anglais dès la troisième année du cycle primaire, ex aequo avec le français qui était jusque-là première langue étrangère. Les deux langues se partagent désormais le volume horaire hebdomadaire, qui diffère d’un niveau à un autre. Des professeurs d’anglais ont été recrutés et formés dans l’urgence. Et malgré la sonnette d’alarme des syndicats d’enseignants et des partis de l’opposition qui ont dénoncé une décision prise dans la précipitation, Abdelmadjid Tebboune, parfait francophone, a maintenu le cap. « L’école, c’est du temps long. Il faut planifier sur 20, 30 ans », avait par exemple dénoncé le sociologue Aissa Kadri qui a consacré une bonne partie de sa très longue carrière universitaire, menée autant en Algérie qu’en France, aux questions pédagogiques.

Du prestige, encore et toujours

L’école et l’Université ne sont pas les seuls espaces où la langue française est pourchassée. Dans l’espace public, de nombreux frontons d’établissements publics, civils et militaires, portent désormais des inscriptions en arabe et en berbère doublées de l’anglais, alors que jusque-là, c’est le français qui côtoyait les deux langues nationales. Puis, plus récemment, la compagnie de transport aérien, Air Algérie a supprimé la langue de Malraux de ses billets et la Société de distribution des eaux d’Alger, fondée initialement avec l’assistance de la française Suez avant d’être nationalisée, de ses factures. « Un manque de respect aux clients qui ne comprennent que le français », a posté le syndicaliste Nouredine Bouderba. Cette chasse au français est étendue à la musique puisque depuis le début des récentes crises diplomatiques entre les deux pays, les chansons françaises, très populaires dans le pays, sont quasiment bannies des radios d’État, dont l’une des chaînes les plus importantes parle… en français.

« La langue française est un butin de guerre ! À quoi bon un butin de guerre si l'on doit le jeter ou le restituer à son propriétaire dès la fin des hostilités ? » Cette phrase prononcée par le célèbre écrivain algérien Kateb Yacine a toujours sonné comme une parade aux nombreuses tentatives visant à évincer la langue de l’ancien colonisateur du pays. Car, depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, quasiment tous les gouvernements ont eu leur projet de remplacer cette langue par l’arabe, devenue certes au fil du temps celle de l’administration, de l’enseignement et de la majorité des filières des sciences humaines à l’université.

Mais les projets, idéologiques pour la plupart car répondant souvent à une revendication des courants conservateurs qui poussent des cris d’orfraie contre « une colonisation linguistique » de la langue française, ont souvent échoué. Des livres continuent d’être édités en Français, tout comme une bonne partie des journaux du pays. Des écoles privées continuent de dispenser des programmes français, y compris clandestinement et le nombre d’Algériens inscrits aux cours de langue français à l’Institut français d’Alger n’a jamais baissé, selon une responsable de cette institution qui confirme que le nombre a même augmenté en 2023. À l’Université, comme dans des pans entiers de l’économie tels que les banques, les impôts et les assurances, le français tient seul le haut du pavé et n’est pas près d’y descendre, ce qui permet aux cadres y travaillant de garder un prestige souvent envié. Un sursis, selon de nombreux observateurs.

Fait paradoxal, des figures de la classe politique algérienne, y compris parmi les pourfendeurs de la langue française, font des pieds et des mains pour inscrire leurs enfants dans la seule école française autorisée en Algérie !

(Notons que l'arabe est aussi la « langue du colonisateur »...) 
 
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jeudi 26 décembre 2024

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Les universitaires sont depuis longtemps accusés d’écrire dans un jargon incompréhensible. L’histoire récente d’Amelia Mary Louks, une chercheuse qui a déclenché une tempête sur les médias sociaux avec un message anodin sur 𝕏 célébrant la fin de sa thèse de doctorat, constitue un exemple édifiant. Si le sujet de recherche de Mlle Louks (« l’éthique olfactive » — la politique de l’odorat) a attiré l’attention des critiques en ligne, c’est le résumé verbeux de sa thèse qui a suscité leur courroux. En deux semaines, le message a été relayé par plus de 21 000 personnes et a été consulté plus de 100 millions de fois.


Les réactions étaient suscitées par le langage abscons utilisé dans ce résumé. Le manque de clarté explique la critique. Les travaux de recherche sont devenus de plus en plus difficiles à lire, en particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales. Bien que les auteurs puissent affirmer que leurs travaux sont destinés à un public d’experts, une grande partie du grand public soupçonne certains universitaires d’utiliser un charabia pour camoufler le fait qu’ils n’ont rien d’utile à dire. La tendance à une prose plus opaque n’apaise guère ce soupçon.

