Affichage des articles dont le libellé est Manitoba. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Manitoba. Afficher tous les articles

dimanche 29 mars 2026

Le nombre d’écoles islamiques au Canada augmente rapidement

« Nous serions tous prêts à nous battre et à mourir pour le Canada », déclare Abraham Abougouche tandis que la neige s’abat sur la fenêtre de son bureau. Le « nous » dont parle M. Abougouche désigne le personnel et les élèves de l’Edmonton Islamic Academy (EIA), la plus grande école de ce type sur le continent américain. Il en est le directeur. Son bureau arbore les symboles d’une double identité : des gants de boxe ornés du drapeau palestinien sont accrochés en face d’une vitrine remplie de souvenirs de hockey sur glace. Cet équilibre est délicat. « L’assimilation », dit-il, peut être « dangereuse si elle se fait aveuglément… Vous allez perdre votre identité personnelle, votre lien avec vos ancêtres. »

L'entrée de la Edmonton Islamic Academy

De nombreux parents musulmans à travers le Canada partagent son inquiétude. Ils craignent que le système scolaire public du pays — qui sépare généralement la religion de l’éducation, tout en autorisant les écoles religieuses à fonctionner de manière privée — n’éloigne leurs enfants des valeurs islamiques ou ne les expose à l’islamophobie. La plupart des élèves musulmans fréquentent le système public, mais les données de l’Association des écoles islamiques du Canada montrent une augmentation des inscriptions dans les écoles islamiques privées. Il y a de longues listes d’attente pour les écoles existantes et de nouvelles s’ouvrent rapidement.

L’EIA est une source d’inspiration pour bon nombre de ces nouvelles écoles. Fondée en 1987, elle compte aujourd’hui 1 400 élèves. Son grand hall central a été conçu pour servir également de mosquée. Elle construit actuellement une extension de 80 millions de dollars canadiens (60 millions de dollars américains) pour accueillir sa liste d’attente, qui dépasse les 1 500 noms. Elle devra faire face à une certaine concurrence, car le Centre Omar Ibn Al Khattab, une mosquée située au sud de la ville, construit également une école islamique sur une terrain de plus de 16 hectares.

Les inquiétudes liées à une éventuelle islamophobie jouent un rôle dans cette expansion. Mohamed Abdallah, qui préside le conseil d’administration de la N.L. Islamic School, un réseau d’enseignement à domicile à St Johns, la capitale de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, rapporte qu’un enseignant d’une école publique locale a dit à des enfants musulmans « de retourner dans leur pays ». Il prévoit d’ouvrir bientôt une école physique dans la région et espère que cela aidera à persuader les parents musulmans de rester dans la province.

Fuite du public

Les systèmes scolaires publics réagissent à ces critiques. Les conseils scolaires de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique ont adopté des politiques contre l’islamophobie. Certains vont plus loin. Le Waterloo Region District School Board, en Ontario, aurait fait la promotion d’un « magasin de vêtements islamiques », vendant des articles arborant des slogans tels que « One Ummah, One Love » (l'Oummah signifie « nation » ou « communauté » en arabe).


Les écoles privées canadiennes doivent suivre le programme scolaire établi par leur province [Ce n'est pas rigoureusement exact, voir encadré ci-dessous]. Cela vise à maintenir le niveau en mathématiques, en sciences et en sciences sociales. M. Abougouche explique que les écoles islamiques doivent faire preuve d’« un peu de créativité » pour intégrer des cours sur l’islam. À l’école primaire Tarbiyah, près de Toronto, l’étude du cycle de l’eau en cours de sciences est ponctuée de discussions sur l’eau en tant que bénédiction d’Allah. Les cours de mathématiques dans la plupart des écoles islamiques mettent en avant l’influence des mathématiciens musulmans. À l’école Albushra d’Ottawa, les cours de sciences sociales promettent de « mettre en valeur la riche mosaïque de la civilisation islamique » à travers « la littérature, la poésie et la narration ». M. Abougouche explique que les cours de sciences sociales cherchent à comparer le sort des Autochtones canadiens à l’expérience des musulmans d’aujourd’hui.

De nombreuses écoles islamiques prolongent la journée scolaire afin que les élèves puissent apprendre à réciter le Coran. Souvent, ces séances ne sont pas facultatives. À l’École Ibn Batouta, également à Ottawa, les élèves doivent s’efforcer de mémoriser au moins un sourate (chapitre) du Coran par an, et sont encouragés à en apprendre davantage.

Ahmed (nom d’emprunt), un Ghanéen de 17 ans scolarisé à l’école ICE Islamia de Toronto, arbore fièrement une large djellaba marocaine. « J’aime être perçu comme musulman » dit-il. Fréquenter l’Islamia lui permet de conserver un cercle d’amis restreint ; il a constaté que les adolescents non musulmans sont souvent déconcertés par sa foi et le font se sentir exclu. Ses camarades de classe se lancent des défis pour lire l’intégralité du Coran pendant le ramadan. Les éducateurs publics et les sociologues craignent que le fait de céder à cette préférence pour des groupes d’amis exclusivement musulmans ne nuise à la cohésion sociale.

Tous les élèves ne sont pas comme Ahmed, note Ali Khan, son directeur. Il s’occupe d’enfants qui sont « obligés » d’être à l’école par leurs parents. « Nous essayons d’en tirer le meilleur parti », dit-il. Il en persuade certains des avantages de l’éducation islamique ; d’autres retournent vers le système public.

Les parents n’obtiennent pas tout ce qu’ils veulent. À Edmonton, M. Abougouche note qu’il s’est opposé à la demande de classes séparées par sexe. Certaines écoles laissent les parents décider si leurs filles portent le hijab. D’autres imposent cette tenue. Une école de Winnipeg exige que les filles portent le hijab dès l’âge de dix ans. L’éducation à la sexualité et au genre est un autre sujet de friction.

Certains programmes scolaires imposent désormais aux établissements d’enseigner aux élèves ce que sont les personnes homosexuelles et transgenres. De nombreuses écoles musulmanes ignorent cette directive.

La ségrégation n’est pas absolue. M. Abougouche affirme que les liens tissés avec des écoles non musulmanes permettent aux élèves de côtoyer des enfants différents d’eux. « Nous créons une bulle destinée à les protéger », explique-t-il. « Mais nous reconnaissons également que si on ne leur permet pas de sortir de cette bulle, c’est tout aussi dangereux. » Le déjeuner est composé de poutine, un plat canadien [québécois en réalité] classique. Les élèves se rendent en file indienne à la mosquée pour prier, les garçons séparés des filles. M. Abougouche souhaite qu’ils profitent de tout : la prière et la poutine.

Source : The Economist 


La liberté pédagogique des écoles privées au Canada : une mosaïque provinciale

Au Canada, l’éducation relève exclusivement des provinces, ce qui crée une grande diversité dans la régulation des écoles privées (subventionnées ou non). Contrairement à une idée répandue, toutes les écoles privées ne sont pas tenues de suivre strictement le programme provincial. La liberté pédagogique — c’est-à-dire la capacité de choisir les contenus, méthodes et approches (y compris confessionnelles) — varie énormément selon la province, le statut de financement et le type d’établissement. Les écoles juives, huttérites ou mennonites illustrent bien ces différences.

Québec : le moins de liberté pédagogique

Le Québec est la province où les écoles privées disposent de la plus faible marge de manœuvre. Toutes les écoles privées, qu’elles soient subventionnées ou entièrement financées par les parents, doivent détenir un permis et offrir le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) dans son intégralité. Les enseignants sont généralement certifiés par la province, et les écoles participent souvent aux évaluations provinciales. Même les établissements religieux (juifs, catholiques ou autres) ne peuvent déroger au cadre laïque : les cours comme l’ancien Éthique et culture religieuse (aujourd’hui Culture et citoyenneté québécoise) devaient être enseignés de manière « neutre » partout y compris dans des écoles catholiques privées comme Loyola qui s'est opposée à cette contrainte et a gagné en Cour Suprême. Les éléments confessionnels ne sont autorisés qu’en supplément, jamais en remplacement. [Québec : la guerre contre l'école privée est une guerre injuste,  Loi 9 sur la laïcité (lutte à l'entrisme islamiste à l'école publique) : école privée protestante menacée de fermeture]

Résultat : très peu de liberté pédagogique, même pour les écoles non subventionnées.

Provinces de l’Ouest : flexibilité variable selon le financement

En Alberta, Saskatchewan et Manitoba, les écoles privées financées (ou accréditées) doivent généralement suivre le curriculum provincial et employer des enseignants certifiés.

En revanche, les écoles indépendantes non financées bénéficient d’une plus grande autonomie sur les contenus et méthodes. Les communautés huttérites et mennonites profitent souvent d’un statut hybride : leurs écoles sur colonie sont généralement gérées par les divisions scolaires publiques (donc financées), mais adaptées culturellement. Les enseignants provinciaux certifiés dispensent le curriculum de base, avec des exemptions limitées et des cours de religion ou d’allemand hors horaire scolaire.

Les écoles mennonites privées suivent un modèle similaire, avec plus ou moins de liberté selon qu’elles demandent ou non du financement.

En Colombie-Britannique, les écoles indépendantes sont classées en groupes : les plus financées doivent respecter le curriculum provincial, tandis que les écoles non financées ont une plus grande latitude.

Ontario : une des plus grandes libertés

L’Ontario offre l’un des cadres les plus souples. Les écoles privées élémentaires (et les secondaires non inspectées) ne sont pas obligées de suivre le curriculum provincial. Elles doivent simplement enseigner des matières générales et respecter les lois sur la fréquentation scolaire.

