Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
lundi 31 août 2026
lundi 17 août 2026
L'éducation dite « positive » en France
En France, ce concept a commencé à devenir une expression populaire dans les années 2010-2015. À l’époque, sa réception, encore réservée à des blogs, à la presse féminine ou spécialisée, est d’une grande bienveillance. Selon les comptes du sociologue Nicolas Marquis dans Sciences humaines (1), « 90 % des articles sont alors élogieux ». Les grands traits de ce comportement parental promu par le Conseil de l’Europe en 2006 sont : le bannissement de la violence physique ou psychologique, la place accordée aux émotions, l’encouragement à l’autonomie, la primauté de la coopération sur l’obéissance pure. Il faut accompagner l’enfant, s’appuyer sur ses compétences tout en lui offrant un cadre solide car son cerveau est immature, ce qui le rend donc peu comptable de ses débordements. Mais, en France, l’expression a vite désigné un grand fourre-tout - et parfois n’importe quoi - où se mêlent théorie de l’attachement, psychologie positive, comportementalisme… Parfois si flou ou radical qu’il a prêté le flanc aux caricatures.
Au début des années 2000, la thérapeute Isabelle Filliozat a été, en France, parmi les premiers à écrire des ouvrages sur le thème. Au cœur des émotions de l’enfant (JC Lattès, 1999) s’est écoulé à plus de 500 000 exemplaires depuis sa parution. Sans doute autant de jeunes parents qui l’ont reçu en cadeau de naissance. On y trouve des passages comme : « Les parents nomment facilement “caprices” ou “comédies” ces cris qu’ils ne savent interpréter. C’est terrible pour un enfant (…) quand ses suppliques sont réduites à ces mots dévalorisants. » Ou : « Les recettes éducatives d’hier ne sont plus adaptées. Dans la société actuelle et plus encore dans celle de demain, la route du succès passe par la confiance en soi, l’autonomie et l’aisance relationnelle. »
Dans les années qui suivent, les « parents Filliozat » se multiplient. La pédiatre Catherine Guéguen, auteur de Pour une enfance heureuse (Robert Laffont, 2013), est l’autre grande référence. Pour Stéphanie, 50 ans, devenue mère pour la première fois en 2012, ses idées ont été une révélation. « J’ai reçu une éducation je-m’en-foutiste, où les enfants étaient là mais pas très importants. On était moins bien servis à table, par exemple. J’en ai pas mal souffert. Et soudainement ces livres m’ont expliqué que faire attention à eux, les traiter en êtres dignes de sérieux, était un moyen d’en faire des adultes bien dans leur peau qui osent être eux-mêmes. »
Si, dans la confusion actuelle, l’éducation positive est amalgamée au laxisme, elle n’a aucun rapport avec lui au départ. Ce que les Anglo-saxons appellent «positive parenting» renvoie d’abord à un ensemble de principes et d’outils concrets, tirés de connaissances nouvelles comme l’imagerie. Le cadre est au contraire précis et doit aider les parents à encourager les comportements souhaités, à rester calmes en cas de crise… En France, « à part donner des ordres ou tout lâcher », nous n’aurions « rien appris » pour éduquer sans punir, affirme Isabelle Filliozat dans Le Figaro en 2015. Elle est régulièrement invitée sur le plateau des « Maternelles » (France 5), émission très regardée, où elle conseille par exemple de dire « stop » plutôt que « non » car ce mot irait de pair avec un visage fermé, donc négatif. En cas de colère, elle suggère de donner une feuille à déchirer à l’enfant ou de lui faire un câlin pour insuffler une dose d’ocytocine, l’hormone dite du bonheur.
Les parents, ensevelis sous des informations contradictoires, saluent cette dimension pratique qui doit leur permettre d’éduquer en préservant, c’est la promesse, la paix à la maison. On ne crie pas, on ne tape pas, on ne punit pas : on sanctionne. Pour avoir volontairement renversé son verre d’eau sur le sol, Eugène n’ira pas au coin, il nettoiera le sol. Élevés dans les années 1980-1990, de manière encore verticale, sensibles à cette culture des émotions, les jeunes sont attirés par cette nouvelle relation familiale. Comme il s’agit de nouveaux territoires scientifiques, circule l’idée qu’il faut s’y former. Parent ? Un métier. Filliozat (et d’autres) se lance dans l'accompagnement professionnel. Des comptes de particuliers-influenceurs comme Cool Parents Make Happy Kids [oui, en anglais] ou Papapositive exploitent à leur tour ce filon. En 2020, Isabelle Filliozat déclare au micro de France Culture : « La parentalité positive respecte les besoins et les droits des enfants et des parents, donc on ne peut pas être contre. »
Au fil des années, l’éducation positive à la française finit pourtant par désigner des réalités très différentes. Pour les uns, c’est une boîte à outils contre les conflits quotidiens ; pour les autres, une philosophie éducative vouée à déconstruire les dogmes anciens. Forcément, le fossé générationnel, mais aussi social, ne tarde pas à se creuser. Certains sont contre par principe, d’autres par crainte des excès, beaucoup n’en sont même pas à se poser ces questions. « On assiste à un grand écart entre les très prévenants, souvent CSP+, qui font attention à tout, et les maltraitants, souvent de milieux plus défavorisés, parfois pas conscients des conséquences provoquées par les violences psychologiques et physiques, ni que la loi les interdit depuis 2019 », remarque la scientifique Marie Chetrit, auteur d’éducation positive : une question d’équilibre ? (Solar, 2021).
En 2021, Catherine Guéguen s’inquiète dans Marianne : « La diffusion de ces théories par des parents qui s’inventent le statut de coach aboutit à des catastrophes. » Une liste de «violences éducatives ordinaires » sortie du cerveau d’on ne sait qui circule sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, de jeunes mères s’interrogent. Est-ce maltraitant de contraindre l’enfant à prendre un médicament ? À attacher sa ceinture ? Comment lui faire comprendre sans le houspiller qu’une main, « c’est fait pour donner des caresses, pas pour taper » ? Pendant que des parents pensent qu’ils ne font jamais assez, des grands-parents s’entendent dire qu’ils auraient dû faire mieux. Sur les réseaux, une grand-mère s’afflige : « Ma fille se coupe les cheveux en quatre pour tout. C’est ça, la grande avancée ? » « “Éducation moderne”, tu parles ! Enfants rois non éduqués, surtout », siffle une autre.
Les données sont empiriques mais d’après les psychologues les conflits éducatifs surviennent de plus en plus. Normal, rétorquent les pro-éducation positive, les grands changements culturels produisent des étincelles. Reste qu’à mesure que le courant grossit il se simplifie, agrège des discours plus radicaux. Médiatiquement, le retour de bâton - a lieu très rapidement. Dès 2019, la psychologue Caroline Goldman lance sa « croisade » contre l’éducation positive. Elle lui reproche de minorer l’importance des limites, de nier « l’existence des pulsions agressives » chez les enfants et de tout leur passer en invoquant l’immaturité cérébrale. En 2020, elle publie File dans ta chambre ! chez Dunod, livre dans lequel elle défend les vertus du temps d'arrêt, l’exclusion temporaire dans la chambre, pour les enfants à partir de 1 an. Une technique de la parentalité positive anglo-saxonne, mais qu’elle repatouille à sa sauce.
