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jeudi 28 novembre 2024

Histoire du premier réseau d'écoles publiques aux É.-U.

Samuel Blumenfeld dans son livre Is Public Education Necessary? — ouvrage sur lequel nous reviendrons — nous rappelle comment le premier réseau d'écoles publiques vit le jour aux État-Unis.

Couverture de Is Public Education Necessary?,
enlèvement par la police d'un enfant éduqué
à la maison sous les yeux effarés de sa mère.
Vers 1817, un mouvement apparut à Boston dont le but était d’étendre le système d’écoles financées par les contribuables aux écoles primaires. Pour déterminer si un tel réseau se justifiait le Comité scolaire de Boston commanda une enquête.

« [L']enquête eut lieu en novembre 1817, elle révéla que Boston, alors peuplée d’environ 40 000 habitants, avait 8 écoles publiques [qui n’accueillaient que les enfants sachant déjà lire, leur fréquentation était libre, en partie payante et était en partie contrôlée par les parents], y compris l’École latine, une école africaine pour les enfants des Afro-Américains et une école dans l’Hospice pour les enfants des pauvres. L’effectif total de ces 8 écoles était de 2 365 élèves. Il s’agissait là d’approximativement 33 pour cent de la population d’âge scolaire. L’enquête révéla également que 154 écoles privées pour garçons et filles avec un effectif total de 3 757 étaient réparties à travers toute la ville. Il existait également 8 « écoles gratuites de la charité » avec un effectif de 365 élèves. Tout compris, plus de 4 000 étudiants âgés de 4 à 14 ans fréquentaient des écoles privées d’un type quelconque au prix total de près de 50 000 $ payés par les parents. L’enquête signalait que seuls 283 enfants âgés de 7 ans et moins ne fréquentaient aucune école. Ainsi, un pourcentage étonnant des enfants de la ville fréquentait bien l’école et les quatre pour cent qui n’en fréquentaient pas, pouvaient aller aux écoles de la charité si leurs parents le voulaient » (p. 43 de Is Public Education Necessary?)



Le grand architecte Bulfinch déclara en conclusion de ce rapport que l’imposition d’un système d’écoles primaires publiques complet pour y inclure les premières années d'apprentissage était inutile. En effet, non seulement 96 % des enfants fréquentaient déjà une école à l’époque, mais, au besoin, il vaudrait mieux aider financièrement les parents des 4 % restants, la plupart pauvres, à fréquenter une école de leur choix grâce à des bourses plutôt que de mettre en place un nouveau système d’écoles publiques financé par les contribuables, système dispendieux qui dédoublerait le réseau des écoles déjà en place. Bulfinch expliquait que « la plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’école privée payante ne considèrent pas cette dépense comme une charge : il paie volontiers les frais, mus par l’amour de leur progéniture et par un sens du devoir. Ceci en fait de meilleurs parents. Ils sont, en effet, plus enclins à se préoccuper des affaires liées à l’éducation quand ils doivent verser une petite contribution que lorsque cette dépense est complètement prise en charge par le trésor public. » Bulfinch laissait, en outre entendre, que l’utilisation d’argent public pour usurper une compétence manifestement du domaine privé ne pouvait mener qu’à la dégénérescence morale. La solidarité familiale serait affaiblie par l’action d’un gouvernement qui prendrait en charge ce qui revenait de droit aux familles. Il ne faut pas oublier – devait-il ajouter – que la charge d’éducateur revient aux parents et que ceux-ci ne délèguent au maître d’école qu’une partie du rôle de parent et des droits afférents.

Malgré ce rapport et cette analyse de Bulfinch, la ville de Boston, principalement à l'instigation des unitariens, se décida à étendre le réseau des écoles publiques subventionnées par les contribuables pour y inclure désormais des écoles élémentaires.

L’instauration du premier système d’école publique aux États-Unis, celui de Boston, ne trouve donc pas sa cause dans un échec des nombreuses écoles publiques et privées qui couvraient Boston pas plus que dans une défaillance du libre marché. Il s’agit plutôt du résultat de l’action conjointe – et en apparence contradictoire – de plusieurs groupes de pression qui cherchaient tous à utiliser l’éducation publique pour accroître leur influence politique ou pour renforcer la puissance de l’État, qu’ils espéraient maîtriser. Les conservateurs religieux, les unitariens (des hérétiques ariens pour les calvinistes et les congrégationalistes) et les socialistes considéraient tous que l’éducation publique était une prise idéale dont il fallait à tout prix se rendre maître. Chacun de ces groupes avait plus à cœur de modifier les sentiments et les idées des enfants de leurs concitoyens selon des normes gouvernementales (qu’ils édicteraient) que de prodiguer un enseignement de base de qualité à ces enfants.

samedi 16 novembre 2024

Le mythe de l'école « neutre »

Affiche soviétique de 1930 :
« la religion est un poison, protégez vos enfants »
avec église délabrée à gauche
et l’école triomphante à droite.
Notre choix d'illustration.

Scandale dans les médias : le ministère de l’Éducation a rendu public un rapport dénonçant les pratiques de 11 professeurs à l’école primaire [publique] Bedford, dans Côte-des-Neiges à Montréal. Violences physiques et psychologiques envers les élèves, application de méthodes jugées désuètes, intimidation envers certains collègues, etc.

Et malgré tout, j’y vois du bon dans cette histoire.

Rassurez-vous : je ne suis ni sadique ni illuminée. Je reconnais, évidemment, la majorité des évènements à Bedford comme mauvais. Et je compatis avec les élèves et les professeurs du « clan minoritaire », certains parfois eux aussi d’origine maghrébine. Tout de même, deux points positifs ont retenu mon attention.

D’abord, petit point marginal, mais qui vaut tout de même la peine d’être soulevé : le rapport dénonce un enseignement plus traditionnel, qui utilise, par exemple, des cahiers plutôt que des Ipad.  Ou encore qui met à l’étude les fables de la Fontaine. Traitez-moi de vieux jeu, mais pourquoi pas?

Ingérence islamiste

Cela dit, ce qui m’a surtout frappée dans cette histoire, c’est d’observer l’idéal de laïcité québécois confronté, voire contredit. Je ne me réjouis pas de l’ingérence islamiste dans nos écoles publiques. Ingérence qui s’est faite sentir soit directement, avec la visite de représentants de la mosquée; soit indirectement, à travers le refus d’enseigner l’éducation sexuelle, le choix de limiter la science ou encore l’interdiction pour les filles de jouer au soccer.

(Remarquez que ce n’est pas propre aux musulmans : j’ai habité en Italie et on me présumait lesbienne dès que je mentionnais être une joueuse de soccer. Ce que je ne suis pas, au risque de décevoir la gente féminine.)

Dans tous les cas, je m’oppose à l’influence islamiste dans nos écoles. Pas tant pour les conséquences potentielles, contrairement à la plupart des chroniqueurs, mais parce que je crois l’islam fondamentalement faux. Notamment, je pense que Mohamed est un faux prophète.

Mon désaccord intellectuel ne fait évidemment pas de moi une islamophobe, comme mon désaccord avec les athées ne me rend pas athéophobe.

L’illusion d’une école « neutre »

Mais revenons à nos moutons. Une école complètement imperméable à la religion, c’est une illusion. Quand j’entends les défenseurs de la laïcité soutenir que l’école ne doit enseigner que la « vérité scientifique », les mathématiques ou la grammaire, et ce, sans entrer dans la morale ou la religion, je sourcille.

Notre vision de la vie influence toute notre personne, tous nos choix, tous nos comportements. Peu importe que cette vision dépende d’une religion plus traditionnelle ou plus « séculière », comme l’est l’athéisme aujourd’hui.  

Une école athée

Le ministre responsable de la laïcité, Jean-François Roberge, a déclaré dans les derniers jours que l’école devait être le rempart à l’obscurantisme religieux. D’accord, mais dire que le sexe est une catégorie sociale et qu’il se trouve sur un spectre infini, ce qui est enseigné présentement, ce n’est pas de l’obscurantisme ? Et faire comme si Dieu n’existait pas, c’est la vérité ultime ? Parce que nos écoles québécoises ne sont pas neutres, me semble-t-il, mais athées dans leur fonctionnement et leur contenu. La neutralité est un mirage.

Orienter un système d’éducation sans prendre position sur les questions fondamentales, c’est impossible. On doit proposer une vision de l’univers et de son origine, qu’on le fasse consciemment ou non.

Normalement, il vaudrait mieux le faire de façon consciente, pour éviter la double ignorance (croire savoir ce qu’on ne sait pas), situation dans laquelle se trouvent nos écoles en ce moment. Elles prétendent n’enseigner que « le savoir », sans aucun système de croyances en amont. Nos écoles, encore une fois, sont athées et l’athéisme, c’est une croyance.

Convertissez-vous les uns les autres

Certains chroniqueurs de droite demandent, en commentant l’histoire de Bedford, une assimilation des musulmans par le Québec. Or assimiler, c’est convertir.

En fait, tout le monde veut convertir tout le monde. C’est normal et même sain. Je me souviens encore d’une amie en philosophie. Après une longue journée de conférences, nous nous sommes retrouvées au restaurant. Au moment où j’allais croquer mon burger, elle me lance : « je pensais que tu étais une bonne personne ». S’ensuit une longue conversation pour me convertir au véganisme.

