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jeudi 16 janvier 2025

« Pourquoi la dénatalité est un suicide collectif »

Chronique d'Eugénie Bastié sur le livre Les balançoires vides de l’économiste Maxime Sbaihi où il fait le point sur les enjeux vertigineux de la crise démographique.

Notre classe politique est-elle irresponsable ? Il y avait un contraste saisissant cette semaine entre les chiffres catastrophiques de la natalité produits par l’INSEE (le nombre de naissances au plus bas depuis la seconde guerre mondiale) et l’absurde insistance de la moitié des partis politiques français à vouloir abroger une réforme des retraites pourtant minimale. Notre pyramide des âges est en train de s’inverser, le système par répartition est condamné par la dénatalité, mais des politiciens continuent à mentir à leurs électeurs et à sacrifier la jeunesse sur l’autel de promesses intenables.

« L’exception démographique française n’est plus » résume l’économiste Maxime Sbaihi dans un livre passionnant Les balançoires vides (éditions de l’Observatoire), où il fait le point sur les enjeux vertigineux de la dénatalité. Pendant longtemps, grâce à son modèle culturel (égalité hommes femmes [à voir si cela fut vraiment un facteur décisif]) et social (État providence) la France résistait mieux qu’ailleurs à la tendance globale d’une chute de la natalité. Avec un taux de fécondité historiquement bas à 1,66, c’est terminé. Ouvrir une école c’est fermer une prison disait Victor Hugo.

En France aujourd’hui, fermer une école c’est ouvrir un Ephad [maisons de retraite médicalisées]. 5000 écoles ont fermé en France depuis 2010, pour 300 maisons de retraite qui sont sorties de terre. La France est un pays vieillissant et le piège de la dénatalité pourrait bientôt se refermer sur elle, avertit Sbaihi. Plus la France vieillit, plus les actifs, qui doivent financer le poids des retraités trinquent. Plus les actifs trinquent, moins ils ont envie de faire d’enfants. Moins ils font d’enfants, plus le pays vieillit, etc… Quand le taux de fécondité descend à 1,4 [le Québec est sous ce seuil!] il devient presque impossible de revenir en arrière.

Mais après tout, pourquoi est-ce grave ? Certains écolos se réjouissent même de cette nouvelle : moins de bébés, c’est moins de pollueurs. Sbaihi rappelle opportunément à quel point cet argument est de mauvaise foi : « dans l’ordre de grandeur à l’échelle d’une année, un vol transatlantique est plus polluant que d’avoir un enfant ». Avis à Meghan Markle et au Prince Harry qui ont annoncé en grande pompe renoncer à un troisième enfant par « écologie».

La démographie, c’est le destin, disait Auguste Comte. La stérilité est la mère du déclin. La dénatalité a des conséquences vertigineuses sur l’économie. Un pays vieillissant, c’est un pays précautionneux, qui a peur du risque, qui n’innove plus et qui stagne. Un pays vieillissant, c’est un pays qui s’endette pour financer un modèle social intenable. Un pays vieillissant, c’est aussi un pays où la décision publique est orientée en faveur des électeurs âgés au détriment des plus jeunes, où l’avenir est sacrifié. Jusqu’à présent aucun pays n’a réussi à concilier croissance forte et chut des naissances, sans compenser par l’immigration massive. Le Japon en est un exemple qui a entamé son crépuscule économique en même temps que son crépuscule démographique.

« O mères françaises, faites donc des enfants, pour que la France garde son rang, sa force et sa prospérité » disait Émile Zola en 1896. Quant à Raymond Aron, il prophétisait dans ses Mémoires : « Les Européens sont en train de se suicider par dénatalité. Les peuples dont les générations ne se reproduisent pas sont condamnés au vieillissement, et du même coup, guettés par un état d’esprit d’abdication, de fin de siècle ». Malheureusement une certaine gauche préfère pratiquer envers le natalisme une reductio ad petainum grotesque et irresponsable. C’est une priorité qui devrait transcender les partis politiques. C’est même la priorité politique par excellence. Car qu’est-ce que la politique sinon le souci des générations futures ?

Alors peut-on enrayer ce phénomène qui semble à la fois global et irréversible ? Sbaihi explore les trois grandes pistes permettant de pallier la dénatalité : la relance de la procréation, l’immigration et la robotisation. Il n’y a pas de solution miracle. La Hongrie, malgré une politique hyper nataliste n’a réussi que péniblement à relever son taux de fécondité à 1,5 et stagne depuis. L’Allemagne, qui a eu très tôt conscience de sa faiblesse démographique, a importé des millions d’immigrés pour pallier son manque de main-d’œuvre, mais subit aujourd’hui les conséquences d’une intégration impossible. Le Japon a fait le pari de la robotisation, mais les maisons de retraite animées par des androïdes séduisent peu.

Pourtant il doit y avoir des marges de manœuvre pour réduire l’infécondité involontaire qui subsiste dans notre pays. Le désir d’enfant reste stable en France : 2,2, bien supérieur au taux de fécondité actuel (1,6). Ce hiatus entre la volonté et la réalité prouve qu’il existe une frustration de l’engendrement. A-t-il des racines culturelles ou économiques ? En bon économiste, Sbaihi insiste sur la dimension matérielle: la crise du logement, l’absence de modes de garde abordables, le marasme économique jouent certainement dans l’absence de projection.

L’essayiste, qui a publié précédemment Le Grand Vieillissement, insiste sur la fracture générationnelle qu’implique la dénatalité. La génération du baby-boom, a profité du dynamisme économique induit par l'essor démographique sans se reproduire elle-même. Elle fait aujourd’hui payer la facture par les générations plus jeunes, grevées par le poids des retraites (un tiers du salaire brut). Rendre aux actifs le fruit de leur travail serait une première mesure nataliste. Mais la dimension anthropologique est centrale. Un article du Financial Times publié cette semaine et intitulé « La récession des relations amoureuses devient mondiale » montre que la chute du couple est l’une des principales causes de la dénatalité. Aux États-Unis, les couples continuent à faire des enfants, mais il y a de moins en moins de couples. En France, les deux tiers des Français vivaient en couple en 1980 contre un peu plus de la moitié aujourd’hui.

La part des jeunes vivant en couple a été divisée par deux. Il y a 11 millions de célibataires en France. Une révolution des modes de vie liée à la longueur des études, au dogme de l’émancipation individuelle, mais aussi à la technologie qui permet et promeut cette épidémie de solitude. Pour retrouver le chemin de la fécondité, il nous faudra donc retrouver le chemin du lien, de l’amour et de la confiance entre les sexes. Un « chantier » plus ambitieux que celui que veut ouvrir François Bayrou sur la réforme des retraites.

