vendredi 7 mai 2021

Couvre-feu inspiré par étude pour laquelle variant anglais serait 59 % plus contagieux... Or, données des épidémiologistes seraient erronées

Le couvre-feu est inspiré par une étude selon laquelle le variant anglais serait 59 % plus contagieux que la souche historique du virus. Or, les données des épidémiologistes sont erronées, argumente le doctorant en philosophie des sciences Philippe Lemoine dans Le Figaro. Philippe Lemoine est doctorant à l'université Cornell (États-Unis) et chargé de recherche au Center for the Study of Partisanship and Ideology.

«Le variant croît désormais à peine plus vite que la souche historique», explique Philippe Lemoine.

Cela fait désormais plus de quatre mois que l'ensemble de la population française est soumise à un couvre-feu, ce qui après le confinement du printemps 2020 constitue la restriction des libertés individuelles la plus importante en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais cette mesure n'a pourtant jamais fait l'objet d'un véritable débat.

Une étude de l'Inserm parue il y a quelques jours, et dont les résultats avaient préalablement été présentés lors d'une conférence de presse du gouvernement, a conclu que l'avancement du couvre-feu à 18 heures en janvier avait permis de retarder l'augmentation du nombre de cas résultant de l'expansion de B.1.1.7, le variant anglais de SARS-CoV-2, à la seconde moitié de mars. Cette étude est brandie par les partisans du couvre-feu comme la preuve de son efficacité, mais elle ne démontre pourtant rien du tout, car la conclusion était déjà contenue dans les hypothèses du modèle.

Pour comprendre ce point, il convient d'expliquer rapidement comment cette étude a conclu à l'efficacité du couvre-feu. Le modèle suppose d'abord que B.1.1.7 est 59 % plus transmissible que la souche historique. Cette estimation vient d'une étude de l'Institut Pasteur qui a estimé la surtransmissibilité de ce variant à partir de sa progression d'après les deux enquêtes flash réalisées par Santé publique France en janvier.

Le problème est que cette estimation est extrêmement sensible aux hypothèses faites sur divers paramètres épidémiques, notamment sur le temps de génération (c'est-à-dire le temps qui s'écoule entre le moment où quelqu'un est infecté et le moment où il infecte quelqu'un d'autre), sur lesquels il existe une grande incertitude qui n'a pas été correctement prise en compte par cette étude. On obtiendrait donc une surtransmissibilité très différente en faisant des hypothèses différentes mais tout aussi voire plus plausibles.

Mais ce qui est plus problématique encore, c'est que les données de Santé publique France montrent très clairement que, depuis le début de l'année (quand les données utilisées pour conclure à une surtransmissibilité de 59 % ont été collectées), l'avantage de transmissibilité de B.1.1.7 s'est complètement effondré et, d'après les données les plus récentes, le variant croît désormais à peine plus vite que la souche historique.

L'hypothèse qui est faite dans l'étude de l'Inserm sur l'impact du couvre-feu est donc complètement fausse pour l'essentiel de la période couverte par l'étude. Or, si cette étude a conclu que le couvre-feu avait eu un effet très important, c'est précisément parce que le modèle partait du principe que B.1.1.7 a un avantage de transmissibilité constant de 59 %, alors qu'en réalité cet avantage s'est effondré et il est désormais à peine supérieur à 10 %.

En effet, la méthodologie de l'étude consiste en gros à dire au modèle qu'un variant 59 % plus transmissible que la souche historique avait été introduit dans la population, que seuls l'avancement du couvre-feu à 18 heures en janvier et les vacances scolaires en février avaient eu un effet sur la transmission, puis à lui demander d'estimer cet effet sous ces hypothèses.

Comme l'hypothèse selon laquelle B.1.1.7 plus transmissible implique que, à moins que quelque chose ne réduise la transmission pour compenser l'effet de l'expansion du variant, le nombre de reproduction (aussi connu sous le nom de R) et donc le nombre de cas va exploser et que ce n'est pas arrivé, le modèle va mécaniquement attribuer un effet très important au couvre-feu et aux vacances scolaires pour coller aux données.

