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mardi 7 juillet 2026

Partout en Asie, les gouvernements obligent les enfants à prendre soin de leurs parents

En mars, les législateurs de Tel­an­gana, un État du sud de l’Inde, ont adopté un projet de loi prévoyant que jusqu’à 15 % du salaire d’un enfant adulte puisse être versé sur le compte bancaire de ses parents s’il s’avère qu’il les néglige. Selon Revanth Reddy, ministre en chef du Telangana, les enfants qui ne prennent pas soin de leurs parents « n’ont pas leur place dans la société ».

Partout en Asie, la tendance à punir les enfants qui manquent à leurs devoirs filiaux — lancée en 1995 par Singapour avec sa loi sur l’entretien des parents — se généralise. La Malaisie s’attache à faire respecter l’obligation filiale sur deux fronts : un projet de loi laïque sur les personnes âgées protégeant ces dernières contre les mauvais traitements ou l’abandon, et des amendements à la législation relative aux tribunaux de la charia permettant à ces derniers de statuer sur les demandes d’entretien parental. Aux Philippines, les députés ont déposé pour la troisième fois depuis 2016 une loi sur le bien-être des parents visant à punir les contrevenants d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.


 
Ce sont les derniers ajouts à une liste qui ne cesse de s’allonger. Depuis 2013, la Chine oblige les enfants majeurs à rendre « souvent » visite à leurs parents âgés, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement. À Shanghai, ceux qui enfreignent les décisions de justice leur enjoignant de subvenir aux besoins de leurs parents sont inscrits sur une liste noire de crédit. De nombreux pays, dont la Corée du Sud, l’Inde et le Japon, ont mis en place des protections juridiques pour les personnes âgées contre les maltraitances, y compris l’exploitation financière.

À l’échelle mondiale, les taux de maltraitance et d’abandon des personnes âgées augmentent à mesure que la population vieillit. Les autorités malaisiennes ont recensé 2 144 cas de patients âgés abandonnés dans des hôpitaux entre 2018 et 2022. Ce pays de 36 millions d’habitants ne compte que 18 maisons de retraite agréées et environ 70 gériatres. En bref, les gouvernements asiatiques ont perdu foi dans le respect filial en tant que politique sociale.

L’Asie vieillit plus vite que n’importe quelle autre région de l’histoire connue, généralement avant que ses économies ne soient suffisamment riches pour absorber le choc. Quelque 722 millions de personnes, soit environ 15 % de la population asiatique, ont plus de 60 ans. D’ici 2050, cette proportion atteindra 26 %. Une enquête a révélé que 49 % des millénariaux thaïlandais et 31 % des millénariaux indonésiens citaient les soins à prodiguer à leurs parents comme la principale raison pour laquelle ils ne pouvaient pas quitter le foyer familial. La génération censée combler ce vide est elle-même mise à rude épreuve.

En Asie, la piété filiale a toujours obéi à une logique économique. Les enfants ont longtemps été, comme le note un sociologue singapourien, « mis au monde et élevés dans le cadre d’une planification de la retraite ». Une partie de leur salaire était reversée aux parents tant que les familles vivaient sous le même toit. L’urbanisation a rompu ce pacte, les jeunes adultes migrant vers les villes, fondant leur propre foyer et devant faire face à des crédits immobiliers et aux frais liés à la garde des enfants. Les pressions concurrentes sur leurs revenus se multiplient, « alors que l’attente d’une aide financière de la part des enfants persiste », explique Haslina Muhammad, de l’Université Malaya à Kuala Lumpur.

Les détracteurs affirment toutefois qu’au lieu de chercher à sanctionner ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation, les États devraient mettre en place de meilleures infrastructures pour les personnes âgées, notamment des centres d’accueil de jour, des structures de fin de vie et des systèmes de protection sociale qui offrent des choix aux familles, et non des obligations. La Chine offre l’avertissement le plus frappant. Lorsque, en 2013, ses dirigeants ont exigé que les enfants rendent « souvent » visite à leurs parents, la réaction a été immédiate. « Le gouvernement aurait dû réfléchir à la manière dont il allait résoudre ce problème lorsqu’il a instauré la politique de l’enfant unique », pouvait-on lire dans un commentaire largement partagé sur les réseaux sociaux. 