Les balançoires vides: Le piège de la dénatalité Broché
de Maxime Sbaihi,
paru le 15 janvier 202,
aux éditions de L'Observatoire,
ISBN-13 : 979-1032930663

vendredi 9 août 2024

Président du CIO : pas de système scientifique qui permette d'identifier qui est une femme

Selon le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach :

Personne ne nous a présenté de système solide scientifique qui permette d'identifier qui est une femme (nous avons enlevé les nombreux « euh... »)


Faible fréquence des intersexes

Selon la philosophe Carrie Hull la fréquence des personnes intersexes se situerait à 0,37 % de la population. Leonard Sax parvient quant à lui à une proposition de 0,018 % de personnes intersexuées dans la population.

Un article de l’American Journal of Human Biology publié en 2000 et faisant la synthèse de la littérature médicale publiée entre 1955 et 2000 dresse des statistiques détaillées pour les différents critères possibles d'écart par rapport à un idéal-type masculin/féminin et conclut qu'environ 2 % des naissances sont concernées. Ce chiffre, critiqué par Leonard Sax, comprend des personnes avec une apparence mâle ou femelle mais présentant notamment un chromosome supplémentaire comme celles atteintes de trisomie 47 X, l'anomalie chromosomique féminine la plus fréquente qui touche environ une femme sur 1000, la majorité des femmes n'étant que peu touchées voire totalement asymptomatiques.


Compte de Richard Dawkins éliminé par Facebook

Si le CIO ne parvient pas à un système clair pour dire qui est une femme, comment pourra-t-il exclure des athlètes transgenres des compétitions féminines si ce n'est de manière arbitraire et variable (laisser les pays ou les fédérations locales décider par exemple) ?

Le célèbre biologiste, vulgarisateur, théoricien de l'évolution et éthologiste britannique athée Richard Dawkins a vu son compte Facebook éliminé après avoir posté sur la plateforme rivale 𝕏 que le boxeurs génétiquement mâles (XY) ne devraient pas concourir dans les catégories féminines des jeux.

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samedi 3 février 2024

Plusieurs États américains définissent par la loi ce qu'est une femme et un homme sur base biologique

Le 29 janvier, le Gouverneur de l’Etat de Virginie-Occidentale a apporté son soutien à la Charte des droits de la femme et annoncé qu’il signerait le projet de loi 5243 s’en inspirant lorsqu’il aura été adopté par la Chambre des représentants et le Sénat. Ce projet de loi, présenté par Kathie Hess Crouse, membre de la Chambre des délégués de Virginie-Occidentale, définit les termes « homme » et « femme » sur la base du sexe biologique à la naissance. Il n’existe « que deux sexes et chaque individu est soit un homme soit une femme » complète-t-il tout en précisant que les personnes « intersexes » « ne constituent pas un troisième sexe ».

Cette mesure ne modifie pas la législation de l’État mais permettra d’« éviter des interprétations différentes » alors que les mots « femme » et « féminin » apparaissent à au moins 120 reprises dans les lois de l’État.

La Charte des droits de la femme a été rédigée et publiée en 2022, « en réaction au mouvement transgenre », par deux organisations, Independent Women’s Voice et Independent Women’s Law Center, en collaboration avec Women’s Liberation Front, une organisation de gauche.

Mêmes lois au Kansas, Tennessee, Oklahoma et Nebraska

Le premier État à adopter une loi s’en inspirant a été le Kansas en avril, avant le Tennessee en mai. En 2023, des décrets promulguant la Charte ont été signés par les gouverneurs de l’Oklahoma et du Nebraska
 
Dans le Montana, la loi indique qu’une femme est une «  personne qui produit des ovocytes » alors que « l’homme produit des spermatozoïdes ». Le Kansas reprend en partie cette définition en précisant que « le système reproducteur de l’homme » est conçu pour féconder l’ovule.

Quant au Tennessee, le sexe y est défini comme « le sexe biologique immuable d’une personne tel que déterminé par l’anatomie et la génétique au moment de la naissance ».

Deux lois, au Montana et au Tennessee, devraient arriver sur le bureau du gouverneur incessamment. Quant à la loi du Kansas, les législateurs ont annulé le veto du gouverneur.

De son côté, un district scolaire du Vermont, pour favoriser « une éducation sexuelle non sexiste », a souhaité supprimer les termes « masculin » et « féminin » en les remplaçant par « personne qui produit des spermatozoïdes » ou « personne qui produit des ovocytes ».

 

Source : Washington Times, Valérie Richardson, Généthique

lundi 7 novembre 2022

Primatologue de renommée mondiale : « Même chez les grands singes, les femelles jouent à la poupée »

Le primatologue de renommée mondiale, Frans de Waal, publie un nouveau livre consacré au genre chez les primates.

Que peuvent nous dire les grands singes des différences entre les sexes et au sein de chacun d’entre eux ? C’est à cette question, éminem­ment d’actu­a­lité, que s’est attelé le grand primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal dans Différents. Le genre vu par un primatologue (éd. Les Liens qui libèrent). En s’intéressant en particulier aux chimpanzés et aux bonobos, les plus proches des humains, le professeur de psychologie à l’université Emory (États-Unis) et spécialiste du comportement social des primates montre à la fois que le genre n’est jamais complètement séparé du sexe, mais qu’y compris chez les singes, il en existe des expressions distinctes. Un voyage nourri de nombreuses études de cas, par un chercheur qui voit « dans les animaux des traits culturels, et dans les humains, naturels ». Extraits ci-dessous d’un entretien qu’il a accordé à L’Express.

L’Express — Vous avez consacré près de cinquante ans à l’étude des grands singes. La question du « genre » est centrale dans l’étude des espèces. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de consacrer un ouvrage entier à la question ?

Frans de Waal — La question du genre rencontre de plus en plus d’intérêt depuis quelques années. Mais en effet, elle était présente dans mes recherches depuis le départ. Par ailleurs, les gens sont d’ordinaire très curieux des différences de comportement entre mâles et femelles d’un point de vue biologique, qu’il s’agisse des grands singes ou des humains. La plupart du temps, les médias mettent l’accent sur l’aspect culturel de ces différences, comme l’éducation et la socialisation, mais leur aspect biologique reste un tabou. Dans les départements de psychologie, certains chercheurs ne veulent même pas toucher au sujet. Ils sont capables, par exemple, de donner tout un cours sur le comportement des enfants sans différencier les garçons des filles dans leur analyse.

—  Quelle est la différence entre le sexe et le genre chez les grands singes ?

— Le genre est l’expression comportementale et culturelle du masculin ou du féminin en fonction de modèles sociaux. Il n’est jamais complètement séparé du sexe. Penser le contraire, et dire par exemple que le genre est purement culturel, est une illusion. C’est la même chose pour l’humain : il n’y a rien dans l’humain qui soit purement culturel. Nous sommes des organismes, nous avons une biologie, un cerveau, des hormones, des organes génitaux.

[...]

— Dans votre livre, vous vous concentrez sur les deux espèces de grands singes les plus proches de nous, les chimpanzés et les bonobos. Ces derniers sont dominés par les femelles. Est-ce une exception chez les mammifères ?

