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lundi 12 octobre 2026

L'immigration et sa descendance représenterait près d'un quart de la population actuelle de l'Espagne

Quelle serait la population de l'Espagne si l'immigration nette avait été nulle de 1995 à 2026 ?

Pour bâtir ce scénario, on part de la structure par âge de la population en 1995 et l'on suppose que la fécondité et la mortalité à chaque âge auraient évolué comme elles l'ont fait en réalité. Cette hypothèse n'est pas nécessairement réaliste, mais elle fournit, semble-t-il, des résultats sur lequel la réflexion peut s'appuyer. 

Chacun peut corriger mentalement la fécondité à la hausse (avec moins d'immigration, le prix du logement aurait presque certainement été plus bas) ou à la baisse (certains groupes d'immigrants ont une fécondité supérieure à la moyenne). Il n'est pas certain que l'impact hypothétique retenu sur la fécondité globale change grand-chose en pratique : quelques centaines de milliers de personnes tout au plus, dans un sens ou dans l'autre.

Côté mortalité, aucun ajustement n'est nécessaire : les calculs se fondent sur les tranches d'âge, et rien n'indique que les taux auraient différé dans mon scénario.

Le plus frappant est ailleurs. L'immigration a ajouté 11,1 millions d'habitants par rapport au scénario de référence — les immigrants eux-mêmes et leurs enfants nés en Espagne — et pourtant, la part de la population âgée de 15 à 64 ans à peine bougé : 66,3 % contre 64,2 %.

Or ce passage de 64,2 % à 66,3 % ne résout rien ; il aggrave le problème. Dans un État-providence fortement redistributif, et alors que l'immigration a été majoritairement peu qualifiée — autrement dit des personnes dont la valeur actualisée nette pour les finances publiques est négative, oui, même en équilibre général —, il est presque certain que la soutenabilité des comptes à long terme s'en trouve dégradée. 

Les données espagnoles invitent à examiner sérieusement le coût budgétaire de l'immigration, plutôt qu'à en présumer les effets positifs. En 2024, le salaire annuel moyen pondéré des salariés de 18 à 65 ans s'élevait à environ 26 065 € pour les Espagnols, contre 18 530 € pour les étrangers, soit un écart de près de 29 % et, par conséquent, une assiette fiscale et sociale sensiblement plus faible. Dans le même temps, les femmes nées à l'étranger étaient à l'origine de 33,3 % des naissances en Espagne, alors qu'elles ne représentaient pas un tiers de la population : ces enfants entraînent des dépenses collectives immédiates supplémentaires, notamment d'éducation et de santé, avant de pouvoir contribuer à leur tour aux recettes publiques. Enfin, selon l'Institut national de statistique espagnol (INE), le taux de condamnation des étrangers adultes atteignait 15,7 pour 1 000 habitants en 2024, contre 6,2 pour les Espagnols, soit 2,5 fois plus, ce qui implique également des coûts supplémentaires de police, de justice et, dans les cas concernés, d'incarcération. Ces trois constats — salaires plus faibles, part disproportionnée des naissances et taux de condamnation plus élevé — vont à l'encontre de l'idée que l'immigration aurait nécessairement amélioré les comptes publics. Ils ne suffisent pas à calculer son solde budgétaire net, mais ils montrent pourquoi une comparaison limitée aux recettes fiscales immédiates (comme certains le font), sans imputer les dépenses collectives ni tenir compte des droits futurs à la retraite et aux soins, risque de présenter un bilan artificiellement favorable. Source des salaires espagnols ; source des salaires étrangers ; source des naissances.

L'Espagne s'est ainsi profondément transformée — sans que l'on y ait beaucoup réfléchi aux conséquences.

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Trump suspend huit géants de la tech du programme d’accès à la résidence permanente

L’administration Trump a suspendu huit entreprises technologiques, dont Microsoft, Adobe et la française Capgemini, du programme Perm, qui permet aux employeurs de parrainer des travailleurs étrangers pour l’obtention d’une carte verte. Washington leur reproche de privilégier la main-d’œuvre étrangère au détriment des salariés américains. JD Vance (ci-contre) a notamment accusé Microsoft d’avoir licencié 6 000 Américains tout en obtenant 6 300 visas H-1B et 3 000 cartes vertes. 

L’entreprise conteste cette interprétation et affirme que 80 % de ses quelque 6 000 demandes de visas H-1B déposées au cours du dernier exercice visaient à prolonger ou à modifier le statut d’employés déjà en poste. Cette mesure s’inscrit dans la politique de Donald Trump visant à réduire le recours aux travailleurs étrangers, y compris hautement qualifiés. Le dispositif H-1B a accueilli plus de 350 000 bénéficiaires au cours de la dernière année, dont environ 70 % sont originaires d’Inde. L’informatique constitue le principal secteur d’emploi de ces travailleurs, et les huit plus importants demandeurs de certifications Perm au 30 juin 2026 étaient tous des entreprises technologiques. Plusieurs grands groupes, dont Apple, Intel, Oracle, Amazon, Nvidia et Google, ne sont toutefois pas concernés par les restrictions annoncées.

jeudi 8 octobre 2026

Amérique latine — La Machine migratoire grippée

En tarissant presque l'immigration illégale vers les États-Unis, Donald Trump a transformé l'Amérique latine

Au cours des 50 dernières années, au moins 23 millions de personnes nées en Amérique latine ont migré vers les États-Unis.  Aucun pays au monde n'avait jamais attiré un courant migratoire aussi massif et aussi constant — un mouvement qui a encore pris de l'ampleur après la pandémie de covid-19. Les gouvernements comme les populations d'Amérique latine s'y étaient habitués, tout comme à l'argent que ces nouveaux résidents aux États-Unis renvoyaient au pays.


Puis Donald Trump est revenu au pouvoir. Sur l'année achevée en juillet 2026, le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a recensé 137 000 « rencontres » entre ses agents et des migrants à la frontière sud. Soit une chute de 94 % par rapport à la même période en 2024, qui en avait compté 2,4 millions. Le bouchon du Darién [la jungle quasi impénétrable entre la Colombie et le Panama, seul passage terrestre entre les deux Amériques] raconte la même histoire : sur la même période, les traversées y ont baissé de 99,9 %. Au Costa Rica, le nombre de migrants se dirigeant vers le nord est tombé à presque zéro, tandis que celui des migrants repartant vers le sud a bondi (voir graphique ci-dessous). Le couloir migratoire le plus fréquenté au monde s'est tu. Une partie de la flambée de l'après-covid — seul autre moment de la dernière décennie où la migration avait ralenti — allait de toute façon retomber. Mais ce changement est presque entièrement dû à M. Trump. Les migrants ont réagi au fait qu'il avait mis fin aux voies légales permettant de demander l'asile, renforcé les contrôles, accéléré les expulsions et clairement fait savoir qu'ils n'étaient pas les bienvenus.

Le Mexique fut longtemps à la fois une étape sur la route des États-Unis et le principal pays d'origine des migrants. Or le pays est devenu une destination pour d'autres migrants, explique Luciana Gandini, de l'UNAM [l'Université nationale autonome du Mexique, la plus grande du pays, située à Mexico]. Beaucoup séjournent à Casa Tochan [un foyer d'accueil pour migrants à Mexico] depuis bien plus d'un an. 

Des Cubains, qui traversaient auparavant le Mexique pour gagner les États-Unis, s'y installent. Les demandes d'asile cubaines au Mexique sont passées de 17 884 en 2024 à 34 662 en 2025.

La chute de la natalité mexicaine redessine la donne migratoire

Selon l'enquête intercensitaire 2025 de l'INEGI, l'institut national mexicain de la statistique, le Mexique comptait environ 130,4 millions d'habitants dans les logements particuliers (130,9 millions au total), soit une hausse d'environ 3,5 % depuis 2020 — mais à un rythme qui continue de ralentir, de l'ordre de 0,7 % par an. En outre, la fécondité s'est effondrée : l'indicateur conjoncturel est tombé à 1,2 enfant par femme en 2024 (1,23 selon certains décomptes de l'enquête), après 1,6 en 2020-2022 et 1,9 en 2019 — très loin du seuil de remplacement, fixé autour de 2,1.

À ce niveau, comparable à celui de l'Europe du Sud ou de l'Asie de l'Est, les grandes cohortes de jeunes qui ont alimenté l'émigration vers les États-Unis depuis les années 1970-2000 ne se reconstituent plus. La population continuera certes de croître quelque temps par inertie démographique — l'âge médian n'est encore que de 32 ans —, mais les entrées dans l'âge actif vont se contracter au cours des prochaines décennies. Le Mexique, dont le solde migratoire net vers les États-Unis avait déjà fortement diminué avant les récents pics de transit, ne disposera bientôt plus du même réservoir de main-d'œuvre excédentaire. Il affrontera au contraire un vieillissement rapide et des tensions sur son propre marché du travail. L'immigration mexicaine directe vers les États-Unis perd ainsi son principal moteur structurel.

