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lundi 5 octobre 2026

France — le parcours du combattant des familles qui veulent faire l’école à la maison

RÉCIT - En 2020, le discours des Mureaux annonçait la restriction draconienne de l’instruction à domicile. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les familles se plaignent de complications administratives arbitraires. Une enquête parlementaire sera publiée le 7 octobre.

Le 1er octobre 2020, Josué Rauscher obtenait une excellente nouvelle. Son école lui annonçait que sa demande de disponibilité avait été acceptée. Ce professeur de 57 ans allait pouvoir se consacrer à l’instruction de son fils Célestin, alors âgé de 5 ans, pour qui son épouse et lui ne trouvaient aucune solution de scolarisation du fait d’une atypie. Formé par une méthode toute personnelle de son père, le petit garçon savait lire depuis ses 2 ans 1/2. Le lendemain, 2 octobre 2020, en consultant la presse, Josué Rauscher a déchanté aussi vivement qu’il s’était réjoui. Ce jour-là, Emmanuel Macron a prononcé son discours «des Mureaux» consacré au séparatisme islamiste et à un projet de loi imminent. « Je l’ai pris très personnellement ce discours,se souvient cet Aixois, il remettait en question un choix crucial pour lequel on avait fait le sacrifice de mon salaire.»  

De la guerre d’Algérie aux attentats de Charlie Hebdo, le président a pendant plus d’une heure déploré les racines et les conséquences d’un «projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République». Obligation de neutralité étendue aux salariés des entreprises délégataires de service public, extension des motifs de dissolution des associations… Les futures mesures du projet de loi furent ainsi égrenées dans la ville des Yvelines. Jusqu’à la plus inattendue, celle qui a heurté Josué et des dizaines de milliers de familles, présentée par le président comme l’une des décisions éducatives «les plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969».

«Rappeler l’importance de l’école»


Ce 2 octobre 2020, Emmanuel Macron a annoncé qu’à l’avenir, l’instruction en famille (IEF) serait «strictement limitée, notamment aux impératifs de santé». Un changement «de paradigme» devenu, «une nécessité». Les parents de plus de 60.000 enfants apprirent qu’ils devraient faire état d’une maladie de leur progéniture ou d’un motif quasi aussi restreint pour poursuivre cette pratique, jusque-là très libre, déclarative, aussi bien choisie par des zadistes [gauche anarchiste] que par des familles traditionnelles, et au milieu des deux par des foyers aux profils variés. Consacrée par les lois Ferry dans lesquelles le législateur précisait qu’elle pouvait être dispensée « par le père de famille » ou «par toute personne qu’il aura choisie ». En 1998, une révision avait instauré des vérifications annuelles obligatoires pour lutter contre l’emprise des sectes [et la secte gauchiste?]. 

«À ce moment-là, la loi a aussi été reformulée pour dire que l’instruction devait être assurée “ prioritairement” dans les établissements scolaires, explique Philippe Bongrand, maître de conférences en sciences de l’éducation à CY Cergy Paris Université et co-auteur de L’Instruction en famille en France. Mais au fond, ça ne changeait pas grand-chose. La loi de 2021, votée moins d’un an après le discours des Mureaux, a été une restriction autrement plus importante.» Assumée avec fierté par ses artisans, parmi lesquels l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. «Notre but était double : rappeler l’importance de l’école [et non de l'instruction] en tant qu’élément de notre vie républicaine et empêcher que, sous couvert d’IEF, des enfants soient enrôlés dans des sectes ou des écoles intégristes», raconte celui qui portait ce projet main dans la main avec Gérald Darmanin quand il était à l’Intérieur.

En décembre 2018, une école coranique clandestine de Marseille avait dû fermer pour des questions de sécurité dans le bâtiment. Parmi ses 43 élèves, plus d’un tiers avait plus de six ans - âge de la scolarisation obligatoire avant 2019 - étaient déclarés en IEF [Rappel: «par toute personne qu’il aura choisie»]. «Et d’autres cas, moins médiatisés, nous ont été rapportés, témoigne Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté au moment de l’écriture du texte. L’IEF a pu être instrumentalisée.» Quelques jours plus tard, Samuel Paty était décapité par un fanatique musulman. C’est dans ce contexte qu’après six mois de débats parlementaires houleux, et malgré l’opposition du RN à LFI en passant par LR, la majorité présidentielle a obtenu le remplacement du système déclaratif par un régime d’autorisation préalable géré par les académies.

Cinq ans plus tard, quel bilan ? En juin 2025, la Cour des comptes rapportait que 10.202 demandes d’IEF sur 40.846, soit 25%, avaient été refusées en 2024-2025. Le 7 octobre, les députés Josiane Corneloup (LR) et Vincent Trébuchet (UDR) publieront le rapport tiré d’une mission parlementaire de six mois sur le sujet. Une vaste investigation durant laquelle ils ont interrogé institutions, chercheurs, avocats, associations et parents. Et dont ils nous livrent une première observation : «la relation entre le ministère de l’Éducation nationale et les familles est très très abîmée». Ces dernières estiment que l’importante restriction entrave la liberté d’instruction.

«La loi de 2021 dit “L’instruction est donnée à l’école”. Point. Et par dérogation, par autorisation, elle peut éventuellement, pour des cas très particuliers, être donnée à la maison», reprend le chercheur Philippe Bongrand. En 2020, l’IEF concernait environ 60.000 enfants. En 2021, 70.000. En 2025, le chiffre avait chuté à 30.000. Il omet une statistique fantôme : le nombre de parents en «désobéissance civile», qui la pratiquent sans autorisation. L’association Enfance Libre porte leurs doléances. D’autres comme Laïa, Enfance et liberté ou Unie, représentent les familles dans les clous mais exaspérées. Pour Me Antoine Fouret, avocat au barreau de Paris, cette législation est «un nid à contentieux». Prudente déjà à l’époque, Marlène Schiappa admet une forme de loupé. «On a visé tout le monde et je pense qu’on aurait dû procéder autrement… Depuis, beaucoup de familles m’ont raconté les difficultés administratives auxquelles elles sont confrontées, c’est à rebours de l’esprit de simplification qu’on promettait en 2017.»

Célestin, Sibylle et le tribunal

Au lieu de l’ancienne déclaration simple à la mairie et à l’inspection académique, les familles qui désirent faire l’IEF doivent aujourd’hui envoyer une demande d’autorisation au département en avril. 
  • Motif 1 : médical. 
  • Motif 2 : pratique d’activités sportives ou artistiques intensives.
  • Motif 3 : itinérance de la famille ou éloignement géographique.
  • Motif 4 : situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.
En 2023, 16% des demandes pour le motif 1 ont été refusées. 32% pour le motif 3. Pour le motif 4, le pourcentage de refus est de 38%. «Sans surprise, personne n’est capable de définir ce qu’est une situation propre», constate Me Fouret. «Pendant les débats, les députés de la majorité ont précisé que les motivations pédagogiques, politiques, religieuses des parents ne pouvaient pas être des critères pertinents, relève Philippe Bongrand. La simple envie d’élever un enfant d’une certaine manière n’est pas un élément constitutif d’une situation propre.» Du moins, cela dépend de votre académie relevait la Cour des comptes…

Quand Josué Rauscher et son épouse ont décidé de faire l’IEF à Célestin, leurs motivations étaient exclusivement pédagogiques. «On me prend pour un fou mais déjà quand il était tout petit, j’ai senti chez mon fils un désir de lire. Alors j’ai essayé. J’ai inventé les outils. De gros cartons avec de grosses lettres…» Les premières années du petit garçon en IEF ont eu lieu sous le régime déclaratif. Son père a obtenu l’autorisation auprès de l’académie d’Aix-Marseille grâce à un dossier de motivation pourtant assez modeste, de 6, 7 pages - Me Fouret en compulse parfois qui font 150 pages. 

