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lundi 13 juillet 2026

Vieillissement — Les annonces de la mort du système de santé sont grandement exagérées

En 2100, la crainte d’un avenir écrasé par le coût des soins de santé pourrait s’avérer exagérée. Longtemps les économistes ont estimé que le vieillissement des populations provoquerait une explosion des dépenses médicales. Cette idée reposait notamment sur la « maladie des coûts » de Baumol : dans les secteurs très dépendants du travail humain, comme la médecine, la productivité progresse peu, car une consultation médicale exige encore à peu près le même temps qu’il y a un siècle. Les salaires doivent néanmoins suivre ceux des secteurs plus productifs (comme l'informatique ou l'industrie), sous peine de voir les futurs médecins partir vers d’autres professions mieux rémunérées.

La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.

David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.

L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.

Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.

Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.

Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.

[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
  • moins d'enfants à charge ;
  • beaucoup d'adultes en âge de travailler ;
  • une population encore jeune.
Mais une fois passée sous le seuil de remplacement pendant plusieurs générations, elle entre dans une phase différente :
  • moins d'actifs ;
  • davantage de retraités ;
  • moins d'entrepreneurs potentiels ;
  • pression sur les systèmes sociaux ;
  • contraction possible du marché intérieur.
Le cas coréen illustre précisément cette ambiguïté : le modèle a été extrêmement performant pendant la phase de transition démographique, mais la fécondité actuelle (l'une des plus faibles au monde) pose désormais la question de la soutenabilité du modèle.]

En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.

Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.


Source : The Economist

vendredi 22 mai 2026

Obésité : les trajectoires divergent entre pays à faibles revenus et pays riches… et la France tire son épingle du jeu

Une vaste étude, publiée le 13 mai 2026 dans la revue « Nature », bouscule l’idée d’une épidémie mondiale uniforme d’obésité.

Depuis plus de trente ans, scientifiques et médias s’accordent à parler d’une « épidémie mondiale d’obésité » et ce, à juste titre : plus de 1 milliard d’individus sont aujourd’hui concernés par ce problème de santé majeur. Une étude publiée le 13 mai 2026 dans la revue Nature nous rappelle néanmoins qu’il existe des disparités très fortes entre les pays, notamment selon les niveaux de richesse. Si l’obésité est en pleine augmentation dans les pays en voie de développement, elle s’est en revanche stabilisée, après une forte hausse, dans la plupart des pays riches. La France fait, elle, partie des rares pays où la vitesse de progression de l’obésité est restée faible sur les dernières décennies.


Il s’agit de la plus grande étude épidémiologique jamais réalisée sur l’obésité. «Environ 2000 chercheurs dans presque tous les pays du monde ont fourni des données pendant des décennies, concernant plus de 200 millions de personnes », souligne le Pr Majid Ezzati, professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres et auteur principal de l’étude. Pilotée par le réseau international NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RISC), l’étude a analysé près de 4000 études, auxquelles s’ajoutent des mesures de taille et de poids sur la période 1980 à 2024. L’indicateur clé retenu par les chercheurs est la vitesse d’évolution de l’obésité, c’està-dire la variation annuelle de la prévalence. Cet indicateur permet de distinguer les pays où l’obésité progresse encore de ceux où elle se stabilise ou recule. Le premier constat est que les trajectoires sont très hétérogènes en fonction des pays. «Les affirmations précédentes évoquant une “épidémie mondiale” d’obésité sont probablement une simplification excessive et masquent l’immense diversité observée entre les pays », indiquent les auteurs.

À l’échelle mondiale, les chiffres sont alarmants. Une personne sur huit était obèse en 2022 et la prévalence a plus que doublé chez les adultes depuis 1990, passant de 6,6 % à 15,8 %, selon l’OMS. Chez les 5-19 ans, elle a même quadruplé. Dans les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et au Japon, la hausse de l’obésité a ralenti puis s’est stabilisée à partir des années 2000. En France, le bilan est même plutôt positif sur les 45 années analysées. La prévalence de l’obésité est restée globalement stable, autour de 4 % chez les filles et les garçons, et de 11 à 12 % chez les femmes et les hommes. L’étude suggère même un léger recul, notamment chez les adultes.

À l’inverse, dans une grande partie de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique latine et du Pacifique, la prévalence de l’obésité continue d’augmenter. « Non seulement l’obésité ne s’arrête pas dans ces pays, mais elle a déjà dépassé les niveaux atteints dans les pays riches et continue de s’accélérer», observe le Pr Majid Ezzati. Selon les données de L’OMS de 2022, les plus hauts taux d’obésité se retrouvent dans certains États insulaires du Pacifique avec des niveaux vertigineux. Le taux d’obésité adulte dépasse 75 % aux Samoa américaines et atteint plus de 50 % dans des pays comme les Tonga ou les Samoa, suivis par certains pays du Moyen-orient, comme le Koweït autour de 41 % et la Jordanie autour de 39 % chez les adultes. Les États-unis sont, de leur côté, le pays occidental le plus touché, avec 42 % d’adultes obèses.

Les causes sont multiples : urbanisation rapide, recul de l’activité physique, essor des aliments ultratransformés, abandon progressif des régimes traditionnels (plus riches en céréales complètes, légumes et légumineuses). Et faute de politiques de prévention assez fortes, la dynamique devrait se poursuivre. « Il faut tirer les leçons des pays qui ont réussi à freiner la hausse, en déployant des outils comme les taxes sur les produits sucrés ou l’étiquetage nutritionnel », déclare Guha Pradeepa, une coauteur de l’étude et responsable scientifique à la Madras Diabetes Research Foundation, en Inde.

L’étude montre également que des pays comparables en termes de niveau de développement économique peuvent afficher des taux d’obésité très différents. Alors que l’obésité adulte dépasse 25% au Royaume-uni, au Canada et aux États-Unis, elle reste nettement plus basse en Europe de l’ouest. 

Le Québec, bien qu’un peu moins touché que la moyenne canadienne, s’inscrit davantage dans la trajectoire nord-américaine que dans celle observée en France. Les données disponibles suggèrent qu’environ 27 à 28 % des adultes québécois sont obèses, contre près de 30 % pour l’ensemble du Canada, soit des niveaux nettement supérieurs à ceux observés en France (11 à 12 %). Historiquement, la province affiche des taux plus faibles que plusieurs autres régions canadiennes, notamment certaines provinces des Prairies ou de l’Atlantique, mais elle demeure très éloignée du profil français. Cette situation semble illustrer l’influence de facteurs plus larges que le seul niveau de richesse : environnement alimentaire, urbanisme, habitudes culturelles, modes de transport et accès aux aliments frais pourraient jouer un rôle important dans ces écarts.

Ce contraste tient essentiellement à des politiques alimentaires différentes. « Dans les pays comme les États-Unis, il est devenu plus facile de consommer des aliments ultratransformés, et il est plus difficile d’avoir accès à des aliments frais, sains et bon marché », indique le Pr Ezzati. Dans la plupart des pays européens, des produits comme la viande maigre, les légumes frais ou les produits laitiers restent plus accessibles aux classes populaires.

Mais même au sein du Vieux Continent, des écarts importants se dessinent entre les différents pays. La prévalence de l’obésité adulte varie entre 11 et 23 % en Europe de l’ouest, contre 30 à 40 % dans certains pays d’Europe centrale et orientale comme la Roumanie ou la République tchèque. « Le tableau d’ensemble qui se dessine à travers l’Europe est surprenant, tant il est hétérogène d’un pays à l’autre. Ce sont pourtant des pays aux économies relativement similaires, ce qui montre l’ampleur du travail qu’il reste à mener pour comprendre les causes profondes de ces différences », souligne Jennifer Lyn Baker, présidente de l’association européenne pour l’étude de l’obésité, et coauteur de l’étude.

Les écarts observés au sein même de l’Europe occidentale illustrent particulièrement bien la diversité des trajectoires mise en évidence par l’étude. Des pays pourtant comparables par leur niveau de richesse, comme le Royaume-Uni, la Belgique, la Suisse et la France, présentent des profils très différents. Le Royaume-Uni affiche une prévalence de l’obésité adulte dépassant 25 %, proche des niveaux observés au Canada, même si sa progression récente semble ralentir ou atteindre un plateau. La Belgique occupe une position intermédiaire, avec une hausse plus modérée. La Suisse, en revanche, apparaît parmi les pays européens les moins touchés, avec une trajectoire davantage comparable à celle de la France : des niveaux relativement faibles et une progression limitée. Ces contrastes entre pays voisins suggèrent que les différences ne tiennent pas uniquement au niveau de développement économique, mais aussi à des facteurs culturels, alimentaires et politiques plus difficiles à mesurer.