À ses côtés et à ceux du psychologue Didier Pleux, les tenants de l’éducation traditionnelle reprennent du poil de la bête. Ils affirment la nécessité de l’autorité. En 2022, Caroline Goldman convainc 350 spécialistes de la petite enfance de signer une tribune contre la parentalité « exclusivement » positive dans Le Figaro. Selon ces pédiatres, psychologues, psychiatres, les enfants éduqués de cette manière « ne sont plus aidés à grandir ». Ils accusent les théoriciens et autres influenceurs français de ce courant de l’avoir élargi en y injectant des données scientifiques extrapolées et une vision uniquement compassionnelle de l’enfant. Dans une part des foyers, son application confinerait au laxisme. Mais un laxisme conceptualisé, anxieux.
Chroniqueur des « Maternelles » de 2015 à 2024, Benjamin Muller a récemment raconté que sa rupture d’avec ce courant était partie de l’observation d’une de ces familles en vacances. « Le petit devait avoir 5 ou 6 ans et son père lui avait servi des petites tartines.» L’enfant en a jeté une par terre. Puis deux. « Le père s’acharnait à essayer de comprendre si le petit avait un problème avec le pain ou la garniture de la tartine.» Quand le petit a renversé le verre de sa soeur, « la mère n’a pas réagi, le père, lui, continuait de chercher l’émotion chez son fils», raconte Muller. Comme si chaque transgression cachait un message qu’il appartenait aux adultes de décoder. La « dérive » de l’éducation positive l’a alors frappé.
Aujourd’hui, ce courant parental a pris du plomb dans l’aile sur le plan médiatique. À l’été 2023, Caroline Goldman a même obtenu une chronique journalière sur France Inter. Certes, la bronca fut importante — la médiatrice de Radio France a dû publier un courrier, de nombreux spécialistes de l’enfance se sont indignés de ses prises de position dans Le Monde —, mais, désormais, quand il est question d’elle, les écueils possibles de l’éducation positive sont toujours abordés. En mars dernier, l’historien Pierre Vesperini nous confiait désormais lui préférer le terme d’« éducation démocratique », moins marqué.
Qu’en est-il dans la vraie vie ? « Sur le terrain, en institution, personne ne parle vraiment d’éducation positive, qui apparaît avant tout comme un épiphénomène propre aux influenceurs et aux réseaux sociaux », considère Baptiste G., un psychologue en institut médico-éducatif, assez engagé sur le sujet pour être aujourd’hui poursuivi par une psychologue du courant, très présente en ligne. «L’éducation positive a diffusé énormément de fausses nouvelles, ce qu’on appelle des “neuromythes”, sur le fonctionnement du cerveau. Ayant dénoncé ces contrevérités sur les réseaux, je me retrouve dans ce qu’on appelle une procédure bâillon par l’une des représentantes de ce courant qui porte plainte contre moi et n’hésite à menacer d’autres confrères et consœurs à la moindre contradiction. » En dehors de ces cercles, il y a fort à parier que de nombreux parents, lessivés par les excès, ont trié le bon grain de l’ivraie, retenu qu’en effet un cerveau d’enfant est immature. Mais qu’il supporte les interdits, les non, les froncements de sourcils.
(1) Cité par Béatrice Kammerer dans son article « Heurs et malheurs de l’éducation positive » («Constructif», 2024).
jeudi 30 juillet 2026
États-Unis — Quand les familles fortunées embauchent une équipe pour gérer jusqu’aux petits gestes du quotidien
Dans les familles américaines les plus aisées, une nounou ne suffit plus toujours. Certains parents salariés très fortunés dépensent désormais jusqu’à 250 000 dollars par an pour constituer une véritable équipe chargée de tout ce qui concerne leurs enfants : apprentissage de la propreté, cours de vélo, organisation scolaire, préparation des vacances ou gestion des tâches domestiques. Une nouvelle forme de parentalité apparaît : la parentalité de dirigeant, où la famille est gérée comme une petite entreprise et où l’on délègue tout ce qui semble chronophage ou peu gratifiant.
Christine Landis, ancienne dirigeante d’une société de technologie financière installée à San Diego, consacre ainsi environ 250 000 dollars par an à son personnel domestique : une assistante familiale vivant sur place, une nounou de week-end, un cuisinier particulier et une femme de ménage. Elle explique qu’elle ne coupe jamais les ongles de ses enfants, trop anxieuse pour le faire, et qu’elle confie souvent le bain du soir à son assistante. Elle délègue également ce qu’elle appelle les « jeux répétitifs » : relire cinq fois le même livre ou regarder son enfant ouvrir et fermer une porte pendant trois quarts d’heure.
« Chaque heure où je ne suis pas accaparée par les tâches pratiques est une heure où je peux être pleinement présente avec mes enfants », explique-t-elle. Elle dirige aujourd’hui une entreprise, Peacock Parent, qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les familles à gérer leur organisation quotidienne.
Autour de ces familles s’est développée une industrie du service haut de gamme. Certaines sociétés de conciergerie prennent en charge des dossiers d’inscription en école maternelle, l’organisation de longs voyages familiaux avec des enseignants itinérants, ou même des recherches très spécifiques pour satisfaire les demandes des enfants.
Les agences spécialisées dans le recrutement de personnel domestique constatent notamment une forte progression du métier d’assistante familiale : un poste hybride qui combine les fonctions de nounou, d’assistante personnelle et de gestionnaire de maison. Pendant les heures d’école, ces professionnelles organisent les emplois du temps, les rendez-vous, les activités et les courses ; lorsque les enfants rentrent, elles reprennent un rôle classique de garde.
Les demandes peuvent aller très loin : nounous accompagnant des enfants à des compétitions d’équitation, cuisiniers spécialisés dans les purées pour bébés adaptées à certaines cultures, stylistes personnels pour enfants. Une agence raconte même avoir reçu la mission de trouver une figurine Labubu en édition limitée, avec une nounou chargée de publier des annonces sur les réseaux sociaux jusqu’à ce qu’un exemplaire soit trouvé.
« Ce sont les milliers de petites choses », résume Olivia Fountain, directrice des opérations d’une agence de personnel familial. « Emballer un cadeau d’anniversaire, vider un sac d’école, jeter les cartons Amazon… Ce sont toutes ces tâches qui finissent par faire disparaître une journée. »
Certaines demandes deviennent encore plus spécialisées. Une agence a par exemple placé une personne auprès d’une famille pratiquant l’éducation sans couches, où la nounou devait interpréter les signaux du bébé et l’emmener aux toilettes au bon moment. D’autres recrutements recherchent des profils ayant travaillé sur des yachts ou capables de supporter des déplacements en hélicoptère. Les agences spécialisées expliquent n’avoir jamais eu autant d’activité, portée par la multiplication des millionnaires et des milliardaires.
Cette culture gagne aussi les célébrités. Emma Grede, cofondatrice des marques Skims et Good American liées à l’univers Kardashian, explique qu’elle se considère comme une mère qui ne consacre pas plus de trois heures d’affilée à certaines obligations parentales : elle passe les matinées du week-end avec ses quatre enfants avant de se consacrer à des activités qui lui apportent davantage d’énergie.
« Découper des sandwichs en forme d’étoile ? Ce n’était jamais mon truc », a-t-elle déclaré. Elle s’appuie sur des nounous, des employés de ménage, un cuisinier et un chef de cabinet afin de préserver du temps pour des moments qu’elle considère comme essentiels, notamment les vacances en famille.