Pour suivre l’évolution de la rédaction universitaire dans le temps, The Economist a analysé 347 000 résumés de thèse publiés entre 1812 et 2023. L’ensemble des données a été produit par la British Library et représente la majorité des thèses de doctorat en langue anglaise soutenues dans les universités britanniques. L’hebdomadaire a examiné chaque résumé à l’aide du test de facilité de lecture de Flesch, qui mesure la longueur des phrases et des mots pour évaluer la lisibilité. Un résultat de 100 indique en gros que les passages peuvent être compris par une personne ayant terminé la 4e année du primaire aux États-Unis (CM1 en France) généralement âgée de 9 ou 10 ans, tandis qu’un score inférieur à 30 est considéré comme très difficile à lire. Un article moyen du New York Times obtient un score d’environ 50 alors que le « Reader’s Digest » a un indice de lisibilité d’environ 65. La « Harvard Law Review » a un score général de lisibilité dans la trentaine. Le score de lisibilité le plus élevé (le plus facile) possible est de 121,22, mais seulement si chaque phrase se compose d’un seul mot d’une syllabe. Alors qu’Amazon place le texte anglais de « Moby Dick » à 57,98. Une phrase particulièrement longue sur les requins au chapitre 64 a une cote de lisibilité de -146,77.

De l’« allylation asymétrique des aldéhydes » aux « fondements pneumatologiques et apocalyptiques de l’eschatologie », les résumés des thèses de doctorat exhalent un parfum d’érudition indéniable. Nous avons constaté que, dans toutes les disciplines, les résumés sont devenus plus difficiles à lire au cours des 80 dernières années. C’est dans les sciences humaines et sociales que le changement est le plus marqué (voir le graphique), les scores moyens de Flesch passant d’environ 37 dans les années 1940 à 18 dans les années 2020. À partir des années 1990, ces domaines sont passés d’une lisibilité nettement supérieure à celle des sciences naturelles — comme on pouvait s’y attendre — à une complexité accrue. Le résumé de Mme Louks a obtenu une note de 15 pour la facilité de lecture, ce qui reste plus lisible qu’un tiers des résumés de thèses analysés.

D’autres études sur la rédaction universitaire aboutissent à des conclusions similaires : le jargon scientifique et les acronymes sont de plus en plus fréquents. Les auteurs ne sont pas les seuls responsables. La spécialisation et les progrès technologiques exigent une terminologie plus précise et une thèse de doctorat couvre souvent certains des sujets de recherche des plus obscurs. Avec des millions de vues, Mme Louks pourrait revendiquer l’un des résumés de thèse de doctorat les plus lus de tous les temps. Elle a depuis posté : « Je suis ravie d’avoir en quelque sorte doté tout le monde d’une nouvelle terminologie et de nouveaux cadres de travail ! » Mais au-delà de l’intérêt croissant pour l’éthique olfactive, la tendance à l’illisibilité des écrits académiques est déplorable. Une prose claire serait une bouffée d’air frais.

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Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

Fraude délibérée aurait plombé deux décennies de recherche sur Alzheimer

Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

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Expert en désinformation accusé d'avoir utilisé l'IA pour faire une déclaration inexacte devant un tribunal

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Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

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mardi 10 décembre 2024

Les immigrants en Islande apprennent peu l'islandais

L’Islande compte 20 % d’immigrés dans sa population de 400 000 habitants, dont très peu parlent l’islandais, engendrant des problèmes de « surqualification » (selon l’AFP) pour les adultes et d’échec scolaire pour les enfants tout en fragilisant la cohésion sociale du pays.

Kanyamon Juisikaew, 46 ans, a quitté la Thaïlande il y a six ans pour Reykjavik et s’est mariée avec un Islandais.


« J’aimerais communiquer avec les Islandais lorsque nous sommes en famille, car nous sommes une famille islandaise. Et au travail, lorsque nous avons des réunions, je ne peux pas comprendre », déplore Kanyamom.

Elle vient de sauter le pas et de profiter des cours de langue offerts sur ses heures de travail, une occasion donnée par une poignée d’entreprises et institutions.

De l’autre côté de la table, sa collègue Carolina Rivas espère évoluer dans sa carrière grâce à ces cours.

« C’est très difficile d’étudier après le travail », explique cette Colombienne de 38 ans. « Donc c’est vraiment bien de pouvoir utiliser le temps de travail pour apprendre cette langue qui demande beaucoup de temps ».

L’Islande est le pays de l’OCDE dont la population immigrée a le plus fortement augmenté, passant de 3 % de sa population totale au début des années 2000 à 20 % l’an dernier.

