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samedi 22 août 2026

Corée du Sud — les ventes de pous­settes pour chien y ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés

Au détour d’une ruelle tran­quille de Gan­gnam, le menu allèche le pas­sant à une enca­blure des tours futu­ristes du siège de Sam­sung. « Ragu a la bolo­gnese », spa­ghet­tis « aglio olio » et « boeuf bour­gui­gnon » à des prix imbat­tables pour ce quar­tier huppé de Séoul. Langue pen­dante, un petit tou­tou blanc bou­clé, vêtu d’un sweat-shirt élé­gant, vend la mèche dans le coin droit du pré­sen­toir.

Un chien por­tant des lunettes anti-UV avec sa maî­tresse au K-pet Fair, salon dédié aux ani­maux de com­pa­gnie, à Séoul, le 17 juillet.

Dans la ten­ta­cu­laire capi­tale de Corée du Sud, Pat­ted est le pre­mier res­tau­rant à ser­vir aux ani­maux domes­tiques des plats gour­mets d’habi­tude réser­vée à leurs maîtres. « Les chiens fré­tillent face à la nour­ri­ture ser­vie aux humains. Je me suis dit qu’il fal­lait leur offrir ce plai­sir. Le “papuc­cino & crois­sant” et les “spa­ghet­tis aglio olio” sont nos meilleurs ventes. Nous avons deux cui­sines sépa­rées, l’une pour les humains, l’autre pour les ani­maux », explique Cho Namin, le patron de 37 ans, en cares­sant sa petite chienne grise Eunmi, célé­brité sur Ins­ta­gram. La vien­noi­se­rie dorée plus vraie que nature est en réa­lité en pâte de riz et le cap­puc­cino sans lac­tose.

Le week-end, les « pet­fam­jeok » se pressent entre les murs mini­ma­listes de l’éta­blis­se­ment pour un brunch «en famille » autour d’œufs brouillés ou de pasta ita­lienne al dente dans la gamelle. Un terme mêlant anglais et coréen pour dési­gner la nou­velle ten­dance des maîtres à trai­ter leurs « pets », ou ani­maux domes­tiques comme des membres à part entière du foyer, les cou­vant de toutes les atten­tions, du col­lier de luxe Tif­fany au polo Ralph Lau­ren en pas­sant par des par­fums canins ou des séances de lec­ture de tarot. « Mon chien fait par­tie de la famille. Il va au jar­din d’enfants, il a droit à des fêtes d’anni­ver­saire, d’Hal­lo­ween et des remises de diplôme », s’exalte Feli­cia, heu­reuse maî­tresse. Aujourd’hui, « il y a une ten­dance gran­dis­sante à trai­ter les ani­maux à l’égal des humains », confirme notre res­tau­ra­teur.

Une révo­lu­tion de plus pour la qua­trième éco­no­mie d’Asie qui prise depuis des siècles le « bosing­tang », la soupe de chien, cen­sée redon­ner vigueur à l’orga­nisme au cœur de la moi­teur de la mous­son. La viande canine sera ban­nie à comp­ter du 7 février 2027 a décrété une nou­velle loi, et les gar­gotes du vieux Jon­gno, centre his­to­rique de Séoul, peinent déjà à trou­ver de la clien­tèle pour cette spé­cia­lité ances­trale rele­vée.

La Corée du Sud « consom­mait » jusqu’à 1 mil­lion de chiens par an, sou­vent mal­trai­tés dans des fermes pri­sons. Elle voit main­te­nant fleu­rir des «oma­kase» hup­pés ser­vant des mets déli­cats aux tou­tous assis au comp­toir avec leurs maîtres. «C’est fou, on est passé d’une société ou les chiens étaient au menu pour deve­nir un membre à part entière de la famille», explique Subin, 31 ans, qui dévoue toute son éner­gie à Walle, son chien qu’elle pro­meut sur Ins­ta­gram, au point d’impri­mer un maillot flo­qué à son nom.

Signe des temps, les ventes de pous­settes pour chien ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés en 2023, selon Gmar­ket, pla­te­forme d’e-com­merce. Cette année-là, le pays de la K-pop a enre­gis­tré le taux de fécon­dité le plus bas de la pla­nète, tombé à 0,55 enfant par femme dans la capi­tale. Depuis, il connaît un léger rebond à 0,8 en 2025, mais très loin du seuil de 2,1 néces­saire au renou­vel­le­ment de la popu­la­tion.

Dans les parcs de la ten­ta­cu­laire capi­tale, la recru­des­cence des pous­settes fait croire un ins­tant à un impro­bable essor de la natalité, avant que la fri­mousse poi­lue d’un caniche ou d’un pomé­ra­nien apprêté ne sur­gisse sous l’auvent du véhi­cule à rou­lettes. «Il s’agit de la même tech­no­lo­gie que pour les bébés, mais le mar­ché infan­tile est moins pro­met­teur du fait du faible taux de nata­lité », explique Song Hyun Suk, ven­deur chez Royal Tails, sur­nommé le «Her­mès de la pous­sette », qui offre même une plaque dorée au nom du tou­tou accro­chée à l’avant de l’engin. La bro­chure met en scène des man­ne­quins au look aristo dans un décor de brique rap­pe­lant vague­ment Ken­sing­ton Palace. Des bolides ven­dus à 800 000 wons (474 euros, 793 dollars canadiens).

Illustration (IA) avec modèle de poussette Royal Tails
Désor­mais, les poli­ti­ciens en cam­pagne mul­ti­plient les œillades aux 15 mil­lions de pro­prié­taires d’ani­maux domes­tiques, soit près de 30% de la popu­la­tion. Un quasi-dou­ble­ment en moins d’une décen­nie, miroir inversé de l’effon­dre­ment paral­lèle de la nata­lité.

Et le symp­tôme d’une muta­tion pro­fonde de cette société confu­céenne téles­co­pée par un « miracle éco­no­mique » ful­gu­rant, assoif­fée de tech­no­lo­gie et dont la popu­la­tion devrait fondre de moi­tié à la fin du siècle. « La trans­for­ma­tion a été très rapide. Les poli­ti­ciens voient désor­mais la cause ani­male comme un levier pour atti­rer des voix », explique Lee Sang­kyung, expert à L’ONG Humane World for Ani­mals, à Séoul.

Le pré­sident Lee Jae-myung a pro­mis de régu­ler le mar­ché vété­ri­naire, posant avec son chien Bobby dans les fau­teuils de la Mai­son-bleue. Son pré­dé­ces­seur conser­va­teur Yoon Suk-yeol et sa sul­fu­reuse pre­mière dame Kim Keon-hee avaient fait encore mieux, entou­rés de leurs six chiens et cinq chats - et sans enfants, au dia­pa­son d’une société bou­dant les mater­ni­tés. Cette ména­ge­rie est même deve­nue un casse-tête pour le ser­vice de sécu­rité du palais après la condam­na­tion du diri­geant à la pri­son à per­pé­tuité, pour avoir ébranlé la tur­bu­lente démo­cra­tie d’Asie du Nord-est en impo­sant la loi mar­tiale le 3 décembre 2024, res­sus­ci­tant briè­ve­ment les fan­tômes de la dic­ta­ture.

L'ancien président Yoon Suk-Yeol et une partie de sa famille 
(photo réelle)
« Tu es sûr que tu veux ces lunettes ? ! Elles sont un peu chères», rou­coule d’une voix enfan­tine une « maman » à son chien blotti dans ses bras, le regard per­plexe, dans l’immense hall bondé du Coex, le prin­ci­pal parc d’expo­si­tion de Gan­gnam. Banco pour cette paire de verres tein­tés anti-UV à la mon­ture jaune assor­tie à sa com­bi­nai­son et cen­sée pré­ve­nir la cata­racte, pour la modique somme d’envi­ron 200 euros.