— Il existe quelques espèces chez les mammifères à être dans ce cas. Chez les primates, c’est rare — hormis par exemple, outre les bonobos, les lémuriens. Dans la plupart des cas, les groupes de singes sont dominés par les mâles. Mais le problème est que ce cas majoritaire a été considéré pendant longtemps comme s’appliquant à tous les primates. Il y a un siècle, une expérience célèbre a été menée sur les babouins de Monkey Hill au zoo de Regent’s Park à Londres. Les mâles se sont entretués, ce qui a popularisé l’idée que la dominance et le gouvernement masculins étaient naturels et généralisés. Or les conditions de cette expérience étaient complètement artificielles, ne reproduisant pas le cadre de vie naturel des babouins. Par ailleurs les babouins sont distants des humains, le mâle étant deux fois plus gros que la femelle et possédant deux grosses canines.

— Pourquoi les mâles, chez les grands singes, sont-ils plus grands que les femelles ?

— On sait que parmi les mammifères, plus il y a de compétition entre mâles, plus ils sont grands. Dans le cas des gorilles mâles, qui sont énormes, c’est extrême. Selon certains chercheurs, le motif de cette compétition serait d’attirer les femelles — ce qu’on appelle la « sélection sexuelle », mais je ne crois pas à cette théorie.

Le dimorphisme sexuel chez les humains est plus faible que chez d’autres grands singes, ce qui suggère que la compétition entre hommes est moins intense. Fait intéressant, les femmes interrogées sur le sujet ont une nette préférence pour les hommes plus grands qu’elles ; pour les hommes, avoir une femme plus petite est un critère moins important. C’est probablement parce que les hommes plus grands offrent aux femmes une protection supérieure — si vous marchez le soir dans la rue aux côtés d’un partenaire de grande taille, c’est bien plus sécurisant que s’il est petit.

— Qu’en est-il chez les bonobos, dominés par les femelles ?

— Les mâles y sont également plus grands, larges et forts que les femelles, et arborent de longues canines. Ils sont donc bâtis pour la bagarre. La compétition est forte entre mâles, mais collectivement, les femelles sont dominantes. J’ajoute que les bonobos mâles ne sont pas malheureux parce qu’ils sont dominés par les femelles ! Ils semblent ne pas s’en soucier, car l’important reste leur statut dans la hiérarchie des mâles. Dans l’ensemble, chez les primates, la compétition a lieu principalement à l’intérieur des genres, très peu entre eux.

— Qu’est-ce qu’un mâle alpha ? Une femelle alpha ?

— Très simplement, chez les primates, le grand singe mâle ou femelle situé tout en haut de la hiérarchie de chaque genre. Cet ordre de domination est mesuré très simplement par l’accès préférentiel à la nourriture, la victoire dans les bagarres, l’évitement des autres. Le mâle alpha n’est pas un type de mâle, c’est simplement celui qui coiffe la hiérarchie. Il ne peut y en avoir qu’un seul. Et il n’est pas forcément le plus agressif ou le plus grand, ce peut être aussi celui qui a les bonnes connexions dans la communauté : c’est un titre politique. Il y en a deux types : les tyrans, qui terrorisent tout le monde et instillent la peur, et les vrais leaders, qui sont des protecteurs, préservant la paix et défendant les perdants et les faibles contre les forts, par exemple en interrompant les bagarres dans le groupe. Ceux-ci peuvent devenir extrêmement populaires alors que les tyrans ne le seront jamais. Quand un challenger survient, si le leader est populaire, le groupe soutiendra ce dernier ; mais si c’est un tyran, le groupe soutiendra le challenger. C’est comme un processus démocratique.

La femelle alpha est tout aussi importante, par exemple chez les macaques, une société féminine où les mâles arrivent et repartent et où les femelles constituent le noyau social stable. Cette femelle peut avoir beaucoup d’influence. Chez les bonobos, elle domine aussi les mâles, et elle emmène une clique de femelles qui la soutiennent. Nous savons bien moins de choses sur les capacités de domination des femelles que celles des mâles, qui ont été plus étudiés parce qu’ils sont plus agités et attirent plus l’attention, même chez les bonobos. Mènent-elles le groupe ? Maintiennent-elles la paix ? Je décris dans le livre un groupe de macaques rhésus dominé par les mâles, mais où la femelle alpha a beaucoup d’influence pour décider qui sera le mâle alpha. Dans ces sociétés, les mâles ont beau être dominants, les manœuvres des femelles sont très importantes. Un phénomène que je décris notamment dans mon avant-dernier livre, La dernière étreinte, à propos de Mama, une femelle chimpanzé matriarche.

— Quels sont les traits communs entre chimpanzés, bonobos et humains ?

— La question est complexe. D’abord, on pense d’ordinaire que les animaux expriment des comportements biologiques et les humains des comportements culturels. Mais dans les animaux, je vois aussi des traits culturels, et dans les humains, naturels. Ensuite, l’humain a deux parents proches, les chimpanzés et les bonobos, qui sont très différents. S’ils étaient similaires, la comparaison serait plus simple.

Ceci étant dit, un petit nombre de traits sont universels entre les primates — au-delà des grands singes — et les humains. On les constate notamment dans le comportement des enfants : les jeunes femelles sont plus intéressées et même fascinées par les enfants, les bébés et les poupées ; les jeunes mâles par la bagarre, leur niveau d’énergie étant plus élevé. Si vous donnez une poupée à une jeune femelle, elle va jouer avec elle ; en liberté, elles ramassent des branches de bois qu’elles traitent comme telles. Si une femelle a un bébé, elle sera entourée des jeunes femelles du groupe qui veulent voir le bébé et le toucher — ce qui n’intéresse pas les mâles.

Les mâles expriment leur compétition de façon plus physique ; les femelles sont tout aussi compétitives, mais cela ne se manifeste pas aussi physiquement. Les mâles apprennent à se battre, mais aussi à contrôler leur force physique. Si les mâles sont plus forts que les femelles, ce qui est vrai pour de nombreux primates, ils doivent connaître et maîtriser leur force. Si un gorille mâle pose sa main sur un bébé gorille, il peut le tuer ! Chez les humains, il serait également très dangereux, dans une famille, qu’un homme ignore qu’il est physiquement plus fort que sa femme et les enfants qui l’entourent et ne sache pas réguler cette puissance. Pour les femelles, la situation est plus simple : s’occuper des petits sera leur activité principale, et c’est cette expérience qu’elles doivent apprendre. L’intérêt maternel est très probablement inné, mais pas le soin des nourrissons.

— Les comportements humains, notamment sexués, se rapprochent-ils davantage des chimpanzés ou des bonobos ?

— Des deux ! Les chimpanzés manifestent un haut degré de liens entre mâles, ce qui implique autant de coopération que de compétition. On retrouve cela chez les humains. Les chimpanzés défendent leur territoire, les humains aussi, et c’est habituellement une affaire de mâles. On en voit une parfaite illustration en Ukraine aujourd’hui : les hommes ne peuvent pas décider de sauter dans un bus et de quitter le pays, au risque d’en être empêchés par leurs propres compatriotes ou par les Russes.

