vendredi 31 juillet 2026

Militantisme — Amende de 60 000 $ pour l’ex-ministre Caroline Proulx

L’ex-ministre du Tourisme Caroline Proulx devra payer une amende de 60 000 $ pour avoir fait annuler un évènement antiavortement à Québec en 2023. Le juge au dossier estime que Mme Proulx a « abus[é] de ses droits » et que cette action n’avait pas de justification valable.

Le dossier remonte à 2023. Harvest Ministries International (HMI), un organisme religieux de la Colombie-Britannique, souhaitait organiser le « Rallye Feu, Foi et Liberté » et avait conclu une entente de location avec la Société du Centre de congrès de Québec (SCCQ), qui dépend de la ministre Proulx, du 22 juin au 2 juillet. 

Caroline Proulx, qui n’est plus ministre depuis avril 2026, a été « outrée » lorsqu’elle a appris la tenue de ce rassemblement après une demande de réaction de la part du journaliste Sébastien Bovet, de Radio-Canada. Elle a promptement ordonné l’annulation du contrat de location entre HMI et la SCCQ, ce qui a mené à des contestations judiciaires des organisateurs.

Dans une décision de 26 pages rendue vendredi à Québec, le juge Alain Trudel a donné raison à HMI et a condamné Caroline Proulx à payer, en son nom et celui de la SCCQ et du Procureur général du Québec, 60 000 $ en amendes. Cette somme est composée d’une première amende de près de 30 640 $, imposée aux trois défendeurs et que Mme Proulx devra payer en entier, et d’une seconde de 30 000 $, imposée uniquement à la femme politique.

Les amendes sont justifiées en partie par « l’atteinte à la liberté d’expression de [HMI] », le caractère arbitraire de la décision » de Mme Proulx et « la gravité de la faute », écrit le juge Trudel dans sa décision, qui est par moment sévère envers l’ex-ministre.

« Son ingérence dans le processus décisionnel de la SCCQ motivée par des considérations de nature essentiellement politique et ses déclarations publiques contemporaines fondées sur des convictions personnelles à l’effet que l’expression de l’opinion antiavortement de la demanderesse n’avait pas sa place dans un lieu public appartenant à l’État, démontre une volonté de porter atteinte à la liberté d’expression de la demanderesse et de causer les conséquences prévisibles découlant de cette décision », affirme-t-il.

Le magistrat écorche aussi la SCCQ, qui s’est défendue en disant ne pas avoir pris la décision d’annuler l’évènement, mais d’avoir suivi les ordres de la ministre.

« Cette prétention ne lui est d’aucun secours eu égard à la réclamation d’HMI avec qui elle a dûment contracté l’entente de location de ses installations du Centre des congrès de Québec », assène le juge.


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La sociologie américaine en crise : quand le militantisme supplante la recherche

Pourquoi certains s'enrichissent-ils davantage que d'autres ? Pourquoi la natalité recule-t-elle ? Quelles sont les causes profondes de la criminalité ou des mouvements sociaux ? Pendant des décennies, la sociologie américaine a fourni des outils intellectuels indispensables pour répondre à ces questions. Elle a forgé des notions devenues classiques, comme la « embourgeoisement » (gentrification), le « crime en col blanc », les « conséquences inattendues » ou le « capital culturel », et a nourri les politiques publiques en matière de justice, d'immigration ou de développement urbain.

Aujourd'hui pourtant, la discipline traverse une crise profonde. Ses effectifs étudiants diminuent, son association professionnelle perd des adhérents et sa crédibilité scientifique est contestée jusque dans ses propres rangs. Au cœur de cette crise se trouve une question fondamentale : la sociologie doit-elle chercher la vérité ou devenir un instrument de transformation politique ?

Cette interrogation s'est imposée au grand jour lorsque l'Association américaine de sociologie (ASA) a présenté la discipline comme une « praxis de libération », inspirée des théories antiracistes, décoloniales, féministes et queer. Dans le même temps, elle était déchirée par une querelle interne autour d'un projet de boycott des universités israéliennes, révélatrice d'une politisation qui dépasse désormais largement les débats universitaires.