Ailleurs, Jehanne Malod, diplômée de l’ENS, agrégée, bientôt docteur en histoire, vient d’essuyer un refus après une demande similaire pour sa fille Sibylle, 3 ans. «En avril, j’ai envoyé un dossier d’une quinzaine de pages où je présentais mon programme, un emploi du temps, où j’expliquais que je comptais m’appuyer sur la méthode Montessori et la méthode Charlotte Mason, j’étais assez confiante.» Le premier non l’a surprise. Le second veto, obtenu après un «RAPO» (Recours Administratif Préalable Obligatoire) auprès du recteur d’académie l’a indignée.

«Il n’existe pas d’établissement avec ce genre de pédagogie autour de nous, j’ai la disponibilité et les compétences nécessaires, on a un parc, un potager, des animaux, ce qui me paraît quand même mieux qu’une classe bétonnée avec trente élèves, surtout vu le niveau actuel de l’école…» , énumère-t-elle. Depuis le refus, les Malod sont entrés en «désobéissance civile» : ils ont gardé Sibylle à la maison. « Car on peut tourner le problème dans tous les sens : pour déterminer “l’intérêt supérieur” de nos enfants, nous autres parents savons mieux que d’obscurs fonctionnaires qui ne les connaissent même pas», s’indignent-ils. Que risquent-ils ? Rien ou une suppression des aides de la CAF, une dénonciation aux services sociaux, une amende, de la prison avec sursis, etc. En attendant, la famille a formé un recours. Jugement dans 18 mois. 

Chaque année, les tribunaux administratifs traitent des dizaines de demandes. En 2025, celui de Nancy a par exemple annulé le refus du rectorat concernant un enfant franco-américain que ses parents voulaient voir suivre une part de ses enseignements en anglais en vue d’une installation aux États-Unis. Sur le plan judiciaire aussi, la disparité prévaut. «À Rouen, on a peu de chance d’obtenir une annulation du refus, à Marseille ça peut aller...», recense Me Fouret qui, parmi ses clients, compte «énormément de professeurs de métier», sur le plan religieux, «pas mal de protestants puis des catholiques »et seulement quelques adeptes du «unschooling», l’instruction autogérée par l’enfant. «Essentiellement des gens bien intégrés qui font faire beaucoup d’activités à leurs enfants.» «Parfois on gagne avec des projets éducatifs bourrés de fautes, parfois on perd avec des dossiers très bien motivés de 50 pages pour un enfant en maternelle.»

La fatigue et le renoncement


Parfois les familles n’ont l’envie ni d’enfreindre la loi ni de batailler. Le refus reçu en juin a poussé Justine, 45 ans, à abandonner pour un temps l’IEF de sa fille Anita, tout juste 13 ans, qui en bénéficiait depuis 2020. Ce choix tenait à plusieurs motifs notamment la précocité de la jeune fille : «elle a su lire très tôt». Le métier de sa mère : «Je suis danseuse, maquilleuse, conteuse et comédienne. Je travaille souvent le soir et les week-ends. Quand elle était à l’école, je la voyais très peu…» Après le confinement et son IEF contrainte, Justine et son mari ont choisi ce mode éducatif avec enthousiasme. «Anita a pu progresser plus rapidement et pourtant sans se forcer sur le rythme.»

En 2024, le père décède. «J’avais envie de continuer, elle aussi mais je me suis demandé si j’allais réussir à continuer seule. Finalement, je me suis entourée.» Anita a un professeur de piano, un professeur de bengali, un professeur pour l’histoire-géo et l’anglais. Chaque année, les contrôles pédagogiques ont été élogieux. Mais en juin dernier, la demande d’IEF pour cette rentrée est pourtant refusée. «Un des éléments de motivation était choquant : il était indiqué que le deuil avait eu lieu en 2024 et que, désormais, ma fille pouvait retourner à l’école.»  Ce même mois, Anita a obtenu le brevet, à l’âge de 12 ans. [2 à 3 ans d'avance] Justine a embauché un avocat, qui lui a conseillé, comme les associations de parents, de faire diagnostiquer chez elle le Haut Potentiel Intellectuel et le Trouble du spectre autistique déjà repérés. «Ça va me permettre de faire une demande motif 1. Même si la psychologiser pour obtenir ce droit me déprime…» Épuisée par les démarches administratives, la Francilienne vient de prendre une décision : «en attendant, je vais l’inscrire dans une école hors contrat» .

Cette fatigue, Magali Dumas, co-fondatrice de l’association UNIE la comprend très bien. «Tous les ans, en fonction de la personne qui va traiter votre dossier, vous n’êtes pas certain d’avoir l’autorisation. C’est vraiment aléatoire.» En IEF motif 3 car sa famille appartient à la communauté des gens du voyage, cette mère de cinq enfants a elle-même reçu un premier refus en 2024 après… 17 ans de pratique - un avocat est parvenu à le débloquer.

Le rapport très attendu


Cinq ans après la promulgation de la loi, le regard des familles embêtées par ces nouvelles exigences administratives est bien sûr sévère. Quid des institutions ? Le but anti séparatisme a-t-il été atteint ? Du côté de l’Éducation nationale, impossible d’obtenir une réponse ni du ministère ni des académies ni des syndicats d’inspecteurs en charge des contrôles. Même s’il n’est plus en poste, Jean-Michel Blanquer continue de s’en féliciter. «Je n’ai rien gagné politiquement mais j’ai fait gagner quelque chose à la République. Dans une grande partie de l’Europe, l’instruction en famille a explosé. La France a clairement inversé la tendance. Avec cette loi, ce sont des dizaines de milliers d’enfants qu’on a soustraits à la possible influence de sectes ou d’écoles intégristes. Maintenant, pondère l’ancien ministre, s’il existe des rigidités excessives par endroits, charge au ministère de faire un travail d’harmonisation [pas d'assouplissement ?].»  

Dans leur rapport du 7 octobre, les députés Josiane Corneloup et Vincent Trébuchet consacreront d’ailleurs «toute une partie à des statistiques». «C’était une demande très forte des familles qui n’avaient jusque-là pas accès aux chiffres précis sur le nombre de refus, par exemple», nous explique Vincent Trébuchet. Sans pouvoir en dire davantage pour l’heure, ils plaideront pour «un changement qui ne sera ni un statu quo, ni un retour pur et simple à la législation antérieure».


Source : Le Figaro

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vendredi 2 octobre 2026

France — Le hors contrat (non subventionné) explose pendant que l’État ferme des classes

 

2 665 écoles hors contrat. 0 subvention publique. 140 000 élèves.

Anne Coffinier, présidente-fondatrice de Créer son école, explique pourquoi les écoles libres connaissent un essor important pendant que l’État ferme des classes.

Dans cet entretien :

  • ce qu’est vraiment une école hors contrat ;
  • comment Créer son école accompagne les fondateurs : droit, pédagogie, inspections ;
  • le cas des inspections CODAF et les dérives dénoncées ;
  • le hors contrat à l’intérieur du privé sous contrat ;
  • le « 80/20 », sans base juridique ;
  • pourquoi les écoles hors contrat, qui représentent environ 1 % des élèves, occupent autant le débat politique ;
  • l’affaire du Prytané et la discrimination selon l’origine scolaire.


