mercredi 29 juillet 2026

France — L’inter­dic­tion des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, un dis­po­si­tif de contrôle social sans pré­cé­dent

Texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Figaro.

Les repré­sen­tants du bloc cen­tral [Macron et alliés] étaient heu­reux, même exta­tiques : ils ont obtenu une majo­rité à l’assem­blée natio­nale pour inter­dire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Ils y sont par­ve­nus parce que l’oppo­si­tion l’a per­mis, même l’oppo­si­tion natio­nale [de Marine Le Pen], ce qui a pu en sur­prendre cer­tains. On connaît le récit offi­ciel : les réseaux sociaux, en quelques années, auraient com­plè­te­ment déstruc­turé la psy­ché des jeunes géné­ra­tions, ils engen­dre­raient une dépen­dance à grande échelle, et pous­se­raient pro­ba­ble­ment à la mal­for­ma­tion du cer­veau. Ce n’est évi­dem­ment pas faux et il n’est pas inutile de cri­ti­quer vive­ment la forme nou­velle d’alié­na­tion qu’ils engendrent et de cher­cher des méca­nismes de régu­la­tion pour conte­nir leurs effets les plus des­truc­teurs.

Mais l’his­toire ne s’arrête pas là. Car, entre le récit offi­ciel et la réa­lité, il y a un grand écart. Le pou­voir se cherche depuis plu­sieurs années des rai­sons pour reprendre en main les réseaux sociaux. En effet, c’est sur ces der­niers, et sur les forums, aussi, qu’a pris forme une opi­nion publique trans­gres­sive, contes­ta­taire, dis­si­dente, même, déli­vrée des para­mètres média­tiques domi­nants. Alors que l’espace public offi­ciel était normé, que les opi­nions auto­ri­sées étaient clai­re­ment sépa­rées des opi­nions pros­crites, que les acteurs étaient éti­que­tés de telle manière qu’on savait immé­dia­te­ment les­quels étaient res­pec­tables et les­quels ne l’étaient pas, une masse de citoyens se désaf­fi­liait de l’offi­cia­lité pour consti­tuer un autre espace public, déta­ché des prin­cipes du régime. Ce der­nier a pris peur.

À tra­vers cette loi nou­velle, une infra­struc­ture de contrôle se met en place, sous le signe du fichage géné­ra­lisé. Car, pour s’assu­rer qu’un uti­li­sa­teur ne soit pas mineur, il faut ficher tout le monde. La chose ne sera pas simple - on peut s’attendre à bien du cafouillage infor­ma­tique. Il n’est pas inter­dit de croire que des mil­lions d’élec­teurs, au moment de la pré­si­den­tielle, seront pra­ti­que­ment inter­dits de réseaux sociaux, parce qu’ils n’auront pas réussi à obte­nir ce qui peut s’assi­mi­ler à un passe numé­rique. Ils seront ainsi pri­vés d’espace public. De même, le dis­po­si­tif censé assu­rer la sécu­rité des don­nées aura, même si on dit le contraire main­te­nant, bien des failles.

Mais ces cri­tiques tech­niques nous détachent du grand contexte pous­sant le pou­voir à mul­ti­plier, au fil des décen­nies, les légis­la­tions liber­ti­cides - au nom de la réédu­ca­tion d’une popu­la­tion mora­le­ment retar­da­taire, enfer­mée dans ses pré­ju­gés qu’elle serait inca­pable de conte­nir et qu’il fau­drait cen­su­rer et mater, au cas où l’idée lui vien­drait de s’insur­ger, moins dans les rues, évi­dem­ment, qu’élec­to­ra­le­ment. Le régime diver­si­taire a peur du peuple et on sous-estime à quel point l’extrême centre, qui en repré­sente l’expres­sion poli­tique prin­ci­pale, est prêt à tout pour se main­te­nir au pou­voir.