Seules les écoles secondaires inspectées qui délivrent des crédits officiels doivent s’aligner sur le programme.

Cela profite particulièrement aux écoles juives, chrétiennes ou autres confessionnelles non financées, qui peuvent intégrer librement leurs valeurs et approches pédagogiques.

Les provinces maritimes et le reste du pays

Dans les provinces de l’Est (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, etc.), les écoles privées reçoivent rarement du financement public et jouissent donc d’une grande autonomie pédagogique, à condition de respecter les exigences minimales de fréquentation et de sécurité.

En résumé

La liberté pédagogique des écoles privées au Canada n’est pas uniforme : elle est maximale dans les écoles non financées en Ontario et dans certaines provinces de l’Ouest, et minimale au Québec, où même les établissements indépendants doivent s’aligner strictement sur le PFEQ et le cadre laïque. Les communautés religieuses tirent parti de ces variations provinciales pour maintenir leur identité éducative.

vendredi 12 décembre 2025

Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

En 2023, le conseil municipal de Winnipeg a officiellement et à l’unanimité changé le nom du boulevard Monseigneur Grandin (Bishop Grandin) en Abinojii Mikanah, qui signifierait « route des enfants » en ojibwé et en cri, même si un conseiller municipal a estimé que ce changement serait « source de confusion, coûteux et potentiellement dangereux » dans les cas où les premiers intervenants recherchent des adresses. Il a également fait part de ses inquiétudes quant au fait que certaines personnes pourraient refuser d’utiliser ce nouveau nom imprononçable. 



[Winnipeg a également renommé le Sentier Grandin Awasisak Mēskanôw (« la route des enfants » en cri) et la rue Grandin devient la Taapweewin Way ce qui signifierait « La voie de la vérité » en michif la « langue ancestrale » des Métis du Manitoba selon Radio-Canada. Ce qui linguistiquement est — comment dire ? — peu précis. Le michif est une langue métisse, parlée par les Métis, qui mélange le français et le cri et d’autres langues autochtones comme l’ojibwé. Mais il existe en réalité plusieurs langues michif (français michif, michif du Nord, michif du Sud) qui ne sont pas toujours mutuellement intelligibles. Winnipeg n’a pas choisi du michif français (qui serait quelque chose comme La chmin d’la vraytay) alors que c’était de loin la variété la plus parlée par les Métis du Manitoba et que Saint-Boniface était pourtant le centre urbain du Manitoba francophone… Le mot Taapweewin est cri : ᑖᐯᐧᐃᐧᓂᐤ.]

Mais début mars 2023, une conseillère municipale de Winnipeg a demandé que le changement de nom prévu ait lieu dès que possible. 

La conseillère Sherri Rollins, présidente du comité de l’immobilier et du développement, a déclaré que le nouveau nom déjà approuvé par la ville marquait une étape essentielle vers la réconciliation avec les peuples autochtones, un argument commun chaque fois qu’il s’agit de changer des noms actuellement en Amérique du Nord.



À l’appui de sa position, Mme Rollins a souligné que les demandes du public en faveur d’un renforcement des efforts de réconciliation se sont considérablement accrues au Canada au cours des deux années qui ont suivi la première annonce de la découverte de plus de 200 tombes anonymes sur le site de l’ancienne école résidentielle indienne (IRS) de Kamloops, en Colombie-Britannique.

« Abinojii Mikanah, un nom de rue qui rend hommage de manière très importante aux enfants victimes du génocide… (est) d’une importance vitale », a déclaré Mme Rollins.

Ce qu’elle a omis de mentionner, c’est que le site de Kamloops et des dizaines d’autres sites similaires à travers le Canada n’ont fourni aucune preuve de l’existence réelle de dépouilles d’anciens élèves de l’IRS. On n’a détecté que des anomalies dans le sol à l’aide d’un outil peu fiable appelé radar à pénétration de sol.

samedi 15 novembre 2025

16 novembre 1885, pendaison de Louis Riel par les Britanniques


 

Louis Riel est le chef des Métis lors de la rébellion de la Rivière Rouge en 1869. Il est à 7/8 e d’ascendance française et 1/8 e indienne. Louis Riel, ainé de onze enfants, y naît en 1844 de Louis Riel (père) (1817-1864) et de Julie Lagimodière (1822-1906). Les parents de Julie sont Marie-Anne Gaboury et Jean-Baptiste Lagimodière, tous deux considérés comme des pionniers de l’Ouest canadien et des Prairies. Louis Riel (fils) suit tout d’abord les cours dispensés par les prêtres catholiques de Saint-Boniface dans le Manitoba. Remarqué par l’évêque Alexandre Taché, qui promeut l’accession à la prêtrise pour les jeunes Métis les plus prometteurs, il part pour le petit séminaire du Collège de Montréal, au Québec (à plus de 2000 km à l’Est de Saint-Boniface). Les témoignages de cette époque laissent deviner un étudiant doué pour les langues, les sciences et la philosophie, mais de tempérament lunatique. Après un bref séjour de 1866 à 1867 aux États-Unis, Louis Riel revient à la rivière Rouge (du Manitoba) le 26 juillet 1868.

Il agit comme président du Comité national des Métis. Après avoir forcé l’arrêt du mesurage des terres du Nord-Ouest par les arpenteurs ontariens, les Métis s’emparent du poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson à Upper Fort Garry. À titre de gouvernement provisoire, le Comité négocie l’adhésion des habitants du Nord-Ouest dans le nouveau « Dominion du Canada », ce qui aboutit en 1870 par la création de la province du Manitoba. Malheureusement, durant cette période, une cour martiale métisse condamne l’aventurier Thomas Scott à mort par peloton d’exécution. Scott, Irlandais d’origine, devient le martyr des anglophones protestants et orangistes et sa mort devient pour eux le symbole de l’hostilité des Métis envers l’Ontario.

Durant la décennie qui va suivre, Riel se réfugie aux États-Unis. Même s’il est élu député de la Chambre des communes, il ne pourra jamais y siéger étant contraint à l’exil en raison de sa condamnation pour le meurtre de Scott. Il est également atteint d’une forme de mysticisme religieux qui force ses proches à le faire interner dans des « hôpitaux pour lunatiques » du Québec entre 1875 et 1878. Il se rend ensuite au Montana jusqu’en 1884, date où il accepte de revenir dans le Nord-Ouest canadien. Convaincu qu’il est un prophète du Nouveau Monde, Riel organise et dirige la rébellion du Nord-Ouest. Après une série de batailles, Riel se rend aux éclaireurs de la Police à cheval du Nord-Ouest le 15 mai 1885.

Le 6 juillet suivant, Riel est accusé de trahison. Son procès se déroule à Regina. Bien que son avocat tente de plaider l’aliénation mentale, Riel réclame un procès politique. Amené à la barre, Louis Riel fait un discours virulent lorsqu’il s’adresse au jury. Il est finalement reconnu coupable ; les nombreux appels à la clémence ne peuvent le sauver. Son exécution est reportée trois fois, sous une pression populaire grandissante, surtout au Québec. Rien n’y fait, le verdict est maintenu en appel. Le 16 novembre 1885, Louis Riel est pendu à Regina. Depuis sa mémoire a été partiellement réhabilitée puisqu’il est considéré comme le fondateur du Manitoba et comme un des Pères de la Confédération.

Voir aussi

 22 janvier 1890 : le français aboli comme langue officielle et d’enseignement au Manitoba

 

dimanche 19 janvier 2025

Bilan annuel du Centre canadien pour l’éducation à la maison

Comme vous le savez, les gouvernements provinciaux sont responsables des lois régissant l'enseignement à domicile. 
 
Au Québec, la Direction de l'enseignement à la maison a légèrement modifié son approche démesurée en matière de réglementation de l'enseignement à la maison: la DEM a remplacé la rencontre annuelle de suivi à domicile par une réunion Zoom en ligne et la rédaction du rapport de mi-année a été facilitée. Bien qu'il s'agisse de changements positifs pour les Québécois, les résultats d'une série d'élections provinciales à travers le Canada au cours de l'année écoulée n'augurent rien de bon pour nos libertés, en général.

Au Nouveau-Brunswick, le Parti libéral est arrivé au pouvoir en octobre 2024 en promettant d'investir de l'argent dans le système d'éducation publique en déclin. Malheureusement, les libéraux ont clairement affiché leur mépris pour les droits parentaux et l'unité familiale. Ils ont déjà voté pour que les enseignants gardent secrètes les informations concernant les élèves et les parents. Les liens étroits de ce gouvernement idéologique avec les syndicats d'enseignants, son mépris pour les droits parentaux et son programme déclaré d'«inclusion» nous inquiètent profondément.

En Colombie-Britannique, le NPD provincial a été réélu en octobre avec une faible majorité. L'enseignement à domicile est depuis longtemps un choix populaire en Colombie-Britannique et de nombreux parents qui font l'école-maison considèrent leur liberté de choix comme acquise. Ils devraient toutefois s'inquiéter du fait que ce même gouvernement néo-démocrate poursuit agressivement un programme radical d'éducation sexuelle dans le système scolaire public. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que cette éducation ne soit exigée dans les écoles privées et même dans les écoles à domicile pour que les élèves puissent obtenir le diplôme provincial d'études secondaires.