Les autres grandes économies proches des États-Unis connaissent aussi un afflux. Les demandes d'asile de Haïtiens au Canada sont passées de 8 124 en 2024 à 18 027 en 2025. Les demandes cubaines au Brésil ont grimpé de 22 000 à 42 000. Certains petits pays enregistrent des hausses proportionnellement encore plus fortes : l'Uruguay a accueilli un record de 15 000 Cubains en 2025, soit le triple de l'année précédente.

Les migrants ne rentrent plus au Costa Rica pour aller au Mexique puis les États-Unis. Ils en reviennent.

En réaction, beaucoup de gouvernements latino-américains durcissent leurs propres frontières. Abelardo de la Espriella, le nouveau président colombien de droite, a ordonné des descentes pour expulser les immigrants en situation irrégulière. Le pays compte au moins un demi-million de Vénézuéliens en situation irrégulière. En mars, le président chilien José Antonio Kast [chef de file de la droite, élu fin 2025] s'est rendu dans le nord quelques jours après son investiture et a prononcé un discours pendant qu'on creusait derrière lui une tranchée profonde le long de la frontière péruvienne.

La plupart de ceux qui envisageaient de tenter les États-Unis restent désormais simplement sur place, chez eux ou là où ils se sont retrouvés en chemin. La perspective de mieux gagner sa vie aux États-Unis ne semble plus valoir le risque accru d'être refoulé à la frontière ou expulsé. Luis Alvarado, 41 ans, a quitté le Venezuela avec l'intention de travailler quelques années aux États-Unis. Arrivé au Panama, il a appris que la frontière avait été fermée : « J'ai décidé de ne pas prendre le risque », dit-il. « Ça semblait une mauvaise idée dès que Trump est passé à l'action », confie Carlos, un migrant colombien. Il était parvenu jusqu'à Monterrey [grande ville industrielle du nord du Mexique] avant de faire demi-tour.

Les transferts d'argent comptent aussi. Le Dialogue interaméricain, un groupe de réflexion basé à Washington, estime à un peu moins de 150 milliards de dollars par an les envois de fonds [des expatriés transfèrent à leur famille restée au pays] partant des États-Unis vers l'Amérique latine. Jusqu'ici, les transferts ont continué d'affluer dans l'ensemble. Les transferts vers l'Amérique centrale ont augmenté d'un cinquième en 2025, à 55,4 milliards de dollars ; le Honduras seul en a reçu près de 6 milliards au premier semestre 2026, en hausse de 14 %. Mais Manuel Orozco, du Dialogue interaméricain, pense que cette hausse s'explique par des migrants qui renvoient plus d'argent que d'habitude, dans la crainte d'être expulsés.

Cela ne pourra pas durer éternellement. Les envois de fonds approchent d'un « seuil », estime M. Orozco. Le nombre de transactions baisse déjà. Et le Mexique, qui compte plus d'émigrés installés aux États-Unis que tout autre pays, a vu la valeur de ses transferts reculer : les Mexicains ont renvoyé 61,8 milliards de dollars en 2025, en baisse de 4,6 % par rapport à 2024 — première chute annuelle depuis 2013 et plus forte baisse depuis 16 ans. Si cette tendance s'étend à toute la région, elle fera mal. Selon la Banque mondiale, l'argent envoyé au pays représente 19 % du PIB au Guatemala, 28 % au Salvador et plus de 30 % au Honduras.

Le tableau économique n'est toutefois pas entièrement sombre. Certains pays tiennent à garder davantage de leurs habitants — et à en accueillir d'autres. L'Amérique latine vieillit vite, avec une fécondité trop basse pour maintenir sa population. S'ils travaillent, les migrants et ceux qui reviennent au pays peuvent atténuer les pénuries de main-d'œuvre et soulager les finances publiques. Mais l'intégration se révèle délicate : beaucoup ont besoin d'aide pour leurs papiers, un logement ou un soutien psychologique.

Le ralentissement migratoire pourrait aussi avoir des conséquences politiques. Les départs massifs ont longtemps servi de soupape dans les pays répressifs comme Cuba, le Nicaragua ou le Venezuela. Ceux qui partent sont souvent jeunes, énergiques et relativement aisés — le type même des personnes les mieux placées pour contester efficacement le pouvoir en manifestant. « Sans émigration, vous aurez une forme de protestation sociale », dit M. Orozco.

Le freinage imposé par M. Trump pourrait n'être qu'une parenthèse. « Tout cela est temporaire », juge un responsable des Nations unies dans la région, selon qui les migrants repartiront vers les États-Unis dès qu'ils le pourront. Il cite une communauté de migrants haïtiens arrivés à Tijuana [ville du nord du Mexique, juste en face de la Californie] entre 2014 et 2016, et qui s'y était bien intégrée — leurs enfants étaient mexicains. Ils sont pourtant repartis presque du jour au lendemain quand, en 2021, Joe Biden, alors président, a renouvelé le statut de protection des Haïtiens aux États-Unis [un régime fédéral qui protège certains migrants de l'expulsion]. Les États-Unis continuent d'offrir des perspectives économiques que nul autre pays ne peut égaler, explique Marcus González, un Salvadorien qui se trouve à Mexico après avoir été expulsé des États-Unis en décembre. Mais comme la communauté y est déjà très implantée, l'écho des nouvelles opportunités aux États-Unis circule vite.

Les migrants, de leur côté, rechignent à rentrer simplement au pays. Le Venezuela en apporte l'illustration la plus nette : depuis que le dictateur du pays, Nicolás Maduro, a été capturé par les forces spéciales américaines en janvier, peu de Vénézuéliens sont rentrés. Une enquête menée en février et mars auprès de Vénézuéliens de l'étranger révèle que seuls 45 % envisageraient de revenir, même si la situation s'améliorait. « Il faudra des années pour que ça aille mieux », dit Alexander, un Vénézuélien de 59 ans installé à Mexico.

Le nombre de personnes se dirigeant vers les États-Unis remonte depuis mai. À Casa Tochan, on voit arriver ces derniers temps davantage de monde — surtout des Honduriens — bien décidé à poursuivre vers le nord. M. Orozco prévoit environ 415 000 entrées irrégulières aux États-Unis cette année, soit 2 % de plus que l'an dernier, tout en restant loin derrière les 750 000 de 2019. À terme, il prévoit que le nombre se stabilisera autour de 600 000, tout en notant qu'une crise pourrait faire flamber les chiffres.

Ce rebond ne ressemblerait en rien au boom migratoire de 2021 à 2023, quand les agents frontaliers appréhendaient 2 millions de personnes par an à la frontière sud. Aucun démocrate susceptible de succéder à M. Trump ne serait probablement disposé à reprendre l'approche laxiste de M. Biden en matière de sécurité frontalière. Mais la migration, rappelle Mme Gandini (UNAM), n'est pas un phénomène unilatéral. Certains de ceux qui se sont installés, ont trouvé du travail et fondé une famille au Mexique y resteront probablement, quoi qu'il arrive. D'autres, notamment ceux dont la famille se trouve aux États-Unis, partiront dès qu'ils le pourront. M. Trump est parvenu à étrangler un important couloir migratoire. Mais les forces qui poussent les êtres humains à franchir les frontières lui survivront — et finiront sans doute par reprendre le dessus, déclare The Economist de Londres.


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mercredi 7 octobre 2026

« Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

Texte d'Alain Destexhe paru dans le FigaroVox. Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.


Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre , ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

Depuis  le 7 octobre 2023 , toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

[Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

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L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois (d'août 2026)

 

 

vendredi 2 octobre 2026

École et immigration — Faut-il plafonner le nombre d’immigrants par classe?

Christian Rioux se pose la question de la distribution, de la dilution, des élèves immigrants dans les salles de classe suite à une annonce du gouvernement italien. Article paru dans le journal de Montréal ce vendredi, 2 octobre 2026,

Parlez-en à n’importe quel enseignant du primaire ou du secondaire. Il vous expliquera la difficulté qu’il y a à enseigner dans des classes où le nombre de nouveaux immigrants est trop élevé. Au-delà d’un certain niveau, il devient impossible de respecter les programmes. 

Entrée d'une école multiethnique à Cagliari en Italie

Si la maîtrise de la langue est le premier obstacle, ce n’est pas le seul. Les mœurs et les comportements le sont aussi. On ne se comporte pas de la même façon dans une classe à Montréal, à Paris ou à Alger. Une enseignante québécoise m’avait déjà confié avoir toutes les misères du monde à discipliner les petits Français [quels « Français » ?] qui ne cessaient de faire du raffut dans le fond de la classe. Autres pays, autres mœurs.