Mais ça ne prouve rien du tout puisque le modèle est ainsi fait qu'il ne pouvait attribuer cet effet à rien d'autre qu'au couvre-feu et aux vacances scolaires et que, dès lors qu'on fait l'hypothèse que B.1.1.7 est 59 % plus transmissible, il était inévitable que sa conclusion soit que le couvre-feu et les vacances scolaires ont eu un effet très important sur la transmission.

Les chercheurs de l'Inserm qui ont publié cette étude nous présentent comme un résultat empirique quelque chose qui n'est en réalité rien d'autre qu'une pétition de principe, puisque compte tenu de la trajectoire de l'épidémie leur conclusion n'est que la conséquence logique de l'hypothèse qu'ils ont faite sur la surtransmissibilité de B.1.1.7. Encore une fois, ce postulat repose sur des données de janvier et il est clairement infirmé par les données les plus récentes.

Mais plutôt que de reconnaître que cette hypothèse ne tient plus debout et revoir leur modèle, ils prétendent que l'augmentation du nombre de cas en mars leur a donné raison, alors qu'ils savent pertinemment que, si leur modèle était correct, l'incidence aurait augmenté beaucoup plus fortement. En effet, leur modèle prédisait qu'il y aurait plus de 20.000 nouvelles hospitalisations en semaine 13, alors qu'en réalité il y en a eu moins de 14.000. En semaine 14, le modèle prédisait près de 30.000 nouvelles hospitalisations, il y en a eu environ 14.000, comme la semaine précédente.

Bien sûr, les auteurs de cette étude pourront toujours dire que, si leurs prédictions ne se sont pas réalisées, c'est grâce aux mesures entrées en vigueur d'abord à Paris et dans 15 autres départements le 20 mars, puis au confinement étendu à l'ensemble du pays en avril. Ils pourront même «démontrer» cela de la même façon qu'ils ont «démontré» l'efficacité du couvre-feu : il suffira de dire à un modèle que B.1.1.7 est extrêmement transmissible et de supposer que seules ces mesures ont pu avoir un effet sur la transmission.

Ainsi, ils pourront continuer à entretenir la fiction que leurs modèles décrivaient correctement ce qui se serait passé si le gouvernement n'avait rien fait, mais que fort heureusement celui-ci avait écouté leurs conseils et pris des mesures qui nous ont permis d'éviter un désastre.

C'est la vision héroïque du rôle des épidémiologistes dans la gestion de la pandémie. En réalité, leurs modèles reposent sur des hypothèses fausses et leurs conclusions ne sont que des conséquences logiques de ces hypothèses, qui aboutissent à une surestimation systématique de la croissance de l'épidémie qui met le gouvernement sous pression pour prendre des mesures qui ont un coût économique et humain gigantesque, alors que rien ne démontre leur efficacité et certainement pas ce genre d'études semi-tautologiques.

Avec ce genre de travaux, les épidémiologistes donnent une fausse caution scientifique à des mesures auxquelles ils sont favorables pour des raisons qui n'ont rien de scientifique mais tiennent à leurs convictions personnelles. Elles seraient parfaitement légitimes s'ils n'essayaient pas de les faire passer pour des résultats scientifiques et d'influencer la politique du gouvernement. Rappelons-le: ils n'ont aucune légitimité démocratique.


Raffaele Simone, intellectuel de la gauche italienne : « La xénophobie est une volonté de protéger son intégrité »

Un cri qui nous vient d’Italie nous demande de sortir l’Europe des mirages de l’accueil inconditionnel aux immigrés. Elle en sort en ordre dispersé. Mais Simone pense que c’est trop tard.

Raffaele Simone (ci-contre) n’est pas un libelliste de la droite post-mussolinienne, mais un intellectuel respecté de la gauche italienne. Une sorte de Régis Debray, tout aussi pessimiste, eurosceptique et bougon. Mais il n’a pas les timidités de ce dernier sur la question migratoire.