Je n’ai rien contre le véganisme. Mais si Dieu ne voulait pas qu’on mange les cochons, pourquoi il les a faits en bacon ?

Dans tous les cas, bien que j’avoue avoir été profondément ennuyée d’être dérangée pendant que je me sustentais, j’admire le courage et l’intérêt de mon amie pour ma pauvre personne. Bien sûr qu’elle a raison de vouloir me convertir si elle croit de tout son cœur au véganisme !

J’ai bien tenté de la convertir au christianisme, de mon côté. Il fallait bien que je lui rende la pareille et que je lui montre que je l’aime assez pour lui partager, moi aussi, mes convictions.

Rancard express religieux

Il existe toutes sortes de cafés, aujourd’hui. Des cafés pour faire de la poterie, pour flatter des chats, des cafés dans le noir, etc. Pourquoi pas un café de speed dating religieux?

Tu t’assois et tu places un écriteau devant toi : catholique, musulman, athée, végan, peu importe. Plutôt que de feindre que tout le monde peut se mettre d’accord dans la vie politique et éducative, même en ayant une vision du monde complètement à l’opposé, on devrait se confronter un peu plus les uns les autres. Pas derrière un écran, mais de manière plus traditionnelle : c’est-à-dire dans le blanc des yeux.

Source : Le Verbe

Voir aussi

Richard Martineau : « L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres valeurs » [sexuelles]

Le Devoir : « L’école n’est pas au service des parents. »

La Russie rend obligatoire l’enseignement religieux dans les écoles

Belgique — Moins de cours de morale et de religion catholique, le cours de religion islamique en plein essor

Pour le ministre de l'Éducation français, le socialisme est une religion

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Idéologie — « Le cours Culture et citoyenneté québécoise va faire une place aux enjeux climatiques »

Les Religions de la politique. Entre démocraties et totalitarismes par Emilio Gentile

 

« Il ne revient pas à l’école de changer les mentalités »

Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2)

Les garçons éduqués dans le cadre d'une famille traditionnelle ont de meilleurs résultats scolaires

Enfants élevés par des couples homos deux fois plus susceptibles d'être déprimés et obèses

Étude révèle que les enfants vivant avec des homosexuels accusent un retard scolaire

Le secret des mariés: ils sont plus riches et plus heureux, on n'en parle pas...  

Niall Ferguson : « Nous sommes tous devenus des Soviétiques »

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« France laïque et républicaine » — En dix ans, le port du voile chez les femmes musulmanes a explosé

Les musulmans de France semblent se radicaliser avec le temps (malgré la laïcité...)

jeudi 17 octobre 2024

Quand la télé publique française veut « déconstruire » le roman historique national

Avec « Notre Histoire de France », France 2 a pour ambition affichée de « moderniser le documentaire » mais surtout « déconstruire le roman national ». Pour ce faire, la chaîne publique a mis les moyens avec Tomer Sisley à la présentation, et entend se distinguer en abordant l'Histoire au-delà des rois et des grands personnages. À l'opposé donc de l'Histoire façon Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorant Deutsch.

Pari réussi ? France 2 est-il parvenu à « déconstruire » ce vilain roman national accusé de tous les maux ?


mardi 23 janvier 2024

L’obligation de scolarisation par l’État est-elle toujours bénéfique ?

Extrait du livre Dumbing us Down (« Nous abrutir ») de John Taylor Gatto, professeur de l’année de l’État de New York (1991) :
« Notre système d’éducation obligatoire, invention de l’État de Massachusetts, date des années 1850. Il fut combattu – parfois les armes à la main – par près de 80 % de la population du Massachusetts, le dernier réduit de Barnstable au cap Cod ne rendit ses enfants que dans les années 1880 quand la milice occupa la région et les enfants furent conduits sous garde armée à l’école.

Considérons maintenant ce fait curieux : le bureau du Sénateur Ted Kennedy a récemment publié un communiqué indiquant que le taux d’alphabétisme au Massachusetts avant l’imposition de l’éducation obligatoire était proche de 98 % et que, par la suite, ce chiffre n’a jamais excédé récemment 91 %, niveau où il se stagne en 1990. » (p. 22 de l'édition de 2005, publiée chez New Society Publishers)
Gatto souligne également l'existence d'un lectorat important avide de lire en l'absence de toute scolarisation publique obligatoire :
« Le livre de Thomas Paine Le Sens commun (1776) se vendit à 600 000 exemplaires sur une population [totale des États-Unis] de 3 000 000 dont 20 % étaient des esclaves et 50 % des serviteurs sous contrat. Les colons américains étaient-ils des génies ? Non, la vérité est qu’apprendre à lire, écrire et compter peut se faire en aussi peu qu’une centaine d’heures pour autant que l’élève soit enthousiaste et avide d’apprendre. Le truc, c’est d’attendre que quelqu’un demande et d’alors foncer pendant que l’élève est enthousiaste. » (p. 12, édition 2005)
Ces chiffres sont corroborés par plusieurs témoignages cités dans Public Schools, Public Menace de Joe Turtel :
« En 1765, John Adams écrivait qu’« un Américain de naissance, plus particulièrement en Nouvelle-Angleterre, qui ne sait ni lire ni écrire est un phénomène aussi rare qu’une comète. » Jacob Duché, aumônier du Congrès en 1772, disait de ses compatriotes : « Presque tous savent lire. » Daniel Webster confirma que l’instruction en famille avait eu comme résultat l’alphabétisation quasi complète de la population quand il déclara « un adolescent de quinze ans, quel que soit son sexe, qui ne sait ni lire ni écrire, est très difficile à trouver. » Au début des années 1800, l’entrepreneur et économiste français Pierre Samuel du Pont de Nemours [...] vint en Amérique et se pencha sur l’éducation ici. Il découvrit que la plupart des jeunes Américains savaient lire, écrire et compter et que les Américains de tout âge pouvaient lire la Bible et le faisaient. Il évaluait que moins de 4 Américains sur 1000 ne savaient pas écrire de manière claire et lisible. »

jeudi 1 décembre 2022

France — Comment donner envie de fuir l'école publique (y compris ses bons lycées)

C’est un secret de polichinelle Rue de Grenelle [ministre de l'Éducation]: longue, bien longue est la liste des ministres de l’éducation à avoir prêché la mixité sociale, tout en plaçant leurs propres enfants dans des établissements privés… Pap Ndiaye s’apprête à inscrire son nom au bas de cet inventaire peu glorieux : le ministre promet des mesures pour lutter contre la « ségrégation sociale » en janvier. Rien de bon ne peut sortir d’un tel projet. [Voir France — Le ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, a placé ses enfants dans une école privée élitiste pour avoir une « scolarité sereine »]

À l’origine de l’affaire, les mauvais comptes d’un « indice » imaginé par les services de la Rue de Grenelle : l’« indice de positionnement social » (IPS), qui vise à évaluer les chances de réussite d’un élève à partir de la profession de ses parents. La direction de « l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère » combine les situations du père et la mère à qui elle attribue des points pour déterminer le « score » de l’enfant – pour une fois, personne n’a songé à troquer les points pour des gommettes, des lettres ou des smileys ! L’élève dont la mère est agricultrice et le père artisan recueillera ainsi 99 points, celui dont la mère est professeur et le père ingénieur en comptera 179, etc. – le tout sur une échelle de 38 à 179.

Nombreuses sont les études qui soulignent l’influence de l’environnement dans lequel évolue un enfant sur sa réussite à l’école. Les liens entre le diplôme des parents – celui de la mère en particulier -, la présence ou non de livres dans la maison, l’implication des parents, les conditions de vie… et la trajectoire scolaire ont été établis depuis belle lurette, et ils n’ont au reste rien de vraiment surprenant, ni même de foncièrement répréhensible. Imagerait-on de reprocher aux parents leur appétit culturel, leur succès professionnel ou leur implication dans la transmission d’un bagage intellectuel et moral à leurs enfants ?