Les tarifs de ces services témoignent de cette nouvelle économie familiale : un consultant en apprentissage de la propreté facture entre 600 et 4 500 dollars pour quelques jours d’accompagnement intensif ; une leçon privée de vélo coûte de 80 à 450 dollars ; faire préparer les affaires d’un enfant pour une colonie de vacances revient à environ 125 dollars de l’heure. Une nounou voyageant avec une famille peut coûter de 120 000 à 170 000 dollars par an, tandis qu’une gouvernante privée chargée à la fois de l’éducation et du développement social peut atteindre 200 000 dollars.
Alexandra Fine, mère de trois jeunes enfants et dirigeante de Dame Products, dépense environ 85 000 dollars par an pour une équipe de six personnes comprenant des nounous, une organisatrice de maison, un homme à tout faire et une assistante virtuelle.
« Chaque heure passée à plier du linge ou à organiser la venue d’un réparateur est une heure où je ne suis pas présente avec mes enfants », explique-t-elle. « Ce n’est pas une philosophie. Ce sont des mathématiques. »
Mais cette vision de la parentalité est contestée.
Pour certains parents, ce sont précisément les petites tâches ordinaires — préparer un repas, ranger un sac, accompagner un enfant dans ses apprentissages — qui constituent l’essence même du lien familial. Les déléguer reviendrait à perdre des occasions de proximité.
Le regard d’Ivana Greco : la valeur des moments ordinaires
Ivana Greco, mère au foyer, ancienne avocate, anime la lettre d’information The Home Front consacrée à la vie familiale et assure l’instruction à domicile de ses quatre enfants. Elle considère que ces tâches quotidiennes sont au contraire des occasions privilégiées de créer une relation avec eux.
« Les moments les plus importants que je vis avec mes enfants sont totalement imprévus, explique-t-elle. Ils existent parce que nous passons du temps ensemble. »
Elle s’interroge sur ce que les enfants peuvent comprendre ou ressentir dans des organisations où une partie importante de leur quotidien est confiée à des employés. Ils remarquent la présence des personnes qui s’occupent d’eux, mais aussi leur absence.
« Si vous n’êtes pas celui ou celle qui est là, votre enfant le remarque », affirme-t-elle.
Christine Landis reconnaît elle-même que certains moments avec sa nounou l’ont profondément émue. Lorsqu’elle est tombée malade après la naissance de son bébé, la nounou lui a apporté du thé et du jus d’orange sans qu’elle ait besoin de demander quoi que ce soit. Elle décrit cet épisode comme l’un des moments les plus touchants de ses débuts de maternité.
La première fois que l’un de ses enfants a dit « je t’aime » à cette nounou, et que celle-ci lui a répondu de la même manière, Landis a ressenti une brève inquiétude. Puis ce sentiment s’est dissipé.
« Il n’existe aucun monde dans lequel mon enfant ne sait pas que je suis sa mère, dit-elle. Notre lien, notre amour, sont irremplaçables. »
Elle refuse cependant de déléguer certaines choses : « Le moment où nous parlons de notre journée, où nous nous blottissons dans le lit, où nous lisons des livres ensemble, cela a une valeur particulière pour moi. »
Car même lorsque l’exécution des tâches est confiée à d’autres, la charge mentale demeure. Les décisions, la coordination et l’organisation invisible qui font fonctionner une maison restent souvent du ressort des parents.
« Les choses à faire étaient prises en charge, conclut Landis. Mais la réflexion restait la mienne. »
jeudi 9 juillet 2026
De la pathologisation de la religion
Pour certains, toute foi religieuse fervente tend à être vue comme une névrose. D’où la tentation d’un contrôle liberticide sur l’éducation des enfants. Un texte de Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles du 1er juillet 2026.
C’est assurément un bon choix qu’a fait cette année le Festival de Cannes en donnant sa palme d’or à Fjord, de Cristian Mungiu, non seulement parce que ce film, dont l’action se passe en Norvège à l’approche de Noël, est climatiquement rafraîchissant, mais parce que le cinéaste roumain, comme à son habitude, réussit à faire réfléchir à un sujet primordial sans imposer de réponse. Ce n’est pas le lieu ici de parler des qualités cinématographiques de l’œuvre — nous y reviendrons quand il sortira en salle, à la mi-août —, mais de voir comment il peut nous éclairer sur un phénomène inquiétant, qui n’est pas sans lien avec l’actualité française.
Posons d’abord le cadre du récit: il est centré sur une famille composée d’un époux roumain et de son épouse norvégienne, qui ont récemment quitté la Roumanie pour venir vivre en Norvège, plus près des grands-parents maternels de leurs cinq enfants. Une famille chrétienne fervente, où les enfants sont élevés de manière aimante, mais dans un cadre strict — lectures bibliques, prière quotidienne obligatoire, ni téléphones ni réseaux sociaux. Ces restrictions si éloignées des normes de la société libérale avancée norvégienne deviennent des circonstances aggravantes lorsque, des bleus ayant été découverts sur l’aînée, les parents sont accusés de brutalités physiques sur leur progéniture — eux reconnaissent seulement des petites tapes sur les fesses quand les enfants étaient plus petits.
Dans le procès qui s’ensuit, le représentant de l’état, loin de se concentrer sur ces éventuelles violences, ne dissimule pas son hostilité aux valeurs religieuses de ce couple — le simple fait d’adhérer à une conception de la “famille traditionnelle” consistant en l’union d’un homme et d’une femme étant clairement une circonstance aggravante, et la non-adhésion à la théorie du genre devenant, pour ce progressisme d’état, le signe d’une éducation rétrograde contraire aux valeurs libérales de la société norvégienne. Que l’avocate des parents, faisant remarquer qu’en entendant leur imposer ces valeurs au détriment de ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, la société se montre en réalité assez peu libérale, pose une argumentation ponctuellement efficace, mais dont on sent bien qu’elle est amenée à devenir politiquement de plus en plus fragile.
Cristian Mungiu a, certes, donné une puissance dramatique supplémentaire à son récit en confrontant une famille de culture roumaine au puritanisme post-luthérien scandinave. Mais comment ne pas penser, devant ce Fjord, à la France et à la tentation qui s’y fait jour, de plus en plus nettement, d’instrumentaliser l’indispensable lutte contre les violences faites aux enfants pour exercer un contrôle liberticide sur le droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs conceptions et à leur transmettre les valeurs auxquelles ils sont attachés? De la récente proposition de loi “Bétharram” aux contrôles agressifs multipliés dans les écoles hors contrat, en passant par une pression administrative contre l’école à la maison qui confine souvent à l’interdiction de fait, on assiste bel et bien à une offensive en règle pour faire entrer l’enseignement privé dans le giron des sacro-saintes “valeurs de la République”.
Et ce d’autant plus que ces “valeurs de la République”, référent fluctuant auquel on peut faire dire à peu près tout ce que l’on veut, sont pour certains enragés de la laïcité totalement incompatibles avec toute conviction religieuse, a fortiori si celle-ci emprunte une forme un peu conséquente. Il y a longtemps déjà que, dans les colonnes du Monde et de Libération, tout catholique prenant sa foi un peu au sérieux est qualifié sans autre forme de procès de “traditionaliste” ou d’“intégriste”, ce qui pour cette presse est synonyme de “sectaire”. Et que, dans les médias de service public et les discours d’une certaine gauche, toute manifestation de foi engagée est assimilée à un fanatisme contraire à la raison.
