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mercredi 1 juillet 2026

Féminisme racialiste et écologisme allemand : « Ma lignée s’éteint avec moi »

Verena Brunschweiger, militante féministe allemande et essayiste controversée du mouvement « kinderfrei » (libre d'enfants), assène que les populations occidentales, et en particulier les femmes blanches, ont le devoir moral de limiter radicalement leur natalité, voire d’y renoncer entièrement. Son slogan qu'elle brandit fièrement, « Ma lignée s’éteint avec moi », est présenté comme un choix responsable et éthique face à ce qu'elle appelle la crise climatique, la surpopulation et l’épuisement des ressources.

Elle dénonce virulemment les appels à une natalité plus élevée, notamment ceux d’Elon Musk, qu’elle interprète comme une volonté d’encourager davantage de naissances parmi les populations blanches, de contrôler les femmes et de limiter l’accueil des réfugiés. Pour elle, ces discours pro-natalistes relèvent d’une idéologie de droite, réactionnaire et raciste, qui cherche à renvoyer les femmes à des rôles traditionnels.

En revanche, elle plaide pour un accueil beaucoup plus large de ce qu'elle nomme « réfugiés ». Les pays occidentaux, principaux responsables historiques du changement climatique selon elle, auraient une obligation morale particulière envers les populations qui en subissent les conséquences. Son discours associe ainsi la réduction des naissances dans les populations occidentales — et plus particulièrement blanches — à un accueil accru des réfugiés, présenté comme un acte à la fois écologique, féministe et relevant de la justice historique.

Incohérences logiques, racialisme, égoïsme et pulsions de mort

Si le refus personnel d’avoir des enfants relève d’une liberté individuelle qui peut parfois se comprendre, la construction idéologique que Mme Brunschweiger en fait soulève de sérieuses difficultés, tant par ses incohérences logiques que par ses implications morales et civilisationnelles.

Sur le plan écologique, son raisonnement présente une incohérence importante. En invoquant l’équation Impact = Population × Affluence × Technologie, elle minimise le rôle du facteur « affluence ». Or, transplanter des populations provenant de régions à faible consommation vers des sociétés à haut niveau de vie européen ou nord-américain ne réduit pas mécaniquement l’impact environnemental global ; cela peut au contraire l’accroître. Le chauffage hivernal, les transports, l’habitat et les modes de consommation propres aux pays développés augmentent généralement l’empreinte carbone par habitant. Promouvoir simultanément une forte baisse de la natalité occidentale et une immigration importante apparaît donc difficile à concilier avec un objectif strictement environnemental. Il s’agit davantage d’un déplacement des populations que d’une réduction assurée de la pression sur les ressources.

Une autre difficulté réside dans la dimension explicitement ethnique (racialiste) du discours. En ciblant plus particulièrement la natalité des populations blanches, tout en défendant parallèlement un accueil accru des réfugiés, Mme Brunschweiger introduit un critère identitaire dans un débat qui se prétend pourtant universaliste. Cette position peut être interprétée comme une forme d’ingénierie démographique fondée sur un critère ethnique. Qu’une militante se réclamant de l’antiracisme défende une telle asymétrie démographique peut apparaître, aux yeux de ses détracteurs, comme une contradiction profonde.

Le fondement philosophique de cette position est sans doute l’aspect le plus dérangeant. Son discours peut être perçu comme traduisant une forme de renoncement civilisationnel : l’Occident n’y apparaît plus comme une civilisation à réformer ou à améliorer, mais essentiellement comme une réalité historique coupable dont le déclin démographique serait non seulement acceptable, mais moralement souhaitable. D’aucuns peuvent voir dans cette logique une forme de haine de soi civilisationnelle, voire une véritable pulsion de mort appliquée à l’Occident blanc ; tel est notamment le point de vue de l’auteur de ces lignes. Sans prétendre sonder les intentions personnelles de Mme Brunschweiger, il est permis de considérer que le slogan « Ma lignée s’éteint avec moi », associé à l’idée d’un devoir moral de réduire les naissances des populations blanches, véhicule un imaginaire de l’effacement davantage que de la transmission, pour rester poli.

Qualifier d’égoïstes ou de narcissiques les parents qui souhaitent transmettre leur langue, leur culture et leur héritage, tout en présentant le renoncement à la postérité comme un acte supérieur de responsabilité, procède d’un renversement moral contestable. Une société qui cesse volontairement d’assurer son renouvellement démographique prend le risque d’un affaiblissement durable de sa continuité culturelle. Les civilisations peuvent disparaître sous l’effet de facteurs extérieurs, mais aussi lorsque leurs propres élites cessent de considérer leur transmission comme un bien.

En définitive, le discours de Mme Brunschweiger n’apparaît ni particulièrement courageux ni véritablement visionnaire. Il peut être lu comme le symptôme d’un courant intellectuel occidental qui appelle plus volontiers de ses vœux le déclin démographique de sa propre civilisation que les moyens de la réformer et de la faire perdurer. Il est parfaitement possible de critiquer le consumérisme, de défendre l’émancipation des femmes et de promouvoir une politique environnementale ambitieuse sans conclure qu’un recul démographique et culturel de l’Europe constituerait un idéal moral.



samedi 27 juin 2026

Documentaire vidéo Le Suicide français (2026) avec Éric Zemmour

Cette adaptation du livre homonyme d'Éric Zemmour propose une lecture incarnée et volontairement polémique de l'histoire contemporaine française des cinquante dernières années.

Épisode 1 : Les années 70 la fin d'un monde

Épisode 2 : les années 80-90

Épisode 3 : Immigrations et insécurités

Épisode 4 : Le Grand basculement</p>


dimanche 26 avril 2026

Les immigrants consomment nettement plus d'énergie au Québec et au Canada que dans leur pays d'origine

Lorsqu’une personne s’installe au Canada ou au Québec, sa consommation d’énergie augmente généralement par rapport à celle qu’elle avait dans son pays d’origine. Cette hausse peut être significative : souvent entre 2 et 10 fois plus, selon le pays de départ et le mode de vie.

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation : le climat froid, qui nécessite un chauffage important, la grande superficie du pays, qui implique des déplacements plus longs, et un niveau de vie globalement élevé, avec une utilisation plus intensive de l’électricité et des appareils ménagers.

Comparaison par pays d’origine

Voici quelques exemples de consommation d’énergie par habitant, en kWh par an, pour le pays d’origine et pour le Canada/Québec. Les données proviennent de Our World in Data et de l'Energy Institute.

Pays d’origine Consommation moyenne (kWh/an) Consommation au Canada/Québec (kWh/an) Facteur multiplicateur
Inde ~7 700 ~83 000 ×10,8
Chine ~34 100 ~83 000 ×2,4
France ~36 800 ~83 000 ×2,25
Philippines ~10 000 ~83 000 ×8,3
Algérie ~15 000 ~83 000 ×5,5
Haïti ~5 000 ~83 000 ×16,6

Analyse

Ces chiffres montrent que l’augmentation de consommation énergétique n’est pas liée à l’origine culturelle ou ethnique des immigrants, mais résulte avant tout du climat, de la taille du pays et des habitudes locales de consommation. Même pour des pays à consommation déjà élevée, comme la France ou la Chine, l’augmentation reste notable.