Son pavé dans la mare s’adresse aux bien-pensants de l’Europe entière, partisans de l’accueil indifférencié et à fonds perdu des migrants venus en Europe trouver le confort d’une démocratie sociale. La « Grande Migration » en cours est conceptualisée par Simone comme un « événement fatal » : quelque chose qui change en profondeur la physionomie d’une civilisation.

Par téléphone depuis Rome, il nous confie son inquiétude d’une récupération de son discours par la droite : « Ne me faites pas ce coup-là ! » Cette récupération aura lieu, et d’ailleurs il le sait bien. Il assume le risque en écrivant ce livre.

Car le but de ce texte est de contrer énergiquement ceux qui ont choisi la logique de soumission bien réfléchie : il faut se soumettre aux musulmans (quelle que soit leur nature, douce ou dure) parce qu’ils ont la jeunesse et parce qu’ils rendent à l’Occident la monnaie de sa pièce.

Ceux qui ont conquis seront conquis : la roue tourne. Tel est le triple ressort de « l’événement fatal » en cours : islam, jeunesse, revanche. « Une enquête du Pew Research Center de 2017 montre qu’entre 2015 et 2060 la population mondiale grossira de 32 %, et sa composante musulmane de 70 %, ce qui fera de l’islam la première religion devant le christianisme », écrit Simone.

[…] La plupart des experts de ces sujets ont tendance à désapprouver cette vision théâtrale de l’agonie européenne. Ils insistent sur le décalage entre la réalité migratoire, qu’ils jugent moins grave qu’on ne le dit, et sa dramatisation dans le discours public. Ils veulent que l’on regarde les chiffres, sans tenir compte d’un autre ordre de grandeur : le mode de vie et le sentiment qu’un monde commun est en danger.

Or, si la dimension quantitative est encore supportable pour les 460 millions d’Européens, la perturbation qualitative propre à une migration d’origine musulmane l’est beaucoup moins.

Simone ose « essentialiser » l’opposition entre les valeurs de l’Occident et celle de l’Islam. Il juge inassimilable cette vague migratoire. L’auteur estime perdu d’avance le pari de convertir les migrants venus du monde arabo-musulman aux valeurs critiques et dialectiques qui sont, souligne-t-il en convoquant George Steiner ou Milan Kundera, le propre de l’esprit européen. Il y aurait beaucoup à nuancer, qu’il s’agisse de la vision illibérale de l’islam — les Éditions Gallimard, qui publient Simone, viennent aussi de publier l’excellent L’Islam et la Démocratie, de Yadh Ben Achour, qui soutient avec talent l’argument contraire.

La xénophobie n’est donc pas un racisme, mais la manifestation ethnocentrique naturelle d’une volonté de protéger son intégrité aussi bien spirituelle que physique. Quelles que soient les capacités de ces populations à se fondre finalement dans le paysage européen, il est certain que le « stock » de migrants naturalisés arrivés en Europe depuis cinquante ans est largement suffisant.

Il faut donc admettre que le refus d’un accueil inconditionnel, ou le refus de la logique juridique de l’immigration familiale ne peuvent plus être dénoncés comme des dérives xénophobes.

Simone a d’ailleurs raison de rappeler que l’attitude xénophobe n’est qu’une des formes normales du désir de persévérer dans son être. Qu’elle est « une réaction psychique spontanée de peur à l’égard de ce que l’on ne connaît pas, de ce qui n’est pas familier ».

Dans l’art et la morale modernes, on a brodé sur l’éloge de l’étranger, de la différence, etc. En effet, le migrant apporte du sang et des idées neuves — il y a toujours un impensé messianique dans la figure de l’étranger. Mais ce postulat différentialiste doit être équilibré par le point de vue opposé.