Les chercheurs appellent à ne pas relâcher les efforts. « Il est très encourageant de constater que de nombreux pays parviennent à stabiliser ou à ralentir la progression de l’obésité. Mais certains de ces taux restent encore trop élevés, et la progression chez les enfants et les adolescents dans certains pays constitue un véritable appel à l’action », avertit Jennifer Lyn Baker.

« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger», insiste le Pr Ezzati.

Les médicaments de type GLP-1, comme l’Ozempic, pourraient également peser davantage dans la balance dans les années à venir. Pour l’heure, leur impact reste limité : « Les baisses que nous observons dans certains pays ne sont pas le résultat de ces médicaments jusqu’à présent », rappelle le Pr Ezzati.

« Si nous revenons dans cinq à dix ans, nous pourrions voir quelque chose de très différent, anticipe Jennifer Lyn Baker, mais nous ne devons donc pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons continuer à nous concentrer sur la prévention, le traitement et la prise en charge de l’obésité à tous les âges. »

« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger » Majid Ezzati professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres.

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mercredi 8 avril 2026

Étude finlandaise inédite révèle que les troubles psychiatriques persistent et s’aggravent après les transitions médicales chez les adolescents dysphoriques

Une étude finlandaise récente apporte un éclairage particulièrement rigoureux sur une question délicate et vivement débattue : les effets des interventions médicales de transition de genre sur la santé mentale des adolescents présentant une dysphorie de genre.

Publiée dans la revue scientifique Acta Paediatrica, cette recherche dirigée par la professeure Riittakerttu Kaltiala s’appuie sur des données nationales d’une ampleur et d’une qualité remarquables. Elle couvre l’ensemble des jeunes Finlandais de moins de 23 ans orientés vers les deux cliniques spécialisées entre 1996 et 2019, soit une cohorte de 2 083 patients, comparée à plus de 16 000 témoins appariés. Le suivi, fondé sur les registres de santé publique, s’étend jusqu’à l’âge de 25 ans, ce qui confère à l’étude une solidité peu commune dans ce domaine.
Les résultats confirment d’abord un point essentiel : les adolescents concernés présentent, avant toute intervention, une fragilité psychiatrique nettement supérieure à celle de la population générale. Près de la moitié d’entre eux ont déjà eu recours à des soins spécialisés pour dépression, anxiété ou troubles du comportement, contre une minorité dans le groupe témoin. Cette vulnérabilité ne s’atténue pas avec le temps ; au contraire, elle tend à s’accentuer.

L’observation la plus préoccupante concerne toutefois l’évolution après les interventions médicales. Chez les jeunes ayant entrepris une transition hormonale ou chirurgicale, les besoins en soins psychiatriques augmentent fortement au cours du suivi. Loin de traduire une amélioration globale de la santé mentale, ces données suggèrent une persistance, voire une aggravation des troubles. Les auteurs soulignent par ailleurs que ces difficultés étaient, dans la plupart des cas, antérieures à la dysphorie elle-même, et qu’elles semblent encore plus marquées dans les cohortes récentes.

Les chercheurs en tirent une conclusion mesurée mais ferme : les interventions médicales de transition ne s’accompagnent pas d’une diminution des troubles psychiatriques chez ces jeunes. Ils évoquent également la possibilité que, pour une partie d’entre eux, la dysphorie de genre s’inscrive dans un tableau plus large, incluant notamment des troubles du spectre autistique, des états dépressifs ou des troubles anxieux.

Ces résultats s’inscrivent dans une évolution plus large observée dans plusieurs pays européens, où les autorités sanitaires tendent désormais à privilégier une approche prudente, centrée d’abord sur l’accompagnement psychothérapeutique, et à restreindre l’usage des traitements hormonaux chez les mineurs.

Il serait réducteur de nier la souffrance réelle de ces adolescents. Elle est indéniable et appelle une réponse attentive, humaine et compétente. Mais cette étude invite à interroger avec sérieux la pertinence de réponses médicales lourdes et parfois irréversibles dans des situations où les fragilités psychiques sont profondes, complexes et souvent antérieures.

Dans un domaine où les positions peuvent rapidement se polariser, ces données rappellent l’exigence première de la médecine : ne pas nuire. Elles suggèrent qu’une approche globale, prudente et centrée sur la santé mentale dans toute sa complexité mérite d’être privilégiée, plutôt que de recourir précocement à des interventions dont les bénéfices, au vu des données actuelles, demeurent incertains.

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jeudi 11 décembre 2025

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes en attendant les résultats d’un important essai clinique au Royaume-Uni, attendu en 2031.

L’interdiction entrera en vigueur le 19 décembre, bien que les jeunes souffrant de dysphorie de genre et qui prennent déjà ces médicaments soient autorisés à continuer.

Les médicaments bloquant la puberté — techniquement appelés analogues de l’hormone de libération de gonadotrophine — resteront disponibles pour des affections médicales telles que le cancer de la prostate et l’endométriose.

« Nous mettons en place des mesures de protection renforcées afin que les familles puissent avoir confiance que tout traitement est cliniquement solide et dans l’intérêt supérieur du jeune ou de l’enfant », a déclaré le ministre de la Santé Simeon Brown (ci-contre) dans un communiqué de presse.

« Le mémoire du ministère de la Santé a révélé qu’il manque de preuves de haute qualité démontrant les bénéfices ou les risques de l’utilisation d’analogues hormonaux libérateurs de gonadotrophine pour le traitement de la dysphorie ou de l’incongruence de genre. Tant que cette incertitude persiste, le gouvernement adopte une approche de précaution », a-t-il poursuivi.

“Ces changements garantiront une approche plus cohérente et soigneusement suivie”, conclut Brown. “Cela reflète les mesures prises dans d’autres pays, tels que le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège et la Suède, où des garanties supplémentaires ont récemment été mises en place pour garantir que les décisions soient prises en conformité avec les meilleures preuves disponibles.”

Le Royaume-Uni a interdit les bloqueurs de puberté pour les mineurs après les résultats d’une étude approfondie des preuves disponibles commandée par le National Health Service et menée par le Dr Hilary Cass. Le rapport Cass a constaté qu’il existe « des preuves faibles concernant l’impact sur la dysphorie de genre, la santé mentale ou psychosociale » et a ajouté que « l’effet sur le développement cognitif et psychosexuel reste inconnu ».

De plus, il existe des preuves substantielles que les bloqueurs de puberté endommagent de façon permanente les os des jeunes ; qu’ils peuvent provoquer une dysfonction sexuelle permanente et une infertilité ; que les effets néfastes des bloqueurs de puberté sont souvent permanents et irréversibles ; et de nombreuses autres études mettant en avant ces conclusions.

Il a été prouvé que les bloqueurs de puberté influencent le développement du cerveau, réduisent la densité des os et freinent la croissance. Ils risquent d’empêcher l’utilisateur d’atteindre le QI maximal, inhibent la fonction sexuelle, épaississent le sang, augmentent le risque d’infarctus jusqu’à cinq fois, créent un risque plus élevé de diabète, de caillots sanguins et de cancer, et peuvent entraîner une atrophie génitale.

Les militants transgenres ont répondu en affirmant que cette mesure mettrait en danger les enfants souffrant de dysphorie de genre, la fameuse Association professionnelle pour la santé transgenre Aotearoa affirmant, sans ironie, que la décision était « motivée par l’idéologie ». En fait, la décision reposait sur les meilleures preuves ; La position des activistes transgenres est « idéologiquement motivée » par l’hypothèse que les enfants naissent régulièrement dans les mauvais corps et que les « soins d’affirmation de genre » peuvent corriger cela.

Le député du Parti vert, Ricardo Menéndez March, a déclaré à RNZ que le gouvernement « adhérait aux guerres culturelles importées » et a déclaré que « le gouvernement devrait se concentrer sur la résolution des problèmes fondamentaux auxquels notre système de santé est confronté… plutôt que de mener des guerres culturelles contre les personnes [dites] trans. » Le ministère de la Santé a confirmé que 113 personnes utilisaient des bloqueurs de puberté en 2023. 

Charlotte Paul, experte en santé publique et professeure émérite à l’Université d’Otago, soutient ces nouvelles restrictions, affirmant que lorsqu’il s’agit des dangers potentiels des bloqueurs de puberté, il existe des « incertitudes substantielles », même sur « qui doit être traité, et pourquoi ». Elle a déclaré : « Ce n’est pas seulement l’incertitude quant à l’équilibre entre bénéfices et risques. C’est que nous ne savons pas assez sur la population que nous soignons et que nous pourrions nuire à beaucoup d’enfants. »

« New Zealand First était le seul parti à faire campagne à travers le pays pour stopper l’utilisation de bloqueurs de puberté chez les enfants et nous n’avons jamais cessé de nous battre pour que cela arrive », a déclaré le leader de NZ First et ministre des Affaires étrangères, Winston Peters, sur X.
 

