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jeudi 4 décembre 2025

IA : Ne faites plus d’études - Olivier Babeau

Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites.

Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté.

Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».

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Mentionné dans la conversationLe Chaos qui vient. Élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique de Peter TURCHIN. Résumé de l'éditeur : Comment et pourquoi les systèmes politiques chutent-ils ? L'analyse à la fois historique et contemporaine du plus passionnant des chercheurs américains. Un livre essentiel pour comprendre l'instabilité du monde actuel. Les sociétés démocratiques sont aujourd'hui mises à mal, contestées et parfois réprouvées par des citoyens qui ont toujours eu le droit de vote. Elles sont jugées de plus en plus inégalitaires et génèrent toujours plus de frustrations, de colère, de ressentiment. Alors, à quel moment un système qui nous paraissait indestructible touche-t-il à sa fin ? Comment les turbulences politiques à même de conduire à une guerre civile s'expliquent-elles ? Pourquoi les dirigeants d'une société peuvent-ils subitement perdre pied ? Qu'est-ce qui, en un mot, mène à l'effondrement ? A ces questions de plus en plus saillantes et urgentes, Peter Turchin offre des analyses et des réponses proprement révolutionnaires : les données à partir desquelles il travaille retracent pas moins de 10 000 ans d'histoire et rassemblent plus de 700 sociétés, de l’Égypte ancienne à l'Amérique contemporaine, en passant par la Chine impériale et la France médiévale. Sa méthode combine le court terme de l'actualité à la profondeur de l'histoire humaine avec, quelles sont les époques, la rigueur d'un scientifique de la complexité. Les leçons qu'il invite à tirer sont claires. Lorsque l'équilibre du pouvoir entre peuple et élites penche trop sévèrement en faveur de ces dernières, la chute s'avère imminente. Les riches s'enrichissent aux dépens de pauvres qui s'appauvrissent, et à un sommet surpeuplé répondent des masses toujours plus fiévreuses. Ainsi va la mécanique de la surproduction d'élites, premier rouage de l'effondrement social. Ouvrage essentiel pour comprendre en profondeur les temps troublés que nous vivons, Le Chaos qui vient indique également la voie vers un avenir plus stable. Par l'autopsie des crises du passé, Turchin avance un possible remède à nos maux futurs. » Le meilleur essai de l'année. » The Times Turchin analyse avec lucidité l'instabilité des systèmes, même les plus solides. New York Times « Le grand récit collectif des échecs et des réussites de l'Humanité ». The Observer 

jeudi 14 août 2025

Universités : écoles de l'autocensure, de la duplicité et du conformisme ?

Forest Romm et Kevin Waldman sont des chercheurs en psychologie rattachés à l’Université Northwestern à Chicago.

Entre 2023 et 2025, ils ont interviewé confidentiellement 1452 étudiants de premier cycle à Northwestern et à l’Université du Michigan.

Données

Leur but: vérifier si les opinions exprimées à voix haute par ces jeunes reflètent ou non leurs vraies convictions.
  • 88% de ces jeunes disent avoir déjà exprimé des vues plus à gauche que leurs convictions réelles pour réussir à l’université ou pour être acceptés socialement.
  • 78% disent s’autocensurer quand il est question de l’identité de genre.
  • 77% désapprouvent l’idée que le ressenti devrait primer sur la réalité biologique dans les sports, les soins de santé ou l’identification sur les documents officiels, mais avouent qu’ils ne le diront pas publiquement.
  • 87% disent croire que le sexe est fondamentalement binaire.
  • Ils ne sont que 7% à dire que le sexe est un spectre large, et la plupart de ceux qui disaient cela étaient des activistes.
  • 72% s’autocensurent dès qu’il s’agit de parler politique.
  • 80% disent avoir remis des travaux reflétant ce qu’ils pensent que leur professeur veut lire, plutôt que d’exprimer le fond de leur pensée.
Vous trouverez l'article ici.

Si on connaît un peu le milieu universitaire québécois et canadien, on sait que ce phénomène d’autocensure et de conformisme qui clignote à gauche y est aussi massif.

