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vendredi 23 janvier 2026

Marguerite Stern : « Comment je suis passée de gauche à droite »

La militante Marguerite Stern (ci-contre), ex-membre des Femen, fait le récit de sa « transition politique » dans un livre récemment paru. 

Depuis que ses positions à rebours de la cause trans lui ont valu d’être une paria dans le milieu féministe, Marguerite Stern a effectué une « transition politique ». Cette ex-femen jadis proche de « Charlie Hebdo » raconte dans un livre intime et survolté comment elle s’est convertie à l’amour de la France et ouverte à la transcendance.

Jeune étudiante venue de province, Marguerite Stern a découvert à Paris l’expérience quotidienne du harcèlement sexiste dans les rues du nord de la capitale, puis la libération jubilatoire que lui procure l’aventure militante au sein des Femen. Cette pasionaria du mouvement féministe a épousé toutes les causes, pris tous les risques : de la jungle de Calais aux commissariats ukrainiens en passant par les geôles de Tunis, elle se fait tour à tour furie dépoitraillée dans des actions coup-de-poing visant à renverser le patriarcat, bénévole dans un foyer de mineurs clandestins, colleuse de messages de protestation contre les féminicides… Avant de subir l’intolérance et le sectarisme qui étouffent trop souvent la liberté de penser au sein des groupuscules d’extrême gauche aux côtés desquels elle combat. Quand elle refuse de voir ses modes d’action récupérés par les activistes de la cause trans, ses alliées d’autrefois deviennent d’impitoyables ennemies qui s’acharnent à la détruire. Marguerite Stern prend alors ses distances avec le féminisme radical, écoute d’autres voix, rencontre d’autres personnes.
Les Rives contraires est le récit de cette émancipation progressive.

jeudi 27 octobre 2022

Très fort tropisme à gauche des étudiants de Sciences Po (Paris)

Vingt ans après une première consultation ayant cerné le profil sociopolitique des étudiants de Sciences Po (IEP Paris), le CEVIPOF a réalisé une nouvelle enquête pour en saisir les évolutions les plus remarquables. 

Le profil sociopolitique des étudiants et son évolution de 2002 à 2022. Déjà très marqué, le tropisme de gauche (pro-immigration, woke) s’est encore renforcé.

Les résultats donnent un aperçu de ce que seront les futurs responsables économiques, culturels et politiques.


Plus à gauche que la moyenne des 18 à 26 ans

L’enquête menée il y a vingt ans avait mis en évidence l’orientation à gauche majoritaire parmi les étudiants de la rue Saint-guillaume. En 2002, 57 % d’entre eux se positionnaient à gauche. Aujourd’hui, cette orientation idéologique s’est renforcée et ce sont 71 % des étudiants qui revendiquent cette inclinaison (plus 14 points). Le positionnement à droite a quant à lui reculé, passant de 22 % à 14 % (moins 8 points). Les étudiants de Sciences Po se distinguent des autres jeunes de leur génération. En effet, seuls 41 % des 18-26 ans se situent à gauche (soit 30 points de moins que les étudiants de Sciences Po), 38 % se situent à droite (plus 24 points). Enfin, 21 % se situent en position centrale (plus 11 points). [Notons que le recrutement a fortement changé à Sciences Po, exit les épreuves de cultures générales, les examens sur table, importance accrue des oraux, de la sélection par dossiers, des bourses accordées aux étudiants au « bon profil ».]

Comme les autres jeunes de leur génération, les étudiants de Sciences Po ont adopté les comportements et les attitudes d’une culture politique protestataire qui s’est assez largement diffusée. Près des deux tiers d’entre eux ont déjà participé à une manifestation (contre 54 % en 2002). Toutefois, contrairement à une frange croissante des jeunes de leur génération, leur protestation ne va pas jusqu’à rejeter le système de la démocratie représentative. Leur protestation reste davantage insérée dans le système politique. En témoigne le fait que les personnalités politiques qu’ils admirent le plus sont non seulement des femmes, mais deux figures internationales d’élues de premier plan et au cœur du dispositif de la représentation démocratique : Alexandria Ocasio-Cortez (membre démocrate de la Chambre des représentants aux États-Unis) et Jacinda Ardern (Première ministre de la Nouvelle-Zélande). Dans ce palmarès, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon occupent respectivement les troisième et quatrième places, juste avant l’ukrainien Volodymyr Zelensky. Par ailleurs, ils ne sont pas vraiment gagnés par le syndrome de l’abstention (plus de neuf étudiants sur dix ont voté lors de la dernière élection présidentielle) et la violence politique ne séduit qu’une minorité d’entre eux. Ils sont davantage à la recherche d’une amélioration de la démocratie représentative qu’à celle d’un substitut à celle-ci. 