Il est également important de souligner que le mix énergétique québécois, principalement basé sur l’hydroélectricité, atténue l’impact environnemental de cette consommation plus élevée.

En résumé, l’installation d’un immigrant au Canada ou au Québec implique généralement une consommation d’énergie beaucoup plus importante qu’au pays d’origine, souvent plusieurs dizaines de milliers de kWh supplémentaires par an.


mardi 31 mars 2026

Il y a 170 ans — avril 1856, prophétie suicidaire de la nation Xhosa


Au sud du fleuve Orange et du fleuve Fish (Vis en afrikaans), les colons franco-hollandais ont bien constitué le premier peuplement sédentaire, tandis que l’antériorité des Noirs au nord de la rivière Kei n’est contestée par personne.

De 1770 à la fin du XIXe siècle, on recense au total en Afrique australe neuf « guerres des frontières » ou « guerres cafres » (d’un mot issu de l’arabe [« mécréant »] qui désignait en Afrique les Noirs). 

Elles opposent les colons Boers, de rudes paysans calvinistes d’origine franco-hollandaise, aux éleveurs Xhosas, des Bantous à peau noire venus du nord, qui se sont installés à l’ouest du fleuve Fish. Ces guerres s’intensifient lorsque les Britanniques, arrivés au Cap en 1815, repoussent les Boers plus loin vers le nord. C'est le mouvement des Voortrekkers, symbolisé dans la carte ci-contre en grosses flèches grisées.

Les Xhosas tentent de résister y compris en adoptant les armes de l’ennemi : un journal en xhosa, Ikwesi (« L’Étoile du Matin ») est publié en 1841 et une traduction de l’Évangile établie dès 1854.

Démoralisés par leurs défaites successives face aux Boers et aux Anglais, notamment celle de 1853, et par les pertes de territoire qui en découlèrent, les Xhosas virent également leur mode social bouleversé par l’impossibilité pour les lignages de partir à la conquête de pâturages nouveaux puisque le front pionnier blanc bloquait le leur. Pour ce peuple qui, génération après génération avançait vers le sud en s’établissant sur des terres nouvelles, le traumatisme fut profond. Il fut amplifié par la terrible sécheresse de l’été 1855-56 (déjà le climat…), et par une épidémie de pleuropneumonie bovine qui éclata en 1854, tuant au moins 100 000 têtes de bétail.

Dans ce sentiment de fin du monde, les prophéties se succédèrent. L’une annonçait la défaite des Anglais en Crimée devant des Russes présentés comme la réincarnation des guerriers Xhosas morts au combat lors des précédentes guerres et qui étaient en marche vers le Xhosaland pour le libérer. Une autre annonçait que le chef qui avait conduit la guerre de 1850-1853 était ressuscité.

C’est dans ce contexte qu’en avril 1856, une jeune fille nommée Nongqawuse et appartenant à la chefferie Mnzabele établie dans la région de la basse rivière Great Kei, eut une vision : la puissance xhosa serait restaurée par les dieux, les troupeaux seraient multipliés et les morts ressusciteraient si tout le bétail, toutes les récoltes et toutes les réserves alimentaires étaient détruites.

Durant les 15 mois de la prophétie (avril 1856-juin 1857), les Xhosas tuèrent leur bétail, soit 400 000 têtes, et ils détruisirent leurs récoltes.

La prophétesse Nongqawuse
 
Le 16 (ou le 18 selon les sources) février 1857, le jour fixé par Nongqawuse, le pays demeura silencieux et, quand la nuit tomba, les Xhosas comprirent qu’ils allaient désormais subir une terrible famine. Les morts se comptèrent par dizaines de milliers et les survivants vinrent implorer des secours à l’intérieur du territoire de la colonie du Cap. Au lendemain de la famine, la population de la Cafrerie britannique, peuplée de Xhosas, est passée de 105 000 à moins de 27 000.

Ceux qui avaient tué leur bétail et détruit leurs récoltes accusèrent ceux qui ne l’avaient pas fait d’avoir empêché la réalisation de la prophétie. En effet, quelques chefs xhosas moins naïfs que les autres, l’on dirait aujourd’hui qu’ils étaient des « prophéto-sceptiques », avaient refusé de suivre les hallucinations de Nongqawuse et ils avaient été contraints de s’exiler au nord vers le Basutoland (Lesotho) pour échapper à la furie des croyants.

Le résultat de cette prophétie fut que les Britanniques n’eurent plus besoin de faire la guerre aux Xhosas puisque ces derniers s’étaient suicidés. Ils installèrent alors 6000 colons dans l’arrière-pays du port d’East London (aujourd’hui part de Buffalo City, rappel à l’importance du buffle dans la culture xhosa) et ils englobèrent la Cafrerie britannique dans leur colonie du Cap en 1866.


 Plus de détails en anglais


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« On a basculé dans l’antiscience »

J-P. Le Goff : « L’écologie participe des nouvelles formes de spiritualités diffuses »

Hystérie climatique : « la science est davantage en danger que la planète » selon le professeur Richard Lindzen du MIT


mardi 23 décembre 2025

Quand l’écologie radicale infiltre les écoles de commerce

Une récente étude d’un réseau pensant explique comment HEC, l’EM Lyon ou Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales.

Oui, oui, une école de commerce de France (il reste un petit drapeau français peu visible à côté du drapeau de la European Union of Brussels)

La France est-elle en train de former une génération de cadres qui considéreront comme un devoir moral de freiner, de contester ou de saboter les stratégies de croissance de leurs propres entreprises ? C’est ce que laisse entendre le Centre d’études et de recherches universitaires (Ceru), qui, dans une étude publiée début décembre, affirme que les grandes écoles de commerce françaises sont devenues des « foyers du radicalisme écologique ».

Dans cette note, le laboratoire d’idées, marqué à droite, explique comment HEC, l’ESSEC, l’ESCP, l’EM Lyon ou encore Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales que sont la gestion, la finance ou le marketing. « Ce basculement traduit une recomposition profonde. Le prestige universitaire traditionnel est supplanté par la conformité idéologique », alerte l’étude, qui, sans remettre en question l’urgence climatique, décrit « un tournant résolument écologique, jusqu’à repenser tous les programmes sous cet angle ».

En une dizaine d’années, les « business schools » [écoles de commerce en Hexagonal] ont bien changé. 