Cette nouvelle est intervenue le même jour où le département américain de la Santé et des Services sociaux a publié un rapport de 400 pages évalué par des pairs sur les « transitions de genre » chez les enfants, incluant les bloqueurs de puberté, les hormones intersexuées et les chirurgies. L’étude a mis en lumière les risques de perte de densité osseuse, d’infertilité et de complications chirurgicales, et a souligné que les preuves de résultats bénéfiques étaient de « très faible qualité ».

dimanche 26 octobre 2025

L’exode des médecins québécois formés en anglais : une gabegie dénoncée depuis 2006

Alors que le gouvernement Legault vient de faire adopter sous bâillon une loi spéciale pour encadrer les médecins, la pénurie persiste, au grand désespoir de la population. Or, ce problème n’a rien de nouveau : un article paru dès 2006 tirait déjà la sonnette d’alarme, soulignant une gabegie parfaitement évitable dans la formation et la rétention des médecins au Québec. Les chiffres précis ont sans doute évolué depuis, mais les causes structurelles, elles, demeurent tristement inchangées. Ce qui suit est un résumé de l'article de 2006.

Une pénurie chronique malgré une formation abondante

Le Québec manque toujours de médecins — environ 1000 spécialistes et autant d’omnipraticiens, selon les estimations les plus récentes. Certaines régions, comme le Saguenay, en viennent même à signer des ententes pour attirer des praticiens étrangers. Paradoxalement, la province fait partie de celles qui forment le plus de médecins par habitant au Canada. Et malgré des investissements massifs, notamment les 3,6 milliards injectés dans les mégahôpitaux du CHUM et du MUHC, le déficit médical s’aggrave.

Un exode massif, particulièrement chez les diplômés de McGill

Dès 2006, les données montraient que le Québec offrait l’un des plus faibles taux de rétention de médecins au pays. Chaque année, plus de 75 praticiens quittaient la province, principalement pour l’Ontario et les États-Unis — un exode deux fois plus important qu’en Ontario. Contrairement à ce qu’on croit souvent, la rémunération n’était pas la seule cause. L’analyse révélait que l’immense majorité des départs provenait de l’Université McGill, alors que les diplômés des universités francophones — Montréal, Laval, Sherbrooke — restaient en grande partie au Québec.

En dix ans, plus de 550 diplômés de McGill avaient quitté la province, représentant près des deux tiers de tous les départs. À la fin de leurs études, environ la moitié des jeunes médecins mcgillois partaient exercer ailleurs, tandis que ceux issus des facultés francophones demeuraient, pour la plupart, au service du réseau québécois.
Au Québec, la formation d’un médecin représente un investissement majeur pour les contribuables, financé à plus de 90 % par l’État. Selon les données récentes du ministère de la Santé et des Services sociaux, former un médecin généraliste coûte environ 435 000 $ CAD, tandis que la formation d’un spécialiste varie entre 600 000 $ et 790 000 $ CAD, selon la durée de la résidence (5 à 7 ans). Ces montants, qui incluent les études universitaires et les salaires de résidence, reflètent une hausse due à l’inflation et aux investissements accrus dans les facultés de médecine. En 2024, des mesures comme le projet de loi 83 visent à garantir un retour sur cet investissement en obligeant les nouveaux médecins à pratiquer cinq ans dans le système public, sous peine de remboursement partiel.

Une erreur de politique publique connue depuis longtemps

La conclusion du rapport de 2006 était sans équivoque : en finançant massivement une université anglophone dont la majorité des diplômés s’en vont, le gouvernement québécois subventionne la formation de médecins pour l’Ontario et les États-Unis. Chaque médecin formé coûte environ 150 000 $ (en 2006, voir encadré pour une mise à jour des coûts)aux contribuables, mais une grande partie de cet investissement profite à d’autres systèmes de santé.

Pire encore, les autorités universitaires de McGill assumaient ouvertement ce rôle d’exportation de talents, se félicitant de former des médecins francophones « destinés à faire carrière aux États-Unis ». Cette tendance s’observe d’ailleurs dans d’autres domaines, comme la physique médicale, où de faibles taux de rétention à McGill ont forcé la création de programmes francophones au CHUM et au CHUQ pour combler les besoins locaux.

Une solution qui existe depuis vingt ans

L’article de 2006 proposait déjà un correctif simple : rééquilibrer les quotas et les investissements en faveur des facultés de médecine francophones, qui forment les médecins les plus susceptibles de rester. Ramener le taux d’exode de McGill à la moyenne des autres universités suffirait presque à combler le déficit migratoire des médecins québécois.

Presque vingt ans plus tard, cette « fuite des cerveaux » demeure l’un des secrets les plus coûteux du système de santé. Le Québec, en continuant à financer sans condition une université dont la majorité des diplômés quittent le territoire, forme toujours un médecin pour le prix de deux — et n’en garde qu’un.

mardi 21 octobre 2025

États-Unis : le reflux des identités trans et queer chez les jeunes Américains

Résumé
  • Après avoir connu une forte augmentation dans les années 2010 et 2020, les identités transgenres et queer sont en déclin chez les jeunes Américains.
  • La proportion d'étudiants universitaires transgenres a atteint son maximum en 2023 et a depuis presque diminué de moitié, passant de près de 7 % à moins de 4 %.
  • La proportion d'étudiants s'identifiant comme non hétérosexuels a diminué d'environ 10 points au cours de la même période.
  • Le déclin de la proportion de non-hétérosexuels se concentre dans les catégories queer ou autres catégories sexuelles (c'est-à-dire pansexuels, asexuels) et, dans une moindre mesure, dans la bisexualité.
  • Les étudiants de première année d'aujourd'hui sont moins nombreux à s'identifier comme BTQ+ que les étudiants de dernière année, ce qui suggère que cette baisse va se poursuivre
  • La baisse de l'identification BTQ+ [bisexuel, trans, queer et autres] ne semble pas être liée à une moindre utilisation des réseaux sociaux, à un renouveau religieux, à un glissement vers la droite politique ou à un soutien moindre à l'idéologie woke.
  • Il existe des preuves que l'amélioration de la santé mentale a réduit l'identification BTQ+


Après une décennie de progression continue, les identités transgenres et queer connaissent un recul notable parmi les jeunes aux États-Unis, une tendance particulièrement marquée dans les milieux universitaires et les établissements élitistes. Selon le professeur Eric Kaufmann, du Centre for Heterodox Social Science, la part des étudiants se déclarant transgenre a presque été divisée par deux depuis son pic en 2023, passant de près de 7 % à moins de 4 %. Parallèlement, le pourcentage de jeunes s’identifiant comme non hétérosexuels a chuté d’environ dix points, avec une concentration de la baisse dans les catégories queer et autres orientations sexuelles, telles que pansexuel ou asexuel, et, dans une moindre mesure, la bisexualité. Les données suggèrent que les étudiants fraîchement arrivés à l’université sont moins enclins à adopter ces identités que les classes précédentes, indiquant que la tendance pourrait se renforcer dans les années à venir.

Cette évolution ne semble pas être le résultat d’un virage politique à droite, d’un retour du religieux ou d’un rejet de la culture « woke ». Les enquêtes menées sur plusieurs cohortes étudiantes – incluant les vastes sondages FIRE auprès de 55 000 à 69 000 étudiants par an, le HERI pour une population plus représentative, ainsi que les enquêtes à l’Andover Phillips Academy et à l’Université Brown (deux établissements très progressistes) – montrent une stabilité des convictions politiques et religieuses pendant la période 2020-2025. De même, l’usage des réseaux sociaux, qui avait culminé au début des années 2020, n’a pas diminué, excluant l’hypothèse d’un désintérêt numérique comme facteur explicatif.

Le rôle de la santé mentale apparaît en revanche central. Le rapport souligne que le pic des troubles mentaux chez les jeunes, exacerbé par la pandémie, a coïncidé avec l’essor des identités trans et queer autour de 2022-2023. Depuis, l’amélioration de l’état mental des jeunes a partiellement contribué au reflux de ces identités. Les données FIRE indiquent ainsi que la part d’étudiants trans diminue plus rapidement parmi les jeunes en bonne santé mentale, tandis que les étudiants encore affectés par anxiété ou dépression montrent une baisse plus limitée, voire une légère hausse pour certains sous-groupes. Une dynamique similaire se retrouve pour les identités queer et bisexuelles : l’augmentation des jeunes en meilleure santé mentale a donc joué un rôle important dans le retour à des niveaux proches de ceux d’avant la vague d’augmentation.

L’analyse détaillée des tendances par cohortes révèle un phénomène de « vague générationnelle ». Les classes diplômantes de 2025 et 2026 affichent les plus fortes diminutions, tandis que les nouvelles cohortes arrivant à l’université, comme celle de 2028, commencent leur parcours à des niveaux de BTQ+ sensiblement plus bas que leurs aînés. Ce schéma suggère que le reflux n’est pas simplement un retour passager, mais un ajustement structurel qui pourrait s’accentuer avec le temps. Il est particulièrement prononcé dans les institutions élitistes, où le pic des identités non-binaires et queer a été le plus marqué, soulignant la dimension socioculturelle et contextuelle de ces identités.

