mercredi 29 juin 2022

Orwell — chien de garde fédéral (CRTC) ordonne à Radio-Canada de s'excuser pour avoir prononcé le mot « nègre »


Le 29 juin 2022, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a ordonné à Radio-Canada de se s’excuser pour avoir prononcé le titre d’un livre de Pierre Vallières (Nègres blancs d’Amérique), et lui demande ne plus recommencer.

Contexte

Le 17 août 2020, dans un segment intitulé Actualité avec Simon Jodoin : Certaines idées deviennent-elles taboues ? présenté lors de l’émission de radio Le 15-18 sur ICI Radio-Canada Première, le chroniqueur Simon Jodoin et l’animatrice Annie Desrochers ont abordé le lancement d’une pétition pour exiger le renvoi d’une professeure de l’Université Concordia qui avait cité en classe le titre du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique. Le chroniqueur partageait son avis sur l’acceptabilité de nommer le titre du livre et, plus précisément, les conséquences qui découlent de la polémique entourant sa mention, affirmant que celle-ci masque le contenu de l’œuvre et la pensée de l’auteur. Pendant la discussion, l’animatrice et le chroniqueur ont utilisé le « mot en n » à quatre reprises, soit trois fois en français et une fois en anglais, dans une chronique d’une durée totale de 6 minutes et 27 secondes.

Le 28 août 2020, un individu porte plainte auprès du Conseil et de l’ombudsman des services français de la Société Radio-Canada (SRC) concernant la diffusion du « mot en n » lors du segment de l’émission susmentionné.

Dans sa réponse à la plainte datée du 2 septembre 2020, la première chef de contenu de l’émission Le 15-18 soutient que le terme a été strictement utilisé pour citer un ouvrage et elle considère que l’usage du terme n’était ni abusif ni inconsidéré.

Insatisfait de la réponse de la SRC, le plaignant s’adresse à l’ombudsman des services français de la SRC afin que celui-ci révise le dossier. Dans sa révision datée du 26 octobre 2020, l’ombudsman admet que le « mot en n » est un terme fautif et une insulte déshumanisante et qu’il ne doit pas être employé sur les ondes pour décrire une personne noire. Toutefois, il n’estime pas que la SRC doive bannir l’utilisation du terme dans tous les contextes, mais plutôt que celui-ci soit utilisé de manière adéquate et responsable, comme dans les cas où l’exigence de clarté justifie son emploi.

Le 26 novembre 2020, le même individu a déposé une plainte officielle auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) afin que celui-ci révise les conclusions de l’ombudsman de la SRC de manière à « rendre une décision qui reflètera mieux les valeurs ainsi que les normes sociales, culturelles et intellectuelles contemporaines de la société canadienne multiculturelle et multiraciale de 2020 ».

Décision

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes estime que la SRC n’a pas mis en place toutes les mesures nécessaires pour atténuer l’impact du « mot en n » sur son auditoire, particulièrement dans le contexte social actuel et compte tenu de son statut de radiodiffuseur public national. Pour ces raisons, la diffusion du segment de l’émission n’a pas respecté la norme de programmation de haute qualité et n’a pas contribué au renforcement du tissu culturel et social ainsi qu’au reflet du caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne.

Par conséquent, le Conseil exige que la SRC fournisse des excuses écrites publiques au plaignant.

De plus, le Conseil exige que la SRC fasse rapport au Conseil, au plus tard le 27 septembre 2022, de mesures internes et de pratiques exemplaires en matière de programmation qu’elle mettra en place, y compris des lignes directrices aux animateurs, chroniqueurs et invités en ondes, afin de s’assurer de mieux traiter d’un sujet semblable à l’avenir, s’il resurgit dans l’actualité. Ce rapport devra être accessible au public.

Étant donné que le segment dont il est question dans la présente décision est toujours accessible en ligne et en rattrapage sur la plateforme Web de la SRC, le Conseil exige que la SRC lui précise la manière dont elle compte atténuer l’impact du « mot en n », et ce, au plus tard le 29 juillet 2022. Le Conseil s’attend à ce qu’à l’avenir, la SRC mette en place toutes les mesures raisonnables nécessaires pour atténuer l’impact de la diffusion de propos pouvant être offensants pour l’auditoire, y compris des mises en garde explicites.

 

Résumé de deux avis minoritaires

Opinion minoritaire de la vice-présidente, Radiodiffusion, Caroline J. Simard

La diffusion d’un titre de livre à la radio par la Société Radio-Canada (Radio-Canada) pour échanger sur un enjeu d’actualité conduit à des conséquences sérieuses et non désirées dans la décision majoritaire. Cette décision repose sur le motif voulant que l’usage du mot « nègre » (mot « n »), compris dans ce titre, a évolué dans l’espace francophone de telle sorte qu’il mérite le même traitement que celui réservé dans le reste du pays en langue anglaise. Sans preuve au dossier ni consultation auprès des Canadiens, y compris une masse critique de représentants de la communauté noire francophone qui a défendu publiquement un traitement respectueux des spécificités langagières et culturelles pour le mot « n » en français, surtout lorsqu’utilisé dans le titre d’un livre, la décision majoritaire a franchi un pas que je ne peux franchir.

La majorité a reconnu que le mot « n » n’a pas été utilisé de manière discriminatoire lors de cette diffusion. Pourtant, la décision majoritaire a fait fi, selon moi, du droit applicable et s’est rabattue sur des objectifs de politique publique afin d’accueillir la plainte déposée le 26 novembre 2020 auprès du Conseil (Plainte). Sans appui juridique, la majorité a également imposé des mesures restrictives à l’égard de Radio-Canada. En l’espèce, ni la Charte canadienne des droits et libertés (Charte canadienne) ni les dispositions applicables en matière de radiodiffusion ne protègent le droit de ne pas être offensé(e) du plaignant. À mon avis, le droit applicable militait en faveur du rejet de la Plainte. Je suis d’avis que la majorité a donc erré sur les questions juridiques centrales à l’appréciation de la Plainte.

Une consultation publique aurait pu être tenue par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (Conseil) pour engager un dialogue auprès des parties intéressées à propos de l’évolution des sensibilités en lien avec l’utilisation du mot « n » à la radio et à la télévision, des défis d’équivalence entre le mot « n » en français et le n-word en anglais et des solutions pour le futur respectant le cadre juridique applicable. D’un point de vue opérationnel, ces consultations auraient donné un éclairage sur ce que constituent des balises adéquates, par exemple, quant aux mises en garde explicites à la radio lorsque le contexte l’exige.

Opinion minoritaire de la conseillère Joanne T. Levy

À mon avis, la décision de la majorité (la décision) comporte de graves lacunes à plusieurs égards.

La décision ignore le droit primordial à la liberté de la presse inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés, protégé par la Loi sur la radiodiffusion et reconnu par la Cour suprême du Canada.

La justification de la décision majoritaire repose sur la disposition de la Loi sur la radiodiffusion qui commande une programmation de haute qualité. Il s’agit d’un test subjectif qui défie la transparence, l’équité et la prévisibilité.

L’évolution du contexte social est un motif insuffisant pour ignorer le contexte, le ton et les décisions antérieures du CRTC.

La décision aura des conséquences inattendues qui entraîneront une sorte d’omission volontaire journalistique, réduiront la discussion au silence et encourageront la censure. Solution recommandée — À mon avis, Radio-Canada et son ombudsman ont traité la plainte de façon adéquate.

Je suis d’accord avec l’opinion minoritaire de la conseillère Caroline Simard, vice-présidente, Radiodiffusion.