Plus préoccupant encore, le NPD du Manitoba, élu à l'automne dernier, a salarié un nouvel agent de liaison dans une commission scolaire du sud du Manitoba afin de tenter de « réintégrer » les familles dans le système scolaire public. La raison en est, selon le ministre, que « certaines de ces familles n'ont jamais connu l'expérience de l'école publique ». Mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est que le ministre s'est lancé dans un examen formel de l'enseignement à domicile. Il a entamé une « enquête pilote » afin de déterminer les raisons pour lesquelles l'enseignement à domicile s'est développé de manière aussi importante. Le ministre déclare qu'il espère obtenir « des données concrètes qui nous permettront d'aller de l'avant.» Il s'agit d'une avancée dangereuse qui met en péril nos libertés.

Dans l'année qui vient de passer, le conseil scolaire de la province de Terre-Neuve a commencé à demander beaucoup plus d'informations aux familles que par le passé et refuse à de nombreuses familles l'autorisation de faire l'école à la maison en raison de ce qu'il considère une documentation inadéquate. Tout comme au Manitoba, cette commission scolaire provinciale a également commencé à interroger directement les parents sur les raisons qui les ont poussés à choisir l'éducation à domicile.

Peu importe que vous viviez au Manitoba, à Terre-Neuve ou dans une autre province : les motivations qui vous poussent à choisir d'éduquer vos propres enfants, ça ne regarde tout simplement pas le gouvernement ! Ça ne le concerne pas plus que les questions sur ce qui motive vos choix médicaux, vos décisions en matière d'alimentation, vos projets de voyage ou votre fréquentation ou pas d’une église.

La raison pour laquelle le gouvernement intervient dans la prise de décision des parents est exclusivement idéologique - en d'autres termes, il croit en un système public « unique » qui enseigne la conformité, évite d'enseigner la pensée logique et critique, et enrôle les enfants dans les dernières modes politiques. C'est la raison pour laquelle je suis si préoccupé par ces développements.

Les politiciens et les bureaucrates dont la motivation principale est de supprimer ou même d’interdire l'éducation à domicile ne se soucient pas vraiment de la qualité de l'éducation que reçoivent les enfants canadiens. Soyons honnêtes: s'ils se préoccupaient réellement de la qualité de l'enseignement, ils se concentreraient plutôt sur la correction des échecs du système public, avec ses résultats en baisse, ses taux élevés de décrochage scolaire et son incapacité à offrir des services complets aux enfants ayant des besoins particuliers, sans parler de l'augmentation du nombre de perturbations dans les classes et de l'intimidation dans les cours d'école.

En revanche, il n'y a aucune preuve de carences académiques de la part de la communauté école-maison. En fait, nous disposons de recherches évaluées par des pairs qui prouvent que nos élèves obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux du système public. En outre, tout porte à croire que les jeunes éduqués à la maison poursuivent des études supérieures réussies et mènent des carrières passionnantes. Par ailleurs, quel parent choisira d'investir autant de temps et d'argent dans l'éducation de ses propres enfants s'il n'est pas convaincu qu'il fera un meilleur travail que le système public « gratuit » ?

La seule raison de vérifier les motivations des familles est de chercher à justifier la restriction ou l'interdiction pure et simple de l'enseignement à domicile. Et, soyons clairs, si une province décide de bafouer nos libertés, d'autres provinces pourraient bien emboîter le pas.

C'est donc maintenant qu'il faut agir. Nous avons besoin de votre aide pour constituer un Fonds de défense pour la liberté qui nous permettra de lutter contre toute tentative, au Manitoba, à Terre-Neuve, en Colombie-Britannique ou ailleurs, de restreindre ou de nier vos choix parentaux. Nous avons besoin de ces fonds pour soutenir notre travail de plaidoyer auprès des décideurs et des politiciens. Et si une province va trop loin, nous nous battrons pour vos libertés devant les tribunaux. Nous devons commencer à constituer ce nouveau fonds dès aujourd'hui.

Bien sûr, c'est le travail que la HSLDA et le CCHE ont toujours fait et nous avons connu un succès considérable au cours des 33 dernières années. Mais nous sommes arrivés à un moment critique au Canada avec l'élection d'un si grand nombre de gouvernements provinciaux possiblement hostiles dont certains ont déjà pris des mesures préliminaires pour supprimer nos libertés.

Ferez-vous un don généreux aujourd'hui ?


Cordialement,
Peter Stock, Directeur général, CCHE
Centre canadien pour l'éducation à la maison

Unit 210 - 980 rue Adelaide.
S. London (Ontario)
N6E 1R3
francais@cche.ca
819.376.9739
cche.ca/fr/
Centre canadien pour l’éducation à la maison

mardi 14 mai 2024

Le Québec relativement épargné par la crise des opioïdes en Amérique du Nord

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le pays « a connu un nombre substantiellement plus élevé de décès et d’autres méfaits associés aux opioïdes depuis le début de la surveillance en 2016 [et la] pandémie de COVID-19 pourrait avoir exacerbé la crise » (Comité consultatif spécial fédéral, provincial et territorial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes 2023).

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique que le Québec a jusqu’à présent été relativement épargné si on le compare au reste du Canada (INSPQ 2024b). L’INSPQ estime que le nombre de décès attribuables à une intoxication aux opioïdes étaient en baisse en 2018 et 2019 (211 et 212, respectivement), ont remonté en 2020 (319), et sont demeurés relativement élevés en 2021 (284).

Pour suivre les tendances plus récentes, l’INSPQ diffuse également le nombre de décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou à d’autres drogues, jusqu’en décembre 2023. Selon ces données, on observe qu’après la période relativement stable de l’année 2021, il y a eu une augmentation du nombre de cas à la fin de l’année 2023. Notons qu’au terme des enquêtes, le nombre de décès attribués à une intoxication aux opioïdes s’avère plus faible que le nombre de décès liés aux intoxications initialement suspectées, qui incluent également d’autres drogues.


Par ailleurs, l’Agence de la santé publique du Canada compile des statistiques sur le sujet à partir des données qui lui sont soumises par les provinces et territoires. D’après son rapport publié en décembre 2023, on constate ce qui suit :

  • Il y a eu environ 70 600 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada entre janvier 2016 et juin 2023 (2 800 en 2016, 3 900 en 2017, 4 200 en 2018, 3 700 en 2019, 6 400 en 2020, 8 000 en 2021, 7 500 en 2022 et 4 000 entre janvier et juin 2023) ;
  • Selon les données provisoires, le nombre total de décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada enregistrés depuis le début de 2023 (janvier à juin) est supérieur de 5 % à celui correspondant à la même période pour l’année précédente ;
  • La très grande majorité des décès apparemment liés aux opioïdes étaient accidentels ;
  • Depuis le début de l’année 2023 (janvier à juin), 89 % de tous les décès accidentels liés à une intoxication aux opioïdes au Canada sont survenus en Colombie-Britannique, en Alberta ou en Ontario. Des taux élevés ont également été observés dans d’autres régions également ;
  • Entre janvier 2016 et juin 2023, le taux de décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes a varié entre 2 et 6 pour 100 000 habitants au Québec. Au Canada, il a varié entre 8 et 21 pour 100 000 habitants.
  • Le taux de la Colombie-Britannique, la province la plus touchée, varie entre 20 et 48 pour 100 000 habitants depuis 2017


dimanche 17 décembre 2023

Grand remplacement du français par le pendjabi au Manitoba ?

Alors qu’en 2021 seules 14 715 personnes disaient parler le français le plus souvent à la maison au Manitoba, 29 395 déclaraient plutôt parler le pendjabi à la maison, soit plus de deux fois plus. Le tagalog (philippin) est parlé pour sa part par 33 565 personnes à la maison. En 1870, le français dominait comme langue au Manitoba.

Le Ô Canada a été écrit à l’origine pour la cérémonie de la Saint-Jean-Baptiste de 1880, jour de fête nationale des Canadiens français (y compris les Franco-Manitobains à l’époque donc). Chant patriotique canadien-français, l’hymne a été repris par les Canadiens anglais avec des paroles très différentes soumises à des révisions multiples. Ces paroles pourraient encore être modifiées prochainement (voir Canada anglais : moitié des sondés pour que l’hymne national dise « sur des terres autochtones » plutôt que « pays natal »).

La capitale du Manitoba, Winnipeg, est donc « entrée dans l’histoire » en y interprétant l’hymne national du Canada en pendjabi pour la première fois dans la Ligue nationale de hockey (LNH, ligue qui est en fait binationale…)
 
Notons que la foule ne reprend d’une voix virile que « True North » (le vrai Nord) qui est un cri de ralliement identitaire (à l’origine vrai et fidèle à la Couronne Britannique par rapport aux États-Unis). Chez certains, ce terme souligne la fierté de faire partie d’un peuple qui serait plus coriace que le Sud indolent et efféminé. Enfin, une autre expression « Great White North » (Le Grand Nord blanc) serait pour d’aucuns une référence à un pays moins sang-mêlé, plus germanique, et pas uniquement une description géographique et climatique. La version originelle de l’hymne national (en français donc) ne mentionne pas le Nord.
Rappel
 
À l’entrée dans la confédération de la province du Manitoba en 1870. À ce moment les anglophones d’extractions britanniques étaient approximativement de 5 % de la population totale. Les descendants des Français et métis francophones formaient 40 % de la population et les Autochtones majoritaires 45 %. La province est alors officiellement bilingue, les lois sont publiées en français et en anglais, des écoles enseignent en français.

En 2021, 37 750 personnes parlaient le français régulièrement (mais pas nécessairement le plus souvent) à la maison (2,8 % de la population), il est inférieur au nombre de personnes nées dans des familles francophones. Ce chiffre est en baisse constante.