Manifestation de « lycéens français »

Or, la loi est universelle et implacable : partout, c’est toujours la majorité qui assimile la minorité. Dans une classe composée à majorité d’immigrants, devinez qui intègre qui.  [Les bambins québécois « pure laine » sont peut-être déjà minoritaires : car parmi ces 78 200 nouveau-nés au Québec en 2025, 45 153 ont deux parents nés au Canada, soit environ 58 %. ces chiffres portent sur le lieu de naissance au Canada, pas seulement au Québec. Un parent né en Ontario ou en Colombie-Britannique est donc compté avec les parents nés au Canada. Ces mêmes parents dans la trentaine peuvent être nés de parents immigrés.]

Le choix de Meloni

En Italie, la présidente du Conseil (Première ministre) Giorgia Meloni vient de décider de plafonner à 30 % par classe le nombre d’élèves de nationalité étrangère n’ayant pas un niveau suffisant d’italien. Certaines exceptions sont évidemment prévues, notamment pour les élèves ayant fait deux ans de maternelle. L’application devra tenir compte de la proximité du lieu de résidence et les écoles qui ne parviendront pas à respecter ces quotas se verront offrir des budgets supplémentaires afin d’assurer un meilleur apprentissage de l’italien.

L’opposition a aussitôt accusé le gouvernement de racisme. Avouons qu’on a changé d’époque. Dans les années 1960, quand les Démocrates américains avaient imposé le « busing » pour en finir avec les ghettos scolaires noirs, personne ne les avait accusés de racisme. Au contraire !

Or, les ghettos scolaires existent bel et bien au Québec, comme l’a illustré le cas de l’école Bedford. Comment pourrait-il en être autrement ? Notre confrère Jean-François Lisée vient de ressortir des statistiques accablantes. On y apprend que, depuis dix ans, le nombre d’élèves non issus de l’immigration a augmenté de 6 702 alors que celui des immigrants de première génération a progressé de 75 923. Une augmentation de 73 % ! Dans la région de Montréal, 68 % des élèves sont issus de l’immigration, une catégorie qui comprend les élèves de première et de deuxième générations, et le quart ne sont pas nés au Canada.

Un cercle vicieux

On le dit rarement, mais les parents étrangers sont les premiers à souhaiter pour leurs enfants une école où ils pourront s’intégrer. Au contraire, les écoles-ghettos provoquent généralement l’exode des familles québécoises qui craignent la baisse de niveau scolaire et l’écart culturel. D’où l’augmentation de la fréquentation des écoles privées. Cela devient rapidement un cercle vicieux.

La mesure italienne n’est peut-être pas une panacée, mais elle a à tout le moins le mérite de soulever la question.

jeudi 1 octobre 2026

Carney souhaite relancer l'immigration après une brève accalmie


Le Premier ministre Mark Carney évoque une « augmentation contrôlée » de la population canadienne, alors qu'il avait auparavant déclaré que l'immigration était « bien trop élevée » et qu'Ottawa avait « perdu le contrôle » des arrivées temporaires.


Le Premier ministre Mark Carney affirme que le Canada pourrait recommencer à augmenter l'immigration après que des années de forte croissance démographique ont poussé Ottawa à réduire considérablement ses objectifs au début de son mandat.

Dans une récente interview accordée au New York Times, M. Carney a déclaré que le système d’immigration canadien était à nouveau sous contrôle et a laissé entendre que la question était désormais de savoir quand entamer une « augmentation contrôlée » de la population.

Il s’agit d’un changement de ton par rapport à ses précédentes mises en garde concernant les niveaux d’immigration sous l’ère Trudeau.

Avant de devenir Premier ministre, M. Carney avait déclaré que le Canada avait accueilli « des niveaux bien plus élevés de travailleurs étrangers, d’étudiants et de nouveaux Canadiens » qu’il ne pouvait en absorber, ce qui mettait à rude épreuve le logement, les soins de santé et les services sociaux.

Puis, en juillet, M. Carney avait déclaré que l’immigration avait été « bien trop élevée » et que le Canada avait « perdu le contrôle » des effectifs d’étudiants internationaux et de travailleurs étrangers temporaires.

« Les niveaux globaux continuent d’exercer une pression sur le logement ; nous avons donc encore besoin de quelques années supplémentaires de modération », a-t-il déclaré, tout en affirmant que son gouvernement avait « repris le contrôle ».

L’ancien Premier ministre Justin Trudeau a également reconnu que son gouvernement était allé trop loin après la forte hausse de l’immigration pendant et après la pandémie.

« Nous n’avons pas tout à fait trouvé le bon équilibre », a déclaré M. Trudeau en octobre 2024, alors que son gouvernement s’apprêtait à revoir ses objectifs à la baisse.

Le Canada a accueilli environ 437 600 résidents permanents en 2022, puis environ 471 800 en 2023 — des années qui ont successivement établi des records à l’époque.

Dans le même temps, la population de résidents non permanents au Canada est passée d’environ 1,5 million en juillet 2022 à 2,2 millions en juillet 2023 — soit une augmentation de 46 % en un an — avant de dépasser les trois millions en 2024.

Le gouvernement Trudeau augmentait également progressivement ses objectifs en matière d’immigration permanente. Son plan pour 2023-2025 prévoyait 465 000 résidents permanents en 2023, 485 000 en 2024 et 500 000 d’ici 2025.

En revanche, l’immigration temporaire n’était pratiquement pas plafonnée, le nombre de titulaires de permis d’études étant passé de 550 000 en 2022 à 683 000 en 2023, tandis que celui des titulaires de permis de travail a bondi de 606 000 à 949 000.

Ottawa a depuis réduit les arrivées prévues

Sous la direction de Carney, le plan actuel fixe le nombre d’admissions de résidents permanents à 380 000 par an jusqu’en 2028.

Les objectifs concernant les arrivées de nouveaux résidents temporaires sont également revus à la baisse, passant de 673 650 en 2025 à 385 000 cette année, puis à 370 000 en 2027 et 2028.

Ces objectifs d’arrivée sont distincts du nombre total de résidents non permanents vivant déjà au Canada.

Le gouvernement fédéral indique que la proportion de résidents non permanents a atteint un pic de 7,6 % de la population avant de redescendre à 6,5 %, l’objectif étant de passer sous la barre des 5 % d’ici fin 2027.

Mais Ottawa élabore déjà son prochain plan d’immigration pour la période 2027-2029, qui devrait être présenté cet automne, ce qui met en avant le discours de Carney sur une « augmentation contrôlée ».

L’Institut C.D. Howe préconise des réductions supplémentaires, recommandant que le nombre d’admissions permanentes passe de 380 000 en 2027 à 340 000 d’ici 2029 et que la proportion de résidents temporaires soit ramenée à terme à 3 % de la population.

Le chef conservateur Pierre Poilièvre souhaite des réductions encore plus importantes ; il a déclaré que le Canada devrait revenir aux niveaux de l’ère Harper, soit environ 200 000 à 250 000 résidents permanents par an.

« Nous ne pouvons pas accueillir des personnes plus vite que nous ne construisons de logements », a-t-il déclaré.

M. Poilièvre s’est également engagé à accélérer les expulsions des résidents temporaires ayant commis des infractions pénales et des demandeurs d’asile déboutés, tout en autorisant certains résidents temporaires à rester sur la base de leurs mérites.

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Sondage de 2025 : les Canadiens non blancs sont plus critiques à l’égard de l’immigration de masse que les Canadiens blancs.  Le sondage a révélé que 57 % des immigrés estiment également qu’il y a trop d’immigrés, contre 60 % des non-immigrés. Ce sont les personnes non blanches interrogées qui expriment le plus fortement ce sentiment : 61 % d’entre elles estiment qu’il y a trop d’immigrés, contre 58 % des personnes blanches.


vendredi 25 septembre 2026

Québec : quatre fois moins d’immigrants temporaires sont partis que prévu

Statistique Canada a fortement révisé ses estimations concernant les résidents non permanents. Entre janvier 2025 et janvier 2026, leur nombre aurait diminué de 12 800 au Québec, et non de 51 400 comme on le croyait jusqu’ici.

Le recul de l’immigration temporaire au Québec a donc été nettement moins important que ne le laissaient croire les premières données officielles. De nouvelles estimations publiées le 23 septembre par Statistique Canada révèlent que plusieurs résidents temporaires que l’on croyait avoir quitté le pays étaient, en réalité, toujours présents au Canada dans l’attente du renouvellement de leur permis.

Selon les données révisées, le Québec aurait enregistré une diminution de 12 800 résidents non permanents entre janvier 2025 et janvier 2026. L’ancienne estimation faisait plutôt état d’une baisse de 51 400 personnes, soit quatre fois plus.

Les résidents non permanents regroupent principalement les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile.

Un sommet moins élevé que prévu

Statistique Canada a également revu à la baisse le nombre maximal de résidents temporaires présents au Québec.