Histoire — Sortie d'usine à Lyon en 1895

Film n° 91 au catalogue des films de la compagnie Lumière. Louis Lumière | France, Lyon | 1895.

Heureusement que les femmes ne travaillaient pas à l’époque et que les féministes les ont libérées depuis lors.

Comparer à la mode vestimentaire actuelle.


Éric Coquerel, député de la Seine–Saint-Denis pour le groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale.

Joe Biden et ses alliés (vassaux diraient les mauvaises langues) lors du sommet du G7 en 2022

Boris Johnson s’essaie à un brin de course


Voici le cours de citoyenneté qui remplacera celui d'Éthique et culture religieuse

Le contenu du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise, qui remplacera le controversé cours Éthique et culture religieuse, prend forme. Le programme secondaire provisoire, dont Le Journal de Québec a obtenu copie, sera testé dans une vingtaine d’écoles dès la rentrée.

Au primaire, le travail est moins avancé, indique nos sources, mais une trentaine d’écoles expérimenteront aussi le nouveau cours lors de la prochaine année scolaire.

Au total, une cinquantaine d’établissements participeront à ces projets pilotes qui permettront d’apporter des modifications au besoin, explique-t-on.

Québec vise l’implantation du nouveau cours dans toutes les écoles de la province à la rentrée 2023.

Ce contenu occupera la même place dans la grille-matière que le cours Éthique et culture religieuse, qui s’était attiré plusieurs critiques au fil des ans.

Le « document de travail confidentiel », sur lequel Le Journal a pu mettre la main, est daté du 22 juin.

Plusieurs sections restent à compléter, mais les orientations du programme et plusieurs éléments de contenu sont définis.

Cette version provisoire a été soumise à la consultation dans le réseau scolaire.

« Dialogue » et « pensée critique »

Tel qu’annoncé en grande pompe l’automne dernier, ce nouveau cours vise à préparer les jeunes Québécois à l’exercice de leur citoyenneté, grâce à la pratique du dialogue et au développement de la pensée critique, peut-on lire. [Pourront-ils critiquer dans une ambiance neutre et sereine, par exemple, la théorie du genre, la transition écologique, l'activisme du mouvement LGBTQSAI+, tous inscrits au programme ? On peut en douter.]

Le contenu s’articule principalement autour de trois objectifs, qui seront aussi les mêmes au primaire : préparer à l’exercice de la citoyenneté québécoise, viser la reconnaissance de soi et de l’autre et poursuivre le bien commun.

Au secondaire, deux compétences sont à acquérir : étudier une réalité culturelle et réfléchir sur une question éthique.

Pour y arriver, une dizaine de thèmes seront abordés, de la première à la cinquième secondaire.

Forte élément d'Éducation à la sexualité moderne

L’éducation à la sexualité, qui était enseignée via des « capsules d’information » insérées dans d’autres matières, sera désormais intégrée dans ce nouveau cours tout au long du secondaire.

Le contenu sera sensiblement le même, mais ce nouveau cadre permettra davantage d’échanges et de réflexions entourant ces enjeux tout en s’assurant que le contenu ne soit pas balayé sous le tapis, comme c’est parfois le cas présentement, fait-on valoir.

L’éducation numérique sera aussi abordée, mais surtout en quatrième secondaire, où il pourra notamment être question de cyberintimidation et de cyberdépendance.

Culture religieuse

Par ailleurs, ce nouveau cours vise à présenter la culture religieuse comme étant l’une des facettes de l’identité, au même titre que plusieurs autres, plutôt que d’en faire une composante prioritaire comme c’était le cas dans le cours Éthique et culture religieuse, indique-t-on.

Les religions occupent ainsi beaucoup moins de place dans le contenu que dans le cours précédent.

Un programme qui ressemble bien « moderne » et « diversitaire »

LE PROGRAMME DU COURS CULTURE ET CITOYENNETÉ QUÉBÉCOISE

Pour chaque thème, voici quelques concepts et exemples de notions

1re secondaire (50 heures)

  • Identités et appartenances
    • Transformation identitaire (puberté, découverte de l’amour et de la sexualité, orientation sexuelle)
    • Espaces de socialisation, conformisme et contestation
  • Vie collective et espace public
    • Institutions publiques, citoyenneté, écoresponsabilité
  • Diversité sociale (ethnoculturelle, linguistique, religieuse, socioéconomique et de genre)

2e secondaire (50 heures)

  • Autonomie et interdépendance
    • Liberté de choix, solidarité sociale, consommation
    • Relations amoureuses et agir sexuel, consentement et violences
  • Démocratie et ordre social
    • Droits individuels et droits collectifs, institutions démocratiques
    • Droits et responsabilités, participation citoyenne

3e secondaire (pas de cours offert)

4e secondaire (100 heures)

  • Relations et bienveillance
    • Relations affectives et amoureuses, agir sexuel
    • Continuum de la violence, relations égalitaires
    • Communication numérique (cyberintimidation)
  • Justice et droit
    • Institutions juridiques, Charte des droits et libertés
    • Violence à caractère sexuel et conjugal
    • Encadrement juridique de la vie amoureuse et sexuelle
  • Culture et productions symboliques
    • Cultures populaires et culture de masse
    • Cultures alternatives, culture religieuse, diversité culturelle
    • Représentation de la sexualité
  • Technologies et défis d’avenir
    • Technologie et humanité (cyberdépendance)
    • Innovation technologique et intelligence artificielle
    • Transition écologique

5e secondaire (50 heures)

  • Quête de sens et visions du monde
    • Questions philosophiques existentielles (sens de la vie et de la mort), agentivité sexuelle (désir et plaisir), relations interpersonnelles et amoureuses
    • Choix relatifs à la vie adulte, religions et spiritualité
  • Groupes sociaux et rapports de pouvoir
    • Sexisme, racisme, colonialisme, inégalités socioéconomiques, exploitation, violences, pratiques égalitaires, féminisme, syndicalisme, antiracisme, mouvement LGBTQ+


lundi 27 juin 2022

Université Laval suspend un professeur biochimiste pour son désaccord avec la pensée dominante (de l'époque)

Avant de voir Québecor retirer son dernier texte de tous ses médias, le professeur Patrick Provost (ci-contre) a été suspendu par l’Université Laval pour des propos tenus en décembre 2021 sur la vaccination des enfants. Entrevue avec le principal intéressé.

« Le consensus sur la Covid-19 est politique : il n’a jamais été scientifique ! », tranche le professeur Patrick Provost, qui a appris le 13 juin dernier qu’il avait été suspendu de son institution pour huit semaines et sans salaire. Attendant un moment plus opportun, il en a fait l’annonce la fin de semaine dernière.

Les faits qui lui sont reprochés par l’Université Laval : avoir critiqué le processus de vaccination des enfants contre la Covid-19 dans une conférence qui remonte au 7 décembre 2021. Son point de vue sur le sujet en résumé : les risques associés à la vaccination des plus petits sont plus grands que les bénéfices.

Conférence critiquée

La conférence était organisée par Réinfo Covid Québec, une organisation indépendante dont la mission est d’éclairer le public sur les enjeux qui touchent la récente pandémie et sa gestion. La crédibilité de l’organisation a été remise en cause par des médias comme Radio-Canada.

Pour justifier sa décision, l’Université Laval reproche entre autres à son professeur d’avoir « démontré un biais de confirmation volontaire dans le choix des informations retenues » pour sa conférence, et d’avoir « présenté un grand nombre d’interprétations partiales ».

