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vendredi 31 juillet 2026

Militantisme — Amende de 60 000 $ pour l’ex-ministre Caroline Proulx

L’ex-ministre du Tourisme Caroline Proulx devra payer une amende de 60 000 $ pour avoir fait annuler un évènement antiavortement à Québec en 2023. Le juge au dossier estime que Mme Proulx a « abus[é] de ses droits » et que cette action n’avait pas de justification valable.

Le dossier remonte à 2023. Harvest Ministries International (HMI), un organisme religieux de la Colombie-Britannique, souhaitait organiser le « Rallye Feu, Foi et Liberté » et avait conclu une entente de location avec la Société du Centre de congrès de Québec (SCCQ), qui dépend de la ministre Proulx, du 22 juin au 2 juillet. 

Caroline Proulx, qui n’est plus ministre depuis avril 2026, a été « outrée » lorsqu’elle a appris la tenue de ce rassemblement après une demande de réaction de la part du journaliste Sébastien Bovet, de Radio-Canada. Elle a promptement ordonné l’annulation du contrat de location entre HMI et la SCCQ, ce qui a mené à des contestations judiciaires des organisateurs.

Dans une décision de 26 pages rendue vendredi à Québec, le juge Alain Trudel a donné raison à HMI et a condamné Caroline Proulx à payer, en son nom et celui de la SCCQ et du Procureur général du Québec, 60 000 $ en amendes. Cette somme est composée d’une première amende de près de 30 640 $, imposée aux trois défendeurs et que Mme Proulx devra payer en entier, et d’une seconde de 30 000 $, imposée uniquement à la femme politique.

Les amendes sont justifiées en partie par « l’atteinte à la liberté d’expression de [HMI] », le caractère arbitraire de la décision » de Mme Proulx et « la gravité de la faute », écrit le juge Trudel dans sa décision, qui est par moment sévère envers l’ex-ministre.

« Son ingérence dans le processus décisionnel de la SCCQ motivée par des considérations de nature essentiellement politique et ses déclarations publiques contemporaines fondées sur des convictions personnelles à l’effet que l’expression de l’opinion antiavortement de la demanderesse n’avait pas sa place dans un lieu public appartenant à l’État, démontre une volonté de porter atteinte à la liberté d’expression de la demanderesse et de causer les conséquences prévisibles découlant de cette décision », affirme-t-il.

Le magistrat écorche aussi la SCCQ, qui s’est défendue en disant ne pas avoir pris la décision d’annuler l’évènement, mais d’avoir suivi les ordres de la ministre.

« Cette prétention ne lui est d’aucun secours eu égard à la réclamation d’HMI avec qui elle a dûment contracté l’entente de location de ses installations du Centre des congrès de Québec », assène le juge.


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samedi 18 juillet 2026

France — La loi sur l'euthanasie ou la défaite de la pensée

Chronique de Luc Ferry qui critique la Loi sur l'euthanasie en France dans
Le Figaro du 16 juillet. Ferry se définit pourtant comme un  spiritualiste laïque et un partisan du rationalisme critique inspiré par Kant et les Lumières.

Il faut le dire, arguments philosophiques sérieux à l’appui, cette loi est un désastre. Pas de malentendu : que l’on puisse aider à mourir quelqu’un en fin de vie, quelqu’un dont les souffrances sont insupportables alors qu’il n’y a plus aucun espoir d’en sortir est tout à fait légitime. C’est ce que permet l’excellente loi Claeys-Leonetti, qu’on pouvait sans doute améliorer à la marge, mais qui fort à juste titre - il est vrai qu’il fallait pour le voir prendre le temps de la lire – ne proposait la sédation définitive que dans les cas où l’acharnement thérapeutique devenait funeste : fin de vie, souffrance sans espoir. Après avoir plombé l’avenir de jeunes en leur laissant une dette abyssale, Emmanuel Macron s’en prend aux « seniors » et aux malades, l’actuelle loi permettant à des personnes qui ne sont pas vraiment en fin de vie de recourir à une aide à mourir en moins de trois jours !

Cette loi est une défaite de la pensée et de l’humanité dans tous les domaines :

1) Défaite de la liberté, la vraie, celle que vous ôtent la solitude et le désespoir que suit cet état dépressif sévère, qui, tous les psychiatres le savent, supprime la possibilité même du choix et pousse les personnes au suicide. J’ajoute qu’il est assez risible de voir des matérialistes, des utilitaristes et des spinozistes qui ont passé leur vie à « déconstruire » l’idée de libre arbitre qu’ils tiennent pour « délirante» (c’est le terme qu’utilise Spinoza), faire appel in extremis à elle pour justifier cette loi !

2) Défaite de l’égalité, toutes les enquêtes montrant que ce sont les laissés-pour-compte sur le plan social et humain qui « bénéficieront » le plus de cette loi.

3) Une défaite de l’excellente loi Leonetti, qui n’avait pas seulement le mérite de limiter l’aide à mourir à la fin de vie, mais plus encore celui de ne pas présenter le droit de tuer comme un « soin » !

4) Une défaite de la norme éthique vaincue par la factualité, comme si le fait devait faire loi. Dans ces conditions, il faudrait accepter l’idée que la majorité a toujours raison, ce dont l’histoire montre abondamment que c’est évidemment faux, et que toutes les pratiques sont bonnes du moment qu’elles deviennent courantes – ce qui ouvrirait la porte à tous les malfaiteurs de la planète.

Emmanuel Macron s’en prend aux « seniors » et aux malades, l’actuelle loi permettant à des personnes qui ne sont pas vraiment en fin de vie de recourir à une aide à mourir en moins de trois jours !

On rappellera que, dans la logique utilitariste de ceux qui défendent cette loi, seul compte un minable calcul du plaisir et des peines, qui doit bien sûr l’emporter à leurs yeux sur la dignité humaine et le respect de la vie.

5) Une défaite de tous les délaissés, des solitaires, des dépressifs et des « fatigués de la vie », à qui on enverra le message qu’ils sont des boulets et qu’ils feraient mieux de dégager.

6) Une défaite de la bonne foi sur l’hypocrisie, car les partisans de la loi en appellent à Sénèque pour faire croire que le problème est celui du suicide alors qu’il ne s’agit ni de près ni de loin de lui, mais de l’autorisation de tuer ou d’aider à tuer, où l’on voit, si du moins l’on n’est pas d’une insigne mauvaise foi, que c’est l’assistance qui fait problème, l’appel à un tiers, en aucun cas la décision personnelle d’ôter sa propre vie !

7) Une défaite de la laïcité, les idéologies matérialistes prenant désormais la forme de nouvelles religions qui remplacent le divin par le «matériel», biologique ou psychologique, dans le but d’en faire une «cause première» qui s’impose contre la neutralité du droit, ce pourquoi, même si c’est sans espoir, Gérard Larcher a, sur le principe, raison de saisir le Conseil constitutionnel.

8) Une défaite enfin de la fraternité et de l’amour vaincus par un individualisme qui table, sans doute à juste titre, hélas, sur le soulagement qu’on doit éprouver en désignant comme un « soin » et un « geste d’humanité » le fait de se débarrasser en réalité du poids de personnes en proie au malheur.

Encore une fois, il ne s’agit pas de revenir sur le droit d’aider à mourir quelqu’un qui est en fin de vie, plongé dans des souffrances sans espoir, l’acharnement thérapeutique devant être évidemment rejeté. Mais il est clair à mes yeux que Houellebecq, pour une fois, avait raison, Leonetti aussi et qu’on aurait dû à tout le moins écouter bien davantage des médecins de soins palliatifs, comme Alexis Burnod, mais je m’en voudrais de gâcher ce qui reste de la fête que le Cese s’apprêtait à organiser à nos frais pour célébrer la victoire de la mort sur la vie et de l’individualisme narcissique sur l’amour. Elle a été reportée, mais le fait même qu’on ait pu y songer en dit long sur l’état moral et spirituel de nos assemblées… 
 
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vendredi 23 janvier 2026

Marguerite Stern : « Comment je suis passée de gauche à droite »

La militante Marguerite Stern (ci-contre), ex-membre des Femen, fait le récit de sa « transition politique » dans un livre récemment paru. 

Depuis que ses positions à rebours de la cause trans lui ont valu d’être une paria dans le milieu féministe, Marguerite Stern a effectué une « transition politique ». Cette ex-femen jadis proche de « Charlie Hebdo » raconte dans un livre intime et survolté comment elle s’est convertie à l’amour de la France et ouverte à la transcendance.