Dans ces temples de la formation au monde des affaires, l’étudiant se prête désormais aux incontournables ateliers Fresque du climat, mais aussi au Sulitest, un test du développement durable imaginé en 2014. Dans les enseignements, l’écologie et la « sustainability » [durabilité dans le jargon prétentieux de ces « business schools »] ont pris une place « démesurée », « une centaine d’heures par an, soit le tiers des enseignements », affirme l’auteur de cette note, Morgane Daury-Fauveau, présidente du Ceru et professeur de droit privé à Amiens. Elle a passé au crible les maquettes de l’offre de formation. Outre la profusion, elle pointe une idéologie à l’œuvre, avec l’enseignement d’« une écologie radicale, notoirement anticapitaliste ». « La mission première de l’enseignant est de développer l’esprit critique, pas de le paralyser. Les écoles de commerce, dont l’objet est fondamentalement l’enseignement sur la production de richesses, font la publicité de la décroissance ! », s’effare-t-elle.

dimanche 23 novembre 2025

Sondage — Le climat n'est plus une priorité pour les Canadiens (ni les Québécois)

Le dernier sondage national d’Abacus a révélé que seuls 13 % des Canadiens citent « le changement climatique et l’environnement » parmi leurs trois principales préoccupations. Au Québec, ce chiffre atteint 18 %, mais en Saskatchewan et au Manitoba, il tombe à 6 %. Chez les conservateurs, il n’est que de 4 %. Même les partisans libéraux n’atteignent que 18 %. 


Le climat n’a pas totalement disparu du palmarès des préoccupations des sondés, mais il a été relégué loin des premières places.

En tête des préoccupations des Canadiens, figurent la hausse du coût de la vie (66 %), l’économie (39 %) et les soins de santé (35 %), le logement abordable (33 %) et l’immigration (25 %). L’opinion publique est fortement concentrée sur les pressions quotidiennes. 

On a observé la même tendance lors du sondage final d’Abacus pour les élections fédérales de 2025. Lorsqu’on a demandé aux électeurs potentiels quels étaient les deux facteurs les plus importants dans leur décision de vote, 45 % ont choisi « la réduction du coût de la vie », suivis par 30 % pour la gestion de Donald Trump et l’impact de ses décisions. Le changement climatique n’a été mentionné que par 5 % des personnes interrogées, se classant ainsi parmi les derniers de la liste.

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mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

mercredi 8 octobre 2025

Plus on explique le coût induit par les éoliennes, plus le soutien à l’éolien chute

«Les Français ont globalement une image positive de l’éolien. Mais dès que l’on explique le coût que cela induit sur la facture énergétique[, la manière dont elle sont fabriquée, l'intermittence de cette énergie,] ce soutien à l’éolien chute complètement», observe Paul Cébille dans «Terre des Hommes». Une baisse de 46 points au soutien des éoliens après une explication de ce type d'énergie.

Le sondage IFOP en question est intitulé "L’image de l’énergie éolienne auprès des Français", publié en novembre 2021. Il met en évidence une baisse du soutien à l'éolien lorsque les répondants sont informés des aspects critiques comme son intermittence, son inefficacité perçue pour lutter contre le réchauffement climatique, et les surcoûts associés (par exemple, seulement 25 % des Français sont prêts à payer plus cher pour des énergies intermittentes).  

Dans cette enquête, après présentation des conclusions du rapport GIEC (insistant sur le besoin de multiplier les capacités nucléaires par six pour la neutralité carbone) et du rapport parlementaire sur les énergies renouvelables (soulignant l'incapacité des énergies intermittentes comme l'éolien à combattre efficacement le climat), l'image de l'éolien se dégrade : 44 % des Français ont une mauvaise opinion (contre 34 % une bonne), avec une défiance accrue sur les impacts environnementaux (pollution visuelle/sonore à 72 %, dégradation des paysages à 68 %) et son manque d'efficacité (67 %).  

Cela illustre la versatilité de l'opinion publique sur le sujet : habituellement bienveillante (c'est la bonne opinion, dans l'air du temps), elle bascule vers l'opposition face à ces explications et arguments critiques.

Un sondage connexe, "Les connaissances des Français en matière d’énergie éolienne" (février 2021), montre aussi que plus les personnes sont informées (surtout les sceptiques), plus leur opposition grandit, avec un score de connaissances plus élevé chez les opposants.  

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mardi 16 septembre 2025

Enfin la fin de l'écologisme et le retour de l'écologie ?

Une enquête de l’institut Verian analysée par la Fondapol fait état d’une demande grandissante, dans l’opinion publique, d’une écologie enfin débarrassée de son carcan idéologique. Une mise au point bienvenue qu’il convient cependant d’approfondir.


L’étude publiée à la fin du mois d’août par l’institut Verian (ex-Kantar) et qui porte sur la perception qu’ont les Français de la religion des temps modernes : l’écologie ? Il faut l’espérer car les résultats qu’elle met en avant pourraient dessiller bien des yeux chez nos élites dirigeantes. « La principale leçon de cette étude, observe Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, qui en a assuré le commentaire, est de mettre en lumière un fait dont on sait l’existence mais qui reste pourtant négligé et peu traité : dans l’opinion publique française, une large adhésion à l’écologie cohabite avec un rejet massif de l’écologisme. » La nature, oui ; ceux qui s’en font les porte-parole, non.

Regardons le détail. L’étude devant être présentée à l’occasion des Rencontres des entrepreneurs de France (Ref), un accent particulier est mis sur le lien entre l’écologie et les entreprises. Lien passablement dégradé, les écologistes n’ayant que mépris pour l’entreprise, l’industrie, l’agriculture et pour tout ce qui, de manière générale, fonctionne et soutient une société. Bonne surprise, cette triste réalité est connue ! Ainsi, 66 % des personnes interrogées pensent qu’il y a “trop de normes environnementales pour les entreprises” et que ces normes, “révélatrices d’une bureaucratie trop importante” (75 %), “fragilisent la compétitivité de l’industrie française” (67 %).

Autre point intéressant, et très actuel : la fiscalité verte [penser taxe carbone]. Les “gilets jaunes” sont passés par là, et la fin du monde ne fait plus le poids face aux fins de mois. Cette fiscalité à but écologique est considérée par 62 % des sondés comme “un outil injuste qui pèse d’abord sur les classes moyennes, rurales ou défavorisées”. Revenus des grands discours catastrophistes, les Français sont également 62 % à voir dans l’écologie politique “un prétexte pour créer un nouvel impôt” et pas du tout “une nécessité face à l’urgence environnementale”, qui est pourtant l’un des arguments massues du discours écologiste sur l’air du “c’est pour le climat, c’est pour la planète”. Conclusion de l’étude : ça ne marche plus.

« J’avoue que je n’espérais pas un tel soutien populaire à nos entreprises, ni une telle défiance envers les excès écologistes », s’enthousiasme Benoît Rittaud, président de l’Association des climato-réalistes. Bertrand Alliot, porte-parole d’Action Écologie, abonde dans son sens : « Cette étude montre de manière éclatante qu’une grande majorité de Français estime que l’excès d’écologisme est un puissant facteur de désorganisation. » Plus important encore, selon lui, en estimant à 78 % que “l’écologie devrait davantage s’adapter aux réalités économiques et industrielles”, les Français « réfutent l’idée d’une “crise existentielle” pour l’humanité liée aux enjeux écologiques car, dans le cas contraire, ils diraient que c’est l’économie qui doit s’adapter aux réalités écologiques ».