Une interprétation des faits que rejette en bloc Patrick Provost avec Libre Média. Il y voit le signe d’une régression de la société québécoise en matière de liberté académique et plus globalement de liberté de pensée.

« Je suis très inquiet par la direction que prend notre société », laisse-t-il tomber.

L’Université Laval refuse de commenter l’affaire.

Un chercheur de renommée internationale

Biochimiste de formation, Patrick Provost est professeur au Département de microbiologie, infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval.

Il a développé son expertise en biologie au sein du laboratoire de Bengt Samuelsson, prix Nobel 1982 en physiologie et en médecine.

Depuis vingt ans, il dirige un laboratoire de recherche sur l’ARN et le nombre de ses publications scientifiques révisées par les pairs s’élève à près d’une centaine.

Ses travaux de recherche sur le rôle de l’ARN messager dans l’expression des gènes font partie des 10 découvertes de l’année 2003 par le magazine Québec Science et des cinq découvertes de l’année 2021 par le quotidien Le Soleil.

Autant dire qu’a priori, Patrick Provost semble connaître quelque peu son sujet.

Québecor après l’Université Laval

Puis le 24 juin dernier, son article intitulé « Le véritable portrait de la Covid-19 » a été retiré par Québecor du site de TVA Nouvelles. Quelques heures auparavant, il était supprimé des sites du Journal de Québec et du Journal de Montréal.

Publié par la suite par Libre Média conformément à sa mission de protéger la liberté de presse, le texte offre un portait inédit de la gestion de crise sanitaire au Québec.

L’analyse du professeur est basée sur les données disponibles en toute transparence sur le site d’organismes officiels comme l’Institut national de la santé publique du Québec et l’Institut de la statistique du Québec. De quoi a-t-on peur, alors ?

« Québecor a retiré mon texte sans explications crédibles. La rédaction parle “d’incertitude”, mais je me suis basé sur les données du gouvernement… Est-ce que cela veut dire que les données du gouvernement sont incertaines ? », ironise le chercheur.

Lire la suite : Libre Média

Voir aussi

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (m à j, autre étude) 

Énoncé sur la protection et la valorisation de la liberté d’expression de l’Université Laval

Le projet de loi 32, Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, présenté le 6 avril 2022 par la CAQ et sanctionné le 7 juin 2022.

Histoire — 1939-1945 : Quand l'« extrême droite » résistait aux nazis et la gauche collaborait

À droite, l'anti-germanisme et la résistance

En 1944, la France se libère de quatre longues années d’occupation et les résistants sont devenus les héros d’une nouvelle page de l’histoire du pays. Au fil des décennies, la mémoire collective a schématisé l’engagement de femmes et d’hommes pris dans les tourments d’une époque ambiguë. Ainsi, la gauche est associée à la Résistance quand l’extrême droite passe pour synonyme de collaboration. « Il est plus facile de transmettre l’idée que les bons restent bons et les méchants, méchants que de transmettre la complexité des chemins et des itinéraires croisés », décrypte Pascal Ory.

Parmi ces parcours « évolutifs », cet épisode évoque celui du monarchiste Gilbert Renault qui deviendra le Colonel Rémy et celui de Pierre de Bénouville, ex-bagarreur de l’Action française, qui rejoindra le réseau Combat. Qu’avaient-ils en commun avec les autres résistants ? « La force du patriotisme », répond l’un des intervenants, juif, qui a résisté au côté d’Henri d’Astier de la Vigerie, monarchiste et antisémite notoire.

À gauche, le pacifisme et la collaboration

Après la défaite de 1940, beaucoup d'hommes de gauche, aveuglés par leur pacifisme et leur anticommunisme, se fourvoient dans la Collaboration.

Les plus modérés soutiennent la politique de Collaboration de Vichy, comme l'ancien ministre du Front Populaire, Charles Spinasse. La Révolution Nationale est d'ailleurs mise à l'oeuvre par de nombreux fonctionnaires de tendance radical-socialiste.

Mais c'est à Paris que se regroupent les collaborationnistes partisans les plus durs de l'Allemagne. Deux grands partis à la solde des allemands émergent de ce petit monde : le premier est le PPF de l'ex-communiste Jacques Doriot, le second celui du néo-socialiste Marcel Déat.

L'ancien pacifiste Jean Luchaire, patron de presse et personnage incontournable du monde de la nuit parisienne, festoie avec les officiels allemands.

À des milliers de kilomètres de la capitale, en Biélorussie, le jeune Marc Augier, ancien membre du gouvernement du Front Populaire, se bat désormais aux côtés des troupes du Führer après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941.

À la Libération, les collabos sont traqués et jugés.

dimanche 26 juin 2022

Formation à la BBC : il y aurait plus de 150 genres et le diffuseur public doit développer une image « trans »


La BBC est le diffuseur public britannique. Il s’agit du plus ancien radiodiffuseur national du monde. C’est également la plus importante société de diffusion au monde en matière de revenu brut et de téléspectateurs.

Le Daily Telegraph de Londres a obtenu du matériel fourni au personnel de la radio par Global Butterflies, un groupe transgenre que la BBC avait embauché pour des sessions de formation l’été et l’automne derniers.

Des courriels ont été envoyés aux producteurs radio et aux éditeurs de programmes, certains provenant de chefs de département, les invitant à participer à la formation.

Au cours des sessions, divulguées au Telegraph, on a montré au personnel un éventail de pronoms « non genrés » qu’ils devraient utiliser, parmi lesquels « xe, xem, xyrs », et on leur a dit : « Les gens peuvent s’identifier de plus de 150 façons, et ce nombre continue de croître ! »

On a dit au personnel qu’ils devraient inclure leurs pronoms dans les lignes de signature de leurs courriels pour faire « partie de votre image trans » en tant que « brillante démonstration inclusive et accueillante… de soutien de la part d’alliés ». Par « alliés », il faut comprendre les soutiens à la cause LGBTQ2SAI+.

« Rappelle-leur les pronoms corrects »

La société de formation, Global Butterflies, a déclaré au personnel que les pronoms « il/elle » peuvent créer « de l’inconfort, du stress et de l’anxiété » pour les personnes non conformes au genre et « il a été démontré que chez les jeunes trans, l’utilisation de pronoms et de noms corrects réduit les risques de dépression et de suicide. »

La formation sur la diversité préconisait : « Si vous entendez un collègue utiliser les pronoms incorrects pour quelqu’un, prenez-le à part et rappelez-lui les pronoms corrects. »

On a montré au personnel un diagramme avec un ensemble de badges sur lesquels se trouvaient des pronoms qu’ils pouvaient porter dans les bureaux et comment utiliser les pronoms de genre à l’antenne. On leur a également demandé d’éviter les termes transsexuel et travesti, et on leur a dit que « fixer du regard » étaient transphobes.

Un lanceur d’alertes a déclaré au Telegraph que la BBC « occultait les nouvelles » qui vont à l’encontre de l’activisme trans et a affirmé qu’il y avait une « cabale très soudée au sommet de BBC News qui approuve tacitement l’idéologie du genre ».

Le dénonciateur a exhorté le directeur général de la BBC, Tim Davie, à « se ressaisir » et à rappeler aux départements des ressources humaines et de la diversité de la société publique que « contribuables paient leurs salaires et s’attendent à ce que le personnel soit formé par des formateurs impartiaux ».

« La BBC ne comprend tout simplement pas ce qui se passe avec l’idéologie de l’identité de genre », a déclaré la source, un cadre supérieur qui a récemment quitté la société.