Preuve en est : la xénophobie est une passion sociale répandue dans presque tous les groupes humains. Et on ne rencontre la xénophilie spontanée que dans des contextes particuliers et rarissimes. La xénophobie n’est donc pas un racisme, mais la manifestation ethnocentrique naturelle d’une volonté de protéger son intégrité aussi bien spirituelle que physique.

Le racisme, en revanche, est bien autre chose. Ce n’est pas une réaction instinctive, c’est une théorie politique qui prétend rendre légitime l’assignation d’une race à une position subalterne.

L’attitude xénophobe peut être surmontée quand un modèle assimilationniste garantit que l’étranger deviendra un semblable. Le xénophobe peut aussi se transformer en raciste. Mais les phénomènes qui nous occupent dans l’Europe contemporaine n’ont rien à voir avec du racisme. Simone a raison de le marteler.

« Au bout de combien de temps les dettes de l’histoire sont-elles caduques ? »

Il s’agit en effet d’un enjeu plus profond, du moins tel qu’il est pensé par les partisans de l’accueil inconditionnel, dont l’offensive idéologique se déploie sur tous les fronts : féminisme, décolonialisme, multiculturalisme.

Selon les membres de ce « Club radical », comme les nomme l’auteur, il faut que l’Occident s’offre en sacrifice pour expier les fautes commises. Ce sacrifice doit aller beaucoup plus loin que l’exercice de lucidité mémoriel que s’est imposé l’Allemagne après l’holocauste. Il s’agit d’un exercice de renoncement à soi qui demande à l’Occident de s’abolir.

Au fond, il n’y a que deux directions possibles. Celle voulue par les immigrationnistes suppose que l’Europe n’a pas d’autre choix que de se laisser enfanter à nouveau, si l’on peut dire, par ceux venus d’ailleurs : un nouveau peuple en sortira. L’autre solution est suggérée par l’auteur : « Au lieu de dépenser des sommes énormes pour faire face à l’immigration, ne serait-il pas mieux d’établir une politique d’aide aux jeunes couples et un réseau de services pour les aider à s’occuper de leurs enfants ? »

[Les familles occidentales veulent en moyenne, cela varie d’un pays à l’autre, un peu moins d’un enfant de plus qu’elles n’auront. On parle en termes techniques de « déficit important entre descendance idéale déclarée et descendance réelle ». C’est ainsi que les Françaises ont moins d’enfants que ce qu’elles souhaiteraient idéalement et ça fait plusieurs décennies que ça dure. À l’heure actuelle, si elles avaient le nombre d’enfants qu’elles disent vouloir idéalement, l’indice conjoncturel de fécondité serait de ~2,4 enfants par femme au lieu de ~1,9 enfant par femme. Voir https://ifstudies.org/blog/the-global-fertility-gap. Une des raisons de cet écart entre le nombre idéal d’enfants voulu et le nombre obtenu : le coût lié à l’accueil d’un enfant supplémentaire.

 ]

 

Une chose paraît en tout cas acquise. Le retrait xénophobe d’un côté, l’hostilité des nouveaux venus à leur nouvelle terre d’accueil de l’autre préparent non pas un métissage, ou une assimilation, comme au bon vieux temps, mais un « monoculturalisme pluriel » (selon l’expression d’Amartya Sen), autrement dit une juxtaposition de tribus plus ou moins hostiles.

Pour y faire face, il faudrait que les Européens commencent à s’aimer un peu plus. Et à s’admirer sans arrogance. Simone lui-même a du mal. L’homme de gauche en lui se sent obligé de condamner en bloc « les horreurs du colonialisme ».

Mais, ce faisant, il affaiblit son propos, car cette réalité historique complexe et différenciée n’est ni un crime contre l’humanité ni un génocide ; elle ne suppose pas de pénitence ad libitum. C’est d’ailleurs ce que finit par demander l’auteur : « Au bout de combien de temps les dettes de l’histoire sont-elles caduques ? » Il propose, ironiquement, une journée de l’oubli, qui ferait pendant aux journées de repentances qui sont au goût du jour. Proposons une journée de la fierté d’être français, européen et occidental.