Et détrompez-vous si vous pensez que ce virus ne contamine que les sciences humaines. À des degrés divers, tous les secteurs sont infectés.

Et certains prétendent que le wokisme est inexistant ou marginal!

Si la bêtise est infinie, la mauvaise foi l’est tout autant.

On aurait tort, disent Romm et Waldman, de critiquer ces jeunes. Ils ne sont pas cyniques: ils se protègent.

Ils épousent les vents dominants parce que leurs notes et leur insertion dans les réseaux formels et informels détermineront leur avenir professionnel.

Il ne doit pas être facile de vivre continuellement ce grand écart entre ce que vous dites et ce que vous pensez.

Le milieu les pousse à jouer double jeu en permanence, sauf pendant les moments où, entre vrais amis, autour de quelques bières, ou devant leur écran, ils peuvent réconcilier leur être et leur paraître.

Pourtant, l’université n’est-elle pas l’institution où l’on est censé apprendre à penser par soi-même avec rigueur, mais en toute liberté?

C’est d’autant plus préoccupant, notent Romm et Waldman, que cette duplicité est vécue à un moment critique du développement personnel, celui où le jeune adulte combine ses expériences vécues et les valeurs héritées pour construire les fondations de sa pensée éthique ultérieure, de sa cohérence civique et de sa résilience émotionnelle.

Crise
 
Bref, l’institution fabrique de petits soldats moralisateurs, mais qui sont aussi anxieux et fragiles sur le plan psychologique.

L’université a troqué la quête de la vérité fondée sur les faits pour le faux consensus politique et moral.

Source : Journal de Montréal
 
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jeudi 7 novembre 2024

De l’Empire romain à la Chine des Ming, les civilisations se sont-elles effondrées à cause du changement climatique ?


De l’Empire romain à la Chine des Ming, les civilisations se sont-elles effondrées à cause du changement climatique ?

Les historiens sont nombreux à se pencher sur la chute des civilisations, et à passer cette question éternelle à la lumière des interrogations les plus contemporaines, la question écologique en tête.

La civilisation que nous connaissons va-t-elle s’effondrer dans les années à venir ? Pour 65 % des Français et 52 % des Américains, la réponse est positive, à en croire une enquête menée par l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès en 2020. Une telle poussée de collapsologie ne pouvait passer sans réveiller la question préférée des historiens : de quoi meurent les sociétés humaines ? Depuis Edward Gibbon et son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, les hommes de lettres sont nombreux à s’être frottés à cette épineuse question et à avoir subodoré, comme Paul Valéry , que « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette tendance à gloser sur les ruines ne s’est pas estompée les années passant, et elle connaît un rebond ces derniers temps. Avec une nouveauté notable : l’arrivée du changement climatique dans l’équation de la destruction.

Après le livre remarqué de Kyle Harper expliquant la chute de Rome par des variables climatiques [note du carnet: le temps froid!], Comment l’Empire romain s’est effondré, traduit en 2019 à La Découverte, le même éditeur publie La Survie des civilisations, dans lequel Eric Cline s’interroge sur le devenir des sociétés antiques après l’effondrement du XIIe siècle av. J.-C. Le sinologue canadien Timothy Brook s’est prêté au même exercice… à l’époque de la Chine des Ming. Il fait paraître Le Prix de l’effondrement (Payot), livre qui suggère que l’affaiblissement de la dynastie chinoise entre le XVe et le XVIIe siècle s’expliquerait par les mauvaises conditions météorologiques du petit âge glaciaire.