Source : The Economist
 
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Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.

 
 

 
 
 

jeudi 12 septembre 2024

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser

La politique de l'enfant unique en Chine est terminée. Pourtant, le taux de fécondité en Chine continue de baisser et ne sera plus que de 1,02 naissance par femme en 2023.

Un rappel de l'histoire de la Chine en matière de contrôle brutal de la population, et de la façon dont les répercussions des politiques passées se font encore sentir aujourd'hui.

La politique de l'enfant unique en Chine a finalement pris fin en 2015.  Le tollé suscité par l'avortement forcé de Feng Jianmei en 2012, après que des photos explicites (ci-dessous) eurent été diffusées de manière virale en Chine, a été l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette politique.

Quels que soient les arguments avancés pour justifier la politique de l'enfant unique, ils n'avaient plus aucun sens en 2012. La capacité de la Chine à se nourrir ne faisait aucun doute et sa fécondité était inférieure au taux de remplacement depuis deux décennies.

Pourtant, les autorités locales ont maintenu cette politique avec une ferveur grotesque.

Les récits de l'application de la politique de l'enfant unique en Chine sont atroces, d'autant plus tristes que l'on se rend compte que tout cela était inutile (tous les pays d'Extrême-Orient ont vu leur natalité diminuer rapidement), et que la Chine serait bientôt confrontée à une crise de déclin démographique rapide.

L'un des moyens d'application de cette politique consistait à refuser les papiers de citoyenneté aux enfants nés en violation de la politique, ce qui compromettait leur avenir. Ainsi, He Shenguo a-t-il tué deux fonctionnaires qui refusaient d'enregistrer la naissance de son enfant. Dans la photo ci-dessous, il fait ses adieux à sa femme avant d'être exécuté.

Aujourd'hui encore, des millions de personnes nées en violation de cette politique restent des citoyens de seconde zone, sans papiers, dans le seul pays qu'ils aient jamais connu.

Le livre de Paul R. Ehrlich intitulé « La bombe P», publié en 1968 afin de semer la panique, a eu un impact profond sur les dirigeants du PCC et a été l'une des principales raisons de la politique de l'enfant unique.

L'idéologie anti-nataliste d'Ehrlich a aujourd'hui de nombreuses ramifications destructrices, dont le mouvement pour l'extinction de l'espèce humaine.

L'un des effets persistants de la politique chinoise est un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, avec un « excès » de jeunes hommes allant jusqu'à 40 % dans certaines régions de Chine.

Bien que la Chine souhaite désespérément augmenter son taux de natalité, trop peu de jeunes filles sont nées pour devenir des épouses et des mères aujourd'hui.

Pire encore, la culture confucéenne pro-famille qui avait soutenu la Chine pendant des millénaires a été pratiquement anéantie.

Dans certaines provinces du nord, où la politique a été appliquée avec plus de fermeté, le taux de fécondité ne représente que la moitié de celui du sud, où la politique a été appliquée avec moins de fermeté.

La fécondité de la Chine risque de baisser encore davantage, car les intentions de fécondité des jeunes Chinois sont les plus faibles du monde.

Que peut faire la Chine pour augmenter son taux de natalité ?

La Chine devra tirer un trait sur l'ère du contrôle de la population et reconnaître sincèrement ses erreurs passées, faute de quoi les efforts en faveur de la natalité seront accueillis avec cynisme.

D'une manière générale, la Chine devra peut-être embrasser la liberté religieuse si elle veut que des sous-cultures à fécondité plus élevée s'enracinent.

Le démographe William Huang écrit : « Le parti communiste chinois ne tolérerait jamais l'existence d'une communauté religieuse fermée. Mais regardons les choses en face : les amish n'existent que parce que la Constitution américaine garantit la liberté de religion et que ce principe est effectivement appliqué en Amérique.
Si une telle communauté venait à s'implanter en Chine, les amish qui se déplacent à cheval et en buggy seraient envoyés dans des camps de travail, leurs enfants seraient rééduqués de force ou les femmes seraient tout simplement stérilisées en masse ».