Fjord a le grand mérite d’attirer notre attention sur cette pathologisation de la foi, malheureusement appelée à devenir, dans les années qui viennent, une terrible épée de Damoclès sur la liberté de conscience.
dimanche 7 juin 2026
Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)
vendredi 22 mai 2026
Obésité : les trajectoires divergent entre pays à faibles revenus et pays riches… et la France tire son épingle du jeu
Une vaste étude, publiée le 13 mai 2026 dans la revue « Nature », bouscule l’idée d’une épidémie mondiale uniforme d’obésité.
Depuis plus de trente ans, scientifiques et médias s’accordent à parler d’une « épidémie mondiale d’obésité » et ce, à juste titre : plus de 1 milliard d’individus sont aujourd’hui concernés par ce problème de santé majeur. Une étude publiée le 13 mai 2026 dans la revue Nature nous rappelle néanmoins qu’il existe des disparités très fortes entre les pays, notamment selon les niveaux de richesse. Si l’obésité est en pleine augmentation dans les pays en voie de développement, elle s’est en revanche stabilisée, après une forte hausse, dans la plupart des pays riches. La France fait, elle, partie des rares pays où la vitesse de progression de l’obésité est restée faible sur les dernières décennies.
Il s’agit de la plus grande étude épidémiologique jamais réalisée sur l’obésité. «Environ 2000 chercheurs dans presque tous les pays du monde ont fourni des données pendant des décennies, concernant plus de 200 millions de personnes », souligne le Pr Majid Ezzati, professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres et auteur principal de l’étude. Pilotée par le réseau international NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RISC), l’étude a analysé près de 4000 études, auxquelles s’ajoutent des mesures de taille et de poids sur la période 1980 à 2024. L’indicateur clé retenu par les chercheurs est la vitesse d’évolution de l’obésité, c’està-dire la variation annuelle de la prévalence. Cet indicateur permet de distinguer les pays où l’obésité progresse encore de ceux où elle se stabilise ou recule. Le premier constat est que les trajectoires sont très hétérogènes en fonction des pays. «Les affirmations précédentes évoquant une “épidémie mondiale” d’obésité sont probablement une simplification excessive et masquent l’immense diversité observée entre les pays », indiquent les auteurs.
À l’échelle mondiale, les chiffres sont alarmants. Une personne sur huit était obèse en 2022 et la prévalence a plus que doublé chez les adultes depuis 1990, passant de 6,6 % à 15,8 %, selon l’OMS. Chez les 5-19 ans, elle a même quadruplé. Dans les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et au Japon, la hausse de l’obésité a ralenti puis s’est stabilisée à partir des années 2000. En France, le bilan est même plutôt positif sur les 45 années analysées. La prévalence de l’obésité est restée globalement stable, autour de 4 % chez les filles et les garçons, et de 11 à 12 % chez les femmes et les hommes. L’étude suggère même un léger recul, notamment chez les adultes.
À l’inverse, dans une grande partie de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique latine et du Pacifique, la prévalence de l’obésité continue d’augmenter. « Non seulement l’obésité ne s’arrête pas dans ces pays, mais elle a déjà dépassé les niveaux atteints dans les pays riches et continue de s’accélérer», observe le Pr Majid Ezzati. Selon les données de L’OMS de 2022, les plus hauts taux d’obésité se retrouvent dans certains États insulaires du Pacifique avec des niveaux vertigineux. Le taux d’obésité adulte dépasse 75 % aux Samoa américaines et atteint plus de 50 % dans des pays comme les Tonga ou les Samoa, suivis par certains pays du Moyen-orient, comme le Koweït autour de 41 % et la Jordanie autour de 39 % chez les adultes. Les États-unis sont, de leur côté, le pays occidental le plus touché, avec 42 % d’adultes obèses.
Les causes sont multiples : urbanisation rapide, recul de l’activité physique, essor des aliments ultratransformés, abandon progressif des régimes traditionnels (plus riches en céréales complètes, légumes et légumineuses). Et faute de politiques de prévention assez fortes, la dynamique devrait se poursuivre. « Il faut tirer les leçons des pays qui ont réussi à freiner la hausse, en déployant des outils comme les taxes sur les produits sucrés ou l’étiquetage nutritionnel », déclare Guha Pradeepa, une coauteur de l’étude et responsable scientifique à la Madras Diabetes Research Foundation, en Inde.
L’étude montre également que des pays comparables en termes de niveau de développement économique peuvent afficher des taux d’obésité très différents. Alors que l’obésité adulte dépasse 25% au Royaume-uni, au Canada et aux États-Unis, elle reste nettement plus basse en Europe de l’ouest.
Le Québec, bien qu’un peu moins touché que la moyenne canadienne, s’inscrit davantage dans la trajectoire nord-américaine que dans celle observée en France. Les données disponibles suggèrent qu’environ 27 à 28 % des adultes québécois sont obèses, contre près de 30 % pour l’ensemble du Canada, soit des niveaux nettement supérieurs à ceux observés en France (11 à 12 %). Historiquement, la province affiche des taux plus faibles que plusieurs autres régions canadiennes, notamment certaines provinces des Prairies ou de l’Atlantique, mais elle demeure très éloignée du profil français. Cette situation semble illustrer l’influence de facteurs plus larges que le seul niveau de richesse : environnement alimentaire, urbanisme, habitudes culturelles, modes de transport et accès aux aliments frais pourraient jouer un rôle important dans ces écarts.
Ce contraste tient essentiellement à des politiques alimentaires différentes. « Dans les pays comme les États-Unis, il est devenu plus facile de consommer des aliments ultratransformés, et il est plus difficile d’avoir accès à des aliments frais, sains et bon marché », indique le Pr Ezzati. Dans la plupart des pays européens, des produits comme la viande maigre, les légumes frais ou les produits laitiers restent plus accessibles aux classes populaires.
Mais même au sein du Vieux Continent, des écarts importants se dessinent entre les différents pays. La prévalence de l’obésité adulte varie entre 11 et 23 % en Europe de l’ouest, contre 30 à 40 % dans certains pays d’Europe centrale et orientale comme la Roumanie ou la République tchèque. « Le tableau d’ensemble qui se dessine à travers l’Europe est surprenant, tant il est hétérogène d’un pays à l’autre. Ce sont pourtant des pays aux économies relativement similaires, ce qui montre l’ampleur du travail qu’il reste à mener pour comprendre les causes profondes de ces différences », souligne Jennifer Lyn Baker, présidente de l’association européenne pour l’étude de l’obésité, et coauteur de l’étude.
Les écarts observés au sein même de l’Europe occidentale illustrent particulièrement bien la diversité des trajectoires mise en évidence par l’étude. Des pays pourtant comparables par leur niveau de richesse, comme le Royaume-Uni, la Belgique, la Suisse et la France, présentent des profils très différents. Le Royaume-Uni affiche une prévalence de l’obésité adulte dépassant 25 %, proche des niveaux observés au Canada, même si sa progression récente semble ralentir ou atteindre un plateau. La Belgique occupe une position intermédiaire, avec une hausse plus modérée. La Suisse, en revanche, apparaît parmi les pays européens les moins touchés, avec une trajectoire davantage comparable à celle de la France : des niveaux relativement faibles et une progression limitée. Ces contrastes entre pays voisins suggèrent que les différences ne tiennent pas uniquement au niveau de développement économique, mais aussi à des facteurs culturels, alimentaires et politiques plus difficiles à mesurer.
