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dimanche 20 septembre 2026

Le plan « nataliste » du PQ : couverture de la SRC et réaction de Mme Fréchette


Le 20 septembre, le Parti québécois a présenté une série de mesures destinées à soutenir les familles et à enrayer le déclin de la fécondité : 10 000 nouvelles places en CPE en quatre ans, en plus des 15 000 déjà prévues, bonification du Régime québécois d’assurance parentale, remboursement des deuxième et troisième cycles de fécondation in vitro et supplément aux allocations familiales pour les troisième et quatrième enfants. Ce dernier atteindrait 350 $ par année pour le troisième enfant et 700 $ pour le quatrième. Le Parti québécois présente ces mesures comme un ensemble destiné à permettre aux familles de réaliser leur projet familial.

La couverture de Radio-Canada et la réaction de Christine Fréchette soulèvent toutefois plusieurs questions. Certaines sont de simple précision factuelle; d’autres concernent le choix des éléments mis en avant et ceux qui sont laissés de côté. Quant au plan du PQ lui-même, on peut prendre au sérieux son diagnostic sans pour autant considérer que l’ampleur des mesures annoncées soit nécessairement à la hauteur du problème.

Une présentation étonnamment lacunaire de la SRC

Comparés aux autres encadrés consacrés aux partis, les quelques mots réservés au programme du PQ donnent une image particulièrement appauvrie de ses propositions. Pas un mot sur les montants, les modalités, le RQAP, la FIV ou le supplément au 3e et au 4e enfant. L’encadré vide le programme dont le texte, deux paragraphes plus loin, souligne le caractère nataliste.

La remontée à 1,73 est escamotée

La SRC écrit :

« Le taux de fécondité, présentement au Québec, est de 1,33, a affirmé le chef péquiste. C'est le plus bas de notre histoire.

L'Institut de la statistique du Québec le  place plutôt à 1,36 pour l'année 2025, à égalité avec le taux enregistré en 1986. »

Notons que la SRC se trompe même d’année pour le creux, elle écrit 1986, il s'agit de 1987.

Entre le précédent creux de 1987 et le taux de 2025, l’indice synthétique de fécondité québécois est fortement remonté : 1,42 en 1988, 1,51 en 1989, 1,63 en 1990, puis 1,73 en 2008 et en 2009, avant de redescendre jusqu’à 1,33 en 2024 et 1,36 en 2025. La série historique de l’ISQ est parfaitement claire.

Or cette remontée importante est escamotée dans le traitement de Radio-Canada : on passe simplement du précédent creux au niveau actuel. Cet escamotage permet de présenter une histoire beaucoup plus simple que la réalité: le Québec s’inquiétait déjà de sa faible fécondité en 1987, il s’en inquiète encore aujourd’hui et, malgré des décennies de politiques familiales, il serait finalement au même point. Pourquoi tout ce foin donc?

Mais ce n’est pas toute l’histoire. La question intéressante n’est pas de savoir que le Québec est à nouveau à 1,36; il faut d'abord dire qu'il est monté à 1,73, comprendre les raisons de cette hausse, puis pourquoi il a reperdu ces 0,37 enfant par femme.

Cette question oblige notamment à examiner les politiques familiales mises en œuvre pendant cette période, au lieu de considérer rétrospectivement que les expériences antérieures ont été globalement vaines ou de supposer que les politiques actuelles constituent nécessairement la bonne réponse.

Le « bébé bonus » : ni miracle ni échec pur et simple

Le programme d’allocation à la naissance instauré par le gouvernement Bourassa en 1988 était beaucoup plus généreux que le supplément annoncé aujourd’hui par le PQ : 500 $ pour le premier enfant, 1 000 $ pour le deuxième et jusqu’à 8 000 $ pour un troisième enfant ou un enfant de rang supérieur.

Mme Fréchette affirme, selon l'article de SRC, que ce programme d'allocation à la naissance a été « un échec ».

Le programme a été abandonné en 1997 et son bilan politique a souvent été présenté par les médias et les politiciens progressistes comme celui d’un échec. Mais il faut distinguer ce jugement politique de ce que les travaux empiriques ont effectivement établi.

L’économiste Kevin Milligan a estimé que le programme avait contribué à plus de 93 000 naissances supplémentaires entre 1989 et 1996, pour un coût moyen d’environ 15 000 $ par naissance supplémentaire. Il a également estimé un effet positif important sur les naissances de rang élevé. Cardus reprend ces résultats dans son étude consacrée à la dénatalité québécoise.

Ces résultats ne signifient évidemment pas que le « bébé bonus » aurait à lui seul provoqué la remontée jusqu’à 1,73. Une évolution démographique n’a jamais une cause unique. Ils signifient en revanche que « le programme n’a pas résolu la dénatalité » et « le programme n’a eu aucun effet » sont deux propositions très différentes. La seconde n’est pas compatible avec les résultats de cette évaluation.

Le bilan honnête est donc plus nuancé : le programme semble avoir produit un effet démographique réel, mais relativement coûteux et insuffisant à lui seul pour maintenir durablement une fécondité élevée. Ce n’est ni une recette miracle ni un non-événement. Nous disons relativement coûteux car le programme des CPE mis de l'avant par la suite est nettement plus coûteux comme nous le verrons ci-dessous.

Deux politiques, deux échelles de dépenses

La comparaison des moyens financiers permet aussi de relativiser les jugements portés sur les politiques familiales québécoises. Le « bébé bonus » de 1988-1997, que l’on présente volontiers comme un échec, a coûté au total environ 1,4 milliard de dollars sur huit ans, soit quelque 176 millions par année en moyenne. Selon l’évaluation de Kevin Milligan, il aurait pourtant entraîné environ 93 000 naissances supplémentaires. L’étude de l’Institut C.D. Howe chiffre le coût moyen à environ 15 000 $ par naissance supplémentaire.

À titre de comparaison, le gouvernement du Québec consacre aujourd’hui 3,8 milliards de dollars par année au financement des services de garde éducatifs à l’enfance, qui comprennent les CPE, les garderies subventionnées et non subventionnées ainsi que les services de garde en milieu familial. Le budget de dépenses 2026-2027 indique 312 349 places et 3,8 milliards de dollars de financement. Tout cela alors que le Québec atteint à nouveau un creux historique démographique.

Il faut évidemment comparer avec prudence des politiques qui n’ont ni le même objectif ni la même structure. Mais l’ordre de grandeur est difficile à ignorer : le financement annuel actuel de l’ensemble des services de garde est environ vingt-deux fois supérieur à la dépense annuelle moyenne du « bébé bonus ».

Cette comparaison ne permet évidemment pas de juger de l’efficacité respective des deux politiques : elles n’ont ni les mêmes objectifs ni la même structure. Elle donne néanmoins une idée de l’écart d’échelle : le financement annuel actuel de l’ensemble des services de garde est environ vingt-deux fois supérieur à la dépense annuelle moyenne du “bébé bonus”. Dès lors, il serait pour le moins étrange de qualifier automatiquement l’un de succès et l’autre d’échec sans préciser le critère retenu.

Notons, en outre, que le bilan des CPE est loin d’être unanime : les travaux de Baker, Gruber et Milligan ont associé le programme à une hausse de l’anxiété, de l’agressivité et de l’hyperactivité, sans gain cognitif durable, cependant que d’autres évaluations insistent sur l’emploi des mères et la conciliation travail-famille.

Quand on compare les CPE et le « bébé bonus », il faut constater que les critères utilisés pour juger leur efficacité ne sont manifestement pas les mêmes et que ces critères dépendent d'une vision du monde. L’un juge d’abord le renouvellement des générations ; l’autre, le taux d’emploi des mères. On peut tenir les deux pour légitimes. On ne peut pas déclarer l’un « échec » et l’autre « succès » sans dire quel critère principal on a choisi. 

Si l’objectif des garderies était de réduire l’écart entre le nombre d’enfants souhaité et le nombre effectivement né, il faut mesurer cet effet.

Or le bilan démographique rend cette question difficile à éluder. En 2025, le Québec a enregistré 78 200 naissances pour 80 450 décès. Les décès ont donc dépassé les naissances pour une deuxième année consécutive. L’âge moyen à la naissance du premier enfant atteint désormais 30,2 ans. L’ISQ fournit ces données dans son bilan démographique de 2025.

