mardi 7 avril 2026

Boris Cyrulnik : l'école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons

Le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik s'exprime sur la différence entre les garçons et les filles à l'école et la théorie du genre dans un récent entretien avec l'hebdomadaire Le Point :
« Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d'un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire « réembarquons », au lieu de « on va encore une fois dans cette barque ». Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d'élever une fille qu'un garçon. D'ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n'y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile. Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes XX serait plus stable, parce qu'une altération sur un X pourra être compensée par l'autre X. La combinaison XY serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l'hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l'agressivité, comme on le croit souvent. À l'école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d'être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l'excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles. 
Pourquoi n'avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ? 
Je pense que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est. 
Pourtant, ces théories font observer que les filles, meilleures à l'école, sont beaucoup moins nombreuses dans les études prestigieuses ? 
C'est vrai, mais il n'est pas dit que cela dure. Aux États-Unis et au Canada, les filles ont envahi les grandes écoles. Et on est obligé d'aider les garçons à y parvenir. Notre système scolaire gagnerait à arrêter la culture du sprint. Prenons modèle sur l'Europe du Nord, qui a supprimé les notations jusqu'à l'âge de 12 ans, réduit drastiquement le nombre d'heures de cours, qui caracole en tête des classements, et dont le taux de suicide chez les enfants et les adolescents a diminué de 40 %. 
Supprimer les notes ? 
Un enfant qui grandit avec papa et maman qui s'aiment, sa petite chambre à lui, des devoirs surveillés, aura forcément de bonnes notes. Les notes ne sont pas un reflet de l'intelligence, mais le miroir de la stabilité affective. »


Boris Cyrulnik revient sur ces aspects dans son dernier ouvrage « Quand un enfant se donne "la mort" ». Pour celui-ci, l'école, est devenue aujourd'hui le nouveau classificateur social, elle est surinvestie par les parents. Cette institution réalise les conditions expérimentales de l'angoisse : immobilité physique et suppression de procédés spontanés de tranquillisation. La désorganisation des rythmes scolaires empêche les apprentissages et augmente le malaise.

Souffrances de la seconde génération d'immigrés

Le problème du XXIe siècle sera celui des déplacements de population. La première génération chassée de son pays, pillée pendant le voyage et souvent mal accueillie souffre beaucoup mais se suicide peu. C'est paradoxalement dans la deuxième génération qu'on note le plus de troubles et de suicides des jeunes. Les enfants, nés dans le pays d'accueil, suffisamment scolarisés souffrent beaucoup de troubles anxieux et d'idéal de soi. La niche affective qui a tutorisé leur développement était appauvrie par le malheur parental.

Favoriser la stabilité affective, adapter les rythmes aux processus d apprentissage des enfants, encourager les structures socialisantes, privilégier une politique d'intégration plutôt que d assimilation : tels sont les moyens de prévention proposés par le célèbre neuropsychiatre et directeur d'enseignement à l'université de Toulon.

Quand un enfant se donne « la mort ».
Attachement et sociétés,
par Boris Cyrulnik
chez Odile Jacob,
160 p.
21,90 euros
ISBN-13: 978-2738126887


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Tiré d'un billet de Noémie Mercier (avec quelques réserves) :

« Que faire alors pour permettre aux gars d’exprimer leur plein potentiel à l’école, notamment en lecture et en écriture ? Cette préoccupation n’est pas propre au Québec : lors du plus récent test PISA (pdf), une épreuve internationale chapeautée par l’organisation de coopération et de développement économiques, les garçons ont obtenu de moins bonnes notes en lecture que les filles dans la presque totalité des 65 pays participants. (Les filles, de leur côté, ont moins bien réussi en maths que les garçons dans 37 pays sur les 65 sondés.)

Des chercheurs du monde entier se sont intéressés à ce troublant écart. Voici deux pistes de solution puisées dans leurs travaux.

Donnez-leur plus d’hommes profs…

Peut-être ont-ils besoin d’un modèle positif qui leur montre qu’être studieux et aimer la lecture, ce n’est pas qu’une affaire de fille. Ou peut-être qu’un enseignant est plus enclin qu’une enseignante à les comprendre, à croire en eux et à les traiter avec indulgence. C’est en tout cas ce que laisse présager une vaste étude publiée en 2007 dans le Journal of Human Resources par Thomas S. Dee, aujourd’hui professeur à l’Université Stanford.

Ce chercheur a analysé les résultats de tests d’anglais, de science et d’histoire qui avaient été administrés à quelque 21 000 élèves de 2e secondaire, partout aux États-Unis. Résultat : les garçons comme les filles ont moins bien réussi dans les matières qui leur étaient enseignées par un prof du sexe opposé.

Thomas Dee calcule que le simple fait de remplacer une femme prof par un homme dans un cours d’anglais, par exemple, réduirait du tiers l’écart entre les sexes dans cette matière, en améliorant le rendement des garçons… et en diminuant celui des filles.