Jeune étudiante venue de province, Marguerite Stern a découvert à Paris l’expérience quotidienne du harcèlement sexiste dans les rues du nord de la capitale, puis la libération jubilatoire que lui procure l’aventure militante au sein des Femen. Cette pasionaria du mouvement féministe a épousé toutes les causes, pris tous les risques : de la jungle de Calais aux commissariats ukrainiens en passant par les geôles de Tunis, elle se fait tour à tour furie dépoitraillée dans des actions coup-de-poing visant à renverser le patriarcat, bénévole dans un foyer de mineurs clandestins, colleuse de messages de protestation contre les féminicides… Avant de subir l’intolérance et le sectarisme qui étouffent trop souvent la liberté de penser au sein des groupuscules d’extrême gauche aux côtés desquels elle combat. Quand elle refuse de voir ses modes d’action récupérés par les activistes de la cause trans, ses alliées d’autrefois deviennent d’impitoyables ennemies qui s’acharnent à la détruire. Marguerite Stern prend alors ses distances avec le féminisme radical, écoute d’autres voix, rencontre d’autres personnes.
Les Rives contraires est le récit de cette émancipation progressive.

lundi 22 décembre 2025

Qui veut la tête d’Anne Coffinier ?

Figure de l’école libre en France, Anne Coffinier est aujourd’hui la cible d’une campagne de presse d’une grande violence, orchestrée par une extrême gauche prête à tout pour éviter que son monopole scolaire lui échappe complètement. Texte de Mickaël Fonton dans Valeurs actuelles.

Cinq pages dans L’Humanité (communiste, gauche radicale), au matin du 8 décembre. On imagine facilement des lundis plus plaisants. Et la couverture, en outre, qui présente Anne Coffinier en joueuse de flûte de Hamelin, entraînant à sa suite une ribambelle de personnages enfantins : une figurine des Républicains, une petite fille blonde arborant la flamme du Rassemblement national (de qui s’agit-il ?), une autre enfin au tee-shirt siglé UDR. Petit détail graphique : la flûte est taillée dans le bois d’une croix catholique. Le message est clair. On ne sait pas en revanche s’il s’agit de rallier tout ce petit monde à sa cause ou de le perdre. Au moins le journaliste, Thomas Lemahieu, connaît-il ce conte allemand popularisé par les frères Grimm. Sans doute parce que son âge lui a permis de bénéficier d’une instruction qui tenait encore le coup. Une chance ! 

« Fondation Kairos : à l’école du pire », voilà pour le titre. Précisions : « Derrière la vitrine prestigieuse d’Anne Coffinier, c’est tout un écosystème réactionnaire qui s’agite à l’extrême droite. Avec, dans l’ombre [forcément dans l’ombre, NDLR], deux milliardaires en pointe dans cette bataille idéologique : Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. » Tout y est. Comme diraient les jeunes : un combo parfait. Une matière tellement idéale que L’Humanité n’est pas le seul journal à s’être penché sur la vie et l’œuvre d’Anne Coffinier. 

Le site du Monde lui a consacré deux articles conséquents le lendemain et, au printemps, Libération ou Mediapart avaient commencé à labourer le terrain. « Je me trouve à la convergence de tout ce qui obsède la gauche, reconnaît l’intéressée. L’école libre, parfois même l’école libre catholique, la droite, Bolloré, Stérin… » Thomas Lemahieu le dit autrement ; Anne Coffinier se situe « au point nodal […] “là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent” ». Rien que ça. C’est une phrase de Marx — c’est aussi le titre d’un ouvrage d’Édouard Drumont, l’auteur de la France juive, ce qui ne manque pas de sel, quand on y songe.

Des réseaux, quelle horreur !
Il n’y a qu’à droite que l’on trouve ça


Qu’apprend-on dans ces différents papiers ? À la fois tout et rien, comme souvent. Beaucoup de noms, mais aucune idée, aucune « preuve » de quoi que ce soit. Derrière la fondation Kairos, derrière « Créer son école », derrière la « vitrine prestigieuse », il y a des gens, figurez-vous. Des gens extrêmement de droite et extrêmement catholiques (ou traditionalistes, intégristes, au choix) ; il y a des gens fortunés ; il y a des gens malintentionnés (dit-on) ; il y a des gens qui se voient, qui s’invitent, qu’on retrouve tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, qui ont des projets, qui se rendent des services. Des réseaux, quelle horreur ! Il n’y a vraiment qu’à droite que l’on trouve ça. Il y a un peu de Hongrie, ça ne mange pas de pain. Des anciens de chez Fillon (pourquoi lui ?), un zeste de « Manif pour tous », ça marche toujours très bien. Bref : on comprend très vite que L’Humanité ou Le Monde n’aiment pas, mais alors pas du tout, cette droite qui n’est pas de gauche.

Mais au-delà de ça ? Sur la liberté scolaire ? Sur les écoles indépendantes ? Il n’y a rien. Ce qui est saisissant, encore une fois, c’est que jamais le journaliste ne se demande si le constat que pose Anne Coffinier sur l’école publique, constat qui l’a poussée à consacrer sa vie à soutenir l’essor des écoles libres, est fondé, rationnel, pertinent. Il n’est pas là pour ça. Comme nous l’écrivions la semaine dernière dans le dossier que nous lui consacrions, la gauche sait. Vincent Bolloré n’a pas d’idées, il est le mal. Ses projets ne se discutent pas, ils se combattent.

Un exemple parmi d’autres de cette volonté de ne pas comprendre. Quand Anne Coffinier rétorque au journaliste de L’Humanité, qui l’accusait de disposer de « fiches » sur certains opposants à la liberté scolaire, que « s’il fallait recenser tous les hommes et les femmes politiques de gauche qui scolarisent leur enfant dans le privé, ce n’est pas une fiche qu’il faudrait, mais un bottin ! », précision plutôt amusante, Lemahieu estime qu’Anne Coffinier « persifle ». Pourquoi « persifle » ? Il faudrait plutôt se demander si c’est vrai, ou pas. C’est là le sujet et la seule question qu’un journaliste devrait se poser. S’il se la posait, il découvrirait très vite que ce n’est pas du « persiflage », mais la stricte réalité. Énormément d’élus ou de responsables de gauche évitent soigneusement à leur progéniture les joies de l’école publique version XXIe siècle.

Les personnes soucieuses de leur carrière peuvent passer leur chemin

La raison, connue des lecteurs de Valeurs actuelles depuis longtemps, est désormais un secret de Polichinelle. Les familles désertent l’école publique parce qu’elle n’a plus d’école que le nom. Parce que le temple de Jules Ferry est devenu un moulin ouvert à tous les vents d’une société violente, déconstruite, absurde. Beaucoup de familles font ce choix. Toutes celles qui le peuvent, ou presque. Et les autres le feraient si elles en avaient les moyens, moyens que, précisément, on leur refuse.

Lors d’un de nos premiers échanges, voilà des années, Anne Coffinier m’avait fait l’aveu suivant : « Je préférerais évidemment que l’on restaure le bel édifice de l’instruction publique, mais je pense que, pour tout un tas de raisons, ce n’est pas possible. Donc plutôt que d’attendre un hypothétique sauveur, je mets tout en œuvre pour qu’un maximum d’enfants puisse échapper à un système hors de contrôle. » C’était il y a quinze ans. Le système en question, l’Éducation nationale, est moins sous contrôle que jamais tandis que les écoles libres n’ont jamais été si nombreuses ni si diverses — n’en déplaise aux journalistes de gauche qui voient des catholiques d’extrême droite partout et qui, fidèles à leurs réflexes, s’évertuent à casser ou à salir ce qu’ils ne comprennent pas.

Par chance, la patronne de Créer son école, normalienne de formation, énarque, diplomate (d’où ses fameux réseaux internationaux !), a le cuir épais. Les joyeusetés balancées sur son compte par une ancienne collaboratrice, qui ont abondamment nourri la presse ces derniers temps, ne lui font pas plaisir, mais elles sont en quelque sorte digérées. « Je subissais déjà tout ça en interne, soupire-t-elle. Maintenant, c’est public, ce n’est pas agréable, mais c’est comme ça. J’attends sereinement que la justice rétablisse la vérité. » Une justice qu’une certaine presse ne prend jamais la peine d’attendre — mais ceci aussi fait partie du « job ». Sauver l’instruction, permettre aux enfants de France de disposer encore d’une école, ne saurait être une sinécure. C’est une vocation, un sacerdoce. Les personnes soucieuses de leur carrière ou de leur confort intellectuel peuvent passer leur chemin.