« Ils se sont pliés à une contagion sociale parmi les jeunes plutôt que d’être l’adulte dans la pièce. La mission d’“Informer et éduquer” inscrite dans la Charte de la BBC disparaît dès qu’elle couvre les sujets trans ».

La BBC a refusé de dire combien coûtait la formation Global Butterflies, mais elle aurait maintenant rompu ses liens avec le groupe.

Global Butterflies n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Source : The Daily Telegraph


France — Le ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, a placé ses enfants dans une école privée élitiste pour avoir une « scolarité sereine »

Le controversé ministre de l'Éducation en France, nommé récemment par Emmanuel Macron, assure d'ailleurs que ce choix du privé élitiste était celui de parents soucieux du bon développement de leurs enfants.

Pap Ndiaye, ministre de l'Education nationale de France

L’école publique, c’est comme les éoliennes : tout le monde dit aimer cela, mais pas chez soi. Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, semble être de ceux qui pourraient correspondre à cette expression. Très critiqué depuis sa nomination, notamment pour ses prises de position sur l’antiracisme, il avait notamment dû faire face à certaines remontrances quant à la scolarité de ses enfants. Peu après sa nomination, Paris Match révélait que ces derniers avaient été scolarisés dans la très prestigieuse École alsacienne, dans le 6e arrondissement de Paris. Un établissement privé sous contrat réputé pour son élitisme revendiqué.

Une incongruité pour un homme désormais censé incarner l’école républicaine, publique et laïque. Dans un entretien accordé au Parisien, samedi 25 juin, Pap Ndiaye est cependant revenu sur le sujet, en assumant sans difficulté la scolarité de ses enfants. Le quotidien francilien, qui ne confirme pas que les enfants du ministre sont toujours inscrits à l’École alsacienne, évoque un « établissement privé et élitiste ». Un qualificatif que ne renie pas le ministre de l’Éducation nationale, qui admet que ses deux enfants sont « scolarisés dans un établissement privé sous contrat ». Une école qui, précise-t-il, « remplit donc une mission de service public ».

Un passage en « REP+ »

« Il y a des moments qui, dans le développement de l’enfant, peuvent être compliqués », se justifie-t-il, évoquant « le choix de parents » dont les enfants ne bénéficiaient plus « des conditions [nécessaires] à une scolarité sereine et heureuse ». Pap Ndiaye précise que ses enfants étaient, auparavant, scolarisés « en REP+ » – l’acronyme désignant les « réseaux d’éducation prioritaire renforcée » [souvent en banlieue immigrée]. Pas sûr, cependant, qu’une telle réponse suffise à convaincre les parents d’élèves qui n’ont pas d’autre solution que l’école publique…

Source : Valeurs actuelles

Voir aussi

Le Macron nouveau : Ndiaye militant communauriste noir à l'Éducation nationale française

Bock-Côté sur Pap Ndiaye, le controversé nouveau ministre de l'Éducation en France

samedi 25 juin 2022

Grande Noirceur — Non, l'Église n'était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

Dans un reportage radio-canadien assez schématique sur la Révolution tranquille et le concile Vatican II, la chaîne d'État avait affirmé que « l'Église est de connivence avec le gouvernement et les élites pour garder la population dans l'ignorance ». Voyons ce qu'il en était en général des relations entre l'Église catholique, l'État québécois et ses élites. Quelle était vraiment l'emprise de cette Église catholique romaine ? On trouvera ci-dessous un texte de Vincent Geloso sur le sujet, une adaptation d'une section de son livre Le grand rattrapage et le déclin tranquille – Une histoire économique et sociale du Québec depuis 1900, à paraître aux Éditions Accent Grave.

LES COMPORTEMENTS SOCIAUX DES QUÉBÉCOIS ET L'EMPRISE DE L'ÉGLISE ENTRE 1945 ET 1960*

L'affirmation la plus souvent répétée pour décrire la période de la « Grande Noirceur » (1945 à 1960) consiste à souligner l'emprise de l'Église catholique dans la vie sociale et économique du Québec. Il est vrai que les catholiques francophones du Québec étaient généralement très pieux et que l'Église était une force sociale avec une influence considérable. Néanmoins, il faut se poser deux questions qui sont souvent évacuées du débat, sciemment ou non: est-ce que la religiosité des Québécois était « anormale » et est-ce que l'Église imposait des lois et sa volonté en dépit des volontés individuelles ?

Au cours des années 1940 et 1950, les États-Unis étaient une société toute aussi croyante que le Québec. En fait, la myriade de croyances différentes attisait encore les feux politiques. Il suffit de penser à John F. Kennedy qui, lors de l'élection présidentielle de 1960, dût défendre ses origines irlandaises et sa foi catholique. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède, en Norvège et en Italie, les partis politiques majeurs de la droite portaient l'étiquette de « démocrates chrétiens » et plusieurs partis de gauche défendaient la « social-démocratie chrétienne ». En 1960, la constitution de l'Irlande était explicitement religieuse et incluait de nombreuses dispositions liant l'État et l'Église catholique. En Suède, les membres du clergé luthérien étaient (et ils le sont toujours) rémunérés par l'État(1). En Grande-Bretagne, les évêques siégeaient (et siègent toujours) à la Chambre des Lords. Plusieurs postes religieux, dont le tout-puissant évêque de Cantorbéry, sont comblés par recommandation du premier ministre britannique assujetti à l'approbation du monarque. Il serait donc malhonnête de considérer le Québec comme une société « attardée » sur la base de la religiosité de ses habitants.

Quant à la seconde question, il est possible de trouver des cas où l'Église était d'accord avec les actions du gouvernement. Mais l'Église au Québec a été longtemps en concurrence avec l'État. Il est tout aussi possible de trouver des cas où des décisions furent prises en dépit de l'opposition de l'Église que de cas où elles l'ont été avec son assentiment. En fait, pendant le Grand Rattrapage de 1945-1960, l'Église était probablement à son point le plus éloignée de l'appareil étatique québécois depuis la rébellion des patriotes.

Duplessis fait poirauter Mgr Cabana...
(deux dernières minutes de la vidéo)
Au cours des années 1930 et 1940, l'Église s'était positionnée en opposition tant au capitalisme qu'au socialisme(2). Ainsi, lorsqu'elle appuyait le gouvernement contre la « menace communiste », l'Église s'opposait aussi aux mesures économiquement libérales du gouvernement. En gros, les politiciens québécois ont accepté le message de l'Église contre le socialisme mais ont ignoré sa critique du capitalisme(3). Les politiciens, tant libéraux qu'unionistes, se moquaient même souvent ouvertement de l'Église, comme la série Duplessis de Denys Arcand l'illustre lorsqu'un secrétaire de Duplessis ignore et méprise un archevêque que le premier faisait patienter délibérément depuis plusieurs heures [voir deux dernières minutes ici]. L'historien Conrad Black rapporte en long et large le mépris du premier ministre Maurice Duplessis à l'égard du clergé qui « mangeait dans sa main »(4).

C'est pour cela qu'il est difficile de trouver des cas de lois adoptées spécifiquement pour protéger le statut de l'Église. Certes l'Église était omniprésente en éducation et en santé, mais il était possible de voir l'ouverture d'hôpitaux laïques privés ou d'écoles non confessionnelles ou de confessions différentes. En somme, l'Église n'avait pas un monopole légal même si elle était virtuellement maîtresse parmi les différentes dénominations. En dépit de son influence sur les individus, elle était le résultat d'associations volontaires. Elle produisait un sentiment de communauté et de spiritualité que plusieurs individus jugeaient – somme toute – nécessaire pour la conduite de leurs vies. La pression sociale qu'elle exerçait était puissante, mais celle-ci ne devrait pas être confondue avec la coercition légale puisque rien n'empêchait quelques courageux de briser les normes et essayer de changer l'avis des autres. En effet, puisque l'Église était composée de membres volontairement consentants, il était tout à fait possible de transgresser la foi catholique, de la renier ou même de se convertir à une autre confession. La croissance économique et le changement radical des mœurs de vie qui vont survenir dans les années 1940 et 1950 vont d'ailleurs pousser des centaines de milliers de Québécois à faire de telles transgressions.

