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mercredi 18 février 2026

Le 18 février 1685 : la fondation de Fort Saint-Louis au Texas par La Salle

Un jalon de l'exploration française en Amérique du Nord

Le 18 février 1685, René-Robert Cavelier de La Salle (portait ci-contre) posait le pied sur le littoral texan et fondait Fort Saint-Louis, établissement destiné à ancrer la présence française dans le golfe du Mexique. Trois cent quarante et un ans plus tard, cet événement mérite d'être revisité dans toute sa complexité : une expédition portée par de réelles ambitions géopolitiques, compromise dès l'origine par une erreur de navigation, et finalement engloutie par les difficultés du Nouveau Monde.

Le contexte d'une expédition ambitieuse

Né en 1643 en Normandie, René-Robert Cavelier, sieur de La Salle, s'était déjà illustré en descendant le Mississippi jusqu'à son embouchure en avril 1682, prenant possession au nom de Louis XIV de l'ensemble du bassin fluvial qu'il baptisa « Louisiane ». Fort de cette reconnaissance royale, il entreprit en 1684 une nouvelle expédition depuis La Rochelle avec quatre navires — le Joly, l'Aimable, la Belle et le Saint-François — et environ trois cents personnes : colons, artisans, soldats et quelques religieux. Son objectif était d'établir une colonie permanente à l'embouchure du Mississippi, point d'appui stratégique contre les ambitions espagnoles et poste avancé susceptible de relier la Nouvelle-France au golfe du Mexique.

Voyages de Cavelier de La Salle

Une erreur de navigation aux conséquences fatales

La Salle ne parvint jamais à l'embouchure du Mississippi. Plusieurs facteurs conjugués le conduisirent à atterrir dans la baie de Matagorda, au Texas, à environ six cents kilomètres à l'ouest de sa destination. Les cartes de l'époque étaient entachées d'erreurs significatives : elles représentaient le Mississippi comme coulant droit vers le sud, sans rendre compte de son inflexion vers l'est et le sud-est, et situaient son delta à une position de longitude inexacte. À ces imprécisions cartographiques s'ajoutèrent les effets des courants du golfe du Mexique, particulièrement marqués en hiver, qui dévièrent la flotte vers l'ouest à l'insu de l'équipage. Des instruments de navigation défectueux — notamment un astrolabe endommagé — et des erreurs de calcul de la longitude aggravèrent la situation. La brume persistante empêcha par ailleurs de rectifier la route par des observations astronomiques fiables. Persuadé d'avoir dérivé trop à l'est, La Salle corrigea sa trajectoire dans la mauvaise direction et dépassa ainsi sa cible sans le savoir.

C'est dans ce contexte que, le 18 février 1685, il établit Fort Saint-Louis sur la rivière Garcitas, à une vingtaine de kilomètres à l'intérieur des terres depuis la baie de Matagorda.

Les épreuves d'une colonie mal préparée

La colonie dut faire face à des conditions pour lesquelles elle n'était guère préparée. Le climat subtropical du Texas — étés lourds et humides, tempêtes violentes — éprouva durement des hommes habitués aux latitudes tempérées. L'Aimable s'échoua lors du débarquement dans la baie de Matagorda, emportant une partie des vivres et des provisions ; la Belle fut perdue peu après dans la même baie lors d'une tempête, privant définitivement la colonie de son dernier lien maritime avec la France. La marche initiale de plusieurs dizaines de kilomètres pour gagner le site du fort, à travers marais et bayous infestés de serpents, fit des premières victimes.


L'agriculture s'avéra un échec : les semailles de blé et de légumes périrent dans un sol inadapté sous un climat imprévisible, contraignant les colons à dépendre de la chasse et de cueillettes aléatoires. Le scorbut, maladie de carence en vitamine C chronique chez les marins soumis à de longues traversées sans vivres frais, décima rapidement la population. Après sept mois de navigation puis des mois d'isolement sans fruits ni légumes, les symptômes — fatigue extrême, hémorragies gingivales, dégénérescence des tissus — se multiplièrent, emportant plus de la moitié des colons en peu de temps.