 
Voir aussi
 
« Le français hors Québec ? C'est terminé. » Sauvons les meubles... Passons à l'unilinguisme territorial. Un Québec unilingue francophone.

lundi 4 septembre 2023

Le chef adjoint du Parti conservateur fédéral promet de supprimer le test d'anglais pour les immigrants

C'est passé sous les radars médiatiques à notre connaissance.

Le 7 novembre dernier, les membres du groupe parlementaire de M. Poilièvre ont organisé une rencontre à Winnipeg avec des membres du parti conservateur du Manitoba, notamment des représentants de l'Association of Black Conservatives (ABC), du Congrès ukrainien-Canada, de la Fédération juive de Winnipeg et des membres des communautés philippine et punjabi.

Le chef adjoint du Parti conservateur du Canada, Tim Uppal (debout, quatrième à partir de la gauche, turban bleu), en compagnie des membres de l'Association of Black Conservatives, le 7 novembre 2022.


Le chef adjoint du Parti conservateur fédéral, Tim Uppal, s'est exprimé au nom de son parti.

"Nous maintiendrons les mêmes engagements et la même volonté de poursuivre les discussions sur l'immigration [y compris] l'immigration fondée sur le regroupement familial, la reconnaissance des certificats étrangers, la suppression de l'examen d'anglais [et probablement de français aussi], ainsi que l'élimination des goulets d'étranglement pour améliorer le processus d'immigration", a déclaré M. Uppal à l'assemblée.

M. Uppal a encouragé les immigrants à s'engager davantage dans la vie civique et leur a demandé d'envisager de se présenter aux prochaines élections fédérales.

Les autres membres du cabinet fantôme de M. Poilièvre présents étaient Jasraj Singh Hallan (Finances et prospérité de la classe moyenne), James Bezan (Défense), Raquel Dancho (Sécurité publique) et Dan Mezier (Développement économique rural).

Le soutien croissant des Black Conservatives du Manitoba à M. Poilièvre a commencé avec les élections fédérales de septembre 2021. Au cours de cette campagne, plus de 800 membres de la communauté noire de Winnipeg sont devenus membres du Parti conservateur, "ce qui a aidé à propulser le parti vers d'importantes victoires", a déclaré M. Aregbesola lors d'un entretien avec New Canadian Media après que M. Poilièvre a remporté la direction du parti.M. Poilievre a remporté toutes les circonscriptions du Manitoba, recueillant près de 72 % des suffrages exprimés dans la province, selon les chiffres publiés par The Writ, une publication en ligne sur les élections au Canada.

Après la course à la direction, M. Agboola a reçu un message de M. Poilièvre et de Candice Bergen, chef intérimaire du parti, remerciant la communauté noire du Manitoba pour son soutien.

"C'était une expérience qui rendait humble", a déclaré M. Agboola, qui faisait partie du comité d'organisation de la course à la direction.

Pendant la campagne, M. Poilièvre a amené sa mère rencontrer M. Agboola, d'origine nigériane, "pour nous remercier de notre soutien et de l'amour que nous avons manifesté". Dans son discours d'acceptation, M. Poilièvre a reconnu le rôle joué par l'aile manitobaine du parti.

lundi 20 février 2023

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Louis Riel (22 octobre 1844 – 16 novembre 1885) est un homme politique canadien-français, chef du peuple métis dans les Prairies canadiennes et fondateur de la province du Manitoba. Louis Riel est l’aîné d’une famille de 11 enfants. Son père (Louis Riel aussi) était né à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan). Sa mère (Julie Lagimodière) était pour sa part née à Saint-Boniface (Manitoba). On dit qu’il avait un huitième de sang indien, sa grand-mère paternelle étant une Métisse franco-chipewyanne. Il quitte Saint-Boniface dès ses 13 ans pour faire ses études au collège des Sulpiciens de Montréal distant de 2000 km du Manitoba. Riel y effectue de bonnes études, mais n’est guère touché par la vocation religieuse. Perturbé par la mort de son père, qui survient en 1864, Riel a alors 20 ans, il quitte le séminaire et travaille quelque temps comme clerc d’avocat avant de revenir en 1868 dans sa région natale. 

Il a dirigé deux mouvements de résistance contre le gouvernement canadien dans le but de protéger les droits et la culture des Métis, alors que l’influence canadienne-anglaise se faisait de plus en plus sentir dans les Territoires du Nord-Ouest. La première révolte est la rébellion de la rivière Rouge, de 1869 à 1870.

À la veille de 1869, la colonie de la Rivière-Rouge qui s’est essentiellement organisée autour de la paroisse de Saint-Boniface, à l’emplacement actuel de la ville de Winnipeg, regroupe une majorité d’habitants Métis franco-canadiens qui forment un groupe distinct et majoritaire qui fait usage de la langue française et qui est de confession catholique. C’est l’arrivée des arpenteurs du Dominion, au cours de l’été suivant, qui est le point de départ de l’organisation de la résistance métisse au plan d’annexion du gouvernement canadien. À la tête de cette résistance se trouve le Métis Louis Riel.

Le gouvernement provisoire, établi par Louis Riel, négocie finalement l’entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Une Liste des droits est rédigée dont les articles de la dernière version seront repris, pour l’essentiel, dans l’Acte du Manitoba. De cette Liste des droits, retenons qu’elle comporte trois points importants : elle revendique le statut provincial pour le territoire concerné — ce dernier, qui deviendra la province du Manitoba ; en outre, elle demande des écoles séparées selon les confessions religieuses catholique et protestante ; enfin, elle réclame l’égalité du français et de l’anglais tant sur le plan institutionnel que scolaire. La province du Manitoba, qui voit le jour le 15 juillet 1870, est donc officiellement bilingue.

Les Métis subissent l’offensive de la minorité ontarienne venue de l’Est et désireuse de prendre possession des terres agricoles de la colonie, un jeune Orangiste, Thomas Scott, est fait prisonnier et est exécuté. Louis Riel, en tant que chef du gouvernement, sera tenu pour responsable de cet acte : recherché pour meurtre, il sera contraint à l’exil aux États-Unis et il ne reviendra sur le devant de la scène de l’histoire canadienne qu’en 1884 lors de la rébellion métisse en Saskatchewan. La province voisine du Manitoba.

Durant cette période, il est élu à trois reprises à la Chambre des communes du Canada, bien qu’il n’ait jamais pu occuper son siège. 

À l’été 1884, l’évêque Grandin présente au Premier ministre Macdonald les revendications des Métis : que les Territoires du Nord-Ouest, qui sont gouvernés par un conseil nommé par le gouvernement fédéral, deviennent une province avec un gouvernement doté de responsabilités complètes ; que les Métis reçoivent les titres de propriété intégrale de leurs terres ; qu’on arpente ces terres selon le système de partage des terres des Métis, qui divise le territoire en lots avec un accès à la rivière (il s’agit du système hérité du régime français : les fameux rangs) ; et que Louis Riel soit reconnu comme dirigeant en étant nommé au conseil territorial ou au Sénat canadien.

En décembre 1884, Louis Riel rédige une nouvelle liste de réclamations, qui suit les mêmes principes, mais sur un ton plus urgent. La réponse du gouvernement arrive en janvier 1885 : on ne négociera pas avec Riel. C’est la seconde rébellion.

À l’issue de celle-ci, Louis Riel sera pendu en 1885. Le Premier ministre de l’époque, John Macdonald, salua sa condamnation pour « trahison » en ces termes :

« Il (Riel) mourra même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. »

Or voici qu’en la Journée Louis Riel, l’Assemblée législative du Manitoba annexe en anglais uniquement Louis Riel, partisan des droits des métis francophones et catholiques qui s’opposait à l’émigration d’orangistes spoliateurs, comme figure titulaire d’un monde  qui embrasse toutes les cultures. Louis Riel, figure tutélaire du Canada multiculturaliste ? Louis Riel qui ne lutta pas pour les droits de toutes les cultures à venir au Manitoba, mais pour que les métis autochtones puissent continuer à vivre comme avant... Ce Louis Riel historique-là ? Louis Riel qui aima tellement le nouveau Manitoba sous l'emprise britannique, ses arpenteurs, ses colons et son anglais imposés, qu'il s'en enfuit pour s'établir loin de ceux-ci en Saskatchewan avant de leur y livrer bataille à Batoche ?

Quant Louis Riel Day, cette journée de congé instaurée par la Province du Manitoba en 2008 a été placée sous le signe de l’esprit métis par la volonté d’écoliers manitobains qui avaient soumis le nom de Louis Riel. (11 écoles sur 114 écoles participantes.)

Selon l’hebdomadaire franco-manitobain, La Liberté, « les décideurs politiques ont très judicieusement choisi de respecter leur intuition. Peut-être parce qu’ils ont choisi de mettre leur confiance dans les voix de l’avenir ; sûrement parce que les milieux politiques savent fort bien que la pendaison pour haute trahison du chef métis en 1885 relevait de l’assassinat politique. »

L’ancien juge en chef de la Cour d’appel du Manitoba Alfred Monnin (1920-2013) n’hésitait pas à dire que le procès de Louis Riel représentait un moment sombre dans l’histoire judiciaire du Canada. Le scandale qui s’est joué au tribunal à Regina a engendré un scandale encore plus honteux, puisqu’il a légitimé la falsification de l’histoire. En effet les thuriféraires du Dominion du Canada, convaincus que les peuples autochtones étaient de toute façon voués à la disparition, se sont fait un devoir de dépeindre Louis Riel sous les traits d’un traître, doublé d’un illuminé. Pendant trop longtemps, des générations d’écoliers ont dû entendre ces mensonges.