Le pays nordique a fait appel à l’immigration dans les années 2000 pour faire face à l’essor du tourisme et aux emplois de service à faible rémunération.

« On ne peut pas se permettre d’avoir 20 % de la population qui ne parle pas la langue. Le fait qu’une grande partie de la population soit composée de migrants qui ne parlent pas la langue devient donc une question de cohésion sociale pour l’Islande », souligne Thomas Liebig, administrateur responsable de la division des migrations internationales de l’OCDE.

Cette main-d’œuvre, principalement originaire de l’espace économique européen, détient le taux d’emploi le plus élevé de l’OCDE, mais souffre de « surqualification » (comprendre elle occupe des postes modestes parce qu’il lui manque une qualification : la connaissance de la langue nationale).

Dans l’institut de formation Mimir de Reykjavik, des dizaines de personnes passent l’examen d’islandais pour obtenir la nationalité, à côté de salles de classe combles.

« Nous constatons une augmentation annuelle d’environ 20 % des inscriptions » remarque Joanna Dominiczak, directrice des programmes de langue islandaise. « En septembre, nous avons dû arrêter de proposer des cours parce que le financement était terminé. »

À l’instar du pays, l’une des plus grandes chaines de supermarché, Kronan, emploie 25 % de migrants, un défi pour la directrice des ressources humaines Ásta Baerings qui reconnait qu’il est difficile de faire apprendre l’islandais à de nouveaux arrivants qui ne sont pas sûrs de rester dans le pays.

« Ça va dans les deux sens. On doit aussi essayer de traduire tous nos contenus dans ces langues afin de s’assurer que tout fonctionne correctement au travail », défend-elle.

L’entreprise traduira l’année prochaine toutes ses communications en trente langues afin d’aider les 47 nationalités qui travaillent dans ses magasins, tout en proposant une panoplie d’applications et cours en ligne sur la base du volontariat.

Anthony John Saunders a poussé les portes de Kronan en arrivant d’Angleterre après le Brexit et n’a pas quitté les lieux depuis, devenant gérant d’un des magasins.

« En tant qu’anglophone, je pense que l’Islande a été assez facile à intégrer, car tout le monde parle très bien anglais » raconte-t-il.

Le commerçant parle très peu islandais, mais espère progresser grâce à l’appli personnalisable offerte par Kronan qu’il vient d’installer.

« Cela renvoie également la façon dont nous, Islandais, percevons notre propre langue » analyse Yrsa Thöll Gylfadóttir, écrivaine et professeure d’islandais.

« Certains d’entre nous semblent avoir un complexe d’infériorité et ne croient pas que quelqu’un veuille ou puisse apprendre notre langue […] C’est donc aussi notre isolement, notre microlangue et notre micro-environnement qui sont en cause ».

« Les Islandais ont donc souvent recours à l’anglais lorsqu’ils s’adressent à des personnes ayant un accent. »

lundi 25 novembre 2024

Les tensions raciales s'exacerbent en Nouvelle-Zélande


Des guerriers maoris au torse nu ont conduit 42 000 manifestants devant le parlement néo-zélandais le 19 novembre. Certains manifestants, brandissant des drapeaux maoris rouges, noirs et blancs, avaient parcouru des centaines de kilomètres pour s'opposer à un projet de loi qui réduirait leurs droits. Cette manifestation était l'une des plus importantes en faveur des Maoris. Le projet de loi, a déclaré Jenny Shipley, ancienne Première ministre conservatrice, « invite à la guerre civile ».

C'est une caricature. Mais cela fait des décennies que les relations raciales n'ont pas été aussi houleuses en Nouvelle-Zélande, un pays connu pour sa relative harmonie. La Nouvelle-Zélande s'est efforcée d'honorer un traité conclu en 1840 entre les chefs maoris et les colons britanniques. Elle a adopté sa langue et sa culture indigènes. Mais le ton a changé depuis que les Néo-Zélandais ont élu l'année dernière un gouvernement de coalition conservateur, dirigé par Chris Luxon. Ce gouvernement a abrogé les politiques mises en place par les précédents gouvernements travaillistes. Il a réduit l'utilisation de la langue maorie et supprimé une agence de santé maorie.

Les esprits se sont échauffés lorsque l'ACT, un petit parti libertarien au sein de la coalition au pouvoir, a présenté un projet de loi visant à éroder des droits accordés aux Maoris en vertu du traité. Depuis les années 1970, un tribunal enquête sur les violations passées du traité et indemnise les tribus. Le traité a été intégré dans des lois visant à réparer les torts causés par la colonisation. Ces mesures ont contribué à améliorer la vie des Maoris. Ils vivent plus longtemps et sont plus riches que les Aborigènes australiens.