Com­ment retrou­ver le mono­pole du récit média­tique légi­time ? La méthode du pou­voir est connue : il bran­dit un objec­tif noble, mora­le­ment consen­suel, qui jus­ti­fie ensuite l’exten­sion des inter­dits, à tra­vers un dis­po­si­tif admi­nis­tra­tif insai­sis­sable, se récla­mant de l’état de droit. Chat Control entend ainsi scan­ner pré­ven­ti­ve­ment l’ensemble des conver­sa­tions par mes­sa­ge­rie au nom de la lutte contre la pédo­cri­mi­na­lité, contre le nar­co­tra­fic… Concrè­te­ment, toutes les conver­sa­tions, tôt ou tard, seront scan­nées. La loi Bergé pré­tend lut­ter contre l’anti­sé­mi­tisme et le racisme : elle per­met­tra demain de ban­nir juri­di­que­ment les cri­tiques de l’immi­gra­tion mas­sive. La loi Samuel Paty devait conte­nir le har­cè­le­ment. Elle per­met aujourd’hui de sanc­tion­ner les jour­na­listes menant leurs enquêtes contre cer­tains lob­bies orga­ni­sés pré­fé­rant ne pas être nom­més. La pro­chaine loi sur l’ingé­rence étran­gère, ciblant notam­ment la dés­in­for­ma­tion, per­met­tra de sanc­tion­ner les «ingé­rences inté­rieures». De même, la loi sur l’entrisme, à l’ori­gine cen­sée com­battre l’isla­misme, per­met­tra de trans­for­mer en sus­pects poli­tiques ceux qui s’éloignent trop de l’ortho­doxie idéo­lo­gique pri­vi­lé­giée par le pou­voir.

[Ajoutons : La loi pour lutter contre « le séparatisme » après les attentats islamistes sert à interdire de plus en plus l'instruction à la maison, loin de la pédagogie sourcilleuse progressiste instillée par l'État, aux familles françaises plus conservatrices ou plus autonomes alors que tous les terroristes islamistes avaient été éduqués dans des établissements inspectés par l'État, pire quasiment tous dans des établissements publics. Cette loi sert aussi à serrer la vis aux écoles libres non subventionnées. Voir aussi « L’État devrait agir sur l’école publique perméable à l’islamisation. Tous les djihadistes français en proviennent. » et Chez les Baldeck en Savoie, l’école à la maison et le brevet à 9 ans]

Il ne s’agit évi­dem­ment pas de dévoi­ler je ne sais quel com­plot, mais de décryp­ter un engre­nage liber­ti­cide défendu par des hommes et des femmes convain­cus de faire le bien, et évo­luant dans un milieu idéo­lo­gi­que­ment confor­miste où il est inima­gi­nable de voir le monde autre­ment. Mais la morale de l’inten­tion ne suf­fit pas : se met concrè­te­ment en place une infra­struc­ture de contrôle et de sur­veillance géné­ra­li­sée qui per­met­tra, demain, de ficher l’ensemble de la popu­la­tion - elle visera la délin­quance idéo­lo­gique, la seule que le régime diver­si­taire réprime sans conces­sions. Les sus­pects ou les condam­nés pour­ront se faire débran­cher numé­ri­que­ment. La fin de l’ano­ny­mat, dans la société de la déla­tion per­ma­nente, ren­for­cera le pou­voir des dif­fé­rentes milices numé­riques pra­ti­quant le « name and shame » avec les déviants. On connaît la réponse des naïfs : seuls ceux qui ont quelque chose à se repro­cher devraient s’inquié­ter. C’est oublier que le pou­voir trouve tou­jours de nou­velles choses à repro­cher à ceux qu’il admi­nistre, qu’il trouve tou­jours de nou­veaux com­por­te­ments à patho­lo­gi­ser, de nou­velles opi­nions à pros­crire.

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Allemagne — Femme aux yeux de la loi, mais en pri­son avec les hommes

« Elle » s’appelle offi­ciel­le­ment Mar­las­venja Lie­bich… mais purge sa peine dans une pri­son pour hommes de l’est de l’alle­magne. Outre­rhin, les rebon­dis­se­ments autour du cas de ce néo­nazi condamné pour « inci­ta­tion à la haine raciale » avant de chan­ger de sexe, de fuir le pays, d’être arrêté en Répu­blique tchèque et d’être fina­le­ment extradé, font les gros titres depuis des mois. Et sus­citent le débat autour de la nou­velle loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion de genre.

Sous son iden­tité d’ori­gine, Sven Lie­bich, ce mili­tant d’extrême droite, né en 1970, fait par­ler de lui depuis des décen­nies en Alle­magne, en par­ti­cu­lier en Saxe et en Saxe-Anhalt, Land du nord-est du pays dont il est ori­gi­naire - et qui pour­rait bas­cu­ler dans le giron de l’alter­na­tive für Deut­schland (AFD) aux pro­chaines élec­tions régio­nales. Classé comme « extré­miste de droite » par l’office de pro­tec­tion de la Consti­tu­tion de Saxe-Anhalt, l’homme était selon la presse alle­mande membre de la sec­tion locale du réseau nazi Blood & Honour, avant l’inter­dic­tion de celui-ci en 2000.