Les parents ne demandent pas une subvention. Ils demandent le droit de choisir l’école de leurs enfants.

dimanche 13 septembre 2026

« Grand remplacement » : retour sur une polémique et un tabou

Nous ne sommes pas sûr de suivre Mathieu Bock-Coté quand il dit (vers 1 min 24) : « Et là, on tombe sur la fameuse question de la théorie du Grand Remplacement. Et là, c'est la formule médiatique consacrée, c'est la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement. Et je lui demande est-ce que c'est une théorie raciste ? Elle me dit, elle est fausse, c'est mensongère. Très bien, elle est inexacte. »

Ou plus précisément, on ne sait si le « inexact » est une concession rhétorique pour faire avancer le débat comme pour dire « admettons qu'elle soit raciste, faut-il alors, selon vous, traîner les gens qui utilisent cette formule devant les tribunaux ? ». Ou Bock-Côté dit-il qu'elle inexacte car son auteur, Renaud Camus, n'y voit qu'une description factuelle et non un complot ourdi en secret par quelques noirs cénacles ?

En effet, Renaud Camus a nié, de façon répétée et explicite, que le « Grand Remplacement » soit un complot ou une « théorie du complot ». Il a réagi très souvent à cette accusation.

Ce que Camus dit lui-même

Sa position constante est à peu près celle-ci :

  • le Grand Remplacement n’est pas une théorie ;
  • ce n’est donc pas une théorie du complot ;
  • c’est un constat, un « chrononyme » (comme « Grande Guerre » ou « Grande Dépression ») : le nom d’une époque d’après son phénomène principal, le « changement de peuple et de civilisation ».

Dans un entretien de 2023 (repris dans son journal), à la question « Qu’est-ce qui se cache derrière, un complot ? », il répond :

Certainement pas. Le mot est infiniment trop petit. Il s’agit de mécanismes infiniment plus vastes, dont les rouages ne sont pas forcément des hommes, des femmes, des groupes ou des coalitions d’intérêts.

Ailleurs, il écrit qu’il n’a « jamais fait allusion au moindre “complot” », mot qu’il juge « ridiculement petit » face à des mécanismes industriels, financiers, cybernétiques, ontologiques.

Il ajoute souvent qu’un complot est censé être secret, alors que le processus, selon lui, « s’étale en pleine lumière », même si les médias et les élites le nient ou le taisent.

A-t-il réagi à l’accusation de complot ?

Oui, de façon obsessionnelle depuis plus de dix ans. Il appelle cela « la théorie de la théorie du complot » : selon lui, coller l’étiquette « complotiste » à toute description du changement démographique sert à décrédibiliser la question sans la discuter.

Il s’est parfois demandé s’il n’avait pas eu tort de passer tant de temps à se défendre de l’être. En 2015, dans son journal, il écrit même être devenu « semi-complotiste a posteriori » : non pas qu’il croie à un complot au sens classique, mais à une « volonté agissante ». Plus récemment, il ironise : les journalistes qui répétaient « théorie du complot ! » avaient peut-être raison de pointer une volonté, même si le mot reste « dix millions de fois trop petit ».

Source de ce phénomène démographique, selon Camus ?

Pas par une cabale secrète à la manière des Protocoles de Sion. Camus écarte en général l’idée d’un petit groupe d’inspirateurs cachés. Il distingue deux plans :

  • Le Grand Remplacement : le phénomène qui décrit l'immigration de masse, les différentiels de fécondité entre populations et la « déculturation », qu’il présente comme un fait, pas comme un plan ourdi dans l’ombre.
  • Le « remplacisme global » / la « davocratie » : sa théorie des causes. Ce serait la gestion managériale du « parc humain » par Davos, les banques, les fonds spéculatifs, les fonds de pension, les multinationales, les GAFAM, la cybernétique. Voir par exemple cet entretien.

Les « acteurs » qu’il nomme ne sont pas un comité secret unique :

  • les élites « remplacistes » (politiques « La Nouvelle France » de Mélenchon par exemple, médiatiques, intellectuelles) qui, selon lui, acceptent, encouragent ou taisent le processus ;
  • des intérêts économiques très concrets (main-d’œuvre, croissance, interchangeabilité) ;
  • une logique systémique plus qu’une intention claire : il compare cela à la Révolution industrielle, parle de Machenschaft (Heidegger) et dit que « la Machine se corrige et se contrôle elle-même » ;
  • parfois « vous, moi, la petite bourgeoisie universelle ».

Il parle aussi d’une « conspiration du silence » des élites sur le sujet, ce qui, pour ses critiques, suffit à classer le récit comme complotiste. Voir notamment l’article Grand remplacement sur Wikipédia.

Comment les autres le présentent

Wikipédia, Conspiracy Watch, Le Monde, franceinfo, etc., qualifient le Grand Remplacement de théorie complotiste d’extrême droite : substitution démographique acceptée, soutenue, voire organisée par une élite « remplaciste », dans un cadre « mondialiste ».

La tension est donc celle-ci : Camus refuse le mot « complot » et le schéma du secret ourdi par un petit groupe identifiable ; il décrit pourtant des élites complices, une volonté politique/financière et un silence organisé. Ses détracteurs retiennent le second volet ; lui insiste sur le premier.

L’existence des peuples, contre Habermas

Après le rappel de la polémique récente sur l'expression taboue de « Grand Remplacement », Bock-Côté dit que, pour nier toute idée de « remplacement » ou de « submersion », on commence par nier l’existence même des peuples historiques :

  • si le peuple d’un pays n’existe plus au sens ethnoculturel, démographique, civilisationnel, il ne peut pas être « submergé » ;
  • « si une réalité n’existe pas, elle ne peut pas disparaître » ;

  • mais réduire les peuples à de pures constructions juridiques rend le monde « inintelligible ».

Il donne des contre-exemples : les Irlandais face à l’Empire britannique ; les Slovènes et les Croates au moment de l’éclatement de la Yougoslavie ; les Catalans et les Écossais aujourd’hui. Dans chaque cas, des gens juridiquement citoyens d’un État disent qu’ils forment un peuple irréductible aux catégories légales du régime.

L'éditorialiste québécois pose ensuite la question pour la France : le mot « France » n’a-t-il qu’un sens constitutionnel, ou désigne-t-il aussi un peuple avec 1 500 ans d’histoire, au-delà des valeurs « circonstancielles » (républicaines, libérales, monarchiques, etc.) ?

Selon Bock-Côté, Habermas, pour tirer les leçons du nazisme, redéfinit la nation comme adhésion à un pacte constitutionnel sans arrière-plan culturel. Le chroniqueur de CNews dit comprendre le traumatisme allemand, mais refuse que tous les peuples occidentaux « abolissent leur identité culturelle » pour se définir seulement par un texte administratif et juridique, « pour payer les fautes de l’Allemagne ».

Il pousse l’argument : si demain la France était peuplée majoritairement d’Allemands ou de Danois, serait-elle encore la France, ou une extension de l’Allemagne ou du Danemark ?

Il cite aussi les pays baltes (Estoniens, Lettons, Lituaniens) après 1945 : selon lui, ils ont dû définir un droit de la nationalité pour que les populations russes installées par la colonisation soviétique ne les privent pas, par le vote, de leur indépendance.

Les peuples minoritaires : Taubira et la Guyane


Bock-Côt. enchaîne avec Christiane Taubira. Il rappelle des propos de 2007 (et d’environ deux ans plus tôt) sur la Guyane :

Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre.
Elle expliquait cela, dit-il, par des « plans de peuplement » lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes et sécuriser le centre spatial.