David Seymour, le chef de l'ACT (dont la mère est maorie), se plaint que « des juges activistes ont détourné le sens de notre document fondateur » pour accorder des privilèges de plus en plus importants aux Maoris, qui représentent 20 % de la population. Selon lui, les quotas ethniques et les initiatives de gouvernance partagée leur confèrent des avantages injustes. Son projet de loi vise à limiter les applications modernes du traité. En essayant de « réécrire le traité », il porterait atteinte à la démocratie, ont écrit plus de 40 avocats dans une lettre ouverte. Seymour a travaillé au Canada en tant qu'analyste politique pendant cinq ans pour le Frontier Centre for Public Policy et le Manning Centre. Le projet de loi a peu de chances d'être adopté. M. Luxon promet que son parti national le rejettera après une consultation publique. 


vendredi 26 juillet 2024

Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024 et 1924 (m à j)

Travelo barbu se trémousse dans la pluie:
La république française évoquée (Marie-Antoinette décapitée) lors de la cérémonie d'ouverture.  
La Sainte Cène de Léonard de Vinci à la mode travelo    

Trio multiracial (deux hommes de couleur, une femme blanche) qui s'embrasse et s'apprête à passer à l'action (oui, oui, cela faisait partie du «spectacle»)
 


À Moscou en 1980, c'était en russe et en français :

Heureusement, il y a eu Céline Dion...

L'avis d'Éric Zemmour :






Il y a 100 ans, les Français vivaient la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en français (uniquement).

Documentaire intéressant mais orienté sur les J.O. de 1924 :



(Le documentaire, très politiquement correct et féministe, aime à dire que la décennie des années 20 est celle des femmes « libres et audacieuses », c'est surtout celle de femmes jeunes sans homme, la guerre a tué 20 % des hommes français de 20 à 44 ans. Pour ne rien dire du million d'invalides, mutilés et des gueules cassées. La concurrence était donc rude (pardon audacieuse) entre femmes pour attirer les jeunes hommes valides. Les restrictions sévères contre la contraception s'expliquent par l'hécatombe de la Guerre et la chute vertigineuse des naissances qui s'en est suivie, il manquait déjà des millions d'enfants en 1920...)

. Effet de la guerre de 1914-1918 sur la structure par âge et par sexe de la France métropolitaine (frontières d’avant-guerre) : pyramides des âges attendues en 1920 avec (rouge) et sans la guerre (vert).

Entretemps en 2024, la Macronie parle franglais, voire anglais à Paris pour les Jeux Olympiques.

Full speed ?


  Messages sans correspondance ou traduction en français:

 

etc.

jeudi 16 mai 2024

Pays-Bas : la nouvelle coalition veut politique d’asile « la plus stricte », numerus clausus pour étudiants étrangers et renforcement de la connaissance du néerlandais

La coalition de gouvernement de droite et de centre-droite nouvellement formée aux Pays-Bas a proposé jeudi une politique d’asile « la plus stricte » jamais adoptée, avec possibilité de sortir des règles européennes. 
 
Geert Wilders (PVV), Dilan Yesilgoz (VVD), Caroline van der Plas (BBB) et Pieter Omtzigt (NSC) à la conférence de presse de présentation de leur nouvel accord

La coalition annoncée mercredi par le chef de file de la droite néerlandaise Geert Wilders expose la politique migratoire « la plus stricte » jamais adoptée. Elle évoque la possibilité de sortir des règles européennes en la matière. L’accord de coalition de 26 pages a été validé tôt dans la matinée après six mois de difficiles tractations entre quatre partis, à la suite de la victoire électorale du dirigeant de droite Geert Wilders.

« Des dispositions concrètes seront prises pour aller vers des règles les plus strictes jamais adoptées en matière d’asile, et un paquet de mesures le plus large jamais pris pour contrôler les migrations », stipule le texte. Les signataires indiquent qu’ils transmettront « le plus tôt possible » à la Commission européenne une demande pour dérogation à la politique européenne d’asile. Les personnes sans permis de résidence valide seront expulsées « par la force si nécessaire », ajoute l’accord.

L’accord a été trouvé entre quatre partis, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders de droite, le parti pro-agriculteurs BBB, le parti libéral VVD et le nouveau parti de centre-droit NSC. On ignore encore l’identité du prochain Premier ministre qui dirigera le gouvernement de coalition et remplacera Mark Rutte, candidat au poste de secrétaire général de l’OTAN. La coalition proposée bénéficie de 88 sièges sur 150 à la Seconde chambre.

