lundi 3 août 2026

4 août 1701 — Signature de la Grande paix de Montréal (m à j)


Ce traité met fin à plusieurs décennies de conflits opposant les Iroquois aux Français et à leurs alliés autochtones. Les Français de Nouvelle France, alliés des Hurons entre autres, se heurtent durant tous les premiers temps de la colonie à l’hostilité des Iroquois. À la fin du XVIIe siècle, des délégations de nombreuses nations amérindiennes arrivent à Montréal à l’été 1701. Le 4 août, la Grande paix de Montréal est signée. Tous s’engagent à favoriser le dialogue au conflit, et surtout les Iroquois garantissent leur neutralité en cas de conflit entre Français et Anglais.



Trente nations, dont les Iroquois des cinq nations envoient au total 1 300 délégués pour signer la paix avec les Français à Montréal : avec la promesse de rester neutre dans d’éventuelles guerres entre Anglais et Français. Les représentants de chacune des nations apposent la marque de leur tribu au bas du traité, le plus souvent un animal. Les nations s’engagent aussi à vivre en paix entre elles. En cas de conflit, c’est le Gouverneur général de la Nouvelle-France qui servira d’intermédiaire et d’arbitre. Un grand banquet achève cette cérémonie.

À compter de la signature du traité, le commerce et les expéditions de découvertes peuvent reprendre en toute quiétude. Le sieur de Cadillac quitte Montréal pour aller fonder dans la région des Grands Lacs le poste de traite du Détroit, promis à un bel avenir, tandis que les missionnaires jésuites reprennent leurs missions spirituelles dans les « pays d’en haut ».

Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l’Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes.

À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes et dénoncée par les auteurs de l’époque comme Las Casas, les Français choisirent en Nouvelle-France de privilégier les alliances et un modus vivendi globalement respectueux des différents peuples. Certes, les conflits furent nombreux et sanglants avec les nations amérindiennes et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole ou anglaise.

De fait, de tous les colonisateurs d’Amérique, seuls les Français n’ont ni exterminé les autochtones ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d’évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d’égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d’être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l’économie ou la sécurité de la Nouvelle-France dépendait d’une bonne entente avec les autochtones, les Français n’étant tout simplement pas assez nombreux pour se passer de ces précieux alliés.

Copie du traité de paix de 1701



(Le document original du traité de paix de 1701 est conservé aux Archives nationales d’outre-mer.)
Pictogrammes des nations signataires : 
  1. Ouentsiouan représente la nation iroquoise des Onontagués et signe un échassier. 
  2. Pour les Tsonnontouan, c’est Tourengouenon qui appose la signature de la tortue. 
  3. Pour les Onneeiouts, la signature représente une fourche au milieu de laquelle se trouve une pierre. 
  4. Chez les Goyogouins (« peuple de la grande pipe »), le dessin d’une pipe va de soi ! 
  5. La marque de Kondiaronk, dit le Rat [un rat musqué], figure sur le traité de 1701. Un autre chef huron a pu apposer cette marque au nom de ce grand chef, mort deux jours avant la signature du traité. 
  6. L’ours, la signature du chef Kinongé, dit le Brochet, pour les Outaouais du Sable. 
  7. La marque des Abénaquis de l’Acadie, par le chef Mescouadoué. 
  8. L’ours, la marque des Outaouais Sinagos. 
  9. Pour les Gens du Sault, l’ours également, signature apposée par Haronhiateka. 
  10. La signature du chef des Gens de la Montagne est un chevreuil. 
  11. Le chef Kileouiskingié signe d’un poisson pour les Outaouais Kiskarons. 
  12. La fourche représente le lieu où vivent les Outaouais de la Fourche, à la confluence de trois rivières. 
  13. Représentés par Onanguicé, chef pouteouatami, les Mississagués [nation ojibwée] signent d’un oiseau-tonnerre. 
  14. Les Amikoués apposent la marque du castor. 
  15. Pour les Sauteux [Ojibwés], le chef Ouabangué appose la marque d’une grue. 
  16. Chez les Algonquins, on trouve deux signatures : un échassier ou une grue et, à côté, un être humain. 
  17. Une perche surmontée d’un scalp sert de signature pour le village des Pangichéas [Piankashaws]. 
  18. La marque de Chichicatalo, chef très respecté chez les Miamis, regroupe deux symboles, dont une grue. 
  19. La marque du chef Outilirine pourrait représenter les Cris. En langue crie, le suffixe — irin signifie « homme ». 
  20. Représentés par Onanguicé, les Koueras Koueatenons [groupe illinois] signent d’un arc et d’une flèche. 
  21. La marque du village des Peorias [nation illinoise] est une tortue à longue queue. 
  22. L’emblème des Tapouaroas [groupe illinois]. 
  23. L’emblème des Monisgouenars [nation illinoise], établi à la rivière des Moines. 
  24. Le village des Marouas [groupe illinois], signe d’une grenouille. 
  25. Pour les Pouteouatamis, la marque d’un chicot et trois racines. 
  26. Pour les Kaskaskias [nation illinoise], une plume encochée. 
  27. La marque du village des Ouiatanons [nation miamie] est une carrière. 
  28. L’esturgeon est la marque des Sakis [Sauks]. 
  29. Chez les Outagamis, ou Renards, la signature est celle du… renard. 
  30. L’oiseau-tonnerre représente le symbole clanique des Puants. 
  31. La marque des Malominis [Folles Avoines] est celle d’un oiseau-tonnerre tenant une tige de folle avoine. 
  32. Le chevalier de Callière, Brochart de Champigny, et autres. 

