vendredi 6 février 2026

Éducation nationale : enquête sur un suicide assisté

Chute du niveau, mépris de la transmission, explosion des violences, entrisme militant, crise des vocations. Où va l'école ? Les réformes se succèdent. L'effondrement se poursuit. Comment l'expliquer ? Quelle est la responsabilité de l'État profond ? L'Éducation nationale peut-elle encore être réformée ? Et à quelle fin ? Voici l'autopsie d'un chaos annoncé. Voici comment sauver notre école. La « crise de l'école » est d'abord et avant tout une crise du politique, affirme Joachim Le Floch-Imad. Dépourvus de vision, de courage et de sens du temps long, les ministres de l'Éducation nationale abdiquent aussitôt nommés, lorsqu'ils n'aggravent pas la situation. Pendant ce temps, un État dans l'État, mêlant bureaucrates installés, experts autoproclamés, syndicats, associations et lobbies, en profite pour prendre le pouvoir et imposer des choix éducatifs aux antipodes des besoins réels des élèves et des attentes des Français. Interrogeant enseignants et hauts fonctionnaires, scrutant réformes et contre-réformes, confrontant rapports et directives, Joachim Le Floch-Imad dévoile l'envers du décor et décrypte les mécanismes de la ruine. Comment enrayer et renverser cette catastrophe nationale ?

Diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne, Joachim Le Floch-Imad est enseignant et essayiste. Il est l'auteur, au Cerf, de Tolstoï, une vie philosophique (Prix Brantôme de la biographie historique 2024).

Main basse sur l'Éducation nationale: 
Enquête sur un suicide,
par Joachim Le Floch-Imad,
paru le  ‎ 21 août 2025,
aux éditions  du Cerf,
à Paris,
274 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2204157759
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2204157759 

 



« Beaucoup de jeunes filles [russes] viendraient, grandes, minces» : quand l'ancien premier ministre israélien discutait de « la qualité » de l’immigration avec Epstein

L’enregistrement audio d’Éhoud Barak discutant avec Jeffrey Epstein d’un projet d’immigration massive d’un million de Russes vers Israël a refait surface fin janvier 2026, dans le cadre d’une nouvelle vague de documents déclassifiés par le Département de la Justice américain en application de l’Epstein Files Transparency Act. Cette bande, datant vraisemblablement du début de l’année 2013 (Barak y indique avoir 71 ans, ce qui correspond à sa naissance en 1942), a suscité une vive controverse en Israël et à l’étranger. Elle ravive à la fois les débats sur la démographie israélienne, sur l’identité juive de l’État et sur la nature des relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec le financier américain.

Dans la conversation, Éhoud Barak exprime explicitement son inquiétude face à la dynamique démographique arabe en Israël et dans les territoires palestiniens. Il explique avoir déclaré à Vladimir Poutine que « ce dont nous avons besoin, c’est d’un million de Russes supplémentaires » afin de « changer Israël de manière dramatique ».

Contrairement aux grandes vagues d’immigration des premières années de l’État d'Israël — notamment celles du début des années 1950 en provenance des pays arabes et d’Afrique du Nord, organisées dans un contexte de sauvetage collectif et d’urgence existentielle pour le jeune État, sans capacité réelle de sélection — il affirme qu’Israël pourrait aujourd’hui exercer un contrôle plus strict et « contrôler la qualité beaucoup plus efficacement ».

L’un des passages les plus commentés concerne son évocation de « jeunes filles russes grandes et minces » parmi les profils susceptibles d’émigrer, formulation largement perçue comme révélatrice d’une logique ethnique ou du moins sélective assumée. Il évoque également la possibilité d’assouplir les règles de conversion au judaïsme — en limitant le monopole du rabbinat orthodoxe — afin de faciliter l’intégration d’un afflux massif d’immigrants, y compris pour ceux qui ne sont pas juifs selon la Halakha mais éligibles à la Loi du Retour. La Halakha ne reconnaît pas comme juif des gens dont la mère n’est pas juive. En revanche, la Loi du Retour israélienne élargit le droit d’immigration : elle inclut les descendants d’un grand-parent juif et le conjoint d’un juif, même si ces personnes ne sont pas juives selon la Halakha.

Selon Éhoud Barak, la « pression sociale », notamment sur la deuxième génération, conduirait progressivement à une adaptation culturelle et religieuse.

La discussion, qui se déroule dans un cadre privé (Larry Summers est mentionné comme présent), révèle une conception explicitement instrumentale de l’immigration : un levier démographique destiné à consolider la majorité juive face à une natalité arabe plus élevée, tout en renforçant le poids d’une population laïque, éduquée et intégrée à l’économie moderne, susceptible de contrebalancer l’influence croissante des milieux ultra-orthodoxes (haredim).

Il semble qu’à l’époque, le plan d’Éhoud Barak se soit frayé un chemin jusqu’à Moscou. En effet, en réaction à la publication de l’enregistrement, le rabbin Pinchas Goldschmidt s’est dit mercredi sur X « très heureux que, lorsque j’étais grand rabbin de Moscou, nous ayons mis fin à cette initiative folle ». « Je ne savais pas que cela en avait été discuté avec Epstein », a-t-il ajouté.