Le nom de l’ancien ministre de l’Éducation et de l’Intérieur, Ronald Plasterk, qui a également joué un rôle clé dans la supervision des premières négociations, est celui qui circule le plus. Un haut fonctionnaire, Richard van Zwol, a été désigné comme « formateur » chargé de constituer un cabinet, mais sans vocation à être candidat pour diriger le gouvernement.

Résumé du plan de gouvernement
 
« Espoir, courage et fierté », tel est l'intitulé de l’accord de coalition entre le PVV, le VVD, le NSC et le BBB. En 26 pages, ils expliquent ce qu’ils ont l’intention de faire.

« Qu’il s’agisse de la sécurité de l’existence, des soins ou de l’argent dans le portefeuille, ou encore de la disponibilité de logements en suffisance, notre ambition est grande », écrivent les quatre partis dans l’introduction de ce qu’ils appellent eux-mêmes un accord-cadre. « Nous voulons également inverser l’afflux beaucoup trop important de demandeurs d’asile et d’immigrants. Nous voulons que les agriculteurs, les maraîchers et les pêcheurs aient à nouveau un avenir ».

La nouvelle coalition a divisé en dix chapitres les politiques proposées, dont beaucoup doivent encore être élaborées par le futur cabinet. Voici les points clés de chaque chapitre :

Sécurité des moyens de subsistance et pouvoir d’achat

Les quatre parties ont convenu de réduire de plus de moitié la part payée par les citoyens dans les soins de santé. Cela ne se fera qu’en 2027, car il ne serait pas possible de le faire plus tôt. Actuellement, il existe encore une franchise obligatoire de 385 euros par an. Elle passerait alors à 165 euros par an.

En outre, la coalition souhaite réduire la charge pesant sur le travail « par exemple en introduisant une tranche supplémentaire dans l’impôt sur le revenu ». Enfin, les quatre partis veulent renforcer la sécurité de l’emploi, améliorer le désendettement et rendre les services de garde d’enfants presque gratuits pour les parents.

Maîtrise de l’asile et de l’immigration

Comme annoncé, la coalition se dirige vers le dispositif le plus strict jamais mis en place en matière d’asile. Il s’agit notamment d’une loi temporaire sur la crise de l’asile, assortie de mesures de crise. En cas de « crise », des mesures de grande envergure pourront être prises.

Le permis d’asile à durée indéterminée sera supprimé et le permis de séjour temporaire sera modifié. Les demandeurs d’asile déboutés seront « expulsés chaque fois que possible, y compris par la force ». Par ailleurs, les détenteurs de statut ne seront plus prioritaires dans l’attribution des logements sociaux. Le regroupement familial automatique sera également supprimé et le nombre de personnes autorisées à voyager sera « sévèrement limité ».

L’accord stipule également que la loi sur la répartition des réfugiés doit être annulée (au grand dam de son auteur).  La nouvelle coalition veut abroger la loi, qui a déjà été adoptée par la Chambre des représentants et le Sénat.

En outre, la coalition veut demander à la Commission européenne la permission de ne pas participer à la politique européenne en matière d’asile et de migration, et souhaite renforcer les contrôles aux frontières et l’introduction du système de double statut.

L’asile n’est pas la seule forme de migration que la coalition veut contrer. Des exigences supplémentaires seront imposées aux travailleurs migrants originaires de pays tiers et les « agences de recrutement malhonnêtes » seront réprimées.

L’immigration à des fins d’études sera freinée, notamment en proposant davantage de cours en néerlandais, en fixant un numerus clausus pour les étudiants étrangers et en augmentant les frais de scolarité pour les étudiants non ressortissants de l’UE.

En ce qui concerne l’intégration civique, les quatre candidats souhaitent que la connaissance de l’Holocauste devienne obligatoire et que les exigences linguistiques soient relevées. Dans le même ordre d’idées, ils proposent de réglementer les appels à la prière par haut-parleur.

Logement et logements sociaux, infrastructures, transports publics et aviation


Sur le plan structurel, 100 000 nouveaux logements devraient être construits chaque année. Cela se fera en partie par la mise à disposition de plus de terrains à bâtir. L’accord stipule qu’il faut « ajouter des rues » dans les centres-villes et les banlieues. Les procédures de construction devraient également être accélérées.

Pour les personnes déjà titulaires d’un logement, la coalition veut freiner les augmentations de loyer (dans les logements sociaux). En moyenne, au moins 30 % des nouvelles constructions doivent être destinées à la location sociale. Pour les propriétaires, les augmentations de l’impôt foncier seront plafonnées. Autre point important pour ce groupe : « il n’y aura pas de modification de la déduction des intérêts hypothécaires ».