Conflits avec les populations autochtones et fin de la colonie

Les relations avec les Karankawas — peuple côtier nomade que les Français désignaient dans leurs récits sous le nom de «Clamcoche» ou variantes approchées — se dégradèrent rapidement. Initialement pacifiques, ces contacts tournèrent à l'hostilité ouverte après que des colons se furent emparés de pirogues appartenant aux autochtones. Les escarmouches se multiplièrent, aboutissant à une attaque meurtrière contre le fort en 1688.

Entre-temps, La Salle avait quitté le fort à la tête d'une petite troupe en janvier 1687, espérant rejoindre à pied le Mississippi et de là regagner la Nouvelle-France afin d'obtenir des renforts. Il fut assassiné par plusieurs de ses hommes lors d'une mutinerie en mars 1687, quelque part dans l'actuel Texas oriental. Les derniers survivants de Fort Saint-Louis, réduits à une vingtaine de personnes, furent massacrés par les Karankawas en 1688 ou 1689. Seuls quelques enfants furent épargnés et recueillis par les autochtones, dont certains retrouvèrent plus tard les Espagnols.

Ces enfants comptent parmi les rares témoins directs de la langue et de la culture karankawas. On ne connaît en effet que quelques dizaines de mots de cette langue, recueillis par divers auteurs entre le XVIIe et le XIXe siècles, époque à laquelle elle s'éteignit. La première liste de vocabulaire karankawa — vingt-neuf mots relevant du dialecte « clamcoche », parlé au nord et au nord-est de la baie de Matagorda (baie Saint-Bernard ou baie Saint-Louis) — fut précisément fournie par les frères Pierre et Jean-Baptiste Talon, qui vécurent parmi les Clamcoches entre 1687 et 1689.

Un héritage paradoxal

Malgré son échec total sur le plan colonial, l'expédition de La Salle eut des conséquences géopolitiques durables. La présence, même éphémère, d'un établissement français au Texas alarma l'Espagne, qui intensifia en réaction l'exploration et la colonisation de cette région, fondant notamment plusieurs missions et présides destinés à affirmer sa souveraineté. La rivalité franco-espagnole pour le contrôle du golfe du Mexique et des territoires intérieurs s'en trouva renforcée, contribuant à redessiner les rapports de force en Amérique du Nord septentrionale tout au long du XVIIIe siècle.

La fondation de Fort Saint-Louis illustre par ailleurs les limites et les risques de l'exploration à l'ère préindustrielle : des cartes insuffisantes, des instruments défaillants, une logistique fragile et une méconnaissance des environnements locaux pouvaient transformer en désastre les entreprises les mieux conçues. L'expédition demeure, à ce titre, un objet d'étude précieux pour l'histoire de la navigation, de la colonisation et des contacts entre cultures européennes et autochtones.

jeudi 14 décembre 2023

Elon Musk prévoit ouvrir une nouvelle université à Austin

La fondation caritative du PDG de Tesla et résident du Texas a déposé une demande de création d’une nouvelle école « axée sur l’éducation au plus haut niveau ».

La fondation caritative d’Elon Musk, PDG de Tesla et SpaceX, a déposé une demande pour créer une nouvelle université à Austin. 

Elon Musk, qui s’est récemment établi au Texas, envisage de créer une université à Austin, selon les déclarations fiscales de l’une de ses organisations caritatives, rapportées pour la première fois par Bloomberg News.

L’organisation de bienfaisance, appelée The Foundation, prévoit d’utiliser un don de 100 millions de dollars de Musk pour créer et lancer une école primaire et secondaire à Austin, axée sur l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. Une fois qu’elle sera pleinement opérationnelle, l’école se concentrera sur la création d’une université. L’école a l’intention de briguer l’accréditation de la Southern Association of Colleges and Schools Commission on Colleges, une première étape nécessaire au lancement de l’école.

Selon la déclaration fiscale, l’université enseignerait aux étudiants en personne « ainsi qu’à l’aide de technologies d’enseignement à distance ». Elle prévoit d’accueillir 50 étudiants au départ et d’augmenter ses effectifs au fil du temps. L’école financerait ses activités par des dons et des frais de scolarité, mais le dossier indique également que si un élève n’est pas en mesure de payer les frais de scolarité, l’école pourrait lui fournir une aide financière. L’école recrute actuellement un directeur général, des enseignants et des administrateurs.