55 % pour Mélenchon (le candidat d’extrême gauche) au 1er tour de la présidentielle de 2022 La prédominance renforcée d’une culture politique de gauche est visible dans les choix électoraux exprimés lors de la dernière élection présidentielle. Encore plus politisés qu’en 2002, les étudiants de Sciences Po ont accordé leurs suffrages en premier lieu à la gauche radicale et à son leader Jean-Luc Mélenchon. Au premier tour du scrutin présidentiel, ce vote concerne plus d’un étudiant sur deux (55 %), soit +24 points par rapport à l’ensemble des jeunes Français âgés de 18 à 24 ans ayant voté. De jospiniste et socialiste en 2002, la gauche des étudiants de Sciences Po est devenue mélenchoniste et insoumise en 2022. Certes, en vingt ans, l’offre politique à gauche s’est assez largement recomposée — comme, du reste, à droite —, et la disruption macronienne a pu encore troubler le jeu. Mais l’on retiendra que les étudiants n’ont pas résisté au mélenchonisme, délaissant la mouvance socialiste, et même le parti écologiste Europe Écologie-les Verts, en tout cas électoralement. Ils se sont inscrits pleinement dans un mouvement d’homogénéisation des votes à gauche. En 2002, Lionel Jospin avait fédéré 60 % des votes de gauche des étudiants de Sciences Po ; en 2022, Jean-Luc Mélenchon a capté 77 % d’entre eux. Cette translation en faveur de La France insoumise indique, si ce n’est une radicalisation politique au sein de l’établissement, en tout cas une tentation pour la radicalité portée et revendiquée par cette famille politique au sein de la gauche.


Dans cet univers politique assez univoque, il reste peu de place pour les cultures politiques de la droite. Si l’on remonte vingt ans en arrière, la droite de gouvernement [la droite économique molle sur tous les enjeux sociaux] n’était déjà pas très représentée au sein de la population étudiante. Aujourd’hui, elle a quasiment disparu, et ce même si les étudiants militants dans ce camp politique, notamment au sein des Républicains, se montrent parmi les étudiants les plus mobilisés et les plus actifs au sein de Sciences Po. Même s’il existe un vote de droite caché dans le choix d’Emmanuel Macron, la droite n’a jamais été aussi faible à Sciences Po : alors que ses candidats rassemblaient 28 % des intentions de vote en 2002, les quatre candidats de droite n’attirent en 2022 que 7 % des suffrages étudiants. L’extrême droite lepéniste reste très marginale sur les bancs de l’école, comme en 2002 (Marine Le Pen recueille 1 % des suffrages). Quant à Éric Zemmour, il obtient 3 % du vote des étudiants, soit autant que Valérie Pécresse. L’affaiblissement de la droite est visible y compris dans les filiations politiques des étudiants et surtout des étudiantes, qui sont nombreuses à témoigner de ruptures d’allégeances par rapport à leurs parents de droite. Par ailleurs, même les étudiants s’inscrivant dans une filiation de droite votent autant en faveur d’Emmanuel Macron plutôt qu’en faveur des autres candidats de droite. La base électorale et politique de la macronie reste relativement limitée. Le président réélu n’a obtenu les suffrages que de 21 % des jeunes électeurs de Sciences Po. Les étudiants qui se définissent comme étant plutôt de gauche ont boycotté le président sortant (8 %), alors que les étudiants de droite ont voté à une courte majorité absolue (50 %) pour lui, les étudiants refusant le clivage gauche-droite le plébiscitant à hauteur de 63 %. Le déplacement du centre de gravité de la gauche vers la droite qu’a connu l’électorat Macron de 2017 à 2022 est bien visible.


Croissance de l’engagement militant

Les étudiants de Sciences Po témoignent d’un engagement partisan relativement élevé. 11 % déclarent être membres d’un parti politique. C’est plus qu’en 2002 (8 %). Dans l’ensemble de la population du même âge, c’est entre 1 et 2 %. Le militantisme au sein des partis a donc une place à Sciences Po et connaît même une relative vitalité dans le contexte actuel : 48 % des étudiants se disent prêts à adhérer à un parti ou à un mouvement politique. Néanmoins, c’est le militantisme associatif ou alternatif qui s’impose et prévaut. Plus du tiers des étudiants font partie d’une association humanitaire ou caritative (36 %), soit le double d’il y a vingt ans. Et 16 % d’entre eux font partie d’une association de défense de l’environnement, soit trois fois plus qu’en 2002. Une large majorité des étudiants de Sciences Po fait donc preuve d’engagements concrets, faisant partie d’une organisation politique traditionnelle ou associative (58 % contre 35 % en 2002). Ces engagements vont de pair avec les causes et les luttes qui les animent ou les inquiètent. Sans surprise, ils appartiennent à une génération où le combat contre les inégalités et la lutte contre le réchauffement climatique dominent leurs mobilisations et leurs manières de voir le monde. Pour eux, la politique est avant tout un moyen de régler les conflits à l’origine des désordres de la société et moins une finalité.