Espérons que Huang se trompe. Peut-être la Chine autorisera-t-elle la liberté de croyance lorsqu'elle reconnaîtra que des cultures aussi variées pourraient jouer un rôle clé dans le redressement démographique, tout comme elles constituent une part importante de la vitalité de l'Amérique.

Outre la religion, la culture du travail en Chine pose problème. La culture dite « 996 » (travail de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) ne laisse guère de temps pour une vie sociale, et encore moins pour une famille.

Enfin, le style de construction de la Chine au cours des dernières décennies a certainement été antinataliste, avec une mer de gratte-ciel dans chaque ville.

La Chine est peut-être coincée avec le parc immobilier qu'elle a construit, à moins qu'elle ne soit prête à démolir nombre de ses tours modernes.

À l'avenir, la Chine devrait construire autant de maisons unifamiliales que possible, pour au moins donner à ceux qui veulent essayer d'avoir une famille plus nombreuse une base de travail.
 
 On pourrait penser que le taux de fécondité ne pourrait pas être plus bas que le chiffre apparemment impossible de 0,72 naissance par femme en Corée du Sud en 2023 ? Pourtant, Macao tend vers 0,49 naissance par femme en 2024. Une leçon évidente serait de ne pas concevoir des logements comme à Macao si l'on veut que son pays ait un avenir.

Macao

Le fait que la plupart des habitants de Macao soient irréligieux ou que la religion la plus répandue, le bouddhisme, ne soit pas favorable à la famille par rapport aux religions abrahamiques ne favorise pas les choses.

Les variables qui expliquent la baisse de la natalité sont nombreuses, mais la densité en est une importante, mais pas la seule. Mais que préconiser ? Réduire l'éducation des femmes ? Il est difficile d'imaginer que cela serait populaire. Devrions-nous plutôt supprimer la contraception ? Cette idée est loin d'être gagnée d'avance.

On pourrait objecter que Le Caire, avec sa forte densité, a une population très jeune, mais même Le Caire a une fécondité plus faible que le reste de l'Égypte. La plus grande différence entre Le Caire et la Chine est qu'il y règne une religion extrêmement pronataliste, l'islam.

Forte densité et faible natalité

Mais le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

Voir aussi
 
Le gouvernement de la Chine a annoncé jeudi passé la fin de son programme d’adoptions internationales 32 ans après son lancement, en 1992. La majorité des 160 000 enfants chinois adoptés dans le monde depuis 1992 sont ainsi des femmes.  En effet, beaucoup de familles chinoises voulaient que le seul enfant auquel ils avaient droit soit un garçon, les hommes ayant longtemps été perçus comme les pourvoyeurs de leurs familles, les filles rejoignant leur belle-famille.

  • Indice de fécondité (nombre d'enfants par femme) en Malaisie par ethnie, basé sur les données des naissances de janvier-juin 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 1,55 (1,65)
    • Bumiputera [malais de souche] 1,88 (2,00)
    • Chinois 0,79 (0,80)
    • Indiens 1,03 (1,13)
  • L'ISF chinois est stable jusqu'à présent en raison de l'effet de l'année du dragon.
  • Et de même pour Singapour, ISF en 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 0,93 (0,97) [chaque génération est deux fois plus petite que la précédente]
    • Chinois 0,81 (0,81)
    • Malais 1,55 (1,65)
    • Indiens 0,94 (0,95)

Tours d'habitation à Singapour nommées l'Avenir (en français...)

 

samedi 18 janvier 2020

L'imposition de l’écriture jawi (arabe) enflamme la Malaisie

Le ministre de l’Éducation de la Malaisie, Maszlee Malik, a démissionné le 2 janvier. Les ennuis ont commencé lorsque le gouvernement a annoncé qu’il obligerait tous les enfants de dix ans à apprendre l’écriture jawi. Il s’agit d’une écriture analogue à l’arabe. Les textes en malais, langue de la majorité de la population de Malaisie, utilisaient cette écriture avant que les réformateurs du XXe siècle n’imposent l’alphabet latin comme norme administrative et scolaire.