Plus encourageant encore (quoique de manière moins nette), plus d’un Français sur deux (55 %) considère “la fiscalité verte” comme “une contrainte inefficace qui culpabilise sans offrir d’alternatives concrètes”. Les mots sont importants : “inefficace”, “culpabilise”. On touche ici à la nature même de l’écologisme : une construction essentiellement théorique, dogmatique, dont le but — changer la société — est sans rapport avec l’objet concerné (pesticides, bassines, plastique, etc.).

Résultat notable également: les sondés sont 84 % à estimer que “les mouvements écologistes tentent souvent d’imposer leurs convictions par la pression médiatique et judiciaire, sans passer par le débat démocratique”. Un chiffre qui n’est pas étonnant quand on sait que les écologistes ne se soucient du peuple que lorsqu’il pense comme eux ou pour prétendre le corriger. Le peuple en question n’étant pas dupe, cela explique aussi bien ce résultat écrasant que les scores misérables des candidatures écologistes à l’élection présidentielle (3,26 % des suffrages en moyenne depuis 1974), que l’étude rappelle. « On sait depuis longtemps qu’il y a une distorsion énorme entre la visibilité médiatique de l’écologisme et son poids réel dans l’opinion, mais ce rapport qui quantifie les choses est tout à fait bienvenu », poursuit Benoît Rittaud.

Parlant à ce propos d’une « illustration de la théorie de la tyrannie des minorités », Dominique Reynié pose la question essentielle : « Pourquoi, ou à quel titre, un courant électoralement insignifiant, et depuis si longtemps, parvient-il à bénéficier d’une considération politique et médiatique que l’on pensait réservée à de grands partis ou à de grands électorats? »

La réponse est peut-être dans la question (et aurait mérité de ce fait de figurer dans le sondage) : il s’agit du rôle crucial joué par les médias, où le traitement des questions environnementales relève quasiment exclusivement de l’écologisme et non de l’écologie. Une mainmise décisive qui explique d’ailleurs quelques résultats étonnants, présents dans l’étude; ainsi 57 % des sondés ont “une bonne image des associations ou mouvements écologistes”, 49 % considèrent que les associations environnementales constituent un “contre-pouvoir constructif” et 45 % les jugent plus “responsables” que “radicales”. « Ils sont très majoritairement assez sévères et lucides, en les considérant comme des organisations idéologiques, déconnectées du terrain, mais, paradoxalement, ils en ont majoritairement une bonne image, alors que la mise en œuvre de l’écologie punitive sur le territoire français et européen leur doit beaucoup », commente Bertrand Alliot. Preuve que la propagande a bien travaillé, les Français semblent considérer l’écologisme non comme un système intrinsèquement pervers, une erreur anthropologique, mais comme la regrettable dérive d’une idée demeurée malgré tout positive. Or la vérité oblige à dire que l’écologisme a tout envahi, ne laissant rien d’intact dans ce qu’on appelle aujourd’hui, en France, l’écologie. Tout est à reprendre. Par chance, et c’est le grand mérite de cette étude que de le démontrer, pour la grande révolution intellectuelle dont elle a besoin, l’écologie pourra compter sur le soutien populaire. 

Source : Valeurs actuelles

dimanche 14 septembre 2025

Société « systémiquement » dépressive

Un jeune sur quatre serait dépressif : la conclusion d’une récente étude sur la santé mentale des 15-29 ans a de quoi alarmer. Fondée sur un sondage auprès de 5633 jeunes, elle complète celles de Santé publique France, qui pointait, en 2021, la proportion inquiétante de 20,8 % des 18-24 ans touchés par la dépression, contre 11,7 % en 2017. Surtout, elle corrobore les innombrables constats du monde médical sur la détérioration de la santé mentale dans l’ensemble de la population française.

Les explications ne manquent pas, des inquiétudes quant à l’avenir (catastrophisme écologique, crises internationales) aux difficultés du quotidien : fin du monde et fin du mois se conjuguent pour déprimer le moi. Pandémie et stress des confinements sont régulièrement pointés du doigt. Mais si ces causes conjoncturelles sont réelles, on est tenté de dire que la conjoncture a bon dos. Et que ces explications ont surtout pour mérite d’éviter de remettre en question le modèle de société “systémiquement” anxiogène que les élites qui nous gouvernent ont peu à peu mis en place.

Car, oui, la vie est source d’angoisses, et cela est aussi vieux que l’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden. La peur du lendemain, la crainte du chômage ou de la maladie, des guerres ou des catastrophes naturelles : quelle époque peut se vanter d’y avoir échappé ? L’existence n’a jamais été autre chose qu’un processus de conjuration de ces inquiétudes universelles. Mais les sociétés traditionnelles avaient une arme fatale pour contourner ces angoisses : elle s’appelait “stabilité”. Pour répondre aux peurs du quotidien, il n’est de meilleur refuge que des points fixes qui nous permettent de constater jour après jour que le monde n’est pas seulement le lieu de l’imprévu, du bouleversement, de la menace, de l’accident toujours possible, mais aussi et surtout un lieu familier, constant, où nos existences étonnamment fragiles résistent malgré tout aux aléas parce qu’elles sont fondées sur le roc des solidarités humaines, des communautés, des traditions, de l’histoire longue. Comme le note Roger Scruton dans Conservatisme (Albin Michel) : « Au cours d’une vie, les habitudes, les lieux, les réseaux, les institutions et les manières d’être partagées augmentent l’étendue de nos attachements et suscitent le sentiment d’être chez soi dans le monde parmi les choses et les êtres connus et dignes de confiance. Le sentiment de familiarité et de confiance nous est précieux, sa perte est une source d’angoisse et de regret. »

Or, au lieu de conforter tout ce qui nourrit ce précieux sentiment de familiarité et de confiance, nos sociétés, depuis des décennies, se sont ingéniées à le saper. Sacrifiant au bougisme et à l’idolâtrie de la nouveauté, le progressisme a minutieusement banni tout élément de stabilité de nos sociétés : on a décomposé la famille, sacrifié les identités locales à une mondialisation abstraite, promu la mobilité au détriment de l’enracinement, l’individualisme au détriment de la communauté ; un État providence anonyme s’est substitué aux solidarités concrètes; on a sacrifié l’enseignement de l’histoire et de la culture générale et, des billets de banque aux plaques d’immatriculation des voitures en passant par les noms des provinces, on a systématiquement gommé tous les symboles qui nous rappelaient que nous venons de quelque part. On a consciencieusement bâti une société liquide qui, dénonce le sociologue Zygmunt Bauman, a abouti à la création d’un « lumpenprolétariat spirituel » qui, n’ayant plus rien de concret et de stable à quoi se raccrocher, s’agrippe à des bouées illusoires qui ne font que l’enfoncer davantage dans le vide existentiel: sans surprise, les symptômes de dépression croissent à mesure du temps passé sur les réseaux sociaux.

Mais il est un critère que cette étude a oublié d’aborder: celui de la vie spirituelle. D’autres enquêtes ont montré que la prière était un moyen efficace de conjurer la dépression. Il n’y a là nulle pensée magique : quel point de repère plus stable que de croire que nous avons été aimés de toute éternité par le Dieu qui nous a créés et qu’il nous appelle à partager sa félicité éternelle ? Cette espérance-là, nos élites ont voulu l’éteindre au nom des Lumières et, ce faisant, elles ont plongé l’Occident dans l’obscurantisme de la désespérance. 

