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lundi 20 juillet 2026

Chez les Baldeck en Savoie, l’école à la maison et le brevet à 9 ans

Le 10 juillet, Agnès Baldeck est devenue l’une des plus jeunes élèves française à obtenir le brevet des collèges, diplôme national français obtenu à la fin du collège, généralement vers 14-15 ans ; il correspond approximativement au premier diplôme de fin d’études secondaires dans plusieurs pays. Texte paru dans le Figaro.

Déscolarisée [ce terme à une connotation coupable, de décrocheur problématique, on dira mieux « instruite à la maison »], elle bénéficie d’une instruction à domicile très libre, tournée vers le jeu et principalement orchestrée par sa mère, une mathématicienne. Très déçue par le système français, la famille déménagera à l’étranger dans l’année.

Ils ont de belles reliures rigides, d’un orange, d’un vert, d’un bleu très vifs. Rangés sur une étagère à côté de la cuisine où cuit la croziflette, ces manuels de français datent des années 50, du temps où le certificat d’études  sanctionnait le niveau à la fin du primaire [supprimé en 1989 après avoir été pendant près d’un siècle un symbole de l’instruction de base]. Dans le bleu vif, éditions Bourrelier, un texte raconte l’histoire de Marceline et Jean-Claude qui, avec leur maman, vont soigner la basse-cour où l’on entend les animaux «beugler, mugir, hennir, grogner, taper du pied». Récemment ces livres au charme désuet et au langage châtié que possèdent les Baldeck ont eu le droit aux gros titres. C’est grâce à eux, mais aussi à des chansons réalisées avec l’IA et d’autres méthodes maison tirées du savoir-faire Montessori qu’Agnès 9 ans, l’aînée de Nicolas et Katya, a décroché le  brevet des collèges  le 10 juillet avec la mention bien. 15,85. Une des [plus] jeunes élèves françaises à l’obtenir.
« Ah, on ne dirait que t'as ton certif, toi ! »

Le 2 juillet, son père, Nicolas, informaticien autodidacte, inventeur de la pomme de terre connectée, objet de dérision présenté au CES de Las Vegas en 2020, avait publié un long message sur X pour expliquer le choix de cette inscription. Pour les Baldeck, ce diplôme pouvait jouer un double rôle : celui d’attestation de niveau pour l’instruction à domicile d’Agnès - dont ils craignent chaque année qu’on ne la leur interdise -, et celui de pied de nez politique au système français qui fétichise des totems désormais sans valeur. En début de semaine, Le Figaro s’est rendu à la Chapelle Blanche, village des montagnes savoyardes, à la rencontre d’une famille à part, pas marginale du tout mais férue d’excellence dans différents domaines.

Le durcissement de l’instruction en famille par le gouvernement Macron

«Vous en prendrez, hein ?» Longue natte dans le dos, Agathe, neuf mois, dans les bras, Katya Baldeck pose le plat de croziflette sur la table de la cuisine carrelée aérée par la clim. La maison rose pâle offre une vue sur des montagnes et des champs, «la vraie campagne où on va chercher le lait avec le bidon», sourit Nicolas Baldeck en tendant un verre à Adèle, trois ans, «grande timide» selon sa sœur Agnès. Cette dernière ne l’est pas et répond «merci» dans un sourire radieux quand on la félicite pour ses résultats. 20 en anglais, 17 en sciences, 16 en français... Elle est très contente, elle n’était «pas trop stressée»,se demandait surtout si elle allait pouvoir rester plusieurs heures à une table. La première journée, le chocolat qu’elle avait pris pour se câliner le moral a fondu. Elle rit : « on a dû nettoyer le sac». Agnès a 9 ans et ça se voit. Elle fait gouzi gouzi au bébé, se lève plus tôt de table pour partir jouer. Son père soulevait ce point dans son message sur X : sa fille est certes au-dessus de la moyenne - « sans être Einstein» - mais elle est encore une enfant qui fabrique des bracelets en perles, chahute dans la piscine avec ses copines du tennis ou de la danse sans leur parler de fonctions logarithmiques. Il n’est pas question de la préparer pour le bac.