Le problème est que c’est souvent le cas des responsables de droite ! De ce point de vue là les « révélations » promises par L’Humanité sont à la fois éloquentes — et contradictoires. Il y a de riches donateurs partout dans l’entourage d’Anne Coffinier, mais les écoles libres continuent de tirer le diable par la queue — cherchez l’erreur ! « La vérité est que la droite a toujours roupillé sur l’éducation, regrette Anne Coffinier. On parle à l’envi de fondamentaux, d’autorité, d’autonomie, mais on ne fait que réagir aux offensives de la gauche, mollement et avec un temps de retard. Cela ne constitue pas une vision politique. »

L’école libre qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours

La fondatrice de Kairos ne le dira pas, mais elle soupçonne un certain nombre de gens de droite de ne voir dans l’école privée qu’un moyen de mettre leurs propres enfants à l’abri, tout en défiscalisant tout ce qui peut l’être. Une attitude qui peut se comprendre, mais qui laisse intact le problème de l’école, de toute l’école, donc de la société de demain. Nul ne peut se contenter de créer des isolats. Anne Coffinier le demande avec une détermination intacte : pour elle, la droite doit passer à l’offensive en matière d’éducation, au lieu de subir. « Il lui faut donner une dimension sociale qui manque à son action, en se battant pour que toutes les familles qui le veulent puissent scolariser leur enfant dans l’école privée », insiste-t-elle, avant de préciser en outre que cette réforme « serait source d’énormes économies pour la nation ».

Mais la question est : qui aurait le courage de se saisir de ce sujet ? « François-Xavier Bellamy est très présent sur ces questions d’éducation, qu’il place toujours au premier rang de ses préoccupations, avance Matthieu Grimpret. Mais il est un peu empêtré dans un milieu politique où les gens sont largement déconnectés de la réalité profonde du problème. » De manière surprenante, l’auteur de Bullshit bienveillance (Magnus) imagine que le salut pourrait venir… des milieux d’affaires. « Je fonde un certain espoir dans la prise de conscience des chefs d’entreprise, explique-t-il. Par le biais du recrutement, ils sont directement confrontés à l’effondrement de l’école, non seulement pour ce qui est des savoirs, mais aussi et surtout par la question comportementale. » Et si certains patrons, conscients du caractère « ingérable » de la génération née après l’an 2000, avouent froidement « attendre les robots », d’autres ne veulent pas renoncer à la beauté de la transmission, de la formation, de la chaîne intergénérationnelle.

« L’éducation nationale demeure dominée par le gauchisme culturel, mais le rapport de force bouge, observe de son côté Joachim Le Floch-Imad. Certaines propositions conservatrices gagnent de l’audience et 20 % des enseignants en viennent à voter pour le Rassemblement national. » Les professeurs, longtemps inféodés à ces idées de gauche qui ont creusé leur tombe, pourraient-ils devenir les acteurs de leur propre sauvetage ? « L’hégémonie de la gauche s’est fracassée sur le mur de la réalité. Elle conserve toutefois une forte capacité d’influence au sein de la technostructure du ministère », tempère l’auteur de Main basse sur l’éducation nationale (les Éditions du Cerf). Le prof évolue, mais la salle des profs continue d’afficher son hostilité à toute réforme, tout projet, toute idée qui semblerait « de droite ». Cette dernière n’est pas près de reprendre pied sur ce terrain-là — pour ne rien dire du monde syndical ! « Les professeurs sont — au moins pour un temps encore — attachés à la discipline qu’ils enseignent, insiste Matthieu Grimpret. Ils veulent transmettre du savoir, or ils ont bien conscience que, sans autorité, sans exigence, leur métier n’est pas possible. C’est une question d’efficacité. »

On retrouve l’intuition d’Anne Coffinier, celle qui l’a portée vingt ans durant : tout le monde veut l’école privée, l’école libre, qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours. Les enfants, leurs parents, les professeurs. Surtout : tout le monde mérite cette école et seuls les amis du désastre en cours peuvent vouloir torpiller ceux qui veulent la construire ou la reconstruire. « Le mal, pour triompher, n’a besoin que de l’inaction des gens de bien », dit la très célèbre formule attribuée à Edmund Burke. Anne Coffinier l’a bien compris. Mais qui avec elle ? 

mardi 16 décembre 2025

Attaques contre l'école libre en France : il est temps que la droite sorte du silence

Face aux attaques d’une gauche vent debout contre l’école libre, Anne Coffinier dénonce ci-dessous une violence révélatrice d’une peur idéologique. Elle appelle la droite à assumer enfin une rupture décisive afin de garantir à chacun la liberté de choisir son école. Anne coffinier est entrepreneure sociale et présidente de l’association Créer son école.

Depuis des semaines, une certaine gauche se déchaîne contre moi avec une violence qui dépasse l’entendement. Tout cela pour avoir consacré ma vie à une idée simple : donner à chaque enfant la possibilité d’accéder à une école libre, si ses parents le souhaitent.

Un tel niveau de violence trahit la peur de ceux qui m’attaquent. Au fond, c’est un aveu de leur part : s’ils frappent si fort, c’est qu’ils sentent le terrain leur échapper et pensent que la cause de l’école libre pourrait l’emporter. Depuis 1960, la gauche et l’extrême gauche récitent ce même mantra : « À école publique, argent public ; à école privée, argent privé ». Ce vieux serment – signé le 19 juin 1960 à Vincennes à l’initiative du CNAL (Comité national d’action laïque) notamment par socialistes, communistes, syndicats laïcs, Ligue de l’enseignement, FCPE et Grand Orient – continue d’unir aujourd’hui ceux qui ne s’entendent sur rien. La liberté scolaire leur est insupportable ; l’école catholique, impardonnable.

Les méthodes d’une partie de cette gauche n’ont pas changé : attaques ad hominem, amalgames outranciers, recours aux délateurs, accusations relayées avec une gourmandise qui oublie la justice. Accusez : il en restera toujours quelque chose.

Dernier terrain d’instrumentalisation en date : les abus sexuels commis dans les écoles catholiques comme à Bétharram. Ils doivent évidemment être combattus partout avec la plus grande détermination mais LFI se sert de l’émotion soulevée pour tenter d’imposer la loi Vannier-Spillebout, qui reviendrait à placer l’enseignement privé sous contrat sous une tutelle administrative contraire à l’esprit de la loi Debré et, bien sûr, au caractère constitutionnel de la liberté d’enseignement. Pendant ce temps, l’État peine à protéger les enfants dans ses propres structures : Éducation nationale, périscolaire notamment parisien, Aide Sociale à l’Enfance… C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et la droite ? Elle murmure là où la gauche hurle. Elle recycle les vieux mantras – « fondamentaux », « autorité », « autonomie » – sans oser encore porter une vision. L’école libre ne figure en bonne place dans aucun projet de reconstruction nationale, seulement dans des ripostes ponctuelles dès qu’un coup tombe. La droite craint de défendre un « privilège ». C’est pourtant l’inverse : aujourd’hui, le véritable privilège est de pouvoir choisir son école. Seules les familles aisées y accèdent pleinement. L’égalité des chances ne suppose plus seulement la gratuité du public à notre époque, mais la possibilité de choisir indifféremment le public ou le privé selon le besoin de son enfant.

Si la droite veut remonter le niveau, restaurer la sécurité éducative et relancer l’ascenseur social, elle doit faire en 2027 ce qu’elle a osé faire pour le travail en 2007 : une rupture lisible, populaire, décisive. Mon vœu est simple : que la droite se passionne enfin pour l’école libre autant que la gauche se passionne pour la combattre. C’est là que se joue désormais l’avenir des enfants… et celui du pays.

mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

mercredi 13 août 2025

Anne Coffinier : « La passion égalitariste et la peur de discriminer ont conduit à mettre à mal l’école »

Le taux de réussite au Baccalauréat 2025 est de 91,8 %, une hausse de 0,4 % selon le ministère de l’Éducation nationale. Cependant, divers experts et commentateurs ont déploré un « examen dévalorisé » et « donné à tout le monde ».

Anne Coffinier (ci-contre) est fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France et présidente de Créer son école. Le rejet de la méritocratie a entraîné une dévalorisation de l’examen passé chaque année par environ 700.000 candidats, explique-t-elle dans un entretien avec l'Epoch Times.


— Quelle est votre analyse sur le baccalauréat d’aujourd’hui ?

Anne Coffinier.— Aujourd’hui, le baccalauréat n’a plus sa fonction historique. Le niveau a tellement baissé qu’il ne sélectionne plus les élèves et ainsi ne permet plus d’organiser l’entrée à l’université.

Par ailleurs, l’introduction de 40 % de contrôle continu n’a rien arrangé. Ce dernier a conduit les jeunes à la négociation permanente avec les professeurs pour avoir des bonnes notes tout au long de l’année. Les notes de contrôle continu ont une valeur qui change du tout au tout selon l’établissement scolaire d’origine, ce que savent les recruteurs du supérieur. C’est le caractère national du diplôme qui est ainsi remis en cause.

En réalité, le baccalauréat repose désormais sur un mensonge social : chaque année, élèves et parents expriment leur joie et leur satisfaction lors de la publication des résultats alors que l’examen n’a plus de valeur.

Maintenant, il y a deux solutions face à ce désastre : soit on supprime totalement l’examen – d’autant qu’il coûte 1,5 milliard par an -,soit on le refonde totalement en le revalorisant par le retour de la sélection des élèves et la fin du contrôle continu, en revenant vers un taux de réussite au bac inférieur à 70 %.