Ces der­nières années, il a mul­ti­plié les sor­ties ultra­ra­di­cales, en ligne et lors de mani­fes­ta­tions, qui lui ont valu des amendes et des peines de pri­son avec sur­sis. Une nou­velle étape judi­ciaire a été fran­chie lorsqu’en juillet 2023, à Halle (Saxe), il a écopé de 18 mois de pri­son pour une quin­zaine de faits d’« inci­ta­tion à la haine raciale », d’« appro­ba­tion d’une guerre d’agres­sion », de « vio­la­tion de la loi sur le droit d’auteur», de «dif­fa­ma­tion» et d’«injure». Il lui était notam­ment repro­ché de vendre dans sa bou­tique en ligne une batte de base­ball por­tant l’ins­crip­tion : «Aide à l’expul­sion ». Cette condam­na­tion - qui tenait compte d’un pré­cé­dent juge­ment pro­noncé en sep­tembre 2020 - a été confir­mée en août 2024 et est deve­nue défi­ni­tive lorsque son pour­voi a été rejeté le 14 mai 2025. Mais, entre-temps, Sven Lie­bich a uti­lisé la nou­velle loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion de genre pour deve­nir une femme aux yeux de l’état alle­mand et a modi­fié son pré­nom. Marlasvenja Lie­bich est née.

Outre-Rhin, ce chan­ge­ment a sou­levé de fortes inter­ro­ga­tions. Dans le passé, celui qui s’appe­lait encore Sven s’est fait plu­sieurs fois remar­quer pour ses posi­tions réso­lu­ment hos­tiles envers les per­sonnes queer. La presse alle­mande rap­pelle ainsi qu’en 2022 il a qua­li­fié les per­sonnes LGBT de «para­sites de la société ». Ou encore qu’en sep­tembre 2023 il a traité de « pédales » les par­ti­ci­pants au Chris­to­pher Street Day - la pride alle­mande - et a évo­qué l’exis­tence d’un « trans­fas­cisme ».

De nom­breuses voix se sont éle­vées pour dénon­cer un détour­ne­ment de la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion de genre. «C’est un exemple d’abus très simple de la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion. (…) La jus­tice, l’opi­nion publique et le monde poli­tique sont pris pour des imbé­ciles », a notam­ment déclaré le ministre de l’inté­rieur Alexan­der Dobrindt (CSU) à Stern. « Il faut désor­mais un débat sur la manière de réins­tau­rer des règles claires contre les abus liés au chan­ge­ment de sexe. »

Cerise sur le gâteau : en août 2025, sur le réseau social 𝕏, Marlasvenja Lie­bich a assuré être juive pra­ti­quante et a réclamé à ce titre de la nour­ri­ture cachère lors de sa future déten­tion. Ce qui a sus­cité une réac­tion indi­gnée du com­mis­saire du gou­ver­ne­ment fédé­ral chargé de la vie juive et de la lutte contre l’anti­sé­mi­tisme, Felix Klein, ce der­nier esti­mant que la mili­tante «se (moquait) non seule­ment des juifs, mais de tous les pra­ti­quants ».

Marlasvenja Lie­bich, elle, défend bec et ongles ses nou­velles posi­tions. Au début de l’année 2025, elle dépose notam­ment une plainte devant le Conseil alle­mand de la presse, le Deut­scher Pres­se­rat, dans laquelle elle reproche au média alle­mand Der Spie­gel d’avoir uti­lisé son « morinom », c'est-à-dire son ancien prénom (Sven) celui de son identité désormais « morte », ainsi que des pro­noms mas­cu­lins pour par­ler d’elle dans un article datant de jan­vier 2025.

Après en avoir déli­béré, le Conseil de la presse a déclaré cette plainte infon­dée, sui­vant en cela l’argu­men­ta­tion du cabi­net d’avo­cats man­daté par le jour­nal. Il estime notam­ment « qu’il est pro­bable que Marlasvenja Lie­bich ait pro­cédé à la modi­fi­ca­tion de son état civil de manière abu­sive, afin de pro­vo­quer et de ridi­cu­li­ser l’état ». La quin­qua­gé­naire dépose éga­le­ment une plainte auprès du minis­tère de l’inté­rieur dans laquelle elle accuse Felix Klein de man­que­ment à ses obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles - plainte là aussi jugée infon­dée.