Les estimations précédentes situaient ce sommet à 616 550 personnes au début de 2025. Les données corrigées indiquent plutôt que le maximum a été atteint en octobre 2025, avec 557 360 résidents non permanents.

Leur nombre demeure en diminution, mais la tendance est loin d’être aussi prononcée qu’on le croyait. Le Québec comptait environ 535 800 résidents non permanents en janvier 2026. Ce total a reculé à 527 200 en avril, avant de remonter à 531 800 en juillet.

Cette remontée s’explique notamment par une augmentation d’environ 10 000 du nombre de titulaires d’un permis de travail entre avril et juillet 2026.

Le statut conservé avait été mal comptabilisé

Cette importante révision découle principalement d’une amélioration de la méthode utilisée pour comptabiliser les titulaires de permis qui demandent une prolongation de leur séjour.

Lorsqu’une personne présente sa demande avant l’expiration de son permis, elle peut généralement rester légalement au Canada pendant son traitement grâce au statut conservé. Or, Statistique Canada considérait auparavant qu’elle avait quitté le pays dès l’expiration de son document, tant qu’un nouveau permis ne lui avait pas encore été délivré.

Elle était donc temporairement retranchée des estimations, puis ajoutée de nouveau une fois son permis renouvelé. L’augmentation marquée des demandes de prolongation au cours de la dernière année a amplifié ce décalage statistique.

En clair, une partie des travailleurs et des étudiants étrangers que l’on croyait partis étaient toujours au Québec.

Les passages à la frontière désormais pris en compte

Statistique Canada a également modifié sa façon d’évaluer les départs avant l’expiration d’un permis.

L’agence fédérale utilise désormais les données sur les entrées et les sorties aux frontières. Ces renseignements permettent de repérer plus précisément les personnes qui quittent le Canada avant la date d’échéance de leur permis, plutôt que de présumer qu’elles sont restées jusqu’à cette date.

Ce changement méthodologique tend, cette fois, à réduire l’estimation du nombre de résidents non permanents. Combinée à la prise en compte du statut conservé, cette nouvelle méthode devrait toutefois fournir un portrait plus fidèle des mouvements migratoires.

Une révision qui change le portrait du Canada et la richesse par habitant

Les ajustements ne concernent pas uniquement le Québec. Selon une analyse de RBC, Statistique Canada a ajouté environ 240 000 résidents temporaires à son estimation de la population canadienne pour le deuxième trimestre de 2026.

Ces corrections seraient responsables d’environ 80 % de la révision à la hausse de la population totale du pays.

Elles ont également une incidence sur plusieurs indicateurs économiques. Une population plus élevée signifie notamment que la croissance du produit intérieur brut par habitant apparaît moins favorable lorsqu’on réévalue les données des derniers mois.

La Banque Nationale souligne pour sa part que les anciennes estimations montraient une diminution annuelle de 0,5 % de la population canadienne. Les données révisées indiquent plutôt une croissance de 0,5 %, soit un écart d’un point de pourcentage.

L’objectif fédéral de réduction s’éloigne

Cette révision pourrait aussi compliquer l’atteinte de la cible fixée par Ottawa. Le gouvernement fédéral souhaite ramener la proportion de résidents temporaires à 5 % de la population canadienne d’ici la fin de 2027.

Or, si leur nombre diminue moins rapidement que prévu, cet objectif risque d’être difficile à atteindre sans une réduction plus marquée des nouvelles admissions ou une accélération des départs.

Les nouvelles estimations confirment donc que l’immigration temporaire ralentit au Québec, mais beaucoup moins fortement que ne l’indiquaient les données officielles jusqu’à présent.



Source : La Presse

samedi 19 septembre 2026

Les trois scénarios démographiques de la France au XXIe siècle

L’Obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a modé­lisé la trans­for­ma­tion de la popu­la­tion d’ici à 2100. Trois scé­na­rios se des­sinent en fonc­tion de l’évo­lu­tion des flux migra­toires et de la nata­lité. (L’inté­gra­lité de l’étude ainsi que sa métho­do­lo­gie seront dis­po­nibles sur le site de l’OID à par­tir du lundi 21 sep­tembre.)

D’ici à 2100, com­ment évo­luera la confi­gu­ra­tion de la popu­la­tion française selon les choix poli­tiques posés ? Quelle sera la part de la popu­la­tion pré­sen­tant des ascen­dances immi­grées euro­péennes ? Extra-euro­péennes ? Autant de ques­tions néces­saires à l’anti­ci­pa­tion de l’ave­nir, utiles à la com­pré­hen­sion de tous – citoyens comme déci­deurs – mais long­temps esqui­vées. Comme toute pro­jec­tion, celles pro­po­sées cia­près demeurent incer­taines mais donnent un aperçu des pos­si­bi­li­tés futures sui­vant une logique de scé­na­rios dif­fé­ren­ciés. Au regard du carac­tère très sen­sible du sujet, nous avons fait le choix de rete­nir des hypo­thèses métho­do­lo­giques pru­dentes, pou­vant conduire à mino­rer les pers­pec­tives réelles d’évo­lu­tion. 

En effet, la réa­li­sa­tion de pro­jec­tions démo­gra­phiques pour la popu­la­tion de la France consti­tue un exer­cice com­plexe et se heurte à deux prin­ci­pales dif­fi­cul­tés : 
  1. Les don­nées dis­po­nibles ne per­mettent pas d’esti­mer ou de pro­je­ter par­fai­te­ment les deux variables majeures du chan­ge­ment démo­gra­phique en France : les flux migra­toires et la fécon­dité ; 
  2. Il serait illu­soire de sup­po­ser que cer­taines don­nées démo­gra­phiques obser­vées récem­ment, qu’il s’agisse de la fécon­dité ou de la mor­ta­lité, se main­tiennent à l’iden­tique dans les décen­nies à venir, tant leur évo­lu­tion est sou­mise à de mul­tiples incer­ti­tudes. 
Ainsi, la pré­sente étude cherche à modé­li­ser un sys­tème dyna­mique d’une grande com­plexité à par­tir de don­nées impar­faites. Néan­moins, elle se veut cohé­rente avec les don­nées dis­po­nibles et s’ins­crit dans le champ maxi­mal du plau­sible. Notre objec­tif est de répondre au mieux à cette ques­tion : quelle sera l’évo­lu­tion migra­toire de la popu­la­tion de la France, durant notre siècle, selon les poli­tiques mises en œuvre ?

Scénario haut

350 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à la pour­suite des dyna­miques migra­toires enga­gées en France, mar­quées par des niveaux d’arri­vées his­to­ri­que­ment éle­vés et une ten­dance haus­sière des­si­née depuis vingt-cinq ans. Dans sa réponse à une ques­tion par­le­men­taire publiée le 5 août 2025, le minis­tère de l’Inté­rieur indique, au sujet des flux d’immi­grés, que « le chiffre de 500 000 entrées sur le ter­ri­toire natio­nal est une esti­ma­tion très proche de la réa­lité » en 2024. 

Le pos­tu­lat selon lequel les deux tiers d’entre eux consti­tuent des arri­vées per­ma­nentes appa­raît rai­son­nable. Pour sa part et sur cette même année, l’Insee avance une esti­ma­tion signi­fi­ca­ti­ve­ment plus basse de 313 000 entrées d’immi­grés au total – mais en recon­nais­sant une « rup­ture de série » dans sa méthode, sou­le­vant des doutes très sérieux quant à la fia­bi­lité de cette éva­lua­tion « sur échan­tillon ». Les chiffres ici rete­nus sont donc cré­dibles et même pru­dents, dans la mesure où l’immi­gra­tion semble méca­ni­que­ment vouée à croître dans l’ensemble de l’OCDE – comme le pré­voit l’Agence française de déve­lop­pe­ment – si des mesures poli­tiques contra­cy­cliques ne sont pas mises en oeuvre pour répondre à la « forte aug­men­ta­tion des pres­sions migra­toires ». 

Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2040. Leur part connaît ensuite une sta­bi­li­sa­tion vers 2070 à 65 % des nais­sances puis une légère baisse (voir expli­ca­tion infra). Dans la popu­la­tion géné­rale, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires au milieu des années 2070. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent quant à elles mino­ri­taires vers 2050. Ce scé­na­rio reflète l’évo­lu­tion pro­bable de la com­po­si­tion démo­gra­phique de la popu­la­tion du pays, si les obser­va­tions récentes se confirment. 

Il semble, au vu de la hausse ten­dan­cielle des flux, de l’émi­gra­tion de per­sonnes sans ascen­dance migra­toire, de la limite des trois géné­ra­tions et de la forte baisse de l’indice de fécon­dité (ICF) des femmes nées en France (paral­lè­le­ment à la hausse de l’ICF des immi­grées issues d’Afrique hors Magh­reb), que cette esti­ma­tion demeure très pru­dente et minore sans doute la part pro­je­tée des immi­grés et des­cen­dants au sein de la popu­la­tion.