Mais cela demande du courage. La revalorisation du bac ne sera pas populaire dans l’opinion.

— Pourriez- vous revenir en détails sur l’impact du contrôle continu dans la dévalorisation du bac ?

— Il fait perdre de la valeur à cet examen parce que les notes ne peuvent être harmonisées sur l’ensemble du territoire. On sait très bien qu’un 14 / 20 n’a pas la même valeur dans un lycée public de REP+ [en gros les quartiers dits « populaires », c'est-à-dire immigrés] qu’à Louis-le-Grand.

Par conséquent, les universités, lorsqu’elles examinent les candidatures, ne regardent plus les résultats des élèves, mais leur établissement d’origine. C’est-à-dire que quand vous êtes un élève moyen scolarisé dans un lycée prestigieux, vous avez plus de chance d’être admis dans un établissement supérieur qu’un jeune brillant en provenance d’un lycée provincial quelconque sans renommée particulière. Ce qui est grave en termes de justice sociale et de renouvellement des élites.

Je vis cette problématique de manière assez personnelle parce que j’ai passé mon baccalauréat dans un lycée public provincial à Manosque dans les Alpes et si j’ai été admise à Louis-le-Grand, c’est bien parce que les notes valaient encore quelque chose. Autrement, je serais restée invisible et n’aurais pu effectuer mon parcours d’excellence républicain intégralement public : ENS [École normale supérieure] puis ENA.

C’est la raison pour laquelle je me suis battue pour soutenir et financer la création du test de mathématiques avancées TeSciA, en 2022, qui permet d’évaluer objectivement le niveau des élèves de terminale dans cette discipline. C’est un outil méritocratique digne d’intérêt.

Il faut redonner à la méritocratie toute sa place, et cela passe par une sélection assumée.

— À partir de quand la méritocratie a-t-elle été mal vue ?

Dès 1985, notamment quand Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Éducation nationale, avait fixé l’objectif d’amener 80 % des jeunes « au niveau du bac ». Puis, la loi d’orientation sur l’éducation de 1989 portée par Lionel Jospin a enfoncé le clou.

À chaque réforme, ceux qui nous dirigent se demandent ce qui avantage le plus les jeunes bourgeois et ce qui défavorise le plus les jeunes issus de l’immigration. Et à partir de là, au nom d’un égalitarisme pathologique, ils ont supprimé les éléments « discriminants » comme la culture classique ou les règles d’orthographe.

Cette passion égalitariste et cette peur de discriminer ont conduit à mettre à mal l’école, pourtant autrefois voie d’ascension sociale pour les jeunes.

— Vous dénoncez depuis plusieurs années la dévalorisation des examens et la baisse du niveau scolaire. Que vous disent les enseignants que vous rencontrez ? Sont-ils réceptifs à votre discours ?

— Les enseignants sont réceptifs depuis longtemps. Ils ont conscience de travailler dans des conditions absurdes.

Maintenant, il y a cette idée chez la plupart des professeurs qu’il vaut mieux faire confiance à l’école publique qu’à une autre solution. Ils considèrent que l’État est toujours plus efficace que n’importe quelle autre solution non-étatique. Nous sommes en plein dans l’idéologie. Aujourd’hui, l’école publique est tellement dégradée qu’elle défait la République, dans la plupart du territoire français.

— Les enseignants n’osent pas faire remonter leurs observations au ministère de l’Éducation nationale ?

— Ils savent que leurs démarches seront vaines et se sont résignés. Ils n’ont plus du tout de capacité d’indignation. Les plus passionnés font de leur mieux localement, discrètement, et ont renoncé à peser sur la justice et l’efficacité d’ensemble.

Pour ma part, je constate qu’il y a une grande souffrance psychologique chez les enseignants parce que leur intelligence leur fait voir cruellement tout ce qui dysfonctionne dans l’Éducation nationale, mais qu’ils sont en même temps pris dans une sorte de collaboration anesthésiante avec ce système inefficient.

Dans la mesure où ils sont en première ligne de ce désastre, je pense qu’ils devraient être davantage écoutés. Les solutions éducatives solides ne peuvent venir que du terrain, c’est-à-dire des salles de classe.

C’est la raison pour laquelle la solution passe, à mon sens, par la subsidiarité. Redonner aux établissements scolaires la capacité d’agir : recruter leurs enseignants, les gérer, avoir la main sur les admissions, les départs, les éventuels redoublements ou programmes de renforcement académique des élèves. C’est essentiel si nous voulons mettre fin à l’expérience quotidienne de l’impuissance.


mardi 13 mai 2025

États-Unis : Le libre choix de l'école pourrait désamorcer les guerres culturelles

Une cause devant la Cour suprême des États-Unis concernant les droits des parents religieux souligne un problème plus profond : sans choix, les écoles publiques deviennent un champ de bataille de la guerre culturelle sans issue.


La Cour suprême des États-Unis examine actuellement ce qui pourrait être l'affaire la plus importante en matière de liberté religieuse qu'elle aura à examiner au cours de cette législature. Dans l'affaire Mahmoud c. Taylor, des parents religieux représentant diverses confessions poursuivent le district scolaire public du comté de Montgomery (MCPS), dans le Maryland, pour qu'il leur permette d'exclure leurs enfants des discussions sur les livres de l'école primaire portant sur des thèmes tels que la sexualité et le genre.

Lors des plaidoiries, le juge Ketanji Brown Jackson s'est interrogé sur les arguments des plaignants. « J'ai du mal à comprendre comment l'exercice de la religion d'un parent peut être entravé si l'école enseigne quelque chose que le parent désapprouve », a déclaré Mme Jackson. « Vous avez le choix. Vous n'êtes pas obligé d'envoyer votre enfant dans cette école. Vous pouvez les placer dans une autre situation.

En pratique, de nombreuses familles n'ont pas d'alternative éducative viable dans le Maryland. En l'absence d'un choix d'école solide, les familles qui sont les perdantes des affrontements culturels à somme nulle dans les écoles publiques n'ont que peu de recours.

Malgré les affirmations contraires de M. Jackson, la plupart des familles ne peuvent pas simplement placer leurs enfants dans une « autre situation ». Seuls les élèves à faible revenu peuvent bénéficier du bon d'études du Maryland, d'une valeur inférieure à 3 000 dollars pour l'année scolaire 2024-25. Ce montant ne couvrirait qu'une fraction des 14 500 dollars que coûtent en moyenne les frais de scolarité d'une école primaire privée dans le Maryland.

Les lois régissant les transferts d'écoles publiques dans le Maryland sont parmi les moins généreuses du pays. Le Maryland est l'un des quatre États - avec l'Alaska, le Maine et la Caroline du Nord - qui obtiennent 0 point sur 100 sur la feuille de résultats de la Reason Foundation classant les lois sur l'inscription libre dans les écoles primaires et secondaires. Cela signifie que le droit de transfert vers d'autres écoles publiques (en dehors de la zone de captation habituelle des élèves) disposant de places n'est pas codifié dans la législation de l'État.

Même si les districts scolaires limitrophes du MCPS autorisent le transfert de certains de ces élèves, ils peuvent leur faire payer des frais de scolarité, tout comme les écoles privées. Par exemple, les écoles publiques voisines du comté de Frederick et du comté de Howard ont facturé respectivement 9 000 et 12 700 dollars aux élèves transférés d'autres comtés au cours de l'année scolaire 2024-25.

Les écoles à charte sont ces écoles qui reçoivent des fonds publics mais qui fonctionnent indépendamment du système scolaire public établi. Aucune école à charte ne fonctionne actuellement dans le comté de Montgomery (bien que la première soit prévue pour l'automne 2025). Le conseil scolaire s'y est longtemps opposé, suscitant les critiques du conseil de l'éducation du Maryland.

Lorsque le district a annoncé aux familles qu'elles ne pouvaient plus exclure leurs enfants d'âge élémentaire des cours controversés au début de l'année scolaire 2023-24, certains parents ont choisi de retirer leurs enfants du MCPS, ce qui leur a coûté très cher. Une famille a abandonné sa maison et s'est installée chez ses grands-parents pour pouvoir payer les frais de scolarité dans une école privée. Une autre famille a choisi de scolariser à domicile sa fille atteinte du syndrome de Down, sacrifiant ainsi 25 000 dollars de services spéciaux fournis par MCPS.

Il convient de noter que les plaignants dans l'affaire Mahmoud demandent uniquement à ne pas suivre des cours spécifiques qui violent leurs convictions religieuses. Ils n'exigent pas que le district modifie son programme scolaire. Les politiques d'exclusion sont une pratique courante dans l'enseignement public et, dans de nombreux États, les familles peuvent depuis longtemps retirer leurs enfants des cours d'éducation sexuelle.