Les chercheurs appellent à ne pas relâcher les efforts. « Il est très encourageant de constater que de nombreux pays parviennent à stabiliser ou à ralentir la progression de l’obésité. Mais certains de ces taux restent encore trop élevés, et la progression chez les enfants et les adolescents dans certains pays constitue un véritable appel à l’action », avertit Jennifer Lyn Baker.
« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger», insiste le Pr Ezzati.
Les médicaments de type GLP-1, comme l’Ozempic, pourraient également peser davantage dans la balance dans les années à venir. Pour l’heure, leur impact reste limité : « Les baisses que nous observons dans certains pays ne sont pas le résultat de ces médicaments jusqu’à présent », rappelle le Pr Ezzati.
« Si nous revenons dans cinq à dix ans, nous pourrions voir quelque chose de très différent, anticipe Jennifer Lyn Baker, mais nous ne devons donc pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons continuer à nous concentrer sur la prévention, le traitement et la prise en charge de l’obésité à tous les âges. »
« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger » Majid Ezzati professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres.
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mercredi 22 avril 2026
Silicon Valley : le marché des bébés sur mesure
Silicon Valley : le marché des bébés sur mesure. Aux États-Unis, une jeune entreprise propose à des parents en devenir de choisir parmi plusieurs embryons celui qui présente les caractéristiques génétiques les plus avantageuses selon eux.
Silicon Valley : le business des bébés sur mesure. Aux États-Unis, une start-up promet à des futurs parents de sélectionner, parmi plusieurs embryons, celui qui représente les meilleurs profils génétiques. #JT20h pic.twitter.com/412KE1oCtE
— Le20h-France Télévisions (@le20hfrancetele) April 21, 2026
mardi 10 mars 2026
Voir un enfant à Londres pourrait être un évènement rare d’ici peu
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| Des jeunes d’une école primaire de Londres, en février dernier |
Entre 2013 et 2023, Londres a gagné 506 000 habitants, mais le nombre d’enfants de moins de 10 ans a chuté de 99 100, en raison de la baisse du taux de fécondité et de l’exode des familles. Une centaine d’écoles sur 2500 ont fermé à Londres depuis 2018, surtout au centre-ville. Si la tendance se maintient, Londres pourrait devenir « une ville sans enfants », avertit le rapport.
Cette chute est plus rapide à Londres que partout ailleurs au Royaume-Uni depuis le début des années 2010, constate l’élue au conseil métropolitain Hina Bokhari.
Les coûts de logement et de garde d’enfants sont les plus élevés du pays. Élever une famille à Londres est simplement hors de prix pour beaucoup der personnes.Hina Bokhari, élue au conseil métropolitain de Londres
L’étude vise à identifier les causes et les conséquences de ce phénomène pour les écoles et les services publics de la ville. Elle recommande de réaffecter les écoles vides plutôt que de les vendre, au cas où la population scolaire rebondirait.
Taux de fécondité très bas
Selon le rapport, le taux de natalité à Londres a atteint un sommet en 2012, mais a depuis chuté de 20 % et est maintenant de 10 % inférieur à la moyenne nationale au centre-ville, malgré une augmentation du nombre de femmes en âge de procréer durant la même période.
Le taux de fécondité y est inférieur à 1,2 naissance par femme, contre 1,41 en moyenne en Angleterre et au pays de Galles. Il est donc bien en dessous du niveau de 2,1 nécessaire pour que la population se maintienne sans immigration.
Selon Bernice Kuang, chercheuse en démographie à l’Université de Southampton citée dans le rapport, les couples reportent leur projet de parentalité parce qu’il faut plus de temps « pour s’établir professionnellement, quitter le domicile parental et acheter une maison ». Les Londoniennes ont leur premier bébé à 32,5 ans en moyenne, soit plus tard que dans le reste de l’Angleterre, selon le rapport.
Les Londoniens qui veulent fonder une famille choisissent de plus en plus de quitter la capitale. Le solde migratoire de Londres pour la cohorte de 25 à 44 ans est négatif depuis 2008.
Coût de la vie exorbitant
La maison moyenne à Londres coûte 11,1 fois le salaire local annuel moyen, comparativement à 7,7 fois en Angleterre. Les loyers à Londres sont 60 % plus élevés que la moyenne nationale. Au centre-ville de Londres, les garderies prenant des enfants de moins de 2 ans coûtent 34 % plus cher que la moyenne nationale et l’État n’en couvre qu’une partie.
La baisse du nombre d’élèves induit un risque financier pour les écoles, puisque leurs revenus dépendent du nombre d’inscriptions. Près des deux tiers des 100 écoles qui ont fermé depuis 2018 se trouvaient au centre-ville, et la majorité était des écoles primaires.
On n’observe pas un tel bouleversement de la démographie scolaire ailleurs en Angleterre.
Extrait du rapport municipal
La région métropolitaine prévoit une diminution de 2,5 % des places pour les enfants de 4 ans entre 2025-2026 et 2029-2030. Au centre-ville, la baisse sera de 6,2 %. Cela se répercutera sur les écoles secondaires. Les écoles ayant moins de revenus pourraient avoir plus de difficulté à recruter des enseignants, prévient le rapport, ce qui affecterait la qualité de l’enseignement.
Selon les projections démographiques de la Greater London Authority, le nombre d’enfants continuera à baisser jusqu’en 2034, année où il commencera à remonter, mais seulement au niveau de 2024. Face à ces fluctuations, réaffecter temporairement les écoles plutôt que les vendre permettrait de « protéger l’avenir du système scolaire de Londres », estime le rapport.
dimanche 8 mars 2026
Avortements tardifs au Canada : plus de 1 000 enfants à naître concernés chaque année
Un récent commentaire scientifique du Canadian Medical Association Journal révèle une réalité méconnue : les statistiques canadiennes de décès fœtaux incluent certaines interruptions de grossesse pratiquées après 20 semaines de gestation. Cette particularité rend le phénomène difficile à mesurer et alimente l’idée qu’il serait marginal, alors qu’environ 1 300 à 1 400 avortements tardifs pourraient avoir lieu chaque année au pays. L’analyse met en lumière l’importance de protéger la vie prénatale tout en offrant soutien et alternatives aux familles confrontées à des diagnostics prénataux graves.

Un phénomène numériquement faible mais significatif
Les chiffres disponibles permettent de mieux situer ce phénomène :
- 101 553 avortements ont été déclarés au Canada en 2023.
- 95 % des avortements surviennent avant 12 semaines de grossesse.
En tenant compte des estimations nationales et des cas non détaillés, environ 1 300 à 1 400 avortements après 20 semaines pourraient se produire chaque année au Canada.
Même s’ils restent minoritaires, ces chiffres représentent plus d’un millier d’enfants dont la vie est interrompue chaque année à un stade avancé de la gestation, ce qui soulève des questions éthiques et légales considérables.