En ce qui concerne l’infrastructure, il sera possible de rouler à nouveau à 130 kilomètres à l’heure « partout où c’est possible », y compris pendant la journée.

En outre, l’accessibilité des zones rurales devrait être améliorée « en renforçant le transport par bus entre les centres des villages ruraux » et la construction du Lelylijn, une liaison ferroviaire entre Lelystad et Groningen, se poursuivra.

Agriculture et pêche, sécurité alimentaire et nature

Dans le domaine de l’agriculture, fer de lance du BBB, la coalition veut « mettre le paquet » pour adapter les directives européennes. L’adaptation de la directive Nitrates et le « recalibrage » des zones Natura 2000 sont à l’ordre du jour. L’accent est mis sur une structure principale de zones naturelles robustes, et non sur une « nature parcellaire », précise l’accord.

L’accord stipule également que les Pays-Bas ne doivent plus mener une politique plus ambitieuse que le reste de l’Europe en matière de protection de la nature.

La coalition ne veut pas d’une réduction forcée du cheptel. Il ne doit pas non plus y avoir d’expropriation forcée. En revanche, il faut des rachats volontaires généreux et un engagement total en faveur de l’innovation dans l’agriculture.

À noter : le « diesel rouge », moins cher, revient pour les agriculteurs, les horticulteurs et les travailleurs contractuels. En 2013, ce faible taux d’accise sur le diesel a été supprimé.
Énergie, sécurité de l’approvisionnement et adaptation au climat

En matière de politique climatique, la coalition souhaite s’en tenir aux objectifs existants, selon l’accord. « Ce n’est que si nous ne parvenons pas à atteindre ces objectifs que nous mettrons en place des politiques alternatives », précise l’accord.

Le fonds pour le climat reste également intact. Ce fonds d’un milliard de dollars, mis en place par l’actuel gouvernement, finance des mesures climatiques. Il finance également le développement de l’énergie nucléaire. La nouvelle coalition s’oriente vers quatre nouvelles grandes centrales nucléaires, au lieu de deux, comme on le pensait auparavant.

Les partis veulent mettre l’accent sur une plus grande indépendance énergétique et sur une production d’énergie durable. Par ailleurs, la pompe à chaleur ne sera finalement pas obligatoire. Le cabinet actuel y avait songé, mais cette idée a été abandonnée. Les subventions pour les voitures électriques seront supprimées d’ici 2025.

Équipements publics, soins et éducation

Les quatre partis veulent renforcer les soins primaires, y compris les médecins généralistes, les infirmières de district et les soins informels. En outre, le travail dans le secteur des soins (qui souffre d’une grave pénurie de personnel) devrait devenir plus attrayant. Cela devrait se faire « par le biais d’une plus grande autonomie, de perspectives de carrière, de bonnes conditions de travail et d’une réduction des charges réglementaires et administratives ». Les soins aux personnes âgées devraient également être améliorés.

En termes d’éducation, les méthodes d’enseignement utilisées devraient être « d’une efficacité prouvée et politiquement neutres » et l’« anglicisation » devrait être réduite.

En ce qui concerne l’éthique médicale, tout reste inchangé. « Les cadres juridiques restent inchangés en ce qui concerne les embryons, l’avortement et l’euthanasie. »

Bonne gouvernance et État de droit fort

La coalition est en train de mettre au point un nouveau système électoral pour la Chambre basse. La forme exacte de ce système reste à déterminer. En tout état de cause, il devrait « renforcer le lien régional entre les électeurs et les représentants élus ». L’objectif est de mettre en place le système pour les prochaines élections.

En outre, des mesures doivent être prises en vue d’une révision constitutionnelle afin que les lois puissent être testées à l’aune de la Constitution. Et par extension, des mesures doivent également être prises pour la formation d’une cour constitutionnelle chargée de la révision constitutionnelle (un souhait fervent du leader du NSC, M. Omtzigt).

Il y aura également un « droit à l’erreur ». « Une seule erreur ne peut plus plonger un citoyen dans les ennuis », estime la nouvelle coalition. Les frais de relance et de recouvrement [pour créances dues] du gouvernement doivent être fortement réduits.

Le nombre de fonctionnaires et de consultants au sein du gouvernement doit également être réduit, et une réduction de 100 millions d’euros a été prévue pour la radiodiffusion publique. Les séjours à l’hôtel deviendront plus chers, car le taux de TVA repasse à 21 %. La TVA sur les biens et services culturels augmente également, mais pas celle sur les cinémas et les loisirs de jour.