Cela dit, les défenseurs de la position du juge Jackson n'ont pas tort : Où cela s'arrête-t-il ? Il existe de nombreux autres domaines dans lesquels les écoles publiques pourraient adopter un programme d'études contraire aux croyances religieuses individuelles. Il se peut qu'à un moment donné, il devienne trop contraignant pour les écoles de laisser les familles se retirer de tout ce à quoi elles s'opposent tout en continuant à être inscrites.

D'où la nécessité du choix de l'école. Lorsque les familles n'ont pas d'alternative, les écoles publiques deviennent un champ de bataille. Il devient impossible de satisfaire pleinement une population diversifiée dont les valeurs et les convictions varient.

La Cour devrait se prononcer en faveur des plaignants et laisser les parents se retirer de l'école. Mais les familles ne devraient pas avoir à attendre une décision de la Haute Cour pour avoir le choix en matière d'éducation.

samedi 8 février 2025

« Ce n’est pas l’expression qui engendre la violence, mais l’interdiction du débat qui alimente la radicalisation »

Le Figaro a publié un grand entretien avec Peggy Sastre, docteur en philosophie des sciences, spécialiste de Nietzsche et de Darwin. Elle a publié « Ce que je veux sauver » (Anne Carrière). Elle est également journaliste au « Point ». Peggy Sastre Chaque fois que la liberté d’expression a été sacrifiée à la stabilité, c’est la démocratie elle-même qui a fini par s’effondrer souligne l’essayiste, qui plaide pour une liberté de parole maximale et souligne l’inefficacité de la censure.


LE FIGARO. — On débat beaucoup en ce moment de la liberté de parole qui s’exerce sur les réseaux sociaux et qui serait, selon certains, une menace pour la démocratie. Est-ce que, selon vous, il y a une différence culturelle entre la liberté d’expression « à l’américaine » et celle qui est développée en Europe ?

PEGGY SASTRE. — Oui, il existe une différence fondamentale entre la conception américaine et européenne de la liberté d’expression. Aux États-unis, la liberté d’expression est protégée de manière maximale par le Premier Amendement, qui empêche pratiquement toute restriction sur les discours politiques, y compris ceux considérés comme offensants ou haineux. Ce à quoi il convient de rappeler, car on a tendance à l’oublier ou à ne pas le savoir, que la loi américaine punit les menaces directes et immédiates de dommages physiques, tout comme le harcèlement, le vandalisme et l’intimidation, sans même parler de la diffamation ou des secrets industriels ou militaires…

En Europe, en revanche, cette liberté est bien plus encadrée : la législation inclut souvent des limites liées aux « discours de haine » ou encore à la protection de la dignité humaine. Cette différence se traduit aussi dans les pratiques culturelles. En Europe, les lois et la sensibilité collective tolèrent moins les provocations publiques qui pourraient heurter certaines communautés. Comme le détaille le rapport «The Free Speech Recession Hits Home» du think-tank The Future of Free Speech, de Jacob Mchangama, plusieurs démocraties européennes ont adopté des lois de plus en plus restrictives sous prétexte de lutte contre la désinformation, la haine en ligne ou la protection de la cohésion nationale.

 — Pourtant le droit à la caricature semble moindre aux États-unis. Pas un seul journal ne pourrait publier des caricatures hostiles à l’islam comme elles sont publiées en France dans Charlie Hebdo. Comment expliquer ce paradoxe ?

 — Par une différence entre les principes juridiques et les normes culturelles. Aux États-Unis, la liberté d’expression est juridiquement plus large, mais dans la pratique, l’autocensure y est plus présente, notamment sous la pression sociale et économique. Les médias américains sont particulièrement vulnérables aux pressions des groupes militants, aux boycotts, voire à la menace physique, ce qui les pousse à éviter certains sujets trop polémiques. C’est un point que j’aborde dans Ce que je veux sauver en analysant comment certaines formes de censure ne viennent pas nécessairement de l’état, mais d’une dynamique sociale où la peur des représailles (y compris économiques) limite la liberté de parole. En France, la tradition satirique et la laïcité républicaine ont installé une tolérance culturelle plus large envers la critique des religions. L’affaire des caricatures de Charlie Hebdo en est un exemple frappant : malgré les menaces, l’hebdomadaire a continué à publier des dessins provocateurs, alors qu’aucun grand journal américain n’a osé les reproduire dans leur intégralité.

 — Est-ce qu’une liberté d’expression absolue n’aboutit pas à la tyrannie des susceptibilités ?

 — La liberté d’expression absolue n’existe pas, d’une part. Si on parle de liberté d’expression maximale, comme elle est consacrée par le Premier Amendement de la Constitution américaine, non, je ne pense pas qu’elle conduise à la tyrannie des susceptibilités, mais plutôt à leur confrontation ouverte. On en a un exemple avec le « retour de bâton » contre le wokisme aux États-unis : à la fois le wokisme a été le plus fort chez eux, mais en même temps il aura généré des réactions – pas toujours finaudes, mais c’est un autre débat – qui auront permis de le faire reculer avec une vitesse impressionnante. En France, je crains qu’on manque de tels contre-pouvoirs et, globalement, d’une culture qui, en fin de compte, empêche toute orthodoxie trop massive de faire souche… Ensuite, l’argument selon lequel la liberté d’expression illimitée pourrait créer un climat de violence est souvent avancé pour justifier des restrictions, mais il repose sur une logique qui inverse la causalité : ce n’est pas l’expression qui engendre la violence, mais l’interdiction du débat qui alimente la radicalisation.

Je me réfère encore au rapport « The Free Speech Recession Hits Home », qui est une mine sur le sujet. Il montre que les législations contre les discours de haine et la désinformation ont rarement prouvé leur efficacité à contenir les tensions sociales. Au contraire, elles donnent souvent une aura de martyre aux discours interdits, les renforçant au lieu de les affaiblir. C’est aussi un point que je traite dans mon livre, en soulignant que la répression des idées jugées « dangereuses » aboutit souvent à leur diffusion clandestine, les rendant encore plus toxiques. La seule réponse efficace à une idée délétère reste de lui opposer une meilleure idée, et non de la censurer. Je suis aussi très sensible à une sorte d’argument mitochondrial (en biologie, cellule chargée de récupérer l’énergie fournie par les molécules afin de les stocker pour une utilisation future, NDLR) pour la liberté d’expression maximale : quand on étouffe une idée, même et surtout atroce, on empêche par la même occasion toutes les autres idées qu’elle aurait pu faire naître. Et il est impossible, a priori, de connaître la descendance d’une idée…

La transparence est préférable à l’obscurité. Une idée exposée à la critique peut être combattue, alors qu’une idée interdite se propage en sous-main, » sans opposition

 — On entend un discours selon lequel la liberté d’expression serait devenue l’ennemie de la liberté, et même de la démocratie. Ce discours est-il nouveau ?

 — Non, ce discours n’est pas du tout nouveau. Il s’inscrit dans une tradition qui remonte aux régimes autoritaires et aux idéologies totalitaires du XXe siècle, qui trouvent leur genèse dans la dégénérescence de la Révolution française en Terreur. Soit un exemple emblématique d’une période où les crises politiques et sociales conduisent à un rejet de la liberté d’expression, souvent au nom de la préservation de l’ordre et de la sécurité. Initialement, la Révolution a promu la liberté d’expression comme un droit fondamental, avant de sombrer dans la Terreur et d’adopter des politiques de censure et de répression politique. En 1789, l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamait que « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement», mais dès 1793, la Révolution basculait dans un régime de répression où les « ennemis de la liberté » étaient pourchassés. La loi des suspects permettait d’arrêter toute personne dont les propos étaient jugés hostiles au régime, et la loi de Prairial, de 1794, instituait la peine de mort pour de simples infractions verbales, comme critiquer la Convention nationale ou diffuser des « fausses nouvelles » (cela vous rappelle quelque chose ?). En on arrive à 17 000 exécutions, souvent pour des délits d’opinion. La Révolution est peut-être le cas d’école de ce paradoxe récurrent : ceux qui prétendent défendre la liberté sont souvent les premiers à l’étouffer lorsqu’ils estiment que son exercice met en péril leur projet politique. L’argument selon lequel la liberté d’expression mettrait en danger la démocratie est souvent employé par ceux qui souhaitent encadrer le débat public et imposer une norme idéologique unique. Dans Ce que je veux sauver, j’analyse l’évolution des totalitarismes modernes qui, au lieu d’imposer un contrôle direct, créent des formes de censure par pression sociale, comme le wokisme ou les lois contre la « désinformation ». Les travaux de Jacob Mchangama et de son think-tank mettent aussi en évidence la manière dont plusieurs démocraties utilisent la lutte contre la « haine en ligne » pour restreindre des opinions qui ne sont pas forcément haineuses mais simplement dissidentes, le tout selon cette règle : plus un régime démocratique s’inquiète pour sa stabilité, plus il a tendance à restreindre la liberté d’expression.