Les tendances en matière d’orientation sexuelle suivent une logique similaire, mais avec des nuances. La proportion d’étudiants hétérosexuels avait chuté au début des années 2020 pour atteindre un minimum en 2023, avant de remonter vers les niveaux initiaux. Les catégories bisexuelles et queer ont connu un véritable « pic et reflux » : par exemple, à l’Andover Phillips Academy, la part d’étudiants queer ou autres orientations alternatives est passée de 7 % en 2020 à 17 % en 2023, avant de retomber à 12 % en 2025. La bisexualité a connu une augmentation plus modérée et plus stable. Les catégories gay et lesbienne, en revanche, restent stables dans la plupart des enquêtes, oscillant entre 3 et 5 % des étudiants. Ces chiffres montrent que l’explosion des identités alternatives était concentrée dans des orientations plus fluides ou moins traditionnelles.

Au-delà du milieu universitaire, les enquêtes nationales (CDC, CCES, GSS) montrent des tendances plus nuancées. Les données des lycéens du CDC révèlent une hausse de la non-hétérosexualité jusqu’en 2023, mais avec moins de détails sur les sous-catégories. Les enquêtes CCES et GSS suggèrent que la dynamique de reflux est moins prononcée dans des populations plus larges et moins élitistes, laissant penser que le pic des identités BTQ+ et son reflux pourraient être partiellement circonscrits aux milieux éduqués et aux contextes urbains et progressistes.

Le rapport souligne également que, malgré les fortes corrélations individuelles entre identité sexuelle, croyances politiques et santé mentale, la dynamique globale sur le temps long semble largement indépendante de ces facteurs. Les analyses statistiques montrent que l’année de sondage reste un facteur prédictif significatif pour la hausse ou la baisse de l’identité trans ou queer, même après contrôle de la santé mentale, de la politique, de la religion et du statut socio-économique. L’effet de l’amélioration de la santé mentale explique une partie du reflux, mais pas l’ensemble, ce qui suggère que d’autres forces sociales et culturelles, probablement liées aux modes et aux tendances générationnelles, entrent en jeu.

En conclusion, le reflux des identités trans et queer parmi les jeunes Américains représente un tournant culturel majeur et inattendu, déconnecté des attentes des observateurs progressistes et des médias traditionnels. Cette évolution marque une « phase post-progressiste » où l’essor rapide des identités BTQ+ au début des années 2010 et 2020 s’ajuste désormais à de nouveaux équilibres sociétaux. L’avenir dira si cette tendance se poursuivra, mais elle pourrait signaler une réorganisation durable des normes identitaires et culturelles chez les jeunes Américains, redéfinissant le paysage des questions de genre et de sexualité dans les décennies à venir.

lundi 29 septembre 2025

Le mariage entre cousins germains au Royaume-Uni : la santé publique cède-t-elle au calcul électoral ?

Alors que le député conservateur Richard Holden dénonce avec vigueur la « complaisance » du NHS envers les mariages consanguins, le gouvernement de Keir Starmer reste silencieux. Pourtant, les chiffres sont éloquents : à Bradford, ville du nord de l’Angleterre, où près de 50 % des unions au sein des communautés indo-pakistanaises sont endogames, 700 à 800 enfants naissent chaque année avec des maladies génétiques graves, liées à cette pratique. Malgré l’urgence sanitaire, le Parti travailliste, soucieux de préserver ses circonscriptions à forte population sud-asiatique (il a remporté les 4 circonscriptions électorales de Bradford en 2024), semble préférer l’immobilisme à l’action. 

Un débat notamment relancé par des directives controversées du NHS

En septembre 2025, le Programme d’éducation génomique du NHS a publié des directives soulignant, de manière pour le moins surprenante, les « avantages non médicaux » des mariages entre cousins germains.  Parmi ceux-ci figurent des arguments socio-économiques, comme la stabilité financière des familles ou le renforcement des liens communautaires. Étonnant pour un service de santé national qui sortait ainsi de ses prérogatives. Une approche qui, loin de rassurer, a suscité l’indignation. Comme l’a rappelé le député conservateur Richard Holden dans les colonnes du Mail on Sunday, « le rôle du NHS n’est pas de promouvoir des pratiques culturelles, mais de protéger la santé des citoyens ».

Des risques de maladies bien réels

Les risques sont bien réels : les enfants issus de ces unions ont deux fois plus de risques de développer des pathologies graves (drépanocytose, thalassémie, mucoviscidoses, malformations congénitales) que ceux nés de parents sans lien de parenté. Chez ces enfants, 4 à 6 % des naissances sont affectées par ces pathologies, contre 2 à 3 % dans la population générale.  Le risque de 2-3 % concerne les maladies récessives graves ou modérément sévères détectables à la naissance ou dans les premières années (ex. : mucoviscidose, drépanocytose, phénylcétonurie). Cela exclut les maladies plus rares ou à apparition tardive (p. ex. : certaines formes de cancer d'origine génétique). Ces maladies peuvent nécessiter des soins intensifs, des hospitalisations fréquentes ou des traitements coûteux (ex. : thérapies géniques émergentes comme Trikafta pour la mucoviscidose). Des chiffres qui semblent relégués au second plan au profit d’une approche relativiste, où la santé des enfants est subordonnée à des considérations identitaires ou électoralistes.

Selon une étude de 2010 de l’Université de Bradford, environ 25-30 % des mariages dans les communautés britanniques d’origine pakistanaise et bangladaise sont entre cousins germains. Les taux sont plus élevés dans certaines villes comme Bradford, Birmingham ou Manchester, où les communautés sud-asiatiques sont concentrées. À Bradford, jusqu’à 50 % des mariages dans ces communautés peuvent être consanguins. 

Un gouvernement travailliste en difficulté, pris entre deux feux

Keir Starmer, dont le parti est en chute libre dans les sondages, se trouve face à un dilemme. D’un côté, une partie de l’électorat britannique, toutes origines confondues, soutiendrait une interdiction de ces mariages, comme le suggère le député Richard Holden. De l’autre, des circonscriptions clés, où les communautés sud-asiatiques sont majoritaires, pourraient lui reprocher une mesure perçue comme stigmatisante.

Le Premier ministre paraît préférer temporiser, proposant des mesures d’accompagnement (conseil génétique, dépistage) sans remettre en cause la légalité de ces unions. Une position que ses détracteurs qualifient de « lâcheté », d’autant que des pays comme la France ont depuis longtemps choisi l’interdiction, avec des résultats tangibles en matière de réduction des risques génétiques.

L’héritage occidental : une leçon ignorée ?

Contrairement à une idée reçue, l’interdiction des mariages consanguins n’est pas une invention moderne. Dès le Moyen Âge, l’Église catholique avait instauré des règles strictes pour éviter les risques génétiques, façonnant ainsi une Europe où ces unions sont devenues marginales.

Les cartes présentées ici illustrent l’impact historique de l’influence de l’Église médiévale sur les pratiques matrimoniales et leurs conséquences sociales à travers le monde. 


Carte A : Exposition à l’influence de l’Église médiévale.

Cette carte mesure la durée d’exposition à l’autorité de l’Église catholique médiévale, en années, dans différentes régions. L’Europe occidentale (notamment la France, l’Italie, l’Allemagne) et une partie de l’Amérique du Nord (par l'apport d'Occidentaux) affichent une exposition prolongée, allant de 861 à 1000 ans, reflétant une domination ecclésiastique marquée depuis le Haut Moyen Âge. En revanche, des régions comme l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Inde et une grande partie de l’Asie du Sud-Est sont largement exemptes de cette influence prolongée, avec une exposition nulle ou très limitée (0 à 30 ans), en raison de l’absence d’implantation durable de l’Église catholique dans ces zones.

Contexte historique de l’interdiction des mariages consanguins

Cette exposition a coïncidé avec les politiques matrimoniales de l’Église catholique, qui a commencé à interdire les mariages consanguins dès le IVe siècle, une règle confirmée au Moyen Âge (notamment par le Concile de Latran IV en 1215). Ces interdictions limitaient les unions jusqu’au quatrième degré (voire le 7e degré) de parenté (incluant les cousins germains) sans dispenses papales, visant à promouvoir l’exogamie et à réduire les structures claniques. Les régions fortement influencées par l’Église ont donc été soumises à cette régulation, tandis que celles en étant exemptes ont conservé des pratiques d’endogamie plus marquées.

Carte B : Intensité de la parenté (indice de consanguinité)

En contraste, la carte B révèle une intensité de parenté élevée (indice de consanguinité) dans les régions non influencées par l’Église médiévale. L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Inde et certaines parties de l’Asie du Sud-Est affichent des taux élevés (zones rouges), indiquant une forte prévalence de mariages consanguins, notamment entre cousins. Ces zones, exemptes de l’influence normative de l’Église, ont maintenu des traditions d’endogamie, favorisant les unions au sein de cercles familiaux étroits pour des raisons sociales, économiques ou culturelles.