Ce qui ne cesse de déconcerter, en revanche, c’est l’incapacité croissante de « l’école de la République » - noyée sous le poids de la massification de l’enseignement hier, fracturée par la défaite de l’intégration [des immigrants et de leur descendance] aujourd’hui à donner à chacun, quel que soit son milieu d’origine, un socle fondamental ; à conduire chaque élève vers le meilleur des apprentissages à sa mesure. Années après années, les classements Pisa de L’OCDE soulignent les piètres performances du système français et son désolant triptyque : baisse du niveau des élèves, forte reproduction des inégalités et dépenses élevées… Les chercheurs internationaux ont pourtant établi noir sur blanc l’évidence : les pays qui ont choisi d’encourager l’excellence sont également ceux qui sont le mieux parvenus à soutenir aussi les élèves en difficulté. En vain. Rue de Grenelle, et dans les cercles « pédagos » qui hantent les couloirs de l’école, d’irréductibles idéologues s’accrochent mordicus à l’idée contraire, et n’ont qu’un mot à la bouche : lisser. Lisser les notes - en faire des groupes ou des lettres, voire les supprimer ; lisser les classes, lisser le niveau. L’« indice de positionnement social » est le fruit de cette obsession égalitariste, de ce génie du nivellement. Longtemps tenu secret, il a d’abord servi d’outil de redistribution au ministère. Puis, évidemment, s’est manifestée la logique de rétorsion inhérente à l’idéologie du lissage : depuis deux ans, à Paris, l’« IPS » sert d’arme anti-ségrégation sociale ». La réforme d’Affelnet, le système d’affectation en seconde, a singulièrement réduit le poids des notes dans la balance. D’abord en les réunissant par groupes de cinq, si bien qu’un 15/20 ou un 20/20 se valent pour le logiciel - inutile, à ce compte-là, de s’étonner de la désaffection pour les maths des élèves français… En minimisant, ensuite, leur importance face à d’autres mesures : critères boursiers et professions des parents du collège d’origine (l’IPS moyen) passent désormais avant le mérite personnel de l’élève. Pour parfaire cette opération de déconstruction, les deux lycées d’excellence que sont Louis-le-Grand et Henri-IV ne sont plus autorisés à sélectionner eux-mêmes leurs recrues – logique vengeresse, toujours.


Le lycée public Louis-le-Grand


Le résultat a été radical : le rectorat s’est félicité de voir la « mixité » augmenter d’un tiers en un an. Encore une poignée d’années à ce rythme, et la carte scolaire sera parfaitement « lissée » : Condorcet, Janson-de-Sailly, Fénelon, Carnot, etc. C’en sera tout à fait fini des lycées publics de bon niveau. En attendant, tous les collégiens ont déjà compris que les bonnes notes ne servaient plus à grand-chose. Leurs parents lorgnent le privé.

Le fameux indice IPS qui profile les élèves selon la profession de leurs parents ne manquera pas de souligner de plus en plus crûment à l’avenir ce phénomène d’« évitement » du public vers le privé, comme le nomment les sociologues de l’éducation nationale : on poussera des cris d’orfraie en constatant que les familles qui le peuvent se sont réfugiées dans les établissements sous contrat.

Or, au lieu de s’atteler à reconstruire, enfin, l’école publique autour de la promotion de la réussite - qui va de pair avec cette véritable bienveillance qui est encouragement et non pas condescendance -, d’y faire vivre le désir d’apprendre, la volonté de s’élever, la curiosité du monde et des autres, beaucoup voudraient déjà appliquer au privé les recettes mortifères qui ont sapé le public…

La faillite qui se produit sous nos yeux est d’autant plus inquiétante que le phénomène d’archipellisation de la société française qu’a décrit Jérôme Fourquet et la révolution numérique ne permettent plus, ou moins, cette intrication des classes, des statuts, des milieux, qui offrait au jeune professionnel une deuxième chance d’ascension. La France se plaint de ses élites. Encore faut-il qu’elle soit à même de faire grandir, demain, les talents qui l’emmèneront vers l’avenir.

Pas de sport

On prête à Winston Churchill, interrogé sur sa longévité, l’une de ces répliques délicieuses dont il avait le secret. « No sport ! », aurait répondu l’ancien premier ministre. Surtout, pas de sport, plutôt des cigares et du whisky ! recommandait-il. À sa façon, Michel Onfray a réitéré cette opération de désacralisation au milieu du concert de bien-pensance qui accompagne trop souvent les grands-messes du foot. « Johnny Halliday remplissait le Stade de France, ce qui ne suffit pas pour parler d’une performance républicaine », ironisait-il dans nos colonnes.

Les émeutes qui ont éclaté à Bruxelles après la défaite du Maroc contre la Belgique ne viennent malheureusement pas contredire son propos sur l’affaissement de la puissance fédératrice du sport.

[...]

            Source : Le Figaro

mercredi 24 novembre 2021

États-Unis — Regain de popularité des écoles privées catholiques

La fréquentation des écoles catholiques était en baisse depuis des années aux États-Unis.

Le nombre d’élèves inscrits était passé d’un sommet de 5,2 millions au début des années 1960 à environ 1,6 million l’année dernière. Mais cet automne, les diocèses de tout le pays voient leurs inscriptions augmenter. L’Association nationale pour l’éducation catholique continue de recueillir et d’analyser les dernières données, mais ses chiffres préliminaires montrent des augmentations dans la plupart des diocèses.

Le diocèse de Brooklyn-Queens à New York, l’un des plus grands du pays, a connu une augmentation pour la première fois depuis une décennie ou plus. Près de 60 % de ses écoles connaissent une croissance, souvent de 10 %. Partnership Schools, un réseau d’écoles catholiques à New York et à Cleveland, a enregistré une augmentation de 16 %. Le diocèse de Springfield, dans le Massachusetts, est en hausse de 13 %. Le diocèse d’Arlington, qui comprend la banlieue de Washington, DC, a augmenté de 6 %. L’archidiocèse de Baltimore, le plus ancien du comté, a connu une augmentation similaire. L’archidiocèse de Chicago, qui comprend certaines banlieues, a connu une augmentation de 5 %. Les inscriptions ont augmenté de près de 4 % dans les écoles élémentaires catholiques de l’archidiocèse de Philadelphie.

Pourquoi les écoles catholiques se développent-elles soudainement ? L’automne dernier, de nombreux réseaux scolaires publics, sous la pression de syndicats craintifs de la Covid-19, ont retardé leur réouverture et n’offraient pas d’apprentissage en classe à temps plein. Lorsque les écoles catholiques ont rouvert, la plupart ont offert un apprentissage en personne. Cela a plu aux familles peu satisfaites de l’apprentissage à distance — de nombreux nouveaux élèves sont des enfants dont les parents ne peuvent pas travailler à domicile. La plupart des écoles catholiques disposaient de beaucoup d’espace leur permettant d’assurer une bonne distanciation sociale : ces salles de classe vides, nées du déclin de fréquentation ces dernières années, se sont avérées très utiles.

Les familles ont pris note, y compris les non-catholiques. En 1970, seuls 2,7 % de la population scolaire des écoles catholiques étaient non catholiques. L’année dernière, la proportion avoisinant les 20 %. Dans certains diocèses, il approchait les deux sur cinq. Kathleen Porter-Magee, surintendante des écoles de Partnership Schools, déclare que les enfants de ses écoles de Cleveland sont presque tous non catholiques : « Nous aimons citer feu le cardinal Hickey de l’archidiocèse de Washington qui a dit : “Nous éduquons nos communautés, pas parce qu’elles sont catholiques, mais parce que nous le sommes”. »

Les surintendants catholiques et les directeurs du recrutement sont un peu dépassés par cette augmentation. Mary Pat Donoghue de la Conférence des évêques catholiques d’Amérique espère que cela permettra de stabiliser la population scolaire. Le père Joe Corpora de l’Université de Notre-Dame met en garde : « Nous n’aurons plus jamais une autre chance comme celle-ci. » Certains diocèses et écoles travaillent sur des plans de rétention et de commercialisation, une première pour beaucoup.

Les écoles catholiques ne sont pas bon marché. Les frais de scolarité s’élèvent en moyenne à 4 800 $ par an pour les écoles élémentaires et le secondaire coûte plus de 11 000 $. Historiquement, les paroissiens aidaient à compenser les frais de scolarité avec ce qu’ils mettaient lors de la collecte dominicale. Mais moins de gens vont à l’église, ce flux de financement s’est donc tari. Les nombreux scandales d’abus sexuels ont également nui aux inscriptions. Les écoles à charte, qui partagent certains des attributs des écoles catholiques (uniformes, discipline, valeurs communautaires) ont également éloigné les futurs élèves des écoles catholiques. Il est difficile de rivaliser avec des écoles gratuites. Le marché scolaire est en effet fortement déséquilibré par les subventions gouvernementales.

Selon The Economist, malgré ces coûts supplémentaires, de nombreuses familles sont prêtes à payer et lorsque les écoles publiques ont rétabli l’apprentissage en personne, les parents n’ont pas renvoyé leurs enfants à l’école publique. 