Scénario intermédiaire

250 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à une baisse modé­rée des nou­veaux flux migra­toires, au regard des élé­ments par­ta­gés ci-des­sus. En ne se fon­dant que sur l’immi­gra­tion légale, extra-euro­péenne et adulte (soit une par­tie de l’ensemble), l’OCDE comp­ta­bi­li­sait déjà autour de 300 000 entrées per­ma­nentes en 2024.




Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2050, pour se sta­bi­li­ser vers 2080 autour de 55 % des nais­sances avant de connaître un léger reflux, lié au décompte « sans ori­gines migra­toires » des des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion – créant un effet de seuil. Les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans la popu­la­tion géné­rale dans les années 2090. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent mino­ri­taires vers 2060.

Scénario restrictif

Immi­gra­tion extra-euro­péenne divi­sée par 4 par rap­port au scé­na­rio inter­mé­diaire. 

Cette confi­gu­ra­tion cor­res­pon­drait à une res­tric­tion draconienne des flux migra­toires extra-euro­péens (les flux intra-UE demeu­rant libres sur le conti­nent). Une dimi­nu­tion de cette ampleur ne pour­rait résul­ter que de déci­sions poli­tiques très volon­ta­ristes, impli­quant une révi­sion du cadre consti­tu­tion­nel et euro­péen – notam­ment sur l’asile ou les flux fami­liaux. 

Ana­lyse des résul­tats : les ori­gines extra-euro­péennes sur trois géné­ra­tions attein­draient leur pic dans les nais­sances en 2050 (près de 35 %), avant de décroître en rai­son du fort taris­se­ment des flux migra­toires extra-­eu­ro­péens – et du pas­sage de nom­breux des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion dans la caté­go­rie « sans ascen­dance migra­toire ». Dans la popu­la­tion géné­rale, la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions se sta­bi­li­se­rait vers 2070 autour de 30 %.

Conclusion

Les scé­na­rios explo­ra­toires abor­dés dans cette étude per­mettent d’ima­gi­ner la com­po­si­tion démo­gra­phique du pays à l’hori­zon 2100, sui­vant diverses hypo­thèses de varia­tion des flux migra­toires (et des indices de fécon­dité). 

Comme spé­ci­fié dès le début du pré­sent docu­ment : des incon­nues demeurent, notam­ment sur la baisse de l’ICF des femmes sans ascen­dance migra­toire, l’émi­gra­tion des natifs ou encore la hausse ten­dan­cielle des flux, qui minorent méca­ni­que­ment la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne et de leurs des­cen­dants dans cha­cune des confi­gu­ra­tions. 

Ce tra­vail inédit pré­sente néan­moins l’avan­tage de quan­ti­fier – quoique de manière néces­sai­re­ment incer­taine – les effets démo­gra­phiques de l’immi­gra­tion à moyen et long terme, et de don­ner une idée des effets que diverses actions poli­tiques pour­raient pro­duire. 

Les divers scé­na­rios explo­rés dans le cadre de cette étude per­mettent de démon­trer que la com­po­si­tion de la popu­la­tion de la France variera très sen­si­ble­ment, dans les décen­nies à venir, selon les poli­tiques qui seront mises en œuvre – d’abord et avant tout sur le plan des flux migra­toires, mais aussi sur la fécon­dité dans une moindre mesure. Entre le scé­na­rio « haut » et le scé­na­rio « res­tric­tif », la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne connaît une dif­fé­rence de 30 points – net­te­ment majo­ri­taire dans un cas, net­te­ment mino­ri­taire dans l’autre.

La France de 2100, la com­po­si­tion de sa popu­la­tion et sa capa­cité de cohé­sion natio­nale se construisent donc dès main­te­nant, sur le fon­de­ment de choix poli­tiques struc­tu­rants.



Source : Le Figaro Magazine

dimanche 13 septembre 2026

« Grand remplacement » : retour sur une polémique et un tabou

Nous ne sommes pas sûr de suivre Mathieu Bock-Coté quand il dit (vers 1 min 24) : « Et là, on tombe sur la fameuse question de la théorie du Grand Remplacement. Et là, c'est la formule médiatique consacrée, c'est la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement. Et je lui demande est-ce que c'est une théorie raciste ? Elle me dit, elle est fausse, c'est mensongère. Très bien, elle est inexacte. »

Ou plus précisément, on ne sait si le « inexact » est une concession rhétorique pour faire avancer le débat comme pour dire « admettons qu'elle soit raciste, faut-il alors, selon vous, traîner les gens qui utilisent cette formule devant les tribunaux ? ». Ou Bock-Côté dit-il qu'elle inexacte car son auteur, Renaud Camus, n'y voit qu'une description factuelle et non un complot ourdi en secret par quelques noirs cénacles ?

En effet, Renaud Camus a nié, de façon répétée et explicite, que le « Grand Remplacement » soit un complot ou une « théorie du complot ». Il a réagi très souvent à cette accusation.

Ce que Camus dit lui-même

Sa position constante est à peu près celle-ci :

  • le Grand Remplacement n’est pas une théorie ;
  • ce n’est donc pas une théorie du complot ;
  • c’est un constat, un « chrononyme » (comme « Grande Guerre » ou « Grande Dépression ») : le nom d’une époque d’après son phénomène principal, le « changement de peuple et de civilisation ».

Dans un entretien de 2023 (repris dans son journal), à la question « Qu’est-ce qui se cache derrière, un complot ? », il répond :

Certainement pas. Le mot est infiniment trop petit. Il s’agit de mécanismes infiniment plus vastes, dont les rouages ne sont pas forcément des hommes, des femmes, des groupes ou des coalitions d’intérêts.

Ailleurs, il écrit qu’il n’a « jamais fait allusion au moindre “complot” », mot qu’il juge « ridiculement petit » face à des mécanismes industriels, financiers, cybernétiques, ontologiques.

Il ajoute souvent qu’un complot est censé être secret, alors que le processus, selon lui, « s’étale en pleine lumière », même si les médias et les élites le nient ou le taisent.

A-t-il réagi à l’accusation de complot ?

Oui, de façon obsessionnelle depuis plus de dix ans. Il appelle cela « la théorie de la théorie du complot » : selon lui, coller l’étiquette « complotiste » à toute description du changement démographique sert à décrédibiliser la question sans la discuter.

Il s’est parfois demandé s’il n’avait pas eu tort de passer tant de temps à se défendre de l’être. En 2015, dans son journal, il écrit même être devenu « semi-complotiste a posteriori » : non pas qu’il croie à un complot au sens classique, mais à une « volonté agissante ». Plus récemment, il ironise : les journalistes qui répétaient « théorie du complot ! » avaient peut-être raison de pointer une volonté, même si le mot reste « dix millions de fois trop petit ».

Source de ce phénomène démographique, selon Camus ?

Pas par une cabale secrète à la manière des Protocoles de Sion. Camus écarte en général l’idée d’un petit groupe d’inspirateurs cachés. Il distingue deux plans :

  • Le Grand Remplacement : le phénomène qui décrit l'immigration de masse, les différentiels de fécondité entre populations et la « déculturation », qu’il présente comme un fait, pas comme un plan ourdi dans l’ombre.
  • Le « remplacisme global » / la « davocratie » : sa théorie des causes. Ce serait la gestion managériale du « parc humain » par Davos, les banques, les fonds spéculatifs, les fonds de pension, les multinationales, les GAFAM, la cybernétique. Voir par exemple cet entretien.

Les « acteurs » qu’il nomme ne sont pas un comité secret unique :

  • les élites « remplacistes » (politiques « La Nouvelle France » de Mélenchon par exemple, médiatiques, intellectuelles) qui, selon lui, acceptent, encouragent ou taisent le processus ;
  • des intérêts économiques très concrets (main-d’œuvre, croissance, interchangeabilité) ;
  • une logique systémique plus qu’une intention claire : il compare cela à la Révolution industrielle, parle de Machenschaft (Heidegger) et dit que « la Machine se corrige et se contrôle elle-même » ;
  • parfois « vous, moi, la petite bourgeoisie universelle ».

Il parle aussi d’une « conspiration du silence » des élites sur le sujet, ce qui, pour ses critiques, suffit à classer le récit comme complotiste. Voir notamment l’article Grand remplacement sur Wikipédia.

Comment les autres le présentent

Wikipédia, Conspiracy Watch, Le Monde, franceinfo, etc., qualifient le Grand Remplacement de théorie complotiste d’extrême droite : substitution démographique acceptée, soutenue, voire organisée par une élite « remplaciste », dans un cadre « mondialiste ».