Une particularité canadienne : des chiffres difficiles à interpréter
La situation statistique canadienne est particulière. Les avortements tardifs apparaissent dans les statistiques de mortinaissance, terme administratif désignant tout décès fœtal après 20 semaines ou 500 grammes. Cette méthode de comptabilisation inclut à la fois les décès spontanés et certaines interruptions volontaires ou médicales de grossesse, ce qui rend la lecture des chiffres peu claire pour le grand public.
Pour obtenir une image précise, il faut souvent croiser plusieurs sources : rapports hospitaliers, bases provinciales de surveillance périnatale et registres de décès fœtaux. Cette dispersion favorise une perception erronée du phénomène, laissant penser aux citoyens que les avortements tardifs sont quasi inexistants alors qu’ils sont bel et bien pratiqués.
Selon les auteurs de l’article, dirigés par le Dr K. S. Joseph, cette règle contribue à expliquer une anomalie apparente dans les comparaisons internationales : le Canada affiche un taux de décès fœtaux tardifs plus élevé que plusieurs autres pays à revenu élevé comparables.
Cette différence ne signifie pas nécessairement que les grossesses canadiennes présentent davantage de complications. Elle s’explique en grande partie par la manière dont les cas sont comptabilisés.
Dans plusieurs pays — notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni ou dans certains pays européens — les interruptions tardives de grossesse sont souvent distinguées statistiquement des décès fœtaux spontanés lorsque les autorités sanitaires publient des comparaisons internationales.
L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs, dans certains contextes statistiques, de séparer les interruptions volontaires de grossesse tardives des mortinaissances spontanées, afin d’éviter des comparaisons trompeuses entre systèmes de santé.
Autrement dit, une partie du taux canadien reflète des différences méthodologiques dans l’enregistrement des données, et non nécessairement une réalité médicale différente.
Comparaisons internationales et contexte légal
Le Canada se distingue des pays comparables à plusieurs égards :
- Dans la majorité des pays occidentaux, la loi fixe une limite gestationnelle explicite pour l’avortement (souvent 12 à 24 semaines), avec des exceptions en cas de danger vital ou d’anomalies graves.
- Depuis la décision R. c. Morgentaler (1988), le Canada ne possède pas de seuil légal fédéral. Les avortements très tardifs restent rares, mais aucune limite n’empêche leur réalisation dans des centres hospitaliers spécialisés.
Développement fœtal et enjeux éthiques
À partir de 20 semaines, le fœtus possède déjà :
- des organes principaux fonctionnels ;
- des mouvements perceptibles ;
- une activité neurologique qui, selon certaines études, lui permet de ressentir la douleur ;
- la capacité de survie dans des cas exceptionnels dès 22 ou 23 semaines avec soins intensifs.
Vers plus de transparence et de soutien
Le commentaire du CMAJ propose principalement une réforme statistique et administrative, afin de :
- distinguer clairement les interruptions volontaires de grossesse tardives des décès fœtaux spontanés;
- améliorer les comparaisons internationales de données ;
- alléger la charge administrative inutile sur les familles.
Parallèlement, la société pourrait investir davantage dans le soutien aux familles confrontées à des diagnostics prénataux difficiles :
- accompagnement psychologique ;
- aide financière pour les soins palliatifs périnataux ;
- adoption spécialisée et conseils sur les options viables pour l’enfant et la famille.
Le commentaire publié dans le CMAJ n’est pas un plaidoyer contre l’avortement. Il cherche avant tout à clarifier et améliorer les données de santé publique. Mais, pour ceux qui défendent une approche pro-vie, il confirme une réalité incontestable : les avortements tardifs existent et concernent des enfants déjà très développés.
Une société réellement soucieuse de la dignité humaine doit agir sur deux fronts :
- Transparence et rigueur statistique, pour que le débat public repose sur des faits compréhensibles et précis ;
- Soutien concret aux familles, afin que des alternatives viables et humaines existent lorsque des décisions difficiles s’imposent.
mardi 24 février 2026
Québec — Qui osera encore dénoncer la DPJ ?
« Lorsque l’on a su que j’avais parlé à un journaliste, on m’a téléphoné à domicile. C’était vers 19 heures. On m’a ordonné de ne pas sortir et de ne parler à personne tant que le conseil d’administration — le C.A. — n’aurait pas décidé de mon sort. Cela a duré plus de quatorze jours. »
Durant cette période, elle est restée dans l’attente. Puis la décision est tombée : elle était licenciée et devait venir récupérer ses effets personnels.
« Cela a été l’une des épreuves les plus difficiles de ma vie. Ce n’est que depuis quelques mois que j’ai retrouvé une parole fluide ; auparavant, je me mettais à bégayer dès qu’une personne inconnue me posait une question. »
Travailleuse sociale depuis plus de vingt ans, Geneviève Guérin dirigeait le Centre PIE, un organisme communautaire financé en partie par des fonds publics. Cet organisme accompagne des familles suivies par la DPJ de la région Mauricie–Centre-du-Québec. Au Québec, la DPJ est un service public chargé d’intervenir lorsque la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis — par exemple en cas de négligence, de maltraitance ou de graves conflits familiaux.
Au fil du temps, Mme Guérin dit avoir vu passer des dossiers qui l’ont profondément troublée : des évaluations caviardées ou modifiées, des informations altérées, des documents falsifiés. Selon elle, certains enfants étaient orientés vers l’adoption de manière expéditive, « en tournant les coins très ronds », expression québécoise qui signifie agir trop rapidement ou en négligeant des étapes importantes.
Elle affirme également avoir signalé plusieurs situations à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), un organisme public indépendant chargé de veiller au respect des droits fondamentaux, notamment ceux des enfants. D’après elle, ces signalements n’ont pas été suivis d’effets.
Refusant d’accepter que certains dossiers d’adoption soient précipités ou que des informations y soient modifiées, elle a finalement décidé de parler publiquement. « Il y a eu des démarches avant d’en arriver à dire à Sébastien : “vas-y, publie.” » Le journaliste auquel elle fait référence est Sébastien Houle, du quotidien régional Le Nouvelliste.
La révélation a fait l’effet d’une bombe.
Le ministre responsable à l’époque, Lionel Carmant, a qualifié la situation d’« inacceptable ». La CDPDJ a alors décidé d’examiner 140 dossiers d’adoption traités entre le 1er janvier 2021 et le 1er janvier 2023.
Dans son rapport rendu en avril 2025, la Commission écrit avoir des raisons de croire qu’un problème systémique existait au sein de la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec et que cette situation avait entraîné de nombreuses atteintes aux droits des enfants.
Les constats sont sévères :
* dans 80 % des dossiers, aucun outil clinique n’avait été utilisé ;
* dans 66 % des cas, la décision reposait uniquement sur le fait qu’un parent avait lui-même eu affaire à la DPJ durant son enfance ;
* dans 49 % des dossiers, les faits invoqués pour justifier la décision n’avaient pas été vérifiés.
La Commission a aussi relevé des informations omises, manipulées ou même inventées.
À la suite de ces révélations, le ministre Carmant avait annoncé que la DPJ serait placée « sous tutelle ». Au Québec, cela signifie normalement qu’une autorité supérieure prend temporairement le contrôle d’un organisme pour le redresser. Or, on a appris par la suite qu’il ne s’agissait en réalité que d’un accompagnement de trois mois. Au terme de cette période, la personne chargée de cet accompagnement, Sonia Mailloux, a été nommée directrice.
Quoi qu’il en soit, l’affaire a provoqué un choc important dans le réseau.