 

La Grande Migration et l’Europe

par Raffaele Simone
dans la collection « Le Débat », 

aux éditions Gallimard,
287 pp., 

21 €.


Un premier haltérophile qui se dit femme pourrait participer aux JO chez les femmes

L’haltérophile néo-zélandais Laurel Hubbard, qui a participé dans sa jeunesse à des compétitions masculines, pourrait devenir le premier sportif transgenre à disputer les Jeux olympiques, l’été prochain, à Tokyo.

Le Comité national olympique de Nouvelle-Zélande (NZOC) « est en mesure de confirmer qu’avec les systèmes de qualification révisés par les fédérations internationales, plusieurs haltérophiles néo-zélandais, dont l’athlète transgenre Laurel Hubbard (ci-dessous), devraient obtenir une place pour les JO de Tokyo », a-t-il indiqué jeudi.


 

L’haltérophile de 43 ans, inscrit à ses débuts sous son prénom de naissance masculin, a été en 2018 le premier sportif transgenre à participer aux Jeux du Commonwealth chez les femmes, à Gold Coast, en Australie, où il s’était blessé au coude.

Laurel Hubbard, actuellement 16e mondiale dans la catégorie des plus de 87 kg, répond aux critères de qualification pour les Jeux de Tokyo, qui veulent notamment que son taux de testostérone soit maintenu en dessous de 10 nanomoles par litre pendant une période d’au moins 12 mois.

Cette règle établie par le Comité international olympique (CIO) est également suivie par la Fédération internationale d’haltérophilie (IWF).

La sélection néo-zélandaise en haltérophilie n’a pas encore été annoncée, mais des officiels ont mentionné que Hubbard avait de bonnes chances de répondre aux critères de qualification simplifiés par l’IWF en raison de la pandémie de COVID-19. L’haltérophile a toujours reçu un soutien appuyé du NZOC, mais sa présence aux JO de Tokyo ne devrait pas manquer de relancer le débat sur la participation des sportifs transgenres.

 
Si, pour certains, elle répond tout simplement aux critères fixés par le CIO, pour d’autres, Hubbard bénéficie d’un avantage indu par rapport aux autres sportives nées femmes.

« Elle s’est conformée aux exigences du CIO et elle a prouvé qu’elle était une femme. Donc, il faut lui donner sa chance et lui permettre de continuer », expliquait sans rire en 2018 Paul Coffa, secrétaire général de la Fédération océanienne d’haltérophilie, pour défendre sa participation aux Jeux du Commonwealth.

La Fédération australienne d’haltérophilie avait de son côté tenté de lui interdire d’y participer, estimant que la musculature et la puissance que Hubbard avait développées quand il concourait encore chez les hommes lui conféraient un avantage physique, indépendamment de son taux de testostérone.

Étrangement aucune femme qui se dit homme ne semble concourir chez les hommes.

Source : AFP


Après 19 ans d’attente : décret concernant l’entrée en vigueur de l’article 1 de la loi 104

Dix-neuf ans après l'adoption de la loi 104 du Québec protégeant la langue française, le décret d'application de son article 1 a enfin été publié... Il entrera en vigueur dans un an.

Le texte du communiqué ministériel ci-dessous.

Québec, le 6 mai 2021. — Le ministre responsable de la Langue française, M. Simon Jolin-Barrette, annonce que l’entrée en vigueur de l’article 1 de la Loi modifiant la Charte de la langue française adoptée en 2002 (aussi connue sous le nom de « loi 104 ») a été fixée au 5 mai 2022.

Cet article précise que l’Administration — ce qui inclut le gouvernement, ses ministères, les organismes gouvernementaux, municipaux et scolaires ainsi que les établissements de santé et de services sociaux — doit utiliser uniquement le français dans ses communications écrites avec les personnes morales établies au Québec et avec les autres gouvernements.