La tension est donc celle-ci : Camus refuse le mot « complot » et le schéma du secret ourdi par un petit groupe identifiable ; il décrit pourtant des élites complices, une volonté politique/financière et un silence organisé. Ses détracteurs retiennent le second volet ; lui insiste sur le premier.

L’existence des peuples, contre Habermas

Après le rappel de la polémique récente sur l'expression taboue de « Grand Remplacement », Bock-Côté dit que, pour nier toute idée de « remplacement » ou de « submersion », on commence par nier l’existence même des peuples historiques :

  • si le peuple d’un pays n’existe plus au sens ethnoculturel, démographique, civilisationnel, il ne peut pas être « submergé » ;
  • « si une réalité n’existe pas, elle ne peut pas disparaître » ;

  • mais réduire les peuples à de pures constructions juridiques rend le monde « inintelligible ».

Il donne des contre-exemples : les Irlandais face à l’Empire britannique ; les Slovènes et les Croates au moment de l’éclatement de la Yougoslavie ; les Catalans et les Écossais aujourd’hui. Dans chaque cas, des gens juridiquement citoyens d’un État disent qu’ils forment un peuple irréductible aux catégories légales du régime.

L'éditorialiste québécois pose ensuite la question pour la France : le mot « France » n’a-t-il qu’un sens constitutionnel, ou désigne-t-il aussi un peuple avec 1 500 ans d’histoire, au-delà des valeurs « circonstancielles » (républicaines, libérales, monarchiques, etc.) ?

Selon Bock-Côté, Habermas, pour tirer les leçons du nazisme, redéfinit la nation comme adhésion à un pacte constitutionnel sans arrière-plan culturel. Le chroniqueur de CNews dit comprendre le traumatisme allemand, mais refuse que tous les peuples occidentaux « abolissent leur identité culturelle » pour se définir seulement par un texte administratif et juridique, « pour payer les fautes de l’Allemagne ».

Il pousse l’argument : si demain la France était peuplée majoritairement d’Allemands ou de Danois, serait-elle encore la France, ou une extension de l’Allemagne ou du Danemark ?

Il cite aussi les pays baltes (Estoniens, Lettons, Lituaniens) après 1945 : selon lui, ils ont dû définir un droit de la nationalité pour que les populations russes installées par la colonisation soviétique ne les privent pas, par le vote, de leur indépendance.

Les peuples minoritaires : Taubira et la Guyane


Bock-Côt. enchaîne avec Christiane Taubira. Il rappelle des propos de 2007 (et d’environ deux ans plus tôt) sur la Guyane :

Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre.
Elle expliquait cela, dit-il, par des « plans de peuplement » lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes et sécuriser le centre spatial.

Or Taubira a le droit de parler ainsi, et personne ne la traite de complotiste, de raciste ou d’extrême droite. La mise en minorité d’un peuple historique sur son territoire n’est donc pas, en soi, une thèse interdite — sauf, apparemment, quand il s’agit du peuple français [occidental plus globalement dirions-nous].

L’Initiative du siècle au Canada

L'éditorialiste évoque l’Initiative du siècle (Century Initiative) : un projet visant un Canada de 100 millions d’habitants, dont la croissance reposerait surtout sur l’immigration.

Selon lui, l’État canadien s’en est historiquement servi pour :

  • noyer la présence française au Québec** ;
  • et surtout affaiblir le poids politique des indépendantistes québécois.

Le parallèle avec Taubira est clair : elle parlait de « plans de peuplement » pour noyer l’indépendantisme guyanais ; Bock-Côté applique le même schéma au Québec dans le Canada.

Rappelons que l’Initiative du siècle est un groupe de pression canadien, lancé notamment par Dominic Barton (alors McKinsey) et Mark Wiseman (BlackRock), qui milite pour porter la population du Canada à 100 millions d’ici 2100. Bock-Côté et d’autres nationalistes québécois y voient une « noyade » du Québec francophone dans un Canada beaucoup plus peuplé et plus anglophone.

Voir aussi

Le Premier ministre canadien Mark Carney a invité à son conseil un confondateur de l'Initiative du Siècle

 
 
 


mercredi 9 septembre 2026

Travailleurs temporaires et services publics : l’Alberta se prépare à un référendum sur l’immigration

Le 19 octobre 2026, les électeurs albertains seront appelés aux urnes pour un référendum provincial hors du commun. Parmi la dizaine de questions qui leur seront soumises, cinq portent directement sur l’immigration et l’accès aux services publics. La première ministre Danielle Smith présente ce scrutin comme une réponse à une pression financière qu’elle juge devenue insoutenable. Selon elle, pour chaque dollar d’impôt généré par un travailleur temporaire, les contribuables albertains assumeraient environ dix dollars en services de santé, d’éducation et d’aide sociale.

Elle a notamment évoqué quelque 282 000 travailleurs temporaires dont les coûts de santé atteindraient environ 1,9 milliard de dollars, auxquels s’ajouteraient près de 600 millions pour les quelque 45 000 enfants de ces travailleurs inscrits dans le système scolaire.

En mars 2026, le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, a notamment déclaré en comité budgétaire qu’il y avait 45 554 élèves « résidents temporaires » dans le système scolaire, à un coût d’environ 12 000 $ par élève, soit 544 millions $ pour 2026.

 La facture totale approcherait ainsi 2,5 milliards de dollars pour des personnes qui, selon le gouvernement provincial, n’ont pas encore pris d’engagement permanent envers l’Alberta. La première ministre compare régulièrement cette situation à celle d’un visiteur à l’étranger, qui devrait généralement souscrire une assurance plutôt que de compter immédiatement sur les régimes publics du pays d’accueil.

Ces questions sont issues des consultations menées par le panel Alberta Next en 2025. Les électeurs devront notamment se prononcer sur la possibilité pour le gouvernement provincial d’exercer un maîtrise accrue sur les seuils d’immigration, de privilégier les migrants économiques et de donner la priorité aux Albertains pour les nouveaux emplois. D’autres propositions visent à restreindre l’accès immédiat à certains programmes provinciaux aux citoyens, aux résidents permanents et aux personnes titulaires d’un statut d’immigration approuvé par l’Alberta; à imposer un délai de résidence de douze mois avant l’accès à certains programmes; et à faire payer aux titulaires d’un statut temporaire une contribution pour l’utilisation des systèmes de santé et d’éducation. Ces questions n’auront toutefois pas de force juridique contraignante.

Les sondages récents montrent néanmoins un appui majoritaire à ces propositions. Une enquête de Research Co., réalisée à la fin août 2026 auprès d’électeurs probables, fait état d’un soutien compris entre 58 % et 66 % selon les différentes questions relatives à l’immigration. Environ 65 % des répondants se disent notamment favorables à un contrôle provincial accru afin de ramener l’immigration à des niveaux jugés plus soutenables. Ces résultats contrastent avec la question de la séparation : une nette majorité d’Albertains continue de préférer que la province demeure au sein du Canada.

Le débat est toutefois loin d’être tranché. Certaines analyses soulignent que la forte croissance démographique a également accru les recettes fiscales. Entre 2022 et 2026, la population albertaine a augmenté d’environ 11 %, tandis que les revenus provenant de l’impôt des particuliers et des sociétés ont progressé davantage que les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. Les travailleurs temporaires contribuent par ailleurs à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la restauration, la construction et les soins. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral exige généralement une étude d’impact sur le marché du travail destinée à démontrer qu’aucun résident canadien n’est disponible pour occuper le poste. Pour les critiques, le ratio avancé par Mme Smith — un dollar de recettes pour dix dollars de dépenses — donne donc une image trop simplifiée de la réalité, puisque les cotisations, la consommation et la production de ces travailleurs doivent également être prises en compte.

Sur le plan constitutionnel, l’immigration relève principalement de la compétence fédérale, même si les provinces disposent de certains pouvoirs de sélection, notamment pour les immigrants économiques. Le Québec bénéficie déjà, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, d’un pouvoir de sélection beaucoup plus étendu que celui des autres provinces. L’Alberta cherche à obtenir un levier comparable. Il ne s’agirait pas, affirme Edmonton, de fermer la porte à l’immigration, mais de pouvoir en déterminer davantage le rythme et le profil, ainsi que les conditions d’accès aux services financés par les contribuables provinciaux. Pour le gouvernement Smith, l’objectif est de protéger des systèmes mis sous pression par la forte croissance démographique et de recentrer l’immigration sur des personnes susceptibles de s’établir durablement dans la province.

Le référendum d’octobre ne modifiera évidemment pas, à lui seul, le partage constitutionnel des compétences. Il pourrait néanmoins fournir au gouvernement albertain un mandat politique difficile à ignorer. Si les propositions relatives à l’immigration recueillent une majorité, Edmonton pourra s’en prévaloir dans ses négociations avec Ottawa, dans l’élaboration de mesures relevant de sa compétence et dans la mise en place éventuelle de frais ou de délais d’accès aux services pour les titulaires de statuts temporaires.