L’instauration de la Journée Louis Riel a bien sûr contribué à faire réfléchir les Manitobains d’un certain âge prisonniers d’une fausse idée de l’homme qui a joué un rôle central dans la naissance du Manitoba. Pourtant, même si la valeur symbolique accordée au troisième lundi de février est énorme, surtout si l’on chausse les souliers des vieux Métis, la réhabilitation de Louis Riel n’est pas complète.

Paulette Duguay, la présidente de l’Union nationale métisse Saint — Joseph du Manitoba, le soulignait dans une lettre à La Liberté publiée dans l’édition du 18 au 24 novembre 2015. Il importe d’avoir à l’esprit que l’Union nationale métisse est de très loin la plus ancienne organisation métisse au Canada. Elle a été fondée dès 1887, pour rallier les Métis après la pendaison de leur chef. Depuis toujours, les membres de cette organisation entretiennent la volonté d’obtenir un jour la totale réhabilitation de celui qu’ils considèrent comme « l’un des Pères de la Confédération, un homme lésé, un défenseur de son peuple et un protecteur des droits des minorités au Canada ». (En 1992, le Parlement canadien a reconnu à l’unanimité Louis Riel comme le fondateur du Manitoba.)

Paulette Duguay a inscrit son plaidoyer en faveur de Louis Riel dans la perspective du 150e anniversaire de la Confédération après avoir rappelé qu’en 2013 les juges de la Cour suprême du Canada ont tenté, à leur manière, de rectifier le verdict de 1885 en déclarant que « le gouvernement fédéral n’avait pas donné une suite honorable aux promesses de terres faites aux Métis dans la Loi qui a créé le Manitoba ».

Voir aussi

22 janvier 1890 : le français aboli comme langue officielle et d’enseignement au Manitoba

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Comment Hollywood (Cecil B. DeMille) en 1940 voyait Louis Riel, les métis, la rébellion de 1885 et la prairie de la Saskatchewan...Après la rébellion de la rivière Rouge de 1869-70, nombre de Métis se déplacèrent du Manitoba vers la Saskatchewan pour fonder la colonie de Batoche. Mais des colons anglophones commencèrent à arriver d'Ontario, imposant — comme au Manitoba — la distribution des terres selon le système de concessions carrées « à l'anglaise » plutôt que d'après le système seigneurial de la Nouvelle-France de bandes perpendiculaires à la rivière (les rangs) que les Métis avaient hérité de leurs ancêtres canadiens français.

« Unir plutôt que diviser » ou comment imposer un monopole en jouant sur les sentiments

mercredi 30 juin 2021

Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

Élèves autochtones (Adeline Racette et Emily Bone) du pensionnat d’Assiniboia, à Winnipeg, Manitoba.

Alors que les églises catholiques du Canada sont vandalisées ou incendiées, il est bon de se rappeler que deux éminents autochtones ont attribué à leurs pensionnats le mérite de leur réussite dans la vie. Il s’agit du dramaturge cri de renommée mondiale Tomson Highway et de la défunte chef de bande dénée d’Inuvik, Cece Hodgson-McCauley. En outre, un certain nombre de personnes ont écrit des récits à la sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, témoignant avoir eu des expériences positives ou avoir entendu des récits de première main de bonnes expériences dans les pensionnats. En 2015, Tomson Highway a déclaré au désormais défunt Huffington Post Canada qu’il avait passé neuf des « années les plus heureuses » de sa vie dans un pensionnat. L’école, appelée le pensionnat Guy Hill, était gérée par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Né dans le nord du Manitoba, Highway a été envoyé au pensionnat à l’âge de six ans et y est resté jusqu’à l’âge de 15 ans, rentrant chez lui pour les deux mois de vacances d’été. Il a ensuite été mis en pension dans des familles d’origine européenne tout en terminant ses études secondaires à Winnipeg. « Tout ce qu’on entend, ce sont les choses négatives ; personne ne s’intéresse au positif, à la joie dans cette école », a déclaré Highway au journaliste Joshua Ostroff à propos de Guy Hill. « Neuf des années les plus heureuses de ma vie, je les ai passées… dans cette école », a-t-il poursuivi. « J’ai appris votre langue, pour l’amour de Dieu. Avez-vous appris ma langue ? Non, alors qui est le privilégié et qui est le défavorisé. »

M. Highway a laissé entendre qu’il y avait autant d’histoires « positives » sur les pensionnats que d’histoires « négatives » entendues par l’enquête « Vérité et réconciliation du Canada » sur le système de pensionnat qui a vu des dizaines de milliers d’enfants des communautés nordiques emmenés loin de leurs familles pour leur éducation. Il a également attribué à son école sa réussite, et aux autres pensionnats la réussite d’autres anciens élèves. « Vous avez peut-être entendu des histoires négatives de la part de 7 000 témoins dans le processus », a déclaré le dramaturge primé. « Mais ce que vous n’avez pas entendu, ce sont les 7 000 rapports qui étaient des histoires positives. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui ont réussi dans ces écoles, qui ont des carrières brillantes et qui sont des gens très fonctionnels, très heureux, comme moi. J’ai une carrière internationale florissante, et cela ne serait pas arrivé sans cette école ».

« La vérité les ronge parce qu’ils ont peur de dire du bien du pensionnat »

Cece Hodgson-McCauley a été la première femme chef parmi les 23 chefs de bande des Territoires du Nord-Ouest du Canada. Chroniqueuse de longue date pour le Northern News Service, Mme Hodgson-McCauley a écrit en 2012 une description de ce qu’elle a appelé « L’autre côté du pensionnat ». Lorsque sa mère est morte, la future chef avait six ans et son frère deux ans et demi. Son père était trappeur et n’avait donc « pas d’autres choix » que d’envoyer ses enfants au pensionnat de Fort Providence, administré par des religieuses, pour qu’ils soient pris en charge pendant l’année scolaire. « J’ai passé 10 ans là-bas, rentrant chaque été pour les vacances sur le bateau de la mission », écrit Hodgson-McCauley. « Les nonnes nous ont appris tellement de choses. Je me souviens seulement d’une nonne qui était très stricte et d’une autre qui nous faisait trop prier. Dans chaque société, il y a des gens qui ont des personnalités qui sont du mauvais côté », a-t-elle poursuivi. « Mais je peux jurer sur la Bible que mon séjour au couvent a été bon. Nous mangions trois repas par jour, pas fantaisistes, mais nourrissants, beaucoup de loisirs, chaque hiver ils nous construisaient un grand toboggan et nous nous amusions à glisser et nous faisions beaucoup de pique-niques en été et en hiver nous faisions des promenades en foin, en traîneau tiré par des bœufs. » « On posait des collets à lapins et on mangeait du lapin. Ils avaient du pemmican, c’est de la viande pilée que les indigènes apprécient grandement. Ils nous ont appris à tricoter des bas pour nous-mêmes, à faire des perles fantaisie pour les mocassins et à faire du travail à la plume, de deux à douze plumes. Nous avons appris à faire nos propres robes, ils nous ont appris à cuisiner et à faire le ménage. » « Les garçons avaient le hockey et le baseball. Les garçons autochtones essayaient toujours de battre les garçons métis, c’était très amusant. » Hodgson-McCauley décrit ses années à l’école comme les meilleures de sa vie. « Ma famille dit la même chose, ma sœur ne jure que par elle », a-t-elle déclaré à un intervieweur. « Nous avons été traités merveilleusement bien ».

L’ancien chef — qui est décédé d’un cancer à l’âge de 95 ans en 2018 — a hérissé des plumes en suggérant que certaines personnes ont menti au sujet du système de pensionnat pour de l’argent. Contacté par la CBC, Hodgson-McCauley a insisté sur la valeur sociale des pensionnats, affirmant que « pour beaucoup d’enfants pauvres, c’était le seul endroit où les gens pouvaient obtenir trois repas complets par jour. » Hodgson-McCauley a également déclaré que des aînés l’avaient contactée au sujet de leur peur de dire la vérité. « LA VÉRITÉ LES RONGE PARCE QU’ILS ONT PEUR DE DIRE DU BIEN DU PENSIONNAT », a-t-elle écrit en lettres majuscules. On ne nous donne qu’une seule version de l’histoire, honte à notre gouvernement ! La sénatrice Lynn Beyak, aujourd’hui à la retraite, n’a pas eu peur de sonder les Canadiens pour connaître leurs convictions, bonnes ou mauvaises, sur les pensionnats et en a publié 104 sur son site Internet en 2017. Cinq d’entre elles ont été jugées racistes et ont donc eu la part du lion de l’attention des médias. Cependant, certaines des 99 autres contenaient des points de vue positifs sur les pensionnats, et ces points de vue ont été consignés par le journaliste Robert MacBain dans son article du 16 avril 2018 intitulé « Letters to Senator Beyak, Uncensored » dans C2C Journal : « En tant qu’éducateurs à la retraite, avec une expérience combinée de 26 ans dans des écoles autochtones et métisses, nous avons été témoin de première main des anecdotes et expériences positives de ceux qui ont tiré profit de leur fréquentation des pensionnats. Malheureusement, l’orthodoxie actuelle oblige à taire “leurs voix”. »

« En tant que frère d’une religieuse qui a travaillé dans le système, et neveu d’un jésuite qui y a également travaillé, je refuse catégoriquement de croire que toutes les personnes qui ont travaillé dans ces écoles étaient aussi mauvaises qu’on les dépeint. Au contraire, ils cherchaient, selon les règles sociales généralement admises à l'époque, à faire le bien et à aider ces enfants. » « J’ai travaillé avec les Chipewyan en tant qu’employé de l’Église catholique de 1991 à 2001 […] J’ai entendu de nombreux commentaires positifs de la part des autochtones qui avaient fréquenté le pensionnat de Fort Resolution […] » Une femme, chef de sa communauté depuis quelques années, a déclaré : « J’avais hâte de retourner au pensionnat. Vous étiez propres et vous aviez de la bonne nourriture. » J’ai connu une autre famille de huit enfants. Le père était un trappeur qui passait l’hiver sur les terres arides. Sa femme a contracté la tuberculose et a été placée dans un hôpital d’isolement à Ft. Res. Les enfants étaient emmenés par le papa chaque année au pensionnat pour les garder en sécurité. C’était très dur pour le plus jeune, qui n’avait que 4 ans à l’époque — c’était même traumatisant d’être séparé de ses parents et de ses frères et sœurs plus âgés. Cependant, l’enfant a survécu alors qu’il ne l’aurait peut-être pas fait autrement. Les écoles doivent être considérées dans le contexte des circonstances sociales et économiques de l’époque.