Assez pour dessiner une tendance ? « Il y a incontestablement un effet de mode », reconnaît Stéphane Ratti, professeur émérite d’histoire de l’Antiquité tardive à l’université de Bourgogne-Franche-Comté, pour qui ces publications sont « nourries par le catastrophisme et le déclinisme ambiant ». Les auteurs de ces travaux assument d’ailleurs l’influence de l’air du temps sur leurs préoccupations universitaires. Timothy Brook, 73 ans, précise qu’il n’est pas historien du climat. S’il adopte une perspective environnementale seulement maintenant, c’est parce que « ce n’était pas très à la mode au moment où (il a) commencé (ses) études ». Kyle Harper, lui, fait volontiers des allusions au roman de John Steinbeck, Les Raisins de la colère, pour comparer les conditions climatiques de la Rome antique et la sécheresse qui frappa son Oklahoma natal. Depuis cet État américain, où il enseigne toujours, le professeur de lettres classiques a proposé une nouvelle lecture de la chute de Rome dans laquelle les microbes, les températures et les volcans disputent à Marc Aurèle et Attila la destinée de l’Empire d’Occident.

Optimum climatique


Sa thèse repose sur l’idée que l’Empire romain aurait prospéré « à un moment particulier de l’histoire du climat connu sous le nom d’Holocène » et aurait joui d’un « optimum climatique », « une phase de chaud, humide et invariable dans la plus grande partie du cœur méditerranéen de l’Empire », particulièrement propice au développement de l’agriculture. Cet optimum aurait duré de 200 av. J.-C. à l’an 150 de notre ère environ, avant de céder la place à une phase de transition puis au « petit âge de glace de l’Antiquité tardive » à partir de l’an 450. Rome est mise à sac par les barbares en 410, et le dernier empereur abdique en 476. Les dates collent à peu près. Harper avance aussi que, en s’étendant jusqu’aux confins du monde connu, l’Empire romain aurait « conspiré de manière involontaire avec la nature » et « créé une écologie des maladies qui a permis le déchaînement de la puissance latente de l’évolution des agents pathogènes ». La peste antonine au IIe siècle et la peste de Cyprien au IIIe en attestent.

Est-ce suffisant pour conclure à un affaiblissement irrémédiable de l’Empire romain d’Orient quand d’autres civilisations ont survécu à des pandémies semblables ? Il est permis d’en douter, selon Stéphane Ratti, qui signe une critique vigoureuse de la thèse de Harper dans le dernier numéro de Commentaire. Il reproche notamment à son collègue américain une chronologie trop floue : « L’auteur passe allègrement du IIe au VIIe siècle puis du VIe  au IVe sans sourciller. » Et sa lecture des sources serait approximative, voire fallacieuse, poursuit le professeur émérite, qui pointe de multiples déformations dans les traductions et l’utilisation comme sources « objectives » d’écrits pamphlétaires et polémiques de l’Antiquité.

Les explications environnementalistes de la fin des mondes ne plaisent pas à tout le monde. Certains, comme Stéphane Ratti, veulent y voir une conséquence des idéologies en vogue à l’université : « Aujourd’hui, on obtient plus facilement des financements, des postes et l’on fait plus rapidement carrière, si l’on choisit les thèmes porteurs idéologiquement et conformes à la doxa », confie-t-il au Figaro . Problème selon lui : « De ce type de recherche, on connaît d’avance la réponse, donnée dès la question, dans le sujet même ». Et le postulat de départ pourrait parfois pousser à écarter les faits qui ne corroborent pas ces thèses «suspectes ou exagérées, dramatisées à l’excès ».

Soucieux d’éviter l’écueil de l’explication monocausale, l’historien Eric Cline fait preuve de davantage de prudence quand il explique la disparition des civilisations de l’âge du bronze en 1177 av. J.-C. dans La Survie des civilisations : « Parmi les facteurs ou les causes possibles (…) figuraient le changement climatique, la sécheresse, la famine, les tremblements de terre, les envahisseurs et les maladies. Ma conclusion (est) qu’aucune de ces causes prises isolément n’aurait été suffisamment cataclysmique pour entraîner la disparition ne serait-ce que d’une des civilisations de l’époque dans la région ». L’archéologue se prête tout de même au jeu de lire ses recherches à la lumière des rapports du GIEC et à saupoudrer son travail d’analyses sur la « résilience » des civilisations hittite et mycénienne. Mais pour lui il est moins question de faire primer l’explication environnementale que de faire résonner les effondrements passés avec les difficultés d’aujourd’hui.