Au-delà de leur portée juridique limitée, les questions posées aux Albertains auront donc une portée politique considérable. Le scrutin permettra de mesurer leur degré d’acceptation du modèle actuel — croissance démographique rapide, accueil important de travailleurs temporaires, accès relativement immédiat aux services publics et prise en charge collective des coûts — ou leur volonté d’établir un contrat plus explicite entre ceux qui s’installent temporairement dans la province et la collectivité qui les accueille.

lundi 7 septembre 2026

Victoire historique de l'« extrême droite » en Allemagne , le retour du nazisme, après le retour du fascisme avec Melloni ?

 

Radio-Canada (1,4 milliard de $ en subventions par an) veut nous faire « comprendre » en invoquant le nazisme... et l'image de « loups aux dents très, très longues ». L'impartialité en action.

 C’est par un mes­sage posté sur le réseau social X qu’Éric Zem­mour, pré­sident de Recon­quête, a salué la « vic­toire» du parti natio­na­liste alle­mand, anti-im­mi­gra­tion, pro-Donald Trump et rus­so­phile. « L’AfD vient de réa­li­ser 45 % des voix en Saxe-Anhalt. Son record his­to­rique. On accu­sera les élec­teurs», clame-t-il avant d’enchaî­ner : « Les vrais res­pon­sables sont ceux qui, un demi-siècle durant, ont traité comme un délit ce que les peuples éprou­vaient comme une évi­dence : le désir de demeu­rer soi-même. Le cor­don sani­taire n’a jamais pro­tégé per­sonne. Il n’a fait que retar­der l’heure de vérité. »

« En Alle­magne, la vic­toire de l’AfD est le résul­tat de la poli­tique néo­li­bé­rale des gou­ver­ne­ments alle­mands de grande coa­li­tion droite-ps » Jean-luc Mélen­chon can­di­dat LFI à l’élec­tion pré­si­den­tielle
Pour Sarah Knafo, dépu­tée euro­péenne de Recon­quête , l'AfD est « qua­li­fiée à tort de néo­na­zie ».

Même dis­cours du côté de Sarah Knafo, dépu­tée euro­péenne de Recon­quête, invi­tée de TF1 lundi matin. «Je vais vous dire la même chose que ce que j’ai dit lors de la vic­toire de Donald Trump, lors de la vic­toire de Gior­gia Meloni (…) je sais recon­naître une vague occi­den­tale quand j’en vois une », affirme-t-elle. Et l’ancienne can­di­date à la mai­rie de Paris, com­pagne d’Éric Zem­mour dans la vie, d’ajou­ter : « Vous dites le parti d’extrême droite. Je vous rap­pelle quand même que (…) la moi­tié des élec­teurs (alle­mand, NDLR) de centre droit ont voté pour l’AfD ». Pour Sarah Knafo, l’AfD est « qua­li­fiée à tort de néo­na­zie ».

La réac­tion des deux figures de Recon­quête n’est pas très sur­pre­nante. Le parti natio­na­liste français et l’AfD sont alliés au Par­le­ment euro­péen depuis juillet 2024, et siègent dans le même groupe : l’Europe des nations sou­ve­raines (ENS). Si Sarah Knafo est vice-pré­si­dente du groupe, elle est bien la seule élue française de cette for­ma­tion. 

La com­pa­rai­son avec la réac­tion des res­pon­sables du Ras­sem­ble­ment natio­nal (RN), favori des son­dages en vue de la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle, est fla­grante. Ces der­niers ont accueilli les résul­tats du scru­tin alle­mand par un grand silence. Le jour même du vote, Jean-Philippe Tan­guy, bras droit de Marine Le Pen, avait donné le ton. « On ne se pro­nonce pas sur les élec­tions étran­gères de par­tis avec les­quels nous n’avons pas d’alliance », a-t-il lâché, invité de France 2 et de France Inter. Le député RN avait tout de même ajouté : « Je ne pense pas que l’Alle­magne laisse un parti dan­ge­reux pros­pé­rer (…) On dia­bo­lise à l’excès l’AfD. Sinon, (ce parti) serait inter­dit. »

Jor­dan Bar­della, pré­sident du parti à la flamme, avait été inter­rogé samedi lors du forum de Cer­nob­bio en Ita­lie, sur la pos­si­bi­lité que le RN renoue avec l’AfD. Le jeune loup natio­na­liste a sim­ple­ment répondu que ce n’était « pas prévu ». « Un cer­tain nombre de désac­cords nous ont ame­nés à prendre nos dis­tances avec l’AfD», a rap­pelé celui qui est aussi pré­sident du groupe Patriotes pour l’Europe (PE), avant d’ajou­ter : « Je note néan­moins que la pres­sion élec­to­rale exer­cée par l’AfD en Alle­magne a contri­bué à faire bou­ger les lignes au sein du gou­ver­ne­ment de Frie­drich Merz, puisque l’Alle­magne a réta­bli il y a quelques mois des contrôles à ses fron­tières. »


Source : Le Figaro

jeudi 27 août 2026

L’Italie propose de limiter le nombre d’enfants issus de l’immigration dans les classes

Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a proposé de plafonner à 30 % la proportion d’enfants issus de l’immigration dans les classes italiennes.

Cette proposition a été présentée par Giuseppe Valditara, le ministre de l’Éducation, qui souhaite également interdire le port de la burqa à l’école.

La coalition conservatrice souhaite aussi rendre obligatoires les cours d’italien pour les parents d’enfants issus de l’immigration, dans le cadre de mesures visant à favoriser l’intégration et à éviter la formation de ghettos culturels.

Les parents qui ne scolarisent pas leurs enfants pourraient faire l’objet de poursuites et être condamnés à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

« Il est fondamental qu’il n’y ait pas un pourcentage trop élevé d’enfants étrangers dans une classe, car cela signifie qu’ils auront plus de mal à apprendre l’italien et les valeurs de notre communauté », a déclaré le ministre.

« Je proposerai de rendre obligatoire l’apprentissage de l’italien pour les parents dont les enfants rencontrent des difficultés scolaires. »

Le ministre Giuseppe Valditara prévoit une nouvelle circulaire pour renforcer une directive de 2010 déjà existante. Les Uffici scolastici territoriali devront coordonner la répartition des élèves étrangers — surtout ceux qui maîtrisent mal l’italien — dans les classes du même établissement et dans les écoles de proximité (« scuole di vicinato » / « scuole di prossimità »). 

Valditara a précisé explicitement qu’on ne pourra pas envoyer un élève « à plusieurs kilomètres de chez lui ». Il insiste plutôt sur le fait que le vrai levier est ailleurs : les politiques résidentielles des communes, pour éviter la formation de « ghettos ». 

« Il est fondamental qu’un parent connaisse notre langue et communique avec les enseignants ; trop de parents d’enfants étrangers ne se présentent pas à l’école, alors que c’est important. »

Il a précisé que le taux d’absentéisme chez les enfants issus de l’immigration s’élevait à 26 %, contre 6 % chez les enfants italiens.

Ces propositions seront débattues lors d’une conférence à l’automne, qui réunira des enseignants, des syndicats, des conseils d’élèves et des responsables politiques, a indiqué M. Valditara.

L’Italie « accueille les migrants », a-t-il déclaré, mais ceux-ci doivent comprendre « l’identité et les valeurs » du pays.

La démographie italienne a évolué au cours des dernières décennies sous l’effet de l’immigration, passant d’une population uqsiment exclusivement blanche et d’origine italienne à une société multiculturelle.

On compte aujourd’hui 930 000 enfants non italiens dans les écoles du pays, soit près de 12 % de l’effectif total. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 3,5 % enregistrés il y a deux décennies.

Dans certaines écoles, cette proportion est bien plus élevée, notamment dans le nord du pays, où une économie relativement florissante tend à attirer davantage de familles immigrées.

Environ 43 % des enfants issus de l’immigration viennent d’Europe, principalement de Roumanie, d’Albanie, d’Ukraine et de Moldavie. Environ 32 % proviennent de pays africains, principalement du Maroc, d’Égypte, de Tunisie, du Nigeria et du Sénégal.

Un cinquième vient d’Asie, principalement du Bangladesh, de Chine, d’Inde, des Philippines et du Pakistan. Un peu plus de 8 % viennent d’Amérique latine, principalement d’Équateur et du Pérou.

Un syndicat qualifie la proposition de « myope »

L’emprisonnement des parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école a été qualifié de « myope » par la FLC-CGIL, un syndicat d’enseignants.

« Rendre l’enseignement de l’italien obligatoire pour les parents d’enfants issus de l’immigration n’est pas de l’intégration : c’est une sanction imposée par décret, qui risque de produire exactement l’effet inverse. Rendre cet apprentissage obligatoire ne rapprochera pas les familles des écoles : cela ne fera que les criminaliser », a déclaré le syndicat.