Les bonobos, de leur côté, sont très érotiques, comme les humains. Le lien entre femelles y est crucial, une solidarité féminine également visible chez les humains.

La famille nucléaire, en revanche, est une invention humaine, via laquelle les mâles ont été impliqués dans l’éducation des enfants, cette implication étant beaucoup plus faible chez les mâles chimpanzés et bonobos.

— Pourquoi les individus du même genre, chez les grands singes et les humains, s’imitent-ils les uns les autres ?

— Je parle à ce titre d’autosocialisation. Cela veut dire qu’un individu s’identifie à un certain genre et partant imite les adultes du même genre autour de lui. On peut observer cette autosocialisation en action : par exemple, une étude récente a montré que les jeunes femelles orangs-outans suivaient exactement le même régime alimentaire que leur mère. Les jeunes mâles ont un régime différent de leur génitrice, probablement parce qu’ils regardent davantage les mâles adultes. D’autres études confirment cette imitation genrée dans d’autres domaines.

Les adultes humains tendent à penser qu’ils socialisent les enfants, mais ils surestiment leur influence à cet égard : les enfants se socialisent eux-mêmes en fonction de ce qu’ils voient autour d’eux ou à la télévision, et plus tard c’est l’influence des pairs [NDLR : les individus de l’entourage proche hors de la famille, comme les amis] qui domine. Un cas emblématique est le choix des jouets par les enfants. Même dans un pays aussi égalitaire que la Suède, les garçons préfèrent les camions, les équipements et les outils, les filles les déguisements, les poupées et les objets du quotidien, et ce même si l’éducation offerte par les parents est égalitaire ou « neutre ». On surestime le pouvoir de socialisation.

— Ces différences sont souvent présentées comme un problème, mais en est-ce vraiment un ?

— Je condamne les inégalités de genre, mais je pense que la conversation générale s’est focalisée sur un faux problème, le genre, et non le vrai problème, les inégalités. On a pu penser que pour les réduire, il fallait oublier le genre et, par exemple, proposer une éducation neutre. C’est une entreprise vaine, car nous restons des êtres biologiques et qu’il y aura toujours deux sexes. Or il est possible de combattre les inégalités sans oublier le genre [...].

Différents
Le genre vu par un primatologue
par Frans de Waal
paru chez Les Liens qui Libèrent
le 28 septembre 2022
480 pp.,
ISBN-13 : 979-1020911117

Voir aussi 

Malgré la pression sociale progressiste, garçons et filles semblent toujours préférer les jouets traditionnels associés à leur sexe (aussi Les jeunes chimpanzés femelles jouent à la poupée et sont moins agressives)

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mercredi 3 novembre 2021

Les différences hommes-femmes apparaissent très tôt dans le développement embryonnaire

Les disparités de santé entre les hommes et les femmes sont connues depuis longtemps, bien que les mécanismes qui les sous-tendent dans la santé et les maladies cardiaques soient restés inconnus. Les hommes et les femmes diffèrent dans la prévalence, les réponses au traitement et les taux de survie de toute une série de maladies. Pour les maladies cardiaques, les femmes s’en sortent presque uniformément beaucoup moins bien que les hommes.

Publiées dans la revue Development Cell [1], des scientifiques de l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill et de l’université de Princeton suggèrent que les différences d’expression des protéines hommes-femmes se produisent immédiatement après la transformation des cellules embryonnaires en cellules cardiaques appelées cardiomyocytes. Il s’agit du stade le plus précoce du développement cardiaque, bien avant que l’embryon ne soit exposé aux hormones sexuelles. 
 
Frank Conlon, professeur de génétique et de biologie à l’Université de Caroline du Nord, coauteur principal de l’étude explique que « l’expression des protéines diffère entre les cœurs mâles et femelles à la période embryonnaire, avant la détermination primaire du sexe et avant que l’embryon ne soit exposé aux hormones sexuelles ».

La compréhension de la biologie de base du développement du cœur à ce stade très précoce fournit des informations cruciales aux biologistes des cellules souches, qui souhaitent utiliser les cellules progénitrices cardiaques pour la régénération du tissu cardiaque et d’autres thérapies de remplacement du cœur.

Source : Cell Science (26/X/2021)

[1] Shi W, Sheng X, Dorr KM, et al. Cardiac proteomics reveals sex chromosome-dependent differences between males and females that arise prior to gonad formation. Dev Cell. 2021:S1534580721007668. doi: 10.1016/j.devcel.2021.09.022


jeudi 7 octobre 2021

Fin du blanctriarcat ? Les jeunes hommes (blancs) Américains en train de renoncer aux études supérieures...

À la fin de l’année universitaire 2020-21, les femmes représentaient 59,5 % des étudiants américains, un chiffre historique selon les données d’inscription du National Student Clearinghouse, un groupe de recherche à but non lucratif. Alors que les femmes ne représentent que 49 % de la population d’âge universitaire aux États-Unis, selon le Census Bureau.


Les universités des États-Unis comptaient 1,5 million d’étudiants de moins qu’il y a cinq ans. Les hommes représentaient 71 % de cette baisse.

Cet écart, qui existe pour les programmes postsecondaires de deux et quatre ans, s’est lentement creusé depuis 40 ans. L’écart se creuse encore quand vient le temps d’obtenir le diplôme : après six années d’études collégiales, 65 % des femmes aux États-Unis qui ont commencé un programme postsecondaire de quatre ans en 2012 ont obtenu des diplômes en 2018, alors que seuls 59 % des hommes au cours de la même période l’obtiennent, selon le département américain de l’Éducation.

Au cours des prochaines années, deux femmes obtiendront un diplôme universitaire pour chaque homme, si la tendance se poursuit, de déclarer Douglas Shapiro, directeur général du centre de recherche du National Student Clearinghouse.

La disparité des inscriptions entre les sexes dans les universités publiques est la plus importante que dans les universités privées, où la proportion de femmes au cours de l’année scolaire 2020-21 est passée à une moyenne de 61 %, un record, selon les données du Clearinghouse.
 
À l'Université Baylor, où le corps étudiant de premier cycle est composé à 60 % de femmes, le taux d'admission des hommes l'année dernière était de 7 points de pourcentage supérieur à celui des femmes. Chaque élève doit répondre aux normes d'admission de Baylor pour être admis, a déclaré Jessica King Gereghty, vice-présidente adjointe de la stratégie d'inscription et de l'innovation de l'école. La composition du corps estudiantin, cependant, est équilibrée selon plusieurs variables, y compris le sexe, a-t-elle déclaré.  [Sous-entendu pour avantager les filles ?]
 
La race et le sexe ne peuvent être pris en compte comme critère d’admission dans les universités publiques de Californie. La proportion d’étudiants de premier cycle de sexe masculin à l’UCLA est tombée à 41 % au semestre d’automne 2020, alors qu’elle était encore de 45 % à l’automne 2013. Au cours de la même période, les inscriptions au premier cycle ont augmenté de près de 3 000 étudiants. Parmi ces places, neuf sur dix sont allées à des femmes.