« Mon mari a travaillé et vécu dans plusieurs communautés autochtones du nord qui ont grandement bénéficié de ces écoles et où les gens parlent très bien des soins et de l’instruction qu’ils ont reçus. On ne nous donne qu’une seule version de l’histoire. […] J’ai passé plus de dix ans à vivre et à travailler dans des réserves et des établissements du Nord. Et je me souviens, en tant qu’enseignant, combien de fois nous avons dû convaincre la population de garder leurs enfants à la maison et de les envoyer à l’école de jour, plutôt que de les envoyer dans un pensionnat. Si les pensionnats avaient été si mauvais, pourquoi les parents insistaient-ils pour que leurs enfants y aillent ? J’ai personnellement vu beaucoup de bien émaner de ces écoles. J’admets que des erreurs ont été commises, mais ces mêmes erreurs existaient aussi dans la population en général. Oui, la plupart des gens étaient bien intentionnés et travaillaient avec les connaissances qu’ils pensaient les être les meilleures. » « J’ai vécu et travaillé à Prince Albert, en Saskatchewan, pendant un certain nombre d’années et j’ai eu l’occasion de rencontrer des enseignants retraités des pensionnats, et d’écouter leurs expériences également. Ceux que j’ai rencontrés étaient tous des gens bons, travailleurs et bien intentionnés. J’ai également eu l’occasion de rencontrer des membres des Premières Nations, des enseignants et des avocats, qui sont aujourd’hui des leaders et des défenseurs efficaces au sein de leur peuple et en son nom, exactement parce qu’ils ont reçu une éducation dans ces pensionnats. »

« J’ai assisté à une exposition d’art autochtone à Fort McMurray et j’ai rencontré une artiste autochtone qui m’a dit à quel point elle était reconnaissante envers les religieuses et les prêtres de sa communauté qui dirigeaient l’école, car pour elle, c’était un lieu de refuge. Elle m’a dit que ses parents partaient sur la ligne de piégeage et les laissaient se débrouiller seuls et qu’elle allait s’asseoir sur les marches de l’école en espérant que quelqu’un l’aide. » « Je suis moi-même un produit d’une école de couvent catholique et si certaines personnes qui ont fréquenté cette école avec moi diront maintenant que les religieuses étaient racistes et les traitaient injustement, ce n’était pas mon expérience. Oui, ils étaient stricts, mais les principes de gentillesse et de considération pour les autres étaient tenus en haute estime et ils m’ont inculqué des valeurs qui m’ont mené avec succès pendant plus de 40 ans dans le monde des affaires. » « Ma mère a une cousine qui a fréquenté un pensionnat et chaque fois qu’on lui pose des questions à ce sujet, elle lui dit que son expérience a été bonne, en fait elle attribue au système des pensionnats le mérite de lui avoir donné la possibilité d’avoir une bonne éducation. Son expérience au pensionnat était si bonne que lorsque le gouvernement fédéral a offert un règlement global en espèces à tous les anciens participants, elle a refusé de l’accepter. »

« Je sais par expérience directe que les pensionnats ont apporté beaucoup de bien et, dans les années 50, ils ont donné aux enfants des réserves l’occasion de voir la vie en dehors de la réserve, d’être éduqués dans quelque chose de plus qu’une école à une seule pièce pour tous et de participer à des programmes sociaux pour élargir leur expérience. » « Je pense aux nombreuses personnes qui ont fourni des vêtements et des fonds pour aider à faire en sorte que les enfants aient une bonne expérience au pensionnat alors qu’ils étaient loin de chez eux. Je ne suis pas assez naïf pour suggérer que dans certaines régions, il n’y avait pas de graves problèmes qui n’auraient jamais dû se produire, mais vous ne pouvez pas ternir tout le système avec la même brosse. » « Ayant travaillé pour et avec les autochtones du nord-ouest de l’Ontario — dont beaucoup sont mes amis — je soutiens ce que vous avez dit. N’y a-t-il pas deux côtés à cette histoire ? Pourquoi un seul côté est-il exprimé ? Honte à notre gouvernement ». Beyak a été viré du Comité sénatorial pour les peuples autochtones en avril 2017 pour avoir affirmé que les pensionnats avaient de bons côtés et s’est retiré du Sénat en janvier 2021. Aujourd’hui, une personne qui travaille avec les autochtones du Canada a déclaré à LifeSiteNews sous couvert d’anonymat qu’il est très difficile pour les catholiques heureux parmi eux de parler de leurs expériences positives de l’Église. « Les autochtones catholiques qui aiment l’Église sont intimidés pour devenir des victimes », a-t-il dit. « C’est une chose étrange où le gouvernement et la culture convainquent les indigènes qu’ils sont à nouveau des victimes ».

« Nous voulions que le pape dise qu’il était désolé… nous l’avons entendu très clairement aujourd’hui »

La colère à l’égard du système canadien des pensionnats, qui a été fondé dans les années 1840 et n’a pas été complètement fermé avant 1996, s’est à nouveau enflammée en mai 2021, après la découverte de 215 tombes non marquées sur le site d’un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique. On ne sait pas encore exactement de quand datent ces tombes ni à qui elles appartiennent, et encore moins la cause des décès. Le pensionnat a été confié à l’Église catholique de 1890 à 1969, date à laquelle le gouvernement en a repris la gestion. Il a continué à fonctionner comme un externat jusqu’à sa fermeture en 1978. Bien que le système des pensionnats — dont les Canadiens savent aujourd’hui qu’il était gravement défectueux et qu’il était un produit de l’époque paternaliste et raciste d’avant-guerre — ait été fondé et sous-financé par des gouvernements laïques, les médias grand public attisent la colère contre l’Église catholique, en particulier, pour son rôle dans l’administration des écoles.

Cette semaine, deux églises catholiques situées sur des terres des Autochtones en Colombie-Britannique ont été incendiées, et une église catholique de Mississauga, en Ontario, a été barbouillée d’obscénités blasphématoires. Hier, la co-cathédrale catholique Saint-Paul de Saskatoon a également été vandalisée après la découverte de plus de 700 autres tombes non marquées à côté du cimetière d’un autre pensionnat. L’une des « fausses nouvelles » mises en avant par les médias grand public et les politiciens est que l’Église catholique a été réticente à présenter des excuses ou à faire amende honorable pour les abus commis dans les écoles qu’elle administrait. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pris soin de s’en prendre publiquement à l’Église, en déclarant : « Dites clairement que nous attendons de l’Église qu’elle assume la responsabilité de son rôle dans cette affaire et qu’elle soit là pour aider au deuil et à la guérison, y compris en fournissant les dossiers nécessaires. C’est quelque chose que nous attendons tous encore que l’Église catholique fasse. »

En fait, l’Église catholique au Canada — et à Rome — reconnaît depuis longtemps que certains catholiques étaient en faute dans le système de pensionnats mandaté par le gouvernement. En avril 2009, le pape Benoît XVI a rencontré des représentants autochtones et s’est excusé pour les abus subis par les enfants dans ces écoles. Phil Fontaine, alors chef national de l’Assemblée des Premières Nations, est sorti de la réunion satisfait. « Nous voulions que le pape nous dise qu’il était désolé et […] qu’il avait de la compassion pour nous », a déclaré Phil Fontaine. « Nous l’avons entendu très clairement aujourd’hui ». Par la suite, le service de presse du Vatican a légèrement brouillé les pistes en affirmant que le pontife avait « exprimé sa peine ». « Compte tenu des souffrances que certains enfants autochtones ont connues dans le système des pensionnats canadiens, le Saint-Père a exprimé sa tristesse devant l’angoisse causée par la conduite déplorable de certains membres de l’Église et il a offert sa sympathie et sa solidarité dans la prière », a-t-il déclaré. « Sa Sainteté a souligné que les actes d’abus ne peuvent être tolérés dans la société. Il a prié pour que toutes les personnes touchées connaissent la guérison, et il a encouragé les peuples autochtones à continuer d’aller de l’avant avec un espoir renouvelé. » L’Église catholique au Canada a pris part à la commission « Vérité et réconciliation » traitant des pensionnats autochtones de 2008 à 2015, et plusieurs évêques, dont ceux de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest, et ordres religieux, dont les Jésuites ont présenté des excuses aux peuples autochtones du Canada.