Car ces livres d’histoire écrits au présent se donnent aussi pour mission d’éclairer nos temps troubles. Et ils rencontrent leur public. Après la parution d’un premier ouvrage consacré au sujet, 1177 av. J.-C., le jour où la civilisation s’est effondrée (La Découverte), beaucoup de lecteurs et d’internautes ont interpellé Eric Cline ; ils lui ont écrit des courriels ou l’ont pris à partie sur 𝕏 (ex-Twitter) et Facebook. « Ils voulaient savoir ce qui s’était passé après l’effondrement », confie-t-il au Figaro. Aux questions actuelles, il tente de répondre avec ses instruments. Et l’historien érige volontiers en modèles les Phéniciens et les Chypriotes, seuls à avoir su se relever, et même tirer profit de la catastrophe du XIIe siècle avant notre ère ; les uns en diffusant l’alphabet et en s’emparant des routes maritimes laissées à l’abandon, les autres en développant la production d’objets en fer. D’autres s’en sont moins bien tirés : « Si nous ne faisons rien, nous risquons de disparaître, comme les Hittites et les Mycéniens », confie-t-il, avec l’enthousiasme du chercheur et l’inquiétude de l’homme du XXIe siècle.

Tempêtes et famines

La Chine des Ming recèle-t-elle autant d’éclairages pour notre époque ? C’est ce que veut croire Timothy Brook, historien canadien spécialiste de la Chine. Son livre Le Prix de l’effondrement explique « comment le changement climatique a entraîné l’effondrement d’un des plus puissants empires de l’histoire ». Carnets de comptes et récits de l’époque à l’appui, le sinologue décrit les oscillations climatiques qui ont frappé la Chine entre 1544 et 1638, voyant se succéder des tempêtes détruisant les champs, des inondations noyant les rizières puis des pics de sécheresse, dont le dernier a duré sept ans. Quand les Mandchous attaquent la Chine et font chuter la dynastie des Ming en 1644, ils ne se battent que contre un peuple affaibli, affamé, et un État au bord de la faillite. « L’ampleur de la détérioration climatique rendit la chute de la dynastie tout aussi irréversible qu’aurait pu l’imaginer un conte moral », conclut l’auteur. En somme, si les envahisseurs ne poussent pas au soleil, les derniers Ming n’auraient rien pu faire pour enrayer le déclin face aux récoltes désastreuses, à l’inflation du prix du riz et aux greniers vides.

Quand on déplace la focale des batailles et des intrigues de cour aux cycles de la planète, l’homme se retrouve ainsi chassé de l’histoire. Il ne serait plus qu’un pion soumis au bon vouloir des nuages ; et la politique, une gestion du provisoire jusqu’à la prochaine averse. Au XVe siècle, les renoncements des dirigeants chinois ne furent pourtant pas pour rien dans l’affaiblissement de leur empire, nous explique Timothy Brook : les greniers gouvernementaux, censés fournir une réserve de grains en cas de crise, sont progressivement délaissés, trop coûteux à entretenir. Ces calculs de court terme fragilisent durablement la Chine et la rendent incapable de faire face aux sécheresses inédites du XVIIe siècle. Celles-ci, dépassant par leur ampleur toutes les précédentes, n’auraient jamais pu être anticipées, observe le sinologue.

Constat d’une impuissance fatale de l’homme qui résonne étrangement à une époque où l’on parle précisément de dérèglement climatique généré par l’activité humaine. En se dirigeant vers ces ouvrages en quête de réponses pour demain, on ressortira avec la certitude de Pierre Chaunu : « Les historiens ne prévoient à coup sûr que le passé. »

Source : Le Figaro

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mardi 22 octobre 2024

« La bien-pensance étouffe l’entreprise »