La loi alle­mande sur l’éga­lité des chances pour les per­sonnes trans­genres, inter­sexes et non binaires (SBGG) - dite « loi d’auto­dé­ter­mi­na­tion de genre» - est entrée en vigueur le 1er novembre 2024, juste avant que n’implose la coa­li­tion SPD-VERTS-FDP menée par le chan­ce­lier social-démo­crate Olaf Scholz. Elle rem­place la loi rela­tive aux per­sonnes trans­sexuelles (TSG) de 1980. Elle per­met notam­ment de modi­fier son genre et ses pré­noms par une simple décla­ra­tion auprès de l’état civil, et non plus à l’issue d’une pro­cé­dure com­po­sée de deux exper­tises et d’une déci­sion de jus­tice. Des textes com­pa­rables existent dans plu­sieurs autres pays, notam­ment en Argen­tine, depuis 2012.

En Alle­magne, la per­sonne qui se lance dans une telle démarche se retrouve face à quatre choix : homme, femme, divers ou rien du tout - il est en effet pos­sible de lais­ser le champ « genre » vide. Les mineurs de plus de 14 ans peuvent faire eux-mêmes cette demande, mais avec le consen­te­ment de leurs repré­sen­tants légaux. Ceux de moins de 14 ans doivent pas­ser par leurs repré­sen­tants légaux pour dépo­ser leur requête.

Pré­ci­sion impor­tante pour le cas Lie­bich : la loi SBGG ne pré­voit pas de dis­po­si­tion spé­ci­fique en matière d’exé­cu­tion des peines. « Le lieu de déten­tion des per­sonnes condam­nées ne doit pas se fon­der exclu­si­ve­ment sur la men­tion de sexe à l’état civil. La Loi fon­da­men­tale et l’obli­ga­tion de pro­tec­tion de l’éta­blis­se­ment péni­ten­tiaire imposent, lors de l’affec­ta­tion, de prendre en compte les inté­rêts de sécu­rité et les droits de la per­son­na­lité de l’ensemble des per­sonnes déte­nues. Si une per­sonne déte­nue avec la men­tion de sexe “mas­cu­lin” modi­fie son ins­crip­tion à l’état civil en “fémi­nin”, les droits de la per­sonne et les inté­rêts de sécu­rité d’autres per­sonnes déte­nues peuvent, selon le cas d’espèce, s’oppo­ser à un trans­fert dans une pri­son pour femmes », sou­ligne le minis­tère de la Famille. Cer­taines régions, comme Ber­lin, la Hesse ou le Schles­wig-Hol­stein, ont mis en place des régle­men­ta­tions spé­ci­fiques pour l’accueil des déte­nus trans­genres.

Marlasvenja Lie­bich est quant à elle convo­quée le 29 août 2025 à la pri­son pour femmes de Chem­nitz (Saxe), où la ques­tion de son incar­cé­ra­tion dans un éta­blis­se­ment pour hommes ou pour femmes doit être éva­luée. Mais le jour dit, elle ne se pré­sente pas au ren­dez-vous. Un mes­sage vocal est dif­fusé aux quelques dizaines de jour­na­listes et mani­fes­tants pré­sents sur place expli­quant que la condam­née a pris la fuite. Un man­dat d’arrêt est alors déli­vré à son encontre.

Après plu­sieurs mois de traque à tra­vers l’Europe, elle est arrê­tée le 9 avril à Krasna, en Répu­blique tchèque, non loin de la fron­tière alle­mande. Incar­cé­rée à la pri­son de Pil­sen, dans l’ouest du pays, elle se bat d’arrache-pied contre son extra­di­tion. Le 1er juin, le tri­bu­nal régio­nal de Pil­sen ordonne pour­tant son retour en Alle­magne. La prin­ci­pale inté­res­sée dépose un recours, ce qui ren­voie l’affaire devant la cour supé­rieure régio­nale de Prague. Le 7 juillet, cette juri­dic­tion confirme la déci­sion prise en pre­mière ins­tance.