En Allemagne, la législation sur les discours haineux a entraîné des milliers d’arrestations pour des commentaires postés sur internet, avec des descentes de police à l’aube pour des individus accusés d’avoir insulté des personnalités publiques. En France, des lois comme celle contre « l’apologie du terrorisme » ont été utilisées de manière abusive, parfois contre des enfants ou des militants, criminalisant des opinions sans appel clair à la violence. Autant de dérives qui partagent la logique de la dégénérescence de la Révolution française : la liberté d’expression est d’abord célébrée comme un principe fondateur, puis progressivement restreinte dès qu’elle est perçue comme une menace par le pouvoir en place. Le risque majeur de cette logique est que la démocratie elle-même commence à fonctionner comme un régime autoritaire sous prétexte de se défendre contre ses ennemis. Comme l’explique Mchangama, l’histoire montre que les démocraties qui restreignent excessivement la liberté d’expression finissent par affaiblir les principes qu’elles prétendent protéger, en renforçant notamment les mouvements qu’elles cherchent à combattre. En somme, le discours affirmant que «trop de liberté d’expression nuit à la démocratie » est une vieille rengaine qui accompagne toutes les périodes de crise. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de son acceptation dans les démocraties modernes, notamment sous couvert de protection contre la désinformation et les discours de haine. Mais comme l’a montré l’histoire, chaque fois que la liberté d’expression a été sacrifiée à la stabilité, c’est la démocratie elle-même qui a fini par s’effondrer.

 — Vous dites que la censure ne fonctionne pas. Avez-vous des exemples concrets de censure qui ait empiré le mal ?

 — Oui, plusieurs exemples plus ou moins récents montrent que la censure ne fait que renforcer les idées qu’elle prétend combattre. Le plus éloquent, et bizarrement le moins connu, concerne l’Allemagne prénazie. Voyez les travaux de Timothy Garton Ash : l’Allemagne de Weimar avait adopté des lois strictes contre les discours antisémites, poursuivant et emprisonnant plusieurs propagandistes nazis, notamment Julius Streicher, éditeur de Der Stürmer. Plutôt que d’étouffer leurs idées, ces procès leur ont offert une tribune et un statut de martyrs qui ont contribué à la montée du nazisme. Je pense aussi à l’interdiction de Dieudonné en France. Ses spectacles ont été interdits, Manuel Valls en a fait une croisade personnelle et quoi ? Cela l’a transformé en figure de la « liberté d’expression contre le système», renforçant son influence auprès d’un public complotiste qui aurait pu rester marginal. Concernant le cordon sanitaire médiatique en Belgique, contrairement à ce que certains prétendent, l’interdiction médiatique des partis d’extrême droite en Wallonie n’a pas empêché leur progression ailleurs, notamment en Flandre. La logique est toujours la même : en excluant certaines idées du débat public, on les pousse dans des sphères où elles prospèrent sans contradiction.

 — Quels sont vos arguments pour faire valoir qu’une maximisation de la liberté d’expression comporte moins de dangers que sa limitation ?

 — D’abord parce que la transparence est préférable à l’obscurité. Une idée exposée à la critique peut être combattue, alors qu’une idée interdite se propage en sous-main, sans opposition. Ensuite, comme je l’ai mentionné, l’histoire prouve que la censure renforce ce qu’elle cherche à éliminer : le nazisme, le fondamentalisme islamiste et même certaines formes de radicalisation politique ont prospéré précisément là où l’expression était contrainte. Enfin, la liberté d’expression est un rempart contre le totalitarisme : une société qui commence à limiter l’expression ouvre la porte à des restrictions toujours plus grandes, jusqu’à étouffer toute dissidence. Si la censure pouvait réellement empêcher la haine et la violence, nous vivrions dans un monde pacifié. Or, les sociétés qui l’appliquent le plus rigidement ne sont pas les plus démocratiques, bien au contraire.

Source : Le Figaro


mardi 12 novembre 2024

Trump dévoile son plan pour mettre fin à l'endoctrinement dans les universités

Dans une vidéo de campagne, Trump dévoilait son plan pour démanteler le système d’endoctrinement américain à l’université en saisissant les fonds des universités qui refusent de se conformer à son système d’accréditation.  L'accréditation des établissements d'enseignement supérieur vise à assurer la qualité et de la surveillance des établissements dans le cadre de la loi sur l'enseignement supérieur (Higher Education Act). Pour que les étudiants d'un établissement puissent bénéficier des milliards de dollars de subventions et de prêts fédéraux chaque année, l'établissement doit d'abord être accrédité par un organisme d'accréditation indépendant à but non lucratif qui répond à certaines normes fixées par le gouvernement fédéral.

Résumé de la vidéo :

1. « Notre arme secrète sera le système d’accréditation des universités. »

2. « Renvoyez les accréditeurs de la gauche radicale qui ont permis à nos universités d’être dominées par des maniaques et des fous marxistes. »

3. « Nous accepterons alors les candidatures de nouveaux accréditeurs qui exigeront à nouveau de vraies normes pour les universités. »

« Ces normes incluront la défense de la tradition américaine et de la civilisation occidentale, la protection de la liberté d’expression et l’élimination des postes administratifs inutiles qui font grimper les coûts. »

4. « Supprimer tous les bureaucrates marxistes chargés de la diversité, de l’équité et de l’inclusion, offrir des options pour des diplômes accélérés à faible coût, fournir des services de placement et de carrière pertinents, et mettre en place des examens d’entrée et de sortie de l’université pour prouver que les étudiants apprennent réellement et qu’ils en ont pour leur argent. »

5. « Demander au ministère de la Justice d’engager des poursuites fédérales en matière de droits civils contre les établissements qui continuent à pratiquer la discrimination raciale. »

6. « Les établissements qui persistent à pratiquer une discrimination explicite et illégale sous le couvert de l’équité verront non seulement leurs dotations taxées, mais, par le biais de la réconciliation budgétaire, j’avancerai une mesure visant à leur infliger une amende pouvant aller jusqu’à la totalité de leur dotation. »

7. « Les fonds saisis seront ensuite utilisés pour dédommager les victimes de ces politiques illégales et injustes. »


vendredi 23 février 2024

Anne Coffinier et la défense de la liberté scolaire

Entretien avec Anne Coffinier, énarque, ancienne diplomate, fondatrice de l’association Créer son école. Depuis plus de 20 ans, elle défend la liberté scolaire et accompagne les créateurs d’écoles indépendantes en France, ainsi que les parents qui pratiquent l’instruction en famille (IEF).
  • 00:44 : Présentation de Créer son école
  • 02:48 : École libre, indépendante, hors contrat ?
  • 04:20 : Historique de l’école privée
  • 07:10 : Le cas du lycée Averroès
  • 09:30 : Les Français sont attachés au privé
  • 11:08 : Le séparatisme islamiste passe-t-il par l’école ?
  • 15:00 : Hors contrat, hors contrôle ?
  • 18:05 : Revoir les relations entre le public et le privé
  • 21:40 : L’interdiction de l’école à la maison (IEF)
  • 25:20 : Le succès trompeur du privé sous contrat
  • 28:40 : L’éducation, domaine régalien ?
  • 30:30 : Comment nos élites font sécession par l’école
  • 38:50 : L’ascenseur social bloqué
  • 41:01 : Peut-on réformer l’Éducation nationale ?
  • 49:05 : La scolarisation à 3 ans et IEF
  • 55:01 : La place des parents d’élèves
  • 1:01:31 : Faire payer l’école publique ?
  • 1:03:45 : Les élèves perturbateurs
  • 1:12:20 : 15 ans pour tout changer
  • 1:14:40 : L’autonomie des établissements

mercredi 21 février 2024

« Le monopole d’État sur l’éducation n’est pas dans l’esprit des Lumières »

Ancien professeur à l’ESCP et maître de conférences à HEC, Philippe Nemo est l’auteur de Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ?  (Grasset) et du Chaos pédagogique (Albin Michel). Il revient ici sur la longue histoire des combats pour la libéralisation de l'école.  Philippe Nemo, ci-dessus, a traduit et préfacé l’année dernière le livre important du philosophe Enzo Di Nuoscio, Pourquoi les humanités sauveront la démocratie (Éditions PUF).


— De quoi l’affaire Stanislas est-elle révélatrice ?