Les détracteurs affirment que le gouvernement adopte des positions de plus en plus intransigeantes sur des questions comme l’immigration et l’identité, dans le but de devancer un nouveau parti d’extrême droite fondé plus tôt cette année par Roberto Vannacci, un ancien commandant des forces spéciales de l’armée italienne.

« Avenir national », le parti de M. Vannacci, recueille plus de 7 % des suffrages au niveau national, selon les sondages. Il a éclipsé la popularité de la Ligue, l’un des trois partis de la coalition au pouvoir.

M. Vannacci, qui a servi en Afghanistan et en Irak, a dévoilé cette semaine davantage de détails sur le programme de son parti, appelant au déploiement de troupes dans les rues des villes italiennes pour maintenir la sécurité et à l’enseignement des valeurs militaires dans les écoles.

Il souhaite l’interdiction des bloqueurs de puberté et du changement de sexe chez les adolescents, ainsi qu’un accès restreint à l’avortement.

Les unions civiles entre couples homosexuels seraient interdites, et son parti mènerait une politique très controversée de « remigration », consistant à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine.

Alessandro Zan, député du Parti démocrate (centre-gauche) et membre de l’opposition, a déclaré que ce programme « frôlait le nazisme ».

mardi 25 août 2026

samedi 15 août 2026

La fermeture de restaurants rapides qui emploient massivement des immigrants temporaires est une bonne nouvelle



Tania Longpré, professeure spécialisée dans l’enseignement des langues et l’intégration par le français, salue les restrictions imposées par le gouvernement fédéral canadien limitant le recours aux travailleurs temporaires étrangers pour des emplois peu qualifiés. 

Elle prend pour exemple un restaurant de la chaîne Tim Hortons (une enseigne canadienne emblématique de restauration rapide, comparable à McDonald’s ou Quick en Europe) situé aux Îles-de-la-Madeleine (un archipel du Québec), menacé de fermeture faute de main-d’œuvre. Les Îles-de-la-Madeleine sont situées à 1000 km à l'est de Montréal à vol d'oiseau.

Elle dénonce l’absurdité de recruter des travailleurs aux Philippines pour occuper des postes simples dans la restauration rapide. Selon elle, cette situation doit inciter à remettre en question le modèle de consommation de masse porté par des chaînes comme Tim Hortons ou McDonald’s.

Plutôt que de faire appel à une main-d’œuvre étrangère, elle propose des alternatives :
  • Réorganiser les horaires de travail pour mieux répartir la charge ;
  • Soutenir les cafés et restaurants locaux ;
  • Encourager la cuisine maison ;
  • Explorer l’automatisation pour pallier la pénurie, sans dépendre de l’immigration temporaire.
Un article de presse à l'origine 

C'est le Journal de Montréal et la chaîne de télévision qui sont à l'origine de cette histoire qui se veut emblématique. Un article récent relatait la fermeture prochaine, le 5 septembre, de l’unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine, à Cap-aux-Meules. Le restaurant, très fréquenté par les habitants, est victime d’un paradoxe particulièrement marqué dans les régions éloignées : la pénurie de main-d’œuvre est telle que l’entreprise ne peut fonctionner sans travailleurs étrangers, mais le durcissement des règles d’immigration l’empêche de conserver ces travailleurs.

Le franchisé Patrick Chevarie avait recruté 14 travailleurs étrangers en 2022, principalement des Philippins (13) ainsi qu’une Tunisienne, pour un investissement d’environ 200 000 $. Cette main-d’œuvre serait devenue indispensable : avant même leur recrutement, le restaurant devait parfois fermer certains jours faute de personnel. Question annexe : ces Philippins parlaient-ils français ?

En 2026, les permis de travail de ces employés n’ont toutefois pas été renouvelés. Ottawa avait pourtant annoncé un sursis d’un an pour certains titulaires de permis de travail liés à un employeur précis (« permis fermés »). Mais cette mesure ne réglait pas complètement le problème, notamment pour les familles des travailleurs. Le gouvernement a ensuite assoupli les règles concernant les conjoints en juin, mais cela n'a pas suffi à sauver le restaurant.

Le propriétaire avait d’ailleurs exposé sa situation devant un comité parlementaire en avril, en expliquant que les réalités des régions éloignées étaient très différentes de celles des grands centres : il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs locaux pour pourvoir les emplois dans les commerces et les services.

Le contexte politique : le virage contre les travailleurs temporaires

Cette fermeture s’inscrit dans le resserrement des politiques canadiennes concernant les travailleurs étrangers temporaires. Après avoir fortement augmenté le recours à cette main-d’œuvre au cours des dernières années, Ottawa cherche désormais à en réduire le nombre, notamment pour freiner la croissance de l’immigration temporaire et répondre aux critiques selon lesquelles le programme exercerait une pression à la baisse sur les salaires ou permettrait à certaines entreprises de contourner le recrutement local.

Rappel : Tim Hortons a fait pression auprès du fédéral pour davantage de travailleurs étrangers

En décembre 2025, une enquête de la CBC révélait que Tim Hortons avait fait pression pendant environ 18 mois auprès du gouvernement fédéral pour que certains de ses franchisés puissent recruter davantage de travailleurs étrangers temporaires. Des représentants de Tim Hortons et de sa société mère avaient multiplié les rencontres avec des députés et des fonctionnaires alors qu'Ottawa cherchait justement à réduire le recours au programme.

Si un Tim Hortons ne trouve pas de Canadiens disposés à travailler pour le salaire et les conditions proposés, est-ce réellement une « pénurie de main-d'œuvre » — ou un problème de salaire et de conditions de travail ?

Une analyse de Reuters en 2024 relevait justement que les critiques du programme lui reprochaient de faire pression à la baisse sur les salaires et de placer les travailleurs dans une situation de grande vulnérabilité, particulièrement lorsqu'ils sont liés à un seul employeur par un permis fermé.

Le rapporteur spécial de l'ONU Tomoya Obokata est allé beaucoup plus loin en 2024, décrivant le système canadien comme un « terreau propice aux formes contemporaines d'esclavage », en raison notamment de la dépendance des travailleurs envers leur employeur, de l'endettement lié à leur recrutement et des cas d'abus et de vol de salaire qu'il avait documentés.

Il existe des précédents très concrets.

En Colombie-Britannique et en Alberta, un franchisé Tim Hortons avait été accusé par un travailleur philippin de lui avoir fait rembourser en espèces des heures supplémentaires pourtant inscrites sur ses chèques de paie. Le travailleur affirmait également que les employés craignaient de se plaindre parce qu'ils risquaient de perdre leur statut et d'être renvoyés aux Philippines. Tim Hortons a finalement rompu ses relations avec ce franchisé après une enquête des autorités du travail. Un syndicat avait par ailleurs porté des accusations de violations des normes du travail et des droits de la personne.

En mai 2026, Tim Hortons a annoncé une campagne visant à recruter 10 000 travailleurs « locaux », tout en affirmant qu'il réduisait désormais son recours au programme des travailleurs étrangers temporaires.

La société affirme aujourd'hui qu'elle compte environ 110 000 employés au Canada, dont seulement 4 000 — 3,6 % — seraient recrutés par le programme des travailleurs étrangers temporaires. Elle explique que le recours massif au programme était lié aux « pénuries aiguës » de main-d'œuvre de 2021 et de l'après-Covid et qu'avec le chômage élevé des jeunes en 2026, il n'est plus nécessaire de faire pression pour élargir ce programme.

C'est précisément ce changement de position qui nourrit certaines critiques : en 2025, Tim Hortons demandait à Ottawa de desserrer les restrictions ; en 2026, la même entreprise explique qu'il est désormais possible de recruter localement.

Ce revirement si rapide affaiblit fortement l'idée d'une pénurie structurelle et inévitable qui rendrait indispensable le recrutement international.

Pourquoi un modèle de restauration rapide reposant sur des emplois peu rémunérés en était-il venu à considérer l'importation de travailleurs étrangers comme une composante normale de son fonctionnement ?

Et là, Tim Hortons porte une part de responsabilité, puisque l'entreprise a non seulement utilisé ce dispositif, mais a activement cherché à en élargir l'accès.

Il y a même un élément assez savoureux : Tim Hortons affirme maintenant que seulement 3,6 % de ses employés sont des travailleurs étrangers temporaires, comme si cela réglait la question. Mais ce chiffre ne comprend évidemment pas les autres catégories de travailleurs étrangers présents dans les restaurants — notamment certains étudiants étrangers et détenteurs d'autres types de permis. Il faut donc être prudent avant de traduire « 3,6 % de TFW » par « 3,6 % de travailleurs étrangers ».