« Les candidats masculins ne sont pas moins compétitifs que les candidates féminines », déclare Youlonda Copeland-Morgan, vice-prévôt de l’UCLA, mais moins d’hommes s'inscrivent.

L’écart entre les sexes au collège est omniprésent, quels que soient la race, le lieu d’origine ou la classe socioéconomique d’origine. Pour la plupart, les hommes blancs — autrefois le groupe prédominant sur les campus américains — ne détiennent plus un avantage statistique dans les taux d’inscription, a déclaré M. Mortenson, du Pell Institute. Les taux de scolarisation des hommes blancs pauvres et de la classe ouvrière sont inférieurs à ceux des jeunes hommes noirs, latinos et asiatiques issus des mêmes milieux économiques, selon une analyse des données de recensement par le Pell Institute pour le Wall Street Journal.

mercredi 15 septembre 2021

Pierre Vermeren: « Les jeunes hommes sont-ils en trop dans la société » ?

Texte de Pierre Vermeren, auteur de nombreux ouvrages remarqués. Pierre Vermeren a en particulier publié La France qui déclasse. Les gilets jaunes, une jacquerie du XXIe siècle (Tallandier, 2019) et On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation (Tallandier, 2020).

C’est un fait social majeur et pourtant occulté : plusieurs millions de jeunes hommes français en grande difficulté se sont mis en marge de notre société. Or ils ne suscitent nulle empathie et ne bénéficient d’aucune sollicitude, explique l’universitaire, normalien, agrégé et docteur en histoire.

 

Des millions de jeunes hommes nés en France dans les années 1990 et 2000 sont à la dérive dans notre société, et cela ne se limite nullement aux classes populaires. Cette réalité humaine augure mal de l’avenir du pays en tant que nation libre et souveraine, socle de notre démocratie. Certes, la France n’a jamais été avare du sang de ses jeunes hommes, comme l’ont prouvé tant de guerres ou de faits sociaux (l’automobile a tué 600 000 Français pendant un gros demi-siècle d’accidents de voiture, de 1948 à 2015, très majoritairement des jeunes hommes). Mais notre longue période de paix accouche d’un mode sacrificiel inédit pour des millions de jeunes concitoyens. Par où commencer, tant les éléments de cette crise sont avérés, nombreux et irréfutables pour peu qu’on les observe avec attention ?

Notre société âgée — cela saute aux yeux de retour d’un autre continent — a fait le choix d’occulter ses jeunes hommes, de passer outre leur avenir. Que l’on songe à la crise du Covid-19, qui a aggravé leurs maux, notamment la déprise éducative, alors qu’ils n’ont jamais couru de péril mortel ; à la réussite scolaire et universitaire des filles, qui, à situation comparable, surclassent partout les garçons, sauf en sciences (seul ce second sujet n’est pas tabou) ; à la déliquescence de leurs domaines professionnels traditionnels, l’artisanat, l’industrie, l’agriculture et la chose militaire ; et, plus généralement, à l’abandon des activités productives, transférées à l’étranger, au profit des services qui sont plus propices aux femmes ; enfin, à la désintégration de la famille comme structure de protection, de transmission culturelle, mais aussi de responsabilisation et d’amour. La liste n’est pas close.

On rétorquera dans les milieux favorisés que les grandes écoles sont peuplées de garçons brillants, que tout un chacun connaît un jeune ingénieur ou un financier junior plein d’avenir, un jeune chef cuisinier prometteur ou un ambitieux médecin, un énarque qui ira loin ou un talentueux journaliste ! Mais ces arbres cachent la forêt.

Une poignée de repêchés de la filière ZEP [Zone d’éducation prioritaire] et la réalité de jeunes femmes en grandes difficultés ne changent rien à cet effet de structure : la disqualification et la mise à l’écart de millions de jeunes hommes dans notre société, alors même que les générations sont moins nombreuses. Ce phénomène a été dévoilé en Grande-Bretagne, où les statistiques révèlent que les jeunes hommes blancs des classes populaires sont, par leur éloignement culturel et géographique, presque exclus des études supérieures (voir, par exemple, Christopher Snowdon, The Lost Boys. The White Working Class Is Being Left Behind, The Spectator, 18 juillet 2020). [Voir aussi Angleterre : enfants blancs défavorisés moins aidés que ceux des minorités ethniques.]

Nos dirigeants sont passés à côté d’un phénomène de masse qui compromet gravement l’avenir du pays : la perte de confiance, d’estime, de motivation, pour tout dire de pulsion vitale, de millions de jeunes hommes

La France accepte bon an mal an de vivre avec 6 millions de chômeurs, inactifs tout ou partie, et 2 millions d’allocataires du RSA (une faible part se recoupant). L’OCDE a pointé dans ce pays l’existence de 3 millions de jeunes ni à l’université, ni exerçant un travail, ni en stage. Le gouvernement se félicite à juste titre des progrès de l’apprentissage, puisque 500 000 apprentis (16-29 ans) sont entrés dans cette filière l’an passé. Fort bien. Mais, alors que la France traverse une période de chômage et de sous-emploi à son acmé, les employeurs attendent en vain des centaines de milliers de travailleurs et autant d’offres d’emploi demeurent non pourvues.

Il y a longtemps que la désincitation sociale et médiatique au travail, a fortiori quand il est physique, manuel et exigeant, décourage des millions d’actifs potentiels. Les causes et les justifications de ce refus de travailler trouvent leur rationalité. Les revenus sociaux de toutes sortes permettent de vivre petitement, mais tranquillement, hors du monde du travail ; le travail au noir et l’économie délictueuse emploient beaucoup de monde ; l’école, puis l’enseignement supérieur, en fourvoyant des millions de jeunes, leur ont laissé une piètre image d’eux-mêmes, incitant les plus dynamiques à partir (1 million de jeunes Français ont quitté la France en dix ans, et pas seulement de brillants diplômés), et d’autres à sombrer ; le travail ouvrier et les stages, mal payés en France, ne permettent pas de se loger dans les métropoles, sauf à jongler entre allocations, familles ou colocations, toutes choses dont il n’est pas aisé de se dépêtrer. La carence de main-d’œuvre corvéable est la première cause de l’immigration, les classes supérieures réfugiées dans les métropoles ayant besoin d’hommes (et de femmes) à tout faire. Enfin, nous avons tous en tête le suicide d’agriculteurs ou de policiers, ce qui révèle la piètre condition offerte à de nobles métiers.

Bercés par le ronron rassurant d’une poignée de psychiatres médiatiques des années 1990 et 2000, expliquant aux boomeurs que jamais les jeunes Français n’avaient été si bien dans leur tête — ce que ces derniers voulaient entendre pour attester des vertus de leur éducation libérale-libertaire —, nos dirigeants sont passés à côté d’un phénomène de masse qui compromet gravement l’avenir du pays : la perte de confiance, d’estime, de motivation, pour tout dire de pulsion vitale, de millions de jeunes hommes. Il y a belle lurette que de jeunes Français n’ont plus gagné le Tour de France et que nos équipes professionnelles de football sont en grande partie peuplées de jeunes étrangers chargés d’animer nos stades. Nos clubs de football ont d’ailleurs souvent fermé leurs centres de formation. Mais le mal est plus grave.