L’entreprise du brevet est partie d’une blague familiale. L’an dernier, curieux, le couple jette un œil aux épreuves. Un exercice de français retient son attention. Noté sur dix points, il demandait de réécrire un passage d’un texte de Beauvoir en remplaçant «je» par «nous». On s’est dit «mais ce n’est pas possible, Agnès peut largement le faire» , se souvient Katya. Cette mathématicienne d’origine russe spécialisée en probabilités et statistiques connaît le niveau matière par matière de sa fille, c’est elle qui supervise son apprentissage. Un mode de scolarité appelé IEF (instruction en famille) dont la popularité a été monumentale ces vingt dernières années. Entre 2007 et 2021, les effectifs [instruits à la maison] avaient grossi d’environ 900%. De 7000 enfants à 70.000. En 2021, la loi contre le séparatisme [!?] l’a restreinte en instaurant un régime d’autorisation préalable.

Agnès et Adèle Baldeck dans la chambre d’Agnès le 14 juillet à la Chapelle-Blanche, France

«C’est devenu très compliqué», assure Nicolas qui, en «bon geek», a compilé les données de 3000 décisions de justice au sujet de l’IEF, disponibles sur le site Le droit d’instruire. «Dans certaines académies [direction régionale scolaire], on observe un taux de refus de 100%, dans ce cas-là, ce n’est pas une question de dossier bien monté ou non, mais une question de doctrine.» D’idéologie anti-IEF, soutient-il. À laquelle il est courant de reprocher de désocialiser l’enfant ou de le pénaliser en ne lui offrant pas la scolarité idoine. Le gouvernement la soupçonne aussi d’être un faux nez pour des dérives sectaires ou séparatistes, notamment religieuses. «Chaque année, on est un peu shaky [précaire en français] en redemandant l’autorisation», explique Katya. En 2025, on ne comptait plus que 30.000 enfants en IEF. 

Outre le défi, l’obtention du brevet est une façon de dire vous voyez que ça marche. Ainsi qu’une attestation de niveau car jusque-là l’académie n’acceptait que de lui faire passer les épreuves correspondant à sa classe d’âge. «Donc on n’avait aucune trace, sauf notre parole, qu’elle savait des choses au-delà», soupire sa mère. Embêtant. Car l’IEF, sauf cas rares, ne dure pas toute la vie. 

Ennui savoyard contre méthode Singapour

Pour Agnès, l’IEF a commencé en maternelle. Pas d’emblée. Au début, ses parents envisageaient une scolarité relativement classique. Relativement car le public était exclu. Non par Katya dont la scolarité en Russie s’est passée dans un excellent établissement d’État d’Akademgorodok, une cité scientifique de Sibérie, la Silicon Taïga. Mais par Nicolas. Fils de communistes français très attachés à l’instruction pour tous, lui a gardé un sale souvenir de ces trop nombreuses heures passées à regarder la pendule au bout desquelles il a eu son bac S avec peine. 

À Aix-les-Bains, dans leur quartier «d’HLM gentils car c’est pas la Seine-Saint-Denis non plus» , ils ont à l’époque le choix entre l’école juive, l’école publique et l’école Montessori. La première les tente, la troisième, où les enfants apprennent en manipulant des objets selon les préceptes de la pédagogue star, les séduit. Agnès y passera deux mois agréables à couper des carottes et à faire du café. À la faveur du confinement, ses parents découvrent que l’établissement en question ne vaut pas ce qu’ils paient. 

Ils la déscolarisent, à l’époque c’est plus simple, et se mettent à chercher des outils pour l’instruire. Pour le français, de vieux manuels achetés en ligne font très bien l’affaire, pour les maths, «on a choisi la méthode Singapour» , fondée sur les schémas et appliquée dans 70 pays (mais assez mal en France). Comme les Baldeck s’inspirent beaucoup de Montessori, une grande place est accordée à l’autonomie, donc au jeu libre d’accès. 

Dans la chambre d’Agnès, les boîtes s’empilent. Folix, le mémo des multiplications, médaille d’or au concours Lépine. Découvrons la France. Le jeu des conjugaisons. Elle prend un sablier. « Alors on pioche une carte et là on lit conjuguez choisir à la deuxième personne du pluriel, au futur.» Il faut se dépêcher, le sable s’écoule. Katya nous fait un signe. «Regardez !» Adèle, la petite de 3 ans, s’est saisie d’une planche velleda couverte de courbes destinées à apprendre la formation des lettres. Elle suit soigneusement le tracé. «Elle joue mais elle apprend, parce qu’elle imite sa sœur.»