Mais Geneviève Guérin a-t-elle été remerciée d’avoir mis en lumière un problème systémique dans le traitement des dossiers d’adoption ? D’avoir contribué à une prise de conscience collective ? Évidemment non. Non seulement la lanceuse d’alerte n’a jamais retrouvé son poste, mais il lui a fallu trois ans pour décrocher un nouvel emploi, et encore dans une autre région.
Pourtant, elle avait été encouragée par plusieurs responsables politiques, dont le premier ministre du Québec François Legault, à porter plainte auprès du Protecteur du citoyen. Au Québec, cette institution joue un rôle comparable à celui d’un médiateur ou d’un ombudsman : elle enquête sur les plaintes visant l’administration publique.
Cette démarche s’appuyait sur une nouvelle loi destinée à protéger les lanceurs d’alerte — appelés au Québec « divulgateurs » ou parfois « sonneurs d’alerte » — entrée en vigueur en novembre 2024. Or, les faits dénoncés par Mme Guérin étaient antérieurs à cette loi.
« Je lui ai dit : “Monsieur Carmant, les représailles que j’ai subies datent d’avant votre loi.” Il m’a répondu : “Non, votre plainte est recevable, nous avons modifié la loi à cause de vous.” »
La décision du Protecteur du citoyen, rendue en juin, a toutefois été tout autre. L’enquêtrice a rappelé qu’une divulgation est considérée conforme à la loi lorsqu’elle est faite aux autorités compétentes — comme le Protecteur du citoyen, la Commission municipale du Québec ou le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale — ou à l’intérieur même de l’organisme concerné. Cela permet, en principe, que les faits soient examinés et que des mesures correctrices soient prises.
Mais parler directement aux médias ne donne pas accès aux protections prévues contre les représailles. Par conséquent, l’examen de la plainte a été clos.
Autrement dit : dénoncer publiquement la DPJ ne permet pas de bénéficier des protections juridiques destinées aux lanceurs d’alerte.
Le paradoxe est frappant : selon plusieurs observateurs, si Geneviève Guérin n’avait pas témoigné publiquement, l’enquête d’envergure de la CDPDJ n’aurait sans doute jamais été lancée.
Quant à la directrice nationale de la DPJ, Lesley Hill, elle a plutôt pris la défense des intervenants du réseau de la DPJ. Le 7 mai, alors que Mme Guérin assistait aux travaux de l’Assemblée nationale — le parlement du Québec — et que des élus la remerciaient d’avoir attiré l’attention sur les droits bafoués de plusieurs enfants, Mme Hill diffusait une vidéo destinée au personnel de la DPJ.
Elle y évoquait la difficulté d’entendre des accusations telles que « parjure », « falsification » ou « omission volontaire », laissant entendre que les intervenants n’agissaient pas délibérément de la sorte.
Pourtant, ce sont précisément des pratiques de ce type que la Commission a relevées dans plusieurs dossiers.
Dans son message, la directrice invitait plutôt à se concentrer sur les « petits miracles » accomplis par le réseau, tout en affirmant sa solidarité avec les intervenants.
La question demeure : dans ces conditions, qui osera encore soulever le couvercle ?
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dimanche 22 février 2026
Vent de jeunesse sur le catholicisme français
Le phénomène est statistiquement notable : les baptêmes d'adolescents ont progressé de 33 % en un an, et plus de 17 000 jeunes adultes rejoindront l'Église à Pâques. Certaines paroisses enregistrent des hausses spectaculaires — l'archevêque de Reims prépare 107 baptêmes d'adultes en 2026, contre 17 en 2019, soit une multiplication par six en quelques années. À Toulouse, une seule paroisse étudiante accueille 200 catéchumènes cette année.
Il faut toutefois garder le sens des proportions. Cette dynamique ne compense pas l'effondrement des baptêmes d'enfants, divisés par deux depuis 2000, plafonnant à environ 200 000 par an — soit seulement 30 % des naissances. L'athéisme progresse en parallèle : 42,6 % de non-croyants en France en 2020, contre 34,5 % dix ans plus tôt. La tendance de fond reste la sécularisation.
Les ressorts sociologiques de la conversion
D'abord, une logique générationnelle. L'historien Guillaume Cuchet observe qu'après deux générations de rupture post-1968 avec le catholicisme, la troisième génération se retrouve dans une position inédite : non baptisée, sans obligation de s'opposer à des aînés croyants, elle peut redécouvrir cet héritage comme un choix totalement libre. C'est le paradoxe d'une neutralité religieuse imposée par les parents qui produit, chez certains enfants, une quête spirituelle authentique.
Ensuite, un contexte d'époque. L'anxiété diffuse — climatique, sanitaire, sociale — pousse une partie de la jeunesse vers des institutions offrant un cadre stable, des liens humains désintéressés et un sens à long terme. Les témoignages recueillis par les évêques reviennent de façon frappante sur les mêmes thèmes : sentiment de vide, cycle de colère et de ressentiment, découverte dans la paroisse de « relations vraies » que certains n'avaient jamais connues. L'Église offre ce que la société consumériste et hyperconnectée ne sait plus procurer : de la gratuité, de la lenteur, de l'intériorité.
Enfin, un mouvement de réaction culturelle. Pour certains, la conversion représente ce que Gaultier Bès appelle un « ressaisissement de sa propre liberté » face à la technocratie et au transhumanisme. Le chercheur Charles Mercier note que le catholicisme, devenu minoritaire — moins d'un tiers des Français s'en réclament, moins de 10 % pratiquent —, peut paradoxalement s'affirmer davantage sans paraître hégémonique.
La « liberté de feuille morte »
Le maillon faible : la crise des prêtres
C'est là que le tableau se fissure. L'enthousiasme des convertis ne se traduit pas en vocations sacerdotales. En 2023, seulement 88 prêtres ont été ordonnés en France, contre 140 en 2014. Les 25 séminaires français forment environ 600 candidats — un chiffre notoirement insuffisant pour couvrir le territoire.
L'article pointe une cause aggravante souvent tue : la mise à l'écart, par le pape François, des prêtres traditionalistes — souvent jeunes et zélés — a privé l'Église d'une partie de ses forces vives. Le résultat est un effet de ciseaux : moins de jeunes prêtres pour évangéliser les jeunes, donc moins de jeunes attirés vers le sacerdoce. Dans les campagnes, certains fidèles doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour assister à une messe. À l'inverse, en Île-de-France, deux nouvelles églises sont en construction tant la demande déborde les capacités existantes — révélant une fracture géographique profonde.
En résumé
Le regain catholique chez les jeunes adultes est réel et sociologiquement significatif. Il exprime une réaction à la désorientation contemporaine, un désir de liens authentiques et une reconquête libre d'un héritage que leurs parents avaient délibérément effacé. Mais cette embellie se heurte à une contradiction structurelle : l'institution manque des prêtres nécessaires pour accueillir et pérenniser cet élan, en partie à cause de choix disciplinaires qui ont marginalisé ceux qui auraient pu y répondre.
mercredi 18 février 2026
Qu'est-ce qui explique l'écart salarial entre les hommes et les femmes ? La maternité.