Voir aussi

Virginie — Victoire surprise d'un républicain en faveur du droit de regard des parents dans l'éducation de leurs enfants 

États-Unis — Viol d’une élève dans les toilettes pour filles, sodomisée par un élève trans, couvert par des autorités scolaires (m à j) 

Covid — Floride se félicite d'avoir gardé les écoles ouvertes

Les jeunes attirés par la droite, parce qu’ils rejettent le wokisme, le correctivisme politique et le pharisianisme

Insister sur Pythagore et π perpétuerait le « privilège immérité » des Blancs

Pendant le Grand Réveil woke, l'écart des résultats en maths et en lecture entre les élèves noirs et blancs a cru de 20 %  

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques 

Profs américains s'opposent à l'ouverture des écoles malgré les leçons européennes

Patriarcat blanc : plus grande proportion de femmes racisées fréquentent désormais l'université que les jeunes hommes blancs

États-Unis — Pas de réduction de l’écart scolaire en maths et lecture entre les groupes ethniques

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’Asiatiques y sont inscrits)

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs  

Ministère de la Justice accuse Yale de discrimination raciale contre blancs et asiatiques (14 août 2020) [Depuis l’Administration Biden a abandonné les poursuites au nom de l’« équité »]   

L'opinion sur l'utilisation des bloqueurs de puberté aux États-Unis est en train de changer

États-Unis — 34% des étudiants blancs ont menti sur leur race pour être admis ou bénéficier d'aides 

Ministre de l'Éducation de Biden incapable de dire que les parents sont les premiers intéressés dans l'éducation de leurs enfants 

États-Unis — Les Démocrates exagèrent nettement plus les effets de la Covid-19 que les Républicains 

Élèves de 10 ans ne doivent pas révèler à leurs parents les questions posées en matière d'identification de genre 

« "Connais-toi toi-même", ce proverbe africain », selon le plus grand syndicat d'enseignants américain

Un nouveau sondage suggère que le soutien pour l'idéologie transgenre est en déclin   

Brèves en éducation de l'Empire

États-Unis — Des profs lancent une université afin de lutter contre l’idéologie woke dans l’enseignement supérieur  

dimanche 30 juin 2019

Le Kentucky permet dorénavant aux écoles publiques de donner un cours de culture biblique

Le gouverneur du Kentucky, Matt Bevin, a signé (ci-dessous) un projet de loi mardi autorisant l’enseignement de cours de culture biblique dans des écoles publiques.


Le projet de loi offre aux commissions scolaires locales la possibilité de créer un cours pour que les élèves comprennent le rôle joué par la Bible dans l’histoire américaine, selon WDRB-TV.

Le cours sera facultatif.

« Il est incompréhensible que l’on veuille ne pas permettre aux élèves d’avoir accès à un tel cours. Je ne comprends pas pourquoi chaque État n’adhérerait pas à cela, pourquoi nous, en tant que nation, n’adopterions pas cela », a déclaré le gouverneur républicain Bevin lors d’une cérémonie à la Rotonde du Capitole de l’État.

Le député républicain D.J. Johnson a parrainé le projet de loi et a déclaré que la Bible était aux fondements de la Déclaration d’indépendance et d’autres documents importants de l’histoire des États-Unis.

La mesure a facilement été approuvée par la Chambre et le Sénat du Kentucky.

L’ACLU du Kentucky s’est dite préoccupée par la mise en œuvre des cours.

« Un projet de loi de culture biblique qui, à première vue, peut ne pas sembler inconstitutionnel, mais pourrait le devenir dans sa mise en œuvre », a déclaré à WDRB-TV, directrice des Affaires juridiques, Kate Miller. « Nous voulons nous assurer que les enseignants enseignent et qu’ils prêchent. » Miller a déclaré à WDRB News que l’ACLU surveillerait la loi de près.

On aimerait que l’ACLU et autres associations du type annoncent vouloir surveiller d’aussi près les nouveaux prêtres progressistes, multiculturalistes et autres militants à la mode qui ne se cachent pas pour donner leur avis personnel en classe.

Le député Johnson a déclaré que le programme avait été soigneusement conçu et qu’il ne devrait pas y avoir de « problèmes constitutionnels ».

mercredi 25 janvier 2017

France — Plus de neuf parents sur dix veulent une autre école

Selon un sondage BVA, les Français estiment que l’école doit s’adapter à chaque enfant afin de transmettre les fondamentaux et de réduire les inégalités.

Un constat sans ambiguïté. À lire le sondage BVA, on mesure le haut degré d’insatisfaction des familles française à l’égard de l’école. Plus de 9 parents d’élèves sur dix — public et privé confondus — voudraient la voir réformée : dans certains domaines pour 52 % d’entre eux, en profondeur pour 44 %.


S’ils aspirent au changement, c’est qu’en dépit des réformes successives, l’école, selon eux, n’est pas à la hauteur des enjeux. Ainsi, à peine 56 % des sondés considèrent qu’elle permet à tous les élèves de maîtriser les « fondamentaux » (lire, écrire, compter), alors que cette tâche est identifiée comme sa mission première (2).


L’intégralité du sondage


Les parents d’élève du (semi — ) privé plus sévères

Les familles apparaissent d’ailleurs de plus en plus critiques au fur et à mesure que leurs enfants avancent dans leur scolarité. Signe peut-être, relève Julien Goarant, directeur clientèle chez BVA, que « les lacunes, identifiées trop tard, se font sentir pleinement à partir du collège ». Les parents de lycéens sont en tout cas seulement 42 % à penser que l’école offre à tous cette maîtrise.

Sur ce même point, les parents d’élèves du privé [il n’est pas clair si c’est uniquement ceux du privé sous contrat soumis à de nombreuses restrictions] se montrent les plus sévères : ils sont seulement 48 % (contre 58 % dans le public) à exprimer pareille opinion. « Sans doute présentent-ils des attentes plus fortes vis-à-vis de l’école. Sans doute aussi leur sentiment d’inefficacité de l’école publique explique-t-il en partie leur repli vers le privé », ajoute le sondeur.


Leur point de vue rejoint en tout cas les enseignements d’études récentes, réalisées par ou avec l’Éducation nationale, et qui attestent notamment d’une baisse de niveau en orthographe et d’une vraie faiblesse en mathématiques, matière dans laquelle nos élèves de CM1 sont bons derniers de la classe européenne.

Un manque d’adaptabilité de l’école

En France plus qu’ailleurs, ces difficultés scolaires sont souvent, comme le montre l’étude PISA conduite par l’OCDE, corrélées au niveau social des parents. Ce dont une majorité de sondés semble avoir conscience, puisque 58 % d’entre eux pensent que l’école ne permet pas de réduire les inégalités sociales. Autre jugement, encore plus sévère : les deux tiers des parents estiment que l’école ne sait pas « s’adapter à chaque enfant ».

Ce qu’ils attendent d’elle ? Un soutien renforcé dès les premières difficultés rencontrées (76 % jugent cette idée « prioritaire ») et des pédagogies adaptées à chacun (62 %). Autrement dit, alors que le quinquennat qui s’achève a été marqué par 60 000 créations de postes dans l’éducation, le recrutement d’enseignants supplémentaires (57 %) n’est pas, aux yeux des sondés, la seule ni même la principale solution.


« Ce sondage conforte nos observations : les enseignants français sont plutôt bien formés d’un point de vue académique [anglicisme], mais ont besoin d’être mieux armés pour gérer l’hétérogénéité des classes et aider les élèves en difficulté », commente Éric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE. Les sondés sont ainsi une majorité à juger « prioritaire » un renforcement de la formation des professeurs, initiale (57 %) et continue (56 %). « Parce qu’ils n’ont pas une mauvaise opinion des enseignants, les Français considèrent que c’est leur formation qui est défaillante », observe Julien Goarant.

Pour plus d’autonomie des établissements

Rejoignant là encore les recommandations de l’OCDE, les parents d’élèves se prononcent pour une plus grande autonomie des écoles. Plus de huit sur dix estiment que donner la possibilité aux chefs d’établissement de recruter leurs équipes influerait positivement sur la réussite scolaire, l’implication des enseignants ou encore la qualité de l’accompagnement des élèves. « Au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, les établissements, jouissant d’une plus grande autonomie, utilisent souvent une partie de leurs moyens pour renforcer l’accompagnement personnalisé et l’aide aux devoirs », abonde Éric Charbonnier.

Les parents sont en tout cas très nombreux (86 %, et jusqu’à 92 % dans le cas des classes sociales défavorisées) à répondre par l’affirmative lorsqu’on leur demande si les élèves devraient pouvoir, au moins jusqu’à la fin du collège, effectuer les devoirs à l’école, après les cours, avec l’aide d’un adulte compétent. Des devoirs qui, aujourd’hui, pèsent souvent sur l’ambiance familiale et renforcent les inégalités sociales, chaque enfant ne bénéficiant pas, hors de l’école, du même soutien. « Même si beaucoup sont orientés avant tout vers la réussite de leurs propres enfants, les Français attendent de l’école, très liée à la République, davantage d’égalité, via un accompagnement adapté à chacun », conclut Julien Goarant.
Source : La Croix

(1) Enquête réalisée en ligne auprès de 604 parents d’enfants scolarisés au primaire et/ou au secondaire du 4 au 9 janvier 2017.

(2) Suivent « apprendre à l’élève à apprendre, en lui faisant acquérir des méthodes de travail » et « former l’élève pour qu’il soit capable de réussir sa vie professionnelle ».

mercredi 19 octobre 2016

France — 60% des Français voudraient scolariser leurs enfants dans une école privée, l'État en organise la pénurie

Extrait d’un débat entre Alain Juppé (à droite ci-contre), candidat à la primaire des Républicains à la présidentielle en France et Anne Coffinier (à gauche), directrice de la Fondation pour l’école, dont le but est de rénover le système éducatif via la création d’écoles libres.

Anne Coffinier — Lorsque l’Église enseigne, elle ne le fait pas en tant que délégataire de service public, mais de sa propre autorité, parce qu’elle est chargée par Dieu d’une imprescriptible mission d’intérêt général. La fondatrice de l’Université n’a pas besoin du « garde-fou » des programmes fixés par l’Éducation nationale !