La nature ayant horreur du vide, ces millions de jeunes hommes ont reconverti leur pulsion de vie. Les jeunes Français des siècles derniers étaient en majorité paysans, marins, soldats ou ouvriers ; ils se mariaient jeunes et fondaient une famille qu’ils avaient pour mission de nourrir. Tout cela est devenu résiduel, notre brillante économie de services ayant rendu inutiles des millions d’existences. La dignité du paysan, de l’ouvrier, du clerc et de l’instituteur ayant fait long feu, tout homme ne pouvant devenir un « intellectuel », le capitalisme libéral a offert des champs d’action et de substitution au réel. Car tout le monde ne peut pas partir ou disparaître.

Le ministère de l’Intérieur affirme que 200 000 jeunes sont enrôlés dans l’économie active de la drogue, un chiffre qui fait de cette filière d’emploi une des premières du pays (si l’on a des doutes, le film Bac nord, actuellement à l’écran, en présente une illustration dramatique). Mais à qui cette drogue est-elle revendue et pour quels usages ? Notre pays est devenu le premier consommateur européen de psychotropes, de cannabis en particulier. Chaque jour, 1,5 million de consommateurs réguliers s’adonnent à cette drogue « de la crétinisation », qui altère peu à peu les capacités neuronales et la volonté, « faisant stagner ses victimes dans des statuts des plus modestes, en faisant même des assistés à vie », selon les termes de la « Lettre ouverte aux députés à l’origine du rapport sur le cannabis “récréatif” » (une mission parlementaire homonyme a été créée en janvier 2020, NDLR) du président du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT), le 17 mai 2021.

Cette drogue censément interdite est disponible pour tous à faible coût. C’est le retour de L’Assommoir, dans lequel Zola décrivait la condition d’ouvriers parisiens du XIXe siècle ayant sombré dans l’alcoolisme. Des centaines de milliers de jeunes voient leur santé mentale irrémédiablement affectée par le cannabis, cependant que l’État réduit encore le nombre de lits en psychiatrie. Chacun peut observer au quotidien les jeunes toxicos de la rue, souvent en groupes avec des chiens, la France comptant 300 000 SDF… en grande majorité des hommes.

Outre le cannabis, il existe deux autres faits technologiques qui ont pour conséquence de neutraliser les volontés et de tenir à domicile un nombre élevé de jeunes hommes : les jeux en ligne et la pornographie librement accessible

Il existe deux autres faits technologiques qui ont pour conséquence de neutraliser les volontés et de tenir à domicile un nombre élevé de jeunes hommes en les occupant nuitamment. Il s’agit d’une part des jeux en ligne, dont la France se targue d’être un champion en termes de créativité et de production. Les jeux en réseau mobilisent certainement des centaines de milliers de jeunes gens, nuit et jour, soustraits pour un temps indéterminé aux échanges humains « en présentiel ». Comme la drogue, les jeux peuvent devenir une source d’addiction féroce qui arase tout sur son passage : la vie affective et conjugale, le travail et la vie sociale, la culture et l’éducation. La prise en compte de ce risque social, qui n’est pas incompatible — tant s’en faut — avec la prise de psychotropes — car il faut se tenir éveillé durant des dizaines d’heures parfois — n’est que marginalement actée par la santé publique, qui se concentre sur les urgences.

La tabagie stagne en France (la contrebande compensant la baisse des recettes taxées) et l’obésité ne cesse de croître. Elles amplifient les effets de la sédentarité et des addictions que l’on vient d’évoquer. Il serait naïf et faux de croire que seuls les jeunes démunis sont frappés par ces phénomènes, car la drogue ou le jeu demandent des moyens matériels et intellectuels parfois conséquents.

Enfin, tout cela est imbriqué à la pornographie librement accessible, fournie à foison par les États-Unis, qui perturbe la sexualité vécue et la fréquentation du deuxième sexe, voire s’y substitue. Malgré des tentatives de restriction poussées par les autorités françaises pour les mineurs, la pression du capitalisme libertaire souffle puissamment pour maintenir ouvertes ces vannes.

Face à tant de dysfonctionnements, […] toute la société est bousculée, fragilisée et menacée

Que l’on comprenne bien, pour résumer, qu’il existe en France peut-être 3 millions de jeunes hommes, pour reprendre le chiffre suggéré par l’OCDE (soit deux fois le nombre de morts en 1914-1918), qui sont enfermés dans ces nouveaux faits sociaux et ces spirales addictives ; ces hommes manquent cruellement et peut-être définitivement pour beaucoup à la vie sociale, économique et démocratique. Car, entre non-inscription sur les listes électorales, absence de participation à la cité ou radicalités politiques, les conséquences sont lourdes.

Le déséquilibre ainsi fait à la société compromet son avenir. Depuis dix ans, la chute avérée de la natalité (moins 100 000 bébés en une décennie) en France, en dépit d’une surnatalité migratoire que tout démontre (comme le triplement en vingt ans des prénoms musulmans attribués à la naissance, selon la base Insee), en est un indice avancé. Elle va s’intensifier avec la progression du célibat et des couples sans enfants encouragés par une tendance radicale de l’écologie. L’effondrement de la production française, que révèle notre déficit extérieur croissant depuis 2000, est un autre indice de notre paralysie : il faut importer toujours davantage ce que nous ne produisons plus.

Pour compenser ces tendances lourdes, l’État français joue sur deux tableaux : financer les dépenses courantes en empruntant, avec pour résultat une croissance quasi nulle ; et recourir à une forte immigration (surtout des hommes), avec le même résultat.

Face à tant de dysfonctionnements, qui ne sont pas sans affecter les jeunes femmes, souvent plus diplômées, mais confrontées à la défaillance de tant d’hommes, toute la société est bousculée, fragilisée et menacée. Notre société politique oscille entre deux pôles : les 17 millions de retraités, soit la moitié des Français qui votent — et qui « font » la présidentielle —, raison pour laquelle les candidats les aiment (la génération Belmondo) ; et la jeunesse minoritaire et supposément rebelle des métropoles (la génération Greta), portée aux nues, qui offre de belles images médiatiques. Entre les deux, le monde du travail et les déclassés sont priés de se faire discrets. À notre péril.

Source : Le Figaro
 
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mercredi 12 mai 2021

Contre le ressentiment qui hante notre époque, le manuel d’antiwokisme de Jordan Peterson

Le professeur canadien est un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie 12 nouvelles Règles pour une vie (Michel Lafon), un ouvrage de développement personnel à rebours de la rhétorique victimaire de notre époque hypersensible. Recension d’Eugénie Bastié.