« Cela ne reflète pas ce que veulent les Québécois » ?

Réagissant au plan du PQ, Christine Fréchette l’a qualifié de clairement « nataliste » et a déclaré : « Je crois que cela ne reflète pas ce que veulent les Québécois. » Ses propos ont notamment été rapportés par TVA Nouvelles.

Cette affirmation appelle une question simple : qu’est-ce que veulent les Québécois en matière de nombre d’enfants?

Un indice synthétique de fécondité de 1,36 ne répond évidemment pas à cette question. Il mesure une fécondité observée, pas un idéal familial. Les deux notions ne doivent pas être confondues.

Les données de Cardus sont précisément intéressantes sur ce point. Dans son étude consacrée au Québec, Cardus rappelle qu’un sondage du ministère de la Famille montre que 66,7 % des jeunes Québécois souhaitent avoir des enfants et que, parmi ceux qui en désirent, 90,3 % souhaitent en avoir au moins deux. Une autre enquête de Cardus auprès de femmes canadiennes montre, selon les groupes d’âge, des nombres d’enfants désirés de 2,00 à 2,40; 59,8 % des femmes interrogées déclarent avoir moins d’enfants qu’elles ne le souhaiteraient.

Ces données ne démontrent pas qu’une politique particulière permettrait de combler cet écart. Elles établissent néanmoins un point important : la faiblesse de la fécondité réalisée ne peut pas être assimilée à une préférence collective pour les familles de 1,36 enfant.

La déclaration de Mme Fréchette est donc, pour le moins, insuffisamment étayée. Si elle veut dire que les Québécois ne souhaitent pas une politique explicitement pronataliste, cette proposition pourrait être étayée par des données d’opinion portant précisément sur ce sujet. Si elle veut dire que les Québécois ne souhaitent pas avoir davantage d’enfants que n’en indique leur fécondité actuelle, les données disponibles ne permettent pas de l’affirmer.

Cette lecture du « désir » des Québécois n’est d’ailleurs pas un accident de conférence de presse. Plus tôt dans la campagne, face à la proposition conservatrice de verser une aide directement aux parents qui gardent leurs jeunes enfants à la maison, Mme Fréchette a repris le désormais très vieux soupçon : l’argent qui suit l’enfant, plutôt que la place en service de garde, ramènerait les femmes aux berceaux et aux fourneaux. Rappelons que cette formule est ancienne, déjà en 1982, Claire Bonenfant, alors présidente du Conseil du statut de la femme, craignait qu’une politique familiale encore embryonnaire ne soit un natalisme « déguisé » renvoyant les femmes « aux berceaux et aux fourneaux » (p. 125). La rhétorique n’a pas changé depuis près d’un demi-siècle. La situation démographique, elle, n’est plus la même : le Québec enregistre maintenant plus de décès que de naissances.

Dans les déclarations de Christine Fréchette, le choix parental semble n’être pleinement légitime que lorsqu’il coïncide avec le modèle qu’elle juge émancipateur — les deux parents au travail, l’enfant en institution. L’autonomie, dans cette logique, ne consiste pas à laisser une mère ou un père arbitrer entre le CPE, les grands-parents ou la maison ; elle consiste à orienter fiscalement et rhétoriquement vers une seule de ces options. 

Mme Fréchette dit « nataliste » comme on dit « réactionnaire » : non pour décrire une mesure, mais pour la rendre moralement suspecte. Un supplément de 350 $ au troisième enfant est une aide ciblée, d’ailleurs trop modeste. Le logiciel de la chef de la CAQ est suranné, c'est un vieux réflexe : traiter le désir d’enfant comme une menace pour l’autonomie, plutôt que comme un projet que l’État peut lever ou entraver.

Le plan du PQ est très modeste 

On peut prendre au sérieux le diagnostic du PQ sans considérer que l’ampleur des mesures annoncées soit nécessairement à la hauteur du défi.

Le choix de cibler le troisième enfant n’est pas absurde : le passage de deux à trois enfants entraîne souvent des dépenses qui changent d’échelle, notamment en matière de logement et de transport. Le PQ met d’ailleurs lui-même l’accent sur ces coûts.

Mais 350 $ par année pour le troisième enfant et 700 $ pour le quatrième ne constituent pas un nouveau « bébé bonus » comparable à celui de la fin des années 1980. Même en tenant compte des autres mesures — RQAP, CPE et fécondation in vitro —, l’incitation financière directe à avoir un troisième enfant demeure limitée.

Il serait donc prématuré de présenter ce plan comme capable, à lui seul, de renverser la tendance. Si ces mesures sont adoptées, leur intérêt devra être évalué sur des résultats concrets : nombre de naissances supplémentaires, coût par naissance, effet sur le calendrier des naissances et surtout effet durable sur le nombre total d’enfants par famille.

Le PQ avec cette annonce a le mérite de poser explicitement la question de la fécondité. Le Québec est très loin du seuil de remplacement des générations et connaît désormais un accroissement naturel négatif.

samedi 19 septembre 2026

Les trois scénarios démographiques de la France au XXIe siècle

L’Obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a modé­lisé la trans­for­ma­tion de la popu­la­tion d’ici à 2100. Trois scé­na­rios se des­sinent en fonc­tion de l’évo­lu­tion des flux migra­toires et de la nata­lité. (L’inté­gra­lité de l’étude ainsi que sa métho­do­lo­gie seront dis­po­nibles sur le site de l’OID à par­tir du lundi 21 sep­tembre.)

D’ici à 2100, com­ment évo­luera la confi­gu­ra­tion de la popu­la­tion française selon les choix poli­tiques posés ? Quelle sera la part de la popu­la­tion pré­sen­tant des ascen­dances immi­grées euro­péennes ? Extra-euro­péennes ? Autant de ques­tions néces­saires à l’anti­ci­pa­tion de l’ave­nir, utiles à la com­pré­hen­sion de tous – citoyens comme déci­deurs – mais long­temps esqui­vées. Comme toute pro­jec­tion, celles pro­po­sées cia­près demeurent incer­taines mais donnent un aperçu des pos­si­bi­li­tés futures sui­vant une logique de scé­na­rios dif­fé­ren­ciés. Au regard du carac­tère très sen­sible du sujet, nous avons fait le choix de rete­nir des hypo­thèses métho­do­lo­giques pru­dentes, pou­vant conduire à mino­rer les pers­pec­tives réelles d’évo­lu­tion. 

En effet, la réa­li­sa­tion de pro­jec­tions démo­gra­phiques pour la popu­la­tion de la France consti­tue un exer­cice com­plexe et se heurte à deux prin­ci­pales dif­fi­cul­tés : 
  1. Les don­nées dis­po­nibles ne per­mettent pas d’esti­mer ou de pro­je­ter par­fai­te­ment les deux variables majeures du chan­ge­ment démo­gra­phique en France : les flux migra­toires et la fécon­dité ; 
  2. Il serait illu­soire de sup­po­ser que cer­taines don­nées démo­gra­phiques obser­vées récem­ment, qu’il s’agisse de la fécon­dité ou de la mor­ta­lité, se main­tiennent à l’iden­tique dans les décen­nies à venir, tant leur évo­lu­tion est sou­mise à de mul­tiples incer­ti­tudes. 
Ainsi, la pré­sente étude cherche à modé­li­ser un sys­tème dyna­mique d’une grande com­plexité à par­tir de don­nées impar­faites. Néan­moins, elle se veut cohé­rente avec les don­nées dis­po­nibles et s’ins­crit dans le champ maxi­mal du plau­sible. Notre objec­tif est de répondre au mieux à cette ques­tion : quelle sera l’évo­lu­tion migra­toire de la popu­la­tion de la France, durant notre siècle, selon les poli­tiques mises en œuvre ?

Scénario haut

350 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à la pour­suite des dyna­miques migra­toires enga­gées en France, mar­quées par des niveaux d’arri­vées his­to­ri­que­ment éle­vés et une ten­dance haus­sière des­si­née depuis vingt-cinq ans. Dans sa réponse à une ques­tion par­le­men­taire publiée le 5 août 2025, le minis­tère de l’Inté­rieur indique, au sujet des flux d’immi­grés, que « le chiffre de 500 000 entrées sur le ter­ri­toire natio­nal est une esti­ma­tion très proche de la réa­lité » en 2024. 