Or Taubira a le droit de parler ainsi, et personne ne la traite de complotiste, de raciste ou d’extrême droite. La mise en minorité d’un peuple historique sur son territoire n’est donc pas, en soi, une thèse interdite — sauf, apparemment, quand il s’agit du peuple français [occidental plus globalement dirions-nous].

L’Initiative du siècle au Canada

L'éditorialiste évoque l’Initiative du siècle (Century Initiative) : un projet visant un Canada de 100 millions d’habitants, dont la croissance reposerait surtout sur l’immigration.

Selon lui, l’État canadien s’en est historiquement servi pour :

  • noyer la présence française au Québec** ;
  • et surtout affaiblir le poids politique des indépendantistes québécois.

Le parallèle avec Taubira est clair : elle parlait de « plans de peuplement » pour noyer l’indépendantisme guyanais ; Bock-Côté applique le même schéma au Québec dans le Canada.

Rappelons que l’Initiative du siècle est un groupe de pression canadien, lancé notamment par Dominic Barton (alors McKinsey) et Mark Wiseman (BlackRock), qui milite pour porter la population du Canada à 100 millions d’ici 2100. Bock-Côté et d’autres nationalistes québécois y voient une « noyade » du Québec francophone dans un Canada beaucoup plus peuplé et plus anglophone.

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jeudi 10 septembre 2026

France — Pour le Grand maître du Grand Orient, les écoles religieuses subventionnées « n'ont pas leur place dans la République »


Déjà élu en 2023, Guillaume Trichard a de nouveau été choisi par ses pairs, vendredi, à Bordeaux, pour reprendre les fonctions de grand maître du Grand Orient de France.

Il a déclaré dans le Figaro du samedi 29 août 2026 

Dans quelques semaines, nous publierons un livre blanc sur l'école de la République, avec des propositions nombreuses. Je ne rentrerai pas dans le débat des écoles privées et de l'école publique, quand bien même le Grand Orient de France est un ardent promoteur de l'école publique laïque et gratuite. L'on connaît le rôle que les francs-maçons ont joué dans les lois Jules Ferry. Mais j'estime que les écoles privées hors contrat n'ont pas leur place dans la République. Parce que hors contrat, ça signifie qu'il n'y a pas de contrat avec la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, ce qui peut laisser place à de nombreuses dérives.

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De la patho­lo­gi­sa­tion de la religion

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vendredi 7 août 2026

Allemagne : un élève risque une amende pour avoir refusé de participer à un atelier « queer »

Une école secondaire de Dachau (près de Munich, en Bavière), exige la présence obligatoire de ses élèves mineurs à un atelier sur les questions « queer ». Malgré les interrogations des parents, la direction de l’établissement a maintenu son exigence. Résultat : un adolescent de 14 ans fait désormais l’objet d’une procédure d’amende.


Dachau — La sous-préfecture locale a engagé des poursuites contre un élève de 14 ans pour absence à l’atelier Diversity@school (en anglais dans le texte!), organisé le 10 juillet dans son école secondaire. Bien que les parents aient exprimé leur opposition à la participation de leur fils, l’établissement a insisté sur le caractère obligatoire de l’activité, au nom du programme scolaire.

Lors de cet atelier, deux militants « queer » sont intervenus en classe pour échanger avec les élèves. Selon l’association Diversity München, à l’origine de l’initiative, l’objectif était d’aborder l’acceptation des identités « queer », de déconstruire les stéréotypes et de lever les appréhensions. Des parents ayant assisté à des retours de leurs enfants rapportent que l’un des intervenants, présentant à la fois une barbe et une apparence féminine, aurait partagé des expériences personnelles, notamment des incidents de discrimination.

Des parents contestent le bien-fondé pédagogique

Dans une lettre adressée à la sous-préfecture, dont le média Apollo News a obtenu copie, les parents justifient l’absence de leur fils par le manque de réponses claires de la part de la direction. Ils estiment que la formulation du programme — selon laquelle les élèves doivent être « préparés à leur développement physique et psychique, à leur genre, à leurs sentiments, à leur identité de genre et à leur orientation sexuelle » — dépasse le cadre de la mission éducative de l’école ou de l’État.

Face à cette situation, les parents ont soumis neuf questions à l’établissement, avertissant qu’à défaut de réponses, ils déposeraient une plainte disciplinaire. Parmi leurs interrogations :
  • La présence permanente d’un enseignant pour garantir l’absence de toute forme de domination et éviter qu’un point de vue ne soit présenté comme moralement supérieur ;
  • L’accès aux supports et méthodes utilisés par les intervenants ;
  • La base juridique justifiant le choix de l’association Diversity München comme partenaire externe ;
  • L’implication éventuelle du conseil des élèves dans l’organisation de l’atelier.
  • La direction s’est contentée de confirmer qu’un enseignant serait présent en permanence pour veiller au respect de l’interdiction d’intimidation. Aucune autre réponse complète n’a été apportée. Le proviseur a simplement regretté que les parents ne partagent pas les valeurs de l’association, sans pour autant accepter que leur fils soit dispensé de l’atelier. Ceux-ci ont donc déposé une plainte disciplinaire et annoncé leur intention de contester toute amende par voie judiciaire.
Une association militante aux revendications politiques

Diversity München, qui finance ses activités grâce à des dons et à des subventions de la ville de Munich, affiche des revendications politiques explicites. Bien que le proviseur ait affirmé que l’atelier n’avait aucune visée d’endoctrinement, l’association formule des exigences à l’attention des gouvernements fédéral et régional bavarois, notamment :
  • La suppression des mentions « père » et « mère » sur les actes de naissance, remplacées par « parent 1 » et « parent 2 » ;
  • L’intégration systématique des enjeux « queer » dans les programmes scolaires ;
  • L’utilisation, sur les documents officiels (comme les bulletins), des prénoms choisis par les élèves, indépendamment de leur nom légal.

jeudi 12 février 2026

Québec — Son refus de se soumettre à un mensonge du « genre » lui coûte son emploi

Michel Lizotte, employé par Santé Québec pour enseigner aux employés l'utilisation de logiciels pour créer, modifier et consulter le futur dossier de santé numérique, s'est retrouvé dans une situation où il devait choisir entre enseigner un fait non établit ou un mensonge flagrant et garder son emploi en se conformant aux ordres se ses supérieurs, ou refuser et faire face à leurs pressions et finir par être renvoyé.
Parmi ses 14 cours se trouvait une phrase faisant la promotion de l'idéologie du genre et qui n'avait rien à voir avec la matière à enseigner. Son refus de l'enseigner et de participer au mensonge lui a coûté son emploi.

Il dénonce une mentalité qui s'est établie peu à peu au Québec où les établissements publics et scientifiques se sont transformés en institutions idéologiques, soulignant que la complicité et la conformité au mensonge, d'une part, et sa récompense, de l'autre, font dériver la société dans un totalitarisme idéologique.

 

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jeudi 1 janvier 2026

La Lettonie supprime le russe des écoles publiques et des médias d’État

La Lettonie franchit aujourd’hui une étape décisive dans sa politique linguistique : les médias publics cessent toute production de contenus en langue russe, tandis que l’enseignement du russe comme seconde langue étrangère disparaît progressivement des établissements scolaires publics à compter de cette année. Ces mesures, parmi les plus restrictives adoptées ces dernières années dans un pays membre de l’Union européenne, réduisent drastiquement la place institutionnelle d’une langue parlée par environ un tiers de la population.