Le spécialiste s’est aussi intéressé à l’engagement des jeunes envers leurs études et au jugement que les profs portent sur leurs ouailles. Encore là, observe-t-il, le sexe de l’instituteur n’y est pas étranger. Lorsqu’ils ont un homme comme prof, particulièrement en anglais et en histoire, les gars sont moins susceptibles d’être considérés comme des élèves qui dérangent et qui négligent leurs devoirs ; ils ont aussi davantage hâte au prochain cours.

Même chose pour les filles en science : elles ont moins tendance à être perçues comme étant dérangeantes ou inattentives lorsque leur prof est du même sexe qu’elles ; elles sont également plus portées à dire qu’elles ont hâte à ce cours et à trouver cette matière utile à leur avenir. Dans un domaine traditionnellement masculin, une enseignante de leur sexe les inspire, semble-t-il, à rêver plus grand que les stéréotypes.

Mais ne les séparez pas des filles !

Certains commentateurs soutiennent que le meilleur moyen d’amener les gars à se concentrer sur leurs études, c’est de les isoler des filles, dont la présence serait une source de distraction et leurs succès scolaires une cause de démoralisation. Pas fou.

Le hic, c’est que cette hypothèse n’est pas appuyée par la recherche. Selon des rapports issus tant du canada que des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les jeunes qui fréquentent une école non mixte n’obtiennent pas de meilleures notes et n’ont pas plus de chances de décrocher un diplôme universitaire que ceux qui côtoient le sexe opposé en classe. [Noémie Mercier ne mentionne pas de sources]

La proximité des filles, qui sont en moyenne légèrement plus précoces sur le plan verbal, serait au contraire bénéfique pour leurs camarades, du moins chez les tout-petits. Car elles ont la parole contagieuse. Les garçons qui grandissent avec une sœur jumelle parlent déjà mieux à l’âge de deux ans que ceux qui vivent avec un frère jumeau (non identique) : la présence à leurs côtés d’une compagne un peu plus verbomotrice suffit à les tirer vers le haut, selon cette recherche [publiée en 2000] menée à Londres par une équipe dont faisait partie Ginette Dionne, professeure de psychologie à l’Université Laval. [Il faut voir si les hormones dans le milieu utérin partagé par les jumeaux n'auraient pas d'effets. En outre, on parle ici au mieux de contacts bien avant l'adolescence, époque à laquelle on parle de distractions et d'âges pubertaires différents.]

Les fillettes aussi bénéficient de ces contacts : celles qui sont élevées auprès d’un grand frère, par exemple, s’intéressent beaucoup plus aux jeux de construction, aux camions et aux sports — et sont donc plus aptes à développer leurs talents athlétiques et leurs compétences techniques — que celles qui n’ont pas cette chance.»

Noémie Mercier fournit comme justification à ce paragraphe l’étude « Sex-typed play in opposite-sex twins » d’Henderson et de Berenbaum effectuée en 1997. Cette étude ancienne porte principalement sur autre chose (est-ce que les hormones dans le milieu utérin expliqueraient l’attirance pour des jouets stéréotypiques garçons/filles ?) avec des résultats minoritaires par rapport aux autres études peu exploitables (voir p. 156 de Gender Development par Judith E. Owen Blakemore,Sheri A. Berenbaum et Lynn S. Liben.)

« Pourquoi ne parle-t-on jamais de la responsabilité des Africains dans l’esclavage des leurs ? »

La résolution votée le 25 mars dernier par l’assemblée générale de l’ONU pour qualifier la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité » omet curieusement la traite arabo-musulmane et, plus encore, la traite intra-africaine. Marie-Claude Mosimann-Barbier revient sur ce dossier, elle est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Le 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant  la traite atlantique et l’esclavage des Africains  de « plus grave crime contre l’humanité ». L’objectif est clair : cette condamnation doit ouvrir la voie à des réparations financières. Les réactions dans la presse ont été nombreuses : une majorité, faisant fi de l’histoire, s’en félicitait, et quelques-uns soulignaient la coutumière invisibilisation de la traite arabo-musulmane , ce « tabou bien gardé » comme la qualifie l’anthropologue algérien et spécialiste de l’Islam Malek Chebel. 

Toutefois, le rôle du  Ghana comme initiateur de la résolution n’a fait réagir personne alors qu’il existe un deuxième tabou encore mieux gardé : le rôle actif dans la traite de plusieurs ethnies africaines, dont les Ashantis, dans l’actuel Ghana. En effet, si les acheteurs [pour ce qui est de la traite atlantique] étaient européens, les vendeurs étaient africains. Les Européens ne s’aventuraient pas à l’intérieur des terres mais achetaient les esclaves à des partenaires africains. D’une part, l’insalubrité des zones intérieures avait découragé les quelques Portugais qui s’y étaient aventurés et, d’autre part, depuis les débuts, au VIIe siècle, de la traite transsaharienne, des Africains vendaient des esclaves aux Arabo-musulmans. Lorsque le commerce triangulaire se mit en place, des vendeurs existaient déjà mais, avec une demande européenne croissante, de nombreuses ethnies africaines s’impliquèrent activement dans la traite atlantique.