Le projet de Musk de créer une nouvelle université à Austin — qui abrite déjà l’université fleuron du Texas à Austin et de multiples autres universités privées — intervient alors qu’une autre nouvelle université privée prévoit d’ouvrir officiellement ses portes aux étudiants à l’automne 2024 dans cette même ville.

En effet, dans un contexte d’agitation croissante sur la situation de l’éducation aux États-Unis, Austin s’apprête également à accueillir un autre établissement ambitieux, l’université d’Austin (UATX).

Les partisans de l’UATX, dont l’investisseur en capital-risque Joe Lonsdale et l’homme d’affaires Larry Summers, affirment que cette université a l’intention de combler le « fossé béant entre la promesse et la réalité de l’enseignement supérieur ».

Il n’est pas certain que Musk choisisse d’engager son université dans une voie similaire, mais cela semble probable compte tenu de ses remarques passées selon lesquelles les établissements d’élite endoctrinent les étudiants avec du « communisme à outrance ».

Lors d’un entretien avec le Texas Tribune mercredi, le président de l’université d’Austin, Pano Kanelos, a déclaré qu’il espérait que l’établissement serait le champion de la liberté d’expression et de l’ouverture d’esprit.

« Nous vivons un moment où les choses semblent se désagréger, où les gens semblent s’éloigner les uns des autres, où les institutions semblent trembler dans leurs fondations », a déclaré M. Kanelos. « La meilleure réponse est de construire de nouvelles choses.

La nouvelle université de Musk n’a pas encore de nom. La Fondation n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.


Sources : Daily Mail et Texas Tribune

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jeudi 6 juillet 2023

Texas — Professeur de biologie licencié pour avoir dit que le sexe était lié aux chromosomes

Un professeur de biologie du Texas demande sa réintégration après avoir été licencié pour avoir dit à des étudiants que le sexe était lié aux chromosomes.  
 

Selon une lettre du First Liberty Legal Group, publiée le 20 juin, le professeur de biologie Johnson Varkey a été licencié du St Philip’s College à San Antonio après que quatre étudiants ont quitté son cours lorsque Varkey a déclaré que le sexe était déterminé par les chromosomes en novembre 2023. Le collège St Philip’s est une école publique fondée à l’origine par des anglicans.

Le 10 janvier, un courriel de Randall Dawson, vice-président de la réussite scolaire à St. Philip’s, indiquait : « Je vous informe que le service des ressources humaines du district d’Alamo Colleges a reçu une plainte pour violation de l’éthique de la part de JBSA-Lackland, en rapport avec votre animation du cours BIOL 2402, pendant le trimestre de l’automne 2022 (Flex II). » 

Varkey, qui avait enseigné à l’université pendant 20 ans, a répondu pour demander de préciser la nature exacte de l’infraction, mais Dawson n’a pas répondu. Plus tard, le 27 janvier, M. Varkey a reçu un avis l’informant de son licenciement. 

Selon l’avis de licenciement, plusieurs plaintes avaient été déposées au sujet de ses prétendus « prêches religieux, commentaires discriminatoires sur les homosexuels et les transsexuels, rhétorique anti-avortement et badinage misogyne ».

Cependant, la lettre de First Liberty affirme que bien que Varkey soit un « fervent chrétien », il ne l’a jamais « mentionné en classe » et n’a « prêché aucune de ses croyances ».  

En outre, Varkey a enseigné aux étudiants la biologie du sexe pendant toute la durée de son séjour à St.  Philip's. « Aucun autre étudiant ne s’est jamais plaint » de cet enseignement scientifique de base.  

Philip’s College a violé le titre VII du Civil Rights Act (loi sur les droits civils) de 1964 contre la discrimination en licenciant le Dr Varkey en raison de ses convictions religieuses et de la protection de son droit à la liberté d’expression. La seule raison invoquée par le collège pour le licencier était la plainte d’étudiants concernant des « prêches religieux, des commentaires discriminatoires sur les homosexuels et les transsexuels, une rhétorique anti-avortement et des propos misogynes » ».  