Pour les partisans de cette évolution, il serait illusoire de prétendre à une objectivité absolue. Toute recherche est influencée par des rapports de pouvoir ; le rôle du sociologue ne consiste donc pas seulement à décrire la société, mais aussi à combattre les injustices. La sociologue Saida Grundy résume cette conception sans détour : « Je crois en la sociologie comme une arme. » Selon elle, les chercheurs ont le devoir d'intervenir dans le débat public et de mettre leurs travaux au service du changement social.

C'est précisément cette conception militante que dénoncent un nombre croissant de sociologues.

L'un des critiques les plus connus, Christian Smith, estime que la discipline est devenue le support d'un véritable « projet sacré » dont les valeurs — émancipation, diversité, inclusion ou justice sociale — tiennent lieu de credo. Paradoxalement, écrit-il, cette quête de tolérance conduit souvent à l'intolérance intellectuelle : conformisme idéologique, autocensure, exclusion des dissidents et appauvrissement du débat. Après vingt années d'enseignement à l'université Notre Dame, Smith a quitté la profession, allant jusqu'à se demander si la discipline ne devrait pas être purement et simplement dissoute. À ses yeux, la sociologie devrait former des penseurs capables d'éclairer le monde, non des militants.

La sociologue Melissa Wilde défend également une stricte neutralité institutionnelle. Selon elle, une association professionnelle peut parfaitement laisser ses membres militer à titre personnel ; en revanche, si l'organisation elle-même adopte des positions politiques, les chercheurs qui souhaitent conserver une démarche scientifique indépendante se trouvent marginalisés.

Plus radicale encore est la critique d'Ilana Redstone. Elle estime que la sociologie contemporaine tend à considérer comme démontré ce qui devrait précisément faire l'objet de la recherche. Toute différence statistique entre groupes est interprétée comme la conséquence d'une discrimination systémique, au détriment d'autres hypothèses possibles. « Nous traitons les questions de causalité comme si elles étaient déjà résolues », déplore-t-elle. Celui qui propose une explication différente risque aussitôt d'être accusé de racisme ou de « culpabilisation des victimes ». Selon Redstone, cette fermeture du débat exerce une pression morale considérable et nuit au fonctionnement même de la démocratie.

Plusieurs rapports récents vont dans le même sens. Une étude des universités Vanderbilt et Washington dénonce une évolution où la recherche devient subordonnée à des objectifs politiques ou moraux. Ashley Rubin, l'une des auteures, résume ainsi le problème : « Les logiques militantes sont en train de supplanter les logiques scientifiques. »

Kevin McCaffree, professeur à l'université du North Texas, va plus loin encore. Selon lui, une partie de la recherche contemporaine déforme ou sélectionne les données afin de confirmer des conclusions attendues sur le capitalisme, le racisme ou le sexisme. Il reproche notamment à nombre de travaux de pratiquer une « analyse asymétrique » : les comportements sont interprétés différemment selon que les groupes étudiés sont considérés comme majoritaires ou minoritaires. Cette approche, estime-t-il, prive les individus de toute responsabilité propre au profit d'explications exclusivement systémiques.

Les pressions idéologiques pèseraient également sur les carrières universitaires. Les jeunes chercheurs auraient intérêt à choisir des sujets conformes aux sensibilités dominantes — race, genre, inégalités — tandis que des domaines comme la religion, l'armée ou les forces de l'ordre seraient devenus peu fréquentables, surtout si les conclusions ne sont pas exclusivement critiques.

Pour le sociologue Musa al-Gharbi, cette évolution finit par produire une image caricaturale de la société américaine. Les croyances ordinaires — que le mariage stabilise les familles, que la religion puisse avoir des effets bénéfiques ou que la police soit nécessaire — sont souvent présentées comme naïves, voire moralement suspectes. Dans beaucoup de cours, explique-t-il, la société est décrite presque exclusivement sous l'angle de l'oppression, du racisme et des rapports de domination, au risque d'éloigner les étudiants d'une compréhension plus équilibrée de la réalité.

Les critiques ne contestent pas l'importance de la sociologie. Bien au contraire. Ils estiment qu'elle demeure indispensable pour comprendre les transformations profondes des sociétés contemporaines. Mais, selon eux, cette ambition suppose de renouer avec les principes qui ont longtemps fondé sa légitimité : le pluralisme intellectuel, l'ouverture à la contradiction, la rigueur empirique et la recherche désintéressée de la vérité. À défaut, préviennent-ils, la discipline risque de perdre à la fois sa crédibilité scientifique et son influence sur le débat public.

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