— La campagne menée contre Stanislas, visiblement concertée, est un déchaînement de haine contre le christianisme, la bourgeoisie, l’excellence, la liberté. Je suis assez âgé pour avoir été témoin de cent autres éruptions du même genre, qui sont retombées ensuite du fait de leur inconsistance. L’épisode ne m’inquiète donc pas. Mais il est une occasion de reposer le problème des structures de l’éducation en France. Nous savons, grâce à Mediapart, que l’Inspection générale chargée d’enquêter sur Stanislas a écrit qu’elle « ne confirme pas les faits d’homophobie, de sexisme et d’autoritarisme mis en avant par les articles de presse », tout en ajoutant que « la culture de l’établissement, “l’esprit Stan”, peut favoriser de telles dérives ». Voilà donc que l’État voit d’un mauvais œil, non des contraventions réelles à des règles juridiques, mais des intentions supputées. Il sonde les cœurs et les reins, comme jadis l’Inquisition. L’école Stanislas sent le fagot. on voit que, dans cette affaire, les plus « catholiques » ne sont pas ceux qu’on croit. En tout cas, cet exemple où l’État s’en prend directement à l’esprit (le mot est écrit) montre bien qu’il prétend exercer un pouvoir spirituel, être une Église.

— Qu’entendez-vous par « pouvoir spirituel » ?


— C’est la faculté de discerner le vrai du faux, le bien du mal, le beau du laid. L’État ne peut prétendre à aucun titre détenir un tel pouvoir, pressé qu’il est par des responsabilités pratiques urgentes, qui l’empêchent de cultiver pour lui-même ces idéaux de l’esprit. C’est là l’office de pouvoirs spirituels détachés, jadis l’Église, aujourd’hui encore en partie les Églises, mais aussi les scientifiques, les intellectuels, les artistes, la presse, les think tanks, en fait toute la société civile. Or en France, du fait du monopole qu’il exerce sur l’école, l’État détient ce pouvoir spirituel simultanément à son pouvoir temporel. Il prétend dire ce qu’il faut enseigner et comment l’enseigner. Par la voix des inspecteurs généraux, il énonce que ne pas vouloir enseigner la sexualité à Stanislas de la manière souhaitée par l’idéologie LGBTQ+ est « mal », que c’est une « dérive ». Qu’est fini le temps où on accusait les éducateurs d’attenter aux bonnes mœurs, qu’en notre temps il faut condamner ceux qui refusent d’y attenter. Cette confusion des pouvoirs spirituel et temporel est le propre des sociétés totalitaires. Au contraire, dans toutes les démocraties libérales, les deux pouvoirs sont séparés.

—Pourquoi en va-t-il autrement en France ?


— C’est un héritage de notre histoire récente. Le monopole de l’État sur l’éducation n’est nullement un « droit régalien » ancien. Il a été établi par Napoléon en 1806. Auparavant, l’éducation était faite ou contrôlée par l’Église. La Révolution a été partagée à ce sujet : seuls les Jacobins voulaient une éducation monopolistique d’État. Quand la Terreur prit fin, la Constitution de l’an III affirma la liberté d’enseignement, conforme aux idées des Lumières. Les hommes des Lumières avaient promu la liberté de resont cherche scientifique et l’esprit critique ; ils n’avaient certes pas combattu le dogmatisme de l’Église pour applaudir à la mise en place d’un nouveau dogmatisme d’État. Tout ce qui était libéral en France au XIXe siècle contesta donc le monopole napoléonien, qui fut aboli par trois lois, celle de Guizot (1833) libérant le primaire, la fameuse loi Falloux (1850) le secondaire, la loi Dupanloup-Laboulaye (1875) le supérieur (d’où la création des universités catholiques de Paris, Lille, Lyon, Angers, Toulouse). Mais, quand les républicains obtinrent le pouvoir complet en 1879, ils voulurent réutiliser et durcir le monopole napoléonien parce que c’était un outil bien commode pour terrasser l’Église. Cependant, Jules Ferry vit très bien qu’il y avait un grave danger à placer pouvoirs spirituel et temporel dans les mêmes mains. Il crut résoudre le problème en instituant des conseils, des commissions, des jurys « souverains » qui proposeraient des programmes et nommeraient les professeurs. Il crut ainsi pouvoir scinder le pouvoir d’État en deux pouvoirs, l’un gouvernemental, l’autre scientifique, chargés respectivement de l’intendance et des choses de l’esprit.

Donc, tout était pour le mieux ? Hélas non, car des forces partisanes s’emparèrent très vite de l’enseignement public. Elles étaient animées, depuis leurs origines, par un profond mouvement néomillénariste, très proche, dans sa structure, de la religion judéo-chrétienne qu’elles combattaient. Elles avaient donc un dogme. Peu de temps après, quand elles devinrent marxistes, leur philosophie de l’histoire les persuada qu’elles savaient très bien ce que le vrai et le faux, le bien et le mal et qu’elles n’avaient pas à attendre ces connaissances d’une pratique modeste, progressive, collective et critique de la science. Dès lors, le pluralisme disparut de l’Éducation nationale. L’État républicain, qui s’était attribué un monopole scolaire déjà contestable en lui-même, se laissa déposséder de ce monopole par lesdites forces partisanes. Et ce sont elles, non l’État démocratique, qui persécutent aujourd’hui les écoles privées sous contrat et hors contrat coupables de ne pas partager leur idéologie.

— Comment pourrait-on séparer à nouveau les pouvoirs spirituel et temporel dans l’éducation ?

En développant le pluralisme scolaire. Je crois qu’on peut poser les principes suivants. D’une part, l’école doit être libre, si l’on veut échapper à la tyrannie des nouveaux Torquemada. Mais, d’autre part, elle ne doit pas être abandonnée au pur marché, car il y a des motifs impérieux pour que l’éducation, qui profite à toute la société, soit financée et contrôlée en partie par la puissance publique. Or il existe un moyen bien simple de concilier ces deux exigences : c’est de découpler financement et prestation. On peut parfaitement avoir un financement collectif de l’éducation, ou du moins de l’éducation générale de base, et une prestation du service éducatif par une pluralité d’acteurs libres et concurrentiels. Cette formule peut se décliner de différentes façons. On peut financer les familles par des « bons » (vouchers) éducatifs apportés ensuite aux établissements qu’elles choisissent. On peut aussi, et cela est sans doute plus réaliste, financer des établissements qui, dès lors qu’ils satisfont à un certain cahier des charges, auront le droit de définir eux-mêmes leur pédagogie et leurs programmes, c’est-à-dire leur « esprit ». C’est ce qui se fait déjà en partie en France, bien imparfaitement, avec les contrats d’association : l’État finance des établissements privés tout en reconnaissant leur « caractère propre ». Ce principe peut et doit être généralisé.

Source : Le Figaro Magazine


Le Figaro Magazine



jeudi 1 février 2024

France — Dix raisons pour lesquelles les parents choisissent l'école privée

1. L'école est en faillite

les mauvais scores obtenus par la France dans la dernière enquête Pisa en témoignent : le moteur est grippé, quelque chose ne fonctionne plus dans l’éducation nationale. dans ce palmarès qui classe les systèmes éducatifs dans le monde, la France figure à la 23e place. elle est classée 22e en mathématiques, 24e en compréhension de l’écrit, 22e en sciences parmi les 38 pays de l’OCDE. les résultats de la France sont « parmi les plus bas jamais mesurés », avec une chute vertigineuse du niveau en mathématiques depuis 2018. bien entendu, l’enseignement public comme l’enseignement privé ont leur part de responsabilité dans ce naufrage. Mais celle du public est proportionnelle à son poids dans l’éducation nationale ; or sur les 12 millions d’élèves fréquentant les écoles, collèges et lycées de notre pays, plus de 83 % sont scolarisés dans des établissements publics !


2. Le privé, ça marche


Il n’y a pas de secret : l’une des raisons qui poussent les parents à inscrire leurs enfants dans les établissements privés tient aux meilleurs résultats que ceux-ci obtiennent sur le plan scolaire. Plusieurs tests le démontrent. À l’entrée en sixième, les élèves sont par exemple évalués sur leurs capacités de compréhension d’un texte en français. lors des dernières évaluations, menées en septembre 2023, ceux issus du privé ont obtenu la note de

272,6 points, contre 240,5 dans le public… soit plus de 32 points d’écart. Au collège, cet écart se confirme : 97 % des élèves du privé décrochent leur brevet, contre 87 % dans le public. Idem pour le baccalauréat où le taux de réussite dans la filière générale et technologique atteint 98 % dans le privé, contre 94 % dans le public.