Certaines excuses catholiques ont été présentées devant la commission « Vérité et réconciliation ». En 1991, les missionnaires Oblats-de-Marie-Immaculée, qui ont fourni du personnel au plus grand nombre de pensionnats, ont présenté des excuses complètes pour leur participation au système, y compris les mots suivants : « Nous nous excusons sincèrement pour le rôle que nous avons joué, même si cette participation a pu être naïve et involontaire, dans la mise en place et le maintien d’un système qui a dépouillé d’autres personnes non seulement de leurs terres, mais aussi de leurs traditions culturelles, linguistiques et religieuses. » 

[Note du carnet : nous ne voyons rien de mal à vouloir se dépouiller volontairement de traditions religieuses, animistes en l’occurrence. Ce qui est inacceptable pour nous c’est que le gouvernement fédéral d'Ottawa ait forcé, sans l’accord de leurs parents, les enfants autochtones à fréquenter ces pensionnats et cela dans des conditions de salubrité et de financement inadéquates. Saint Thomas d’Aquin considérait déjà au XIIIe siècle que les baptêmes d’enfants juifs n’ayant pas encore l’âge de raison et contre les souhaits de leurs parents sont « contraires aux ressources naturelles de la justice » (Summa Theologiae II-II, 10, 12). Toujours au XIIIe siècle, Innocent IV interdit le baptême des enfants de moins de douze ans sans le consentement des parents ; Boniface VIII désapprouva le baptême par traîtrise d’enfants juifs, mais considéra qu’il demeurait valide en tous les cas. En 1764, Clément XIII déclara nul de tels baptêmes et menaça de châtiments celui qui tenterait de baptiser par traîtrise un enfant juif qui devait être ramené chez des siens.

Après la découverte des 215 tombes non marquées sur le terrain de l’ancienne école, le pape François, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CÉCC), l’archevêque d’Edmonton, Mgr Smith, et l’archevêque de Vancouver, Mgr Michael Miller, ont renouvelé leurs témoignages de solidarité avec les peuples autochtones du Canada.

Inspections « embarrassantes » ignorées par le gouvernement fédéral d'Ottawa

Le refus du gouvernement canadien de fournir un financement adéquat et d’améliorer les conditions sanitaires dans au moins 35 de ces écoles est également passé sous silence dans le compte rendu des médias grand public sur le système des pensionnats. En 1907, le Dr Peter H. Bryce, inspecteur médical du ministère de l’Intérieur et des Affaires indiennes du Canada, a effectué une inspection spéciale de 35 pensionnats autochtones et a rédigé un rapport détaillé sur leurs conditions déplorables. Ses recommandations n’ont toutefois pas été publiées par le gouvernement, qui a jugé le rapport trop embarrassant. Le rapport et les recommandations ont ensuite fait l’objet d’une fuite dans la presse, et les découvertes choquantes de Bryce ont été publiées en 1922 dans un livre intitulé « The Story of a National Crime ». Bryce décrit les écoles comme étant dans un « état sanitaire défectueux », avec des exercices irréguliers, une ventilation insuffisante et l’admission d’élèves « déjà infectés par des maladies contagieuses ». C’était « presque comme si les conditions propices à l’éclosion d’épidémies avaient été délibérément créées », a-t-il écrit.

Au début du XXe siècle, le Canada a connu un taux de mortalité infantile élevé ; en 1900, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans était de 296,75/1 000 naissances, et les décès d’enfants ne sont devenus rares qu’après la Deuxième Guerre mondiale. Malgré cela, Bryce a signalé une « mortalité excessive » chez les enfants qu’il a étudiés, notant que l’infection — en particulier la tuberculose — était principalement contractée dans les foyers familiaux et se propageait ensuite dans les écoles. Les Premières Nations elles-mêmes ont toujours été considérées comme moins résistantes aux maladies infectieuses, telles que les épidémies de grippe, la rougeole et la variole.

Source : CQV/RD

samedi 10 avril 2021

Nouvelle étude montre que les enfants sont moins susceptibles de transmettre la COVID-19

Des chercheurs canadiens affirment que les enfants pourraient être moins susceptibles que les adultes de transmettre la COVID-19. Ainsi, avec des mesures adéquates, les écoles, les garderies et les activités parascolaires pourraient devenir sécuritaires.

L’auteur principal de l’étude, Jared Bullard, un professeur associé en pédiatrie et en maladies infectieuses à l’Université du Manitoba, affirme que les travailleurs des garderies et des écoles ont un risque d’infection relativement faible, si l'on se fie aux données.

L’étude a été publiée dans le Canadian Medical Association vendredi, et portait sur 175 enfants et 130 adultes au Manitoba, qui avaient été infectés par la COVID-19. Elle cherchait à déterminer s’il y avait une différence de contagion entre les deux groupes.

Des échantillons ont été prélevés sur des participants et sur leurs contacts qui ont été infectés entre mars et décembre 2020.

Selon les résultats, les échantillons des enfants avaient moins tendance à provoquer une croissance du virus en culture et présentaient des concentrations plus basses de virus, ce qui suggère qu’ils ne sont pas le principal vecteur de transmission.

Nos conclusions ont des implications cliniques importantes et des conséquences pour la santé publique, affirme le Dr Bullard.

Des répercussions pour les enfants et les parents

Alors qu’un nombre croissant de régions se demandent si l’apprentissage en salle de classe, les garderies et les activités parascolaires devraient continuer ou reprendre, une meilleure compréhension de la contribution des enfants et des adolescents à la transmission du SRAS-CoV-2, comparativement aux adultes, est essentielle, indiquent les auteurs de l’étude.

C’est particulièrement important en raison de la probabilité plus élevée d’infections asymptomatiques dans ce groupe, poursuivent-ils.

Compte tenu des problèmes liés à l’isolement des enfants à la maison et de l’impact d’une longue quarantaine pour le développement de l’enfant et pour les parents qui pourraient perdre leur emploi ou leur revenu, un outil efficace pour réduire la durée des quarantaines serait un pas important pour la santé publique. selon les auteurs de l'étude.

Les échantillons ont été analysés par 14 chercheurs de plusieurs disciplines à l’Université du Manitoba, au Laboratoire provincial Cadham, au ministère de la Santé et au Laboratoire national de microbiologie.

Source : La Presse canadienne

Voir aussi

Aucun décès dû à une éclosion de Covid dans une école canadienne (janvier 2021)

Covid-19 : étude affirme que confinement et fermeture des commerces ont peu d'utilité une fois mesures plus douces prises  

Québec — Données inédites suggèrent fortement que les écoles ne sont pas un moteur de l’épidémie

 Covid — Baisse de cas malgré les Fêtes et les vacanciers dans le Sud (plateau dès avant couvre-feu) 

Suède — l’effet des écoles restées ouvertes pendant la pandémie sur la santé sur les élèves et les enseignants

Bobard — Selon le Wall Street Journal la Suède abandonne son modèle et met désormais en place des restrictions obligatoires 

Covid-19 : baisse radicale des cas en Inde depuis plusieurs mois malgré levée des restrictions

Vague de suicides dans le Nevada force une ouverture partielle des écoles

Suède et Suisse — Enfants peu à risques et peu contagieux

Étude — la fermeture des écoles et universités causerait plus de décès, mais aplatirait les courbes

Déclaration de Great Barrington (13 600 médecins et experts) sur la Covid-19 — il existe une autre façon de faire (mettre fin au long supplice pour tous, il faut considérer l’ensemble des effets des politiques actuelles et pas uniquement les cas de la Covid-19)

Covid : la Suède impassible face à la deuxième vague  

COVID-19 — les gens « de gauche » plus à risque de développer de l’anxiété

Plus d’un jeune sur trois souffre d’anxiété ou de dépression

« Il y a une augmentation de l’anxiété [chez les jeunes] dans nos cabinets, on voit que le recours à la médication augmente. La toxicomanie bat des records et on ne parle pas de l’usage pathologique de l’Internet », a fait savoir lundi le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine et porte-parole de l’Association des pédiatres du Québec. Or, selon celle-ci dernier, les jeunes sont devenus des cibles faciles pour rassurer la population, inquiétée par le discours gouvernemental sur la résurgence des infections.

Covid-19 — impact direct sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques

vendredi 22 janvier 2021

22 janvier 1890 : le français aboli comme langue officielle et d'enseignement au Manitoba

Durant les années qui ont suivi la pendaison de Louis Riel en novembre 1885, les tensions linguistiques sont à leur comble dans un Canada divisé entre catholiques et protestants, entre francophones et anglophones.

Au Canada anglais, un fort mouvement d’opposition au fait français s’organise. Parmi les figures de proue de ce mouvement, D’Alton McCarthy, bras droit de John A. Macdonald à partir de l’élection des conservateurs en 1878. McCarthy est convaincu qu’on aurait dû éliminer le français au Canada dès la Conquête. Il milite pour un fédéralisme centralisateur, projet menacé, selon lui, par la présence des francophones et des traditions juridiques françaises (Code civil) au sein de la Confédération.

Sous son influence, certains politiciens tentent de l’imiter, en cherchant à éradiquer le fait français dans l’Ouest canadien. Ils tentent ainsi d’éliminer les garanties en faveur du français contenues dans l’Acte des Territoires du Nord-Ouest de 1875. Le Manitoba était majoritairement francophone en 1870. C’est dans un tel contexte que le 22 janvier 1890, le gouvernement manitobain de Thomas Greenway soumet un projet de loi qui vise l’abolition du français comme langue officielle du Manitoba. La loi est adoptée en mars 1890. La même année, le gouvernement Greenway adopte une loi visant l’élimination des écoles publiques catholiques dans la province.