Le salon K Pet Fair a des allures de caverne d’Ali­baba pleine de ten­ta­tions, depuis la friandise de « canard sous vide » au séchoir à caniche en pas­sant par des steaks de kan­gou­rou ou des sprays à base de vers de terre, déclen­chant aus­si­tôt l’exci­ta­tion des com­pa­gnons à quatre pattes. Les com­pa­gnies d’assu­rances sont éga­le­ment à l’affût d’une « économie des animaux domestiques» en pleine crois­sance et esti­mée à 8000 mil­liards de wons (5,3 mil­liards de dol­lars) selon le Korea Rural Eco­no­mic Ins­ti­tute. La com­pa­gnie Jeju Air a même testé des vols « pets only » où les ani­maux occupent un siège à part entière auprès de leur maître et sont libres de gam­ba­der dans la car­lingue après le décol­lage.

Sans oublier les entre­prises de funé­railles offrant une céré­mo­nie d’adieu digne de ce nom aux ani­maux décé­dés et à leurs maîtres éplo­rés. Une mul­ti­tude de jeunes entreprises s’engouffre dans ce nou­veau mar­ché à Séoul, pro­po­sant le trans­port du cadavre, une mise en bière solen­nelle, la cré­ma­tion et une dis­per­sion des cendres. Voire une bague mémo­rielle. Loin de l’imper­son­nel sac à ordure régle­men­taire. « La céré­mo­nie se déroule dans une atmo­sphère pai­sible et par­fois plus émo­tion­nelle que pour un humain décédé, tant le lien est per­son­nel. Cela démontre les chan­ge­ments de men­ta­lité. Désor­mais, la mort d’un ani­mal est perçue comme celle d’un membre à part entière de la famille », explique un repré­sen­tant de Pet For­rest dont le siège offre un décor épuré pro­pice au recueille­ment.

L’engoue­ment pour les chats et les chiens comble un vide affec­tif pour des nou­velles géné­ra­tions sous pres­sion, balançant par-des­sus bord le modèle fami­lial tra­di­tion­nel dans une société ultra-com­pé­ti­tive où la fon­da­tion d’un foyer devient un rêve éva­nes­cent. « J’aime­rais avoir un mari, mais je consi­dère mon chien comme ma seule famille et seul ami aujourd’hui. Je suis prête à dépen­ser sans comp­ter pour lui. La défi­ni­tion de la famille évo­lue de nos jours et beau­coup de gens se sentent seuls», explique Ji Yoon, céli­ba­taire.

Comme si le «Tigre coréen» était rat­trapé par sa course à la per­fec­tion, dans un pays où l’entrée dans les meilleures uni­ver­si­tés démarre dès le jar­din d’enfants, à grand ren­fort de bacho­tage et de cours du soir plom­bant le bud­get des ménages. L’envo­lée des prix de l’immo­bi­lier, qui ont dou­blé à Séoul entre 2017 et 2021, alliée à l’explo­sion des taux d’inté­rêt, a érigé l’achat d’un appar­te­ment au rang de fan­tasme hors de por­tée.

Or, c’est un pas­sage obligé avant le mariage, devenu aujourd’hui un obs­tacle aux unions, pous­sant les jeunes à revoir leurs prio­ri­tés exis­ten­tielles en misant sur les petits plai­sirs du quo­ti­dien, les inves­tis­se­ments à la Bourse et un ani­mal de com­pa­gnie en guise de com­pa­gnon. « Les chiens sont les nou­veaux bébés. La vérité est que je n’ai pas les moyens d’éle­ver un enfant à Séoul », explique Subin, qui tra­vaille comme pigiste.

Der­rière l’envo­lée des coûts se pro­file la com­pé­ti­tion édu­ca­tive insa­tiable qui accom­pagne cette société de l’excel­lence, dont les dépenses d’édu­ca­tion pri­vée se sont envo­lées de 60 % en une décen­nie, attei­gnant plus de 20 mil­liards de dol­lars par an. Une pres­sion sociale de tous les ins­tants, où il semble dif­fi­cile d’échap­per au confor­misme ambiant, sous peine de décro­cher. «Il existe un lien entre la faible nata­lité et l’engoue­ment pour les ani­maux. Beau­coup de mes amis me disent qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis qu’ils sont parents », explique Cho.

Un tou­tou offre, lui, des caresses de récon­fort, une fidé­lité à toute épreuve et une pres­sion moindre, en forme de conso­la­tion. «Per­sonne ne va vous deman­der à quelle uni­ver­sité étu­die votre chien ! », résume Min Sung, 32 ans. Quoique. La course aux appa­rences rat­trape à son tour les « pets », exhi­bés par leurs maîtres sur Ins­ta­gram tels de nou­veaux tro­phées. Oubliez la Porsche ou le sac Bir­kin! Exhi­ber un élé­gant lévrier ita­lien est le meilleur moyen d’affi­cher sa réus­site sur les trot­toirs de Cheong­dam, l’ave­nue Mon­taigne de Séoul. « Les grands chiens sont un signe exté­rieur de richesse car il faut un loge­ment spa­cieux », pointe un Séou­lite.

La machine à stress, ampli­fiée par l’âge numérique, tourne déjà à plein dans cette nation hyper­con­nec­tée, encou­ra­gée par ses célé­bri­tés. Les quatre membres de Black­pink, le «girls band» le plus popu­laire de la pla­nète, ont fait de leurs ani­maux de com­pa­gnie des vedettes d’Ins­ta­gram, récol­tant plus de 4 mil­lions d'abonnés. [...]
Source : Le Figaro

dimanche 14 juin 2026

La Suisse s'apprête à voter sur un plafonnement de la population (m à j, rejeté à 54,8 %)

L'UDC a échoué à convaincre les Suisses dimanche. Ces derniers ont refusé son initiative «Pas de Suisse à 10 millions » à 54,8 %, selon les résultats définitifs. Le succès de 2014 avec l'initiative contre l'immigration de masse ne s'est donc pas reproduit.

Peuple et cantons ont rejeté le texte qui visait à plafonner la population en Suisse à dix millions d'ici 2050.

Le non est unanime dans les cantons romands, francophones donc. Neuchâtel refuse à 67,2 %. Viennent ensuite Genève (65,4 %) et le canton de Vaud (64,4 %). Jura dit non à 59,9 %, Fribourg à 54,8 % et le Valais à 52,7 %.

En Suisse alémanique, plusieurs cantons, surtout de Suisse centrale, ont soutenu le texte. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures donnent un grand oui à 63,1% et 65,9%. Uri, Glaris et Nidwald acceptent aussi clairement l'initiative, à 59,9% et 58,6% et 58,3%. Saint-Gall à 53,7 %.

Le oui d'Argovie, de Schaffhouse et de Soleure est plus timide. Il dépasse à peine 50%. Le Tessin, italianophone, dit également oui de justesse, à 50,6 %.

Les vieux ont massivement voté Non.

Les seniors suisses (65 ans et plus) ont voté à 60 % pour le non contre 49 % chez les 35-49 ans.

Selon certains, cette différence s'expliqueraient par la dépendance accrue des personnes âgées aux secteurs comme les soins et les services, qui reposent fortement sur la main-d'œuvre immigrée.

Clivage ville-campagne

Zurich dit en revanche non à 60 %. Berne aussi, à 55,4 %. Zoug, qui accueille des grandes fortunes internationales, a refusé à 52,4 %, tout comme les Grisons, à 51,4 %. Ils sont suivis par Lucerne qui a rejeté le texte à 50,9 %. Les deux Bâle ont aussi clairement dit non, Bâle-Ville à 73,4 %.

On observe un réel clivage entre villes et campagnes. Les villes ont majoritairement refusé l'initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall par exemple a refusé le texte à 68 %.






Billet du 13 décembre


L’im­mi­gra­tion a trans­for­mé Zoug au niveau du bâti et de la culture; pour de nombreux rési­dents de longue date, cette croi­ssance a également eu des « effets négatifs » 

ZOUG, Suisse — Ce pays alpin s'est longtemps appuyé sur sa géographie pour tenir le monde à distance. Mais alors que ses vallées se remplissent, certains ici font pression pour remplacer les barrières naturelles par quelque chose d’encore plus inflexible : un plafond démographique.