Source : Laurent Dandrieu, Valeurs actuelles



lundi 25 août 2025

Principaux enjeux pour les Canadiens (sondage mi-août 2025)

Selon un sondage Abacus, la hausse du coût de la vie continue de dominer le débat politique, 60 % des Canadiens la citant parmi leurs trois principales préoccupations. L'économie dans son ensemble arrive en deuxième position avec 36 %, suivie du logement avec 35 %. Les soins de santé occupent la quatrième place avec 33 %.

L'influence de Donald Trump en tant que sujet politique semble diminuer. Cité par 38 % des personnes interrogées dans cette vague, contre 44 % au début de l'été, Trump se classe désormais derrière le coût de la vie et à égalité avec l'économie en termes d'importance. Bien qu'il reste significatif, son influence diminue légèrement, ce qui reflète probablement à la fois la lassitude des Canadiens et un léger refroidissement de la couverture médiatique américaine.

L'immigration reste en milieu de classement, citée par 25 % des personnes interrogées (l'immigration a des répercussions sur bon nombre des autres sujets cités, tels que le logement).

« Le climat » et les sujets qui tiennent le plus à cœur aux progressistes libéraux comme les inégalités et le dossier autochtone semblent relégués au bas du tableau.

Lorsque l'on demande aux Canadiens quel parti est le mieux placé pour traiter les questions qui leur tiennent le plus à cœur, une tendance claire se dégage :

Coût de la vie : les conservateurs devancent les libéraux (39 % contre 27 %)

Économie : les conservateurs devancent les libéraux (45 % contre 34 %)

Immigration : les conservateurs dominent avec 56 % contre 15 % pour les libéraux.

Sur ces questions fondamentales liées à l'accessibilité financière et à l'économie, les conservateurs renforcent et maintiennent leur avance.

Cependant, les libéraux continuent de dominer sur d'autres fronts :

Changement climatique : les libéraux devancent les conservateurs (37 % contre 9 %).

Donald Trump et son administration : les libéraux restent le parti préféré (56 % contre 21 %), mais moins de personnes citent désormais cette question comme une priorité.

Méthodologie

Le sondage a été mené auprès de 1 915 Canadiens entre le 15 et le 19 août 2025. Un échantillon aléatoire de panélistes a été invité à répondre au sondage à partir d'un ensemble de panels partenaires basés sur la plateforme d'échange Lucid. Ces partenaires sont généralement des panels de sondage à double opt-in, combinés afin de gérer les biais potentiels dans les données provenant d'une seule source.

La marge d'erreur pour un échantillon aléatoire comparable basé sur la probabilité et de même taille est de +/- 2,2 %, 19 fois sur 20.

Les données ont été pondérées en fonction des données du recensement afin de garantir que l'échantillon corresponde à la population canadienne en termes d'âge, de sexe et de région. Les totaux peuvent ne pas atteindre 100 en raison des arrondis.

Le sondage a été financé par Abacus Data.

jeudi 31 juillet 2025

Émission de CO2 par pays

Asie en pleine industrialisation, Occident en déclin économique relatif.




Tout nouvel immigrant au Canada (ne provenant pas des États-Unis) augmente les émissions de CO2 planétaires puisqu'il en consommait nettement moins dans son pays d'origine.

dimanche 27 juillet 2025

Et soudain, l'hystérie autour du changement climatique a disparu

Seuls 4 % des Canadiens considèrent le changement climatique comme notre principal problème. Mais beaucoup d'entre eux sont des militants purs et durs prêts à bloquer des projets.

Joe Oliver, ancien ministre des Ressources naturelles et des Finances du gouvernement Harper, a été incité par l'actualité à écrire l'article ci-dessous dans le National Post. 

Au cours des derniers mois, l'inquiétude du public concernant le changement climatique a consi­dé­ra­blement diminué, remplacée par un nouvel enthousiasme pour l'exploitation des vastes réserves de pétrole et de gaz du Canada [et potentiellement du Québec, mais il refuse d'explorer...]. Le gouvernement fédéral subit désormais une pression politique croissante pour accélérer la construction de pipelines vers les côtes, qui apporteront croissance économique, emplois, sécurité énergétique et financement pour les programmes sociaux ou allégements fiscaux.

Qu'est-ce qui a provoqué ce revirement radical de l'opinion publique ? Et le gouvernement tiendra-t-il ses promesses ?

Le Premier ministre Mark Carney a longtemps défendu le catastrophisme climatique et l'engagement envers la neutralité carbone, tant dans ses différentes fonctions sur la scène internationale que dans son livre Value(s), publié en 2021. Cependant, après son entrée en politique, il s'est rallié aux énergies fossiles, et les médias traditionnels l'ont suivi dans un abandon vertigineux de leur obsession pour la menace existentielle que le réchauffement climatique ferait peser sur l'humanité. La question de savoir si la transformation de Carney relève de l'opportunisme politique conjoncturel ou d'une reconnaissance tardive de la réalité économique et scientifique est désormais déterminante pour les perspectives économiques du Canada.   

Au cours des quatre dernières décennies, le plaidoyer incessant des milieux scientifiques subventionnés, des médias et des faiseurs d'opinion a fait du réchauffement climatique, puis du changement climatique [et enfin du dérèglement] une opinion consensuelle. Tout écart par rapport à la doxa mettait en péril la réputation et la carrière des scientifiques et des universitaires, qui risquaient de perdre leur financement, voire leur emploi. Il n'est donc pas surprenant qu'en 2022, 73 % des Canadiens estimaient que nous étions confrontés à une urgence climatique. Mais aujourd'hui, selon un récent sondage Léger, seuls 4 % des Canadiens considèrent le changement climatique comme le problème numéro un auquel leur pays est confronté. [Andrew Enns, vice-président exécutif chez Léger, explique que les enjeux économiques dominent désormais les priorités citoyennes. Les relations commerciales et les tensions avec les États-Unis arrivent en tête (20 %), suivies de près par l’inflation (18 %), le logement (11 %), l’état général de l’économie (10 %), les soins de santé (9 %) et l’immigration (6 %).

Les droits de douane choquants imposés par le président Donald Trump et ses propos sur la création d'un 51e État ont détourné l'attention des Canadiens du changement climatique. Il en va de même pour les coûts exorbitants des politiques écologiques, la prise de conscience croissante que rien de ce que fait le Canada ne peut avoir un impact mesurable sur les températures mondiales, et le fait que les politiques écologiques n'ont pas été adoptées dans de nombreux pays ou sont devenues politiquement toxiques dans ceux où elles l'ont été. Malgré les billions (les milliers de milliards en français) de dollars dépensés à l'échelle mondiale pour réduire les émissions, les hydrocarbures représentent toujours plus de 80 % de l'énergie primaire mondiale. Selon McKinsey, atteindre la neutralité carbone à l'échelle mondiale d'ici 2050 coûterait aux pays occidentaux entre 275 et 550 billions (275 000 et 550 000 milliards) de dollars, un coût prohibitif. Cela rend cet objectif politiquement intenable.