Le pos­tu­lat selon lequel les deux tiers d’entre eux consti­tuent des arri­vées per­ma­nentes appa­raît rai­son­nable. Pour sa part et sur cette même année, l’Insee avance une esti­ma­tion signi­fi­ca­ti­ve­ment plus basse de 313 000 entrées d’immi­grés au total – mais en recon­nais­sant une « rup­ture de série » dans sa méthode, sou­le­vant des doutes très sérieux quant à la fia­bi­lité de cette éva­lua­tion « sur échan­tillon ». Les chiffres ici rete­nus sont donc cré­dibles et même pru­dents, dans la mesure où l’immi­gra­tion semble méca­ni­que­ment vouée à croître dans l’ensemble de l’OCDE – comme le pré­voit l’Agence française de déve­lop­pe­ment – si des mesures poli­tiques contra­cy­cliques ne sont pas mises en oeuvre pour répondre à la « forte aug­men­ta­tion des pres­sions migra­toires ». 

Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2040. Leur part connaît ensuite une sta­bi­li­sa­tion vers 2070 à 65 % des nais­sances puis une légère baisse (voir expli­ca­tion infra). Dans la popu­la­tion géné­rale, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires au milieu des années 2070. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent quant à elles mino­ri­taires vers 2050. Ce scé­na­rio reflète l’évo­lu­tion pro­bable de la com­po­si­tion démo­gra­phique de la popu­la­tion du pays, si les obser­va­tions récentes se confirment. 

Il semble, au vu de la hausse ten­dan­cielle des flux, de l’émi­gra­tion de per­sonnes sans ascen­dance migra­toire, de la limite des trois géné­ra­tions et de la forte baisse de l’indice de fécon­dité (ICF) des femmes nées en France (paral­lè­le­ment à la hausse de l’ICF des immi­grées issues d’Afrique hors Magh­reb), que cette esti­ma­tion demeure très pru­dente et minore sans doute la part pro­je­tée des immi­grés et des­cen­dants au sein de la popu­la­tion.

Scénario intermédiaire

250 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à une baisse modé­rée des nou­veaux flux migra­toires, au regard des élé­ments par­ta­gés ci-des­sus. En ne se fon­dant que sur l’immi­gra­tion légale, extra-euro­péenne et adulte (soit une par­tie de l’ensemble), l’OCDE comp­ta­bi­li­sait déjà autour de 300 000 entrées per­ma­nentes en 2024.




Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2050, pour se sta­bi­li­ser vers 2080 autour de 55 % des nais­sances avant de connaître un léger reflux, lié au décompte « sans ori­gines migra­toires » des des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion – créant un effet de seuil. Les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans la popu­la­tion géné­rale dans les années 2090. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent mino­ri­taires vers 2060.

Scénario restrictif

Immi­gra­tion extra-euro­péenne divi­sée par 4 par rap­port au scé­na­rio inter­mé­diaire. 

Cette confi­gu­ra­tion cor­res­pon­drait à une res­tric­tion draconienne des flux migra­toires extra-euro­péens (les flux intra-UE demeu­rant libres sur le conti­nent). Une dimi­nu­tion de cette ampleur ne pour­rait résul­ter que de déci­sions poli­tiques très volon­ta­ristes, impli­quant une révi­sion du cadre consti­tu­tion­nel et euro­péen – notam­ment sur l’asile ou les flux fami­liaux. 

Ana­lyse des résul­tats : les ori­gines extra-euro­péennes sur trois géné­ra­tions attein­draient leur pic dans les nais­sances en 2050 (près de 35 %), avant de décroître en rai­son du fort taris­se­ment des flux migra­toires extra-­eu­ro­péens – et du pas­sage de nom­breux des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion dans la caté­go­rie « sans ascen­dance migra­toire ». Dans la popu­la­tion géné­rale, la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions se sta­bi­li­se­rait vers 2070 autour de 30 %.

Conclusion

Les scé­na­rios explo­ra­toires abor­dés dans cette étude per­mettent d’ima­gi­ner la com­po­si­tion démo­gra­phique du pays à l’hori­zon 2100, sui­vant diverses hypo­thèses de varia­tion des flux migra­toires (et des indices de fécon­dité). 

Comme spé­ci­fié dès le début du pré­sent docu­ment : des incon­nues demeurent, notam­ment sur la baisse de l’ICF des femmes sans ascen­dance migra­toire, l’émi­gra­tion des natifs ou encore la hausse ten­dan­cielle des flux, qui minorent méca­ni­que­ment la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne et de leurs des­cen­dants dans cha­cune des confi­gu­ra­tions. 

Ce tra­vail inédit pré­sente néan­moins l’avan­tage de quan­ti­fier – quoique de manière néces­sai­re­ment incer­taine – les effets démo­gra­phiques de l’immi­gra­tion à moyen et long terme, et de don­ner une idée des effets que diverses actions poli­tiques pour­raient pro­duire. 

Les divers scé­na­rios explo­rés dans le cadre de cette étude per­mettent de démon­trer que la com­po­si­tion de la popu­la­tion de la France variera très sen­si­ble­ment, dans les décen­nies à venir, selon les poli­tiques qui seront mises en œuvre – d’abord et avant tout sur le plan des flux migra­toires, mais aussi sur la fécon­dité dans une moindre mesure. Entre le scé­na­rio « haut » et le scé­na­rio « res­tric­tif », la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne connaît une dif­fé­rence de 30 points – net­te­ment majo­ri­taire dans un cas, net­te­ment mino­ri­taire dans l’autre.

La France de 2100, la com­po­si­tion de sa popu­la­tion et sa capa­cité de cohé­sion natio­nale se construisent donc dès main­te­nant, sur le fon­de­ment de choix poli­tiques struc­tu­rants.



Source : Le Figaro Magazine

jeudi 27 août 2026

Synthèse de la démographie mondiale (nouvelles récentes)

Voici une synthèse des mises à jour démographiques les plus marquantes récemment diffusées par Birth Gauge, chacune portant sur un pays distinct. Les chiffres sont ceux compilés à partir de sources nationales, d’estimations provisoires et de corrections démographiques. 

L'indice synthétique de fécondité (ISF), ou nombre moyen d'enfants par femme, mesure le nombre d'enfants qu'une femme aurait au cours de sa vie si elle connaissait à chaque âge les taux de fécondité observés une année précise. Le seuil de renouvellement des générations est fixé à environ 2,1 enfants par femme (ce nombre peut être plus grand dans les pays où la mortalité avant l'âge adulte est élevée).

1. Corée du Sud (légère hausse)

L'indice de fécondité a rebondi à 0,799 enfant par femme en 2025 (contre 0,748 en 2024), porté par une hausse de 6,7 % des naissances et surtout de 8,6 % des premiers enfants. Le nombre moyen d’enfants par mère continue toutefois de reculer (1,60), et la part des premiers-nés a encore augmenté au premier semestre 2026 (63,1 %).

2. Tunisie (baisse)

Les données définitives confirment un ISF de 1,54 en 2024, en recul par rapport à 1,58 en 2023. Le Maghreb urbain poursuit ainsi sa transition accélérée vers un non-remplacement des générations.

3. Jordanie

L'ISF en 2025 s’établit à 2,21 enfants par femme, légèrement au-dessus du seuil de renouvellement.

4. Israël (hausse)

Sur la base des naissances de janvier à juin, l'ISF 2026 atteint 2,94 (2,88 en 2025). Les Juifs se situent à 3,16, les musulmans à 2,75, les chrétiens à 1,63 et les « personnes sans religion » à 1,05.

En Israël, les personnes enregistrées officiellement comme « sans religion » (חסרי דת, hasrei dat) représentent un groupe juridique et social spécifique, souvent constitué d'immigrés non-juifs venus d'ex-URSS ou de personnes ne rentrant pas dans les cases du rabbinat orthodoxe.  Une grande partie de la population juive israélienne se définit comme laïque (חִלּוֹנִי, hiloni) dans son mode de vie, mais reste juridiquement rattachée au judaïsme par le biais de la loi du retour ou de l'ascendance, ce qui diffère du statut officiel de « sans religion » attribué à ceux qui n'ont aucune judéité reconnue par l'orthodoxie. Aussi paradoxalement que cela paraisse, on peut être un juif laïc/hiloni et athée quand sa judéité est définie à travers l'histoire, la culture, la langue et la nationalité plutôt qu'à travers la religion.