Mécontents de la hausse du coût de la vie et déçus par des promesses économiques et sociales non tenues, les Suisses sont à l’avant-garde des pays industrialisés qui remettent en question les avantages de l’immigration, même celle des travailleurs hautement qualifiés que beaucoup s’efforcent d’attirer. Dimanche, ils voteront lors d’un référendum visant à fixer un plafond strict à la population du pays.

Depuis 2000, le nombre de résidents nés à l’étranger est passé d’environ un sur cinq à un sur trois — le deuxième niveau le plus élevé parmi les pays riches, juste après le petit Luxembourg, et comparé à un sur six aux États-Unis. Cela représente un énorme changement démographique pour un petit pays montagneux.

À Zoug, le ministre des Finances Heinz Tännler a passé des années à dérouler le tapis rouge pour attirer les étrangers hautement qualifiés. Ceux-ci occupent désormais des emplois, des logements et alimentent les caisses publiques. Ils ont également créé une demande pour toujours plus de main-d’œuvre afin de répondre aux besoins d’une population plus nombreuse, dans un cercle vicieux qui néglige souvent les besoins des citoyens locaux, explique M. Tännler. « Cela ne peut pas durer. »

La proposition « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants ! » de l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, vise à limiter la population résidante permanente , qui comprend à la fois les ressortissants étrangers et les citoyens suisses, à moins de 10 millions d’ici 2050, contre 9,1 millions actuellement.

Le scrutin, ouvert aux citoyens âgés de 18 ans et plus, devrait être serré. Si elle est adoptée, l’initiative obligerait le gouvernement fédéral à restreindre le regroupement familial pour les immigrés résidents et les nouvelles demandes d’asile dès que la population atteindra 9,5 millions d’habitants. Si ce seuil de 10 millions est atteint, Berne serait constitutionnellement tenue de dénoncer son accord sur la libre circulation avec l’Union européenne, mettant ainsi en péril l’accès à un marché qui absorbe plus de la moitié des exportations suisses.

Même s’il échoue, ce référendum reflète un changement d’opinion plus large parmi les pays riches, qui bouleverse le consensus de longue date selon lequel l’ouverture des frontières est la clé de la croissance économique.

Laissés pour compte


Pendant des années, les politiciens occidentaux ont présenté l’immigration comme une panacée – ou du moins un mal nécessaire – pour remédier aux maux des sociétés vieillissantes. Elle permettrait de pallier les pénuries de main-d’œuvre, le sous-financement des systèmes de retraite et la faible croissance de la productivité, affirmaient-ils.

Mais l’afflux historique d’étrangers dans l’Occident, en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ne semble pas avoir résolu ces problèmes économiques. Dans certains cas, il les a peut-être même aggravés.

Le sentiment anti-immigration qui couvait depuis des années à travers l’Europe est en train de déborder, aggravé par la flambée des coûts du logement et de la vie, des systèmes de protection sociale surchargés et des perspectives économiques moroses. Des émeutes et des manifestations ont récemment éclaté au Royaume-Uni à la suite d’agressions à l’arme blanche attribuées à des immigrés. Cette colère profite aux politiciens populistes de droite et bouleverse les partis traditionnels.

Des gouvernements comme celui du Canada « ont mis en avant l’idée que l’immigration permettrait de résoudre les problèmes, mais cela n’a tout simplement rien donné », a déclaré Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo au Canada.

L’immigration peut donner un coup de pouce à l’économie si les migrants sont plus qualifiés que la population générale, a déclaré M. Skuterud. Mais si leurs compétences correspondent globalement à celles de la population, cela n’aura probablement que peu d’impact sur la productivité ou les pénuries de main-d’œuvre.

La production économique par heure travaillée, qui sert à mesurer la productivité, stagne globalement depuis 2017 dans les pays ayant accueilli les flux d’immigration les plus importants, notamment l’Australie, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les systèmes de protection sociale restent sous pression et les pénuries de main-d'œuvre persistent largement.

Même les endroits qui semblent tirer profit de ces flux migratoires, comme Zoug — près de 60 % des im­mi­grants en Suisse sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, et la grande major­ité vient de l’UE — ont des doutes.

« La plupart des gens sont laissés pour compte », a déclaré Dolfi Müller, 71 ans, natif de Zoug et ancien maire.

M. Müller prévoit de voter contre un plafonnement de la population. Mais il estime que les décideurs politiques devraient viser une croissance démographique et économique plus modérée, car les inconvénients d’une forte immigration l’emportent désormais sur les avantages.

« Beaucoup de gens ne parlent pas anglais et se sentent exclus » a-t-il déclaré à propos des habitants. « La génération plus âgée dit : “Avant, nous étions entre nous, une petite ville au bord du lac.” »

Sous la pression des électeurs, les gouvernements qui avaient autrefois ouvert leurs portes les claquent désormais. Les préoccupations budgétaires, les chocs culturels et une certaine forme de racisme jouent un rôle. Mais la principale inquiétude des électeurs réside dans le manque de contrôle sur l’identité des personnes qui arrivent et sur le rythme de leur arrivée, quelle que soit leur origine.

Le Canada a réduit de manière drastique ses quotas d’étudiants étrangers et ses permis de travail temporaires après qu’une grave crise du logement a fait basculer l’opinion publique, qui comptait depuis longtemps parmi les plus favorables à l’immigration au monde. Le Royaume-Uni a augmenté les frais de visa et les seuils de salaire pour les travailleurs qualifiés, réduisant l’immigration légale nette d’environ 80 % en moins de trois ans. En Allemagne, le gouvernement fédéral a réintroduit les contrôles aux frontières et accéléré les expulsions. Les États-Unis ont renforcé leurs procédures de vérification et intensifié les mesures de contrôle et les expulsions. Les taux de refus des visas pour travailleurs hautement qualifiés ont presque doublé ces derniers mois.

Si l’im­mi­gra­tion peut faire gagner [un peu] du temps aux poli­tici­ens pour s’attaquer aux dé­fis du vieillissement de la popu­la­tion, elle ne résout pas le problème de manière définitive, car les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi, a déclaré Alan Man­ning, pro­fes­seur d’éco­nomie à la London School of Eco­nomics. Pour éviter totalement les effets économiques du vieillissement, il faudrait un nombre invraisemblable et croissant d’immigrants, a déclaré M. Manning.

« L’immigration, c’est exactement comme la croissance démographique. C’est la façon la plus simple de voir les choses », a-t-il déclaré. « Beaucoup de gens pensent que l’immigration est bonne pour l’économie. Mais si vous disiez : “Une croissance démographique plus forte est bonne pour l’économie”, vous ne répondriez peut-être pas : “Oh, oui, évidemment.” »

Un Brexit à la suisse ?

Le référendum en Suisse polarise les opinions, tout comme l’avait fait le vote britannique en faveur de la sortie de l’UE en 2016.

Les opposants, dont le principal lobby des entreprises, affirment qu’un plafonnement de la population ferait peser d’énormes risques sur une économie qui dépend du commerce international, attiserait l’incertitude et aggraverait la pénurie de main-d’œuvre. Un arrêt soudain de l’im­mi­gra­tion pourrait également rompre les rela­tions avec l’UE.

« Pourquoi devrais-je construire une nouvelle usine si je risque de ne pas trouver de personnel dans 10 à 15 ans en raison de la pénurie de main-d’œuvre ? », a déclaré Simon Michel, directeur général d’Ypsomed, une entreprise suisse de technologie médicale basée près de Berne. Près d’un tiers de ses employés en Suisse n’ont pas de passeport suisse.

Les partisans du plafonnement démographique affirment que l’immigration crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ils affirment qu’elle permet aux entreprises d’importer de la main-d’œuvre moins chère au lieu d’investir dans la main-d’œuvre locale ou dans de nouvelles technologies pour rendre les travailleurs existants plus productifs. Elle exerce également une pression supplémentaire sur les infrastructures.