[Notes tirées de La Grande Paix, Chronique d’une saga diplomatique, par Alain Beaulieu et Roland paru à Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, p. 109-111.]


France — Immi­gra­tion de tra­vail : der­rière l’écran de fumée

Les dis­cours qui tendent à nous faire croire que l’immi­gra­tion de tra­vail est une néces­sité vitale sont lar­ge­ment inva­li­dés par un exa­men rigou­reux des don­nées. Texte de Nico­las Pou­vreau-Monti, est direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie (OID), paru dans Valeurs actuelles.

L’immi­gra­tion est deve­nue, plus que tout autre, un enjeu poli­tique au sujet duquel les convic­tions pré­cèdent sou­vent les faits. En par­ti­cu­lier, l’idée que les étran­gers de nais­sance feraient « le tra­vail que les Français ne veulent pas faire » figure parmi les pon­cifs fré­quents.

Pour la pre­mière fois, en ana­ly­sant les micro-don­nées du recen­se­ment de la popu­la­tion, l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a pu éta­blir une radio­gra­phie inédite de la situa­tion de l’emploi des per­sonnes nées étran­gères et ins­tal­lées en France – selon leur natio­na­lité à la nais­sance, leur niveau de diplôme, leur sexe et leur âge. Il en res­sort un ensemble de constats abso­lu­ment sai­sis­sants.

À com­men­cer par celui-ci: il existe non pas une, mais des immi­gra­tions, aux résul­tats d’inté­gra­tion sur le mar­ché du tra­vail radi­ca­le­ment diver­gents. Hors étu­diants et retrai­tés: 82 % des Por­tu­gais de nais­sance occupent un emploi. Il s’agit du seul niveau supé­rieur à celui des Français de nais­sance (80 %). D’autres natio­na­li­tés d’ori­gine s’en rap­prochent néan­moins for­te­ment – ori­gi­naires d’Europe pour la plu­part d’entre elles, mais aussi du Viet­nam ou du Liban. À l’inverse : ces niveaux d’emploi les plus éle­vés sont supé­rieurs de 30 points à ceux des Como­riens, des Haï­tiens ou des Pakis­ta­nais de nais­sance (51 %). Bien au-delà aussi des Algé­riens (54 %) ou des Maro­cains de nais­sance (57 %).