Sécurité nationale

Dans le domaine de la sécurité aux Pays-Bas, les quatre ministres veulent renforcer la lutte contre le crime organisé. « Des efforts accrus seront déployés pour confisquer les avoirs et la lutte contre le blanchiment d’argent sera intensifiée.

Les peines seront également plus sévères pour les crimes graves tels que le terrorisme et les infractions violentes et sexuelles graves. Le système de justice pour mineurs sera rendu plus sévère, notamment en augmentant les peines maximales.

Sécurité internationale

“Les Pays-Bas continuent de soutenir l’Ukraine politiquement, militairement, financièrement et moralement contre l’agression russe”, indique l’accord. La norme de l’OTAN de 2 % pour la défense doit être rendue légale.

Et, ce qui est controversé, le pays devrait examiner “quand le transfert de l’ambassade à Jérusalem pourra avoir lieu à un moment approprié”. La plupart des pays ont leur ambassade à Tel-Aviv en raison du statut complexe de Jérusalem.

Finances publiques, économie et climat des affaires

La nouvelle coalition estime que le climat des affaires doit être amélioré. C’est pourquoi les récentes augmentations d’impôts pour les entrepreneurs seront partiellement annulées. Il s’agit notamment d’une augmentation de la taxe sur l’énergie.

Les partis en formation se sont mis d’accord pour réduire les taxes de 14,7 milliards d’euros par an. Cette réduction sera compensée par le même montant de dépenses supplémentaires (allègements fiscaux et investissements). Globalement, les dépenses diminueront de 4,7 milliards d’euros par an.



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mercredi 1 mai 2024

Ces nouveaux mots du dictionnaire Larousse, reflets de notre époque et d'une sélection

Cela fait 120 ans que, chaque année, on découvre les nouveaux mots et sens du Petit Larousse illustré, le dictionnaire qui se retrouve dans la plupart des foyers français. Il est toujours fascinant d’observer à quel point il est le reflet de notre société et de notre époque. Un exemple frappant : l’édition qui avait le ou la Covid-19 avait vu naître 80 mots issus du lexique médical sur les 150 nouvelles entrées.

Expression des inquiétudes de la société

Quelle est la tonalité de ce Petit Larousse 2025 ? « Nous avons beaucoup de mots nouveaux qui reflètent cette année des inquiétudes, des évolutions ou des mouvements forts», répond Carine Giracmarinier, directrice du département dictionnaires et encyclopédies. Elle cite l’exemple du mot « masculinisme » (courant venu des États-unis, en opposition au féminisme, qui veut réaffirmer des valeurs masculines) ; ce terme fait son apparition de la même façon que le « platisme » (le fait de croire que la terre est plate). Elle ajoute qu’un mot intéressant est en train de s’imposer : « empouvoirement », calqué sur l’américain «empowerment». On le retrouve dans les courants de pensée féministes. Il correspond à un processus sociopolitique qui consiste à vouloir prendre le pouvoir (dans le dictionnaire, le terme prend un sens plus large). Tous ces mots sont le reflet d’évolutions marquantes dans les domaines social, économique, politique ou écologique.

Une nouvelle édition du dictionnaire peut presque répondre à la question : comment va notre société ? «Il y a encore des inquiétudes, et les mots se font l’écho de ces inquiétudes. L’entrée du mot “cyberterrorisme” illustre cette tendance, ainsi que dans le domaine écologique, “mégabassine”», répond Bernard Cerquiglini,

éminent linguiste, qui est le conseiller scientifique du Petit Larousse illustré. Dans le registre des risques et des enjeux environnementaux, on découvre, par exemple, « agrotoxique » (se dit d’une substance utilisée en agriculture et présentant un certain degré de toxicité). Quant aux nouveaux mots de la société, il faut noter l’arrivée de « visibiliser » que l’on entend de plus en

plus, « désanonymiser » (certains rêvent d’une loi), « fast-fashion », ce terme étant souvent péjoratif, il exprime un modèle économique qui consiste pour un segment de l’industrie du prêtà-porter, à proposer un renouvellement rapide de collections à petit prix et de qualité médiocre… « Permittent » suit un mouvement sociétal où se mêle permanent et intermittent. Quant à « déconjugaliser », il suit une mutation liée au droit fiscal, puisque c’est le fait d’effectuer le calcul d’une prestation sociale ou d’un impôt en se basant uniquement sur les ressources d’un allocataire ou d’un contribuable, sans plus tenir compte du couple.

« Il semble que face à toutes ces inquiétudes, notre société recherche de solutions, avec des mots tel que “écogeste” ou le nouveau sens donné à “verdir” (devenir plus respectueux de l’environnement) et les expressions “zéro déchet” et “polluant éternel”», note Carine Giracmarinier.