« Les entreprises disent qu’elles préfèrent recruter sur un marché plus vaste, mais nous devons former les personnes qui sont déjà ici », a déclaré Heidi Z’graggen, une politicienne centriste qui prévoit de voter oui.

Des chefs d’entreprise et des responsables politiques se sont réunis à Zoug un soir de mai pour débattre du référendum dans un espace événementiel raffiné surplombant la ville. Suzanne Thoma, une femme d’affaires qui a grandi dans la région, a déclaré qu’un plafonnement de la population reviendrait à pratiquer une opération à cœur ouvert sur l'économie suisse, orientée vers l'exportation.

« C’est absurde », a rétorqué Thomas Matter, un riche banquier et député de l’UDC qui a contribué à lancer le référendum. L’im­mi­gra­tion de masse est un système [pyramidal] de Ponzi, a-t-il déclaré, car les nouveaux arrivants ont eux aussi besoin de biens et de ser­vices, y compris, à terme, de soignants [et dans l'immédiat d'infrastructures et d'écoles pour leurs enfants].

Il a fait valoir que l’immigration était comme un pic de sucre pour une économie : elle stimule la croissance globale, mais peine à faire progresser le PIB par habitant, l’indicateur le plus important.

Malgré un débat animé, l’ambiance dans la salle était conciliante, certains opposants de premier plan reconnaissant même qu’il fallait faire quelque chose face à l’ampleur des flux récents, qui ont approché les 100 000 par an depuis la pandémie. Cela équivaut à environ 3,5 millions par an pour les États-Unis.

« L’im­mi­gra­tion est la solu­tion de facilité », a déclaré Peter Let­ter, un homme d’affaires de Zoug qui dirige la campagne du « Non » du lobby des entreprises locales contre le plafonnement de la pop­u­la­tion. L’accès au vaste marché du travail européen signifie que les entreprises peuvent ne pas chercher de main-d’œuvre plus près de chez elles, a-t-il ajouté.

Une immigration bien gérée peut être bénéfique, surtout si elle rehausse le niveau de qualification de la population, affirment les économistes. Un certain niveau d’immigration est également souhaitable pour éviter le déclin démographique, qui pourrait déclencher un cercle vicieux de pénurie croissante de main-d’œuvre et de baisse de la demande des consommateurs.

Mais le débat économique sur l’immigration n’est pas « tout à fait honnête », a déclaré Sebastian Dullien, un éminent économiste allemand. Si l’impact économique global pour un pays peut être positif, certaines catégories de la population sont perdantes, en particulier les travailleurs peu qualifiés, a-t-il expliqué. Ces groupes devraient être indemnisés par le biais du système fiscal, mais « cela n’a pas été fait ».

Zugzwang [coup forcé aux échecs]

L'immigration a transformé Zoug, autrefois une région agricole tranquille, en une plaque tournante mondiale du commerce des matières premières et en un pôle d'implantation de sièges sociaux multinationaux. Plus ré­cemment, elle est devenue l’épicentre de l’industrie mondiale de la blockchain, ce qui lui a valu le sur­nom de « Crypto Valley ».

La popu­la­tion du can­ton a au­gmenté d’environ trois quarts depuis 1981, passant de 76 000 à environ 134 000 habitants. Son PIB par habitant s’élève à environ 193 000 francs, le deuxième plus élevé de Suisse après celui de Bâle-Ville, qui abrite les sièges sociaux de grandes entreprises pharmaceutiques.

Au ministère des Finances, M. Tännler a enregistré des excédents budgétaires s’élevant en moyenne à plus de 300 millions de francs par an au cours des cinq dernières années. Ces excédents ont permis de financer des investissements records, notamment une nouvelle rocade de grande envergure destinée à réduire les embouteillages dans la région, ainsi que des investissements dans les écoles et de nouvelles installations sportives.

Le paysage urbain de Zoug a considérablement changé depuis qu’Anja Beck, une agente immobilière d’origine allemande, s’y est installée il y a 22 ans. La ville compte désormais des supermarchés plus grands, davantage d’écoles internationales et de clubs sportifs, une multitude de restaurants chics… et plus de circulation. Les villas historiques cèdent la place à de nombreux immeubles en copropriété. « C’est triste », a déclaré Mme Beck. « Il n’y aura plus que des appartements. »

Les coûts du logement ont grimpé en flèche : la location d’une maison familiale commence à environ 8 000 à 9 200 dollars par mois, ou 3,5 millions de dollars à l’achat, a déclaré M. Beck. Le taux de vacance en 2023 était de 0,42 %, l’un des plus bas de Suisse.

Environ 4 000 habitants de Zoug quittent la ville chaque année, ce qui signifie qu’un quart de la pop­u­la­tion du canton est partie au cours de la dernière déc­en­nie. L’un d’entre eux est Ivo Zimmermann, un expert en communication né à Zoug et qui y a vécu pendant environ 50 ans. Incapable de trouver une maison à un prix raisonnable après deux ans de recherches, cet homme de 62 ans a déménagé avec sa femme dans le canton voisin d’Argovie il y a environ neuf ans.

M. Zimmermann, qui travaille à Zurich, aimerait beaucoup retourner dans la ville où sa famille a vécu pendant trois générations. Zoug est aujourd’hui encore plus belle, avec un niveau de vie élevé et de nombreuses possibilités culturelles. Mais quelque chose s’est perdu à mesure que sa ville natale s’enrichissait et que l’anglais supplantait l’allemand dans de nombreux endroits. « Nous voyons aujourd’hui que ce développement a des côtés négatifs. »
 
Source : Wall Street Journal 

Rappel
 
Le prix de la Carpette anglaise 2025 (section internationale) a été décerné au Conseil cantonal de Zurich (Parlement du canton), qui a choisi, en septembre dernier, d’abolir le Frühfranzösisch (français précoce) et de reporter l’enseignement du français (langue officielle de la Suisse) à la première année du secondaire, c’est-à-dire 6 ans plus tard que l’anglais (langue non officielle).

dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

dimanche 3 mai 2026

Moins d’enfants, plus de chambres dans des maisons plus grandes : les chiffres d’un paradoxe américain

Les États-Unis offrent aujourd’hui un cas d’école démographique : jamais les logements n’y ont été aussi vastes, et pourtant la natalité n’y a jamais été aussi faible. L’argument souvent avancé du « manque de place » ne résiste tout simplement pas à l’examen des données.

Une natalité au plus bas historique

Le recul de la fécondité américaine n’est pas une impression, mais un fait statistique massif. Selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de natalité a atteint en 2023 un niveau historiquement bas, avec environ 54,5 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, en baisse de 3 % sur un an .

La tendance ne s’est pas inversée depuis :

Si l’on raisonne en fécondité synthétique (nombre d’enfants par femme), le constat est tout aussi net : environ 1,6 enfant par femme aujourd’hui, très loin du seuil de remplacement de 2,1. Ce niveau constitue un nadir historique en temps de paix.

La baisse est continue depuis près de vingt ans, avec une chute particulièrement marquée après la crise de 2008. Depuis 2007, le nombre de naissances a reculé d’environ 16 %, tandis que la fécondité a baissé de plus de 20 % .

L'indice synthétique de fécondité de l'Italie pour 2025 serait plus bas : 1,14

Des maisons toujours plus grandes

Alors que les Américains faisaient moins d’enfants, ils construisaient des maisons toujours plus vastes.

L’évolution de la surface moyenne est spectaculaire :

1950 : 983 sq ft (≈ 91 m²)
1960 : 1 289 sq ft (≈ 120 m²)
1970 : 1 500 sq ft (≈ 139 m²)
1980 : 1 740 sq ft (≈ 162 m²)
1990 : 2 080 sq ft (≈ 193 m²)
2000 : 2 266 sq ft (≈ 211 m²)
2010 : 2 392 sq ft (≈ 222 m²)

En un demi-siècle, la surface moyenne a donc plus que doublé, alors même que la taille des ménages diminuait. Autrement dit : plus d’espace par personne, mais moins de personnes.