« Bien que le Dr Varkey n’ait pas prêché ni fait de prosélytisme en classe, l’accusation de prédication religieuse était clairement liée au fait qu’il est pasteur associé », poursuit la lettre.

First Liberty promet d’intenter une action en justice si M. Varkey n’est pas réintégré.

L’opposition apparente de ce collège à enseigner que le sexe est basé sur les chromosomes est en contradiction avec la biologie de base. La Bibliothèque nationale de médecine indique que « deux des chromosomes (le chromosome X et le chromosome Y) déterminent votre sexe en tant qu’homme ou femme à la naissance. Ils sont appelés chromosomes sexuels : les femmes ont 2 chromosomes X. Les hommes ont 1 chromosome X et 1 chromosome Y. Les hommes ont 1 chromosome X et 1 chromosome Y. » 

samedi 15 janvier 2022

Attaqués et harcelés des professeurs «cancelés» créent leur propre université au Texas avec le soutien d'Elon Musk

« Nous ne pouvons pas attendre des universités réputées qu’elles s’améliorent d’elles-mêmes. Alors, nous allons créer la nôtre. » C’est ainsi que Pano Kanelos, docteur en littérature et en philosophie politique et ancien président du St. John’s College d’Annapolis, a annoncé le 8 novembre dernier la création de l’université d’Austin (UATX). Qui a été pensée comme un remède aux maux contemporains de l’enseignement américain : la « cancel culture », la censure et la politisation des cours. Une plaisanterie ? L’établissement a déjà rassemblé dix millions de dollars de dotations privées, reçu plus de mille candidatures d’enseignants, et les premiers cursus commenceront cette année. Parmi les donateurs, on trouve Elon Musk.

Des études réalisées par Jordan Moss et Peter J. O’Connor ont montré que la « jeune gauche » en vogue ces dernières années — sur les réseaux sociaux sinon dans la vie politique — est antilibérale, préfère la censure à la liberté d’expression et a davantage en commun avec l’extrême droite qu’avec la gauche libérale traditionnelle. Des psychologues australiens ont étudié les traits de caractère dénommés « triade sombre » (le machiavélisme, le narcissisme et la psychopathie) chez les protagonistes des trois parties de ce conflit politique. Il en est ressorti que ces traits étaient également présents dans les deux camps extrémistes, et rares chez les libéraux classiques.

Quelles sont les conséquences pour les universités américaines ? Les étudiants exigent de plus en plus souvent que les universités créent des espaces dits « sûrs » (« safe »). Un lieu « sûr » est un endroit dans lequel il est possible d’éviter toute confrontation non désirée et d’être protégé, par exemple, des idées du camp politique adverse. C’est pourquoi les universités ne devraient pas inviter d’intervenants dont les positions sont controversées et provoquer de débats sur des thèmes pouvant offenser certaines personnes. Selon une étude sur la génération Z réalisée par des chercheurs de l’université d’État de San Diego, 86 % des étudiants estiment que cette protection fait partie des devoirs de l’université.

« Nous pensions que la censure ne pouvait qu’être le fait de régimes oppressifs dans des pays lointains. Mais il s’avère que la peur peut devenir endémique dans une société libre. Qu’elle peut devenir la règle dans le seul endroit qui ait pour mission de défendre le droit de penser l’impensable, de discuter l’inexprimable et de questionner l’incontestable », écrit Kanelos dans son texte proclamant l’ouverture de l’université.

Revenir aux sources libérales

Selon lui, l’UATX a pour objectif de revenir aux sources : l’université ne doit pas être professionnalisante ni préparer au monde du travail. Sa mission doit être la formation intellectuelle et l’épanouissement des personnes en tant qu’individus et que parties prenantes de la société. L’activité universitaire devrait donc se focaliser sur la « recherche de la vérité » — y compris en se confrontant à ce qui est différent, révoltant ou répugnant. Car si une tendance est représentée dans la société et influe sur notre réalité, nous avons le devoir de la comprendre, et pas de l’éviter.