Source : Le Figaro

Voir aussi

Sciences Po a supprimé son concours d'entrée, plus personne n'en parle (2019)  

À l’instar des universités anglo-saxonnes, Sciences Po de Paris supprime les épreuves sur table (2021)

Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

Université — Liste de lecture anti-blanche de Sciences Po fait polémique

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté: sectarisme à l’université

Baisse du niveau des examens d'entrée pour intégrer plus d'immigrés à Sciences Po de Paris

mardi 15 juin 2021

L'emploi du mot « féminicide » par les médias n’a rien de neutre

Un « féminicide » pour la société gouvernementale alors que l’enquête n’a pas encore abouti  

Alors que le mot « féminicide », entré dans le dictionnaire, est de plus en plus utilisé par les politiques et les médias, la philosophe Bérénice Levet explique pourquoi elle se refuse à employer ce terme issu de la vulgate féministe pour désigner le meurtre d’une femme par son conjoint. Bérénice Levet est l’auteur du « Musée imaginaire d’Hannah Arendt » (Stock, 2011), de « La Théorie du genre ou le Monde rêvé des anges », préfacé par Michel Onfray (Livre de poche, 2016), du « Crépuscule des idoles progressistes » (Stock, 2017) et de « Libérons-nous du féminisme ! » (Éditions de l’Observatoire, 2018).


Les choses se sont incontestablement précipitées ces derniers temps. Il est désormais entendu qu’un homme qui tue son épouse, son ex-épouse, sa conjointe ou son ex-conjointe commet un « féminicide ». Et, signe des temps, sept ans après le dictionnaire Le Robert, l’édition 2022 du Larousse intronise ce vocable forgé dans l’arsenal du militantisme féministe. Le mot n’a en effet rien de neutre. Il est imprégné d’idéologie et charrie avec lui une interprétation de la réalité. L’adopter, c’est ratifier un certain récit, une certaine intrigue.

Je n’ignore rien de l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Mettre en question le mot, ce serait minimiser la chose. Le sophisme est évident, et grossier. Que le meurtre d’une femme soit un mal absolu ne souffre pas de discussion. 

Quasiment élevée au rang de langue officielle, la langue des féministes a acquis une autorité et une légitimité exorbitantes. Bien parler, bien penser, ce serait dire et penser la condition des femmes en puisant dans les catégories importées pour l’essentiel du féminisme américain. Nous ne devons pas nous laisser intimider. Ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui est menacée, mais d’abord, et surtout peut-être, de manière plus préoccupante encore, ce qui la sous-tend, et qui est au fondement de notre civilisation : la passion de comprendre, la passion d’interroger, la passion de la vérité et de la réalité. Lorsque les hommes des Lumières, mais déjà Milton, et bientôt Stuart Mill, réclament la libre circulation des pensées et des opinions, ce n’est pas par obsession narcissique, pour permettre à chacun de s’exprimer, mais pour accroître nos chances de gagner en intelligibilité, mieux nous acheminer vers le vrai. [Afin de pouvoir être contredits si nous faisons fausse route, par exemple.]

Nos pensées sont captives, captives de la rhétorique victimaire, captives de la « cause des femmes », captives de la tyrannie de l’émotion. Captives et ennuyées. Accordons-nous, comme dans l’allégorie de la caverne, le droit de briser nos chaînes, accordons-nous la liberté d’inquiéter les évidences. C’est la réalité qui est en jeu, et elle seule doit être notre maître. Nous sommes ses obligés. Et puis, ce n’est rien de moins que l’essence de l’Occident, de l’Europe, de la France singulièrement, nous sommes cette civilisation qui s’est donné pour ancêtres Socrate, Eschyle, Sophocle, Périclès, ce moment foisonnant où tout devient question, où l’on proclame qu’il n’est pas de cartes routières de la pensée ni de l’art, où partout on se risque, se hasarde.