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Contre­di­sant cer­taines expli­ca­tions “ras­su­ristes”, la fai­blesse de ces taux d’emploi per­siste à âges et niveaux de diplôme équi­va­lents. Par exemple : une per­sonne née avec une natio­na­lité du Magh­reb et diplô­mée d’un Bac +5 tra­vaille, en moyenne, moins sou­vent qu’un simple bache­lier français de nais­sance…

L’un des fac­teurs iden­ti­fiables tient dans la très faible inté­gra­tion, sur le mar­ché du tra­vail, de cer­taines femmes nées étran­gères. À qua­rante ans, c’est-à-dire au pic des âges actifs: plus de 40 points séparent les taux d’emploi des Françaises de nais­sance (très proche de celui des hommes) et des Turques de nais­sance. Ce fait appa­raît déter­miné par des traits cultu­rels et anthro­po­lo­giques struc­tu­rants, qui pri­vi­lé­gient un rôle domes­tique et fami­lial des femmes.

L’ana­lyse de la situa­tion des « métiers en ten­sion » met éga­le­ment en évi­dence un pro­fond dés­équi­libre entre la région pari­sienne et le reste du pays. En Île-de-France, 66 % des employés de la res­tau­ra­tion sont nés étran­gers — contre seule­ment 21 % dans les autres régions. Le même contraste appa­raît parmi les ouvriers non qua­li­fiés du second œuvre du bâti­ment : ils sont 59 % à être nés étran­gers en Île-de-France, contre 19 % ailleurs.


Concen­trés majo­ri­tai­re­ment à Paris, les res­pon­sables poli­tiques et de nom­breuses voix média­tiques semblent consi­dé­rer que « l’immi­gra­tion de tra­vail » serait la seule solu­tion pour pal­lier les besoins en recru­te­ment de ces pro­fes­sions. Une telle vision, foca­li­sée sur l’agglo­mé­ra­tion pari­sienne, offre un miroir défor­mant d’une réa­lité beau­coup plus nuan­cée à l’échelle natio­nale. Dans la majeure par­tie du pays, contrai­re­ment aux idées reçues : ce sont très majo­ri­tai­re­ment des Français de nais­sance qui occupent ces postes.

L’argu­ment éco­no­mique pour l’immi­gra­tion de masse, dans un pays qui compte 4 mil­lions de per­sonnes au chô­mage ou dans son halo direct — et où les immi­grés sont parmi les moins “au tra­vail” de toute l’Europe — gagne­rait à être reconnu comme ce qu’il est : une illu­sion aux consé­quences lourdes, à dis­si­per rapi­de­ment. 

 
[Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ». 

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.]


« Le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français, a triplé en 20 ans. »


Larry San­ger : « Il faut arrê­ter de finan­cer Wiki­pé­dia »

L'hebdomadaire français Le Point a ren­con­tré un des deux fon­da­teurs, récem­ment banni, de l’ency­clo­pé­die en ligne. Il alerte sur ses dérives.

Le 22 juin, Wiki­pé­dia a pros­crit un de ses cofon­da­teurs. Larry San­ger
 (ci-contre) a posé, il y a vingt-cinq ans, aux côtés de l’entre­pre­neur Jimmy Wales, les pre­mières pierres de l’ency­clo­pé­die en ligne. Il lui est repro­ché d’avoir sol­li­cité ses abon­nés, hors pla­te­forme, afin de peser sur une dis­cus­sion interne : la créa­tion du Wiki­Pro­ject Intel­lec­tual Diver­sity, des­tiné à réin­tro­duire des points de vue conser­va­teurs, reli­gieux ou pro-israé­liens qu’il juge mar­gi­na­li­sés par une « mafia de gauche » ayant pris le pou­voir sur Wiki­pé­dia. San­ger dénonce une­ pro­cé­du­re ex­pé­di­tive, conduite par une poi­gnée d’admi­nis­tra­teurs ano­nymes, symp­tôme d’une gou­ver­nance opaque. La ver­sion anglo­phone compte des mil­lions d’uti­li­sa­teurs, mais seuls 833 admi­nis­tra­teurs dis­posent de droits éten­dus. Le pou­voir réel se concentre entre les mains de 62 comptes, les « bureau­crates », presque tous ano­nymes.

