mercredi 15 juillet 2026

« Les Gaulois n’étaient pas des Blancs ! », affirme Houria Bouteldja

L’affirmation selon laquelle les Gaulois ne seraient pas « blancs » parce qu’ils ne se seraient jamais eux-mêmes définis ainsi revient régulièrement dans certains discours décoloniaux. Houria Bouteldja, militante décoloniale, défend dans la vidéo ci-dessous une lecture selon laquelle la catégorie de « Blanc » serait une construction moderne essentiellement liée à l’histoire coloniale européenne et qu’il serait donc anachronique de projeter cette identité sur les populations européennes anciennes.

Sur un point précis, cette affirmation est juste : les Gaulois ne se considéraient pas comme des « Blancs » au sens contemporain. La catégorie raciale moderne de « Blanc », opposée à d’autres catégories comme « Noir » ou « Jaune », n’existait pas dans l’Antiquité.

Mais cette observation, ne permet pas de conclure que les différences physiques entre populations anciennes étaient ignorées, ni que l’identité européenne des populations gauloises serait une invention récente. Le raisonnement repose sur une confusion : il assimile l’absence de catégories raciales modernes à l’absence de toute perception des différences humaines.

Or l’histoire montre exactement l’inverse.

Les Anciens observaient et décrivaient les différences physiques entre peuples

Les Grecs et les Romains ne possédaient pas une théorie raciale comparable à celles qui apparaîtront plusieurs siècles plus tard. Ils n’avaient pas élaboré une classification mondiale des êtres humains fondée sur des races biologiques fixes.

Cependant, ils observaient parfaitement les différences entre populations.

Diodore de Sicile décrit les Gaulois comme des hommes de grande taille, à la peau claire et aux cheveux souvent blonds. Il rapporte également que certains Gaulois éclaircissaient leurs cheveux avec de la chaux afin d’accentuer cette apparence. Ce détail est particulièrement révélateur : l’apparence physique constituait déjà un élément de représentation collective.

Jules César, dans La Guerre des Gaules, insiste sur la stature, la force physique et l’apparence guerrière des Gaulois. Strabon et d’autres auteurs grecs ou romains décrivent également les populations celtiques comme distinctes des peuples méditerranéens.  « Aux yeux de la plupart des Gaulois, notre petite taille, à côté de leur haute stature, est un objet de mépris. » [« plerumque Gallis hominibus nostrae statutis, prae magnitudine corporum suorum, brevitas contemptui sit »] (La Guerre des Gaules, Livre II, XXX).

Ces descriptions ne signifient pas que les Romains avaient une vision raciale moderne. Elles montrent simplement une réalité universelle : les sociétés humaines remarquent les différences physiques, culturelles et linguistiques entre groupes.

Chez les Grecs, Homère (VIIIe s. av. J.-C.) fut le premier à employer le terme Aithiops (Αἰθίοψ, « visage brûlé ») pour désigner les Éthiopiens, qu’il place aux extrémités du monde (Iliade I, 423 ; Odyssée I, 23) ; l’étymologie implique déjà une peau sombre due au soleil ou à la nature. Hérodote (Ve s. av. J.-C.) décrit dans Histoires (III, 20 et 114) les Éthiopiens comme « les plus grands et les plus beaux des hommes », à la peau très noire, aux cheveux crépus, et loue leur force et leur longévité.  Diodore de Sicile (historien grec du Ier s. av. J.-C.) en dresse un portait moins flatteur : «  Presque tous et entre autres ceux qui sont nés le long du fleuve ont la peau noire, le nez camus et les cheveux crépus. Ils paraissent très sauvages très féroces et le sont pourtant beaucoup moins par tempérament que par volonté et par affectation. Ils sont fort secs et fort brûlés, leurs ongles sont toujours longs comme ceux des animaux, ils ne connaissent point l'humanité, ils ne poussent qu'un son de voix aigu.»

L’idée selon laquelle les Anciens auraient vécu dans un monde où la couleur de peau et l’apparence n’auraient jamais compté est donc — comment dire ? — historiquement fragile.

La race moderne est une construction récente, mais les différences humaines ne le sont pas

Il faut distinguer deux phénomènes souvent confondus.