[Omise discussion sur la prospérité comme cause de la fin de l'importance de la religion et de la famille. Explication plausible, mais qui omet le poids de l'État-providence qui remplace famille et religion en mutualisant fortement les risques et qui, pour nous, accroît l'irresponsabilité individuelle.]

Les transgressions bien avant 1960

Si nous voulons mesurer l'influence de l'Église, il faut alors se poser la question à savoir si les individus « brisaient » et « transgressaient » les diktats de celle-ci alors qu'elle n'avait aucun moyen de recourir à l'État pour assurer son statut prédominant.

Après la guerre, on trouve déjà des traces importantes de transgressions chez les Québécois. Avec les vagues de mariage de l'avant-guerre pour éviter la conscription, on aurait pu s'attendre à une augmentation temporaire du taux de divorce après la guerre. Toutefois, le niveau de divorce reste stable jusqu'en 1960 à des niveaux alors inégalés dans l'histoire du Québec.

 
Source:
 Sans auteur, Bilan du siècle: Taux des divorces, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012).


En même temps que les divorces augmentent, les mariages diminuent relativement à la population.  [...] En ce qui a trait au nombre d'enfants par famille, on remarque une baisse considérable de la fécondité en dépit des encouragements de l'Église et du baby-boom relativement à l'Ontario.


Source: Sans auteur, Nombre total de mariages au Québec, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); 

Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.





Source (naissances): Robert Bourbeau, Base de Données sur la longévité canadienne, 2012. En ligne (page consultée le 19 juin 2012); 
Source (population):
 Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.



Selon l'historienne Danielle Gauvreau, en étudiant la fécondité des femmes, on peut voir si les couples avaient décidé de cesser d'écouter l'Église et de fonder plutôt leur famille selon leurs désirs individuels. À la lumière des statistiques, Gauvreau conclut – comme je le fais ici – que l'image du déclin de la fécondité qu'on associe à la Révolution tranquille précède celle-ci(10). En fait, elle affirme que cette croyance populaire « est inexacte en ce qu'elle occulte une portion non négligeable du déclin survenu avant les années 1960 et sans l'aide d'un moyen de contraception moderne comme la pilule ». Elle ajoute qu'elle est « en mesure de conclure que certains éléments de cette évolution constituent une réelle transgression de la morale chrétienne  »(11). [On notera, au passage, une confusion fréquente au Québec entre chrétienne et catholique.]

Encouragés par la croissance économique, ces comportements individuels démontrent le début d'une transgression chez les individus les plus susceptibles d'ignorer les commandements de l'Église. En fait, c'est à Montréal – la ville de loin la plus riche au Québec – qu'on remarque qu'à partir de 1948, entre 30 et 50 % des catholiques de l'île cessèrent d'aller à l'Église pour célébrer la messe(12). Dans le diocèse de Saint-Jean, 38 % des catholiques cessèrent d'aller à la messe dominicale au cours des années 1950(13). Une étude conduite en novembre 1958 dans trois villes de tailles différentes démontre que 32 % des habitants n'étaient pas à la messe le dimanche(14). Notons que ces proportions signifient que les Québécois célébraient la messe dans une proportion égale ou inférieure aux catholiques américains(15).

Même les congrégations religieuses semblent incapables de recruter adéquatement relativement à la population croissante du Québec. Entre 1941 et 1961, pour la première fois depuis 1901, les communautés religieuses voient leurs effectifs diminuer relativement à la population du Québec. Même le nombre de membres du clergé relativement à la population a diminué. Ceci est corroboré dans la littérature qui discute des pressions causées au sein de l'Église par le manque d'effectifs(16). En fait, c'est justement cette perte d'influence qui effrite le pouvoir de l'Église dans les écoles puisque le manque de personnel force les administrateurs religieux à embaucher une proportion grandissante de professeurs et enseignants laïcs(17)




Source: Sans auteur, Communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses masculines de 1901 à 1969, Université de Sherbrooke, 2012.
En ligne (page consultée le 14 mars 2012) et Sans auteur, communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses féminines de 1901 à 1969 , Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); et Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026.: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


 

Source (clergé): Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20e siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164; Jean Hamelin et Nicole Gagnon, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III:
Le XXe siècle, 1898 à 1940, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 123.
Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


Prenons ici la peine de se demander ce qu'aurait eu l'air le Québec aujourd'hui si ces tendances avaient continué librement (sans la Révolution tranquille). Est-ce que les Québécois auraient été tout aussi croyants qu'en 1960 ? Auraient-ils été moins croyants que maintenant ? Davantage?  Le déclin de l'emprise de l'Église sur la vie sociale du Québec aurait probablement pu se poursuivre sans le coup de grâce de la nationalisation des institutions religieuses en santé et en éducation. Par ailleurs, la sécularisation de secteurs comme l'éducation afin d'en moderniser le curriculum ne nécessitait pas du tout la nationalisation par l'État. Les États-Unis, une société où il y a beaucoup plus d'observance religieuse qu'au Québec, ont vécu une modernisation de l'éducation en grande partie dirigée par le choix des parents(18).

Le cas des États-Unis est très révélateur puisque la taille du clergé relativement à la population a chuté à partir de 1900 jusqu'à 1970 pour ensuite connaître un regain(19). Toutefois, la participation hebdomadaire aux activités religieuses au sein de toutes les confessions en 1995 était sensiblement inférieure à celle observée en 1960(20). En fait, elle a décliné entre 1960 et 1970 et s'est stabilisée aux environs de 40% par la suite. Chez les catholiques américains, la tendance est différente puisqu'elle a chuté de manière continue entre 1960 et 1997. Alors que la participation hebdomadaire dépassait les 70% chez les catholiques (un niveau similaire à celui du Québec) à l'aube des années 1960, elle se situait plutôt sensiblement en dessous du seuil des 50% à l'aube des années 2000(21)

[...]

Il y a une conclusion importante pour le Québec à tirer de tout cela: les réformes effectuées par l'État ne sont pas la cause du déclin des institutions religieuses, elles en sont plutôt le résultat. La véritable révolution tranquille s'est en fait produite au cours de la période de 1945 à 1960 et ce n'était pas qu'une révolution mais plutôt des millions de petites révolutions tranquilles qui se produisaient sur le plan individuel. Ce qui a suivi était tout simplement les fruits de ces révolutions.