Andy Kessler, chroniqueur au Wall Street Journal, a récemment fait valoir que les politiques écologiques sont en grande partie responsables de la chute du PIB européen, qui est passé d'un niveau équivalent à celui des États-Unis en 2008 à seulement deux tiers de celui-ci aujourd'hui. La flambée des prix de l'énergie a entraîné une désindustrialisation, aggravant les effets des impôts élevés et des dépenses sociales, des réglementations intrusives et d'une main-d'œuvre protégée. Le Canada a également connu une décennie perdue pour des raisons similaires : une croissance de seulement 0,5 % du PIB réel par habitant, contre 20,7 % aux États-Unis. [Un autre élément fut l'immigration massive de gens moins bien payés ou moins productifs que la moyenne, ce qui mécaniquement fait baisser le PIB par habitant.]

Enfin, peut-être le public est-il enfin devenu sceptique face aux prophéties sans fin annonçant des catastrophes imminentes : les ours polaires « en voie de disparition » ont presque triplé au cours des 50 dernières années ; des centaines d'îles du Pacifique ont vu leur superficie augmenter ; les décès dus à des conditions météorologiques extrêmes ont diminué de 99 % au cours des 100 dernières années ; neuf fois plus de personnes meurent du froid que de la chaleur ; etc. Le petit âge glaciaire a pris fin à la fin du XIXe siècle avec une hausse progressive des températures — sinon, nous serions toujours dans une période glaciaire. Pourtant, il y a seulement 14 mois, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, déclarait encore que nous n'avions que deux ans pour sauver la planète.

Les futurs psychologues, économistes et historiens examineront le phénomène de l'hystérie climatique collective du début du XXIe siècle, ce qui l'a provoqué, ce qui y a mis fin (si tant est qu'il ait pris fin) et les dégâts qu'il a causés. Une chose est presque certaine : personne n'admettra sa culpabilité pour les énormes dommages infligés au Canada et à d'autres économies. Bien que le public soit passé à autre chose, un groupe de militants climatiques purs et durs est prêt à exploiter tous les obstacles juridiques et réglementaires au développement des ressources au Canada. Le gouvernement fédéral devra utiliser tous ses pouvoirs législatifs et exécutifs pour mener à bien les nouveaux projets énergétiques qu'il dit favoriser. Ce n'est qu'alors que les Canadiens sauront si Mark Carney a vraiment changé ses convictions profondes.
 
Voir aussi 
 
Les journalistes du Washinton Post ont récemment cité une nouvelle étude sur les températures à la surface de la Terre au cours des 485 millions d’années écoulées. En 2023, la température moyenne de la Terre atteindra 14,98 °C, bien en deçà de la moyenne de 36 °C relevée par l’étude il y a environ 100 millions d’années. La tendance montre que les températures de la Terre baissent depuis 50 millions d’années... 
 

jeudi 10 juillet 2025

« Vers une gestion soviétique des propriétés privées ? »

Vers une gestion soviétique des propriétés privées ?» : l'édito de Mathieu Bock-Côté, dans Face à l'info.


Voir aussi

Selon Pia Mamut, chercheuse à l’Université Münster, la rénovation énergétique des bâtiments n’est pas la solution. Pour limiter l’impact du secteur sur l’environnement, il faut commencer par définir un nombre de mètres carrés autorisés par personne.

Votre maison est trop grande selon l’INSEE…

L'étude de l'INSEE: « Un quart des ménages vivent dans un logement en sous‑occupation très accentuée »

L'immigration de masse mène à la densification de masse et à la perte de qualité de vie

Canada — Des logements trop chers

OCDE — Le PIB réel par habitant du Canada en berne, il est plombé par l'immigration de masse

Australie — Effets de l'immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux

Pour Justin Trudeau, il ne faut pas que l'urgence de payer son logement ou son épicerie l'emporte sur la lutte contre les changements climatiques

L’écologisme tue-t-il ?  

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser (effet de l'urbanisation et de la densification des logements ?)

 

Forte densité et faible natalité

Le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

lundi 30 juin 2025

Pourquoi les Français font moins d’enfants qu’ils n’en voudraient

Alors que 70 % des moins de 35 ans déclarent vouloir devenir parents, de multiples freins les dissuadent de fonder une famille.

La France a beau être un pays qui comptera bientôt plus d’enterrements que de naissances, le désir d’enfants n’y faiblit pas. En contradiction avec les chiffres moroses de la démographie, 70% des Français de moins de 35 ans qui n’ont pas d’enfant disent souhaiter devenir parents, dans une enquête de la Fondapol, « Le défi de la natalité » (1) menée en collaboration avec la Fondazione Magna Carta pour l’Italie. Ce pourcentage continue de grimper chez les jeunes de cette tranche d’âge qui sont déjà parents. La famille avec un enfant unique ne s’est pas imposée comme modèle puisque 75% d’entre eux expriment le souhait d’avoir encore un ou plusieurs autres bébés.

Si la parentalité continue de faire rêver la jeunesse, leurs projets de famille sont cependant revus à la baisse au fil du temps. Ainsi, seulement 42% des 3549 ans sans enfant souhaitent en avoir. Et un quart des parents de ces âges espèrent en avoir d’autres.

Depuis plus de dix ans, le chiffre annuel des naissances ne cesse de dégringoler en France : 663 000 bébés ont vu le jour en 2024, soit 21,5 % de moins qu’en 2010. Contredisant l’engagement martial d’Emmanuel Macron d’un « réarmement démographique », les bulletins mensuels de l’Insee se suivent pour annoncer toujours moins de bébés. Le dernier en date relaie une baisse de près de 5 % en mai 2025 par rapport à mai 2024. Il faut dire que l’indicateur de fécondité continue de reculer. À 1,62 enfant par femme en 2024, il n’a jamais été aussi bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Dans ce contexte de crise des berceaux, cet attrait tenace pour la parentalité a de quoi surprendre.

« Le désir d’enfant est intime, complexe et dépend de nombreux facteurs. Est-ce l’envie de faire des enfants qui baisse ou la possibilité de réaliser ce projet? C’est un sujet de débat chez les démographes. Ces chiffres tendent à montrer que le désir d’enfant n’est pas en train de s’éteindre mais qu’il est plus difficile de faire des enfants aujourd’hui», note l’économiste Maxime Sbaihi, auteur de l’essai Les Balançoires vides, le piège de la dénatalité aux Éditions de l’Observatoire. L’enquête de la Fondapol rejoint les conclusions d’un récent rapport de L’ONU, publié le 10 juin, et qui a sondé les populations de quatorze pays. « La baisse mondiale de la fécondité n’est pas due au fait que les jeunes tournent le dos à la parentalité, mais aux pressions sociales et économiques qui les empêchent d’avoir les enfants qu’ils souhaitent», pointe ce dernier.