Alors qu’on imaginait Agnès bûcher comme une folle, on découvre qu’elle travaille beaucoup moins, selon l’acception courante du terme, qu’elle ne le ferait à l’école. Mais quand elle tricote - car elle tricote -, c’est devant un documentaire sur les régions. Quand elle gribouille, elle a au-dessus de la tête un mémo hiéroglyphes qui lui rappelle que m = p x V (la formule de la masse volumique). Quand elle chante, c’est parfois folklorique. Comme elle ne parvenait pas à se passionner pour les denses fiches d’histoire tirées des denses manuels, sa mère lui a composé des cours chantés à partir d’« airs de l’enfance parce que ça reste pour toute la vie », explique la petite fille.  

Très branchée données ouvertes - Nicolas a créé le site OpenWindMap pour les amateurs de parapente - la famille s’est occupée de mettre les textes en musique afin de les partager. Le copain musicien n’était pas dispo alors l’IA -  Claude - a servi de compositeur. Katya s’en sert aussi pour élaborer des exercices. Ça fait mal au cœur de l’écrire mais la mathématicienne a notamment demandé au modèle d’Anthropic d’inventer des exercices qui familiarisent Agnès avec les consignes parfois illogiques des intitulés. « On appelle ça la méthode Ombrage. » Dans Harry Potter, ce professeur habillée tout de rose et n’aimant que les chats, réprime durement les élèves qui demandent des comptes sur ce qu’ils apprennent en classe. 

Agnès adore Harry Potter dont elle est en train de terminer le 7e tome. Rêve-t-elle parfois d’être avec des amis à l’école ? « Oui, pour pouvoir leur demander quand je ne comprends pas quelque chose.» Des amis, la petite fille n’en manque pas dans l’absolu. Ils lui viennent de la gym, de la danse, de la clarinette, du tennis, de ce qu’elle a le temps de faire en ne passant que peu d’heures assise à un bureau. Mais la scolarité classique la tente. C’est pour répondre à ce vœu et aussi aux ambitions de Katya, qui avant d’avoir des enfants travaillait sur des plateformes pétrolières aux quatre coins du monde pour Schlumberger, que les Baldeck ont pris la décision d’émigrer.

Le départ à venir pour l’Irlande

Au  classement PISA , qui évalue plus de 80 pays dans trois disciplines, l’Irlande fait partie des très bons élèves. En lecture, elle se classe juste derrière Singapour. C’est dans ce pays que les Baldeck s’établiront d’ici à la fin de l’année scolaire 2027. « On a déjà mis la maison en vente », raconte Nicolas. Le choix s’est fait lentement. La Suisse voisine était une option. Mais la perte de niveau de vie serait trop sèche. Autrement, il y a « de très bonnes écoles en Estonie ou en République tchèque ». Mais bon, l’usage de l’estonien reste limité. L’Irlande donc. La pluie, le coddle [? le ragoût irlandais?], l’uniforme à l’école. « Un esprit pro kids aussi, qui nous attire beaucoup. En France, on est trop rigide avec les enfants et on ne leur fait pas assez de place. » La vie professionnelle n’est pas un sujet, les Baldeck peuvent la recréer où ils veulent.

Quid de la France ? Leur manquera-t-elle ? Le oui est maigrelet. Le couple dénonce une cécité à propos de notre système scolaire. « Beaucoup ne veulent pas voir qu’il va dans le mur. Aujourd’hui, insiste Nicolas, la France et son système unique égalitariste présentent l’un des écarts de performance les plus élevés entre élèves favorisés et défavorisés de l’OCDE... »

S’il était ministre de l’Éducation, comment procéderait-il ? « J’instaurerais des classes de niveau, tout simplement. Parce que quand on a des gamins en quatrième qui ne savent pas lire, c’est mauvais pour eux et pour les autres de les avoir tous dans la même classe. » Katya est plus radicale. « Pour elle,sourit-il, il faut supprimer la carte scolaire, accorder une liberté totale aux établissements et les subventionner en fonction du nombre d’élèves qui s’inscrivent chez eux. » Plus modestement, Édouard Geffray, notre ministre de l’Éducation, vient d’annoncer dans Le Parisien , qu’il comptait lancer « un travail important» à la rentrée afin de « reconsolider le niveau du brevet ».


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dimanche 12 avril 2026

France — Bac, brevet… Attention à l’orthographe : Il faut s’attendre à une chute assez immportante du taux de réussite

Pour redonner de la valeur aux bac et brevet, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé quelques changements qui risquent de bousculer les taux de réussite de ces deux examens.

Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale français, souhaite durcir les règles de correction du bac et brevet.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, exprime depuis plusieurs mois son ambition de redonner de la valeur aux diplômes nationaux, notamment le brevet et le baccalauréat, en renforçant les attentes concernant l’usage du français et en valorisant l’excellence. Il vient d’annoncer des changements dans une circulaire partagée aux correcteurs et un entretien accordé aux journaux du Groupe EBRA le jeudi 2 avril.

Dès la session 2026, l’orthographe, la syntaxe et la grammaire vont prendre une place plus importante dans la notation des copies du brevet (14-15 ans) et du baccalauréat (17-18 ans, avec une équivalence au DEC québécois pour rentrée à l'université). Dans une circulaire publiée le 26 mars dernier, Édouard Geffray a donc annoncé un durcissement des règles pour replacer la maîtrise du français au cœur de l’évaluation et tirer vers le haut le niveau de l’ensemble des élèves.

« Les épreuves du DNB [brevet] et du baccalauréat prennent en compte, dans l’attribution de la note, la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos. »
Circulaire du 26 mars 2026
Cette circulaire indique que les enseignants correcteurs pour le bac et brevet devront désormais s’attarder sur « la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos », et ce, dans toutes les matières et pas uniquement en français ou matières littéraires. Ainsi cette circulaire précise ce que le ministre indiquait déjà dans nos colonnes en décembre dernier « J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne. »

Afin d’aider les candidats à s’améliorer, le ministre insiste sur l’importance de se relire, la circulaire recommande que la préparation aux examens intègre l’« importance de la relecture par les élèves de leur production dans le temps imparti de l’épreuve ». Ces mesures signifient que les fautes de français pourraient désormais avoir un impact plus important sur les résultats des candidats, sans toutefois indiquer des mesures claires à des correcteurs sur les niveaux attendus.

Moins de réussite et de mentions au brevet ?

D’autres changements majeurs sont prévus pour le brevet en 2026. La part de l’examen dans la note finale passera de 50 à 60 %, et le contrôle continu prendra désormais en compte les notes obtenues en classe de troisième, plutôt que la seule maîtrise d’un « socle commun » de connaissances et de compétences sur l’ensemble du cycle 4 (cinquième, quatrième, troisième). Aussi les élèves passeront une nouvelle épreuve de mathématiques.

Édouard Geffray prédit ainsi une « chute assez drastique du taux de réussite » au diplôme national du brevet (DNB) en raison de ces nouvelles modalités et nouveautés, prévoyant « peut-être 75 % de réussite au brevet avec beaucoup moins de mentions ». L’objectif ? Rappeler qu’un examen « se prépare » et mieux préparer les élèves à leur entrée au lycée en leur donnant une vision plus réaliste de leur niveau.

Création d’un concours général au collège

Le ministre de l’Éducation nationale a également annoncé la création d’un concours général des collèges, concours dont la première édition aura lieu en 2027. Inspirée du prestigieux concours général des lycées, qui existe depuis 1744, cette initiative vise à « créer une émulation » et à « valoriser différentes formes d’excellence » au sein des collèges.

Chaque établissement sera invité à inscrire jusqu’à 10 % de ses élèves, en respectant la parité filles-garçons, dans l’une des cinq disciplines proposées : français, mathématiques, histoire-géographie, arts ou numérique-codage. Les inscriptions débuteront à l’automne pour des épreuves individuelles prévues en janvier et février. L’entourage du ministre précise que le modèle est « encore en construction », mais que la volonté est de faire progresser le niveau global des élèves au collège en agissant sur « toute la chaîne ».

Cependant, cette annonce a suscité des interrogations. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, s’est inquiétée d’une possible dérive vers un « élitisme » et un « entre-soi » si ce concours devenait l’antichambre du concours général des lycées, estimant que le système éducatif a « des urgences bien identifiées bien loin de ce sujet ».

Ces mesures s’inscrivent également dans le cadre de l’opération « Collège en progrès », qui concernera 800 établissements où plus de 40 % des élèves ont moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. Ces collèges bénéficieront de moyens et d’un accompagnement spécifique dès la rentrée de septembre, incluant la formation des enseignants, l’attribution de fonds sociaux et le renforcement des équipes d’assistants d’éducation.

mardi 10 septembre 2024

Brevet — Confusion entre « la » ou « l’a» n’est pas considérée comme une faute car l'élève a eu l’idée du son

 Myriam Meyer (professeure de français et de latin) affirme que « Pour le brevet des collèges, si l’élève écrit "la" ou "l’a", cela n’est pas considéré comme une faute car il a eu l’idée du son. C’est l’une des consignes que nous recevons. »

 

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Myriam Meyer se confie sur ses années en tant que prof dans un collège appartenant à un réseau d'éducation prioritaire (REP) et nous livre son regard sur les actions de l'Éducation nationale.