D’un côté, les classifications raciales modernes — Blanc, Noir, Jaune, Caucasien, etc. — se développent surtout entre le XVIIIe et le XIXe siècle, avec des auteurs comme Carl von Linné ou Johann Friedrich Blumenbach. Cela fait partie du scientisme des Lumières. Ces catégories prétendaient établir des divisions biologiques globales entre groupes humains et furent ensuite utilisées dans différents projets politiques, notamment coloniaux.

De l’autre côté, les distinctions entre peuples, les identités collectives et les perceptions physiques existent depuis l’Antiquité.

Les Grecs opposaient les Hellènes aux « barbares ». Les Romains distinguaient les citoyens romains des peuples extérieurs à leur ordre politique. Les Chinois anciens décrivaient également les peuples voisins selon leurs propres catégories culturelles et physiques.

Partout, on retrouve une logique similaire : la distinction entre « nous » et « eux ».

L’ethnocentrisme n’est donc pas une invention occidentale moderne. Il est une tendance humaine ancienne, présente dans de nombreuses civilisations.

Les données archéogénétiques confirment l’ancrage européen des populations gauloises

Les découvertes récentes en génétique ancienne apportent également des éléments importants.

Les analyses réalisées sur plusieurs sites funéraires de l’âge du Fer en Gaule, notamment dans les ensembles associés à la culture de La Tène, montrent que les populations gauloises s’inscrivent dans la continuité des grandes transformations démographiques européennes de l’âge du Bronze.

Les études menées sur des sites comme Urville-Nacqueville ou Gurgy indiquent une présence importante d’ascendances liées aux populations européennes de la steppe, ainsi qu’une forte représentation des lignées paternelles R1b, notamment le sous-clade U152, fréquemment associé à l’Europe occidentale.

Ces données confirment une réalité historique simple : les Gaulois étaient une population européenne ancienne, issue des mêmes grands ensembles démographiques qui ont contribué à former les populations d’Europe occidentale actuelles, ce que le profane appellerait les populations « blanches ».

Le piège de l’anachronisme : nier une réalité parce que le vocabulaire est moderne

L’erreur fondamentale de certaines lectures décoloniales consiste à transformer une remarque linguistique en conclusion historique.

Dire qu’un Gaulois ne se définissait pas comme « Blanc » est exact.

Mais dire qu’il n’existait aucune continuité entre les populations européennes anciennes et l’identité européenne moderne est une autre affirmation, beaucoup plus difficile à défendre.

Les concepts changent avec le temps. Les Français du Moyen Âge ne se définissaient pas comme « citoyens français » au sens républicain moderne, mais cela ne signifie pas que la France médiévale n’existait pas.

De même, l’absence du mot « Blanc » dans l’Antiquité ne signifie pas l’absence de populations européennes, ni l’absence de perception des différences physiques.

S'ouvrir au monde musulman

Cette question « raciale » dépasse largement l’Europe. Elle concerne aussi l’histoire des sociétés musulmanes, africaines et asiatiques.

L’un des problèmes de certains récits contemporains est de présenter le racisme ou les préjugés d’origine comme une spécificité presque exclusive de l’Europe moderne.

Or l’histoire montre une réalité plus complexe.

La traite transsaharienne, qui s’est développée pendant de nombreux siècles, impliquait des acteurs multiples — arabes, berbères, africains et autres — et concernait notamment des populations subsahariennes. Certaines personnes réduites en esclavage étaient déjà musulmanes.

Cette situation créait une contradiction avec le principe religieux interdisant théoriquement l’asservissement de musulmans libres. Dans certains contextes, des justifications furent alors mobilisées : populations subsahariennes décrites comme insuffisamment islamisées, hérétiques, extérieures à la véritable communauté des croyants, ou culturellement inférieures.

La figure du « mauvais musulman » pouvait ainsi devenir un moyen de contourner une interdiction religieuse tout en maintenant des pratiques économiques et politiques existantes.

Comme dans d’autres sociétés historiques, les principes universels pouvaient entrer en contradiction avec les intérêts des puissants ou les préjugés du commun.

Le colorisme et les hiérarchies internes aux sociétés musulmanes

Les sociétés musulmanes historiques n’étaient pas fondées sur les classifications raciales modernes européennes. Il serait donc anachronique de leur appliquer directement les catégories du XIXe siècle.