Le facteur religieux continue d’avoir une influence sur ces projets puisque les 18-35 ans sans enfants sont plus nombreux à en vouloir quand ils sont catholiques (80%) ou musulmans (78%). En parallèle, l’idée qu’il faudrait faire moins d’enfants pour sauver la planète ne séduit pas à la hauteur de son impact dans les médias. Cette assertion n’est validée que par une minorité des répondants (20 %) même si les moins de 35 ans y sont plus sensibles (31%). «C’est la marque d’un discours écomalthusien qui prend, même s’il a sans doute été surestimé médiatiquement », relève Maxime Sbaihi. Il faudra encore attendre «une dizaine d’années » pour voir si ce lien « très idéologique entre écoanxiété et fécondité» a un impact sur le nombre de naissances.

Ces dernières semaines, la haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, a alerté sur la progression des attitudes « no kids », hostiles à la présence d’enfants dans l’espace public. Au-delà de son avertissement aux hôtels, restaurants ou voyages organisés qui excluent les mineurs, cette dernière entend mener un combat en profondeur contre une idéologie jugée dangereuse. « Le mouvement “no kids” nie la place de l’enfant dans la société. Ces discours qui véhiculent l’idée qu’un enfant puisse être une nuisance risquent d’être intériorisés. Pour les contrer, il faut redire haut et fort que les enfants ont pleinement leur place partout et accompagner les familles », plaide-t-elle.

La montée en puissance d’un discours peu favorable aux tout-petits a-t-elle un impact concret sur la démographie ? 21 % de jeunes sans enfants et ne souhaitant pas en avoir évoquent leurs « convictions personnelles », sans plus de précisions sur ce choix intime, quand ils sont interrogés sur leur non-désir de faire une famille. D’autres citent plus ouvertement le manque d’envie de «devenir mères ou pères » (19% et 15%). Changeront-ils d’avis dans quelques années? L’âge moyen des mères au premier enfant n’a en tout cas pas cessé d’augmenter pour passer à 31 ans.

Dans les freins à la parentalité, la peur de ne pas être en mesure d’élever correctement un enfant et les difficultés économiques sont citées par près d’un jeune sur six. Un niveau moins élevé qu’attendu alors que la plupart des démographes font le lien entre crise économique et natalité. Dans cette tranche d’âge, le désir de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée joue aussi un rôle important. La question du logement n’est pas non plus jugée négligeable. « Avec l’explosion des prix de l’immobilier et la quasi-stagnation de leur revenu brut, les jeunes qui veulent acheter ont perdu de la surface habitable, souligne Maxime Sbaihi. Quant à la crise des modes de garde, elle est l’un des premiers freins. »

 
Si «le peuple français ne se multiplie plus, alors la France ne peut plus rien être qu’une grande lumière qui s’éteint », avait averti le général de Gaulle en 1945. Aujourd’hui, plus de la moitié des Français (59 %) se disent préoccupés par la baisse de la natalité et attendent davantage de soutien pour mener à bien leur « projet de vie ». La piste d’une réduction d’impôts pour les couples ayant un ou plusieurs enfants est plébiscitée, avec environ deux tiers d’opinions favorables (62%). Mais, parmi les mesures d’encouragement des naissances, l’ouverture de crèches arrive en tête chez les moins de 35 ans (35 %). Alors que l’Assemblée nationale a adopté début juin, en première lecture, une proposition de loi communiste pour verser les allocations familiales dès le premier enfant, 31 % des sondés citent également l’augmentation de ces prestations comme une mesure favorable à la natalité. Dans un pays confronté à la pénurie de main-d’œuvre et à la mise en péril du système de retraite, l’encouragement à l’immigration n’apparaît pas comme une solution aux Français sondés pour remédier aux manques de naissances. Seuls 29 % d’entre eux y sont favorables.

(1) L’enquête française a été réalisée en ligne entre le 15 et le 23 janvier 2025, sur un échantillon représentatif de 3 023 personnes. 




« Le soutien à la natalité exige un plan ambitieux »

Dominique Reynié est professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Il est interrogé par le Figaro.

LE FIGARO. — La crainte d’un déclin de la population française est-elle justifiée ?

DOMINIQUE REYNIÉ. — Oui. Ce déclin provoque une angoisse diffuse dans notre société. Il n’y a rien de plus triste que de voir sa nation vieillir et sembler disparaître. Moins de naissances, cela veut dire moins de femmes capables de procréer demain. C’est une spirale. Nous compterons bientôt plus de décès que de naissances. Est-ce l’extinction de notre communauté historique, culturelle, politique? Notre étude montre cependant qu’il y a des raisons d’espérer. Le désir d’enfant ne décline pas. Si les Français font moins de bébés, ce n’est pas faute d’en vouloir. Une population dont les jeunes souhaitent avoir des enfants, c’est une force. La baisse de la natalité reflète donc un désir empêché plutôt qu’un rejet de la parentalité.

— Le « réarmement démographique » promis par Emmanuel Macron n’a pas encore eu lieu. Les politiques sous-estiment-ils l’importance du défi de la natalité pour l’avenir du pays ?

— L’apparition de l’État a amené l’idée que sa puissance est fonction de sa population. Cette idée est profondément ancrée dans la culture politique française. Longtemps, on y a vu aussi un signe de prospérité. Au XVIIIe siècle circulait cet adage : «Peuple nombreux, peuple heureux.» Cette conscience politique démographique a marqué notre inconscient collectif. Hélas ! Depuis une quarantaine d’années, les politiques oublient que le premier de leurs devoirs est la reconduction du peuple dont ils ont la charge. Nos dirigeants, craignant souvent de passer pour sexistes et réactionnaires, ne portent plus de discours en faveur de la natalité. Jusqu’aux années 1980, la démographie était encore tirée par la combinaison de l’héritage religieux, catholique, et de l’État-providence. Depuis, aucune politique n’a répondu à l’affaiblissement de ces deux facteurs. Des signaux contraires ont même été envoyés avec le rabotage de la politique familiale sous François Hollande. Renouer avec une natalité dynamique suppose une politique de soutien aux naissances. Le drame est que nos dirigeants sont encore moins capables de gérer les conséquences du déclin démographique, comme le montrent l’état de notre système de retraite et celui de nos finances publiques… L’hiver démographique risque de créer une société plus chaotique, avec moins de solidarité entre les générations.

— Les Français attendent plus de mesures du gouvernement pour favoriser la natalité. Lesquelles seraient les plus efficaces ?

La première est d’assumer un discours en faveur de la natalité. Du côté des jeunes, c’est l’aménagement du temps de travail des parents qui est attendu, ce qui suppose une mobilisation globale impliquant les entreprises. De plus, les efforts doivent largement converger vers les femmes, car, de fait, la charge liée à l’éducation pèse davantage sur elles, et trop souvent au détriment de leur carrière. Il faut aussi remédier au manque criant de places en crèche. Par ailleurs, si les raisons économiques sont moins évoquées qu’on ne pouvait s’y attendre, le logement demeure un obstacle après le premier enfant. Le soutien à la natalité exige un plan ambitieux, mais la France reconduit des politiques sociales parfois improductives, souvent coûteuses, alors qu’elle investit trop peu dans les familles, qui sont pourtant la condition de la société.