Explosion du nombre de chambres

Le détail des nouvelles constructions rend le contraste encore plus frappant.

  • 1950 :
    • 1/3 seulement des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 1 % seulement en ont 4 ou plus
  • 2024 :
    • 45 % des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 49 % en ont 4 ou plus

Autrement dit, les logements américains sont devenus non seulement plus grands, mais structurellement conçus pour accueillir davantage d’enfants — alors même que ceux-ci sont de moins en moins nombreux.

Si les grands logements existent, ils seraient de plus en plus détenus par des ménages âgés ou aisés (Boomers et Older Millennials), tandis que l’accès des jeunes à la propriété est retardé par la hausse des prix et des taux d’intérêt. Ce décalage s’explique principalement par une croissance des coûts du logement supérieure à celle des revenus des jeunes ménages. Notons cependant que les logements que les jeunes acceptaient il y a 50 ans étaient non seulement plus petits mais souvent de moindre qualité, voir Éco­no­mie des âges de la vie par Hip­po­lyte d’Albis. Ajoutons à cela une offre très rigide dans les zones côtières et métropolitaines attractives en raison du zonage restrictif. S’ajoute une augmentation du nombre de ménages due aux séparations, aux divorces et à la baisse de la taille moyenne des foyers (notamment par la hausse du célibat) et à la croissance démographique via l’immigration, exerçant une pression supplémentaire dans certaines régions. 

Ce carnet pense cependant que les explications économiques n'épuisent pas les raisons de la formation tardive de familles et la naissance d'enfants : pourquoi ces zones « côtières et métropolitaines » sont-elles attrayantes à l'époque du télétravail,  pourquoi l'allongement des études, pourquoi le retard du mariage et même la formation des couples ? 

Un contre-exemple. Les Juifs ultra-orthodoxes aux États-Unis et au Canada qui vivent surtout dans des zones aux logements coûteux (Outremont, Brooklyn, Lakewood, etc.) et dans les grandes villes israéliennes comme Jérusalem ou Bnei Brak. Ils ne bénéficient pas d’un « prix spécial ». Ils font face aux mêmes prix de marché (ou parfois pires, à cause de la forte concentration dans certains quartiers). Les jeunes adultes haredims (18-25 ans) quittent généralement le foyer après le mariage, qui arrive tôt. Présenter le « coût du logement » comme cause principale pour la société générale en négligeant les facteurs culturels est simpliste.

mardi 10 mars 2026

Voir un enfant à Londres pourrait être un évènement rare d’ici peu

Des jeunes d’une école primaire de Londres, en février dernier

Voir un enfant à Londres pourrait être un évènement rare d’ici peu. Le coût prohibitif des logements et des garderies incite les jeunes familles à déménager, selon un rapport municipal.

Entre 2013 et 2023, Londres a gagné 506 000 habitants, mais le nombre d’enfants de moins de 10 ans a chuté de 99 100, en raison de la baisse du taux de fécondité et de l’exode des familles. Une centaine d’écoles sur 2500 ont fermé à Londres depuis 2018, surtout au centre-ville. Si la tendance se maintient, Londres pourrait devenir « une ville sans enfants », avertit le rapport.

Cette chute est plus rapide à Londres que partout ailleurs au Royaume-Uni depuis le début des années 2010, constate l’élue au conseil métropolitain Hina Bokhari.
Les coûts de logement et de garde d’enfants sont les plus élevés du pays. Élever une famille à Londres est simplement hors de prix pour beaucoup der personnes.

Hina Bokhari, élue au conseil métropolitain de Londres

L’étude vise à identifier les causes et les conséquences de ce phénomène pour les écoles et les services publics de la ville. Elle recommande de réaffecter les écoles vides plutôt que de les vendre, au cas où la population scolaire rebondirait.

Taux de fécondité très bas

Selon le rapport, le taux de natalité à Londres a atteint un sommet en 2012, mais a depuis chuté de 20 % et est maintenant de 10 % inférieur à la moyenne nationale au centre-ville, malgré une augmentation du nombre de femmes en âge de procréer durant la même période.

Le taux de fécondité y est inférieur à 1,2 naissance par femme, contre 1,41 en moyenne en Angleterre et au pays de Galles. Il est donc bien en dessous du niveau de 2,1 nécessaire pour que la population se maintienne sans immigration.

Selon Bernice Kuang, chercheuse en démographie à l’Université de Southampton citée dans le rapport, les couples reportent leur projet de parentalité parce qu’il faut plus de temps « pour s’établir professionnellement, quitter le domicile parental et acheter une maison ». Les Londoniennes ont leur premier bébé à 32,5 ans en moyenne, soit plus tard que dans le reste de l’Angleterre, selon le rapport.

Les Londoniens qui veulent fonder une famille choisissent de plus en plus de quitter la capitale. Le solde migratoire de Londres pour la cohorte de 25 à 44 ans est négatif depuis 2008.

Coût de la vie exorbitant

La maison moyenne à Londres coûte 11,1 fois le salaire local annuel moyen, comparativement à 7,7 fois en Angleterre. Les loyers à Londres sont 60 % plus élevés que la moyenne nationale. Au centre-ville de Londres, les garderies prenant des enfants de moins de 2 ans coûtent 34 % plus cher que la moyenne nationale et l’État n’en couvre qu’une partie.

La baisse du nombre d’élèves induit un risque financier pour les écoles, puisque leurs revenus dépendent du nombre d’inscriptions. Près des deux tiers des 100 écoles qui ont fermé depuis 2018 se trouvaient au centre-ville, et la majorité était des écoles primaires.

On n’observe pas un tel bouleversement de la démographie scolaire ailleurs en Angleterre.

Extrait du rapport municipal

La région métropolitaine prévoit une diminution de 2,5 % des places pour les enfants de 4 ans entre 2025-2026 et 2029-2030. Au centre-ville, la baisse sera de 6,2 %. Cela se répercutera sur les écoles secondaires. Les écoles ayant moins de revenus pourraient avoir plus de difficulté à recruter des enseignants, prévient le rapport, ce qui affecterait la qualité de l’enseignement.

Selon les projections démographiques de la Greater London Authority, le nombre d’enfants continuera à baisser jusqu’en 2034, année où il commencera à remonter, mais seulement au niveau de 2024. Face à ces fluctuations, réaffecter temporairement les écoles plutôt que les vendre permettrait de « protéger l’avenir du système scolaire de Londres », estime le rapport.


Source : La Presse de Montréal

jeudi 12 février 2026

La Croisade du maire de Québec pour changer sa ville trop québécoise, trop conservatrice

Extrait d'un article d'Étienne-Alexandre Beauregard, auteur et chercheur chez Cardus. Son plus récent livre, Anti-civilisation. Pourquoi nos sociétés s’effondrent de l’intérieur, a été publié en septembre 2025 aux Presses de la Cité. Il a auparavant été rédacteur de discours et conseiller en planification stratégique au cabinet du premier ministre du Québec.

[...] La ville de Québec, sous Bruno Marchand (ci-contre), a réduit à la fois
la fréquence de la collecte des déchets et la vitesse du déneigement en cas de tempête. Ça n’a pas empêché les taxes municipales d’augmenter, ni l’apparition d’une étrange taxe de 12 $ imposée à tous les propriétaires de chats, soi-disant pour compenser les externalités de leur animal de compagnie. Notons également, en pleine saison des fêtes, l’interdiction de faire des feux de foyer que la municipalité a voulu faire respecter en traquant les récalcitrants au moyen de caméras thermiques en pleine semaine de Noël.