Un chroniqueur du New York Times l’a un jour qualifié d’« intellectuel actuel le plus influent du monde occidental ». Son livre 12 Règles pour une vie s’est vendu à 5 millions d’exemplaires et est traduit en cinquante langues. Il a 3,7 millions d’abonnés sur YouTube, où sa vidéo la plus regardée (8,5 millions de vues) s’intitule Introduction à l’idée de Dieu et dure 2 heures 30. Avec son grand front, sa gestuelle digne des meilleurs orateurs et son obsession pour l’art soviétique, Jordan Peterson est un phénomène. Un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie ces jours-ci en France un nouveau livre 12 nouvelles règles pour une vie — au-delà de l’ordre, la suite de son premier ouvrage.

Ce docteur en psychologie, professeur à Harvard puis à l’université de Toronto s’est fait connaître il y a peine cinq ans lorsqu’il a formulé publiquement son opposition à une loi proposée par le gouvernement de Justin Trudeau contre la discrimination des étudiants transgenres, affirmant son refus d’utiliser les pronoms dits de genre neutre (zie, xe, sie, ey, ve, tey, hir…) plutôt que les pronoms traditionnels (he, she). Son deuxième coup d’éclat médiatique fut une interview sur la chaîne Channel 4 (4 millions de vues sur YouTube) où il atomise Cathy Newman [voir vidéo ci-dessous sous-titrée en français], une journaliste féministe qui l’interrogeait sur sa volonté de blesser les trans : « Pour être capable de penser, il faut prendre le risque d’être offensé. » Depuis, il est caricaturé en prophète masculiniste par les gauchistes américains qui en font l’intellectuel organique du trumpisme. Mais Peterson déjoue les étiquettes dans lesquelles on voudrait l’enfermer.

Quasiment métaphysiques

Sorte d’hybridation entre Éric Zemmour pour l’antipolitiquement correct et de Boris Cyrulnik pour la résilience, il est aussi connu pour les règles de vie qu’il délivre à son public. Par son caractère positif et concret, 12 nouvelles règles pour une vie déstabilisera les lecteurs français conservateurs plus habitués aux déplorations apocalyptiques et au démon de la théorie qu’au prosaïsme du développement personnel. Mêlant habilement des anecdotes sorties de son cabinet de psychologue, des commentaires de films de la culture populaire et des extraits de la Bible, Peterson délivre en 12 chapitres 12 règles de vie à la fois très concrètes et quasiment métaphysiques. On y trouvera aussi bien des réflexions universelles sur les invariants de l’humanité que des conseils pratiques pour améliorer sa vie conjugale. De la première, « Éviter de constamment dénigrer la créativité et les institutions sociales » à la douzième, « Soyez reconnaissants malgré vos souffrances », une philosophie se dégage, qu’on pourrait qualifier de libérale-conservatrice.

C’est toute l’habileté de Jordan Peterson de justifier rationnellement et de remettre au goût du jour des préceptes de morale universelle dont on trouve des exemples aussi bien dans le Décalogue biblique que dans les grands Walt Disney. Son idée centrale est celle de la philosophie classique : l’homme est un animal social par excellence et les institutions et les traditions ne sont pas des instruments de pouvoir au service des dominants, comme tente de le faire croire la vulgate féministe et antiraciste, mais des solutions qui ont traversé le temps. La réalité sociale est infiniment plus complexe que le réductionnisme idéologique qui consiste à lire le monde entier selon une grille abstraite et simple : l’algorithme freudien (tout est sexualité), l’algorithme marxiste (tout est économie) ou l’algorithme foucauldien (tout est pouvoir). « Renoncez à l’idéologie » (règle 6), nous dit Peterson. Il pulvérise les dogmes victimaires de notre époque hypersensible qui pousse les individus à attribuer sans cesse leurs malheurs au « système » qu’il s’agisse du patriarcat, du privilège blanc ou du capitalisme.

L’honnête homme que dépeint Peterson est l’antithèse de l’homme nouveau des progressistes ou des existentialistes, qui trace sa destinée en levant tous les déterminismes qui pèsent sur lui. Il est celui qui sait la nécessité de l’ordre et intériorise la contrainte sociale non pas comme tyrannie imposée, mais comme le tuteur d’une vie bonne. « Les limites, les contraintes, les frontières arbitraires — les règles, les règles tant redoutées — assurent non seulement l’harmonie sociale et la stabilité psychologique, mais rendent également possible la créativité qui permet de renouveler l’ordre », écrit avec profondeur Peterson. Et le professeur de citer Jésus, qui respecte l’autorité de la loi — jusqu’à se laisser tuer — tout en les contournant parfois pour un Bien supérieur, mais aussi les héros de Harry Potter qui se caractérisent par la socialisation dans un monde extrêmement codifié et l’infraction des règles pour servir la Cause. Il nous faut « tolérer une certaine dose d’arbitraire pour conserver l’unité du monde », « comprendre la nécessité des règles, le chaos auquel elles permettent d’échapper », tout en sachant parfois « servir l’esprit de la loi plutôt que la lettre ». Car toute société a besoin aussi de renouveler ce qu’il y a en elle d’obsolète.

Le ressentiment de l’homme blanc

Certes, le côté « éthique protestante » du petersonisme, qui axe la réussite sur la responsabilité individuelle — « aide-toi et le ciel t’aidera » — agacera peut-être les Européens blasés que nous sommes. Mais ce livre est bien plus que l’essai d’un coach de vie tel que l’Amérique en produit à la pelle. C’est un parfait manuel d’antiwokisme, à destination d’une jeunesse à qui l’on inocule à haute dose la culpabilité quand elle est blanche et le ressentiment quand elle appartient aux minorités.

Le succès de Peterson auprès des jeunes hommes — il admet que 80 % de son public sur YouTube est masculin — en dit long sur le manque auquel il répond. Contrairement à ce que veulent faire croire ceux qui le dépeignent en prophète de l’« altright » violente, Peterson n’est pas de ceux qui soufflent sur les braises du ressentiment de l’homme blanc en colère. Mais qui au contraire cherchent à construire plutôt que déconstruire, programme unique de la morale depuis quarante ans.

12 nouvelles règles pour une vie,
Au-delà de l’ordre,
par Jordan B. Peterson,
chez Michel Lafon,
le 6 mai 2021
395 pp.,
19,95 euros
ISBN-13 : 978-2749944876

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mercredi 10 mars 2021

Hommes et femmes – Différences et complémentarités

Éternel sujet de débats enflammés, les différences entre les hommes et les femmes sont aujourd’hui considérées par certains idéologues comme des conséquences d’un unique facteur : la pression sociale, parfois appelée « patriarcat ». Accompagné du biologiste Yves Christen, Floriane Jeannin et Nicolas Faure reviennent en longueur sur les causes des différences physiques et comportementales entre les hommes et les femmes.