5. Iran

Les estimations provinciales pour 2025 révèlent de forts contrastes : le Sistan-Baloutchistan (ISF de 3,34) dépasse largement la moyenne nationale de 1,47, tandis que trois provinces sont déjà sous 1,0 enfant/femme. L’agglomération de Téhéran (Téhéran + Alborz) n’est plus qu’à 1,02.

6. Singapour (baisse)

L'ISF est tombé à 0,87 en 2025. Le gouvernement a annoncé un vaste train de mesures (soutien financier d’environ 70 000 $S par enfant, congés allongés, logement et crèches subventionnés). En comparaison des politiques familiales européennes, elles semblent cependant modestes.

7. Allemagne (baisse)

La population a reculé de 110 000 personnes en 2025, sous l’effet combiné d’une immigration moindre et d’un ISF de 1,31. Le nombre de nouveaux retraités approche un record historique.

8. Portugal (correction à la baisse)

Après une révision massive à la hausse de la population, l'ISF 2025 a été corrigé de 1,44 à 1,30.

9. Palestine (hausse)

L'ISF est remonté à 2,92 en 2025 (2,82 en 2024, année déprimée par la guerre). Les naissances ont reculé de 7,4 % en Cisjordanie mais ont fortement augmenté à Gaza.

10. El Salvador

Selon les dernières estimations, l'ISF 2025 s’établit à 1,12 enfant par femme.

11. États-Unis (légère baisse)

Les naissances 2025 ont légèrement diminué ; l'ISF se situe à 1,574 enfant par femme. Les naissances ont un peu baissé ; l’ISF aussi, d’environ 0,03 point. Seul le Dakota du Sud demeure proche du seuil de renouvellement.

Ventilation 2025

  • ISF national : 1,574 (1,60 en 2024).  
  • Hispaniques : 1,86 (1,93 en 2024)  
  • Blancs non hispaniques : 1,54 (1,53)  
  • Noirs non hispaniques : 1,44 (1,50)

Les Hispaniques restent au-dessus de la moyenne, mais baissent ; les Noirs non hispaniques passent sous les Blancs non hispaniques. L’ISF asiatique est encore plus bas, il était à 1,31 en 2023. 

12. Thaïlande (baisse)

Le recul des naissances s’est accéléré : l'ISF 2026 est estimé autour de 0,76-0,77, contre 0,87 en 2025. 

Selon le Financial Times : « L'endettement des ménages thaïlandais s'élève à 86 % du PIB, soit le niveau le plus élevé parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur dans le monde, selon la HSBC. Les consommateurs ont en effet recours à des emprunts pour financer leurs dépenses quotidiennes dans un contexte de ralentissement de la croissance économique et salariale. »

Cet endettement très élevé des ménages n'est qu'un élément supplémentaire qui expliquerait l'indice synthétique de fécondité (ISF) extrêmement bas de la Thaïlande.

13. Taïwan (baisse)

Sur six mois de 2026, l'ISF moyen mobile annuel glissant tombe à 0,62, après 0,70 en 2025. C’est l’un des niveaux les plus bas du monde.

14. Chine (légère baisse)

L'ISF 2026 est estimé à 0,70, dans la continuité de la baisse observée depuis plusieurs années (0,73 en 2025).

15. France (léger recul)

L'ISF 2026 s’établit à 1,54, en léger recul par rapport à 1,56 en 2025.

On constate que la fécondité des immigrés musulmans varie fortement selon le pays d’accueil. Elle est en général plus élevée en France qu’en Europe du Nord (Suède, pays nordiques). Birth Gauge l’attribue en partie à la manière dont les politiques familiales sont conçues et appliquées : le système français, plus généreux et plus universel, irait de pair avec une fécondité immigrée plus haute, alors que les systèmes nordiques, plus conditionnels ou moins favorables aux familles nombreuses, s’accompagnent d’une fécondité immigrée plus basse. En 2021, l'ISF des migrantes autour de 2,85 en France contre 1,86 en Suède, alors que les ISF des natives étaient proches. L’origine géographique des immigrants joue également un rôle important : la France reçoit davantage de populations d’Afrique du Nord et d’Afrique sahélienne que l’Islande ou la Suède. 

16. Congo-Brazzaville (République du Congo)

L’enquête DHS donne un ISF de 3,5 enfants par femme en 2023-2025 (urbain 3,0, rural 5,3), contre 5,1 treize ans plus tôt. C'est désormais l’un des ISF les plus bas d’Afrique subsaharienne, probablement parce que le pays est très urbanisé : plus de la moitié de la population vit à Brazzaville et à Pointe-Noire. 

17. Islande

En 2025, l’ISF national est de 1,56. La ventilation par citoyenneté, nouvellement publiée, inverse le schéma habituel d’Europe de l’Ouest : 1,78 pour les citoyennes islandaises et seulement 1,09 pour les étrangères. On note que l’Islande atteint ce niveau sans groupes à très forte fécondité : les familles nombreuses y restent rares. 

18. Paraguay

D’après les naissances enregistrées, on estime l’ISF 2025 autour de 1,65.   

Selon Birth Gauge : à terme, ce seraient surtout les Autochtones et les Mennonites (souvent germanophones) qui resteraient les plus féconds, tandis que les « Latinos » émigreraient davantage vers l’Espagne ou les États-Unis:

  •  Le recensement 2022 donne un ISF autochtone de 3,77. 
  • Les Mennonites (relativement) « modernes » du Chaco (Menno, Fernheim, Neuland) : souvent 3 à 4 enfants, déjà urbanisés, scolarisés, parfois installés à Asunción.

  • Mennonites traditionalistes d’Orient (Sommerfeld, Bergthal, etc.) : familles beaucoup plus nombreuses (on cite souvent 6 à 8 enfants). 

19. Afrique du Sud : passage sous le seuil de renouvellement

Stats SA prévoit l’ISF du pays en 2026 à 2,12 enfants par femme. Dans le contexte sud-africain, le seuil de renouvellement n’est pas 2,10 mais 2,16, à cause d’une mortalité plus élevée qu'en Occident. L’Afrique du Sud passe donc sous le remplacement. Il s'agirait du premier pays d’Afrique subsaharienne continentale dans ce cas.

Le recul est net : 2,78 en 2008 → 2,21 en 2025 → 2,12 en 2026.

Ventilation par groupe de population.

Stats SA ne publie pas, dans le rapport public 2026, l’ISF officiel par groupe de population. Cependant en utilisant la dernière enquête démographique (SADHS 2016) qui le faisait, on obtient ces ordres de grandeur, cohérents avec les pyramides des âges de Stats SA, sont :

Afrique du Sud — ISF par groupe de population Ordres de grandeur
Groupe Ordre de grandeur de l’ISF Commentaire
Noirs africains ≈ 2,2 – 2,3
Encore au-dessus du renouvellement, mais déjà bas pour l’Afrique
Coloured (métis) ≈ 2,0 – 2,1
Autour du seuil, peut-être juste en dessous
Indiens / Asiatiques ≈ 1,3 – 1,5
Nettement sous le renouvellement, proche des Blancs
Blancs ≈ 1,4 – 1,5
Nettement sous le renouvellement,  émigration des plus jeunes

Le Gauteng (Johannesburg–Pretoria et Soweto) aurait un ISF autour de 1,8. Même le groupe majoritaire n’est plus dans une fécondité « africaine classique », et les minorités blanches et indiennes sont depuis longtemps au niveau européen. 



samedi 22 août 2026

Corée du Sud — les ventes de pous­settes pour chien y ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés

Au détour d’une ruelle tran­quille de Gan­gnam, le menu allèche le pas­sant à une enca­blure des tours futu­ristes du siège de Sam­sung. « Ragu a la bolo­gnese », spa­ghet­tis « aglio olio » et « boeuf bour­gui­gnon » à des prix imbat­tables pour ce quar­tier huppé de Séoul. Langue pen­dante, un petit tou­tou blanc bou­clé, vêtu d’un sweat-shirt élé­gant, vend la mèche dans le coin droit du pré­sen­toir.