La gastronomie moins en forme que la santé

Habituée à apporter son lot de nouveautés, la gastronomie semble avoir donné presque tous ses fruits ! « C’est vrai, il y a de moins de moins de mots qui en sont issus : la langue française s’en est largement nourrie, si je puis dire », explique Bernard Cerquiglini. Il n’y a que quatre mots pour cette nouvelle édition, ce qui est peu. On note l’entrée de «kombucha»: cher aux boutiques bio, il vient du japonais, « thé d’algues kombu ». Le numérique, aussi, a fait le plein. Moins de mots, également, issus du régionalisme et de la francophonie, on notera l’intéressant « se repatrier », qui vient de l’afrique de l’ouest et signifie « retourner volontairement dans son pays, pour s’y installer et y travailler». En revanche, la santé, qui a toujours apporté son lot au dictionnaire, continue d’innover, avec cette année «mycobiote », et une extension de sens avec «ciseaux moléculaires» (technique de laboratoire qui utilise une enzyme servant de guide pour couper une molécule D’ADN à un endroit ciblé).

S’il faut chercher un peu de légèreté, c’est du côté du sport (année olympique oblige ?) et des loisirs qu’il faut aller voir. Entrent : « trottinettiste », « ultra-trail », « webtoon », « spéléonaute» et «skatepark» mais le Petit Larousse recommande « planchodrome ». Pas sûr que ce dernier s’impose…

IFaire entrer un nouveau mot dans le célèbre dictionnaire exige beaucoup de patience. Et de la ténacité ! La directrice du département dictionnaires et encyclopédies explique le processus : «On observe environ 5000 nouveaux mots et nouveaux sens chaque année. On commence à travailler à partir de deux critères. Le premier est quantitatif et correspond à la fréquence d’usage du mot : cela nous permet de retomber autour de 1500-2000 mots. Ensuite, on applique un critère qualitatif : on vérifie que le mot est partagé par tous, et notamment par toutes les générations et le grand public. » L’équipe éditoriale se réunit avec les conseillers internes et externes. C’est un travail qui s’effectue de janvier à décembre. Les lexicographes font des fiches sur lesquelles ils notent ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent. « On débat sur chaque mot. La sélection n’est jamais simple. » Pour passer de 5000 à 150 nouveaux termes et sens, il n’y a qu’un principe qui s’impose : «Le Petit Larousse suit l’évolution de la société française. Nous réalisons une veille néologique permanente et nous n’intégrons pas un mot sans “attestation”, c’est-àdire sans qu’il colle à notre époque et à un usage courant. Seuls les mots qui font désormais partie de notre quotidien et qui ont dépassé tout phénomène de mode rentrent dans nos colonnes», affirme Carine Girac-marinier.

Comment naît un mot? Et face au wokisme?

Comment un dictionnaire se positionne-t-il face au wokisme, où la définition d’un mot devient une bataille idéologique? «On y réfléchit toujours,

dit Carine Girac-marinier. Quand on fait entrer des nouveaux mots, parfois certaines définitions sont longues à élaborer et demandent à être revues de nombreuses fois. Un adverbe mal placé peut changer une définition. On travaille beaucoup pour éviter toute polémique, toute interprétation. Quand nous avons défini woke et wokisme l’année dernière, nous avons introduit une note encyclopédique pour expliquer les différents sens et usages de ces deux termes. Chaque année, un travail d’orfèvre est réalisé dans le dictionnaire pour passer en revue des mots dont les sens sont devenus plus compliqués. Cela a été le cas du mot “race”, par exemple. À l’inverse, on a fait entrer “afrodescendant”, cette année, dont l’usage est très attesté. Pour certains mots, marqués comme péjoratifs ou polémiques, nous précisons que leur usage n’est pas souhaitable. Nous indiquons aussi, à travers des marqueurs, que certains termes ont vieilli et qu’il existe même des mots qui ne peuvent plus être utilisés aujourd’hui comme jadis. »

Il arrive également qu’il y ait avec le temps des modifications de définition mais aussi la décision de ne pas faire entrer certains mots. « Oui, par exemple, “iel”: nous ne l’avons pas retenu parce qu’il n’apparaît que dans des discours militants. C’est un usage militant, et nous, nous travaillons sur la langue commune », explique Bernard Cerquiglini. Il est aussi à noter que ce terme possède à ce jour peu d’occurrences et ne répond donc pas aux critères quantitatifs du Petit Larousse, fait remarquer la directrice du département dictionnaires et encyclopédies.