Alain Juppé — Vous ne pouvez pas nier que, dans les écoles catholiques sous contrat, on applique les programmes de l’Éducation nationale, et que les élèves passent les mêmes examens, non ? C’est de cela que je parle. À partir de là, que l’on ait une liberté pour transmettre d’autres messages ou d’autres valeurs, c’est naturel. Si je reconnais une autonomie aux établissements publics, je le fais a fortiori pour les établissements catholiques sous contrat !

A. C. — L’Éducation nationale empiète de plus en plus sur les libertés pédagogiques de l’Enseignement catholique, surtout qu’elle prétend se mêler toujours plus d’éduquer (ou de rééduquer !) les consciences. Sa liberté pédagogique est amputée, comme ce fut le cas pour le genre, la réforme du redoublement ou du collège avec la fin du latin-grec, etc.

Le nouveau programme de SVT [sciences et vie de la terre] de 4e organise ainsi un véritable viol des consciences. Le manuel de Hatier demande ainsi aux élèves de se mettre dans la peau d’un médecin et de proposer la méthode de procréation artificielle la plus pertinente à un couple dont il connaît la cause d’infertilité. L’intitulé officiel du programme sur la reproduction est explicite : « Expliquer sur quoi reposent les comportements responsables dans le domaine de la sexualité : fertilité, grossesse, respect de l’autre, choix raisonné de la procréation, contraception, prévention des infections sexuellement transmissibles. » Il ne s’agit plus d’instruire objectivement, mais de « formater » la conscience morale des mineurs.

[Famille chrétienne a décidé de couper cet extrait qui suivait]

Vous évoquez la liberté de choisir l’école de ses enfants. Mais celle-ci n’est pas respectée en France puisque le privé sous contrat est saturé, car il est cantonné à 20 % des postes d’enseignants du public. Est-ce juste ?

A.J. — Ce chiffre de 20 % n’a pas de valeur légale. Il s’agit d’une pratique. Rien n’empêche de rééquilibrer les choses. Il faut aller dans cette direction. À Bordeaux ma politique consiste à viser l’égalité de traitement entre le public et le privé qu’il s’agisse du forfait communal ou de l’équipement numérique. Cela dit le clivage persiste et parfois de manière déchainée. Une partie de mon opposition — les Verts en l’occurrence — vote systématiquement contre.

A.C. — Oui, ces 20 % sont profondément scandaleux. Au nom de quoi l’État organiserait-il la pénurie de places dans le privé alors que, selon les sondages, 60 % des Français voudraient y scolariser leurs enfants ? Supprimer ce verrou des 20 % ne rallumera pas la guerre scolaire. Les Français veulent pouvoir choisir.

A.J. — Il y a aussi des établissements publics de qualité !

A.C. — Bien sûr, mais les parents sont aussi titulaires d’un droit constitutionnel non négociable à choisir l’éducation et donc l’école de leurs enfants. Le droit à une éducation de qualité passe aussi par la faculté d’accéder à une école privée. Il ne faudrait pas que seuls les privilégiés puissent choisir. Les pauvres aussi doivent pouvoir scolariser leurs enfants dans une école catholique !

[...]

Il faut aller plus loin et confier au Conseil d’administration de chaque école le recrutement du directeur, sans intervention du rectorat. Tous les professeurs (et non une partie) doivent être recrutés par le directeur, à partir de leur libre candidature et non des recommandations de l’Éducation nationale. Avec évidemment un système d’évaluation responsabilisant. C’est la question la plus délicate si l’on ne veut pas encourager à un bachotage étroit (le désastreux « axer l’apprentissage pour ne passer que le test »). Une vraie évaluation doit être indépendante, et non pas réalisée par le Ministère de l’Éducation nationale, manifestement juge et partie. Il convient aussi d’alléger le socle commun des connaissances qui est trop détaillé et prescriptif, pour revenir à des objectifs clairs et ramassés, sans jargon, qui laissent toute liberté sur la progression pédagogique pour les atteindre. L’État doit cesser de donner d’une main une marge de manœuvre qu’il reprend de l’autre, en imposant des thèmes d’étude, des collaborations, voire des problématiques obligatoires.



jeudi 6 octobre 2016

Québec — « L’école publique a besoin qu’on s’occupe d’elle »

Le Professeur (de français) masqué revenait sur les critiques récentes de l’école québécoise et certains de ses défenseurs malhabiles.

La Presse publiait récemment les propos un peu vagabonds — tant ils allaient dans plusieurs directions — d’un enseignant de Québec, Stéphane Boulé. Celui-ci était d’avis que les choses n’allaient pas si mal en éducation au Québec. Il estimait que dénoncer les mauvais côtés du système scolaire équivalait à le « salir » et qu’une des plus importantes belles choses qui s’y produit est que « la majorité des jeunes qui y entrent en sortent avec un diplôme sous le bras. » Encore faut-il voir ce qu’exige ce diplôme…

La réalité est parfois fort différente

Dans les faits, au Québec, le taux de diplomation ne regroupe pas uniquement le fameux Diplôme d’études secondaires (DES), mais aussi 12 qualifications ou diplômes différents. Qu’on pense au certificat de formation préparatoire au travail, par exemple. Certains intervenants n’hésitent d’ailleurs pas à affirmer qu’on décerne aujourd’hui à des analphabètes fonctionnels des diplômes qui sont parfois de niveau primaire. Pour Caroline Meunier, du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, « Il y a des gens qui ont leur secondaire cinq et qui ont un faible niveau de littératie. On peut se questionner sur leur parcours scolaire. »

Par ailleurs, en français, M. Boulé devrait pourtant savoir qu’au fil des ans, les exigences ont été constamment réduites quant à la réussite de ce cours. Pis encore : en 2003, 47 % des Québécois étaient considérés comme analphabètes fonctionnels. En 2013, ce pourcentage augmentait à 53 % comparativement à 49 % au Canada. Et ne n’oublions pas le décrochage scolaire : 21,5 % pour les garçons et 13,6 % pour les filles en 2009-2010 d’après un document de la CSQ.

D’autres égarements pédagogiques


Dans une autre veine d’idée, M. Boulé croit fermement que « ce n’est pas le milieu social ou le revenu familial qui, en premier lieu, fait qu’ils [les élèves] réussissent leurs études. » Sans aucune preuve à l’appui autre que son expérience personnelle, ce dernier s’inscrit en faux contre une foule d’études et d’experts qui ont clairement démontré le contraire.

Plus loin dans ses propos, M. Boulé écrit également : « Cesser de donner des devoirs aux jeunes ou les leur faire faire à l’école nuit tôt ou tard à leur réussite scolaire, ce que confirme la recherche en éducation. » Ah bon, quelle recherche ? Un expert en éducation comme Normand Baillargeon reconnaît que les devoirs au primaire ont peu d’impact sur la réussite des jeunes. Par contre, il indique qu’il est préférable d’en donner au dernier cycle du primaire afin de mieux préparer les élèves aux devoirs du secondaire qui, eux, semblent pertinents.

Quant à moi, depuis dix ans, peu de choses ont changé depuis. La situation s’est même détériorée dans certains cas, car l’école publique a subi au cours des dernières années des coupes qui ont nui à la réussite de plusieurs jeunes et les réinvestissements qu’annonce le gouvernement actuel ne suffiront même pas à revenir à un niveau de services acceptables, surtout pour les élèves en difficultés d’apprentissage. [Note du carnet : nous ne pensons pas que les coupes expliquent grand-chose, c'est le refrain syndicale (toujours dépenser plus), l’école et les parents doivent d'abord être plus exigeants. Il faut sans doute aussi instaurer plus de concurrence dans les écoles pour valoriser l’exigence. Voir Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?]

Comme enseignant, quotidiennement, je vois qu’il se fait de belles choses dans le réseau scolaire québécois. Cependant, on ne peut affirmer, comme Candide, que « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Devant la place qu’occupe l’école privée au Québec et une opinion publique qui cherche constamment à la dénigrer, l’école publique est souvent déchirée entre dénoncer publiquement les ratés qu’elle connait et affirmer qu’elle réussit malgré tout à atteindre plusieurs de ses objectifs. Il ne faut pas se bercer d’illusions : l’école publique, celle de tous les Québécois, a besoin qu’on s’occupe d’elle. Reste à voir comment nos décideurs entendent le faire.

[Note du carnet : il ne faut pas transformer l’école publique en fétiche, ce qui est important c’est que les enfants aient accès à la meilleure éducation possible pour maximiser leurs talents. Cela peut très bien se faire dans des écoles privées ou plus autonomes que les écoles québécoises actuelles, il faut surtout permettre leur accès à tous par des chèques-éducations, des déductions fiscales, des écoles publiques plus autonomes dont les enseignants sont récompensés en partie (ou totalement) en fonction de l’amélioration des résultats des élèves, etc.]

mercredi 22 juillet 2015

Chine — Contourner la carte scolaire

Écoliers chinois qui apprennent
à se servir d'internet
Pendant des années, les autorités chinoises ont théoriquement exigé que les enfants fréquentent uniquement une école de leur quartier. Les écoles n’ont guère prêté attention à cette exigence. Les pots-de-vin et de bonnes relations comptaient nettement plus. Il en allait de même des examens d’entrée qui visent à exclure les moins doués (à moins qu’ils ne soient riches, car même avec de mauvais résultats ils pouvaient toujours s’acheter une place).