Kanelos se réfère aux statistiques : presque un quart des enseignants des filières de sciences humaines est prêt à exposer à l’ostracisme un ou une collègue de travail en raison d’opinions « incorrectes » sur l’immigration ou le genre, et un cinquième des doctorants exprime sa volonté de discriminer les enseignants ayant des idées conservatrices. Selon une enquête réalisée sur les campus, 62 % des étudiants se plaignent du fait que l’atmosphère à l’université ne leur permet pas de dire ce qu’ils pensent. Pourtant, 70 % d’entre eux sont prêts à dénoncer les professeurs qui expriment des idées offensantes. Sur les 491 campagnes des dernières années visant à faire retirer les invitations d’intervenants extérieurs, 200 environ ont obtenu gain de cause.

samedi 9 octobre 2021

Histoire — 10 octobre 1818, destruction du Champ-d’Asile, État français fondé sur le sol américain

Après la seconde chute de Napoléon, quelques soldats français, que la proscription ou le désespoir chassaient de leur patrie, allèrent se réfugier en Amérique. Un acte du congrès législatif des États-Unis leur accorda quatre-vingt-douze mille acres dans le territoire d’Alabama, sur le Mohilé et le Tombeck-Bee, à raison de deux francs l’acre, payables en quatorze ans, sans intérêt, pour y former une colonie. Chaque soldat devait y recevoir une part de terre correspondante à son grade : mais en touchant le sol étranger, la plupart des exilés s’étaient trouvés dans la position la plus difficile, et dans un dénuement absolu.

Un séjour de quelques mois à New York, à Philadelphie, à Boston, les avait constitués débiteurs envers leurs hôtes. Des spéculateurs américains profitèrent de la circonstance et offrirent aux Français de leur acheter, à vil prix, les terres à eux concédées : ceux-ci, n’ayant pas la liberté du choix, acceptèrent, et cédèrent tous leurs droits.

François-Antoine Lallemand, l’un des deux bonapartistes
fondateurs de la colonie française

Il en résulta que la colonie naissante se composa, pour les sept huitièmes, d’Américains, tandis que, dans le plan primitif, on ne devait y admettre que des Français. Quelques-uns de ceux qui avaient vendu leurs terres se rendirent à Galveston, où le général Humbert s’était établi ; d’autres, au nombre de cent cinquante à trois cents, allèrent, sous la direction des généraux Lallemand (François-Antoine et son frère Henri), fonder une colonie purement française, à dix ou douze lieues ouest de Galveston, entre les rivières de la Norte et de la Trinité, dans un territoire abandonné de la province du Texas, et dont la possession était incertaine entre les Espagnols, les Indiens et les Américains.

Le produit de la vente des terres de l’Alabama et quelques avances faites par les chefs de l’entreprise firent les frais de l’expédition et de l’établissement. Arrivés sur ce territoire, qu’ils appelèrent du nom de Champ-d’Asile, les exilés se donnèrent un gouvernement militaire, se distribuèrent en cohortes, dont chacune avait son chef, et dans lesquelles on ne pouvait admettre que des Français, ou des hommes qui eussent servi dans l’armée française. Dans le partage des terres, chaque officier eut vingt arpents, avec tous les instruments nécessaires au défrichement.


Champ-d’Asile : travaux des colons pour l’établissement de leur ville. Estampe de Charles-Abraham Chasselat (1782-1843) gravée par Joseph-Claude Pomel

Peu de jours après leur établissement, ils publièrent un manifeste, où, se déclarant état indépendant, ils annonçaient qu’ils respecteraient les nations voisines, mais qu’ils étaient disposés à se défendre au péril de leur vie contre toute agression injuste. Ce manifeste grossit encore le nombre des réfugiés. La fertilité du sol, la douceur du climat, et le voisinage d’une rivière favorisaient l’essor et la durée de leur colonie : mais ils n’avaient point de femmes pour adoucir les ennuis de l’exil ; ils étaient peu habitués aux rudes travaux du défrichement. Une centaine d’esclaves qu’ils avaient achetés désertèrent chez les sauvages : le découragement se répandit parmi les colons. D’ailleurs, leur arrivée avait excité, surtout chez les Espagnols du voisinage, des inquiétudes que leur manifeste n’était pas propre à dissiper. Le bruit se répandit que les réfugiés du Texas entretenaient des correspondances avec les mécontents du Mexique.