 

 LA VRAIE VIE D’UNE PROF DE BANLIEUE

Pendant six ans, cette jeune prof a enseigné le français, le latin et le grec dans un collège de la banlieue parisienne. Avoir encore foi en son métier quand on se retrouve face à des enfants de culture étrangère, dans une société qui ne croit plus à l’exemplarité ni à la transmission, est un combat de tous les jours. Elle le raconte avec talents dans un livre publié chez Robert Laffont, « Wesh, Madame ?! ».

Ses élèves l’ont baptisée la « Sénégauloise », parce que Myriam Meyer est née au Sénégal, où sa mère était prof et que non, elle n’est pas « une rebeu qui a réussi », même si elle s’appelle Myriam. En découvrant son prénom, les enfants de l’immigration du collège du Val-de-Marne où elle enseignait pensaient volontiers qu’elle était arabe – à l’époque où elle y a été parachutée, elle ne portait pas encore le nom de son mari, Meyer. A l’Éducation nationale, les affectations dépendent d’un système complexe de points. Au bout de trois ans seulement d’expérience professionnelle, enseigner en réseau d’éducation prioritaire (REP) n’était pas le choix de cette trentenaire. Mais avec le recul, ces six années auront été « les plus fécondes, les plus riches et les plus fortes » de sa carrière, comme elle l’écrit dans l’avantpropos de son livre. Myriam Meyer a le talent de faire partager ses émotions au lecteur de Wesh, Madame ? ! Rires et larmes d’une prof de banlieue. Enseigner le français, mais aussi le latin et le grec à des jeunes qui ne parlent parfois que la langue de leurs parents, sans même l’écrire, est une gageure. Cette frêle jeune femme relève le défi avec humour.

Au début, les cours de langues mortes de « Madame Vieuxmots » – un autre de ses surnoms – n’attirent pas les foules. Elle n’a que six élèves. Les collégiens sont réticents, pour des raisons parfois incongrues. Elle s’entend dire : « J’veux pas faire de latin, Rome, c’est trop la honte […] Ça a fait les Roumains. C’d’la merde les Roumains, les Roms. »

CONTRE LA VICTIMISATION

Mais les malentendus finissent par être levés et Myriam Meyer se retrouve avec des classes de 25 élèves. Les parents, dans ces banlieues où le chômage sévit, pourraient douter de l’utilité du latin et du grec pour leur progéniture, mais c’est souvent le contraire qui se produit selon le professeur : « Pas mal de parents me suppliaient de prendre leur enfant parce qu’ils étaient convaincus que c’était le meilleur moyen qu’il se retrouve avec de bons élèves. Du coup, je pouvais avoir dans la même classe des gamins superbrillants, superdisciplinés, et des vrais terribles qui passaient six mois à se demander ce qu’ils faisaient là. »

En cours, l’enseignante montre « à des enfants qui viennent d’environnements et de pays très différents que la France appartient à une culture commune, fondatrice pour notre civilisation, la littérature, la philosophie, la poésie, l’art en général. » Le récit des conquêtes romaines lui permet, au passage, de démonter les discours de victimisation identitaire en expliquant qu’ « Européens ou Africains, on a tous été colonisés à un moment donné, qu’il n’y a pas les oppresseurs et les opprimés ».

Pas facile de lutter contre les idéologies délétères, mais aussi contre ce que Myriam Meyer appelle les « forces obscures », « l’attraction des écrans et de l’argent facile », à une époque où, regrette-t-elle, « l’exemplarité a disparu, dans les familles comme dans la société ». Mais à la lire, elle y parvient souvent, entre rires et larmes.

Wesh, madame ?!,
Rires et larmes d'une prof de banlieue,
par Myriam Meyer
publié chez Robert Laffont,
le 22 août 2024,
240 pp,
ISBN-13 : 978-2221277225

samedi 10 juillet 2021

France — « Tu files des points, cherche pas à comprendre » : les consignes de bienveillance exaspèrent les correcteurs du brevet

 
De nombreux enseignants témoignent d’une baisse du niveau, que la « bienveillance » dans la notation cherche à dissimuler

    Après les professeurs de lycée, ce sont les correcteurs des épreuves du brevet qui se plaignent des demandes de « bienveillance » dans la notation, prônée par l’Éducation nationale. Selon eux, elle dissimule les lacunes abyssales des élèves.