En mars de cette année, cependant, le ministère de l’Éducation chinois a de nouveau tapé du poing : au début de la nouvelle année scolaire, en septembre, tous les élèves du primaire et 90 % de ceux du secondaire inférieur devront fréquenter l’école la plus proche de leur domicile officiel. Certains organismes d’État seront encore autorisés à réserver des places pour les enfants de leurs employés. Les écoles semblent prendre cet ordre plus au sérieux que les précédents.

Il semble en aller de même pour les parents. Ces derniers mois, le prix des maisons s’est stabilisé dans la plupart des régions après plusieurs années d’effervescence, mais ce n’est pas le cas près des bonnes écoles. Maintenant, même les appartements les plus miteux dans ces quartiers peuvent coûter dix fois plus cher au mètre carré que la moyenne des prix dans la même ville. Ces logements, peu importe leur manque de cuisine ou de toilettes, ne servent qu’à « prouver » la résidence des parents.

Cela permet de conserver les privilèges de la fortune. Et cela convient parfaitement aux meilleures écoles, puisque cela renforce encore leur statut. Celles qui sont capables d’attirer les enfants nés dans les familles les plus riches ou aux meilleures relations – ainsi que les plus doués – sont en mesure de recruter les meilleurs enseignants, et – grâce aux cotisations et autres dons des parents – de s’offrir du matériel et des locaux dernier cri. L’État ferme les yeux sur ces inégalités criantes entre les écoles qu’il administre. Ce que de nombreux parents chinois prisent le plus ce sont les relations que ces écoles permettent de tisser. Les réseaux d’anciens élèves des meilleures écoles publiques chinoises ouvrent aussi bien les portes que ceux des écoles privées britanniques.

Les élèves les plus doués bénéficient d’un avantage ; d’où la concurrence effrénée à laquelle se livrent les parents pour placer leurs enfants dans les meilleurs jardins d’enfants (garderies) afin de préparer leur progéniture aux examens d’entrée à l’école primaire (fréquents, même s’ils ne sont pas officiellement autorisés). Mais les ruses parentales sont toujours cruciales. Les autorités de Pékin disent qu’elles veulent uniformiser les règles du jeu : elles encouragent les écoles chics de l’État à partager leurs installations avec celles qui sont moins bien dotées et à ouvrir des annexes dans d’autres quartiers pour en faciliter l’accès.

samedi 25 avril 2015

Petite propagande ordinaire à l'école publique québécoise

Mathieu Bock-côté revient sur l’affaire de l’école de Kamouraska dont nous avions déjà parlé et élargit le débat :

L’histoire peut sembler banale mais elle ne l’est pas. C’est le Huffington Post qui y a d’abord fait écho. Récemment, des élèves de tout le Québec se réunissaient dans une école Saint-Pascal de Kamouraska pour un concours d’improvisation. Certains élèves de Montréal, issus de l’immigration, ainsi que leurs professeurs, ont découvert accrochés aux murs certains dessins réalisés dans le cadre d’un cours d’univers social.

Les dessins pouvaient sembler indélicats. De fait, ils l’étaient (on les consultera ici). À tout le moins, ils étaient caricaturaux. On avait demandé aux élèves de dire pourquoi l’immigration était bénéfique au Québec. Ou si on préfère, on leur demandait aux jeunes d’expliquer pourquoi l’immigration est une richesse. Ils l’ont fait avec des images convenues et des préjugés un peu gênants. Il y avait l’immigrant cueilleur de fraise [sic, fraises], Ou celui qui cueille les bleuets. Ou encore qui s’esquinte en occupant les emplois dont les Québécois de souche ne veulent pas.

Étrangement, l’exposition de ces préjugés n’est peut-être ce qui devrait le plus nous inquiéter dans cette petite controverse. Il est dans la nature même de l’exercice. Depuis quand est-ce le rôle de l’école de se transformer en camp de propagande ? Depuis quand doit-elle faire la promotion d’une vision de la société plutôt que d’une autre ? L’école peut bien parler de l’immigration aux élèves. Elle ne devrait pas leur dire à l’avance qu’elle est bonne pour le Québec. Non plus qu’elle est mauvaise. Elle devrait leur présenter ce phénomène avec les nuances nécessaires.

Représentation caricaturale du Québécois bedonnant et fainéant, confusion de l’immigration et du travail saisonnier

Prenons le débat plus largement. L’immigration a certainement des avantages. Elle a aussi des désavantages. Les leaders politiques et les leaders d’opinion en débattent (plus ou moins) librement, en tenant compte de différentes variables. Les scientifiques aussi, en débattent. On cherche à évaluer ses effets sur l’économie québécoise ainsi que la pression qu’elle met sur l’État social, on veut voir si elle contribue ou non à l’anglicisation de Montréal, ou alors, de quelle manière l’islam qui s’implante ici avec elle contribue ou non à transformer notre société.

Pourquoi donc l’école devrait-elle effacer cette complexité et reprendre le slogan plus que simpliste qui veut qu’en elle-même, l’immigration soit une richesse ? Il suffit pourtant d’étudier l’histoire des sociétés pour constater qu’elle peut être à la fois source de progrès et source de problèmes. C’est même une question d’honnêteté intellectuelle élémentaire que de le reconnaître. Effacer cette complexité pour basculer dans une vision romantique et lyrique des mouvements migratoires, cela ne renforce certainement pas l’esprit critique.

On l’aura compris, l’école, ici, sans même s’en rendre compte, et croyant simplement pratiquer la pédagogie des bonnes intentions, se fait le vecteur de l’idéologie multiculturaliste. Elle cherche à inculquer une idéologie à de jeunes esprits, à façonner durablement leur mentalité, et implicitement, à faire passer pour très méchants ceux qui nous inviteraient à développer une vision plus nuancée de l’immigration. Pour elle, l’ouverture à l’autre est une valeur en soi, peu importe qui est l’autre en question et de combien d’autres on parle. Cette vision des choses est notamment promue par le cours Éthique et culture religieuse ainsi et que par les nouveaux cours d’histoire.

On en vient à l’essentiel : l’école ne devrait pas faire la promotion du multiculturalisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de la souveraineté, non plus que la combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de l’écologisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion du socialisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas être militante pour une cause ou pour une autre. J’imagine un exercice scolaire où on demanderait aux jeunes d’expliquer pourquoi la souveraineté est une bonne chose. Je m’y opposerais tout autant.

L’école devrait transmettre un savoir, un patrimoine de civilisation et permettre à chacun de se faire peu à peu une tête sur les grands enjeux de notre société. Mais elle ne devrait pas servir les intérêts idéologiques des uns ou des autres, sans quoi, elle n’est plus fidèle à sa mission.

Voir aussi

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

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mardi 21 avril 2015

Controversé projet scolaire sur l'immigration à une école secondaire de Karoumaska

Des étudiants de Montréal qui étaient de passage à l’École secondaire Chanoine-Beaudet de Saint-Pascal de Kamouraska cette fin de semaine, où se tenait pour une 14e année le traditionnel tournoi provincial d’improvisation, ont été surpris et, selon le Huffington Post, surtout embarrassés de voir des dessins qu’ils qualifient d’inappropriés placardés sur les murs d’une classe.

Les dessins, qui auraient été produits dans le cadre du cours de Monde contemporain par des élèves de 5e secondaire, portent pour la plupart sur la question de l’immigration et du marché de l’emploi et visent, selon le Huff Post, à « illustrer les bénéfices de l’immigration au Québec ». Voilà qui est neutre.

« Si tu veux des fraises dans ton panier, accepte les immigrants », est-il écrit sur l’un des dessins, qui montrent d’un côté un homme avec une bière dans les mains, un fraisier plein de fraises et un panier vide, et de l’autre, un travailleur immigrant, dont le panier déborde de ces fruits.


Cette représentation caricaturale, apparemment encouragée et approuvée par l’école, puisque affichée sur les murs d’une classe, est choquante à deux égards :
1) Elle représente le Québécois sous les traits d’un homme bedonnant, fainéant, et juste bon à boire de la bière.

2) Nul besoin d’immigration pour avoir des fraises, ceux qui les récoltent sont des travailleurs saisonniers qui retournent dans leur pays à l’automne. Au Québec, 8500 travailleurs saisonniers du Mexique et du Guatemala ont été embauchés en 2013. Cette imprécision ne peut que fausser le débat sur l’immigration.
Récurrence de l’oisiveté et de l’obésité des Québécois (et de la bouteille de bière !)

Dans un autre cas, une illustration semble montrer un homme portant la barbe qui, après avoir trouvé un emploi, renonce aux bombes. L’illustration reprend le même thème du travailleur (saisonnier pourtant) cueilleur de fraises (décidément) qui achète la maison d’un vieux (forcément) Québécois qui peut enfin prendre sa retraite. La même affiche insiste sur le fait que les immigrants sont industrieux et que le dollar ou la richesse augmenterait grâce à l’immigration. Est-ce seulement vrai avec des immigrants peu qualifiés qui feraient un travail sous-payé ? Ce n’est pas l’avis de plusieurs économistes. Mais il semble que les pauvres élèves de cette école n’en sauront rien. Toutes les affiches vont dans le même sens et débitent les mêmes clichés politiquement corrects.