Ceci s’inscrit dans une dimension historique peu connue qui est la longue existence de l’esclavage en Afrique. C’est Olivier Pétré-Grenouilleau qui, le premier, le porta à la connaissance du grand public, dans son remarquable livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, lequel suscita un torrent d’indignations et d’attaques à sa sortie en 2004. Il expliquait que, bien avant l’arrivée des Européens et le développement de la traite atlantique, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines ; c’était une institution intégrée aux structures économiques, sociales et politiques locales. 

Dans les nombreuses guerres intertribales, le vainqueur avait le droit d’asservir les vaincus et, par ailleurs, dans la mesure où la prison n’existait pas, des individus pouvaient être réduits en esclavage à la suite de dettes ou de comportements tribaux répréhensibles. Selon Pétré-Grenouilleau, l’esclavage interne concernait une part importante de la population en Afrique de l’Ouest, où jusqu’à 60 % des individus pouvaient être en situation d’esclavage ou de dépendance à la fin du XIXe siècle. On peut considérer que l’existence de cet esclavage interne a facilité la traite transatlantique, dans la mesure où les Européens ont pu s’appuyer sur des réseaux et des pratiques locales pour se procurer des captifs. Plusieurs rois ou chefs africains ont donc joué un rôle actif dans la fourniture d’esclaves aux négriers européens.

Renforcer le pouvoir économique et politique des élites africaines

C’est le royaume du Dahomey (actuel Bénin) qui est considéré comme le plus impliqué dans la vente d’esclaves aux Européens, notamment via le port de Ouidah. Les rois du Dahomey ont institutionnalisé la traite et mené des razzias pour capturer des esclaves dans les régions voisines. Dans son livre L’Esclavage, l’histoire à l’endroit, Bernard Lugan écrit que le roi Tegbessou «vendait chaque année 9000 esclaves aux négriers européens et il en retirait des revenus supérieurs à ceux de Liverpool ou de Nantes, et quatre à cinq fois plus élevés que ceux des plus riches propriétaires terriens d’Angleterre ».

Dans le niveau d’implication, le Dahomey est suivi de près par le royaume Ashanti, qui correspond à peu près à l’actuel Ghana, dont le ministre des Affaires étrangères réclame réparation ! Ce puissant royaume a livré un grand nombre de captifs, issus de guerres ou de razzias, aux négriers européens sur la Côte de l’Or. Plusieurs cités-États yoruba (actuel Nigeria), comme Oyo, ont participé activement à la traite, vendant des prisonniers de guerre ou des Africains razziés. Le Royaume du Kongo avec, en particulier, son roi Alphonse Ier , ou encore la reine Njinga en Angola, ont fourni de nombreux esclaves aux Portugais, entraînant le développement des ports de Luanda et Loango. Des marchands et chefs igbo (Nigeria) ont vendu des esclaves via le port de Calabar, autre grand point de départ de la traite atlantique. Les chefferies douala (Cameroun) ont organisé des razzias et vendu leurs captifs, de même que les souverains des royaumes de la côte sénégambienne, comme le roi Amony.

On peut dire que les élites de l’Afrique de l’Ouest ont utilisé la traite pour renforcer leur pouvoir économique et politique, en échangeant des esclaves contre des armes, des tissus, de l’alcool et d’autres biens européens. Si cette participation africaine à la traite atlantique était une réponse à la demande européenne, elle a aussi été une stratégie locale de pouvoir et d’enrichissement. De ce fait, la demande du Ghana paraît un peu surréaliste : comment le vendeur peut-il s’exonérer de toute responsabilité dans la traite pour accabler le seul acheteur ?

La situation était au départ la même dans l’est de l’Afrique, côté océan Indien. Pour avoir beaucoup travaillé sur les explorateurs britanniques chargés, à partir de 1850, par la Société royale de géographie de cartographier cet intérieur encore inconnu, de trouver les grands lacs et accessoirement de trouver les sources du Nil, j’ai pu observer la même démarche de départ. Jusque dans les années 1830, les traitants arabo-musulmans et leurs agents côtiers swahilis s’approvisionnaient en esclaves auprès de tribus alliées : en particulier les Yao au sud et les Nyamwezi à l’est du lac Tanganyika. La situation allait par la suite changer et voir une recrudescence meurtrière de la traite arabo-musulmane.