Un chien por­tant des lunettes anti-UV avec sa maî­tresse au K-pet Fair, salon dédié aux ani­maux de com­pa­gnie, à Séoul, le 17 juillet.

Dans la ten­ta­cu­laire capi­tale de Corée du Sud, Pat­ted est le pre­mier res­tau­rant à ser­vir aux ani­maux domes­tiques des plats gour­mets d’habi­tude réser­vée à leurs maîtres. « Les chiens fré­tillent face à la nour­ri­ture ser­vie aux humains. Je me suis dit qu’il fal­lait leur offrir ce plai­sir. Le “papuc­cino & crois­sant” et les “spa­ghet­tis aglio olio” sont nos meilleurs ventes. Nous avons deux cui­sines sépa­rées, l’une pour les humains, l’autre pour les ani­maux », explique Cho Namin, le patron de 37 ans, en cares­sant sa petite chienne grise Eunmi, célé­brité sur Ins­ta­gram. La vien­noi­se­rie dorée plus vraie que nature est en réa­lité en pâte de riz et le cap­puc­cino sans lac­tose.

Le week-end, les « pet­fam­jeok » se pressent entre les murs mini­ma­listes de l’éta­blis­se­ment pour un brunch «en famille » autour d’œufs brouillés ou de pasta ita­lienne al dente dans la gamelle. Un terme mêlant anglais et coréen pour dési­gner la nou­velle ten­dance des maîtres à trai­ter leurs « pets », ou ani­maux domes­tiques comme des membres à part entière du foyer, les cou­vant de toutes les atten­tions, du col­lier de luxe Tif­fany au polo Ralph Lau­ren en pas­sant par des par­fums canins ou des séances de lec­ture de tarot. « Mon chien fait par­tie de la famille. Il va au jar­din d’enfants, il a droit à des fêtes d’anni­ver­saire, d’Hal­lo­ween et des remises de diplôme », s’exalte Feli­cia, heu­reuse maî­tresse. Aujourd’hui, « il y a une ten­dance gran­dis­sante à trai­ter les ani­maux à l’égal des humains », confirme notre res­tau­ra­teur.

Une révo­lu­tion de plus pour la qua­trième éco­no­mie d’Asie qui prise depuis des siècles le « bosing­tang », la soupe de chien, cen­sée redon­ner vigueur à l’orga­nisme au cœur de la moi­teur de la mous­son. La viande canine sera ban­nie à comp­ter du 7 février 2027 a décrété une nou­velle loi, et les gar­gotes du vieux Jon­gno, centre his­to­rique de Séoul, peinent déjà à trou­ver de la clien­tèle pour cette spé­cia­lité ances­trale rele­vée.

La Corée du Sud « consom­mait » jusqu’à 1 mil­lion de chiens par an, sou­vent mal­trai­tés dans des fermes pri­sons. Elle voit main­te­nant fleu­rir des «oma­kase» hup­pés ser­vant des mets déli­cats aux tou­tous assis au comp­toir avec leurs maîtres. «C’est fou, on est passé d’une société ou les chiens étaient au menu pour deve­nir un membre à part entière de la famille», explique Subin, 31 ans, qui dévoue toute son éner­gie à Walle, son chien qu’elle pro­meut sur Ins­ta­gram, au point d’impri­mer un maillot flo­qué à son nom.

Signe des temps, les ventes de pous­settes pour chien ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés en 2023, selon Gmar­ket, pla­te­forme d’e-com­merce. Cette année-là, le pays de la K-pop a enre­gis­tré le taux de fécon­dité le plus bas de la pla­nète, tombé à 0,55 enfant par femme dans la capi­tale. Depuis, il connaît un léger rebond à 0,8 en 2025, mais très loin du seuil de 2,1 néces­saire au renou­vel­le­ment de la popu­la­tion.

Dans les parcs de la ten­ta­cu­laire capi­tale, la recru­des­cence des pous­settes fait croire un ins­tant à un impro­bable essor de la natalité, avant que la fri­mousse poi­lue d’un caniche ou d’un pomé­ra­nien apprêté ne sur­gisse sous l’auvent du véhi­cule à rou­lettes. «Il s’agit de la même tech­no­lo­gie que pour les bébés, mais le mar­ché infan­tile est moins pro­met­teur du fait du faible taux de nata­lité », explique Song Hyun Suk, ven­deur chez Royal Tails, sur­nommé le «Her­mès de la pous­sette », qui offre même une plaque dorée au nom du tou­tou accro­chée à l’avant de l’engin. La bro­chure met en scène des man­ne­quins au look aristo dans un décor de brique rap­pe­lant vague­ment Ken­sing­ton Palace. Des bolides ven­dus à 800 000 wons (474 euros, 793 dollars canadiens).

Illustration (IA) avec modèle de poussette Royal Tails
Désor­mais, les poli­ti­ciens en cam­pagne mul­ti­plient les œillades aux 15 mil­lions de pro­prié­taires d’ani­maux domes­tiques, soit près de 30% de la popu­la­tion. Un quasi-dou­ble­ment en moins d’une décen­nie, miroir inversé de l’effon­dre­ment paral­lèle de la nata­lité.

Et le symp­tôme d’une muta­tion pro­fonde de cette société confu­céenne téles­co­pée par un « miracle éco­no­mique » ful­gu­rant, assoif­fée de tech­no­lo­gie et dont la popu­la­tion devrait fondre de moi­tié à la fin du siècle. « La trans­for­ma­tion a été très rapide. Les poli­ti­ciens voient désor­mais la cause ani­male comme un levier pour atti­rer des voix », explique Lee Sang­kyung, expert à L’ONG Humane World for Ani­mals, à Séoul.

Le pré­sident Lee Jae-myung a pro­mis de régu­ler le mar­ché vété­ri­naire, posant avec son chien Bobby dans les fau­teuils de la Mai­son-bleue. Son pré­dé­ces­seur conser­va­teur Yoon Suk-yeol et sa sul­fu­reuse pre­mière dame Kim Keon-hee avaient fait encore mieux, entou­rés de leurs six chiens et cinq chats - et sans enfants, au dia­pa­son d’une société bou­dant les mater­ni­tés. Cette ména­ge­rie est même deve­nue un casse-tête pour le ser­vice de sécu­rité du palais après la condam­na­tion du diri­geant à la pri­son à per­pé­tuité, pour avoir ébranlé la tur­bu­lente démo­cra­tie d’Asie du Nord-est en impo­sant la loi mar­tiale le 3 décembre 2024, res­sus­ci­tant briè­ve­ment les fan­tômes de la dic­ta­ture.

L'ancien président Yoon Suk-Yeol et une partie de sa famille 
(photo réelle)
« Tu es sûr que tu veux ces lunettes ? ! Elles sont un peu chères», rou­coule d’une voix enfan­tine une « maman » à son chien blotti dans ses bras, le regard per­plexe, dans l’immense hall bondé du Coex, le prin­ci­pal parc d’expo­si­tion de Gan­gnam. Banco pour cette paire de verres tein­tés anti-UV à la mon­ture jaune assor­tie à sa com­bi­nai­son et cen­sée pré­ve­nir la cata­racte, pour la modique somme d’envi­ron 200 euros.

Le salon K Pet Fair a des allures de caverne d’Ali­baba pleine de ten­ta­tions, depuis la friandise de « canard sous vide » au séchoir à caniche en pas­sant par des steaks de kan­gou­rou ou des sprays à base de vers de terre, déclen­chant aus­si­tôt l’exci­ta­tion des com­pa­gnons à quatre pattes. Les com­pa­gnies d’assu­rances sont éga­le­ment à l’affût d’une « économie des animaux domestiques» en pleine crois­sance et esti­mée à 8000 mil­liards de wons (5,3 mil­liards de dol­lars) selon le Korea Rural Eco­no­mic Ins­ti­tute. La com­pa­gnie Jeju Air a même testé des vols « pets only » où les ani­maux occupent un siège à part entière auprès de leur maître et sont libres de gam­ba­der dans la car­lingue après le décol­lage.