Le vice-roi de ce pays, Apodaca, résolut de détruire cet établissement, ainsi que celui de Galveston. Six ou sept cents Espagnols, conduits par le général Castenada, se présentèrent devant Galveston, qui fut évacué. Les colons du Texas, encore mal établis, divisés, découragés, assaillis par les Indiens, abandonnèrent le Champ-d’Asile, qui n’eut ainsi qu’une existence de quelques mois. Plusieurs Français retournèrent dans l’Alabama, où ils s’établirent et fondèrent une ville.

D’après « Éphémérides universelles, ou Tableau religieux, politique, littéraire, scientifique et anecdotique, présentant, pour chaque jour de l’année, un extrait des annales de toutes les nations et de tous les siècles, depuis les temps historiques jusqu’à nos jours » (Tome 10), paru en 1832).

samedi 16 novembre 2013

Réflexes communautaires : un candidat blanc se fait élire à l'université de Houston en se faisant passer pour un Noir


Dave Wilson, un républicain, s'est fait passer pour un Noir pour entrer au conseil d'administration du collège communautaire de Houston au Texas. Les collèges communautaires sont, aux États-Unis, des établissements universitaires qui offrent des formations généralement limitées à un premier cycle de deux ans.

Pendant sa campagne, M. Wilson a usé de plusieurs stratagèmes pour déloger de son siège au conseil d'administration du collège communautaire de Houston le démocrate — noir — Bruce Austin, qui y avait été élu quatre fois consécutives ces vingt-quatre dernières années dans ce district principalement peuplé d'électeurs noirs. Sur les tracts électoraux du républicain blanc figuraient exclusivement des visages de personnes noires, afin de créer la confusion. L'heureux candidat a trouvé ces photos sur Internet via une banque d'images. Cette manœuvre n'est sanctionnée par aucun texte de loi. Et il l'a exercée dans d'autres domaines. Par exemple, ses annonces radiophoniques ont été enregistrées avec des voix de Noirs. Elles évoquent les dons du candidat au bénéfice des différentes associations de communautés noires et hispaniques, cultivant encore la confusion.

Affichette de Dave Wilson

Enfin, le stratagème le plus grossier de sa campagne fait sourire le républicain. Il aura consisté en la mention dans chacune des annonces et affichettes du soutien d'un certain « Ron Wilson ». Ce nom évoque pour tout un chacun au Texas le démocrate — noir — représentant de l'État du Texas au Congrès pendant plus de vingt ans, célébrissime à Houston. Mais il s'agit en réalité du cousin de Dave Wilson ! Interrogé par les journalistes locaux sur l'identité de cet homonyme, Dave Wilson sourit : « Oui, parfaitement, Ron est mon cousin, il est épatant et il soutient ma candidature ! » Afin d'éviter de se mettre hors-la-loi, Dave Wilson a bien pris soin de préciser en plus petits caractères sur ses tracts que « Dave Wilson et Ron Wilson sont cousins » !

Déterminisme communautaire

Pourquoi Dave Wilson a-t-il eu besoin de tromper ses électeurs pour gagner ? Le candidat invoque à demi-mot le déterminisme communautaire qui régit les élections aux États-Unis. En effet, si le Texas est connu pour être depuis toujours en majorité acquis aux républicains, la ville de Houston, quant à elle, n'a plus connu de maire de droite depuis 1991. En 2009, elle est même devenue la première ville américaine de plus d'un million d'habitants à élire un maire homosexuel : la démocrate Annise Parker. Et ce n'est pas tout : en 2005, les sociologues de la même université publique de Houston ont mené une étude sur l'orientation politique des communautés présentes en grand nombre à Houston.

Les résultats sont édifiants : 62 % des hispaniques et 91 % des Noirs disent voter démocrate. Rappelons que le président Obama (un métis) a bénéficié d'un vote stalinien parmi les afro-américains, 93 % des suffrages en sa faveur en 2012 contre, toutefois, 96 en 2008. Dans un tel contexte, Dave Wilson « ne s'attendait pas du tout à gagner l'élection ».

À noter que si ses manières de jouer avec les réflexes de ralliements communautaires ne sont certainement pas flatteuses pour la démocratie, elles ne sont guère attaquables du point de vue de la légalité.

Sources: Le Point, KHOU, Texas, Diversity Inc.