(cliquer pour agrandir)


Graphiques A, B et C : Corrélations sociales

Les graphiques (A, B, C) établissent des liens statistiques entre la fréquence des mariages consanguins et des traits sociaux :  
  • Graphique A : Une corrélation négative significative (-0,54, p < 0,001) entre le taux de mariages consanguins et l’individualisme, suggérant que les sociétés pratiquant l’endogamie tendent à valoriser la collectivité familiale au détriment de l’autonomie individuelle.  
  • Graphique B : Une corrélation positive significative (0,71, p < 0,001) entre les mariages consanguins et la conformité-obéissance, indiquant que ces sociétés privilégient l’adhésion aux normes familiales et sociales.  
  • Graphique C : Une corrélation négative significative (-0,78, p < 0,001) entre les mariages consanguins et la confiance généralisée, montrant que l’endogamie est associée à une moindre cohésion sociale ou confiance envers des cercles extérieurs à la famille.
Interprétation globale

Plus la fréquence des mariages entre cousins est élevée, plus les sociétés semblent orientées vers des structures collectivistes, avec une moindre attention portée à l’individu et une confiance sociale réduite au-delà des liens familiaux.   Cette tendance est particulièrement marquée dans les régions exemptes de l’influence de l’Église médiévale, où l’absence de restrictions sur la consanguinité s'accompagne de pratiques d’endogamie durablement ancrées.

Historique de la Légalité et Comparaison Internationale
  • Royaume-Uni : Le mariage entre cousins germains est légal depuis depuis la Réforme protestante du XVIe siècle.
  • Droit canon : interdit le mariage entre parents proches (jusqu'au 4e degré de consanguinité en ligne collatérale), ce qui inclut les cousins germains (3e degré),  cf. canon 1091, §3. Cependant, une dispense peut être accordée par l'évêque (ou un prêtre délégué) après une étude du cas, notamment pour des raisons pastorales ou culturelles. En pratique, cette dispense est souvent accordée si les futurs époux suivent un conseil génétique et qu'il n'y a pas de risque grave pour la descendance. Jusqu'au Concile de Latran de 1215, il était interdit de se marier avec un parent jusqu'au 7e degré, selon le droit canonique.À partir du Decretum de Gratien (aux alentours de 1140), les canonistes du Moyen Âge ont motivé les prohibitions matrimoniales pour consanguinité jusqu’au septième degré en invoquant le besoin d’étendre les unions conjugales, afin de diminuer les querelles féodales. Cette pratique exogame était interprétée comme une manifestation de la caritas chrétienne, reliant les populations dans le Corps mystique du Christ, en harmonie avec la conception théologique d’une Église catholique universelle.
  • Italie : L’interdiction catholique historique a été intégrée dans le droit civil jusqu’au XXe siècle. Aujourd’hui, bien que légal (Code civil italien, article 87), il est rare et souvent découragé pour des raisons génétiques, avec des conseils médicaux requis.
  • Belgique :Les mariages en ligne directe sont prohibés depuis le Code Napoléon (1804), conformément à l'article 161 du Code civil. Les unions consanguines collatérales (comme entre cousins germains) sont légales mais rares, avec des informations sanitaires sur les risques génétiques.
  • Canada : Légale dans la plupart des provinces (ex. : Common Law et Québec).
  • France : Les mariages en ligne directe (ascendants/descendants) et entre alliés dans la même ligne sont prohibés par l’article 161 du Code civil depuis 1804. Les mariages entre cousins germains (ligne collatérale) sont légaux, sans nécessité de dispense, et restent autorisés aujourd’hui. Bien que rares, ces unions ne font l’objet d’aucune restriction légale, mais des conseils génétiques peuvent être proposés pour des raisons de santé publique.
Endogamie et consanguinité : comprendre les risques génétiques

L’endogamie, pratique consistant à se marier au sein d’un même groupe social, ethnique ou culturel, diffère du mariage entre cousins, bien que les deux soient souvent confondus. Le mariage entre cousins, où les partenaires partagent environ 12,5 % de leur ADN, augmente le risque que leurs enfants héritent de maladies génétiques récessives, comme des troubles métaboliques ou des malformations congénitales, si les deux parents portent le même gène défectueux. L’endogamie, cependant, pose un problème plus large : en limitant les unions à un groupe restreint sur plusieurs générations, elle réduit la diversité génétique de la communauté. Cela concentre les gènes récessifs néfastes dans le pool génétique, rendant plus probable leur transmission, même entre partenaires non consanguins. À Bradford, par exemple, où 50-70 % des mariages dans la communauté pakistanaise britannique sont consanguins, l’endogamie prolongée amplifie les risques, avec des taux de malformations congénitales deux à trois fois supérieurs à la moyenne nationale, selon le Bradford Institute for Health Research.

Ce phénomène n’est pas unique aux Pakistanais britanniques : des communautés comme les Amish ou les Juifs ashkénazes, historiquement endogames, présentent des risques similaires, avec des maladies spécifiques comme le syndrome de Tay-Sachs ou la maladie de Gaucher. L’isolement génétique, souvent renforcé par des traditions culturelles ou religieuses, crée un "effet fondateur" où des mutations rares deviennent plus fréquentes. Contrairement à un mariage entre cousins isolé, l’endogamie répétée sur des générations aggrave ce problème en réduisant les apports génétiques extérieurs qui pourraient diluer ces mutations. Pour y remédier, des solutions comme le conseil génétique et les tests prénataux, déjà disponibles dans certaines cliniques britanniques, permettent d’identifier les risques et de prévenir les maladies sans imposer de changements culturels radicaux, notamment le (tant vanté) métissage hors de la communauté pakistanaise (il existe pourtant de nombreux musulmans non pakistanais au Royaume-Uni...)



samedi 27 septembre 2025

Pourquoi, malgré les prédictions, l'IA n'a pas remplacé les radiologues (pour l'instant ?)

 
La radiologie est un domaine qui semble optimisé pour être remplacé par des machines : tout y est numérique, basé sur la reconnaissance de motifs et mesurable par des critères clairs. En 2016, Geoffrey Hinton — informaticien et prix Turing — avait même déclaré : « il faut arrêter de former des radiologues ». Si les prévisions les plus extrêmes sur l’impact de l’IA sur l’emploi étaient exactes, la radiologie devrait être le « canari dans la mine » annonçant la révolution à venir.

Depuis 2017, des modèles comme CheXNet ou ceux de sociétés telles qu’Annalise.ai, Lunit, Aidoc et Qure.ai montrent des performances impressionnantes : détection de pneumonies, cancers, AVC, réorganisation des priorités, voire production de brouillons de rapports intégrés aux systèmes hospitaliers. Plus de 700 modèles sont approuvés par la FDA, soit plus des trois quarts des outils d’IA médicale homologués. Pourtant, près de dix ans plus tard, la profession non seulement perdure mais connaît une demande croissante, avec des salaires moyens dépassant les 350 000 $ US par an aux États-Unis et une forte pénurie de praticiens.

Alors pourquoi l’IA ne remplace-t-elle pas encore les radiologues ? Trois explications dominent. D’abord, l’écart entre laboratoire et hôpital. Les modèles brillent aux tests standardisés, mais leur performance chute en conditions réelles, lorsqu’ils sont évalués « hors échantillon », c’est-à-dire sur des données provenant d’un autre hôpital ou d’une autre population que celles utilisées pour l’entraînement. Par exemple, un modèle entraîné à détecter la pneumonie dans un seul centre médical peut échouer ailleurs, car les machines d’imagerie, la qualité des clichés ou les profils des patients diffèrent. Les modèles sont souvent testés sur des données « propres », non ambiguës et homogènes, mais rencontrent beaucoup plus de difficultés face aux images imparfaites, floues, mal orientées ou issues de populations diverses. Une étude japonaise récente a montré que l’IA générative atteint des performances comparables à celles de médecins non spécialistes, mais reste environ 16 % derrière les experts. Cela souligne que l’IA peut être utile comme outil d’assistance, mais qu’elle ne peut pas se substituer (pour l'instant) à l’œil humain le plus aguerri.

Deuxième obstacle : le cadre réglementaire et assurantiel. La FDA impose des règles beaucoup plus strictes aux modèles autonomes qu’aux modèles assistifs (qui exigent toujours la validation d’un médecin). Même lorsqu’un outil est validé, les compagnies d’assurance refusent souvent de couvrir les diagnostics générés sans supervision humaine : certaines polices portent même la mention « Absolute AI Exclusion ». En pratique, cela rend indispensable la présence du radiologue pour signer le rapport. Tant que la responsabilité médicale repose sur l’humain, la supervision d’un radiologue reste indispensable. Les questions de confidentialité et de confiance publique sont également cruciales, comme l’a montré la controverse au Royaume-Uni autour du projet Foresight du NHS, qui reposait sur l’analyse de 57 millions de dossiers patients. Même si les données étaient « désidentifiées », le risque de ré-identification inquiète.