Ce terme, censé rendre hommage aux femmes « tombées sous les coups » de leur compagnon ou ex-compagnon, produit l’effet exactement inverse : la victime se trouve dépossédée de son identité personnelle

Bérénice Levet

Un mot se répand. La caverne bourdonne de ses échos assourdissants. N’est-ce pas alors la moindre des choses que de voir la pensée, l’âme, si l’on osait ce mot désuet, se mettre en mouvement ? N’est-ce pas la moindre des choses que de s’étonner, de se demander : que dit-on lorsque l’on parle de « féminicide » ? « Féminicide, lit-on dans Le Larousse : meurtre d’une femme ou d’une jeune fille en raison de son appartenance au sexe féminin. » Le néologisme a en effet été conçu dans les années 1970 pour signifier que les femmes sont tuées parce que femmes, en tant que femmes. La lecture de la définition ne rend-elle pas à elle seule éclatante la faille qui est au cœur de ce mot, le vice de forme ? L’homme qui tue sa compagne ou son ex-compagne ne tue pas une femme, il tue sa femme, la femme avec laquelle il vit ou avec laquelle il a vécu, avec laquelle il a peut-être eu des enfants. Féminicide il y aurait si quelque homme ou quelques hommes réunis s’emparaient d’un groupe de jeunes filles ou de femmes et les vouaient à la mort, les exterminaient pour la seule raison d’être nées femmes. Ce serait la seule acception rigoureuse.

Premier vice, première faille. Ce mot fige chacun des deux sexes dans une essence, d’un côté, l’homme, sempiternel persécuteur, de l’autre, la femme, éternelle victime, perpétuelle proie de cet inaltérable prédateur. Reconduisant toute histoire particulière à une intrigue extrêmement sommaire, mettant aux prises un bourreau et sa victime, le bien et le mal, la victime perd toute singularité, toute unicité, tout visage. Elle n’est plus une femme avec sa personnalité, elle n’est plus un être de chair et de sang, elle devient la représentante d’une espèce, une généralité. D’être unique, elle déchoit au rang de simple représentante d’une espèce. Ce terme, censé rendre hommage aux femmes « tombées sous les coups » de leur compagnon ou ex-compagnon, produit l’effet exactement inverse : la victime se trouve dépossédée de son identité personnelle. Il est des hommages plus généreux, on me l’accordera.

Il ne reste rien de l’unicité d’une vie. Rien de la singularité d’une histoire, de leur histoire exclusive et prise dans un faisceau de complexités. Que l’ambiguïté, l’ambivalence de certaines histoires individuelles vienne à être rappelée, nos activistes ne se laissent pas ébranler, ils ont à leur disposition, toute dégoupillée, une grenade qu’il tienne pour fatale : l’« emprise ». Cela ne retire absolument rien au caractère abominable de ces meurtres que d’admettre qu’ils s’inscrivent dans des histoires fatalement, et en l’occurrence funestement, mêlées, emmêlées. Mais précisément, la complexité, c’est ce avec quoi les militants, quels qu’ils soient au demeurant, sont fâchés, et contre quoi même ils sont en rébellion.

« Féminicide », le mot inscrit le meurtre des femmes dans une grande intrigue, celle de la société occidentale regardée comme vaste entreprise de fabrication de victimes

Bérénice Levet

Si le mot est défendu avec une telle ardeur et une telle obstination par les féministes, c’est qu’il présente, à leurs yeux, au moins, deux vertus : 
  • restreindre le terme d’« homicide » aux victimes de sexe masculin et imposer un terme équivalent pour les femmes ; 
  • élever le meurtre d’une femme, d’acte individuel au rang de « fait de société » et donc incriminer la structure même de nos civilisations.

Pourquoi un homme tue-t-il sa compagne ou son ex-compagne ? Parce que, nous répondent les militants docilement relayés par nos politiques et la majorité des journalistes, nos sociétés sont et demeurent, et demeureront aussi longtemps que nous n’aurons pas donné partout la préséance aux femmes, « patriarcales ». Cette clef ouvrant toutes les serrures. L’idéologie est une assurance prise contre le réel. Elle vous met, pour paraphraser Tartuffe, « en état de tout voir sans rien croire ».

« Féminicide », le mot inscrit le meurtre des femmes dans une grande intrigue, celle de la société occidentale regardée comme vaste entreprise de fabrication de victimes — les femmes, naturellement, mais aussi les « minorités » et la « diversité ». La civilisation occidentale étant l’œuvre d’un homme blanc hétérosexuel chrétien ou juif n’ayant d’autre passion que la domination de tout ce qui n’est pas lui (donc des femmes, des Noirs, des musulmans, des animaux, des végétaux, ce qui fonde l’« intersectionnalité de la lutte », point de convergence des féministes, indigénistes, décoloniaux, écologistes, végans). Tous les continents sont concernés par les violences et les meurtres conjugaux, m’objectera-t-on. Sans doute, mais on aura observé que, lorsque le coupable n’est pas « blanc », le sort de la victime intéresse beaucoup moins nos féministes et les laisse pour ainsi dire muettes.