Le jawi n’est plus guère utilisé de nos jours, bien qu’on trouve des traces sur les timbres, les billets de banque et quelques autres endroits. Sa préservation est importante pour les Malais de souche qui craignent que leur héritage et leur culture ne soient menacés par le multiculturalisme de la Malaisie moderne, héritage du colonialisme britannique.

Les Malais ne sont pas les uniques citoyens de la fédération malaise. Environ 25 % de Malaisiens est d’origine chinoise et 10 % d’origine indienne, établis depuis plusieurs générations. Il y a, en outre, les « Orang Asli » (populations autochtones). L’origine ethnique des citoyens (malaise, chinoise, tamoule ou autre) est mentionnée sur la carte d’identité et le passeport. On trouve des minorités eurasiennes à Kuala Lumpur, Melaka et Penang.

Même texte en malais (« No1, réputé et digne de confiance ») écrit dans l’écriture traditionnelle jawi (en haut) et en lettres latines (en bas). Les deux lignes se prononcent de la même façon. Panneau affiché à Kutuan la capitale de l’État malais du Pahang.

L’an dernier, les autorités de Pahang, le plus grand État de la péninsule malaisienne, ont décrété que les panneaux de circulation et les enseignes commerciales devaient tous être écrits à la fois en écritures jawi et latine.

L’introduction des cours d’écriture jawi a alarmé les écoles dont la clientèle est principalement issue des minorités ethniques chinoises et indiennes de Malaisie. Minorités qui représentent ensemble environ un tiers de la population du pays. Ces écoles jouissent d’une certaine liberté pour établir leurs propres programmes. Leurs directions ont déclaré que l’imposition du jawi était incompatible avec cette liberté pédagogique. Certaines écoles craignent que, en cédant sur l’imposition du jawi, elles n’établissent un précédent et enhardissent les autorités malaisiennes qui voudraient imposer aux écoles minoritaires d’autres matières scolaires chères à la majorité ethnique malaise, notamment davantage de contenu islamique. Certains groupes marginaux en Malaisie s’opposent catégoriquement à l’enseignement en chinois et en tamoul. En octobre, plusieurs mouvements promalais, réunis lors d’une conférence baptisée « Congrès de la dignité malaise », ont fait valoir qu’il fallait mettre un terme aux écoles chinoises et tamoules.

Le gouvernement a quelque peu reculé. Il a réduit les heures consacrées au jawi dans son nouveau programme d’études et a déclaré que les écoles n’auront à l’enseigner que si la majorité des parents d’élèves sont d’accord.

Ces mesures n’ont pas réussi à apaiser les écoles des minorités ethniques et leur résistance continue a, à son tour, rendu furieux certains nationalistes promalais. Fin décembre, la police a interdit à Dong Jiao Zong, une association éducative qui défend les intérêts des étudiants chinois, d’organiser des réunions pour discuter de la controverse. Certains groupes promalais avaient prévu de manifester lors de ces réunions. Les autorités semblaient craindre que ces réunions n’occasionnent des violences.

La démission de M. Maszlee pourrait ramener le calme. M. Maszlee avait accumulé les maladresses, il n’avait pas notamment réussi à convaincre les sceptiques qu’il n’y avait pas d’ordre du jour caché derrière l’imposition du jawi, qu’il n’y avait « pas de crevette sous roche », pour utiliser une expression malaise.

Il est le premier membre du cabinet à démissionner depuis que le Pakatan Harapan (PH), la coalition multiethnique au pouvoir, a remporté les élections générales en 2018. L’accession au pouvoir du PH avait suscité l’espoir de rapports apaisés entre les communautés ethniques de la Malaisie qui trancheraient avec ceux entretenus lors des mandats de son prédécesseur, le Barisan Nasional (Front national). Le BN était au pouvoir depuis l’indépendance du pays, en 1957, jusqu’aux élections de mai 2018. Le BN est une alliance de mouvements conservateurs, d’adeptes du suprématisme malais et de libéraux économiques. Ces espoirs ont été déçus et le PH semble plutôt avoir ravivé la contestation identitaire.