L’entrée en vigueur de l’article 1 de la loi 104 aura pour effet d’accroître l’exemplarité de l’État québécois dans son utilisation de la langue française. Cette intervention signifiera que l’Administration se posera en acteur cohérent en matière linguistique. L’utilisation exclusive du français dans les communications de l’État permet de réaffirmer le statut officiel de la langue française au Québec.

Rappelons qu’une enquête menée par le Conseil supérieur de la langue française en 2019 révélait que parmi les membres du personnel des ministères et organismes du gouvernement du Québec qui devaient communiquer par écrit avec des personnes morales et des entreprises établies au Québec, 39 % affirmaient utiliser une autre langue que le français. [que c'est dit pudiquement : l'anglais.]

La loi 104 confère au gouvernement le pouvoir de déterminer, par règlement, les cas, les conditions ou les circonstances où une autre langue peut être utilisée, en plus du français, dans les communications visées. L’entrée en vigueur de l’article 1 de la loi 104 est prévue l’an prochain afin que le processus d’élaboration de ce règlement d’application soit mené à terme.

Contexte

La Charte de la langue française, adoptée en 1977, a consacré le français en tant que langue officielle du Québec, langue de l’État et de la loi aussi bien que langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires. À cette fin, elle comporte diverses dispositions relatives à la langue de l’Administration, dont l’article 16. Le libellé d’origine de cette disposition établit l’usage exclusif du français dans les communications écrites avec des personnes morales établies au Québec et avec les autres gouvernements.

L’article 16 est réécrit en 1993, à la suite de la sanction du projet de loi 86, Loi modifiant la Charte de la langue française, de manière à ne plus soumettre les communications visées à la règle de l’usage exclusif du français. À la suite de la commission Larose, faisant état d’une bilinguisation institutionnelle de l’Administration, le projet de loi 104 est adopté en 2002. L’article 1 réintroduit la notion d’exclusivité dans l’article 16 de la Charte.

Le 29 mai 2019, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement de mettre en application l’article 1 du projet de loi 104 dans les meilleurs délais possibles.

Citation

« L’entrée en vigueur de l’article 1 de la loi 104 représente le premier pas de la relance linguistique au Québec. La mise en veilleuse de cet article pendant près de 20 ans par les gouvernements précédents a participé à la généralisation croissante d’un bilinguisme institutionnel incompatible avec un État dont la seule langue officielle est le français. Le respect de notre langue nationale commande de corriger cette importante lacune et c’est ce que nous faisons aujourd’hui. L’État québécois doit être exemplaire. Le gouvernement du Québec renoue avec la responsabilité historique qui est la sienne. »

Madrid — Musées, Opéra, restaurants, cafés et cinémas sont tous restés ouverts, sans que contamination augmente


La victoire de la droite madrilène aux régionales pourrait être le « kilomètre zéro » de la longue route qui mènera à la reconquête de la Moncloa, le palais du Premier ministre.

La victoire d’Isabel Diaz Ayuzo, reconduite à la tête de la région autonome de Madrid, ne devrait pas passer inaperçue des droites dans le monde. La jeune Espagnole de 42 ans a accompli un parcours qui force l’admiration en si peu de temps. Au sein de l’assemblée de la région autonome, la droite est passée de 30 élus en mai 2019 à 65 élus ces jours-ci, en faisant disparaître Ciudadanos, le parti du centre droit qui avait tenté de s’unir contre elle avec le PSOE (parti socialiste espagnol), ce qui a déclenché cette élection surprise où elle a pris tout le monde de court. Le patron du Partido Popular (PP, droite modérée), Pablo Casado, 40 ans, a eu le talent de deviner le potentiel de cette ancienne journaliste, qui fut un temps chargée du service de presse du parti. Ils incarnent à eux deux la renaissance de la droite espagnole. Une droite libérale, entrepreneuriale, qui défend la Constitution — et donc la monarchie constitutionnelle — et dénonce le coup de force de l’indépendantisme catalan. Une droite qui a toujours été plus décomplexée que dans les autres régions espagnoles.