Avant le Manitoba

Avant la création de la Confédération canadienne en 1867, la Grande-Bretagne et le gouvernement canadien entreprirent le processus d'annexion des terres arrosées par des rivières coulant vers la Baie d'Hudson. Toutefois, le Canada déclara sa prise de possession des terres avant que la population locale ne soit consultée, soit quelque 100 000 personnes. La plupart étaient des Esquimaux, des Amérindiens (Cris, Tchippewayans, Couteaux-Jaunes, Esclaves, Flancs-de-Chien, Lièvres et Kaskas) et des Métis. Les Métis des territoires du Nord-Ouest, appelés aussi les «Sang-Mêlés», formaient le groupe le plus revendicateur et constituait trois groupes linguistiques distincts: les Métis de langue française (majoritaires), les Métis anglophones d'origine écossaise, dits «de la baie d'Hudson», et les Métis assimilés aux Amérindiens et parlant leur langue autochtone. Les habitants de ces territoires résistèrent agressivement à la transaction imposée.

Ce furent les Métis de la Rivière-Rouge (région de Winnipeg), qui se sentirent les plus spoliés par l'achat des Territoires du Nord-Ouest. Leur population était d'environ 12 000 habitants, dont 5757 Métis francophones, 4083 Métis anglophones, 1500 Canadiens (marchands de fourrure et spéculateurs fonciers) et 558 Amérindiens. Au cours de la décennie suivante, près de 4000 Canadiens français de la province de Québec iront s'installer au Manitoba. Les 10 000 Métis vivaient sur ces terres depuis 200 ans; ils chassaient le bison, possédaient des fermes (découpées en rangs comme sous le Régime français) et pratiquaient le commerce avec les Américains. Les arpenteurs du gouvernement arrivèrent en propriétaires. Tout en menaçant les Métis d'expropriation, ils se réservèrent les meilleures terres et ne tentèrent aucune conciliation.

Les Métis décidèrent de s'opposer aux arpenteurs fédéraux et, sous la conduite de Louis Riel (1844-1885), ils créèrent un gouvernement provisoire et négocièrent l'entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Finalement, ils exigèrent du gouvernement fédéral le droit à la propriété de leurs terres et la reconnaissance de leurs droits religieux.

Cependant, l'un des arpenteurs, Thomas Scott, un orangiste anticatholique, se rebella contre le gouvernement de Louis Riel et, après un procès sommaire, finit par être exécuté en 1870. Cet événement mit le feu aux poudres et la crise prit une ampleur nationale. Si les francophones voyaient en Riel le défenseur de la religion catholique et de la langue française dans l'Ouest, les anglophones de l'Ontario, pour leur part, voyaient T. Scott comme un martyr qu'il fallait venger; Riel fut désigné comme le principal instigateur de la rébellion antigouvernementale.

Comment Hollywood (Cecil B. DeMille) en 1940 voyait Louis Riel, les métis, la rébellion de 1885 et la prairie de la Saskatchewan... Après la rébellion de la rivière Rouge de 1869-70, nombre de Métis se déplacèrent du Manitoba vers la Saskatchewan pour fonder la colonie de Batoche. Mais des colons anglophones commencèrent à arriver d'Ontario, imposant — comme au Manitoba — la distribution des terres selon le système de concessions carrées « à l'anglaise » plutôt que d'après le système seigneurial de la Nouvelle-France de bandes perpendiculaires à la rivière (les rangs) que les Métis avaient hérité de leurs ancêtres canadiens français.

La naissance du Manitoba (1870)

Le premier ministre du Canada, John A. Macdonald, constata qu'une action militaire était impossible au Manitoba, puisque les distances à parcourir étaient trop considérables, en raison de l'absence de lien ferroviaire vers l'ouest. De plus, comme le gouvernement britannique n'avait pas encore ratifié le transfert des Territoires du Nord-Ouest au Canada, les Métis n'avaient enfreint aucune loi canadienne.

Après d'intenses négociations, le gouvernement canadien décida de créer la province du Manitoba (du nom proposé par Louis Riel), en tenant compte de la plupart des revendications des Métis. Il acceptait de ne pas priver les Métis de leurs terres, de leur réserver une grande étendue de territoire pour la chasse, et de reconnaître leurs droits à la religion catholique et à la langue française. Le 2 mai 1870, John A. Macdonald présenta au Parlement fédéral la Loi sur le Manitoba, qui recevait la sanction royale le 12 mai.

En 1870, la province du Manitoba couvrait alors un minuscule territoire (36 000 km², un peu plus que la superficie de la Belgique) dans la vallée de la rivière Rouge du Manitoba. À cette époque, la province était connue comme «la province au timbre-poste» , en raison de sa forme carrée et de la faible étendue de son territoire qui ne couvrait que le 1/18e de la taille actuelle du Manitoba.

De plus, le Manitoba de 1870 n'était pas égal aux autres provinces, car le gouvernement fédéral lui refusait la maîtrise de ses ressources naturelles (forêts, ressources minérales, eaux, etc.) et de la colonisation de son territoire au cours des 60 années ultérieures. Une décennie plus tard, les limites du territoire furent élargies en 1881 (182 000 km² de plus), puis en 1912 pour acquérir les proportions actuelles de 650 000 km².

Mais les anglophones de l'Ontario trouvèrent dangereuses les concessions faites à cette province en matière de langue. Ils craignaient que le Manitoba ne devienne une autre province française et que des Canadiens français du Québec n'émigrent alors massivement dans l'Ouest, ce qui risquait de d'augmenter la petite majorité francophones manitobaine. Pour contenir cette possibilité, il fallait organiser une immigration anglophone (ou à défaut non francophone) intensive et rapide de cette province.

Droits linguistiques

Le recensement de 1871 chiffrait la population à 5700 Métis francophones, 4000 Métis anglophones et 1600 représentants de population blanche (Écossais et Canadiens français). Les francophones étaient donc en droit de s'attendre à une certaine protection linguistique; ils l'ont en fait obtenue aussi longtemps qu'ils ont formé une importante minorité.

Ainsi, parallèlement à l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, l'article 23 de la Loi sur le Manitoba prévoyait que l'anglais et le français étaient permis à la Législature manitobaine et que les registres, procès-verbaux et lois devaient être rédigés et publiés dans les deux langues; les deux langues pouvaient également être utilisées dans les tribunaux manitobains de la province. L'article 22 de la Loi de 1870 sur le Manitoba garantissait un système d'écoles publiques confessionnelles subventionnées par la province.

Imposition de l'anglais au nom de « l'unité »

Illustration faisant la promotion des écoles non confessionnelles anglaises (« pour tous ») au Manitoba après 1890

L'imposition d'une solution unique et du monopole étatique en matière scolaire est souvent faite sous le prétexte de rassembler les élèves, de ne pas les diviser, d'apprendre à « vivre ensemble » au-delà des barrières confessionnelles.

Ce fut le cas au Manitoba quand les écoles catholiques et francophones furent fermées et remplacées par des écoles anglophones et non catholiques.

En 1890, le Manitoba vota la Loi sur les écoles du Manitoba, abolissant le français comme langue officielle de la province, et retirant le financement pour les écoles catholiques. Ceci était en contradiction à la Loi sur le Manitoba de 1870. Les catholiques du Manitoba, encouragés par le premier ministre John A. Macdonald, en appelèrent à la Cour suprême de la province, mais la Loi sur les écoles imposant l'anglais fut soutenue. Ils portèrent l'affaire en appel à la Cour suprême du Canada, qui trancha en faveur de la Loi sur le Manitoba d'origine. Toutefois, le Comité judiciaire du Conseil privé au Royaume-Uni annula la décision, favorisant la Loi sur les écoles. Pendant ce temps, en 1892, les Territoires du Nord-Ouest abolirent également le français comme langue officielle.

L’élection fédérale de 1896 portera sur la question des écoles au Manitoba. Le Parti libéral dirigé par Wilrid Laurier prône l’autonomie provinciale en matière d’éducation et gagne l’élection. Laurier négocie avec le gouvernement provincial un accord appelé le compromis Laurier-Greenway qui autorise l’enseignement bilingue (anglais-français, anglais-allemand, anglais-polonais, anglais-ukrainien, etc.) alors que l’enseignement de la religion se fera en dehors des heures normales de classe.

En 1916, le Manitoba revient sur le compromis-Greenway : l'anglais sera la seule langue d'enseignement.

Les écoles bilingues étaient interdites. En ce faisant, il supprimait les écoles protestantes bilingues allemandes de la communauté pacifiste mennonite, reniant de la sorte ses promesses faites quelque 40 ans plus tôt. Bien que germanophones, les mennonites se voulaient strictement neutres et pacifiques. Ajoutons qu'ils étaient venus de Russie où ils s'étaient établis depuis de nombreuses générations et que la Russie était l'alliée du Canada à l'époque.


Le point 10 de cette entente solennelle stipule clairement que les écoles mennonites jouiraient d'une autonomie pleine et entière. C'est munis de cette promesse que les mennonites décidèrent de quitter l'Ukraine et la Russie pour s'établir au Manitoba. À la suite du reniement de cette promesse, de nombreux mennonites émigrèrent au Mexique ainsi que d'autres pays d'Amérique latine.

Les écoles bilingues anglais-ukrainien, anglais-polonais furent également abolies au Manitoba en 1916 alors que l'Empire Russe qui comprenait la Pologne et l'Ukraine était l'allié du Canada.

Il faudra attendre l'adoption par le gouvernement Schreyer de la loi 113 du Manitoba en 1970 pour que le français soit  à nouveau reconnu en droit comme langue d’enseignement sur un pied d’égalité avec l’anglais.