Troisième frein : le travail du radiologue ne se limite pas à « lire » des images. En moyenne, seule une minorité (environ 1/3) de leur temps est consacrée au diagnostic. Le reste est pris par la supervision des examens, la communication avec les médecins traitants et parfois les patients, l’enseignement, et l’adaptation des protocoles. L’IA ne peut pas, pour l’instant, se substituer à cet ensemble de tâches.

L’expérience passée illustre bien ces limites : dans les années 2000, les premiers systèmes d’aide au dépistage du cancer du sein avaient été adoptés massivement (Medicare remboursait leur usage). Résultat : plus de biopsies, mais aucune amélioration des détections. Pire : des études ont montré que les médecins, lorsqu’ils voyaient les « prompts » de l’IA, avaient tendance à trop s’y fier et à rater davantage de cancers quand la machine se trompait.

Même si les modèles deviennent plus performants et plus rapides, un autre paradoxe se dessine : au lieu de réduire le travail, ils risquent de l’augmenter. Dans les années 2000 déjà, la numérisation des images a fait chuter le temps de lecture, mais aussi bondir le volume d’examens réalisés. Quand les scans deviennent plus accessibles et moins coûteux en temps, la demande croît — c’est l’« effet rebond » ou paradoxe de Jevons. Résultat : plus de scanners, plus d’IRM, et donc plus de travail global pour les radiologues.

En clair, l’IA en radiologie progresse vite mais bute encore sur trois réalités : la difficulté de reproduire en clinique ses scores de laboratoire, les lourdeurs réglementaires et assurantielles qui rendent un radiologue indispensable, et la multiplicité des tâches humaines non automatisables. Loin de disparaître, les radiologues sont plus demandés que jamais. Comme le montre ce « canari dans la mine », l’IA ne supprime pas d’emblée les métiers complexes : elle transforme surtout la nature du travail, et rend les spécialistes… encore plus occupés.

mardi 29 avril 2025

Les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé au monde, mais se trouve en queue de classement pour de nombreux paramètres.


Avec environ 43 % des adultes obèses, les États-unis présentent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %).

C’est l’une des plus grandes puissances économiques du monde, et pourtant sa population ne se porte pas mieux qu’ailleurs. Au contraire : non seulement la santé des Américains est en moyenne moins bonne que dans la plupart des autres pays développés, mais elle se dégrade. L’espérance de vie en est un exemple frappant : alors qu’elle était comparable à celle des pays européens jusqu’aux années 1970, sa progression s’est peu à peu ralentie et la tendance s’est même inversée à partir des années 2010. Désormais, un Américain vit en moyenne 76,4 ans, soit quatre années de moins que dans les 38 pays membres de L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), et près de sept ans de moins qu’en France. Et pourtant, les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé par habitant au monde. Un paradoxe qui révèle de profondes défaillances.

« Le fait que l’espérance de vie baisse aux États-unis est vraiment une exception, car elle continue de progresser dans les autres pays occidentaux », note Céline Jaeggy, ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington. Pour ce paramètre, le pays occupe désormais la 32e position sur 38, entre la Pologne et la Colombie. Si ce phénomène touche de plein fouet les populations les plus défavorisées des États-Unis, il n’épargne pas non plus les plus riches. En effet, une récente étude a montré que même les Américains les plus fortunés ont une espérance de vie plus courte que leurs homologues européens, et plus proche de celle des habitants les plus pauvres d’Europe du Nord et de l’ouest.


L’espérance de vie n’est pas le seul indicateur de santé en berne aux États-Unis, comme le révèle un rapport de L’OCDE, publié fin 2023. Le pays se situe aussi en queue de classement pour la mortalité évitable, qui dénombre les vies qui auraient pu être sauvées par de la prévention ou des soins (maladies infectieuses, crises cardiaques, alcoolisme, BPCO, toxicomanie, suicide, etc.). Les États-Unis comptent ainsi 336 décès évitables pour 100 000 habitants, contre 237 dans L’OCDE et 160 en France.

Les chiffres concernant la santé des mères et des nouveau-nés ne sont guère plus réjouissants. La mortalité maternelle - c’est-à-dire le décès d’une femme pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse - s’établit à 21 femmes sur 100 000 aux États-unis, soit deux fois plus que la moyenne de L’OCDE. Très récemment, une étude a non seulement montré que ce chiffre a bondi de 27 % ces quatre dernières années, mais aussi que certains États sont plus concernés que d’autres, avec des taux allant jusqu’à 60 décès parmi 100 000 femmes enceintes.

Bien que l’écart avec les autres pays soit moins important, la mortalité infantile n’affiche pas non plus de bons résultats : 5,4 enfants sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire aux Étatsunis, contre 3,6 en France et 4 en moyenne dans L’OCDE. Un chiffre qui semble faible mais qui, rapporté au nombre de naissances aux USA, représente environ 19 000 décès par an !

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité », estime Céline Jaeggy, auteur d’une analyse récente sur le système de santé américain. L’obésité est en effet « un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer », rappelle L’OCDE dans son rapport. Cela rend également la grossesse et l’accouchement plus à risque, ce qui peut en partie expliquer les mauvaises performances en la matière.

Or, avec environ 43% des adultes obèses, les États-unis affichent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %). Sans surprise, la prévalence du diabète est également très élevée, avec 11% de la population concernée. « Même si cela ne reflète pas réellement l’état du système de santé, le fait que le taux d’obésité soit si élevé montre l’échec des politiques de prévention et cela permet de comprendre pourquoi certains indicateurs sont mauvais », poursuit Céline Jaeggy.

En plus de l’épidémie d’obésité, les États-unis font également face à une crise sanitaire sans précédent due aux opioïdes depuis les années 2000. Ces antidouleurs puissants dérivés de l’opium y sont même devenus la première cause de mortalité évitable avant 50 ans, loin devant les accidents de la route et les décès par armes à feu. « Cette crise explique en partie la baisse de l’espérance de vie, commente Céline Jaeggy. Parce qu’elle a été créée par le système de santé, elle touche davantage les populations caucasiennes à faibles revenus, qui ont un accès minimum aux soins, davantage que les Hispaniques et les Noirs américains. »

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité, qui est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer » Céline Jaeggy ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington

À l’heure actuelle, les États-unis enregistrent 223 décès liés aux opioïdes par million d’habitants, ce qui place le pays en tête du classement, très loin devant la moyenne de L’OCDE (30 décès par million d’habitants). Une tendance dramatique qui ne semble pas s’améliorer : ce taux a été multiplié par deux en seulement dix ans. Au total, environ 727 000 personnes sont décédées de cette manière ces vingt dernières années aux États-Unis.

Outre la faible proportion de fumeurs (8,8 % versus 25 % en France), il y a en revanche un domaine où les États-unis excellent : « Ils dépensent beaucoup plus que les autres pays, près de 17 % de leur PIB sont consacrés à la santé », rapporte Brigitte Dormont, professeur émérite d’économie à l’université Paris Dauphine. En 2021, les États-unis ont ainsi dépensé 12500 dollars par habitant, soit deux fois plus que la France, en tenant compte des différences de pouvoir d’achat. « Pourtant, ils ont de très mauvais résultats, c’est ce que certains appellent le “puzzle” américain », poursuit-elle.

Un paradoxe qui s’explique avant tout par le fonctionnement du système de santé, souligne Zeynep Or, directrice de recherche à l’irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé). « En France, il existe une assurance-maladie publique et universelle, tout le monde est couvert. Ce n’est pas le cas aux États-unis, où c’est un modèle d’assurance privée, rappelle l’économiste. Comme avec n’importe quelle assurance, les primes sont proportionnelles aux risques de santé des individus. Donc si vous avez certaines maladies, les primes seront plus élevées. Et surtout, elles augmentent avec l’âge. »

Environ la moitié des Américains sont couverts par une assurance proposée par leur employeur, comme l’a imposé l’obamacare en 2015 aux entreprises de plus de 50 salariés. « Le montant de la prime annuelle pour une famille américaine moyenne est d’environ 21000 dollars, dont les trois quarts sont pris en charge par l’entreprise, ce qui laisse environ 6 000 dollars à payer par l’assuré», illustre Céline Jaeggy. Mais certaines entreprises ont trouvé la combine pour échapper à cette obligation qui ne concerne que les salariés travaillant plus de 30 heures hebdomadaires : embaucher à temps partiel.