Une droite, surtout, qui a pris ses responsabilités face à la pandémie en poussant le curseur de la liberté de circuler et travailler le plus loin possible. Musées, Opéra, restaurants, cafés, bars et cinémas sont tous restés ouverts, sans que le niveau de contamination augmente de manière excessive. L’avant-veille des élections, les réseaux sociaux ont partagé le long hommage très ému que lui a rendu le compositeur de musique de variété Nacho Cano, très connu en Espagne, lors d’une remise de décorations : « Je vous remercie, nous vous remercions tous pour ce que vous avez fait. » Elle a essuyé une larme.

On comprend mieux le sens du slogan « Liberté ! », qui pavoisait les rues de la ville, ou de la formule « La liberté, ou le socialisme ! » (et non « Liberté ou communisme », comme on a pu lire ici ou là). Ses adversaires l’ont aussitôt caricaturée en candidate trumpiste. Comparaison paresseuse, et inexacte. Isabel Diaz Ayuso a toujours préconisé une prophylaxie rigoureuse, contrairement à l’ex-président américain. Elle a aussi contribué à imposer les tests PCR à l’aéroport de Madrid et fait construire un hôpital de campagne en quelques semaines. Le vote des électeurs doit donc être compris comme un raz de marée qui plébiscite l’audace pionnière d’une femme politique qui décide de favoriser l’économie dans un Occident globalement abrité derrière sa complaisance folle pour l’endettement et son idéologie de la précaution.


Les lumières médiévales supérieures aux lumières du XVIIIe siècle ?

Pour Éric Zemmour, Gérald Sfez nous présente une analyse fine et équitable de la pensée de Leo Strauss. Aux sources du lien entre Athènes et Jérusalem, pour nous projeter vers nos enjeux contemporains. Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. Le penseur y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés.

Il est des filiations encombrantes. Dans l’équipe du président américain George W. Bush, qui décida de l’intervention armée contre l’Irak en 2003, il y avait au sein de ses conseillers, connus sous le nom de « néoconservateurs », de nombreux élèves d’un grand professeur de philosophie politique de l’école de Chicago : Leo Strauss. Il n’en fallut pas davantage pour qu’on attribue à la pensée de celui-ci la paternité de cette guerre pour « le droit et la démocratie ». Dans son célèbre essai Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, l’inénarrable Daniel Lindenberg établissait avec gourmandise ce rapprochement. Comme souvent, Lindenberg et la gauche française tapaient à côté : Leo Strauss n’était ni un autoritaire fascisant ni un thuriféraire de la diplomatie des droits de l’homme imposée par un tapis de bombes. Mais la gauche n’en avait cure, car, derrière ce professeur inconnu du grand public, elle visait ses émules américains, comme Allan Bloom, ou français, comme Alain Finkielkraut.

Alors qui est ce Leo Strauss ? C’est à quoi Gérald Sfez tente de répondre. Notre professeur de philosophie politique ne fait pas dans la gaudriole. Sa prose est austère, mais pédagogique. Sa biographie est sommaire, mais suffisante : on connaît à grands traits le destin commun de ces grands intellectuels nés au début du XXe siècle dans des familles juives allemandes et qui ont fini leurs jours dans une université américaine pour échapper à la menace hitlérienne. Sfez nous plonge dans la pensée straussienne, comme un prof à l’ancienne : avec scrupule et équité. Le plaisir intellectuel est indéniable, même si parfois on se perd dans les méandres des complexités, voire des contradictions, de notre professeur de Chicago.