Dans le domaine des médias, les amendements à la loi sur les médias électroniques, adoptés dès 2023 et entrés pleinement en vigueur ce 1er janvier, interdisent aux diffuseurs publics — la télévision LTV et la radio publique — de produire des programmes originaux en russe. 

Désormais, les contenus diffusés par ces chaînes doivent être exclusivement en letton ou dans des langues qualifiées d’« appartenant à l’espace culturel européen ». Les programmes en russe existants sont relégués aux plateformes numériques, et aucune nouvelle production n’est autorisée sur les ondes traditionnelles. Cette décision met fin à des années de diffusion publique en russe, qui touchait une audience significative, particulièrement parmi les russophones. En éducation, la rigueur est tout aussi marquée.  

Depuis les réformes de 2018, l’enseignement en russe comme langue principale d’instruction avait déjà été supprimé dans les écoles publiques, avec une transition complète vers le letton achevée en 2025 pour l’ensemble des cycles primaire et secondaire. À partir de l’année scolaire 2026-2027, le russe n’est plus proposé comme seconde langue étrangère : les établissements doivent obligatoirement offrir une langue officielle de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou une langue étrangère régie par des accords intergouvernementaux (anglais, allemand, français, etc.). 

Seuls les élèves ayant opté pour le russe avant septembre 2025 peuvent le poursuivre jusqu’à la fin de leur scolarité. Cette suppression concerne l’ensemble du système public, y compris les écoles autrefois qualifiées de « russophones ». Ces dispositions touchent une communauté importante : environ 24 % de la population lettonne est ethniquement russe, et 33 à 38 % des habitants utilisent le russe comme langue maternelle ou principale, selon les données récentes. À Riga, la proportion de russophones dépasse souvent la moitié des résidents.  

La présence du russe en Lettonie remonte au moins à l’époque de l’Empire russe (XVIIIe-XIXe siècles), où il servait de langue administrative, avant de s’imposer massivement durant la période soviétique (1940-1991) avec l’arrivée de centaines de milliers de migrants. Les autorités lettonnes justifient ces restrictions par des impératifs de sécurité nationale et d’intégration, dans un contexte géopolitique tendu depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Elles soulignent que des alternatives privées — médias commerciaux en russe, cours associatifs ou plateformes internationales — restent accessibles, et que la préservation culturelle des minorités est possible dans des cadres non publics.

Ces mesures n’ont cependant pas manqué de susciter des critiques internationales dès leur annonce. En 2023, Reporters sans frontières (RSF), l’Union européenne de radio-télévision (EBU) et d’autres organisations ont dénoncé le risque d’isolement informationnel pour les russophones, les exposant potentiellement à des sources moins fiables ou à de la désinformation. Des interrogations ont également été soulevées au Parlement européen sur la compatibilité de ces restrictions avec les principes de pluralisme linguistique et de protection des minorités défendus par l’UE.

Membre de l’Union depuis 2004, la Lettonie invoque sa souveraineté linguistique et les clauses des traités européens autorisant des mesures de sécurité nationale. 


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samedi 27 décembre 2025

France — Harcèlement administratif contre les écoles privées (sous contrat et hors contrat)

18 inspecteurs pour 400 élèves !

Les inspections musclées ne touchent plus seulement le hors contrat.

Les écoles sous contrat sont désormais aussi visées : fouilles de casiers, questions à charge…

Plus de 900 inspections en un an et jusqu’à 11 contrôles pour certains établissements !

 

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dimanche 14 décembre 2025

Paris — Hidalgo coupe à nouveau les vivres au collège catholique Stanislas

Les collectivités locales sont obligées par la loi à verser chaque année une dotation financière aux écoles privées sous contrat avec l’État qui se trouvent sur leur territoire. Certaines ne remplissent pas leurs obligations. C’est le cas de Paris aujourd’hui avec le collège catholique Stanislas.

Le 9 décembre, lors d’une réunion préparatoire au prochain Conseil de Paris, Patrick Bloche, premier adjoint d’Anne Hidalgo a déclaré : « Je me dois de supprimer les subventions. » Ainsi annonce-t-il que Paris, au mépris de la loi, refuse de verser le forfait qu’il doit. Et il l’assume au nom de la morale arc-en-ciel. 

Selon lui, le controversé programme EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité dès la maternelle : deux associations juridiques viennent de saisir l’ONU pour faire respecter le droit des familles actuellement bafoué) ne serait pas enseigné à Stanislas comme certains voudrait qu'il le soit. 

M. Bloche affecte ne penser qu’à « l’intérêt » des élèves, il feint la crainte : « J’ai peur pour les enfants. » 
 
Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo coupe les vivres à Stanislas. Il s'agit d'un vieux combat idéologique entre les laïcards et l’Église catholique, une dizaine de visites ayant été effectuées par l’Académie de Paris, et Médiapart répandant bruyamment l’idée que Stanislas serait « sexiste et homophobe », deux péchés mortels pour la gauche moderne.

lundi 8 septembre 2025

La dérive du Royaume-uni vers une police politique

Texte de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro.

L’histoire des derniers siècles nous a amenés à croire que les Britanniques avaient une passion particulière pour les libertés. Mais l’histoire des dernières années, et plus encore des derniers mois, nous oblige à constater qu’ils y sont devenus indifférents, peut-être même hostiles.

La séquence hallucinante mettant en scène bien malgré lui Graham Linehan nous en convaincra. Le 1er septembre, l’humoriste irlandais, s’est posé à Heathrow, au Royaume-uni, et fut à sa grande surprise accueilli par cinq policiers armés, qui l’amenèrent au poste, avant de l’emprisonner et de l’interroger plusieurs heures. On lui reprochait trois tweets, parus en avril, et décrétés haineux, où il s’en prenait vertement, avec un humour « trash », à l’idéologie transgenre, postulant qu’il suffit pour un individu de se proclamer d’un genre, sans égard pour son sexe biologique, pour être reconnu ainsi.

Cette autoproclamation serait même à inscrire dans le registre de la vérité - qui s’opposera à cette thèse sera dans le « faux ». Il conjuguera donc la haine et la désinformation, en plus de mettre en danger la vie des trans, qui seraient pour cela condamnés à évoluer dans un environnement toxique, il inciterait à l’agression contre eux, ou les pousserait au suicide. Au cœur de cette théorie, on trouve une révolution anthropologique, vécue comme une révélation religieuse, absolument indiscutable. Au terme de son interrogatoire, Linehan fut remis en liberté, à condition toutefois de ne pas publier sur X. Comment ne pas y voir une censure ?


Plusieurs ont vu le Royaume-uni confirmer là sa dérive vers l’état policier. Cette impression n’est pas sans lien avec le plus vaste contexte qui a vu les autorités britanniques, à l’automne 2024, réprimer férocement des hommes ordinaires coupables eux aussi d’avoir publié des tweets trop virulents contre l’immigration massive et ses conséquences. Le Royaume-uni marquait là sa volonté de punir sévèrement ceux qu’il faut bien considérer comme des délinquants idéologiques transgressant les principes que le régime diversitaire juge non négociables.

L’épisode est à bien des égards indissociable de la récente polémique autour du drapeau dans ce pays. On l’a vu, de nombreux Britanniques revendiquent le droit de hisser les couleurs du Royaume-uni, et même de l’Angleterre, sous le signe de la protestation patriotique, et même nationaliste, pour peu qu’on ne connote pas négativement ce terme. Encore une fois, les forces de l’ordre sont intervenues pour sanctionner cette manifestation politique que le régime diversitaire assimile de plus en plus à la haine.