Ajoutons que rien ne prouve que les immigrants renonceraient au terrorisme uniquement parce qu’ils ont une bonne situation. C'est un peu court. Les terroristes du 11 septembre venaient de familles bourgeoises, étaient diplômés. Ben Laden avait fréquenté les écoles les plus huppées, sa famille était richissime, etc. C’est à nouveau un point de vue simpliste. En fait, selon Marion van San chercheuse au RISBO de l'université Erasmus à Rotterdam, plus l'intégration scolaire et économique est réussie plus, paradoxalement, le risque de radicalisation est grand parce que les attentes de ces jeunes diplômés sont grandes et que leurs déconvenues peuvent les faire basculer. (Aussi ici en néerlandais et là en anglais).




Selon l’un des étudiants, c’est environ une quinzaine de ces dessins qui figurent le long d’un des murs de la salle de classe située au 2e étage de l’établissement, qui a été transformée en salle de spectacle pour accueillir les matchs d’improvisation pendant la fin de semaine.


« Ça réduit l’immigration à un simple pourvoyeur de main-d’œuvre bon marché », a commenté un internaute. « Projet très mal encadré... franchement ! Peu flatteur pour tous... Québécois de souche inclus ! » souligne une autre personne.

Toujours les mêmes thèmes, on dirait vraiment qu’on a soufflé les réponses aux élèves


Un membre du personnel, qui affirme connaître le professeur en question derrière l’activité, s’est limité à expliquer que la démarche ne se voulait pas méprisante envers les immigrants et que le projet du professeur ne se voulait « surtout pas mal intentionné » (envers l'immigration).

Dans un autre dessin, un élève ressort les mêmes clichés éculés selon lesquels sans immigration les usines manqueront de bras, le Québec s’appauvrira et la tombe nous menace collectivement. Or, l’immigration n’est en rien une panacée sur ces trois plans (le Québec a tendance à perdre des emplois industriels, de nombreux immigrants sont au chômage ou mal payés et leur contribution au rajeunissement de la population est maigre). Voir à ce sujet le livre de Benoît Dubreuil et de Guillaume Marois : Le Remède imaginaire. Et 200.000 immigrants en quatre ans, est-ce bon pour le développement durable ?
Mais les pauvres élèves captifs de cette école secondaire n’en entendront probablement pas parler. Comme si souvent l’école québécoise semble politiser les débats et combat certains préjugés pour ne présenter que d’autres mythes, politiquement corrects ceux-là.


Le faible impact de l’immigration sur le rajeunissement de la population. En jaune, la pyramide des âges réelle du Québec en 2006 (avec immigration réelle). La ligne noire représente la pyramide des âges du Québec sans immigration pendant les 40 dernières années.


Voir aussi

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

L’immigration, le remède imaginaire

200 000 immigrants en 4 ans au Québec, bon pour le développement durable !?

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mardi 24 mars 2015

Cour ECR — Victoire du collège Loyola


CHOI 98,1 fm/Monette/. À titre de porte-parole de la CLÉ-Coalition pour la Liberté en Éducation, le chroniqueur Richard Décarie présente le jugement de la Cour suprême dans le dossier du programme d’éthique et culture religieuse au collège Loyola.


Écoutez (16 min 27)





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

dimanche 14 décembre 2014

« Les enfants soldats de la CSDM »


Ne décolérant pas contre le projet de redécoupage des commissions scolaires qui lui ferait perdre des dizaines de milliers de jeunes, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) organise des manifestations d’élèves.

Mathieu Bock-Côté revient sur cette mobilisation d’élèves captifs :

« La nouvelle n’est pas passée inaperçue mais n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait : la Commission scolaire de Montréal (CSDM), récemment, a abusé grossièrement de l’autorité qu’elle exerce sur les élèves en les transformant en enfants soldats au service de ses objectifs politiques. Pour protester contre la réforme des commissions scolaires, elle a poussé les élèves à manifester contre le gouvernement.

La CSDM a même le culot de dire que les élèves l’ont fait de leur propre initiative, qu’ils n’y étaient pas poussés. Elle nous prend pour des idiots. Comme si les élèves avaient la moindre compréhension de la complexité de ces dossiers. Non pas qu’ils ne soient pas intelligents, mais ils sont en formation. Et ils sont facilement impressionnables. Et l’institution qui devrait les éduquer décide plutôt de les manipuler idéologiquement.

Des élèves ont formé une chaîne humaine autour d’une école. Sur la photo, Menelik Philip, président de l’association des élèves de Montréal.


Autrement dit, l’école fait de l’endoctrinement. Et il ne s’agit pas d’une erreur isolée.

Les idéologues

De bien des manières, l’école québécoise cède à cette tentation, souvent maquillée derrière de grands discours. C’est souvent au nom de l’écologisme. On fait défiler les enfants dans leur quartier en scandant des slogans ­écolos. On les invite à surveiller les comportements écologiques de leurs parents. On leur apprend souvent à ­détester un capitalisme accusé de ­violer la planète.

Le ministère de l’Éducation se prête lui-même à de tels exercices, par exemple, avec son cours Éthique et culture religieuse. Il prétend instruire les jeunes sur la diversité religieuse contemporaine. Dans les faits, il entend surtout les convertir à la logique des accommodements raisonnables. Les idéologues du multiculturalisme ont expliqué pourquoi : puisqu’ils peinaient à convaincre les adultes de ses vertus, ils décidèrent de l’inculquer aux enfants.

Ceux qui félicitent l’école d’initier ainsi les élèves à la citoyenneté devraient réfléchir un peu plus. Peut-être se félicitent-ils de voir le gouvernement libéral contesté ? Mais que diraient-ils si, dans une école du West Island, les professeurs envoyaient les enfants manifester contre la loi 101 ? Qu’auraient-ils dit si, au moment du débat sur la Charte des valeurs, certaines écoles montréalaises avaient fait défiler les gamins en scandant des slogans anti-péquistes ?

Enfants amenés par leur école pour défiler lors de la Journée de la Terre à Granby

Mission trahie

En faisant de la propagande, l’école trahit sa mission. En un mot, elle ne doit être ni souverainiste, ni fédéraliste, ni de gauche, ni de droite. Une chose est certaine : le temps pris à manifester ou à réciter un chapelet écologiste n’est pas consacré à l’apprentissage de la langue, à la lecture d’un grand roman, ou encore à l’apprentissage de l’histoire. Et avons-nous la certitude que nos jeunes sont à ce point cultivés qu’ils puissent ainsi militer alors qu’ils devraient étudier ?

On en arrive à l’essentiel : il faut éviter à tout prix la politisation de l’école. En classe, les professeurs devraient se placer au-delà de leurs convictions personnelles. C’est pourquoi, d’ailleurs, ils ne devraient porter devant leurs élèves ni foulard islamique, ni carré rouge, ni macaron indépendantiste, ni symbole écologiste. Le professeur doit transmettre des savoirs et non pas ses propres convictions. »


Voir aussi

« Nos ancêtres, les Amérindiens »

Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l'hétérosexisme en classe de français, d'anglais, d'histoire et de mathématiques

Le cours d'ECR — « multiculturalisme 101 »

Les Québécois veulent des bons d’étude et que le cours ECR soit optionnel ou aboli

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samedi 15 mars 2014

Une école à la française séduit des parents californiens

À l’école à charte Santa Rosa, les élèves suivent les programmes de l’Éducation nationale fran­çaise.

École à charte

Il s’agit d’une école publique de l’État de Californie. Elle reçoit de l’État appro­xima­ti­vement 7 000 dollars par élève et par an du Trésor public. Elle doit rendre des comptes précis à l’admi­nis­tration. Les professeurs et le directeur sont en disponibilité de l’Édu­cation natio­nale française. Ils sont payés par l’admi­nis­tra­tion cali­for­nienne, en moyenne 55 000 dollars par an, avec deux ans sans impôt sur le revenu.

L’école accueille les enfants de la maternelle (4/5 ans) au collège (15 ans). Les parents apprécient la rigueur des appren­tissages, dans un État où l’écriture cursive n’est plus enseignée.

Reportage du Point du 6 mars 2014. En cette journée hivernale, le soleil brille sur la vallée de Sonoma, haut lieu de la viticulture californienne. Parents et enfants bavardent à l’entrée de l’école avant la sonnerie de 8 h 30. En anglais. Normal, la scène se passe à 85 kilomètres au nord de San Francisco. Dans la salle des professeurs, les discussions vont bon train autour d’un café. En français. Tout le monde est arrivé il y a moins de deux ans7 : l’un était dans l’académie d’Orléans, l’autre en Seine-Saint-Denis. Dans le couloir, les élèves saluent le principal en français : « Bonjour, Pascal. » Pascal Stricher, 52 ans, s’est occupé d’une branche du lycée français de Los Angeles, puis de l’école internationale de Toronto, avant de s’enthousiasmer pour cette expérience unique.