Un «génocide voilé»

En effet, à compter de 1830, la demande en ivoire augmentant fortement et les plantations de  Zanzibar se développant, les besoins en esclaves augmentèrent et les Arabo-musulmans décidèrent de prendre les choses en main : ils ouvrirent des voies d’accès vers les grands lacs et mirent en place une logistique de stations-relais pour les caravanes où entreposer ivoire et esclaves (l’or blanc et l’or noir) avant de les conduire à la côte. 

Les explorateurs successifs croisent de longues files d’Africains enchaînés, tués s’ils ne pouvaient plus avancer, marchant pendant des semaines pour être acheminés vers Zanzibar, Kilwa et Mombasa, avant que les survivants ne soient transportés vers les marchés du Moyen-Orient, de l’Inde et de l’océan Indien. Pour faciliter la capture, les traitants mettaient le feu au village sur trois côtés et se saisissaient ainsi aisément de ceux qui tentaient de s’échapper. Livingstone, quand il atteint le lac Nyassa, (l’actuel lac Malawi) découvre, atterré, que le lac est traversé en permanence par des dhows, boutres chargés d’esclaves, et que de nombreux cadavres flottent au fil de l’eau. Dans les vingt années entre 1855 et 1875, des régions entières se trouvèrent vidées de leurs habitants.

L’explorateur Verney Cameron, envoyé au secours de Livingstone, alertait le gouvernement britannique par ces mots : Traverser les ruines de tant de villages abandonnés, qui abritaient autrefois des gens heureux, était d’une tristesse indescriptible. Où étaient passés ceux qui les avaient construits et avaient cultivé les champs environnants ? Où ? Emmenés comme esclaves, massacrés par des scélérats [...], ou morts de faim et de maladie dans la jungle.  L’Afrique se vide de son sang par tous ses pores. Ce pays riche […] voit sa population […] décimée jour après jour par la traite et les guerres fratricides (ma traduction). Précisons ici que les sociétés de l’Afrique précoloniale n’avaient rien de rousseauistes mais que les guerres intertribales étaient récurrentes.

L’anthropologue franco-sénégalais Tidiane N’Diaye n’hésite pas à parler de « génocide voilé » pour désigner les horreurs de la traite arabo-musulmane. Comment expliquer, malgré des faits historiques indéniables, ce refus de la prendre en considération ? D’abord peut-être parce qu’elle n’est pas l’œuvre d’États identifiables auxquels on peut demander des réparations (à l’exception d’Oman qui a colonisé Zanzibar - et la côte swahilie - et a asservi toute la population de l’île) ; ensuite, parce qu’un grand nombre d’esclaves mâles étaient castrés, au prix d’ailleurs d’une mortalité effrayante, et ne pouvaient donc pas se reproduire ; enfin parce que ces esclaves étaient répartis dans de nombreuses régions : Égypte, Arabie, Moyen-Orient et jusque dans les sultanats indiens, ce qui n’a pas permis la formation d’entités demandant réparation.

Comment conclure ? D’abord qu’il serait souhaitable que les Africains reconnaissent avoir joué un rôle central dans les deux traites, comme pourvoyeurs, intermédiaires ou organisateurs, et que ce sujet cesse d’être tabou ou marginalisé dans les récits historiques. Par exemple, contrairement à Pétré-Grenouilleau, les auteurs du bel ouvrage collectif récent, Les Mondes de l’esclavage. Une histoire comparée (Seuil, 2021), évoquent la participation active des Africains mais sans s’y attarder. Comme le titre l’implique, ils se concentrent davantage sur une histoire comparée des systèmes esclavagistes que sur les mécanismes internes africains. De toute façon, il reste malséant de remettre en cause les récits victimaires dominants.

On ne peut que déplorer en outre qu’en ces temps de violence, l’ONU ne se consacre pas avant tout à remplir sa fonction première, à savoir éviter les conflits majeurs et favoriser la coopération entre pays, plutôt que de passer du temps à hiérarchiser les crimes passés. Peut-être faudrait-il aussi que les membres de l’ONU, ainsi que bon nombre de politiques, quittent leur bulle idéologique et se plongent dans une étude approfondie de l’histoire.

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 « Et si l’on demandait réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ? » 

« Tradition franque » d’hommes libres contre esclavage traditionnel méditerranéen y compris européen

Radio-Canada nous « éduque » : « plus de 800 mille-z esclaves en sol canadien » en 1834

« La traite arabo-musulmane est volontairement occultée dans les mémoires de l’esclavage » 


Un million d’esclaves européens chez les Barbaresques 

Le génocide voilé (traite négrière musulmane)  

Histoire — la traite esclavagiste a-t-elle permis le décollage économique de l’Occident ?

 
Manuel d’histoire québécois approuvé par le Ministère (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

 Complément au nouveau cours d'histoire du Québec (extrait de « Génocide voilé »)