Naturellement, l’état de droit, comme il aime se présenter, formule ces interdictions et ces sanctions dans des termes généraux, indirects, qui lui permettent de sanctionner les déviants en laissant croire qu’il a seulement le souci de l’ordre public. Ce qui permet ensuite d’affirmer publiquement que tel homme ou telle femme n’ont pas été arrêtés parce qu’ils brandissaient le drapeau du pays mais parce qu’ils manifestaient sans en avoir le droit, par exemple. De même, les manifestations d’opposition à l’immigration massive sont systématiquement caractérisées par la plupart des grands médias comme racistes et haineuses.

Nos sociétés, et le Royaume-uni ne fait pas exception, sont aujourd’hui marqués par une criminalité conquérante, et il peut sembler étonnant de consacrer les ressources de la police et de la justice à la lutte contre les mauvaises pensées des uns et des autres, alors que la sécurité au quotidien de la population est compromise. Mais ce ne l’est qu’à condition d’oublier ce qui est le propre d’un régime idéocratique, d’abord occupé à maintenir le dogme sur lequel il repose. Quand la diabolisation et la peur de la mort sociale ne suffisent plus, il n’hésite pas à se radicaliser, à pénaliser tout simplement les propos qu’il réprouve, le délit d’opinion se présentant ici comme un délit de blasphème.

Il n’hésite même pas à se couvrir de ridicule, comme on l’a vu en avril 2005, quand le gouvernement britannique a refusé de laisser entrer sur son territoire Renaud Camus. Sa présence avait été déclarée « non propice à l’intérêt public ». On pensera ce qu’on veut de l’écrivain, associé pour le grand public au thème du « grand remplacement », mais on pourra difficilement ne pas s’amuser de ce refus quand on sait que le même pays accueille régulièrement, et sans souci, les prêcheurs islamistes les plus fanatiques.

Le régime diversitaire se sait contesté, et se radicalise. Ce n’est plus l’immigration massive qui fait scandale, mais le fait de s’y opposer, et le régime diversitaire, partout, se donne les moyens de mater les rebelles qui le défient, lui et ses dogmes. Le Royaume-uni n’est peut-être que le miroir grossissant de ce qui arrive partout en Europe occidentale où la police se voit assigner une fonction de plus en plus ouvertement politique.



vendredi 29 août 2025

« On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec »

Des organisations opposées au contenu du programme de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) ont distribué et déposé des lettres sur le pare-brise des voitures dans le stationnement de quelques écoles de Montréal, dont les établissements Sophie-Barat et Henri-Bourassa. 

Selon elles, le programme en question fait notamment la promotion de l’hypersexualisation des jeunes et l’idéologie de genre ce qui peut menacer la santé mentale des enfants.

Écoutez Jean-Léon Laffitte, vice-président de l’organisation Ensemble pour Protéger Nos Enfants, en discuter à Lagacé le matin jeudi.


Ces parents demandent au ministère de l'Éducation le retrait de tout contenu relatif à l'identité de genre à l'intérieur comme à l'extérieur du cours de culture et citoyenneté québécoise.

M. Laffitte, qui est également président de l'Association des parents catholiques du Québec, revendique le droit des parents de retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle.

C'est l'autorité parentale et ça c'est très important. C'est reconnu par toutes les chartes internationales. C'est le parent qui a l'autorité ultime sur l'éducation de l'enfant, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas les professeurs. Et au Québec, c'est très différent d'ailleurs où il y a des régimes pédagogiques multiples. Ici, il y a un monopole et on impose à tous les parents le même enseignement, que le parent soit d'accord ou pas. On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec.


Jean-Léon Laffitte

 

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Critique de la définition du sexe dans un manuel approuvé par le ministère de l'Éducation du Québec

Parents catholiques et leurs inquiétudes par rapport au nouveau cours obligatoire de Culture et citoyenneté (CCQ)

 

Sortie d'un livre sur le cours d'éducation sexuelle du Québec (m-à-j)

Québec — Appel aux parents à retirer leurs enfants des cours de sexualité

lundi 18 août 2025

Canada – Condamnée à verser 94 000 $ pour avoir affirmé qu’il existe deux sexes

L’infirmière et chroniqueuse Amy Hamm.
La liberté d’expression connaît un nouveau revers au Canada anglais. Le British Columbia College of Nurses and Midwives a suspendu pour un mois l’infirmière Amy Hamm et l’a condamnée à payer 94 000 $ en frais de procédure pour des propos qualifiés de « transphobes ».

Quatre années de procédure disciplinaire

Mère de deux enfants et infirmière depuis plus de treize ans, Amy Hamm a fait l’objet d’une enquête disciplinaire après avoir contribué, en 2020, au financement d’un panneau publicitaire installé à Vancouver. Celui-ci affichait le message « J’♥ JK Rowling », en soutien à l’écrivaine britannique critiquée pour ses positions sur les questions de genre et de droits des femmes.

Rapidement vandalisée et dénoncée, l’affiche avait donné lieu à plusieurs plaintes accusant l’infirmière de « transphobie » et de « discours haineux ».
 

À l’issue de plus de vingt jours d’audiences, le comité disciplinaire du College a conclu, en mars 2025, qu’Amy Hamm avait commis une faute professionnelle en associant à maintes reprises ses opinions publiques à son statut d’infirmière, notamment dans des articles et un balado. Ses publications personnelles sur les réseaux sociaux n’ont toutefois pas été retenues contre elle.

Un verdict présenté comme exemplaire

Dans sa décision du 14 août, l’Ordre a déclaré vouloir adresser « un message clair contre la discrimination ». Selon le jugement, « les infirmières et les sages-femmes occupent une position de confiance et d’influence dans la société. Elles doivent contribuer à un système de santé non discriminatoire ».

Le panel disciplinaire a estimé que plusieurs déclarations de Mme Hamm, diffusées entre 2018 et 2021, visaient en partie à « susciter la peur, le mépris et l’indignation à l’égard des personnes transgenres ». Le BCCNM rappelle que les droits des personnes transgenres sont protégés par la législation provinciale et fédérale, qui interdit toute discrimination fondée sur l’identité ou l’expression de genre.

Liberté d’expression en cause

Amy Hamm rejette l’accusation de transphobie et défend sa démarche. « Je fais appel parce que la réalité biologique compte, tout comme la liberté d’expression », a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle bénéficie du soutien de J.K. Rowling.

Représentée par l’avocate Lisa Bildy et appuyée par le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles, elle conteste une décision qui, selon ses défenseurs, sanctionne « des opinions scientifiques et rationnelles ». Me Bildy a dénoncé un jugement susceptible d’avoir « un effet dissuasif sur d’autres professionnels », incités à taire leurs convictions par crainte de sanctions disciplinaires.

Une affaire emblématique

Devenue chroniqueuse au National Post, Amy Hamm voit dans sa condamnation le symptôme d’un climat de censure croissante. « J’ai dit la vérité sur les droits des femmes. Ce n’est pas une faute professionnelle », affirmait-elle déjà en mars dernier.

L’affaire soulève une question de fond : jusqu’où les ordres professionnels peuvent-ils aller dans le contrôle des prises de position publiques de leurs membres ?

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jeudi 10 juillet 2025

« Vers une gestion soviétique des propriétés privées ? »

Vers une gestion soviétique des propriétés privées ?» : l'édito de Mathieu Bock-Côté, dans Face à l'info.


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Selon Pia Mamut, chercheuse à l’Université Münster, la rénovation énergétique des bâtiments n’est pas la solution. Pour limiter l’impact du secteur sur l’environnement, il faut commencer par définir un nombre de mètres carrés autorisés par personne.