On citera la risible offensive « équité, diversité et inclusion » lancée par la ville depuis 2021. À coup de publicités à la télévision et dans les autobus, on invite les résidents à consulter un site Web afin de « s’éduquer », afin d’être plus ouverts à l’endroit des immigrants, truffé de banalités, dont : « Sourire et dire bonjour aux personnes issues de la diversité pour les inclure dans notre quotidien. » Dans cette même veine, une mosaïque historique dépeignant Samuel de Champlain à la fondation de la ville a également été cachée à l’hôtel de ville, car jugée offensante pour les peuples autochtones. Ironiquement, cela reproduit le scénario du film Testament, de Denys Arcand, qui se veut une satire de la cancel culture contemporaine.

Naturellement, l’enjeu hyper polarisant du tramway de Québec s’inscrit dans le même courant. Adulé par les commentateurs montréalais, mais rejeté par la majorité des citoyens de Québec, le projet de transport en commun du maire Marchand est devenu le fer de lance de ceux qui souhaitent la « métropolisation » de la vieille capitale en luttant contre l’usage de l’automobile. Nappé d’un vernis écologique, ce projet de plus de dix milliards de dollars représente l’acharnement idéologique d’un maire qui souhaite profondément changer la ville qu’il dirige, souvent contre l’avis des citoyens.

L’immigration, nouveau cheval de bataille

Parmi les grandes villes canadiennes, Québec a également la particularité d’être celle où l’immigration fut historiquement la plus faible. Comme le veut l’expression, Québec est « un gros village » où la plupart des gens se connaissent et se sont côtoyés à l’école ou dans des associations, malgré sa taille de plus de 500 000 habitants. Comme le soulignaient les professeurs Pierre Fortin et Mario Polèse dans Policy Options, alors que de nombreuses grandes villes sont en déficit de capital social, Québec s’illustre par le faible niveau de criminalité et d’inégalités, ainsi que par un fort dynamisme économique, le tout produit d’une ville « tissée serrée ». Encore récemment, Québec incarnait une « autre manière » d’être une grande ville, contre la densification outrancière, la lutte à l’auto et une croissance fondée avant tout sur l’immigration.

C’était sans compter la nouvelle croisade de Bruno Marchand, qui s’est révélé cet automne comme l’un des plus farouches opposants aux restrictions imposées par le gouvernement du Québec en immigration. Au moment où la majorité des acteurs politiques, incluant les libéraux de Mark Carney, reconnaissent que les politiques migratoires sont allées trop loin au cours des dernières années, le maire de Québec continue de ramer dans la direction opposée. Montant au créneau comme s’il était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, il n’a cessé d’interpeller le gouvernement Legault pour que les travailleurs temporaires dont le permis est échu ne soient pas contraints de quitter le pays. Il y a quelques jours, dans les pages du Globe and Mail, il se réjouissait que la démographie de sa ville change drastiquement à la suite d’une hausse de 57 % de sa population immigrée depuis 2016.

Pourtant, pendant qu’il célèbre, Québec est en route pour avoir la plus forte croissance démographique de toute la province d’ici 2050, et cela n’est pas sans conséquences. Alors que la hausse fulgurante du prix des propriétés semble quelque peu ralentir, elle se poursuit de plus belle à Québec, qui s’inscrivait, au début de l’an dernier, comme la ville du Québec où le prix des maisons augmentait le plus vite, deux fois plus qu’à Montréal. La situation est telle que la municipalité organise désormais une loterie pour distribuer les prêts sans intérêt de son programme d’accès à la propriété, pour lequel les demandes ont explosé. Québec, la ville familiale par excellence, rejoint désormais les autres grandes villes où il est de plus en plus difficile de se loger.

Une autre ville reste possible

Il semblerait donc que ce qui a longtemps fait la différence de la Ville de Québec soit à risque de s’effacer, pour faire place à la vision des grandes métropoles occidentales, qui misent sur la densification et une immigration incontrôlée pour produire des villes inabordables et en grave déficit de capital social. Nous osons pourtant croire que le rêve de la ville à échelle humaine et enracinée, de la maison unifamiliale et de l’automobile est encore partagé par énormément de gens, en particulier les jeunes qui souhaitent fonder une famille. [...]

mardi 13 janvier 2026

France — Chute de la fécondité en 2025 pire que la pire prévision de l'INED en 2021

Les chiffres 2025 de la natalité viennent d'être publiés par l'INSEE, et ils sont catastrophiques.


On n'a dénombré que 645 000 naissances en France en 2025, c'est 150 000 bébés nés en moins par rapport à 2015.

C'est l'équivalent :
  • de la population d'une  ville comme Grenoble ou Angers
  • de 7000 classes d'école primaire ou de 300 collèges
  • des naissances de 85 maternités en 2015.

L'année 2025 est un tournant : pour la première fois en temps de paix, on compte plus de personnes qui meurent que d'enfants qui naissent en France.

Le solde naturel, c'est-à-dire l'écart entre les naissances et les décès connaît une trajectoire vertigineuse.
Encore largement positif il y a une décennie, il est désormais négatif.

 025, c'est aussi l'année où pour la première fois, le taux de fécondité passe sous la barre des 1,6 enfants par femme en France. 

À 1,56 enfant par femme, c'est un plus bas historique.

Tout cela dépasse les scénarios les plus pessimistes développés jusqu'à présent. 

Il faut chercher dans les annexes des projections INED/INSEE de 2021 pour trouver une hypothèse de "fécondité très basse", qui tablait sur... 1,69 enfant par femme en 2025.

Pourquoi les Français ont moins d'enfants ? Quatre facteurs principaux sont fréquemment évoqués :

  • Parce qu'ils en veulent moins (les « valeurs » modernes...)
  • Parce que leurs modes de vie ne sont pas favorables (moins de couples, plus de séparations)
  • À cause de contraintes matérielles (difficulté de logement, mode de garde car femmes travaillent plus en dehors du foyer)
  • À cause d'une incapacité biologique (études plus longues, formation des couples conjugaux plus tardives)

Si les Français ont moins d'enfants, la première raison est tout simplement qu'ils en veulent moins.

En seulement 20 ans, le nombre d'enfants souhaités s'est effondré, et ce, quelle que soit la tranche d'âge (il est cependant toujours supérieur d'environ 30 % au nombre d'enfants nés dans la famille).

L'évolution des modes de vie est à bien des égards défavorable à la natalité.

La part des personnes vivant en couple a très fortement reculé. Pour les jeunes femmes de 25 ans, ce taux a même baissé de 30% en 30 ans.

Si, statistiquement, moins de personnes sont en couples à un moment donné, c'est en partie lié à la hausse des séparations conjugales.

Certaines séparations ont lieu avant qu'il y ait eu un enfant et d'autres ont lieu après la naissance d'un ou plusieurs enfants. On peut supposer que le doublement du taux de familles monoparentales parmi les foyers avec enfants freine la naissance d'autres enfants.

Au-delà des modes de vie différents, les ménages se heurtent à des contraintes matérielles et financières. Les prix du logement, en particulier en milieu urbain, ont explosé en 20 ans, augmentant 4 fois plus vite que le revenu des ménages.

Enfin, même quand les conditions sont satisfaisantes, le désir d'enfant se heurte parfois à une autre barrière, biologique cette fois. Les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard, à des âges où la fertilité est plus faible.


dimanche 23 novembre 2025

Sondage — Le climat n'est plus une priorité pour les Canadiens (ni les Québécois)

Le dernier sondage national d’Abacus a révélé que seuls 13 % des Canadiens citent « le changement climatique et l’environnement » parmi leurs trois principales préoccupations. Au Québec, ce chiffre atteint 18 %, mais en Saskatchewan et au Manitoba, il tombe à 6 %. Chez les conservateurs, il n’est que de 4 %. Même les partisans libéraux n’atteignent que 18 %. 


Le climat n’a pas totalement disparu du palmarès des préoccupations des sondés, mais il a été relégué loin des premières places.

En tête des préoccupations des Canadiens, figurent la hausse du coût de la vie (66 %), l’économie (39 %) et les soins de santé (35 %), le logement abordable (33 %) et l’immigration (25 %). L’opinion publique est fortement concentrée sur les pressions quotidiennes. 