Source Le Québécois libre 


1. Laurence Iannaccone, Roger Finke et Rodney Stark, « Deregulating Religion: The Economics of Church and State », Economic Inquiry, Vol. 35, 1997, p. 350-364.
2. Benoît Tessier, De quelle Grande Noirceur parlez-vous: Le Québec à l'époque de Duplessis, thèse de maîtrise, Département de science politique, Université d'Ottawa, 2000.
3. James Iain Gow, Histoire de l'administration publique québécoise, 1867-1970. Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1983, p. 297.
4. Conrad Black, Duplessis, Toronto, McClellan and Stewart, 1976, p. 665.
5. Robert Barro et Rachel McCleary, « Religion and Economic Growth across Countries », American Sociological Review, Vol. 68, No. 5, 2003, p. 760-781.
6. Gilles Paquet, « Duplessis et la croissance économique: une analyse exploratoire », dans Alain Gagnon et Michel Sarra-Bournet (eds), Duplessis: entre la Grande Noirceur et la société libérale, Montréal, Éditions Québec-Amérique, 1997, p. 212-213.
7. David Beito, From Mutual Aid to the Welfare State: Fraternal Socities and Social Services, 1890-1967, Chapel Hill, NC, North Carolina University Press, 2000.
8. Mark Pennington et John Meadowcroft, Rescuing Social Capital from Social Democracy, Londres, Institute of Economic Affairs, 2007, p. 52 (Mutual ownership and building societies)
9. Steven Horwitz, « The Function of the Family in the Great Society », Cambridge Journal of Economics, Vol. 29, No. 2, 2005, p. 669-684; Steven Horwitz, Markets, Maslow, and the Evolution of the Modern Family, document de travail, Saint-Lawrence NY, Department of Economics, Saint-Lawrence University, 2007.
10. Danielle Gauvreau et Diane Gervais, « Women, Priests and Physicians: Family Limitation in Quebec, 1940-1970 », Journal of Interdisciplinary History, Vol. 34, No. 2, 2003, pp. 293-314.
11. Danielle Gauvreau, « La transition de la fécondité au Québec: un exemple de transgression de la morale catholique », Études d'Histoire Religieuse, Vol. 70, 2004, pp. 23.
12. Martine Poulain, « L'art à l'époque de la ''grande noirceur'': le Refus global », Histoire Québec, Vol. 5, No. 3, 2000, p. 15.
13. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 213.
14. Fernand Dumont et Gérald Fortin, « Un sondage de pratiques religieuses en milieu urbain », Recherches Sociographiques, Vol. 1, No. 4, 1960, p. 501-502.
15. Laurence Iannaccone, « Introduction to the Economics of Religion », Journal of Economic Literature, Vol. 36, septembre 1998, p. 1470.
16. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164.
17. Ibid, p. 164.
18. Susan Adler, « Education In America », The Freeman, 1993 (en ligne).
19. Ibid, p. 1469.
20. Ibid, p. 1470.
21. Ibid, p. 1470.






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Rediff — Affaire Gosnell : l'absence des médias autour d'un avortoir sanguinolent

Quand ça saigne, ça baigne.

Il y a un dicton que les médias apprécient: si le sang coule, le sujet sera porteur; plus les images seront spectaculaires, plus grandes seront les chances de faire la une.

Or l'affaire Gosnell baigne dans le sang et l'horreur... Et pourtant, non seulement les gros médias francophones n'en ont pas du tout parlé, mais même les médias anglophones couvrent très peu ce scandale.

Voici les bancs réservés à la presse ce jeudi dans la salle (304) où se tenait le procès Gosnell à Philadelphie en 2013 :



Photo de JD Mullane, chroniqueur pour le Bucks County Courier Times.

Étonnement de ce désintérêt dans la blogosphère américaine.


Documentaire en anglais sur l'affaire Gosnell :

Où l'on apprend que les salons de coiffure ou de manucure seraient plus surveillés que la « clinique de santé féminine » du Dr Gosnell. Au fil des ans, plusieurs plaintes avaient été déposées contre l'avortoir (morts suspectes, utérus perforé, etc.), ni l'État de Pennsylvanie ni la Ville n'ont enquêté... Voir le rapport du Grand Jury (chercher le mot « inaction »). Le pot aux roses  fut découvert à la suite d'une perquisition pour vente illégale de drogues de synthèse (Oxycodone). 

Autre mort suite à avortement tardif passée sous silence

Jennifer Morbelli,
victime des suites
d'un avortement tardif
On apprend par ailleurs que, plus tôt cette année, une enseignante de maternelle de 29 ans est morte quand l'avortement de son enfant à naître « a mal tourné ». La femme aurait été enceinte de 33 semaines. Et le médecin qui a pratiqué cet avortement, soit deux mois après la limite légale de 24 semaines, était le célèbre, très célèbre aux États-Unis, docteur Leroy Carhart. Dr Carhart est ce bonhomme qui s'est bravement battu contre les interdictions du Nebraska et du gouvernement fédéral contre « les prétendus » « avortements par naissance partielle ». Les guillemets-épouvantail sont obligatoires. Carhart a ouvert une succursale dans le Maryland il y a quelques années afin de partager sa spécialité — tuer des bébés bien après le moment où ils pourraient vivre séparés de leur mère — avec une population plus diverse, plus nombreuse que dans son Mid-Ouest natal.

Personne dans les médias traditionnels n'a pleuré la mort de cette femme, mais une chroniqueuse du Washington Post n'a pas craint de dénoncer l'indicible intrusion dans la vie privée dont a été victime la défunte quand des militants pro-vie ont exprimé leurs inquiétudes après son décès : « Les manifestants exploitent la mort de cette femme et font comprendre aux autres femmes que leur vie privée n'est jamais vraiment protégée quand elles considèrent une IVG. » Surtout la vie privée des femmes décédées des suites d'un avortement tardif bâclé...?

On comprend mieux le silence de la classe médiatique dans le cas de l'avortoir Gosnell : il faut respecter la vie privée des mères et des enfants morts ?

#gosnell en tête de Twitter

Entre-temps, sur les médias sociaux #gosnell est le premier mot-croisillon de Twitter ce soir au Canada et aux États-Unis et l'image de Kermit Gosnell est la plus populaire parmi les gazouilleurs.











« Nous ne savons plus ce qui devrait être à la une »

Face à cet intérêt, la chroniqueuse d'USA Today, Kirsten Powers, titre « Nous avons oublié ce qui devrait faire la une ».

Un des employés de la clinique a déclaré au procès : « Il pleuvait des fœtus. Il y avait des fœtus et du sang partout. C'était à proprement parler des décapitations. On séparait le cerveau du corps » pour décrire ensuite l’insalubrité des lieux et les avortements bâclés. Il aurait été témoin d'une centaine de bébés  nés vivants et que l'on aurait tué en sectionnant la moelle épinière dans la nuque. » Que titre l'agence de presse AP dans une dépêche décrivant ce témoignage ? « Employé décrit chaos dans une clinique IVG en Pennsylvanie »... Comme le souligne Kirsten Powers, le chaos n'est pas l'élément principal, c'est plutôt le fait tuer des enfants nés.

Une recherche dans Lexis-Nexis révèle qu'aucun des trois grands réseaux de télévision américains n'a mentionné le procès Gosnell au cours des trois derniers mois. Il n'y a qu'une exception lorsque la chroniqueuse Peggy Noonan du Wall Street Journal a détourné pendant quelques instants l'émission de Meet the Press qui devait être consacrée à l'indignation soulevée par une loi anti-avortement dans quelque État républicain rétrograde.

Le Washington Post n'a pas publié aucun reportage de ses journalistes sur le sujet pendant le procès et le New York Times n'a jugé bon que de produire un article original sur le sujet à la page A-17 le premier jour du procès. Ils ont gardé le silence depuis, malgré des témoignages dignes des manchettes.

Pour la chroniqueuse d'USA Today, « Nul besoin d'être contre l'avortement pour trouver l'avortement par naissance partielle odieux ou pour trouver le procès Gosnell éminemment digne d'intérêt. Il ne s'agit pas  d'être « pro-choix » ou « pro-vie ». Il s'agit de droits fondamentaux. Le silence assourdissant de trop de médias, naguère une force pour la justice en Amérique, est une honte. »




Ci-dessous, augmentation fulgurante à partir du 10 avril des mentions à Gosnell sur Twitter :


Voir aussi

Silence médiatique embarrassé autour d'un avortoir...