Votre maison est trop grande selon l’INSEE…

L'étude de l'INSEE: « Un quart des ménages vivent dans un logement en sous‑occupation très accentuée »

L'immigration de masse mène à la densification de masse et à la perte de qualité de vie

Canada — Des logements trop chers

OCDE — Le PIB réel par habitant du Canada en berne, il est plombé par l'immigration de masse

Australie — Effets de l'immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux

Pour Justin Trudeau, il ne faut pas que l'urgence de payer son logement ou son épicerie l'emporte sur la lutte contre les changements climatiques

L’écologisme tue-t-il ?  

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser (effet de l'urbanisation et de la densification des logements ?)

 

Forte densité et faible natalité

Le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

lundi 19 mai 2025

La police britannique restreint la liberté d'expression de manière inquiétante

Des lois confuses donnent à la police britannique un large pouvoir d'appréciation.

La police s'est présentée à la porte de Maxie Allen le 29 janvier à midi. Aucun des six agents ne semblait savoir pourquoi ils étaient là, se souvient M. Allen. Mais ils ont lu une liste de chefs d'accusation et ont fouillé la maison, avant de les arrêter, lui et sa compagne, et de les emmener au poste de police, où ils ont été détenus pendant huit heures. Le crime présumé du couple ? Avoir envoyé des courriels et des messages WhatsApp désobligeants au sujet de l'école primaire de leur fille.

La liberté d'expression en Grande-Bretagne est sous les feux de la rampe. J.D. Vance, le vice-président américain, cite fréquemment des cas impliquant des activistes religieux. Elon Musk, un magnat de la technologie, a affirmé que des milliers de personnes étaient enfermées pour avoir publié des messages sur les médias sociaux. [...] Pourtant, les Américains ont raison sur un point essentiel : La Grande-Bretagne est confrontée à un grave problème.

La liberté d'expression est restreinte, en particulier en ligne, de manière alarmante et à un rythme de plus en plus rapide. Le nombre d'arrestations - plus d'un millier par mois pour des messages en ligne - montre qu'il ne s'agit plus de quelques cas isolés. L'origine de ce phénomène se trouve dans la législation nationale sur la liberté d'expression, qui est un véritable fouillis et qui n'est pas adaptée à l'ère numérique : Les Britanniques sont poursuivis pour des conversations qu'ils auraient eues au pub. Et les choses sont appelées à empirer.

M. Vance, qui a réitéré ses critiques lors d'un événement organisé le 7 mai, s'est concentré sur le « recul des droits de la conscience » en Grande-Bretagne et considère que la vie religieuse est étouffée par le conformisme. Mais la différence entre l'Amérique et l'Europe dans la manière dont elles traitent les discours problématiques a moins à voir avec les récents travaux qu'avec l'évolution des lois et des attitudes au cours des siècles.

Le premier amendement américain offre de loin les protections les plus solides au monde en matière de liberté d'expression ; les pères fondateurs ont inscrit dans la constitution que « le Congrès ne fera aucune loi » limitant la liberté d'expression. Cette protection a été mise à l'épreuve et élargie, en particulier au cours du XXe siècle. Les Européens [et les Canadiens], quant à eux, n'ont codifié un tel droit qu'au milieu du XXe siècle et, même alors, il comportait des limites claires. Les législateurs ont longtemps cherché à trouver un équilibre entre le droit à la liberté d'expression et le préjudice qu'elle peut causer.

[...Récemment] Quelques dizaines de personnes ont été poursuivies pour des messages en ligne. Parmi eux, on trouve des personnes qui ont dit des choses comme « faites sauter la mosquée » et « mettez le feu à tous les putains d'hôtels remplis de ces bâtards ». Selon Gavin Phillipson, de l'université de Bristol, ces propos auraient probablement été légaux en Amérique, car ils ne présentent pas un danger clair et imminent. En vertu des lois en vigueur en Grande-Bretagne et dans une grande partie de l'Europe, il est probable que cela soit considéré comme une incitation à la violence.

D'autres, en revanche, ont été poursuivis pour des déclarations plus anodines. Jamie Michael a publié sur Facebook, après les coups de couteau, une vidéo de 12 minutes dans laquelle il fulminait contre l'immigration clandestine et prévenait que le pays était « attaqué ». Il a été arrêté et détenu pendant 17 jours pour « incitation à la haine raciale », avant d'être acquitté.

La Grande-Bretagne a un problème

Prenons trois exemples plus récents. Un homme a posté une photo de lui se rendant à une fête d'Halloween habillé comme l'islamiste qui a perpétré un attentat terroriste à Manchester en 2017. Un autre homme a critiqué les manifestants pro-palestiniens, en tweetant : « À un pas de prendre d'assaut Heathrow à la recherche d'arrivées juives ». Six policiers à la retraite auraient envoyé des messages racistes dans un groupe de discussion WhatsApp appelé « Old Boys Beer Meet-Wales ».

Le premier homme risquait jusqu'à deux ans de prison avant que son procès ne soit annulé en avril. La police a saccagé la maison et inspecté les étagères du second - bizarrement soupçonné d'antisémitisme - et l'a interrogé dans un poste de police avant de le relâcher. Les anciens policiers ont tous été condamnés à des peines avec sursis et à des travaux d'intérêt général.
 
Ses problèmes découlent en grande partie de deux lois dépassées : la loi de 1988 sur les communications malveillantes (Malicious Communications Act) et la loi de 2003 sur les communications (Communications Act).

La première se concentre sur les informations indécentes, offensantes, menaçantes ou fausses.

La seconde érige en infraction le fait d'être « grossièrement offensant » sur tout « réseau public de communications électroniques ».

En vertu de ces lois, la police britannique arrête plus de 30 personnes par jour pour des publications en ligne, soit deux fois plus qu'en 2017. Certains sont des délinquants graves, comme des harceleurs. Beaucoup ont simplement dit quelque chose que quelqu'un d'autre considère comme offensant.

La police est peu diserte quant à l'origine exacte de la hausse des arrestations. Mais il semble qu'il y ait plusieurs facteurs. Les agents doivent enquêter sur chaque message qui leur est signalé, et le volume de contenu qu'ils reçoivent a fortement augmenté. En conséquence, un plus grand nombre d'agents ont été affectés à cette tâche. En 2010, la police métropolitaine de Londres a créé une petite équipe de 24 agents chargée de surveiller les activités illicites sur les médias sociaux, la première du genre. Aujourd'hui, tous les services de police du pays disposent d'une équipe qui passe au crible les messages des internautes pour tenter de déterminer ce qui dépasse un seuil indéfini. « C'est un véritable cauchemar », reconnaît un policier.

Le public pourrait bien se demander pourquoi tant de temps y est consacré, alors que les cambriolages ne sont généralement pas élucidés. [...]

Quoi qu'il en soit, l'arbitraire se poursuit devant les tribunaux. Ces affaires doivent être entendues par des tribunaux de première instance, ce qui signifie qu'elles sont plaidées devant des magistrats non professionnels qui ne connaissent pas ou peu la jurisprudence. Souvent, les défendeurs ne connaissent pas non plus leurs droits. La Free Speech Union, une organisation à but non lucratif, a commencé à contester, et à annuler avec succès, certaines condamnations (y compris celle de l'homme au costume grossier). Pourtant, il est clair que la Grande-Bretagne ne parvient pas à faire la part des choses.

