samedi 14 mars 2026

Le Devoir ravive un débat sur les noms d’écoles québécoises trop catholiques

Le réseau scolaire québécois reste-t-il « à l’école des saints » ? C’est la question provocatrice que pose Stéphane Baillargeon dans un article publié aujourd’hui par le quotidien de gauche montréalais Le Devoir. 
 
Le journaliste, militant de la laïcisation, constate un fait frappant : une école publique ou privée sur trois – soit près de 750 établissements sur 2 370 – porte encore le nom d’un saint, d’une sainte ou d’un groupe sanctifié (Sainte Famille, Saints Martyrs canadiens). Il faut y ajouter les innombrables références à Notre-Dame, à Jean Eudes ou aux multiples déclinaisons de saint Joseph (60 écoles à lui seul), de Jésus et de Marie. 

Pour Baillargeon, la déconfessionnalisation du système scolaire, pourtant achevée depuis des décennies, demeure « une très grande illusion » sur le plan de la toponymie. Cette « hagionomie » massive plonge ses racines dans l’époque où chaque école publique s’alignait sur sa paroisse d’origine. 

Elle s’étend d’ailleurs bien au-delà : plus de 500 municipalités québécoises sur 1 125 commencent par « Saint » ou « Sainte », parfois en hommage à des martyrs obscurs du IIIe siècle venus d’Égypte ou de Turquie. 

Baillargeon regrette surtout que cet héritage religieux, aussi prestigieux soit-il, occulterait ce qu'il appelle les « refondateurs de la Révolution tranquille » et « rejetons les plus admirables de son activité pédagogique ». Nous ne sommes pas aussi sûrs que lui que la pédagogie qui a suivi la prétendue « Révolution » tranquille ait été globalement bénéfique. 

Il cite des figures culturelles contemporaines. Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l’Éducation, n’a droit qu’à trois établissements ; la commission Parent (du nom d'un ecclésiastique, Mgr Parent!), qui a refondé le système scolaire, est quasi invisible. 


En France, par contraste, Jules Ferry compte 624 écoles à son nom. Mais la France laïcarde est-elle un exemple ?

L’article cite l’historienne Brigitte Caulier et l’autrice Chantal Ringuet, qui plaident pour un débat serein : faut-il réécrire un peu l’histoire pour l’adapter à l’évolution de la société ? Ringuet va plus loin : elle ne croit pas que grand monde regretterait la disparition de noms comme ceux de Pie IX (pape réactionnaire selon elle) ou Lionel Groulx (auteur nationaliste, accusé par d'aucuns d’antisémitisme et de misogynie).

La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur X (anciennement Twitter), le chercheur et auteur Étienne-A. Beauregard a immédiatement répliqué avec une mise au point ferme et nationale. « La laïcité québécoise n’a pas vocation à effacer notre passé », écrit-il, illustrant son propos d’une capture d’écran de l’article. « Notre nation a été bâtie par Brébeuf, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation, entre autres. La tentation d’éradiquer toute référence d’avant 1960 doit cesser. » 

Pour Beauregard, le patrimoine catholique n’est pas un vestige gênant, mais l’ADN même de l’identité québécoise. Les réponses à son fil montrent un consensus chez les nationalistes : on peut être laïque sans devenir amnésique. Certains ironisent sur une « laïcité à géométrie variable » qui s’attaquerait aux saints tout en épargnant d’autres symboles controversés.

Voir aussi
  
 
 
Sur les collèges classiques et l’éducation avant Paul-Gérin Lajoie et la « démocratisation » de l’enseignement par le « père de l’Éducation » du Québec :
[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O]n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.
Gary Galwell, dans l’étatisation de l’école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Critique de la réforme Parent (1963-1968)

Les jeunes, la violence et l’immigration

En écoutant la radio de Montréal, j’ai parfois l’impression d’être à Paris, Berlin ou Londres. Surtout lorsqu’il est question de la montée de la violence chez les jeunes. Cette progression, je l’ai constatée dans mon propre quartier, un arrondissement populaire de Paris. À la sortie de l’école Gambetta, dans le 20e arrondissement, les altercations ne sont pas rares. Il y a quelques mois, un groupe de jeunes s’en est pris à un des leurs à coups de pied. Si des adultes n’avaient pas été là, nul ne sait comment cela aurait tourné.

Je pourrais citer des dizaines d’événements semblables qui vont de la simple dispute aux attaques au couteau. Partout, ces incidents se ressemblent. En France, les enquêtes montrent que cette violence se manifeste tout particulièrement dans les zones qui connaissent une forte immigration.

[L'auteur de ce texte, Christian Rioux, en entrevue. Il me semble très optimiste. Il n'est pas évident avec l'implosion démographique que les ghettos d'immigrés s'intègreront vraiment aux Québécois dans 2 ou 3 générations. Il n'y a tout simplement plus assez de jeunes écoliers « pure laine ».]

Le fossé culturel

Il faudrait être aveugle pour ne pas le reconnaître. Il ne s’agit aucunement de stigmatiser quiconque et encore moins de faire le procès de l’immigration, mais de comprendre qu’elle n’est pas toujours la panacée qu’on nous décrit. En particulier pour la seconde génération d’immigrants chez qui elle est souvent une souffrance.

Mal dans leur peau, ces enfants se retrouvent le plus souvent écartelés entre la culture de leurs parents et celle du pays qui les accueille. Or, ils ne possèdent généralement les codes ni de l’une ni de l’autre. Surtout si, à cause du nombre, le pays d’accueil n’a plus les moyens d’une véritable intégration.

Malgré ce que prétendent les illusionnistes de la diversité, il ne suffit pas de traverser une frontière pour que les différences culturelles s’effacent comme par magie. En France, par exemple, les jeunes Maghrébins ont tout naturellement tendance à rivaliser de virilité et à adopter un comportement clanique. C’est l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal qui m’expliquait que même en Algérie, on supportait mal les jeunes des banlieues françaises à qui personne n’avait jamais posé de limites.



Se bander les yeux

Il n’aura échappé à personne que ces sociétés sont généralement plus autoritaires que les nôtres. À Alger ou à Tunis, on n’hésite pas à corriger un jeune dès le premier écart de conduite. Ce qui n’est évidemment pas le cas en France et au Québec où même la police hésite à agir de peur d’être qualifiée de raciste.

Ignorer le problème ne rend service à personne, et encore moins à ces jeunes, me confiait le Dr Maurice Berger. Ce pédopsychiatre français, qui connaît bien le Québec, note la progression d’une violence gratuite qui dégénère parfois en violence extrême. Dans le centre éducatif où il travaillait, 90 % des mineurs étaient maghrébins. Mais aussi, tient-il à préciser, 80 % des éducateurs. C’est sa raison d’espérer. Pour lui, un renforcement des peines ne suffira pas si on ne ramène pas l’immigration à des niveaux raisonnables.

On aura beau se bander les yeux, partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Source : Journal de Montréal 

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(Valeurs) La dénatalité au Québec : un silence politique résigné assourdissant

Hausse de la violence envers le personnel scolaire : un symptôme du bouleversement des écoles québécoises

Réaction hostile de la part des élèves immigrés à l'arrivée d'élèves « de souche »

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