Cependant, cela ne signifie pas qu’elles étaient exemptes de préjugés liés à l’origine ou à la couleur.

Dans plusieurs régions du monde islamique, des populations noires ont été associées à des représentations négatives. Le terme « Zanj », utilisé dans certaines sources médiévales pour désigner des populations africaines orientales, apparaît parfois dans des contextes marqués par des stéréotypes.

Des formes de colorisme ont également existé : dans certains milieux, les peaux plus claires pouvaient être davantage valorisées socialement.

La conversion religieuse ne suffisait donc pas toujours à effacer les différences de statut ou d’origine.

Les dynasties musulmanes : persistance des hiérarchies « des populations »

Dans l’Empire ottoman, par exemple, les mères des sultans provenaient majoritairement de populations européennes ou caucasiennes intégrées au système du harem impérial : Grecques, Slaves des Balkans, Circassiennes, Géorgiennes ou autres populations du Caucase. Les sultans ottomans avaient donc généralement une apparence proche des populations européennes ou caucasiennes de leur époque.

La présence de femmes d’origine subsaharienne dans les harems ottomans a bien existé, notamment à travers les réseaux de traite d’esclaves africains, mais elle ne constituait pas la source d’ascendance maternelle des souverains ottomans. Pour les 36 sultans ottomans, on ne connaît aucune mère de sultan clairement identifiée comme subsaharienne noire dans l’historiographie dominante.

Le mouvement N’Ko et la recherche d’une autonomie culturelle africaine

Ces questions permettent également de comprendre certaines réactions intellectuelles venues d’Afrique de l’Ouest, notamment autour du mouvement N’Ko.

Ce courant, fondé au XXe siècle par Souleymane Kanté, cherche à valoriser une identité culturelle mandingue et à promouvoir une écriture adaptée aux langues africaines. Le choix d’un alphabet propre plutôt que l’utilisation exclusive de l’alphabet arabe peut être compris comme une volonté d’autonomie culturelle.

Pour certains militants, il s’agissait d'un refus de certaines formes de domination culturelle venues de sociétés arabophones ou arabisées. Les relations entre le Maroc (qui a longtemps dominé le sahel occidental) et les Mandingues ayant été tendues : le Maroc asservissant les populations locales, même après leur islamisation.

L’histoire humaine est plus complexe qu’un récit d'un monde innocent avant la colonisation par l'Europe censément unique inventrice du racisme ou du mépris envers les étrangers.

Déconstruire une idéologie ne doit pas conduire à reconstruire le passé selon une autre idéologie. La vérité historique exige de reconnaître une réalité moins confortable : les sociétés humaines ont toujours observé les différences entre groupes, parfois avec curiosité, parfois avec mépris, parfois avec domination.

France : mieux vaut s'appeler Victoire que Mohammed pour obtenir le bac

Cette année, le Figaro Étudiant a choisi de publier une étude analysant les prénoms des 164 348 candidats au baccalauréat lors de la session 2025 des bacs général et professionnel ayant accepté de diffuser leurs résultats. Les données des 8,1 % de candidats ayant échoué à l'examen ne sont pas disponibles et seuls les prénoms comptant plus de 30 occurrences ont été retenus, mais l'échantillon est suffisamment important pour être pertinent.


Parmi les 944 prénoms identifiés, nous allons nous concentrer sur les quinze ayant obtenu le meilleur indice de réussite – indice calculé à partir des mentions reçues –, puis sur les quinze derniers de la liste. En ce qui concerne les prénoms obtenant les meilleurs résultats, cela donne : Aliénor, Adèle, Arwen, Isaure, Victoire, Églantine, Albane, Clothilde, Adélie, Domitille, Léopold, Daphné, Aglaé, Mila, Adèle. Et pour ceux de la seconde liste : Bilel, Mohammed, Arda, Abdoul, Yacine, Driss, Issa, Achraf, Imad, Kaïs, Zakaria, Abdallah, Abdoulaye, Aymane, Abdel. Difficile de faire plus caricatural...