Elle n'est d'ailleurs pas la seule. Frustrés par leur faible emprise sur les plates-formes américaines, les responsables politiques européens ont eu du mal à trouver une approche cohérente. Selon David Kaye, de l'université de Californie à Irvine, il en résulte des lois vagues à portée large qui confèrent un pouvoir discrétionnaire excessif aux autorités publiques. La Grande-Bretagne et l'Union européenne ont toutes deux introduit une législation qui accroît la pression sur les plateformes pour qu'elles retirent les contenus « illégaux » sous peine d'amendes. Cela risque d'avoir un effet dissuasif. Un conflit se prépare entre les régulateurs et la plateforme de M. Musk, X.

Mais c'est en Grande-Bretagne que l'imbroglio est le plus complet. Une préoccupation particulière est l'intrusion croissante dans les messages privés. Cela découle de la loi de 2003 ; une clause écrite pour empêcher les parasites de harceler les téléphonistes est utilisée pour passer au crible les discussions sur WhatsApp. « En droit anglais, il n'y a pas de concept de conversation privée en ligne », explique Adam King, avocat. En outre, une loi de 2022 a élargi le champ d'application des délits d'ordre public. Cela a permis à la police d'adopter une approche draconienne à l'égard des manifestations en faveur de Gaza ; elle a récemment perquisitionné le domicile d'un journaliste.

[...]

Source : The Economist 

Voir aussi 

La police britannique procède à 30 arrestations par jour pour des messages « offensants » sur Internet

Douglas Murray sur les gangs musulmans violeurs, Tommy Robinson et ce qui cloche en Grande-Bretagne

Scandale des gangs sexuels pakistanais au Royaume-Uni

Déboulonner les déboulonneurs de gangs de violeurs pédophiles (en anglais), sur la minimisation dans les médias au sujet de ce scandale

 
 
 
 

vendredi 16 mai 2025

L'Algérie règle ses comptes avec la France et sacrifie la « langue du colonisateur »


À l’ombre de la crise diplomatique qui caractérise les relations entre Alger et Paris, la langue française perd de plus en plus du terrain. Malgré tout, elle tente de résister.

« C’est donc une décision judicieuse ! » Debout devant des étudiants de la Faculté de médecine de Béchar (Sud-Ouest) jeudi 24 avril, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, entouré du ministre de l’Enseignement Supérieur, du chef d’État-Major de l’Armée le Général d’armée Said-Chengriha et d’autres responsables, s’est félicité d’une décision que son gouvernement avait prise quelques jours auparavant : à partir de la rentrée universitaire de septembre 2025, les filières médicales, jusque-là enseignées en français, seront désormais dispensées en anglais. Une des dernières digues qui entourent la langue de Molière en Algérie vient ainsi de tomber. Car si l’arabe et le berbère sont les deux langues officielles, beaucoup de filières sont encore enseignées en français. De moins en moins depuis quelques mois. Motif ? « Depuis 2022, tous les ouvrages que nous utilisons sont en anglais. Il n’y a pas d’autre solution que le passage à l’anglais, si nous voulons être au diapason des nouvelles technologies », a expliqué un enseignant au chef de l’État lors de la même visite.

Reconversion forcée des professeurs

Le remplacement du français par l’anglais dans les facultés de médecine est le dernier épisode de la démarche qui consiste à supprimer graduellement la langue française des enseignements universitaires. Rien que ces cinq dernières années, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a produit plusieurs circulaires dans ce sens. Cela a consisté d’abord à « obliger » les professeurs à se reconvertir à l’anglais depuis la rentrée universitaire 2022-2023. Des cours accélérés en langue de Shakespeare étaient prévus. Sans succès. « Après 37 ans d’enseignement en français, on m’oblige à dispenser des cours en anglais. Je préfère prendre ma retraite », nous confiait à l’époque un professeur de physique à l’Université des Sciences et technologies Houari-Boumediène, dans la proche banlieue d’Alger. Comme notre interlocuteur, beaucoup d’enseignants n’ont pas caché leur désarroi. Le projet est tombé à l’eau, mais il est sorti des tiroirs à chaque poussée de fièvre dans les relations algéro-françaises.

En plus de l’Université, le gouvernement algérien a décidé, à l’été 2023, d’introduire, dans la rentrée de septembre de la même année, l’anglais dès la troisième année du cycle primaire, ex aequo avec le français qui était jusque-là première langue étrangère. Les deux langues se partagent désormais le volume horaire hebdomadaire, qui diffère d’un niveau à un autre. Des professeurs d’anglais ont été recrutés et formés dans l’urgence. Et malgré la sonnette d’alarme des syndicats d’enseignants et des partis de l’opposition qui ont dénoncé une décision prise dans la précipitation, Abdelmadjid Tebboune, parfait francophone, a maintenu le cap. « L’école, c’est du temps long. Il faut planifier sur 20, 30 ans », avait par exemple dénoncé le sociologue Aissa Kadri qui a consacré une bonne partie de sa très longue carrière universitaire, menée autant en Algérie qu’en France, aux questions pédagogiques.

Du prestige, encore et toujours

L’école et l’Université ne sont pas les seuls espaces où la langue française est pourchassée. Dans l’espace public, de nombreux frontons d’établissements publics, civils et militaires, portent désormais des inscriptions en arabe et en berbère doublées de l’anglais, alors que jusque-là, c’est le français qui côtoyait les deux langues nationales. Puis, plus récemment, la compagnie de transport aérien, Air Algérie a supprimé la langue de Malraux de ses billets et la Société de distribution des eaux d’Alger, fondée initialement avec l’assistance de la française Suez avant d’être nationalisée, de ses factures. « Un manque de respect aux clients qui ne comprennent que le français », a posté le syndicaliste Nouredine Bouderba. Cette chasse au français est étendue à la musique puisque depuis le début des récentes crises diplomatiques entre les deux pays, les chansons françaises, très populaires dans le pays, sont quasiment bannies des radios d’État, dont l’une des chaînes les plus importantes parle… en français.

« La langue française est un butin de guerre ! À quoi bon un butin de guerre si l'on doit le jeter ou le restituer à son propriétaire dès la fin des hostilités ? » Cette phrase prononcée par le célèbre écrivain algérien Kateb Yacine a toujours sonné comme une parade aux nombreuses tentatives visant à évincer la langue de l’ancien colonisateur du pays. Car, depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, quasiment tous les gouvernements ont eu leur projet de remplacer cette langue par l’arabe, devenue certes au fil du temps celle de l’administration, de l’enseignement et de la majorité des filières des sciences humaines à l’université.

Mais les projets, idéologiques pour la plupart car répondant souvent à une revendication des courants conservateurs qui poussent des cris d’orfraie contre « une colonisation linguistique » de la langue française, ont souvent échoué. Des livres continuent d’être édités en Français, tout comme une bonne partie des journaux du pays. Des écoles privées continuent de dispenser des programmes français, y compris clandestinement et le nombre d’Algériens inscrits aux cours de langue français à l’Institut français d’Alger n’a jamais baissé, selon une responsable de cette institution qui confirme que le nombre a même augmenté en 2023. À l’Université, comme dans des pans entiers de l’économie tels que les banques, les impôts et les assurances, le français tient seul le haut du pavé et n’est pas près d’y descendre, ce qui permet aux cadres y travaillant de garder un prestige souvent envié. Un sursis, selon de nombreux observateurs.

Fait paradoxal, des figures de la classe politique algérienne, y compris parmi les pourfendeurs de la langue française, font des pieds et des mains pour inscrire leurs enfants dans la seule école française autorisée en Algérie !

(Notons que l'arabe est aussi la « langue du colonisateur »...) 
 
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