Robert Ménard sur l'instinct grégaire bien-pensant des journalistes


Le mépris du français parlé au Québec par les allophones et anglophones du Québec

Il n'est pas impossible que l'accent québécois ne soit qu'un prétexte et que c'est tout simplement le français qui est méprisé par les nombreux allophones assimilés à l'anglais (Italiens, Grecs, Juifs, Pakistanais, Allemands, Ukrainiens, et même d'anciens francophones) et les quelques anglophones historiques du Québec.

Sondage — Les Québécois francophones se sentent de plus en plus méprisés

Plus de Québécois trouvent que les Canadiens anglais les regardent de haut qu'à tout moment depuis 21 ans, en partie à cause des réactions aux lois 21 et 96

Source



France — Le Grand oral du bac, l'examen inégalitaire

« Beaucoup de professeurs affirment que leurs élèves maitrisent extrêmement mal le français. La priorité évidente est d'augmenter la maîtrise du français, du vocabulaire, de la grammaire... avant de vouloir juger des capacités oratoires. » Chronique de Face à l'info sur le baccalauréat.


vendredi 24 juin 2022

jeudi 23 juin 2022

Qu'est-ce que le wokisme ? Décryptage d'un phénomène mondial

Mathieu Bock-Côté, 17 juin 2022, à Bruxelles (le lieu de conférence a dû être déplacé à la dernière minute à la « suite de pressions exercées par des personnes opposées au pluralisme démocratique.»


« Ils ont une haine de la langue, de l’effort de réflexion » : Sylvie Germain répond aux lycéens qui la harcèlent

Un texte de Sylvie Germain, tiré de son ouvrage Jours de colère (Gallimard), a été proposé aux candidats du bac de français 2022. Sur les réseaux sociaux, les élèves se sont déchaînés sur l’extrait qu’ils ont jugé trop difficile à analyser et ont insulté l’auteur.

Sylvie Germain a récolté un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux. Son tort ? Avoir eu le malheur de voir un extrait de son roman Jours de colère — prix Femina en 1989 — proposé au commentaire du bac de français il y a quelques jours.

Le texte d’une vingtaine de lignes donnait la description de neuf frères, sorte d’hommes des bois, élevés dans les forêts du Morvan, « dans un passé indéterminé ». L’atmosphère sylvicole de l’extrait, l’opacité de certaines images et le champ lexical de la nature en ont, semble-t-il, déstabilisé plus d’un. Les « élèves neuneu » en question n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’exprimer leur frustration sur Instagram dans un vocabulaire douteux et l’orthographe qui va avec. « Tu prend le commentaire tu ressors de la salle avec une formation de garde forestier », « On peut connaître le nom des 9 fils svp ? » « Ça m’avait pas manquer le livre de la jungle ». Sans compter les injures et les fulgurances des plus malins, autrement plus inspirés dans l’invective que face à leur copie.

Des professeurs en colère

De nombreux internautes ont pris la défense de l’écrivain, dénonçant sur Tweeter la violence gratuite de cette minorité bruyante tout en pointant du doigt le faible niveau scolaire des candidats concernés. « Bonjour l’intelligence des jeunes qui passent le bac de français et qui en veulent à #sylviegermain parce qu’elle possède plus de trois mots de vocabulaire… », se désole un étudiant. Des professeurs expriment leur inquiétude sur le réseau social. « Les lycéens qui se déchaînent sur #sylviegermain sont-ils vraiment les adultes et les électeurs de demain ? » « Je suis effarée de voir la réaction des élèves… Ils font preuve d’une violence inadmissible à l’encontre de cette autrice (qui en outre n’est en aucun cas responsable de leur inculture). Il serait plus prudent de ne plus choisir d’auteur vivant pour l’EAF. »

Le Figaro s’est entretenu avec Sylvie Germain au sujet de cette polémique.

LE FIGARO. — Qu’avez-vous ressenti en apprenant que votre texte avait été choisi au bac de français ?

Sylvie GERMAIN. — Je n’avais pas été prévenue, pour préserver la confidentialité de l’épreuve. Lorsqu’on accepte d’être publié et que notre texte devient public, on doit s’attendre à des surprises, bonnes ou mauvaises. J’ai été étonnée, et touchée par le choix d’un de mes livres, et aussi légèrement perplexe devant cet extrait peut-être peu évident hors contexte. Et puis, dès le lendemain, la polémique est arrivée, des lycéens mécontents ont déversé leur colère.

— Comprenez-vous ce déferlement de haine sur les réseaux sociaux ?

— Je ne suis qu’un prétexte, je ne me sens pas concernée personnellement. Je suis plutôt inquiète du symptôme que cela révèle. C’est grave que des élèves qui arrivent vers la fin de leur scolarité puissent montrer autant d’immaturité, et de haine de la langue, de l’effort de réflexion autant que d’imagination, et également si peu de curiosité, d’ouverture d’esprit. Le passage à analyser n’était pas délirant, le vocabulaire était accessible, mais certains se contentent d’un vocabulaire si réduit, riche seulement en insultes et en invectives, que tout écrit un peu élaboré leur est un défi, un outrage.

 Les plus « vénères » se sont donc défoulés (propos grossiers, goguenards, agrémentés parfois d’intimidations…, et montages photos et vidéos visant à me ridiculiser). Je n’éprouve même pas de colère, seulement de la désolation devant tant d’aveuglement et d’absence de remise en cause (s’ils ratent leur épreuve de français ce sera à cause de mon texte « de m... qui va niqué leur bac » [sic], pas du tout à cause de leur manque de travail et de réflexion), devant aussi leur rejet hargneux de la culture qui leur est dispensée au lycée. Ils veulent des diplômes sans aucun effort, se clament victimes pour un oui pour un non et désignent comme persécuteurs ceux-là mêmes qu’ils injurient et menacent. Quels adultes vont-ils devenir ?... J’espère que cette flambée de rage, où comme toujours le mimétisme et le goût de la surenchère électrisent la meute, va retomber aussi vite qu’elle a éclaté. Tout cela est aussi absurde qu’affligeant.

— Quels conseils auriez-vous pu donner aux élèves pour analyser votre texte ?

— Je n’ai pas de conseils à donner pour étudier ce texte, je n’écris pas pour proposer des analyses, juste des histoires susceptibles de faire rêver, imaginer, penser. Je ne peux que souhaiter aux élèves d’apprendre à lire, à s’efforcer de penser par eux-mêmes, et à aimer les mots, et aussi à en peser le poids, la justesse et les possibles conséquences quand ils les utilisent.


Découvrez l’extrait à commenter à l’écrit du bac de français 2022 :

Sylvie Germain (née en 1954), Jours de colère, Chants, « Les frères », 1989

Situé dans un passé indéterminé, le roman de Sylvie Germain Jours de colère prend place dans les forêts du Morvan. Le texte suivant est extrait d’un chapitre intitulé « Les frères ». Il présente les neuf fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.

« Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. À leur puissance, leur solitude, leur dureté. Dureté puisée dans celle de leur sol commun, ce socle de granit d’un rose tendre vieux de millions de siècles, bruissant de sources, troué d’étangs, partout saillant d’entre les herbes, les fougères et les ronces. Un même chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confronté au silence, à la roche. Un chant sans mélodie. Un chant brutal, heurté comme les saisons, — des étés écrasants de chaleur, de longs hivers pétrifiés sous la neige. Un chant fait de cris, de clameurs, de résonances et de stridences. Un chant qui scandait autant leurs joies que leurs colères.