Leo Strauss décentre le discours habituel sur notre héritage des Lumières. Les Lumières [du XVIIIe siècle] n’ont pas été, selon lui, la victoire de la raison, mais celle de l’athéisme : « Les Lumières ont imposé un nouveau monde. Leur cible fondamentale était la foi en la transcendance de la Loi révélée au Sinaï, opposée à la volonté autonome de l’homme et à sa volonté de toute-puissance. »

Leur arme favorite n’a pas été la raison, mais la raillerie. « Ils ont chassé leur adversaire par le rire. » Les Français héritiers de Voltaire comprennent très bien ce que Strauss veut dire : c’est le « hideux sourire » de Voltaire dont parlait Musset. Leo Strauss en pince, lui, pour ce qu’il appelle, les « Lumières médiévales ». Les Lumières avant les Lumières. Celles qui, autour de Maïmonide, dans l’Espagne du XIIe siècle, ou la Sorbonne dans la France capétienne, élaborent un commentaire rationnel de la Loi divine sans rompre avec elle. Pour Leo Strauss, ces Lumières médiévales sont supérieures, car elles ne détruisent pas l’héritage antique, mais tentent de « sauver la tradition sans renoncer à l’éclairement ». Elles réussissent la suprême quête de Strauss, le mariage harmonieux entre la pensée grecque et la pensée juive, entre la philosophie et la Loi. Strauss ne méconnaît pas les oppositions entre Athènes et Jérusalem, entre « le règne de la philosophie sur la religion » et « le règne de la religion sur la philosophie » ; mais il estime que cette tension créatrice est le fondement de la pensée occidentale : « Les philosophes juifs et musulmans du Moyen Âge sont plus “primitifs” que les philosophes modernes, parce qu’ils ne sont pas comme eux guidés par l’idée du droit naturel, mais par l’idée originelle, antique, de la Loi comme d’un ordre unifié et total de la vie humaine, en d’autres termes parce qu’ils sont les disciples de Platon et non les disciples des chrétiens. »

Nous sommes, nous, les enfants de la rupture chrétienne : « C’est peut-être le Nouveau Testament, c’est certainement la Réforme et la philosophie moderne qui ont amené la rupture avec la pensée antique. » Le Nouveau Testament, qui a rompu le lien entre loi religieuse et loi politique : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Et le protestantisme, qui a autorisé chaque individu à interpréter à sa guise la Révélation. Avant la Réforme, l’interprétation de la révélation divine était limitée à quelques cercles de lettrés sous le contrôle étroit des autorités religieuses et politiques. À partir du moment où la Réforme protestante (et l’invention de l’imprimerie) démocratise ce droit à l’interprétation, l’harmonie préexistante explose et les différences s’accusent en divergences irréconciliables : la Loi juive accepte l’interprétation, car elle est depuis l’origine l’objet d’une discussion entre Dieu et Moïse, puis entre Dieu et le peuple, pour élaborer une Loi sujette au changement. En revanche, l’islam refuse toute interprétation et s’enferme dans une lecture littéraliste de la Révélation divine. De son côté, le christianisme est attaqué par la modernité athée des Lumières.

Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. La modernité occidentale a retourné sa filiation catholique en un vague humanitarisme universel : les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton. En face, l’islam a repris seul le flambeau de la résistance de la « Loi divine », la lutte du Désert contre la corruption de la Cité. Mais l’islam, rejetant l’héritage grec, et même le goût juif pour la discussion et l’interprétation, s’est enfermé dans une approche, sinon totalitaire, du moins totalisante de la Loi, comprise comme un ensemble insécable de morale, de religion et de politique. L’islam, d’instinct, ne veut pas connaître le sort du catholicisme, tombé sous le coup de la raillerie athée. La rédaction de Charlie Hebdo en sait quelque chose.

Ce combat inexpiable aurait désolé Leo Strauss. Il y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés. Il aurait plaidé pour le retour à des « sociétés closes sans être fermées sur elles-mêmes ou leurs traditions ancestrales », c’est-à-dire avec des frontières et un État, où la « politique de l’humanité ne peut supplanter le droit des nations ».

« L’homme moderne est un géant aveugle », nous avait-il dit. Il ne savait pas qu’il était également devenu sourd.

« Strauss »,
de Gérald Sfez,
publié le 6 mai 2021
aux Belles Lettres,
à Paris
293 pp.,
19 euros
ISBN-13 : 978-2251450698