Par ailleurs, le fait d’être couvert ne signifie pas que tous les soins seront pris en charge. «Les assurances peuvent prévoir des franchises ou encore une part non remboursée du prix de consultation et souvent, elles ne couvrent pas les soins dentaires ou optiques », indique Céline Jaeggy. Selon elle, environ 30 millions de personnes assurées seraient en difficulté pour faire face à leurs dépenses de santé.

En plus de cela, 26,4 millions de personnes n’ont pas d’assurance santé, selon l’administration américaine, soit 8 % de la population. Il existe pourtant deux caisses publiques d’assurance-maladie : Medicaid, pour les familles pauvres avec enfants, et Medicare, pour les 65 ans et plus. Environ 36% de la population est couverte de cette manière. Mais les critères d’accès sont drastiques. « Par exemple, une mère célibataire qui gagne l’équivalent du SMIC (salaire minimal) n’est pas assez pauvre pour être éligible », rapporte Zeynep Or.

Dans les années 2010, sous l’ère Obama, des réformes avaient permis d’abaisser le seuil d’éligibilité. Mais il appartient aux États de les appliquer ou non. Résultat : beaucoup de personnes restent sur le carreau. « Il y a beaucoup de trous dans la raquette, souligne Brigitte Dormont. Si vous travaillez à votre compte, que vous êtes pauvre mais pas assez ou encore que vous êtes pauvre et sans enfant, vous n’avez droit à rien. »

En parallèle de cela, le prix des soins n’est pas réglementé et est donc très élevé. «Un médicament payé 10 euros en France coûte deux à trois fois plus cher aux États-unis, même en tenant compte des différences de pouvoir d’achat», indique Zeynep Or. Les honoraires des médecins sont également plus élevés. « Le coût de la consultation n’est pas encadré, les généralistes sont payés environ 2,5 fois plus, et les spécialistes, 5 fois plus. Cela s’explique en partie par le fait qu’ils doivent rembourser leurs études et que le coût de leur propre assurance est très important», analyse Céline Jaeggy.

Mi-avril, le Washington Post a indiqué que le gouvernement de Donald Trump envisagerait de réduire de 40 milliards de dollars le budget du ministère américain de la Santé. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait déjà commencé une profonde refonte de cette administration, en supprimant près d’un quart de ses effectifs. « Ce n’est que le début, la situation va s’aggraver, estime Zeynep Or. Non seulement l’administration Trump est farouchement opposée aux assurances publiques, mais elle est aussi une ardente défenseur de l’économie libérale. Cette vision interdit la régulation du marché de la santé et celui des assurances. Mais tous les indicateurs montrent clairement que l’intervention publique et des règles sont nécessaires pour obtenir des résultats satisfaisants et surtout favorables à la santé de la population », conclut la spécialiste.

Source : Le Figaro

vendredi 7 février 2025

« Transition de genre » : l’Argentine annonce interdire les traitements pour les mineurs

Le gouvernement argentin a annoncé vouloir interdire les traitements hormonaux et les opérations chirurgicales de « transition de genre » pour les mineurs, a annoncé mercredi le porte-parole de la présidence, Manuel Adorni.

Actuellement, les mineurs peuvent subir des traitements de « transition de genre » avec l’accord de leurs parents. Si ces derniers refusent, ils peuvent recourir à un juge. « Ces interventions auxquelles les enfants sont exposés constituent un risque sérieux pour leur santé, tant physique que mentale, car elles impliquent une interruption de leur processus de maturation », relève le porte-parole.

D’autre part, les autorités empêcheront les prisonniers d’être transférés « s’ils changent de sexe après avoir commis un crime », a en outre précisé Manuel Adorni. Ainsi, les détenus seront assignés aux quartiers pénitentiaires en fonction du sexe inscrit sur leur carte d’identité au moment où le crime pour lequel ils sont emprisonnés a été commis. Pour les délits sexuels, aucun transfert ne sera autorisé, même si les détenus se déclarant transgenres ont demandé un changement de sexe sur leurs papiers d’identité avant de commettre le délit.

Ces mesures qui constituent un « combat frontal contre l’extrémisme de genre » seront adoptées par décret, précise la présidence argentine. Toutefois, pour mettre en œuvre ces dispositions, la loi de 2012 relative à « l’identité de genre » devra être modifiée. Ce qui nécessitera l’approbation du Congrès selon les associations.

Le président argentin Javier Milei (ci-contre) a par ailleurs suivi « l’exemple de Donald Trump » en annonçant que l’Argentine quitterait également l’Organisation mondiale de la santé (OMS).


 

Sources : Buenos Aires Herald (5/II/2025) ; The Guardian, Tiago Rogero (5/II/2025); Généthique

lundi 27 janvier 2025

Mayotte, comment l'immigration détruit une société (y compris l'école)

 

Après le cyclone Chico, Mayotte, le 101e département français, si longtemps oublié, s'impose à nouveau dans l'agenda politique avec le double enjeu de la reconstruction et de l’immigration.

Jusqu'en septembre 2024, le docteur Alain Destexhe a travaillé au centre de santé de Dzoumonié, au nord de Mayotte. Il a ainsi été un témoin privilégié, non seulement de la situation sanitaire catastrophique de l’île, mais aussi de la violence et du délabrement des services publics.

La société mahoraise est détruite par une immigration sans fin, des Comores et de Madagascar, mais désormais aussi de l’Afrique des Grands Lacs. Les moyens que l'État met en œuvre pour faire face s’avèrent dérisoires. Paradoxalement, l’accession au statut de département en 2011 a aggravé la situation.

En conséquence, ce territoire musulman vote massivement pour le Rassemblement national et des candidats de droite. Petite comme un vingtième de la Corse, Mayotte a vu sa population augmenter de plus de 40% en dix ans. Ce livre est un appel à comprendre et agir. Mayotte ne peut s'en sortir sans résoudre la question migratoire. Un témoignage vertigineux et glaçant qui vous fera découvrir le 101e département sous un angle réaliste.

Alain DESTEXHE, médecin, ex-secrétaire-général de MSF, sénateur honoraire belge, contribue au Figaro, à Causeur et au Gatestone Institute (New York). Dernier livre paru, "Rwanda 94 : le carnage. 30 ans après, retour sur place" (2024) aux éditions Texquis.

dimanche 12 janvier 2025

Le fait que l'alcool provoque des cancers est le secret le mieux gardé de la santé publique

Boire de l’alcool fait grimper le risque d’être atteint de sept types de cancer, comme celui de la bouche, de la gorge, du foie et du sein.

Cette période de l’année est l’occasion pour les gens de prendre des résolutions qu’ils risquent de ne pas pouvoir tenir. Cela s’explique notamment par la confusion qui règne. Selon l’institut de sondage Gallup, trois adultes sur cinq boivent de l’alcool. Environ 45 % d’entre eux pensent que la consommation d’alcool, même modérée, est mauvaise pour la santé, tandis que 43 % pensent qu’elle n’a pas d’effet. Les Américains boivent plus de spiritueux (ou d’alcools forts) aujourd’hui que pendant la guerre de Sécession, une période tellement marquée par l’ivresse que certains historiens affirment qu’elle a déclenché le mouvement de tempérance. Et ce, bien que les chercheurs en santé publique le sachent depuis longtemps.

Les intellos ont obtenu gain de cause le 3 janvier, lorsque le médecin en chef des États-Unis, Vivek Murthy, a émis un avis sur le lien entre la consommation d’alcool et le cancer. Il souhaite que les bouteilles d’alcool portent un avertissement sur le cancer. L’alcool est la troisième cause évitable de cancer en Amérique, après le tabac et l’obésité. Il est à l’origine de près de 100 000 cas de cancer par an. Mais si 89 % des Américains savent que le tabac peut provoquer un cancer, moins de la moitié d’entre eux savent que l’alcool en est également la cause.

Cela s’explique en partie par le fait que le risque lié à l’alcool est moindre, mais il n’est pas négligeable. Selon le rapport du médecin-chef, 17 % des femmes qui boivent occasionnellement se verront diagnostiquer, à un moment ou à un autre de leur vie, l’un des sept cancers pour lesquels l’effet causal de l’alcool a été établi. Pour les femmes qui boivent deux verres par jour, le taux de cancer passe à 22 %. Chez les hommes, le taux de cancer passe de 10 % chez les buveurs occasionnels à 13 % chez ceux qui boivent deux verres par jour.

Le lien entre l’alcool et le cancer n’est pas une nouvelle scientifique. L’Organisation mondiale de la santé a classé l’alcool parmi les substances cancérigènes en 1988. Pourtant, près de 10 % des Américains affirment aujourd’hui que la consommation d’alcool est bonne pour la santé. La confusion vient en partie des études qui ont montré, au fil des ans, que les buveurs modérés vivent plus longtemps que les non-buveurs. Ce résultat s’explique principalement par l’effet apparemment protecteur d’une consommation modérée d’alcool contre les maladies cardiaques.