Sans oublier les entre­prises de funé­railles offrant une céré­mo­nie d’adieu digne de ce nom aux ani­maux décé­dés et à leurs maîtres éplo­rés. Une mul­ti­tude de jeunes entreprises s’engouffre dans ce nou­veau mar­ché à Séoul, pro­po­sant le trans­port du cadavre, une mise en bière solen­nelle, la cré­ma­tion et une dis­per­sion des cendres. Voire une bague mémo­rielle. Loin de l’imper­son­nel sac à ordure régle­men­taire. « La céré­mo­nie se déroule dans une atmo­sphère pai­sible et par­fois plus émo­tion­nelle que pour un humain décédé, tant le lien est per­son­nel. Cela démontre les chan­ge­ments de men­ta­lité. Désor­mais, la mort d’un ani­mal est perçue comme celle d’un membre à part entière de la famille », explique un repré­sen­tant de Pet For­rest dont le siège offre un décor épuré pro­pice au recueille­ment.

L’engoue­ment pour les chats et les chiens comble un vide affec­tif pour des nou­velles géné­ra­tions sous pres­sion, balançant par-des­sus bord le modèle fami­lial tra­di­tion­nel dans une société ultra-com­pé­ti­tive où la fon­da­tion d’un foyer devient un rêve éva­nes­cent. « J’aime­rais avoir un mari, mais je consi­dère mon chien comme ma seule famille et seul ami aujourd’hui. Je suis prête à dépen­ser sans comp­ter pour lui. La défi­ni­tion de la famille évo­lue de nos jours et beau­coup de gens se sentent seuls», explique Ji Yoon, céli­ba­taire.

Comme si le «Tigre coréen» était rat­trapé par sa course à la per­fec­tion, dans un pays où l’entrée dans les meilleures uni­ver­si­tés démarre dès le jar­din d’enfants, à grand ren­fort de bacho­tage et de cours du soir plom­bant le bud­get des ménages. L’envo­lée des prix de l’immo­bi­lier, qui ont dou­blé à Séoul entre 2017 et 2021, alliée à l’explo­sion des taux d’inté­rêt, a érigé l’achat d’un appar­te­ment au rang de fan­tasme hors de por­tée.

Or, c’est un pas­sage obligé avant le mariage, devenu aujourd’hui un obs­tacle aux unions, pous­sant les jeunes à revoir leurs prio­ri­tés exis­ten­tielles en misant sur les petits plai­sirs du quo­ti­dien, les inves­tis­se­ments à la Bourse et un ani­mal de com­pa­gnie en guise de com­pa­gnon. « Les chiens sont les nou­veaux bébés. La vérité est que je n’ai pas les moyens d’éle­ver un enfant à Séoul », explique Subin, qui tra­vaille comme pigiste.

Der­rière l’envo­lée des coûts se pro­file la com­pé­ti­tion édu­ca­tive insa­tiable qui accom­pagne cette société de l’excel­lence, dont les dépenses d’édu­ca­tion pri­vée se sont envo­lées de 60 % en une décen­nie, attei­gnant plus de 20 mil­liards de dol­lars par an. Une pres­sion sociale de tous les ins­tants, où il semble dif­fi­cile d’échap­per au confor­misme ambiant, sous peine de décro­cher. «Il existe un lien entre la faible nata­lité et l’engoue­ment pour les ani­maux. Beau­coup de mes amis me disent qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis qu’ils sont parents », explique Cho.

Un tou­tou offre, lui, des caresses de récon­fort, une fidé­lité à toute épreuve et une pres­sion moindre, en forme de conso­la­tion. «Per­sonne ne va vous deman­der à quelle uni­ver­sité étu­die votre chien ! », résume Min Sung, 32 ans. Quoique. La course aux appa­rences rat­trape à son tour les « pets », exhi­bés par leurs maîtres sur Ins­ta­gram tels de nou­veaux tro­phées. Oubliez la Porsche ou le sac Bir­kin! Exhi­ber un élé­gant lévrier ita­lien est le meilleur moyen d’affi­cher sa réus­site sur les trot­toirs de Cheong­dam, l’ave­nue Mon­taigne de Séoul. « Les grands chiens sont un signe exté­rieur de richesse car il faut un loge­ment spa­cieux », pointe un Séou­lite.

La machine à stress, ampli­fiée par l’âge numérique, tourne déjà à plein dans cette nation hyper­con­nec­tée, encou­ra­gée par ses célé­bri­tés. Les quatre membres de Black­pink, le «girls band» le plus popu­laire de la pla­nète, ont fait de leurs ani­maux de com­pa­gnie des vedettes d’Ins­ta­gram, récol­tant plus de 4 mil­lions d'abonnés. [...]
Source : Le Figaro

mercredi 22 juillet 2026

Démographie, Ukraine : 3,55 décès pour chaque naissance au 1er trimestre 2026

Le taux décès/naissances de 3,55 en Ukraine au premier semestre 2026 est probablement sans précédent moderne sauf sous les Khmers rouges au Cambodge et le génocide rwandais (mais la guerre d'Ukraine est plus longue).

Les données du ministère de la Justice ukrainien indiquent 73 292 naissances (-15,56 %) et 259 853 décès (+4,4 %), avec une baisse généralisée des naissances dans toutes les régions, particulièrement marquée à l'est.

Cette évolution reflète l'impact démographique prolongé de la guerre, combinant pertes humaines, émigration et baisse de la natalité dans un contexte de conflit prolongé. En 2019, le rapport entre décès et naissances étaient de 2,02 décès pour chaque naissance en Ukraine.

Premier semestre 2026 : 
Naissances : 73 292 (-15,56 %) 
Décès : 259 853 (+4,4 %) 
Le rapport décès/naissances passe de 2,87 à 3,55 !

Source : données définitives du Ministère de la Justice, Kiev, 2026.


jeudi 16 juillet 2026

Le 17 juillet 1761 — la Nouvelle-France a 14 % d'habitants de moins qu'en 1759

Le 17 juillet 1761, dix mois après la capitulation de Montréal, le commandant James Murray envoie à William Pitt, ministre de la Guerre britannique, un relevé de la situation du pays conquis, et il constate que, depuis 1759, il y a au Canada dix mille habitants de moins [1]. Dix mille habitants de moins sur un total qui ne peut pas avoir dépassé de beaucoup soixante-dix mille, c’est là, pour la Nouvelle-France, le prix de la défaite et de l’invasion.

La Place-Royale de Québec est presque entièrement détruite par les Anglais. De l’église Notre-Dame-des-Victoires, il ne reste que les murs calcinés, comme en témoigne une gravure (ci-dessus) de l’officier de marine Richard Short réalisée en 1761.
 
Devant l’ennemi les Canadiens n’ont point accoutumé de se ménager. Au début de la guerre, ils sont seuls à composer les partis qui disputent aux Anglais les marches de l’Ohio. Ce sont eux qui, avec Beaujeu, remportent la belle victoire de la Manongahéla [2] (près de Pittsburgh actuel) ; eux encore qui, avec Villiers, vengent Jumonville et reprennent le fort Duquesne (Pittsburgh actuel) [3]. Ils ont une part beaucoup moindre à la journée de Carillon où la milice n’est représentée que par un détachement de deux cent cinquante hommes [4]. Au siège de Québec, tout le monde prend part à la résistance, même les écoliers, même les séminaristes [5]. À la bataille d’Abraham, les milices forment les deux ailes de l’armée de Montcalm [6]. 

L’armée de Braddock tombant dans l’embuscade tendue par les Français et de leurs alliés amérindiens à la bataille de la Monongahéla.

Mais c’est surtout dans les deux dernières campagnes que Lévis a recours à la milice, cette milice où toute la population mâle de la colonie, de seize à soixante ans, est enrégimentée [7]. Il verse un certain nombre d’habitants dans ses bataillons de réguliers qui ne peuvent plus se recruter autrement [8]; et quand, en plein hiver, il reprend l’offensive contre l’envahisseur, il emmène tout ce qui est mobilisable dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal. De soldats et de miliciens il y a, à Sainte-Foy, à peu de chose près, le même nombre [9]. La dernière victoire française sur la terre canadienne coûte aux milices du Canada cinquante-et-un tués et cent quatre-vingt-dix blessés [10].