Car tout en eux prenait des accents de colère, même l’amour. Ils avaient été élevés davantage parmi les arbres que parmi les hommes, ils s’étaient nourris depuis l’enfance des fruits, des végétaux et des baies sauvages qui poussent dans les sous-bois et de la chair des bêtes qui gîtent dans les forêts ; ils connaissaient tous les chemins que dessinent au ciel les étoiles et tous les sentiers qui sinuent entre les arbres, les ronciers et les taillis et dans l’ombre desquels se glissent les renards, les chats sauvages et les chevreuils, et les venelles que frayent les sangliers. Des venelles tracées à ras de terre entre les herbes et les épines en parallèle à la Voie lactée, comme en miroir. Comme en écho aussi à la route qui conduisait les pèlerins de Vézelay vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils connaissaient tous les passages séculaires creusés par les bêtes, les hommes et les étoiles.

La maison où ils étaient nés s’était montrée très vite bien trop étroite pour pouvoir les abriter tous, et trop pauvre surtout pour pouvoir les nourrir. Ils étaient les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse ».


mercredi 22 juin 2022

Migrations — On saurait enfin d'où venait la peste noire

Pierre tombale
 
La pandémie de peste noire, qui décima entre 30 et 50 % de la population européenne au Moyen-Age, serait née en Asie centrale, dans l’actuel Kirghizistan, selon une étude mettant fin, selon l’AFP, à près de sept siècles de questionnements. 

Siège de Caffa en Crimée par les Mongols

En 1346, les Mongols de la Horde d’or assiégèrent Caffa, comptoir et port génois des bords de la mer Noire, en Crimée. Caffa s’appelle aujourd’hui Théodosie (ou encore en russe Feodossia Феодосия). L’épidémie, ramenée d’Asie centrale par les Mongols, toucha bientôt les assiégés, car les Mongols catapultaient les cadavres des leurs par-dessus les murs pour infecter les habitants de la ville. Cependant, pour le médiéviste français Boris Bove, il serait plus plausible d’imaginer que la contamination des Génois fut le fait des rats passant des rangs mongols jusque dans la ville, ou selon une théorie récente, plutôt des gerbilles.

Le siège fut levé, faute de combattants valides en nombre suffisant : Génois et Mongols signèrent une trêve. Les bateaux génois, pouvant désormais quitter Caffa, disséminèrent la peste dans tous les ports où ils faisaient halte : Constantinople est la première ville touchée en 1347, puis la maladie atteignit Messine fin septembre 1347, Gênes et Marseille en novembre de la même année. Pise est atteinte le premier janvier 1348, puis c’est le tour de Spalato (aujourd’hui Split en Dalmatie), la peste gagnant les ports voisins de Sebenico et de Raguse, d’où elle passe à Venise le 25 janvier 1348. En un an, la peste se répandit sur tout le pourtour méditerranéen.

Avancée génétique

C’est grâce à de l’ADN humain ancien, extrait d’un site funéraire du XIVe siècle dans le nord du Kirghizistan, que les chercheurs ont pu remonter à la source. Leurs découvertes, publiées mercredi dans la revue Nature, tranchent un très vieux débat d’historiens.

L’épidémie de peste noire atteignit l’Europe en 1346 par le bassin méditerranéen, par des navires transportant des marchandises depuis la Mer noire. En seulement huit ans, la « mort noire » tua jusqu’à 50 % de la population d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Elle marqua le début de longues vagues de l’épidémie qui allait resurgir par intermittence durant 500 ans.

Où est-elle née ? L’une des pistes les plus communément avancées était celle de la Chine, mais aucune preuve robuste n’a pu à ce jour étayer cette théorie.

Pierre tombale  
« J’ai toujours été fasciné par la peste noire, et l’un de mes rêves était de résoudre le mystère de ses origines », a raconté l’historien spécialiste des catastrophes Phil Slavin, l’un des auteurs de l’étude, lors d’une conférence de presse. 

« Mort de pestilence »

Ce professeur à l’Université de Stirling en Écosse connaissait l’existence de deux sites funéraires médiévaux près de lac d’Issyk Köl (ou Yssyk Koul) au Kirghizistan, qui avaient été fouillés à la fin du XIXe siècle.

Sur plus de 400 pierres tombales de cimetières nestoriens (chrétiens d’Orient, déclarés hérétiques), une centaine étaient précisément datées : 1338-1339. Avec une épitaphe mentionnant une elliptique « mort de pestilence », en ancien syriaque. Autant d’indices d’une surmortalité anormale au sein d’une communauté, sept ou huit ans avant que la peste noire ne frappe l’Europe.

Pour trouver la cause des décès, les chercheurs ont fouillé dans l’ADN dentaire de sept squelettes. « La pulpe dentaire est une source précieuse, car c’est une zone très vascularisée qui donne une forte chance de détecter des pathogènes dans le sang », a expliqué à l’AFP Maria Spyrou, de l’Université de Tübingen en Allemagne, elle aussi auteure de l’étude. 

L’ADN a pu être séquencé — un travail délicat tant il était fragmenté — puis comparé à une base de données contenant le génome de milliers de bactéries.

Verdict : les corps avaient été infectés par la bactérie Yersinia pestis, le bacille responsable de la peste noire, transmise à l’homme par les puces des rongeurs. Cette communauté avait donc bien été victime du même fléau que celui qui a frappé l’Europe quelques années plus tard.

Les analyses du génome de Yersinia pestis ont aussi révélé qu’il s’agissait d’une souche ancestrale de la bactérie. Celle qui se trouve à la base de « l’arbre génétique » de la peste. 

Diffusion de la peste noire

Les scientifiques associent justement l’apparition de la peste noire en Europe à un « Big Bang » génétique au cours duquel les bactéries souches se sont massivement diversifiées.

Au cœur des routes de la Soie

Les souches découvertes au Kirghizistan se trouvent pile « au nœud de cette diversification massive », survenue vers les années 1330. Confirmant que cette région du monde, les Monts Tian (T’ien ou encore Tian Chan), a bien été le point de départ de l’expansion, selon Maria Spyrou. 

De plus, chez les rongeurs vivant aujourd’hui dans les monts Tian, les chercheurs ont identifié une souche de la bactérie très proche de celle des victimes humaines de 1338-1339, « la plus proche qu’on ait trouvée dans le monde », a complété Johannes Krause, de l’Institut Max Planck, coauteur de l’étude. 

Il s’agissait de communautés chrétiennes, ethniquement diversifiées (Mongols, Ouïghours…), qui pratiquaient le commerce au long cours selon les objets funéraires retrouvés : perles du Pacifique, coraux de Méditerranée, vêtements de soies.... « Vivant au cœur des routes de la soie, ils ont dû beaucoup voyager, ce qui a joué un rôle dans l’expansion de l’épidémie via la Mer noire », avance Phil Slavin.

La peste n’a jamais été éradiquée de la surface de la Terre : chaque année, des milliers de personnes continuent d’être infectées, notamment en Asie centrale. Dans les montagnes du Tian Chan, ce sont les marmottes qui constituent le principal réservoir animal de la maladie.

Une pandémie meurtrière comme celle du Moyen-Age ne serait heureusement pas à craindre : non pas que la bactérie soit moins virulente, mais parce que les conditions d’hygiène et le recours aux antibiotiques n’ont rien à voir avec le passé.