    « Alors la dictée, si c’est mauvais mais que vous sentez que l’élève maîtrise globalement assez bien les accords, vous pouvez rajouter 2 ou 3 points. » Ce professeur de français dans un collège normand relève avec amertume les consignes de « bienveillance » demandées pour la correction du diplôme national du brevet (DNB) de 2021, dont les résultats 2021 viennent de paraître. Des directives ministérielles qui exaspèrent beaucoup d’enseignants.

    Les résultats étaient déjà stratosphériques en 2020, avec 90,5 % des candidats au DNB admis, soit une hausse de 4 points par rapport à 2019 (86,5 %). Mais les épreuves n’avaient pas eu lieu en raison du Covid. Cette année, avec les consignes de bienveillance, les résultats sont également exceptionnels. Les consignes de correction données oralement aux membres du jury vont dans ce sens, en incitant les professeurs à une indulgence dans la notation, quel que soit le niveau des copies.

    Ce qui a le don d’énerver les enseignants les plus consciencieux. Dans les consignes distribuées à des correcteurs du Doubs (25), il est précisé : « Quand un élève a réalisé de façon satisfaisante un exercice, on n’hésitera pas à lui attribuer l’ensemble des points. » Le document différencie les « attendus » que l’élève devrait maîtriser, et des « éléments de valorisation », dont « la prise en compte permet de compenser d’éventuelles faiblesses ».

    Les collèges n’ont pas tous le même niveau

    Marie, professeure de français dans un collège du Nord (59), sait que tous les élèves n’ont pas pu étudier le programme en entier. Elle rappelle pourtant que le sujet de cette année devrait avoir été traité en 4e. « Je veux bien être bienveillante, mais on a un minimum d’exigence. » Selon elle, la bienveillance est surtout une façon de « contrebalancer le fait qu’il n’y ait pas le même niveau dans tous les collèges ».

    Tu files des points, cherche pas à comprendre.

    Un professeur d’histoire-géographie

    Pour Fiona, professeure de français dans un collège du Calvados (14), cette bienveillance est plutôt une façon pour le ministère de ne pas perdre la face. « C’est insoutenable pour un gouvernement d’avoir des élèves qui réussissent très mal. Ça voudrait dire que l’enseignement n’est pas bon. » Pour cette enseignante, « ce n’est pas les élèves qui ont changé, c’est le temps qu’on leur consacre qui a diminué ». Elle insiste sur le fait qu’il faudrait plus d’heures de cours pour traiter entièrement le programme, et non pas plus de bienveillance.

    Un enseignant d’histoire-géographie résume ainsi : « Tu files des points. Cherche pas à comprendre. » Pendant le bac, le ministère précisait déjà que « des consignes de bienveillance seront transmises aux jurys, au regard des circonstances particulières de cette session ».

    Ces incitations à mettre le plus de points possible ne sont pas nouvelles. Elles concernent autant le bac que le DNB. Dès le début de la correction du brevet, les pires copies sont apparues sur les réseaux sociaux. Elles témoignent du niveau catastrophique de certains élèves.

    Des consignes pour gonfler les statistiques

    En dépit d’une correction indulgente, certains collégiens risquent d’avoir de mauvaises surprises. Pour ce professeur de sciences et vie de la terre en Dordogne (24), le choix du sujet de cette année ne prend pas suffisamment en compte les retards dans le programme. C’est « un carnage », malgré « un barème remanié pour masquer la catastrophe ».

    Même chose en français. Sur toutes les copies corrigées par Fiona, elle constate un très mauvais niveau, notamment dans les règles de grammaire. « Ce n’est pas du programme de 3e spécifiquement, ça devrait être acquis depuis la 5e. Pourtant je n’ai pas eu une seule fois l’attribut du sujet. » L’enseignante s’interroge sur le but des consignes de correction, qui ne servent, selon elle, qu’à gonfler les statistiques ministérielles.

    On nous a demandé de parsemer la rédaction de traits rouges, pour prouver qu’on l’avait lue.

    Une professeure de français

    Critiques de la bienveillance imposée, les enseignants souhaiteraient être eux-mêmes plus « choyés » par l’Éducation nationale, explique Fiona. « Cette année on nous a demandé de parsemer la rédaction de traits rouges, pour prouver qu’on l’avait lue jusqu’au bout. J’ai trouvé ça particulièrement insultant. Cette défiance était particulièrement cruelle. »