On a observé la même tendance lors du sondage final d’Abacus pour les élections fédérales de 2025. Lorsqu’on a demandé aux électeurs potentiels quels étaient les deux facteurs les plus importants dans leur décision de vote, 45 % ont choisi « la réduction du coût de la vie », suivis par 30 % pour la gestion de Donald Trump et l’impact de ses décisions. Le changement climatique n’a été mentionné que par 5 % des personnes interrogées, se classant ainsi parmi les derniers de la liste.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 

lundi 27 octobre 2025

Des « seuils astronomiques » d’immigration peuvent nuire à la natalité

Des «seuils astronomiques» d’immigration peuvent nuire au taux de natalité, selon le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon.

Selon le leader péquiste, deux facteurs déterminants sur le taux de natalité sont le logement et le niveau de services, particulièrement les places en garderie.

« On va se concentrer sur le fait de régler des crises qui ont une influence négative sur le taux de natalité au niveau des logements et des services. [...] Mais c’est relié, car si nos seuils de migrations sont trop élevés, il n’y a pas de logements, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de l’hypothèque et du loyer. Est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus? Les deux sont reliés », a-t-il expliqué en point de presse à l’Assemblée nationale.

Paul St-Pierre Plamondon a déposé lundi son plan visant à réduire de manière substantielle l’immigration au Québec.

Le PQ propose notamment de réduire le nombre de résidents non permanents pour le faire passer de 600 000 à une fourchette entre 250 000 et 300 000 après quatre ans. Le chef péquiste veut ramener le nombre d’étudiants étrangers à 50 000 (124 000 actuellement) et décréter un moratoire de quatre ans sur l’immigration économique permanente provenant de l’extérieur du Québec.

Le PQ propose aussi de miser sur la robotisation pour pallier la pénurie de main-d’œuvre et remplacer l’immigration temporaire dans les champs et les usines.

Source : La Tribune de Sherbrooke
 

 

jeudi 10 juillet 2025

« Vers une gestion soviétique des propriétés privées ? »

Vers une gestion soviétique des propriétés privées ?» : l'édito de Mathieu Bock-Côté, dans Face à l'info.


Voir aussi

Selon Pia Mamut, chercheuse à l’Université Münster, la rénovation énergétique des bâtiments n’est pas la solution. Pour limiter l’impact du secteur sur l’environnement, il faut commencer par définir un nombre de mètres carrés autorisés par personne.

Votre maison est trop grande selon l’INSEE…

L'étude de l'INSEE: « Un quart des ménages vivent dans un logement en sous‑occupation très accentuée »

L'immigration de masse mène à la densification de masse et à la perte de qualité de vie

Canada — Des logements trop chers

OCDE — Le PIB réel par habitant du Canada en berne, il est plombé par l'immigration de masse

Australie — Effets de l'immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux

Pour Justin Trudeau, il ne faut pas que l'urgence de payer son logement ou son épicerie l'emporte sur la lutte contre les changements climatiques

L’écologisme tue-t-il ?  

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser (effet de l'urbanisation et de la densification des logements ?)

 

Forte densité et faible natalité

Le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

lundi 9 juin 2025

Les étudiants chinois désirent moins étudier aux États-Unis qu'auparavant


Le 28 mai, le département d'État a annoncé une campagne visant à révoquer « de manière agressive » les visas des étudiants chinois aux États-Unis. L'une des cibles sera les étudiants chinois dans les « domaines critiques », c'est-à-dire les programmes scientifiques et d'ingénierie considérés comme présentant un intérêt stratégique pour la Chine. Une autre cible sera constituée par ceux qui ont des « liens » non précisés avec le Parti communiste. On ne sait pas exactement quelle sera l'ampleur de cette mesure et combien d'étudiants seront contraints de partir. Mais pour les jeunes Chinois qui réfléchissent à leur destination d'études, les États-Unis semblent désormais être une option risquée.

Elle avait déjà perdu de son attrait bien avant les dernières mesures en matière de visas. Le nombre d'étudiants chinois a atteint un pic au cours de l'année universitaire 2019-2020, avec environ 372 000 étudiants. Il a ensuite fortement chuté, en grande partie grâce aux mesures strictes prises par la Chine pour lutter contre la Covid-19, et ne s'est jamais redressé. Au cours de l'année universitaire 2023-2024, environ 277 000 Chinois étudiaient aux États-Unis. De plus en plus, les parents chinois de la classe moyenne considèrent que c'est une perspective trop coûteuse et trop risquée pour leurs enfants. Ils peuvent trouver une grande partie de ce que les universités américaines offrent dans d'autres pays ou chez eux.

Depuis l'ouverture de la Chine à la fin des années 1970, quelque 3 millions de jeunes Chinois sont partis étudier aux États-Unis. Beaucoup s'y sont installés. D'autres sont revenus, généralement pour occuper un poste prestigieux. On les appelle les haigui (tortues de mer), un homophone en mandarin de « revenir de l'autre côté de la mer ». Les universités de l'Ivy League sont devenues en quelque sorte des écoles de perfectionnement pour les enfants des familles aisées de Pékin et de Shanghai. La fille du président Xi Jinping a fait ses études à Harvard. Des responsables politiques en milieu de carrière se sont également rendus aux États-Unis pour s'initier à la gouvernance occidentale moderne.

Mais pour de nombreux Chinois, le retour sur investissement apparent d'une éducation américaine est en baisse. Elle a toujours été coûteuse, et aujourd'hui, les familles de la classe moyenne sont moins disposées à dépenser dans un contexte de ralentissement économique [5 % de croissance en 2024, 4,5 % de prévu pour 2025 selon le FMI] et de crise du marché immobilier [Les prix immobiliers ont chuté, avec une baisse moyenne de 5 % en janvier 2025 par rapport à décembre 2024]. Elles peuvent choisir des universités moins chères en Grande-Bretagne, par exemple, qui ont accueilli près de 150 000 étudiants chinois au cours de l'année universitaire 2023-2024. Dernièrement, ils sont de plus en plus nombreux à se rendre à Hong Kong, à Singapour et ailleurs en Asie. Les cours y sont souvent dispensés en anglais et ces pays sont considérés comme des lieux d'études plus accueillants. Le nombre d'étudiants chinois au Japon est passé de moins de 100 000 en 2019 à 115 000 en 2023.

Un diplôme étranger est également moins utile qu'auparavant sur le marché du travail chinois, qui est morose. De nombreux cabinets de conseil et cabinets d'avocats étrangers qui embauchaient autrefois des haigui ont réduit leurs activités en Chine, explique un tuteur qui aide les étudiants chinois à postuler dans des universités américaines.

Comme beaucoup de jeunes Chinois aujourd'hui, M. Lei, étudiant en économie, rêve de trouver un emploi stable dans son pays après l'obtention de son diplôme, au sein du gouvernement chinois ou d'une entreprise publique. Selon lui, ces employeurs se méfient souvent des diplômés ayant suivi une formation à l'étranger. En avril, Dong Mingzhu, présidente de Gree Electric, un grand fabricant d'appareils électroménagers, a déclaré que son entreprise n'embauchait pas de haigui, de crainte qu'ils aient été recrutés comme espions par des étrangers.

Portail de l'entrée ouest de l'Université de Pékin

Parallèlement, les meilleures universités chinoises sont de plus en plus compétitives et attractives, en particulier dans des domaines tels que les sciences et l'ingénierie. « La Chine peut rattraper et même dépasser les États-Unis », estime un doctorant en biologie de l'université d'élite Tsinghua à Pékin (classée 20e au monde selon le classement QS World University Rankings ; l'université de Pékin, située juste à côté, est classée 14e). « Il lui faut juste un peu plus de temps. » Il suffit de regarder ses propres professeurs, dit-il. Les plus âgés ont tous des diplômes d'universités américaines. Les plus jeunes ont généralement fait leurs études en Chine.