3. Des professeurs plus présents

En matière d’absentéisme, les derniers chiffres connus sont ceux communiqués par le ministère de l’Éducation nationale pour l’année scolaire 20182019. Durant cette période, 45 % des personnels des corps enseignants du secteur public ont eu au moins un congé pour raison de santé, contre 36 % pour les corps enseignants du second degré du secteur privé. Durée d’absence moyenne dans le public : 16,9 jours contre 13,1 jours dans le privé. Et que dire des heures non remplacées, évoquées maladroitement par Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, pour justifier son choix d’inscrire son fils à Stanislas plutôt qu’à l’école publique Littré (Paris, 6e arrondissement) qui, comme tout établissement scolaire et malgré son excellente réputation, n’échappe pas au casse-tête de la gestion des remplacements ! « Ma fille a fait tout son primaire à l’école Littré et en 2021, alors qu’elle était en CM2, son professeur a eu des problèmes de santé, témoigne un père d’élève que nous avons interrogé. Il a fallu attendre quatre mois avant qu’il soit enfin remplacé et, en attendant, les élèves ont été dispatchés dans des classes de niveaux inférieurs ce qui leur a fait prendre du retard et a suscité la colère de nombreux parents d’élèves. La directrice elle-même était désespérée de cette situation. » Et notre témoin de poursuivre : « Nous avons vécu une année scolaire infernale. Chaque lundi, on se demandait si la maîtresse serait enfin là ! » Ce fâcheux contretemps n’a pas empêché la jeune élève de rejoindre par la suite l’ENC Blomet, un établissement privé d’excellence du 15e arrondissement parisien… « Je n’ai pas le souvenir que l’un de ses professeurs ait été en arrêt maladie aussi longtemps depuis son inscription au collège l’an dernier ! » lance son père.

Si les remplacements sont si compliqués dans l’enseignement public, c’est peut-être en raison du manque de professeurs, dira-t-on. Mais curieusement, le public compte de nombreux enseignants titularisés (16 % des effectifs titulaires du premier degré public, 6 % de ceux du second degré) qui ne font pas cours !

« Ramener les taux du public au niveau du privé permettrait ainsi de remettre face aux élèves plus de 30 800 enseignants dans le premier degré public et plus de 11 700 enseignants dans le second degré public, tout en réalisant une économie de 3 milliards d’euros », estime une étude de la Fondation Ifrap (Société civile, octobre 2021).

4. Davantage d'autonomie dans le privé

Véritables chefs d’orchestre, les directeurs d’établissements privés ont bien plus d’autonomie que dans le public. Outre la bonne gestion des comptes, l’entretien des bâtiments, ils sont aussi chargés de recruter les enseignants contractuels ou remplaçants, et font même passer des entretiens aux enseignants titulaires souhaitant changer d’établissement. Résultat : une plus grande cohésion de l’équipe pédagogique. « Dans le public, les chefs d’établissement n’ont la main que sur les emplois du temps, ils doivent passer par le rectorat pour gérer les équipes pédagogiques, tandis qu’une collectivité gère le personnel technique et les questions matérielles » remarque la Fondation Ifrap.

5. Moins de grèves

Cela n’échappe à personne : les enseignants et personnels font rarement grève dans les établissements d’enseignement privé. Tel n’est pas le cas dans l’enseignement public. Prochain rendez-vous : le 1er février, à l’appel de plusieurs syndicats dont l’Unsa Éducation, au nom de la défense de l’école publique et laïque. « Nous l’école publique, on la respecte », dit le syndicat.

6. Plus d'autorité, moins de drogue et d'incivilités…

« Les enfants sont clairement mieux encadrés que dans le public », témoigne une mère de famille qui a connu les « deux écoles » et dont les enfants sont aujourd’hui inscrits dans un établissement privé parisien. « Les jeans troués, les débardeurs et les téléphones portables sont interdits, le maquillage est prohibé pour les filles… C’est très positif pour les jeunes d’avoir un cadre, surtout durant les années de collège où ils doivent se construire. » Nombre de parents qui optent pour les établissements privés sont à la recherche de ce petit supplément d’autorité qui se fait de plus en plus rare. L’enseignement privé fait par ailleurs figure de citadelle face à la montée de l’insécurité en milieu scolaire. La violence à l’école n’est pas un mythe : 427 incidents graves s’y produisent chaque jour, soit 69 000 incidents par an dans le second degré. Plus de 79 % sont des atteintes à la personne, 4,8 % des incidents liés à la consommation de drogues ou à un trafic ; 4,5 % sont liés à un port d’arme blanche ou d’objet dangereux.

7. Un choix de conviction

Offrir à son enfant un cadre approprié à sa réussite scolaire, faire en sorte qu’il reçoive une éducation religieuse, favoriser son épanouissement, le développement de ses talents, son désir d’engagement au service des autres… Telles sont les motivations de nombreux parents optant pour le privé. « Dans l’école privée où est inscrit mon fils, on propose aux élèves de faire des maraudes le soir, ou encore du soutien scolaire à des enfants du quartier », témoigne un père de famille, entrepreneur à Lyon. Pour beaucoup de parents, opter pour l’enseignement privé est une façon de garantir une certaine cohérence entre l’éducation transmise à la maison et celle dispensée par le corps enseignant et les éducateurs. Ils sont d’ailleurs très sollicités pour participer à la vie de l’établissement, préparer le marché de Noël, la fête annuelle… Cette recherche d’harmonie et de cohérence est essentielle pour comprendre pourquoi certains parents, qui payent

déjà des impôts, acceptent de régler en plus des frais de scolarité alors qu’ils pourraient se contenter de profiter de l’école publique et gratuite.

8. Une offre plurielle

Si les établissements d’élite occupent le devant de la scène, l’enseignement privé est constitué d’une multitude d’écoles, collèges et lycées qui permettent aux parents d’opérer un vrai choix, en fonction du niveau scolaire de leur enfant et des priorités qui sont les leurs. Certains mettent davantage en avant la réussite scolaire, d’autres les langues, la religion, le sport… Avec l’émergence des établissements hors contrat, cette pluralité de l’offre éducative n’a fait que se renforcer. En 2023, ces écoles dites indépendantes scolarisent près de 100 000 élèves dans plus de 2 470 établissements (maternelle, primaire, collège et lycée). Il se crée environ 120 établissements hors contrat par an. « Contrairement aux établissements de l’Éducation nationale, les établissements indépendants jouissent d’une grande liberté : recrutement des enseignants, choix des méthodes, des horaires et des programmes, etc. Cette liberté leur permet de s’adapter rapidement et facilement aux besoins des élèves », note la Fondation pour l’École. Elle permet aussi de proposer des modèles d’enseignement très novateurs, comme par exemple celui mis en place par l’Académie musicale de Liesse – une école maîtrisienne où l’on apprend autant à travailler qu’à chanter – à laquelle Le Figaro Magazine a consacré un reportage complet en septembre 2023.

9. Une priorité : l'épanouissement des élèves

Nombre d’établissements privés ne se contentent pas de délivrer l’enseignement prévu par les programmes de l’Éducation nationale. Ils s’intéressent au développement de la personnalité des élèves, à leurs talents, en cherchant à les armer pour la vie comme l’explique Mathieu, ancien élève de l’École alsacienne, un établissement huppé du 6e arrondissement de Paris. « J’ai étudié à l’École alsacienne de la sixième à la terminale dans les années 1980. Elle présentait aux yeux de mes parents beaucoup d’avantages. D’abord, elle proposait à ses élèves une réelle ouverture sur le monde en proposant de nombreux voyages à l’étranger (Rome, Florence, Prague…) ou dans nos régions (Alsace, Quercy…) dès notre plus jeune âge. On y enseignait aussi des langues inhabituelles (chinois, russe, hébreu…). On pouvait parallèlement pratiquer des disciplines variées, comme le théâtre. Il y avait également des compétitions sportives contre d’autres établissements, renforçant notre esprit de corps. Dès le début, j’ai pu observer la proximité entre les élèves et les profs. On continuait volontiers nos échanges au café. Ils étaient soucieux de nous faire progresser dans nos domaines de prédilection ; ne s’acharnaient pas à nous faire aimer une matière qui nous rebutait et savaient miser sur notre épanouissement. Sous leur impulsion, on avait le sentiment de pouvoir penser “autrement”. Ils veillaient, par ailleurs, à nous faire travailler en équipe. Ils nous responsabilisaient, sans sévérité. Loin de l’image de la fameuse “austérité protestante”. Après notre scolarité, ils ont toujours été heureux de nous revoir, mon groupe d’amis et moi. Et vice versa. Nous sommes même devenus copains avec un certain nombre d’entre eux. »

10. Une école loin d'être réservée aux plus riches

Contrairement à une idée reçue, les écoles privées ne sont pas réservées aux plus riches. Dans nombre d’établissements privés, notamment catholiques, il règne un véritable esprit de solidarité. Certains attribuent par exemple des aides financières, sous certaines conditions, pour accompagner les familles rencontrant des difficultés. En mai 2023, l’enseignement privé s’est par ailleurs engagé à demander aux établissements de pratiquer des tarifs différenciés en fonction des revenus des familles. « Actuellement, environ 30 % d’entre eux le font, mais je souhaiterais qu’une très large majorité le fasse », a déclaré Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique, promettant que le nombre d’établissements proposant des contributions modulées augmentera au minimum de 50 % en 5 ans. Autre engagement : doubler en cinq ans le nombre de boursiers (12 % des élèves aujourd’hui) dans les établissements privés sous contrat.

Des établissements qui savent concilier exigence et bienveillance, ouverture d’esprit et sens des responsabilités...

Source : Figaro magazine