Dans l'article du Figaro, le commentaire de ce résultat est laissé à Baptiste Coulmont, professeur à l'ENS Paris-Saclay, auteur de La Sociologie des prénoms, ouvrage dans lequel il étudie l'évolution historique du choix des prénoms en France ainsi que leur lien avec le milieu social – de manière fort intéressante, il observe ainsi que, malgré un individualisme grandissant qui voudrait faire du prénom la marque de notre identité particulière plutôt que le signe d'une appartenance à un groupe, jamais peut-être le prénom n'a été autant un marqueur social qu'aujourd'hui – mais, ajouterons-nous, tout le paradoxe est justement que l'individualisme ne produit pas des individualités : il nous abandonne à nos penchants grégaires. Depuis plusieurs années, le sociologue s'intéresse plus particulièrement aux prénoms des différents candidats au baccalauréat, et c'était à lui que, jusqu'ici, nous devions les études sur ce sujet.

Que retient-il du classement qui nous occupe ici ? Avant tout les conséquences d'une « société de classes », et des résultats qui reflètent le milieu socio-éducatif des parents. « Depuis 1945, nous dit-il, les classes populaires ont pris une autonomie culturelle en choisissant des prénoms qui n'étaient pas d'anciens prénoms bourgeois, mais en puisant dans les registres anglophones et celtiques [souvent anglicisés comme Kevin]. Dans les années 80, ça pouvait être "Mickaël", dans les années 90 "Kevin", et "Kylian" à partir des années 2000. Aujourd'hui, les parents dont le niveau de diplôme est le plus élevé préfèrent "Zélie " et " Hippolyte " à " Kylian" et "Mehdi" ».

La tarte à la crème des inégalités sociales


Une telle analyse, sans avoir rien de faux, n'en est pas moins particulièrement réductrice ; elle nous semble au moins borgne, au pire complaisante. Il saute aux yeux à la lecture des deux listes que nous avons présentées que le problème de notre système éducatif ne saurait se résumer à la question des inégalités sociales, comme voudrait encore le faire croire une certaine gauche dans son aveuglement volontaire à tous les autres facteurs entrant en jeu dans de tels résultats.

Non pas que le facteur social ne soit pas déterminant : en effet, grâce à l'idéologie égalitariste de nos politiques si soucieux de justice sociale, nous avons produit le système le plus inégalitaire au monde – ainsi que nous le rappellent systématiquement les classements PISA depuis des années, notre école est celle qui reproduit le plus les inégalités sociales. Comment ? En supprimant les exigences et la sélection précisément sous prétexte de laisser leur chance aux enfants issus des milieux défavorisés. Ce faisant, elle leur ôte toute envie de fournir à l'école les efforts qui leur permettraient d'acquérir ce que leur milieu d'origine ne leur a pas donné.

Alors, certes, dans les deux listes en question, on observe que les enfants des classes les plus favorisées sont également ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. Mais est-ce vraiment tout, et n'y a t-il vraiment aucun autre constat à tirer de cette succession de prénoms ? En réalité, on y voit tout ce que notre société ne veut pas voir, tout ce qu'il est de bon ton de taire au sujet de notre jeunesse et du système éducatif, à savoir : les ravages d'une immigration mal intégrée et islamisée, double facteur qui s'ajoute à la problématique sociale et la décuple. Par ailleurs, on y voit également la triste réalité de l'échec scolaire des garçons, autre phénomène dont notre société, avec son prisme féministe fanatique, se détourne pour ne se soucier des « inégalités filles-garçons » que lorsqu'elles existent au détriment des filles, et refuse de reconnaître tout ce que le laxisme de notre système scolaire a de pernicieux pour les garçons, qui deviennent matures plus tard et sont moins à même de s'autoréguler que les filles.

Sur les quinze premiers prénoms du classement, à part Mila (diminutif de prénoms slaves) et Arwen (création de Tolkien aux consonances [anglo-]celtiques), tous les prénoms peuvent être identifiés comme français, parfois avec une origine germanique, grecque ou latine. Ils renvoient à des figures historiques (Aliénor), à des mots de notre langue (Victoire), et s'inscrivent dans la sphère culturelle européenne ; en outre, presque tous appartiennent au calendrier des saints chrétiens. Par ailleurs, on ne trouve qu'un seul prénom de garçon.