Dans les grandes villes des États-Unis, notamment à New York, les écoles d’immersion ont le vent en poupe. Le programme américain y est enseigné en français.

Enseignement en français, programme français

Ici, à l’école Santa Rosa, il est au contraire recommandé à chaque enseignant de suivre scrupuleusement la cohérence du programme français. Dans un pays où chaque État, chaque comté détermine ce que les élèves doivent apprendre, facteur terrible d’inégalité, un enseignement concocté à l’échelon national, avec des exigences académiques importantes, est perçu à la fois comme exotique et rassurant. C’est une histoire extraordinaire qui devrait redonner du baume au cœur, dans l’Hexagone, à tous ceux qui ont la vocation d’instruire chevillée au corps. D’autant plus incroyable que 10 % seulement des élèves sont issus d’une famille francophone.

Comme Roger, un cardiologue d’origine libanaise installé en Californie depuis vingt-cinq ans. Il avait envoyé ses aînés étudier un an dans son pays natal pour être bien sûr qu’ils maîtrisent la langue de Molière. Les cadets, eux, n’ont que la rue à traverser. Cette école publique à nulle autre pareille a ouvert ses portes en septembre 2012. À la fin de la première année scolaire, il a déjà fallu organiser une loterie, faute de pouvoir accueillir tous les postulants.

L’année prochaine, la liste d’attente va encore s’allonger, vu la pile de dossiers de candidature déposés avant la date butoir du 14 février 2014. Le bouche-à-oreille fonctionne aussi parmi les enseignants américains : « Nous avons reçu plus de cent candidatures pour pourvoir trois postes de professeurs d’anglais », se réjouit Pascal Stricher.

80 % des cours sont en français, 20 % en anglais. La cloche a retenti. De la maternelle au collège, tout le monde se range sagement. Une fois installés, les élèves de grande section [de maternelle] viennent reconnaître leur prénom. L’enseignante ne leur parle qu’en français. Dans la classe de CP [1re année du primaire], les enfants s’appliquent sur des cahiers [Seyès] de marque française : à l’école américaine, ces objets avec des lignes spéciales n’existent pas, puisque l’écriture cursive n’est pas enseignée.

Dans la salle d’à côté, en CE1 [2e année du primaire], les rayonnages de la bibliothèque sont remplis d’albums français flambant neufs payés par l’État de Californie : Jambes-Rouges l’apprenti pirate, Moi, j’adore, la maîtresse déteste, Georges le dragon… « Les manuels américains coûtent très cher, note Pascal Stricher, cela nous laisse une marge pour acheter plus de livres. »

Les CE2 [3e primaire] découvrent les joies de l’adjectif qualificatif épithète. Sandrine, arrivée de Tours au début de l’année scolaire, trouve ses élèves plus indisciplinés et plus créatifs qu’en France. « Tous mes élèves sont anglophones, ils ont été habitués à être valorisés, quelles que soient leurs performances, explique-t-elle. J’en tiens compte, et je pense qu’on devrait plus le faire en France. » Il faut aussi s’adapter aux particularités locales : en Californie, la loi autorise par exemple les parents à venir s’asseoir dans la classe pour observer. Autre sujet d’étonnement : au pays de l’initiative individuelle, l’adhésion au syndicat des enseignants est obligatoire, avec cotisation mensuelle de 90 dollars. Cet établissement, qui réunit école élémentaire et collège, était classé avant-dernier de tout le district il y a deux ans. Les familles le fuyaient et l’administration envisageait de le fermer.

Des parents du quartier s’en désespéraient. Surtout ceux qui avaient eu recours au jardin d’enfants francophone créé en 2006 par une Française mariée à un Américain, Emmanuelle Benefield, et baptisé Ma petite école. Parmi eux, Najine et Nas. Ce couple d’origine iranienne voulait une éducation française pour sa fille. Nas, ingénieur en informatique, a grandi à Montréal. Il parle avec un délicieux accent québécois, fabrique dans sa boulangerie au fond du jardin un pain digne des meilleures enseignes parisiennes et se montre imbattable sur les crus de sa région. « Nous avons entendu parler du système d’école à charte, explique-t-il. Il s’agit d’écoles publiques, mais fonctionnant avec une orientation particulière. C’est une fonctionnaire de l’Éducation qui nous en a parlé. Nous avons donc proposé de créer un établissement où tout se passe comme dans une école publique française. » « Le document que nous avons rédigé et qui constitue la charte fait plus de 300 pages », renchérit Najine.

Pour que l’administration les prenne au sérieux, il fallait qu’ils recueillent le maximum de signatures de parents des environs. « Un de nos amis possède le cinéma du centre-ville, poursuit Najine. Je ne sais pas si c’est parce que Nas avait cuisiné de délicieuses gougères, mais nous avons fait salle comble dès la première réunion. » Face à la longueur de la pétition, l’administration se laisse convaincre. Elle propose aux signataires de tenter l’expérience dans cette école publique à mauvaise réputation qu’elle envisage de fermer.

Mais les habitants du quartier fortement hispanique n’apprécient pas tous cette initiative. Ceux qui veulent conserver l’établissement en l’état intentent un procès pour empêcher l’ouverture de l’école à charte franco-américaine Santa Rosa. Le raffut médiatique remplace une campagne de publicité : de nombreux parents accourent pour inscrire leurs enfants à la nouvelle école française.

Certains, comme Jackie, sont si motivés qu’ils effectuent chaque jour une heure et demie de trajet aller-retour entre la maison et l’école. « C’est un laboratoire très intéressant, observe Christine Paugam, conseillère pédagogique au consulat général de France à San Francisco. Ce projet unique en son genre a permis au secteur public de Santa Rosa de récupérer des élèves qui s’étaient tournés vers le privé. »

Motivations des parents

Pourquoi des familles qui n’ont aucun lien avec la France choisissent-elles cette école différente, où l’on ne parle pas la même langue qu’à la maison et où les programmes scolaires sont concoctés à plus de 10 000 kilomètres ? L’argument de la rigueur académique arrive en tête : « Pour moi, il ne s’agit pas simplement d’apprendre à penser dans une autre langue, explique Cindy. Je pense que ce système est plus sérieux, plus solide, plus cohérent. » Le fait qu’il y ait des cahiers, des devoirs, des efforts pour apprendre l’écriture cursive est déterminant.

Deuxième motivation, l’ouverture au monde : « Leur champ d’apprentissage ne se cantonne pas aux frontières de notre pays, explique Rachel, une Californienne de toujours. Je souhaitais pour mes deux enfants une école qui leur ouvre l’esprit. » C’est ce que cherchait aussi ce diplomate, dont le dernier poste a été Bruxelles : « Nos trois enfants étaient dans une école francophone. Quand nous sommes rentrés, nous voulions nous installer sur la côte Ouest, n’importe où entre San Francisco et l’Alaska. Nous avons choisi Santa Rosa uniquement parce qu’il y a cette école publique française. » L’élément financier compte aussi : « Nous avons quitté San Francisco quand notre quatrième enfant est né, raconte Alice. Il était impossible de payer 20 000 dollars par tête pour l’école, tout au long de leur scolarité. » Et puis il y a Élisa, lourdement handicapée, qui n’a pas le choix pour l’école de sa fille. Elle habite juste en face. « J’étais très inquiète quand j’ai entendu les rumeurs de fermeture. Et sceptique quand j’ai appris qu’une école française s’installait ici. Deux ans plus tard, ma fille parle français couramment, et ça m’impressionne beaucoup. »

Parce qu’ils n’ont pas d’attache particulière avec la France, beaucoup d’élèves réintégreront le système scolaire américain au lycée. Avec un bagage français qui leur aura apporté une autre approche de l’enseignement.

Financement d’appoint

Une fondation composée de parents et de personnalités veille au respect de la charte signée par Santa Rosa avec l’administration californienne. La fondation détient une cagnotte de 110 000 dollars. « C’est une habitude pour les parents de donner de l’argent, ici, remarque Pascal Stricher. Mais les sommes réunies sont exceptionnelles. » Un parent d’élève explique qu’il ne donnera jamais assez : « Nous sommes si agréablement étonnés d’avoir cette qualité d’enseignement dans une école publique. Nous ne payons rien, pas même les cahiers. Cela nous incite à aider beaucoup la fondation, en remerciement. »

Le latin et le grec traversent l’Atlantique

Quelle ironie ! Alors que la France, qui se croit moderne, éradique l’enseignement du latin et du grec, jugé « peu rentable », « élitiste », « coupé du monde », les États-Unis, qui le sont vraiment, modernes, ne cessent de développer les humanités, dénommées là-bas « Classics ». La raison ? Les élèves habitués à penser des mondes anciens se révéleraient excellents pour penser les mondes à venir et les grandes entreprises font leur miel de ces esprits nourris aux sources antiques. Martha Nussbaum, professeur de droit et d’éthique à l’université de Chicago, a montré récemment, et concrètement, comment « le savoir technique n’est utile qu’à court terme et ne nourrit pas une compréhension économique à long terme » et pourquoi il faut encourager ce que Socrate appelle le « libre examen de la vie ». Et pendant ce temps, la France se ringardise un peu plus…

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