Déjà décimé par la guerre et par la maladie, ce malheureux peuple a enfin à subir l’invasion. Les Anglais ont entrepris de décourager la résistance par la dévastation systématique. Dès son entrée dans le fleuve, Wolfe se fait la main sur Gaspé et Montlouis. Parvenu devant Québec il adresse aux habitants, le 27 juin 1759, une proclamation qui se termine sur des menaces terribles. Malheur aux Canadiens s’ils persistent à prendre part « à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes [11]. » Le bombardement de Québec commence. Il dure soixante-huit jours. Lorsque Ramezay capitule, la Haute-Ville est à demi détruite, la Basse-Ville l’est tout à fait [12]. 

Principales batailles de la guerre de Sept Ans (qui commença plus tôt en Amérique du Nord qu’en Europe où elle débuta en 1756)

Le retour offensif de Lévis en 1760 achève la ruine de la petite capitale. Battu à Sainte-Foy, Murray incendie les faubourgs de Saint-Roch et de la Potasse [13]. Les campagnes n’ont pas été épargnées davantage. Exaspéré par l’échec que Montcalm lui inflige à Montmorency, Wolfe livre tout le pays à ses soldats. Ils brûlent toutes les paroisses de l’ile d’Orléans, toutes celles de la côte nord depuis l’Ange-Gardien jusqu’à la baie Saint-Paul, toutes celles de la côte sud depuis L’Islet jusqu’à la Rivière-Ouelle [14]. Le plus souvent l’incendie éclaire le massacre. Les rangers, sorte de coureurs de bois que commande le major Rogers, tiennent à honneur de rapporter des chevelures françaises [15]. Un officier américain se signale par sa fureur sanguinaire : c’est le capitaine Montgomery, un futur lieutenant de Washington. Les Canadiens se vengeront plus tard de l’égorgeur de Saint-Joachim [16].

Murray ne fait pas la guerre plus humainement que Wolfe. Lui aussi, il refuse aux Canadiens le droit de défendre leur patrie [17]. Il prétend réduire Lévis aux débris du détachement de la marine et des sept bataillons de réguliers. Toutes les fois qu’il trouve une maison abandonnée de son propriétaire, c’est-à-dire dont le propriétaire sert à son rang de milicien, il la détruit [18]. Par ses ordres lord Rollo, qui a déjà passé au feu l’île Saint-Jean, renouvelle son exploit à Sorel [19]. Cette guerre sans pitié se prolonge quinze mois sur le sol de la Nouvelle-France. Wolfe paraît à l’entrée du Saint-Laurent le 11 juin 1759, Lévis traite le 8 septembre 1760. Ce que fut le lendemain de cette invasion de barbares on le devine ; la famine et l’hiver achèvent l’œuvre de mort.

Extrait de la colonisation de la Nouvelle France, huitième partie, La guerre de Sept Ans.

Voir aussi  

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

Québec — La communauté anglophone a demandé de modifier le programme d’Histoire pour le rendre plus canadien et divers 

Dix février 1763 — Signature du traité de Paris 

Histoire — Pas de célébration pour le 350e anniversaire de d’Iberville

Préconisé par le rapport Durham, l’Acte d’Union voté en juillet 1840 par le parlement britannique prend effet le 10 février 1841.

 

lundi 13 juillet 2026

Vieillissement — Les annonces de la mort du système de santé sont grandement exagérées

En 2100, la crainte d’un avenir écrasé par le coût des soins de santé pourrait s’avérer exagérée. Longtemps les économistes ont estimé que le vieillissement des populations provoquerait une explosion des dépenses médicales. Cette idée reposait notamment sur la « maladie des coûts » de Baumol : dans les secteurs très dépendants du travail humain, comme la médecine, la productivité progresse peu, car une consultation médicale exige encore à peu près le même temps qu’il y a un siècle. Les salaires doivent néanmoins suivre ceux des secteurs plus productifs (comme l'informatique ou l'industrie), sous peine de voir les futurs médecins partir vers d’autres professions mieux rémunérées.

La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.

David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.

L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.

Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.

Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.

Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.

[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
  • moins d'enfants à charge ;
  • beaucoup d'adultes en âge de travailler ;
  • une population encore jeune.
Mais une fois passée sous le seuil de remplacement pendant plusieurs générations, elle entre dans une phase différente :
  • moins d'actifs ;
  • davantage de retraités ;
  • moins d'entrepreneurs potentiels ;
  • pression sur les systèmes sociaux ;
  • contraction possible du marché intérieur.
Le cas coréen illustre précisément cette ambiguïté : le modèle a été extrêmement performant pendant la phase de transition démographique, mais la fécondité actuelle (l'une des plus faibles au monde) pose désormais la question de la soutenabilité du modèle.]

En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.

Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.


Source : The Economist

vendredi 10 juillet 2026

L'écart de natalité a explosé pour atteindre presque 4 contre 1 entre les jeunes Républicains blancs et les jeunes Démocrates blancs

L'écart de fécondité entre les jeunes Blancs républicains et les jeunes Blancs démocrates a atteint des proportions spectaculaires : les premiers ont désormais près de quatre fois plus d'enfants que les seconds.

Cela tendrait, selon certains observateurs, à montrer que les racines de la crise de la faible natalité — et, par conséquent, les moyens d'y remédier — relèveraient bien davantage de facteurs culturels que des seules conditions économiques.



Ces données sont cohérentes avec une littérature assez abondante montrant que, dans les pays occidentaux, les variables culturelles (religion, mariage, normes familiales, désir d'enfants, âge au premier enfant, études courtes et vivant principalement dans de petites villes ou à la campagne) expliquent souvent une part importante des écarts de fécondité, parfois davantage que le revenu. 

Les politiques économiques (allocations, fiscalité, logement, garde d'enfants) influencent aussi la natalité, mais leurs effets observés sont généralement modestes comparés aux différences de comportements et de valeurs.

Sans constituer une preuve, le cas des juifs hassidiques illustre que des facteurs culturels peuvent, dans certaines circonstances, l'emporter largement sur les contraintes économiques. Malgré un niveau de vie souvent modeste et des un mode de vie essentiellement urbain, leur fécondité demeure exceptionnellement élevée. Cela suggère que les normes familiales, les convictions religieuses et l'organisation communautaire peuvent exercer une influence déterminante sur le nombre d'enfants.

Les travaux classiques de science politique américaine (notamment The American Voter et les études ultérieures de l'ANES) trouvent généralement que :
  • Si les deux parents sont républicains :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent eux-mêmes républicains à l'âge adulte.
  • Si les deux parents sont démocrates :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent démocrates.
  • Si les parents sont mixtes (un de chaque parti) :
les enfants sont beaucoup plus partagés et plus nombreux à devenir indépendants.

Le chiffre exact varie selon les périodes et les méthodes, mais l'idée importante est que la transmission est forte, sans être totale.

mardi 7 juillet 2026

Partout en Asie, les gouvernements obligent les enfants à prendre soin de leurs parents

En mars, les législateurs de Tel­an­gana, un État du sud de l’Inde, ont adopté un projet de loi prévoyant que jusqu’à 15 % du salaire d’un enfant adulte puisse être versé sur le compte bancaire de ses parents s’il s’avère qu’il les néglige. Selon Revanth Reddy, ministre en chef du Telangana, les enfants qui ne prennent pas soin de leurs parents « n’ont pas leur place dans la société ».

Partout en Asie, la tendance à punir les enfants qui manquent à leurs devoirs filiaux — lancée en 1995 par Singapour avec sa loi sur l’entretien des parents — se généralise. La Malaisie s’attache à faire respecter l’obligation filiale sur deux fronts : un projet de loi laïque sur les personnes âgées protégeant ces dernières contre les mauvais traitements ou l’abandon, et des amendements à la législation relative aux tribunaux de la charia permettant à ces derniers de statuer sur les demandes d’entretien parental. Aux Philippines, les députés ont déposé pour la troisième fois depuis 2016 une loi sur le bien-être des parents visant à punir les contrevenants d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.