Mais ce que les scientifiques ont appris au fil des ans, c’est que les comparaisons simples entre buveurs et non-buveurs donnent l’impression que l’alcool est plus sain qu’il ne l’est. De nombreux abstinents ont renoncé à l’alcool parce qu’ils sont trop malades ; certains sont d’anciens alcooliques. La manière dont les chercheurs tiennent compte de ces « malades » a son importance. Certains excluent tous les non-buveurs des analyses et ne mesurent que l’évolution des risques de maladie en fonction de la quantité d’alcool consommée ; d’autres regroupent les anciens buveurs avec les buveurs actuels. Avec de tels ajustements, l’effet protecteur d’une consommation modérée d’alcool sur la longévité et les maladies cardiaques disparaît presque complètement ; l’augmentation du risque de cancer attribuée à la consommation d’alcool augmente.

Des études plus récentes utilisant la tolérance génétique à l’alcool pour imiter les essais randomisés sur la consommation d’alcool n’ont révélé aucun effet bénéfique de l’alcool sur la santé. Cette méthode d’étude atténue les biais : les personnes qui boivent sont plus riches, plus éduquées et en meilleure santé que celles qui ne boivent pas. Cela pourrait expliquer pourquoi le vin rouge, boisson de prédilection des riches, semble particulièrement sain pour le cœur. La plupart des scientifiques considèrent aujourd’hui que l’idée que l’alcool est bénéfique avec modération est « soit exagérée, soit complètement fausse », déclare Tim Stockwell, de l’université de Victoria, au Canada.

Les Américains sont bombardés de titres sur les bienfaits de l’alcool (« Le vin pourrait être bon pour le cœur, selon une nouvelle étude »). Parfois, un titre les fait réfléchir (« Même un peu d’alcool peut nuire à la santé »). Le message du médecin-chef pourrait clarifier les choses et faire en sorte que les résolutions de boire moins soient plus efficaces.

Source : The Economist

mardi 17 décembre 2024

Chute de l'alphabétisation. Les adultes oublient-ils comment lire ?

Tous les dix ans environ, l'OCDE, une organisation qui regroupe principalement des pays riches, demande à des adultes de passer des tests de calcul et d'alphabétisation. Les questions posées ne sont pas des casse-tête abstraits, des dictées ou du calcul mental. Elles visent à reproduire les problèmes auxquels les personnes âgées de 16 à 65 ans sont confrontées dans la vie quotidienne, qu'elles travaillent dans une usine ou un bureau, ou qu'elles essaient simplement de comprendre les nouvelles.

Les derniers résultats de ces tests, menés dans 31 pays riches, sont déconcertants. Ils suggèrent qu'un cinquième des adultes ne font pas mieux en mathématiques et en lecture que ce que l'on pourrait attendre d'un enfant de l'école primaire. La tendance est encore moins encourageante. En mathématiques, les résultats moyens ont augmenté dans quelques pays au cours des dix dernières années, mais ont baissé dans presque autant d'autres. En ce qui concerne la lecture et l'écriture, les résultats ont baissé dans beaucoup plus de pays qu'ils n'ont progressé, malgré le fait que jamais encore les adultes n'ont été aussi nombreux à posséder des diplômes.


L'enquête de l'OCDE sur les compétences des adultes n'est réalisée qu'une fois par décennie. Les chercheurs ont demandé à 160 000 adultes de 31 pays et régions de passer de courts tests de calcul, d'alphabétisation et de résolution de problèmes. Ces tests visent à déterminer s'ils possèdent les compétences nécessaires pour occuper un emploi, participer à la vie civique et, d'une manière générale, s'épanouir dans le monde réel. Au niveau le plus élémentaire, les tests visent à déterminer dans quelle mesure les personnes sont capables de comprendre les avertissements figurant au dos d'un paquet d'aspirine ou de calculer la quantité de papier peint nécessaire pour recouvrir une pièce. À des niveaux plus avancés, ils explorent la capacité des gens à tirer des conclusions solides à partir d'analyses et de graphiques du type de ceux que l'on peut trouver, par exemple, dans un magazine d'actualité populaire.

L'évolution démographique offre quelques explications.Les nouveaux immigrants ont souvent du mal à maîtriser une nouvelle langue.

dimanche 15 décembre 2024

Les enfants cobayes de la révolution trans

Texte de Mathieu Bock-côté par ce samedi dans le Figaro.

Ils sont nombreux à confesser leur surprise devant les révélations concernant le rapport ayant fuité dans Le Figaro sur la transition de genre de la Haute Autorité de santé (HAS). Car la HAS entend la rendre accessible à tous, même aux mineurs de 16 ans, sans exprimer la moindre prudence, alors qu’ailleurs en Occident, se dévoile une vive inquiétude à ce sujet. Rappelons l’esprit et les grandes lignes de ces révélations.

Mais faisons d’abord un détour. L’idéologie du genre s’est concentrée ces derniers temps sur la transition « sociale » en expliquant qu’il suffisait pour une femme de se dire homme pour que la société soit obligée de la considérer comme tel. C’est ce qui a poussé le planning familial à soutenir en 2022 qu’un homme pouvait être enceint. C’est aussi dans cet esprit qu’on a vu se multiplier les non-binaires, prétendant se dérober au féminin comme au masculin, ou alors les embrasser ensemble.

Mais nous venons de franchir une étape. C’est désormais la société dans son ensemble qui doit se reprogrammer pour faciliter non plus la transition « sociale », mais la reconstruction médicale des trans. Le personnel de santé est ainsi invité à accueillir le jeune trans en utilisant les pronoms qu’il exige - un homme biologique se prenant pour une femme devra ainsi se faire appeler «elle». L’inverse s’imposera aussi. D’aucune manière, on ne devra se demander si ce désir de changer de sexe n’est pas le signe d’un trouble psychiatrique ou psychique - la dissociation entre l’identité de genre et le corps sexué est ainsi légitimée par le corps médical.

Le système de santé est ensuite poussé à engager le plus rapidement possible la thérapie hormonale engageant le «changement de sexe», puis les opérations chirurgicales qui le rendront absolument définitif. Ces opérations devront être accessibles aux mineurs de 16 ans. Par ailleurs, les parents qui remettraient en question la transition de genre de leur enfant, et qui refuseraient de l’accompagner, pourraient être accusés de maltraitance parentale, et voir à terme leur autorité parentale remise en question, et même abolie. L’État, à terme, se donnera le droit d’arracher leurs enfants aux parents trop conservateurs, trop traditionnels. La déconstruction de la famille culmine ici.
La mouvance trans est parvenue à créer un dispositif technomédical autoréférentiel où ses militants se citent les uns les autres pour produire un « savoir » orientant ensuite le système de santé
La première chose qui frappe, ici, est la pénétration de la théorie du genre dans les instances censées produire l’expertise médicale. Le néolyssenkisme triomphe. La mouvance trans est parvenue à créer un dispositif techno-médical autoréférentiel où ses militants se citent les uns les autres pour produire un « savoir » orientant ensuite le système de santé. Cet entrisme s’accompagne souvent d’une stratégie de harcèlement des médecins pour voir lesquels se soumettent à cette idéologie et lesquelles s’y refusent, ce qui justifiera ensuite leur dénonciation pour transphobie.

La banalisation de la notion d’identité de genre a pour fonction d’empêcher de se demander pourquoi tant de jeunes, aujourd’hui, en viennent à se croire étrangers à leur corps. La vérité existentielle d’un être se trouverait dans son « ressenti de genre », et non pas dans son corps sexué, désormais traité comme une carcasse charnelle encombrante et le résidu réactionnaire d’une phase antérieure de l’humanité, avant la révélation constructiviste, expliquant que la biologie comme la nature sont désormais des catégories périmées. On parle ainsi non plus de chirurgies de changement de sexe mais de « réassignation sexuelle », pour modeler un corps jugé traître, ou du moins réfractaire, à l’esprit flottant qu’on croit porter en soi.

On touche ici les programmes d’éducation à la sexualité à l’école. Les enfants subissant la propagande du genre auront plus de chance de se retrouver un jour devant un médecin du genre ayant la mission de piloter leur transition. Si cet adolescent doute soudainement des bienfaits de la démarche dans laquelle il s’est engagé, une association de militants trans présentés comme des experts par l’état lui dira de ne pas avoir peur. La diffusion accélérée du fantasme voulant qu’on puisse naître dans le mauvais corps est le symptôme d’une perte du rapport au réel et d’un effondrement psychique à l’échelle d’une civilisation.

La modernité porte en elle une tentation démiurgique et rêve d’une humanité informe qu’elle pourra modeler selon son bon désir, dans une rationalité utopique, qui culmine toujours dans une logique totalitaire. La médecine doit fabriquer un homme nouveau, dénaturalisé, modifié aux hormones et au scalpel, persuadé désormais de s’autoengendrer. Nous sommes devant les enfants cobayes de la révolution trans.

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