L’extra­di­tion de Marlasvenja Lie­bich a lieu huit jours plus tard, le 15 juillet. La quin­qua­gé­naire est d’abord envoyée à la pri­son pour femmes de Chem­nitz, où sont incar­cé­rées 213 per­sonnes. Mais « après avoir pris en compte tous les aspects per­ti­nents de ce cas par­ti­cu­lier », selon le minis­tère saxon de la Jus­tice, la direc­tion de l’éta­blis­se­ment péni­ten­tiaire décide fina­le­ment qu’elle pur­gera sa peine dans une pri­son pour hommes et elle est trans­fé­rée à Zei­thain, dans la Saxe, où elle rejoint 319 autres déte­nus.

En vertu de la légis­la­tion saxonne sur l’exé­cu­tion des peines, sou­ligne le minis­tère saxon de la Jus­tice auprès du Figaro, « il est pos­sible de déro­ger au prin­cipe de sépa­ra­tion (des déte­nus de sexes dif­fé­rents) dans des cas par­ti­cu­liers, en tenant compte de la per­son­na­lité et des besoins des déte­nus concer­nés, de la réa­li­sa­tion de l’objec­tif de l’exé­cu­tion de la peine, ainsi que de la sécu­rité et de l’ordre au sein de l’éta­blis­se­ment, y com­pris les besoins des autres déte­nus. La pro­tec­tion des déte­nus contre les agres­sions com­mises par d’autres déte­nus consti­tue, indé­pen­dam­ment du sexe de la per­sonne condam­née, un fac­teur déter­mi­nant dans la déci­sion rela­tive au pla­ce­ment. »

Du pain bénit pour la prin­ci­pale inté­res­sée. « Ah, tout à coup, la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion n’aurait donc plus d’impor­tance ? (…) Appa­rem­ment, Lie­bich ne serait pas une femme. Tiens donc ? On a tou­jours dit que l’on pou­vait choi­sir soi-même son genre. Et main­te­nant, ce sont les auto­ri­tés de Saxe-Anhalt et de Saxe qui veulent déci­der du genre de Lie­bich ? Elles n’auraient pas pu mieux se démas­quer ! », com­mente alors sur 𝕏 le compte au nom de Marlasvenja Lie­bich.

Cer­tains membres de l’AfD, parti pour lequel ledit compte 𝕏 appelle à voter en exhor­tant la « Marla’s Army» à rendre «l’alle­magne cen­trale bleue», s’engouffrent aussi dans cette faille. « L’affaire Marla-svenja Lie­bich met en évi­dence toute l’absur­dité de la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion. Selon la loi, elle est offi­ciel­le­ment une femme, et pour­tant elle est incar­cé­rée dans une pri­son pour hommes au lieu de pur­ger sa peine dans une pri­son pour femmes », écrit ainsi sur le même réseau social Lars Hünich, le vice-­pré­sident du groupe AfD au Par­le­ment régio­nal du Bran­de­bourg. Et un inter­naute de ren­ché­rir : « Lie­bich mène l’État en bateau ! »

De son côté, la ministre de la Jus­tice de Saxe, Constanze Geiert (CDU), salue le trans­fert de Marlasvenja Lie­bich à la pri­son pour hommes de Zei­thain, se féli­ci­tant que la pri­son pour femmes de Chem­nitz « ne se soit pas laissé entraî­ner dans ces manœuvres ». « Les ruses, les trom­pe­ries et les petits jeux ne mènent jamais à rien dans un État de droit », insiste celle qui appelle «le légis­la­teur fédé­ral » à «réfor­mer rapi­de­ment» la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion, « dans l’inté­rêt de la sécu­rité dans le sys­tème péni­ten­tiaire, du bon fonc­tion­ne­ment des pour­suites pénales et, sur­tout, dans l’inté­rêt des per­sonnes dont l’iden­tité de genre est pré­ci­sé­ment cen­sée être pro­té­gée par cette loi ».

La balle est désor­mais dans le camp de la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale « noire-rouge » menée par le for­te­ment impo­pu­laire chan­ce­lier Frie­drich Merz (CDU), qui se serait pro­ba­ble­ment bien passé de cette embar­ras­sante affaire, alors même qu’il affronte déjà la polé­mique née du recours à la GPA (une mère porteuse) par le chef des dépu­tés conser­va­teurs, l'homosexuel Jens Spahn. Inter­rogé par Le Figaro sur une éven­tuelle réforme de la loi sur l’auto­dé­ter­mi­na­tion de genre, le por­te­-pa­ro­lat de l’exé­cu­tif a d’ailleurs botté en touche.

Source : Le Figaro