 


Qu'il est loin, le travailleur immigré soucieux d'intégration !

Dans la fin du classement, à part Arda, d'origine turque, l'ensemble des prénoms est d'origine arabe ; excepté Achraf, Imad, Kaïs et Aymane, tous sont de tradition islamique, issus du Coran ou des noms de compagnons du prophète. Et l'on y trouve 100 % de prénoms de garçons.
L'effet de symétrie inversée est presque parfait. Il traduit l'absence complète de mélange réel là où l'on prétend établir la « diversité ». En réalité, la France voit désormais vivre sur son sol deux populations qui existent côte à côte mais ne partagent rien : elles ne fréquentent pas les mêmes lieux y compris lorsqu'elles vivent dans le même quartier, ne font pas les mêmes métiers, n'ont pas les mêmes loisirs, ne mangent même pas la même chose.

Elle est bien loin, l'immigration de travail de gens soucieux de partager la culture française et qui, en premier lieu, faisaient le choix d'un prénom français pour leur enfant. C'était l'époque des Jean-Pierre italiens et des François vietnamiens… Nos médias ont fait leurs gorges chaudes de ce qu'ils considéraient comme l'obsession d'Éric Zemmour pour la question des prénoms ; pourtant, elle est loin d'être anodine, comme cela se voit désormais on ne peut plus clairement à travers l'exemple que nous prenons ici.

Cette liste de prénoms fait éclater à nos yeux le phénomène du communautarisme, la réalité d'une immigration qui n'a aucun projet d'intégration, et qui au contraire manifeste par tous les moyens son appartenance à l'islam. À travers quelques prénoms alignés, elle révèle que notre modèle de laïcité à l'école ne saurait être désormais qu'une fiction. Cette attitude est loin d'être sans rapport avec la question des résultats scolaires : des jeunes élevés dans la défiance à l'égard du pays et de toutes ses institutions ne peuvent avoir les dispositions positives nécessaires à ce que l'on attend d'eux à l'école. Ils seront les premiers à contester l'autorité de l'enseignant, et jusqu'aux savoirs qu'il représente. Pourquoi prendraient-ils ensuite la peine de les apprendre ? L'absence d'intégration signifie en outre souvent une absence de pratique et de maîtrise du français, dont nous faisons aussi les frais désormais, avec des lycéens qui, souvent, ne comprennent plus un texte simple.

Le choc des civilisations est palpable dès le collège


Ces deux listes sont finalement comme une illustration du choc des civilisations ; elles donnent à voir deux jeunesses qui bientôt devront vivre ensemble, mais n'auront rien à se dire, et qui se retrouveront peut-être un jour, il faut le craindre, « face à face », pour reprendre l'expression d'un ancien ministre. Choc des civilisations car, face au bloc de culture islamique, on trouve bien ici un bloc culturel tout aussi homogène, celui de la civilisation européenne avec ses racines chrétiennes, celle que l'on croyait déjà disparue. Ce classement consacre en effet l'échec du délire individualiste qui, depuis plusieurs décennies, a conduit les Français à choisir pour leurs enfants des prénoms cultivant le goût de l'originalité, avec la quête du prénom unique, parfois inventé, refusant l'orthographe classique, mettant en avant la plus infime origine étrangère, et donnant finalement lieu à des listes de classes entières où l'on ne trouve parfois pas un prénom identifiable. Les meilleurs bacheliers, au contraire, ont des prénoms bien connus, français pour la plupart, qui s'inscrivent dans une culture commune et dans une histoire.

« Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l'altérité, la découverte de leur être », écrivait Alain Finkielkraut dans L'Identité malheureuse. On se prendrait à rêver que cela soit réellement le cas quand on regarde la liste des prénoms des meilleurs bacheliers de France… Cependant, ces prénoms manifestent-ils vraiment la renaissance d'une jeunesse française, consciente d'appartenir à une nation millénaire, et riche d'un passé retrouvé après des décennies d'oubli ? Ou ne sont-ils que le marqueur d'une recherche effrénée de « distinction sociale », selon l'expression de Bourdieu, pour des enfants destinés par leurs parents à la réussite individuelle au sein d'une société fracturée ? Cela, l'avenir seul nous le dira.

 Source : Valeurs actuelles 

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