Des tortues de mer à perte de vue

Tous ces facteurs vont probablement entraîner une baisse du nombre total d'étudiants chinois à l'étranger, estime Julian Fisher, de Venture Education, un cabinet de conseil. Cela s'explique en partie par le faible taux de natalité en Chine, qui a réduit la taille des futures générations d'étudiants. Mais cela s'explique également par le fait que les parents de jeunes enfants décident de plus en plus de les orienter vers un parcours scolaire national plutôt que de les inscrire dans des écoles internationales qui pourraient les mener vers une université étrangère, explique M. Fisher. Cela a créé une « bombe à retardement » dans le système éducatif international, dit-il. Cela va ébranler les établissements qui sont devenus dépendants de l'argent des étudiants chinois.

De nombreux étudiants dans leur pays ne semblent pas trop consternés par les nouvelles politiques américaines en matière de visas. M. Li, étudiant en maîtrise qui mène des recherches sur la propulsion des satellites à l'université Beihang de Pékin, dit comprendre pourquoi les États-Unis ne veulent pas laisser les citoyens chinois accéder à leurs programmes de haute technologie (les diplômés de Beihang sont interdits d'études aux États-Unis depuis 2020 en raison des liens étroits de l'université avec les forces armées chinoises). Mais il voit une lueur d'espoir. « Les personnes qui peuvent partir étudier à l'étranger ont tendance à être très impressionnantes. Donc, si elles restent ici, cela aidera la recherche et le développement dans notre pays », dit-il. « Nous ne pouvons pas changer la façon dont les États-Unis agissent », déclare M. Zhang, un autre chercheur en doctorat. « Tant que nous nous développons bien, tout peut constituer une occasion à saisir. » 

Source : The Economist

lundi 2 juin 2025

OCDE — Le PIB réel par habitant du Canada en berne, il est plombé par l'immigration de masse

Un nouveau profil de l'économie canadienne établi par l'OCDE fournit l'une des analyses les plus définitives à ce jour sur la façon dont la croissance du PIB canadien de ces dernières années a été en grande partie illusoire. Le Canadien moyen a vu sa richesse et son pouvoir d'achat diminuer plus rapidement que presque tous les autres habitants des pays développés. Mais cela ne s'est pas reflété dans les chiffres du PIB, car un nombre sans précédent d'immigrants a artificiellement gonflé les chiffres.

Graphiques extraits du rapport de l'OCDE (le PIB réel par habitant du Canada est inférieur aujourd'hui à ce qu'il était en 2019, il a crû de plus de 10% aux États-Unis):







samedi 31 mai 2025

Canada — Des logements trop chers

Le coût du logement a fortement augmenté en proportion des revenus et il a contribué à alimenter l’endettement et l’inflation, plus qu’ailleurs dans la zone OCDE. L’offre est insuffisante pour répondre à une demande qui continuera de croître malgré la timide réduction annoncée des niveaux d’immigration.

Le problème ne date pas d’hier, relève le rapport, et il peut s’expliquer par des questions de réglementation et de permis, mais aussi par le fait que le Canada privilégie la construction de maisons individuelles (plutôt que des cages à lapin?) et encourage l’accès à la propriété qui aggrave le déséquilibre entre l’offre et la demande.

Le prix des logements a dépassé de 60 % la croissance des salaires et les solutions mises de l’avant jusqu’ici ne sont pas adéquates, selon l’OCDE.

« Les aides à l’emprunt hypothécaire pour l’achat d’un logement sont à éviter », selon le rapport, parce qu’elles tirent les prix vers le haut et peuvent barrer la route à d’autres types d’aide au logement. L’allongement de la période d’amortissement et les autres mesures qui visent à tenir compte de l’équité générationnelle sont à proscrire, selon l’OCDE.



mardi 8 avril 2025

Australie — Effets de l'immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux


Voici un aperçu des articles récents de la presse grand public de 2024 et du début 2025 (jusqu’au 4 avril 2025) qui abordent l’immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux en Australie. 

Logement
MacroBusiness (25 mars 2025)  
Titre : "Les prévisions démographiques aggravent la crise du logement"  

Résumé : Cet article souligne comment les politiques d’immigration du gouvernement Albanese ont stimulé la croissance démographique, avec des prévisions de migration nette outre-mer (MNOM) revues à la hausse à 335 000 pour 2024-25 et 260 000 pour 2025-26. Il soutient que l’ajout de 1,8 million de personnes sur cinq ans a submergé l’offre de logements, faisant grimper les loyers et les prix. Il cite l’incapacité à atteindre les objectifs de construction (par exemple, un déficit de 106 300 logements projeté entre 2024 et 2027 selon la National Housing Finance and Investment Corporation) face à une demande alimentée par l’immigration, aggravant les problèmes d’accessibilité.

BNN Bloomberg (10 décembre 2023, avec projections pour 2024)  
Titre : "L’Australie va réduire une migration record alors que la crise du logement s’intensifie"  

Résumé : Bien que légèrement plus ancien, cet article pose les bases des changements de politique en 2024, signalant une MNOM record de plus de 500 000 en 2022-23. Il relie cette hausse à une crise des loyers, avec des loyers à des sommets sur dix ans, et mentionne les plans du gouvernement pour réduire la MNOM à 250 000 d’ici juin 2025 afin d’alléger la pression sur le logement, reflétant des préoccupations persistantes en 2024.


Services (Écoles et Hôpitaux)

Institute of Public Affairs (IPA) (3 septembre 2024)  
Titre : "Les Australiens sont en récession avec une migration hors de contrôle qui écrase les standards de vie"  

Résumé : L’IPA lie une migration record (509 754 MNOM jusqu’à mars 2024) à des infrastructures sous pression, y compris les écoles et les hôpitaux. Il ne fournit pas de données spécifiques sur ces services mais soutient qu’une croissance démographique non planifiée a dépassé le développement des infrastructures sociales, contribuant à six trimestres consécutifs de baisse du PIB par habitant, ce qui implique une pression sur les services publics.

SBS News (31 décembre 2024)  
Titre : "Des visas qualifiés aux urnes : comment les changements migratoires de l’Australie pourraient se dérouler en 2025"  

Résumé : Cet article traite des réformes de 2024 visant l’immigration temporaire qualifiée et les étudiants internationaux, projetant une MNOM de 260 000 pour 2024-25. Il note que, bien que ces changements visent à équilibrer les besoins économiques, des experts comme Abul Rizvi soulignent une pression continue sur les infrastructures, y compris l’éducation et la santé, bien que les impacts spécifiques restent anecdotiques plutôt que quantifiés ici.

Synthèse et Contexte Plus Large

Aucun article grand public unique de 2024 ou début 2025 (jusqu’au 4 avril) n’offre une analyse complète et basée sur des données des effets de l’immigration massive sur le logement, les écoles et les hôpitaux réunis. Cependant, des thèmes récurrents émergent :

Logement : Le consensus est qu’une MNOM élevée (par exemple, 446 000 en 2023-24 selon les données de l’ABS) a intensifié les pénuries de logements, notamment dans les villes, avec des loyers et des prix qui montent en flèche en raison d’une offre qui ne suit pas la demande. Des articles comme celui de MacroBusiness blâment directement la politique d’immigration, tandis que d’autres (par exemple, SCMP) soutiennent que c’est un symptôme de problèmes structurels plus profonds.

Écoles et Hôpitaux : La couverture est moins détaillée, mais des sources comme l’IPA et SBS laissent entendre qu’une croissance démographique rapide met les services publics sous tension. Par exemple, 2,3 millions de détenteurs de visas ayant besoin de logements nécessitent également des services d’éducation et de santé, mais aucun article récent ne quantifie directement la surpopulation dans les écoles ou les temps d’attente dans les hôpitaux liés à l’immigration de 2024-25.

Réponse Politique : Le programme migratoire 2024-25 du gouvernement fixe un plafond de 185 000 places permanentes (70 % qualifiées), avec une MNOM prévue de tomber à 260 000 d’ici mi-2025, reflétant des efforts pour atténuer ces pressions (Ministère de l’Intérieur, mai 2024).