Sources du reportage

1:32 La longévité

Étude sur l’impact du tabac : https://bmcpublichealth.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12889-020-8148-4

Article du Scientific American : https://www.scientificamerican.com/article/why-is-life-expectancy-lo/

Étude sur les bénéfices de l’allaitement : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(02)09454-0/fulltext

5:25 La force physique

Étude sur la poigne : https://link.springer.com/article/10.1007/s00421-006-0351-1

Graphique sur les différences de force apparaissant pour la première fois à 08:00 : https://www.reddit.com/r/dataisbeautiful/comments/4vcxd0/almost_all_men_are_stronger_than_almost_all_women/

Source des données : https://www.reddit.com/r/dataisbeautiful/comments/4vcxd0/almost_all_men_are_stronger_than_almost_all_women/d5xbqxi/?utm_source=reddit&utm_medium=web2x&context=3

Women and Men in Sport Performance: The Gender Gap has not Evolved since 1983 : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3761733/

Gender differences in strength and muscle fiber characteristics : https://link.springer.com/article/10.1007/BF00235103

The landscape of sex-differential transcriptome and its consequent selection in human adults https://bmcbiol.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12915-017-0352-z

The impact of sex on gene expression across human tissues : https://science.sciencemag.org/content/369/6509/eaba3066

Sex differences in youth elite swimming : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0225724

Circulating Testosterone as the Hormonal Basis of Sex Differences in Athletic Performance : https://academic.oup.com/edrv/article/39/5/803/5052770

Sexual dimorphism in human arm power and force: implications for sexual selection on fighting ability : https://jeb.biologists.org/content/223/2/jeb212365

Théorie du handicap de Amotz Zahavi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_handicap

20:05 La maternité

21:38 Les différences comportementales

Sex Differences in Personality Traits and Gender-Related Occupational Preferences across 53 Nations: Testing Evolutionary and Social-Environmental Theories : https://link.springer.com/article/10.1007/s10508-008-9380-7

Gender Similarities and Differences : https://pdfs.semanticscholar.org/25f3/145d6f4dc126c41948b03c07502dc7b20e3a.pdf

Gender Differences in Personality across the Ten Aspects of the Big Five : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3149680/

Représentation mentale et processus moteur : le cas de la rotation mentale : https://www.cairn.info/revue-movement-and-sport-sciences-2010-3-page-29.htm

The Impact of Parental Occupation and Socioeconomic Status on Choice of College Major : https://link.springer.com/article/10.1023/A:1012716828901

Men, women and STEM: Why the differences and what should be done? – Article de Steve Stewart-Williams : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/0890207020962326

Has Feminism Changed Science? : https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/495540

26:46 Le cerveau a-t-il un sexe ?

Integrative structural, functional, and transcriptomic analyses of sex-biased brain organization in humans : https://www.pnas.org/content/117/31/18788

Sex Differences in the Adult Human Brain: Evidence from 5216 UK Biobank Participants : https://academic.oup.com/cercor/article/28/8/2959/4996558

Brain Connectivity Study Reveals Striking Differences Between Men and Women : https://www.pennmedicine.org/news/news-releases/2013/december/brain-connectivity-study-revea

Sex differences in the structural connectome of the human brain : https://www.pnas.org/content/111/2/823

Investigation of brain structure in the 1-month infant : https://link.springer.com/article/10.1007/s00429-017-1600-2

Voir aussi

Théorie du genre—les fauteurs de trouble de la gauche woke

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distingue l’homme de la femme

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)  

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

L’instinct maternel aurait une réalité biologique

Gigantesque étude : il n’existe pas de gène « gay » 

À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s’explique peu par l’homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l’agression sexuelle en bas âge, les peines d’amour et l’étiquetage prématuré de l’orientation sexuelle.

Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes 

Wall Street Journal : « Il n'y a pas d'écart salarial hommes-femmes » 

Jordan Peterson sur l'écart salarial, l'imposition des pronoms trans et la gauche radicale

dimanche 8 novembre 2020

Sean Connery, l'été des Indiens de l'homme occidental

Chronique d’Éric Zemmour sur la disparition la semaine dernière de Sean Connery. Rappelons que le prochain 007 sera une femme, noire. Nous ne savons pas à ce stade si elle est cisgenre, lesbienne ou en questionnement.


Il était James Bond. Pas le meilleur, le seul. Non pas qu’il fût plus beau, plus viril, plus alerte, plus sportif que ses successeurs. Son talent d’acteur n’était pas particulièrement supérieur aux autres. Mais Sean Connery, disparu la semaine dernière à l’âge de 90 ans, a eu la chance d’incarner le héros dans une époque aujourd’hui disparue. Une époque où la virilité n’était pas dénigrée, ostracisée, diabolisée, pénalisée. Une époque où un séducteur, « un homme qui aimait les femmes », n’était pas considéré comme un violeur en puissance. Une époque où la beauté des femmes n’était pas la preuve de leur aliénation au patriarcat. Une époque où l’homme occidental ne devait pas se justifier d’un « privilège blanc » dans les pays que ses ancêtres avaient façonnés.

Une époque où les nations européennes étaient différentes entre elles, mais homogènes à l’intérieur, alors qu’elles sont devenues toujours plus uniformisées par la mondialisation et toujours plus désagrégées au sein de chacune d’entre elles par l’invasion migratoire. Sean Connery incarne avec une superbe de chevalier d’antan ces Anglo-Saxons qui ont gagné les deux grandes guerres du XXe siècle. Ils n’ont pas subi les affres de la défaite ni les miasmes de l’Occupation qu’ont connus les Français et les Allemands. Ils en ont tiré un complexe de supériorité — celui-là même que Stendhal a bien décrit chez les Français au temps des victoires napoléoniennes — qui crève les écrans de ce temps-là.

James Bond est l’incarnation du culte de la science et de la technique à son firmament avant que les écologistes ne nous culpabilisent. Une synthèse des mythes occidentaux du XIXe siècle. Un mélange d’Alexandre Dumas et de Jules Verne. Il nous fait croire à la fameuse prophétie de Victor Hugo : « Le XIXe siècle est grand ; le XXe sera heureux. »

Le charme de ces films-là n’est pas cinématographique, mais anthropologique. L’homme occidental vit une période dorée et il ne sait pas que c’est son été indien. C’est le temps d’une certaine innocence. Celle des années 1950 et 1960. À la fois la liberté comme on n’en a jamais connu, le progrès économique et social, et la paix. Il ne sait pas que son monde va s’effondrer sous les coups de ces jeunes chevelus des campus américains qu’il contemple avec une pointe de mépris. Il fait la guerre bien sûr, mais les méchants qu’il combat sont de pacotille. La bombe atomique — tant dénoncée à l’époque par les compagnons de route du communisme — nous protège d’une guerre entre ce qu’on appelle alors les « deux blocs ». Sean Connery n’a pas cette pointe d’autodérision qui fait le charme de certains de ses successeurs, comme Roger Moore ; et qu’on retrouve surtout chez nos séducteurs français (Delon, Belmondo, Gabin, Ventura, Montand) ou italiens (Gassman, Mastroianni). À l’époque, on faisait le distinguo ; on hiérarchisait, on raillait. Avec le recul, on se contente de regretter. La nostalgie est un bloc.




Réaction tolérante (et en rien haineuse, nôôôn) d’un rédacteur en chef du service public français (les impôts des contribuables français à l’œuvre) :