Autre point : le Larousse précise « Crime sexiste : le féminicide n’est pas reconnu en tant que tel par le Code pénal français. » Le droit est en effet, au nom de l’universalité et de l’individualisation de la peine, l’ultime citadelle. Poursuivre un homme pour « féminicide », ce serait réduire l’accusé à un symbole, et le procès à un prétexte. Or la fonction de l’institution judiciaire n’est pas de juger un système, mais une personne. « Quel que soit le procès, rappelait Hannah Arendt, les feux de la rampe sont concentrés sur la personne de l’accusé, homme de chair et de sang, avec son histoire individuelle, avec son ensemble toujours unique de qualités, de particularités, de schémas de comportement et de circonstances. Tous les éléments qui vont au-delà (…) ne concernent le procès que dans la mesure où ils constituent le contexte dans lequel l’accusé a agi. » Le hisser au rang de qualification pénale reviendrait à oublier, à nier l’essence même la justice.

L’effet toxique, recherché, est de criminaliser les hommes dans leur ensemble et aussi de jeter la suspicion sur l’hétérosexualité

Bérénice Levet

Certains, dont Marlène Schiappa, militent cependant en ce sens. La reconnaissance par le code pénal est leur ultime combat. Les féministes mènent l’assaut et, au train où vont les choses, au regard de l’empire qu’ont acquis la « diversité », les « minorités », les « victimes », on conçoit mal que l’institution judiciaire résiste encore longtemps. Tout porte à croire, et à craindre, que le drapeau de la victoire ne tardera plus à être planté.

On l’aura compris, employer le mot de féminicide n’a rien de neutre. Que le mot « féminicide » ait sa place dans le vocabulaire des activistes, c’est leur affaire. « Il va vite, cela plaît dans la mêlée », ainsi que le disait Victor Hugo des mots dont tout militantisme se saisit et sous la bannière desquels il mène ses combats. Que la majorité des journalistes s’y convertissent est autrement contestable. Cela témoigne du changement de définition du métier même de journaliste pour beaucoup : de gardiens de la si fragile réalité factuelle, ceux-ci se conçoivent volontiers désormais comme des justiciers, chargés de mission du « changement des mentalités » et sont disposés à y sacrifier le réel.

Nous avons là un exemple remarquable de la manière dont la novlangue féministe s’infiltre dans le langage ordinaire, avec la complicité ardente et zélée des politiques et de la plupart des médias. Et l’effet toxique, recherché par ses militants, est de criminaliser les hommes dans leur ensemble et aussi de jeter la suspicion sur l’hétérosexualité : la rencontre d’un homme et d’une femme, l’homme étant ce qu’il est, dans la logique néoféministe, est toujours susceptible de tourner à la tragédie.

Le mot est donc une arme dirigée d’abord contre les hommes, contre notre civilisation. Le banaliser engage.

Vers l’humaine condition compliquée avec des idées simples, tel est, pour paraphraser un général de Gaulle aux accents raciniens, le chemin sur lequel nous entraîne fatalement le mot de féminicide. Nous devons avec la plus vive énergie nous y refuser.


Rappelons que des hommes sont tués par leurs compagnes, les frères, oncles ou pères de leurs compagnes ou par des tueurs à gages engagés par leur femme.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention, le mariticide (le meurtre du mari) représentait 30 % du total des meurtres de conjoints aux États-Unis. Mais ces données ne comprennent pas les meurtres par procuration effectués au nom de l’épouse. [1] Les données du FBI du milieu des années 1970 au milieu des années 1980 ont révélé que pour 100 maris qui ont tué leur femme aux États-Unis, environ 75 femmes ont tué leur mari, ce qui indique un rapport mariticide/uxoricide de 3:4. [2] L'uxoricide (de uxor, épouse, en latin) est le meurtre d'une femme mariée ou en couple. C'est près de deux fois plus que dans les autres pays occidentaux.

Femme parle à un policier infiltré qu’elle pense être un tueur à gages, elle veut qu’il tue son mari

Mari implore la clémence d’un juge avant que sa femme ne soit condamnée pour avoir tenté d’engager un tueur à gages pour le tuer

[1] « Understanding Intimate Partner Violence » (PDF). cdc.gov. Archive de l’original (PDF) du 6 mars 2016.
[2] Who kills whom in spouse killings par Wilson & Daley: Wiley. doi : 10.1111/j.1745-9125.1992.tb01102.x