— Dans l’enquête, les Français estiment que le recours à l’immigration n’est pas une solution pour contrer la baisse des naissances…

— Oui, car, en l’état actuel des choses, présenter l’immigration comme une réponse à la crise démographique revient, pour la plupart des Français, à proposer un problème comme solution. C’est d’ailleurs à l’origine de polémiques sur le « grand remplacement ». Il faut bien constater les ratés de l’intégration. Le taux d’emploi des immigrés en France est le plus bas d’Europe. De plus, comment peut-on faire des arrivants ces actifs à haute valeur ajoutée dont nous aurons de plus en plus besoin chaque année ? Aucune nation ne peut admettre que son futur réside dans l’idée simpliste et brutale d’une importation croissante de populations dont les valeurs sont souvent profondément différentes. Il est injuste, malhonnête ou absurde de voir du racisme ou de la xénophobie dans ces inquiétudes, d’autant plus qu’elles ne suscitent aucune réponse de la part des gouvernants.

— Un discours « no kids » a émergé. Est-ce le début d’un phénomène de société ?

— Le refus de faire des enfants reste une attitude marginale, mais ce discours prend beaucoup de place dans le monde médiatique. Certains revendiquent de manière sincère le souci de la planète. Mais le « no kids » recouvre aussi la préférence pour un mode de vie individualiste, souvent plus consumériste, tandis que le discours médiatique balance entre un grand silence et une vision négative - voire hostile - de la famille et des enfants. C’est ainsi qu’on en arrive à imaginer des effets néfastes de la natalité française sur le climat… C’est dire que l’on ne modère pas les craintes des jeunes qui aspirent à la parentalité. Si certaines questions sont légitimes, le bonheur d’être parent est trop rarement mis en avant. On oublie de dire à quel point les enfants sont inspirants et apportent l’essentiel au monde : la vie même.


Source : Le Figaro


mercredi 30 avril 2025

L’écologisme tue-t-il ?

L’écoanxiété semble être l’un des soubassements du geste criminel de l’adolescent de 16 ans qui, à Nantes, le 24 avril dernier, a poignardé plusieurs de ses condisciples de lycée dont l’un, une jeune fille, criblée de 57 coups de couteau, est décédée. Ce terrible fait divers doit, selon le politologue Guillaume Bernard, alerter sur le caractère mortifère de l’idéologie écologiste quand elle est instrumentalisée contre l’espèce humaine. 



Quand il est au pouvoir ou qu’il peut l’influencer, l’écologisme se révèle autoritaire et punitif. Avec les zones à faible émission dans les métropoles, il discrimine socialement et relègue spatialement les pauvres qui ne peuvent pas acheter de voitures électriques.

En préconisant l’installation d’éoliennes qui défigurent le paysage, l’écologisme apparaît de plus en plus comme une “escrologie” de “bobos” au détriment des “ploucs” de la campagne où, pourtant, une véritable écologie est pratiquée avec le recours à l’agriculture biologique et aux circuits courts de distribution.

L’écologisme tue les libertés

L’écologisme est intrinsèquement autoritaire : il porte en lui la propension à prétendre orienter les comportements non seulement individuels (comme pour la consommation alimentaire avec le véganisme), mais aussi collectifs. Il fait fi des intérêts nationaux en favorisant la mise en jachère de terres agricoles et en remettant en cause la production nucléaire d’électricité. Il justifie l’interdiction de certaines activités par le principe de précaution.

Sous prétexte d’incertitude et en raison de l’existence d’un risque — comme si elles n’étaient pas, toutes deux, permanentes et propres à toutes les activités humaines —, le principe de précaution conduit à l’abstention consentie par les uns (les gouvernés), à l’interdit prononcé par les autres (les gouvernants) et à l’intériorisation de la peur paralysante par tous. Contrairement aux apparences, ce principe est l’exact contraire de la prudence, qui suppose, malgré le doute, de trancher, qui appelle à exercer, en fonction des circonstances, un choix en pesant le pour et le contre. C’est ainsi que l’écologisme usurpe et travestit les préoccupations écologiques traditionnelles.

L’écologisme tue la civilisation

Dans une démarche philosophique classique, celles-ci rappelaient à l’homme qu’il s’inscrit dans un ordre cosmologique des choses qui le dépasse où règnent des lois qu’il ne peut violer impunément. Sa responsabilité implique une position de maître de la nature : encadrée et domestiquée, celle-ci est indissociable de la société et de sa culture. Mais l’écologisme est tout autre. S’il prend le masque souriant de la légitime lutte contre d’immoraux gaspillages et une pollution incontrôlée, son véritable visage est celui de la haine.

L’écologisme déteste la nature culturelle de l’être humain : il veut déconstruire l’homme enraciné pour le reconstruire, d’où sa défense du progressisme “sociétal”. L’écologisme ne prend pas la défense de l’ordre naturel : il a en haine la civilisation, d’où sa préconisation de la décroissance et sa promotion de l’immigrationnisme. Le cas de Noël Mamère est, à ce titre, emblématique : il s’est prononcé en faveur du port du voile islamique à l’école et il est celui qui, alors maire de Bègles, a célébré, en 2004, à l’époque en infraction à la loi, un « mariage » homosexuel.

L’écologisme tue l’humanité

Il n’est pas question de faire un procès d’intention à tous ceux qui — comme l’assez sympathique José Bové logiquement hostile tant à la PMA qu’aux OGM — affichent des préoccupations environnementales. Mais il est clair que, pour certains, l’écologie n’est que le cheval de Troie d’une idéologie masochiste et nihiliste. Sous prétexte que la technoscience (qui, effectivement, peut ne pas agir avec prudence et enfreindre les lois de l’ordre naturel) fait courir des risques à l’homme, l’écologisme en déduit que l’être humain n’est qu’un parasite de la nature. Cela le conduit à mêler malthusianisme et panthéisme.

La réduction de la population est devenue un objectif affiché, la taxe carbone devant être l’instrument fiscal rendant, pour les récalcitrants, les naissances financièrement insoutenables. Qu’importe que la nature, déifiée, puisse être hostile à l’homme quand elle est libre de toute entrave. Homo sapiens est ravalé au rang d’une espèce animale parmi les autres, toutes étant mises sur un pied d’égalité (antispécisme). La sauvegarde de la planète ainsi que des espèces animales et végétales finit par compter plus que la défense du bien-vivre de l’humanité.

Le jeune meurtrier de Nantes semble bien avoir été modelé par l’écologisme. Dans son manifeste envoyé quelques minutes avant son passage à l’acte, il en professait explicitement les principes idéologiques : « L’arbre n’est plus un esprit, c’est une matière première. L’animal n’est plus un frère, c’est une marchandise. » Et, plus loin : « Nous devons redevenir sauvages, […] retrouver la place que la Terre nous réservait avant que nous la trahissions. » Décidément, l’écologisme tue !
 

Source : Valeurs actuelles

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches, est historien des institutions et des idées politiques ; il est notamment l’auteur de “La guerre à droite aura bien lieu, le mouvement dextrogyre” (Desclée de Brouwer).