 
Ce sont les derniers ajouts à une liste qui ne cesse de s’allonger. Depuis 2013, la Chine oblige les enfants majeurs à rendre « souvent » visite à leurs parents âgés, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement. À Shanghai, ceux qui enfreignent les décisions de justice leur enjoignant de subvenir aux besoins de leurs parents sont inscrits sur une liste noire de crédit. De nombreux pays, dont la Corée du Sud, l’Inde et le Japon, ont mis en place des protections juridiques pour les personnes âgées contre les maltraitances, y compris l’exploitation financière.

À l’échelle mondiale, les taux de maltraitance et d’abandon des personnes âgées augmentent à mesure que la population vieillit. Les autorités malaisiennes ont recensé 2 144 cas de patients âgés abandonnés dans des hôpitaux entre 2018 et 2022. Ce pays de 36 millions d’habitants ne compte que 18 maisons de retraite agréées et environ 70 gériatres. En bref, les gouvernements asiatiques ont perdu foi dans le respect filial en tant que politique sociale.

L’Asie vieillit plus vite que n’importe quelle autre région de l’histoire connue, généralement avant que ses économies ne soient suffisamment riches pour absorber le choc. Quelque 722 millions de personnes, soit environ 15 % de la population asiatique, ont plus de 60 ans. D’ici 2050, cette proportion atteindra 26 %. Une enquête a révélé que 49 % des millénariaux thaïlandais et 31 % des millénariaux indonésiens citaient les soins à prodiguer à leurs parents comme la principale raison pour laquelle ils ne pouvaient pas quitter le foyer familial. La génération censée combler ce vide est elle-même mise à rude épreuve.

En Asie, la piété filiale a toujours obéi à une logique économique. Les enfants ont longtemps été, comme le note un sociologue singapourien, « mis au monde et élevés dans le cadre d’une planification de la retraite ». Une partie de leur salaire était reversée aux parents tant que les familles vivaient sous le même toit. L’urbanisation a rompu ce pacte, les jeunes adultes migrant vers les villes, fondant leur propre foyer et devant faire face à des crédits immobiliers et aux frais liés à la garde des enfants. Les pressions concurrentes sur leurs revenus se multiplient, « alors que l’attente d’une aide financière de la part des enfants persiste », explique Haslina Muhammad, de l’Université Malaya à Kuala Lumpur.

Les détracteurs affirment toutefois qu’au lieu de chercher à sanctionner ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation, les États devraient mettre en place de meilleures infrastructures pour les personnes âgées, notamment des centres d’accueil de jour, des structures de fin de vie et des systèmes de protection sociale qui offrent des choix aux familles, et non des obligations. La Chine offre l’avertissement le plus frappant. Lorsque, en 2013, ses dirigeants ont exigé que les enfants rendent « souvent » visite à leurs parents, la réaction a été immédiate. « Le gouvernement aurait dû réfléchir à la manière dont il allait résoudre ce problème lorsqu’il a instauré la politique de l’enfant unique », pouvait-on lire dans un commentaire largement partagé sur les réseaux sociaux. 

Source : The Economist
 
Voir aussi 
 
 
 
 
Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.

 
 

 
 
 

mercredi 1 juillet 2026

Féminisme racialiste et écologisme allemand : « Ma lignée s’éteint avec moi »

Verena Brunschweiger, militante féministe allemande et essayiste controversée du mouvement « kinderfrei » (libre d'enfants), assène que les populations occidentales, et en particulier les femmes blanches, ont le devoir moral de limiter radicalement leur natalité, voire d’y renoncer entièrement. Son slogan qu'elle brandit fièrement, « Ma lignée s’éteint avec moi », est présenté comme un choix responsable et éthique face à ce qu'elle appelle la crise climatique, la surpopulation et l’épuisement des ressources.

Elle dénonce virulemment les appels à une natalité plus élevée, notamment ceux d’Elon Musk, qu’elle interprète comme une volonté d’encourager davantage de naissances parmi les populations blanches, de contrôler les femmes et de limiter l’accueil des réfugiés. Pour elle, ces discours pro-natalistes relèvent d’une idéologie de droite, réactionnaire et raciste, qui cherche à renvoyer les femmes à des rôles traditionnels.

En revanche, elle plaide pour un accueil beaucoup plus large de ce qu'elle nomme « réfugiés ». Les pays occidentaux, principaux responsables historiques du changement climatique selon elle, auraient une obligation morale particulière envers les populations qui en subissent les conséquences. Son discours associe ainsi la réduction des naissances dans les populations occidentales — et plus particulièrement blanches — à un accueil accru des réfugiés, présenté comme un acte à la fois écologique, féministe et relevant de la justice historique.

Incohérences logiques, racialisme, égoïsme et pulsions de mort

Si le refus personnel d’avoir des enfants relève d’une liberté individuelle qui peut parfois se comprendre, la construction idéologique que Mme Brunschweiger en fait soulève de sérieuses difficultés, tant par ses incohérences logiques que par ses implications morales et civilisationnelles.

Sur le plan écologique, son raisonnement présente une incohérence importante. En invoquant l’équation Impact = Population × Affluence × Technologie, elle minimise le rôle du facteur « affluence ». Or, transplanter des populations provenant de régions à faible consommation vers des sociétés à haut niveau de vie européen ou nord-américain ne réduit pas mécaniquement l’impact environnemental global ; cela peut au contraire l’accroître. Le chauffage hivernal, les transports, l’habitat et les modes de consommation propres aux pays développés augmentent généralement l’empreinte carbone par habitant. Promouvoir simultanément une forte baisse de la natalité occidentale et une immigration importante apparaît donc difficile à concilier avec un objectif strictement environnemental. Il s’agit davantage d’un déplacement des populations que d’une réduction assurée de la pression sur les ressources.

Une autre difficulté réside dans la dimension explicitement ethnique (racialiste) du discours. En ciblant plus particulièrement la natalité des populations blanches, tout en défendant parallèlement un accueil accru des réfugiés, Mme Brunschweiger introduit un critère identitaire dans un débat qui se prétend pourtant universaliste. Cette position peut être interprétée comme une forme d’ingénierie démographique fondée sur un critère ethnique. Qu’une militante se réclamant de l’antiracisme défende une telle asymétrie démographique peut apparaître, aux yeux de ses détracteurs, comme une contradiction profonde.

Le fondement philosophique de cette position est sans doute l’aspect le plus dérangeant. Son discours peut être perçu comme traduisant une forme de renoncement civilisationnel : l’Occident n’y apparaît plus comme une civilisation à réformer ou à améliorer, mais essentiellement comme une réalité historique coupable dont le déclin démographique serait non seulement acceptable, mais moralement souhaitable. D’aucuns peuvent voir dans cette logique une forme de haine de soi civilisationnelle, voire une véritable pulsion de mort appliquée à l’Occident blanc ; tel est notamment le point de vue de l’auteur de ces lignes. Sans prétendre sonder les intentions personnelles de Mme Brunschweiger, il est permis de considérer que le slogan « Ma lignée s’éteint avec moi », associé à l’idée d’un devoir moral de réduire les naissances des populations blanches, véhicule un imaginaire de l’effacement davantage que de la transmission, pour rester poli.

Qualifier d’égoïstes ou de narcissiques les parents qui souhaitent transmettre leur langue, leur culture et leur héritage, tout en présentant le renoncement à la postérité comme un acte supérieur de responsabilité, procède d’un renversement moral contestable. Une société qui cesse volontairement d’assurer son renouvellement démographique prend le risque d’un affaiblissement durable de sa continuité culturelle. Les civilisations peuvent disparaître sous l’effet de facteurs extérieurs, mais aussi lorsque leurs propres élites cessent de considérer leur transmission comme un bien.

En définitive, le discours de Mme Brunschweiger n’apparaît ni particulièrement courageux ni véritablement visionnaire. Il peut être lu comme le symptôme d’un courant intellectuel occidental qui appelle plus volontiers de ses vœux le déclin démographique de sa propre civilisation que les moyens de la réformer et de la faire perdurer. Il est parfaitement possible de critiquer le consumérisme, de défendre l’émancipation des femmes et de promouvoir une politique environnementale ambitieuse sans conclure qu’un recul démographique et culturel de l’Europe constituerait un idéal moral.