Une poignée d'articles publiés au cours des deux dernières années ont relancé le débat. Ils s'appuyaient sur des ensembles de données puissants et novateurs, qui mettaient en relation les dossiers médicaux et les données sur les revenus dans les pays scandinaves. Ces nouvelles preuves ont permis aux économistes d'exploiter la puissante expérience naturelle offerte par les variations de la fertilité des femmes. Les chercheurs ont pris comme échantillon des femmes ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) – qui souhaitaient clairement avoir des enfants – et ont examiné la différence de salaire à long terme entre celles qui sont tombées enceintes et celles qui ne l'ont pas été. Au début, les mères gagnaient beaucoup moins, mais cet écart s'est réduit avec le temps. Environ 10 à 15 ans après la naissance des enfants, les mères gagnaient même un petit supplément.
Cette approche consistant à exploiter les variations naturelles de la fertilité a été utilisée dans une nouvelle étude, menée par Camille Landais de la London School of Economics et d'autres chercheurs. Elle s'intéresse aux femmes atteintes du syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), une maladie rare dans laquelle une fille naît sans utérus mais se développe normalement par ailleurs. Ces femmes savent très tôt dans leur vie qu'elles ne pourront pas avoir d'enfants, ce qui les différencie de celles qui le découvrent après avoir échoué à concevoir naturellement ou par FIV. Cela pourrait influencer leurs salaires futurs, car les femmes qui envisagent de concevoir peuvent investir différemment dans leur capital humain. Elles pourraient, par exemple, dépenser moins pour leurs études, sachant qu'elles pourraient mettre leur carrière entre parenthèses après avoir donné naissance.
Cette connaissance précoce semble faire une grande différence. L'étude sur les femmes atteintes du syndrome MRKH a révélé qu'elles gagnent à peu près autant que les autres femmes et les hommes au début de l'âge adulte. Puis, entre 30 et 40 ans, alors que l'écart salarial entre les hommes et les femmes se creuse, les femmes atteintes du syndrome MRKH suivent une trajectoire différente. La trajectoire de leur salaire est presque identique à celle de leurs homologues masculins. En d'autres termes, si l'on élimine la maternité et toutes les décisions que les femmes pourraient prendre en l'anticipant, l'écart salarial semble disparaître. Il est difficile d'imaginer un meilleur moyen d'isoler les effets de la maternité des autres caractéristiques féminines et d'étudier leur impact sur les revenus.
| Cliquer sur le graphique ci-dessus pour l’agrandir. |
Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes »
Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu’il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?
L’État [et ses emplois à l’abri des aléas économiques] se féminise et se « diversifie »
Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l’effondrement du mariage ?
Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines
Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.
L’effondrement du mariage aux États-Unis, ses causes et ses effets
Étude — La testostérone change la structure du cerveau
Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques
Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)
Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons
Cerveau masculin et cerveau féminin
Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre
Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce
Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre
jeudi 8 janvier 2026
Interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, une mesure déjà contournée en Australie
Le 10 décembre dernier, lors de l’entrée en vigueur de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, le premier ministre australien, Anthony Albanese, avait évoqué un « jour de fierté » représentant « l’un des plus grands changements sociaux » dans l’histoire du pays, observé de près par le monde entier.
Mais l’expérience australienne, certes encore très récente, ne semble pas particulièrement concluante. Ainsi, Eve, une jeune fille de 14 ans vivant à Hobart, en Tasmanie, explique que sa pratique des réseaux sociaux n’a en rien été affectée par la loi. « J’ai reçu dans les jours précédents des messages de Tiktok, Instagram et Snapchat me disant que mes comptes allaient être fermés, explique l’adolescente. Pour Instagram, je n’ai pas réussi à en créer un nouveau mais j’ai pu le faire sans difficulté sur Tiktok et en plus, je n’ai même pas eu à passer de test de vérification d’âge. Et sur Snapchat, j’ai contesté la fermeture de mon compte, en déclarant que j’avais plus de 16 ans, l’appli a scanné mon visage, et j’ai conservé mon compte. »
De lourdes amendes prévues
Quant aux plateformes visées, sur lesquelles porte la responsabilité de faire respecter cette loi, elles s’exposent certes à de lourdes amendes - plus de 30 millions d’euros - mais il ne leur est demandé que de prendre « des mesures raisonnables » pour faire appliquer cette interdiction, sans que ces termes aient été clairement définis. En mettant en place des méthodes de vérification d’âge, notamment à travers le scan du visage sur la base de photos ou de vidéos, qui sont pourtant très loin d’être infaillibles, elles semblent dans les clous. C’est sans doute ce qui explique pourquoi, à l’exception de Reddit, qui a déposé un recours en justice pour contester cette loi, et X, qui a attendu le jour de l’entrée en vigueur de la loi pour annoncer qu’elle la respecterait, les plateformes visées, à part quelques timides protestations, n’ont pas rechigné à s’y soumettre. Elles s’étaient pourtant montrées beaucoup plus offensives lors de la mise en place en 2021 du News Media Bargaining Code, qui les a contraintes à reverser une partie de leurs revenus publicitaires aux éditeurs de presse, Meta allant même jusqu’à supprimer pendant quelques jours tous les contenus d’actualité sur ses réseaux en Australie.
Source: Le Figaro
samedi 29 novembre 2025
Grèce — exonération d'impôts pour les familles de 4 enfants et plus
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis (ci-contre) a annoncé une enveloppe de 1,76 milliard d'euros l'an prochain pour relancer la natalité, assurant que la priorité sera donné « à la protection de la famille en mettant au cœur de notre politique une récompense fiscale pour les familles, en fonction du nombre d'enfants ».
« Pour la première fois dans notre pays, nous disposons d'une stratégie globale sur la question démographique », a souligné Kyriakos Mitsotakis, lors d'un colloque sur ce sujet organisé à Athènes par le quotidien Eleftheros Typos (littéralement la Presse Libre, de centre-droite).
Il a mis en avant la protection de la famille soulignant que la réforme fiscale du gouvernement favorise les familles avec enfants.
« Nous avons à distribuer la somme de 1,76 milliard d'euros pour 2026" et "nous avons donné la priorité à la protection de la famille, en mettant au cœur de notre politique une récompense fiscale pour les familles, en fonction du nombre d'enfants », a ajouté le Premier ministre conservateur soulignant que « plus le nombre d'enfants augmente, plus les impôts diminuent ».
Concrètement, les ménages avec enfant auront des taux réduits sur leur barème d'imposition. 1 enfant donnerait droit à un taux de 18% sur la première tranche d'impôt (jusqu'à 20.000 euros) au lieu de 22%. Avec 2 enfants ça passerait à 16%. Et ainsi de suite jusqu'à 4 enfants et plus où ce taux passerait à 0%.
Un des plus faibles taux de natalité d'Europe
Il a toutefois souligné que le problème démographique n'était pas exclusivement lié au niveau économique ou à la prospérité des pays, mais « à d'autres raisons qu'il nous faut analyser beaucoup plus en profondeur si on veut le résoudre ».
La Grèce a l'un des plus faibles taux de natalité (nombre de naissances pour 1.000 habitants) parmi ses partenaires de l'UE, à 7,3, suivie par l'Espagne (6,9) et l'Italie (6,7) qui occupe la dernière place. Il est à titre de comparaison de 9,7 pour 1.000 en France.
Interrogé sur la possibilité de résoudre le problème du marché du travail et de la démographie par l'arrivée de migrants et réfugiés, Kyriakos Mitsotakis a insisté sur sa politique "stricte" migratoire.




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