Larry San­ger ne pourra donc pas par­ti­ci­per à Wiki­ma­nia, la grand-messe de la Wiki­me­dia Foun­da­tion, orga­ni­sée à Paris du 21 au 25 juillet. Le malaise dépasse son cas. En mars, Samuel Le Goff, ancien pré­sident de Wiki­mé­dia France, a lui aussi quitté la com­mu­nauté, dénonçant son fonc­tion­ne­ment « toxique ». Une crise pro­fonde pour ce site pilier du Web, qui reven­dique 15 mil­liards de visites men­suelles.

Le Point — Selon vous, des contri­bu­teurs mili­tants mani­pulent le choix des sources pour orien­ter les articles. Com­ment?

Larry San­ger — Ils retiennent les sources qui confortent leur point de vue, écartent les sources neutres ou contra­dic­toires, puis invoquent un « consen­sus » qu’ils ont eux-mêmes fabri­qué. Je l’ai vu sur la page consa­crée à mon ban­nis­se­ment : un simu­lacre de vote, pro­fon­dé­ment hypo­crite. Sur Wiki­pé­dia, une mino­rité domine la majo­rité.

L’éven­tail des opi­nions est censé repo­ser sur des sources fiables. Mais leur sélec­tion est elle-même orien­tée. Si toutes penchent du même côté, l’article peut paraître neutre par rap­port à elles tout en étant très éloi­gné de la société réelle. Le jour où le public com­pren­dra que Wiki­pé­dia a aban­donné sa neu­tra­lité, cela se res­sen­tira dans son tra­fic et dans son uti­li­sa­tion par les intel­li­gences arti­fi­cielles. Beau­coup pensent encore que tout va bien, sans mesu­rer l’ampleur de la dérive.

Wiki­pé­dia a-t-elle changé?

— Beau­coup, sur­tout depuis dix ans. En 2024, le Man­hat­tan Ins­ti­tute a étu­dié le lexique employé sur Wiki­pé­dia et conclu à un dés­équi­libre entre la droite et la gauche. L’étude est sérieuse. Pour­tant, parce qu’elle émane d’un cercle de réflexion consi­déré comme liber­ta­rien, des contri­bu­teurs ont dis­cuté de l’oppor­tu­nité même de la citer sur la page consa­crée aux accu­sa­tions de biais de Wiki­pé­dia. Dans une démarche intel­lec­tuel­le­ment hon­nête, sa pré­sence devrait aller de soi.

— Wiki­pé­dia a-t-elle un impact géo­po­li­tique?

— Évi­dem­ment. Lorsque l’opi­nion publique s’informe à tra­vers des articles orien­tés, cela sert les inté­rêts de ceux qui en contrôlent le contenu. Des gou­ver­ne­ments et des ser­vices de ren­sei­gne­ments s’y affrontent. Cer­tains pays com­prennent à peine com­ment Wiki­pé­dia fonc­tionne. Les grandes puis­sances, elles, le savent par­fai­te­ment. Je ne dis pas que Wiki­pé­dia est pilo­tée par la CIA. Je dis qu’elle est deve­nue un ter­rain d’affron­te­ment et d’influence. Il est pos­sible de rému­né­rer les contri­bu­teurs les plus actifs, qui conti­nue­ront d’appa­raître comme de simples béné­voles.

— Com­ment sau­ver Wiki­pé­dia?

Il faut d’abord lever l’ano­ny­mat des per­sonnes qui détiennent un véri­table pou­voir. Il faut ensuite arrê­ter de finan­cer la Wiki­me­dia Foun­da­tion. Don­ner de son temps reste utile, mais l’argent col­lecté sert trop sou­vent à finan­cer des groupes mili­tants qui se pré­sentent comme neutres, alors qu’ils suivent un agenda pré­cis. La fon­da­tion recueille bien davan­tage d’argent qu’il n’en faut pour faire fonc­tion­ner les ser­veurs et payer les ingé­nieurs. Une baisse des dons favo­ri­se­rait une remise à plat du pro­jet. Il faut conti­nuer à contri­buer, choi­sir ses com­bats et ten­ter de rééqui­li­brer les articles de l’inté­rieur.

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