Benyamin Netanyahou a qualifié cet enregistrement sonore de « révélation stupéfiante » sur le réseau social X jeudi. L’actuel Premier ministre d’Israël en a profité pour adresser une pique à son lointain prédécesseur : « Lorsque la gauche et son messie Éhoud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple. »

Éhoud Barak (né Éhoud Brog le 12 février 1942 au kibboutz Michmar HaCharon, en Palestine mandataire, aujourd'hui Israël) est issu d'une famille achkénaze d'Europe de l'Est, avec des racines lituaniennes et polonaises. Ses parents, pionniers sionistes, ont immigré en Palestine dans les années 1930 et ont été parmi les fondateurs du kibboutz où il est né.

La réalité de l’immigration ex-soviétique depuis la fin des années 1980

Depuis 1989, Israël a accueilli environ 1,2 à 1,3 million d’immigrants originaires de l’ex-URSS (Russie, Ukraine, Biélorussie, États baltes, etc.). La vague des années 1990 a été la plus massive (près d’un million de personnes en une décennie) et a profondément transformé le pays : apport scientifique et technologique majeur, contribution significative aux secteurs médical, militaire et universitaire, influence culturelle durable. L’intégration socio-économique, initialement difficile, est aujourd’hui considérée comme globalement réussie.

En revanche, la composition religieuse des flux a évolué.

Dans les années 1990, la grande majorité des arrivants étaient reconnus comme juifs selon la Halakha (les estimations varient, généralement entre 85 % et plus de 90 % selon les années et les sources).

À partir des années 2000, cette proportion diminue nettement.

Dans les années 2010-2020, seuls 30 à 40 % des nouveaux immigrants issus de l’ex-URSS sont reconnus comme juifs selon la définition rabbinique orthodoxe.

En 2020, environ 70 % des immigrants en provenance de l’ex-URSS ne sont pas juifs au sens halachique, tout en étant éligibles à la Loi du Retour (ascendance juive jusqu’au grand-parent, conjoint juif, etc.).

Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les flux augmentent fortement (environ 70 000 arrivées cette année-là), avec une majorité de non-halachiques.

En 2025, le nombre total d’immigrants baisse sensiblement, mais l’effet démographique cumulé demeure significatif : les immigrants ex-soviétiques et leurs descendants constituent aujourd’hui une composante majeure — souvent estimée autour de 15 à 20 % de la population juive israélienne.

Intégration et religiosité : la deuxième génération


Éhoud Barak mise, dans l’enregistrement, sur un mécanisme d’intégration rapide par la pression sociale et sur une évolution identitaire au sein de la deuxième génération.

Intégration civique et culturelle.

Les enfants nés en Israël ou arrivés très jeunes (générations 1,5 et 2) sont majoritairement intégrés : hébreu langue dominante, service militaire quasi généralisé, insertion professionnelle élevée, mariages fréquents avec des Israéliens non russophones. Ils se définissent souvent d’abord comme israéliens, même s’ils conservent une identité culturelle familiale partiellement russophone.

Religiosité.
Les données disponibles (notamment Pew Research 2016, toujours cité) montrent un décalage intergénérationnel.

Première génération : environ 80 % se définissent comme laïcs (hiloni), avec une observance faible.

Deuxième génération : la proportion se déclarant strictement laïque diminue (environ 55-60 %), la croyance en Dieu est plus élevée que chez les parents, et certaines pratiques rituelles sont davantage observées.

La part se définissant comme haredi ou religieuse augmente légèrement, mais reste minoritaire.

Il ne s’agit pas d’une « judaïsation » massive au sens orthodoxe. La tendance est plutôt celle d’une intégration nationale avec une religiosité modérée, souvent culturelle ou traditionnelle.

Par ailleurs, parmi les immigrants non reconnus comme juifs selon la Halakha — devenus majoritaires dans certaines vagues récentes — beaucoup ne se convertissent pas. Ils vivent dans une situation juridique et identitaire intermédiaire : citoyens israéliens, intégrés socialement, mais exclus du mariage religieux juif et d’une pleine reconnaissance rabbinique.

Conclusion

Le projet évoqué par Éhoud Barak — un million d’immigrants supplémentaires sélectionnés selon des critères démographiques et socioculturels — n’a jamais donné lieu à un programme officiel structuré. Aucune réforme majeure du système de conversion n’a été adoptée depuis 2013.

Cependant, indépendamment de cette stratégie explicite, l’immigration ex-soviétique a bel et bien contribué au maintien d’une majorité juive en Israël dans un contexte de rivalité démographique avec la population arabe israélienne et palestinienne.

L’effet observé est principalement civique et national plutôt que religieux. L’intégration est réelle, mais elle ne s’est pas traduite par une transformation religieuse profonde à grande échelle.

L’enregistrement met ainsi en lumière une vision stratégique de la démographie comme instrument politique. La controverse actuelle ne porte pas seulement sur les formulations employées — jugées par certains crues ou ethnicistes — mais sur la légitimité même d’une politique démographique pensée comme outil d’ingénierie nationale.