Pleines de bonnes intentions, les nouvelles règles en vigueur dans le management peuvent engendrer un conformisme moral et intellectuel au sein des entreprises, affirme l’essayiste. Qui appelle à résister aux excès de cette «vertu dangereuse». Depuis son succès de librairie La Comédie (in) humaine, écrit avec l’économiste Nicolas Bouzou, Julia de Funès s’est affirmée comme l’analyste de référence des dérives de la gestion contemporaine. Elle débusque comme personne les dangers des manifestes vertueux qui promettent le bien-être au travail grâce à l’inclusion, la diversité, l’intelligence collective et autres concepts généreux. Docteur en philosophie et diplômée d’un DESS en ressources humaines, Julia de Funès est moins une polémiste qu’une lanceuse d’alerte: son nouveau livre, La Vertu dangereuse, est un appel précis et argumenté à la résistance contre le prêt à penser. Et pas seulement au sein de l’univers professionnel, tant le politiquement correct imprègne la société dans son ensemble.

LE FIGARO MAGAZINE. — Jamais on a autant parlé de bien-être au travail et, pourtant, beaucoup de salariés se plaignent d’être malheureux dans leur environnement professionnel. Que se passe-t-il?

Julia DE FUNÈS. — En effet, cela fait des années que l’on espère une osmose ouatée entre collaborateurs, que l’on rêve de nager dans une harmonie radieuse, que les organisations développent des parcours bien-être, des politiques toujours plus innovantes de qualité de vie au travail, et certaines entreprises vont loin puisqu’elles créent des postes de «chief happiness officer» (officier en chef du bonheur!) tout en installant, c’est la dernière trouvaille, un petit boîtier baptisé «chief LOL officer», censé évaluer l’ambiance du bureau grâce à une intelligence artificielle. On n’en finit donc pas de miser sur le bien-être, or, jamais il n’y a eu autant de mal-être, d’arrêts de travail, d’arrêts maladie, de surmenage, de démission silencieuse (consistant à ne travailler qu’au minimum NDLR), de démotivation dans les organisations. Comment expliquer ce paradoxe? Le bien-être ne peut pas faire l’objet d’une politique managériale pour des raisons philosophiques de fond. Premièrement, le bien-être est absolument subjectif et indéfinissable. Si je demande à vos lecteurs quel serait leur bonheur ou leur mieux-être demain, j’aurais autant de réponses que de lecteurs! Quelqu’un de malade aura envie de recouvrer la santé. Quelqu’un de seul aura envie de retrouver les siens, etc. Autrement dit, le bien-être est une affaire entre soi et soi-même.

—  Comment faire d’une notion si subjective un objet managérial? 

— Toutes les tentatives qui cherchent à uniformiser et homogénéiser le bien-être s’avèrent au mieux vaines, au pire tyranniques. Regardons l’histoire, les pires crimes ont souvent été commis au nom du bien de l’humanité. Deuxièmement, le bien-être reste un état plus ou moins éphémère. Nous l’avons tous vécu dans nos vies, nous pouvons être heureux deux jours et malheureux les trois jours d’après. Alors, comment faire d’un état si incertain, si fluctuant un objet managérial? Enfin, le bien-être excède évidemment la sphère professionnelle. Si nos enfants sont très malades, nous serons malheureux dans notre travail, quand bien même tout sera mis en place pour notre bonheur. Rien que pour ces trois raisons de fond (c’est subjectif, contingent et au-delà de la sphère professionnelle), le bien-être ne peut faire l’objet d’une politique managériale. Travailler aux conditions d’un travail plus épanouissant et plus confortable pour chacun est une chose. Mais chercher à rendre les collaborateurs heureux en est vraiment une autre. C’est une vertu dangereuse.

lundi 25 avril 2022

Projet de loi 15 du Québec — les parents de plus en plus évincés par l'État comme protecteur de l'intérêt de l'enfant

Le projet de loi 15 a été présentée par le ministre de la Santé du Québec, Lionel Carmant, en décembre 2021. Il a été adopté à l’unanimité jeudi dernier à l’Assemblée nationale de la province canadienne : 115 votes en faveur et aucun contre. 

[Sur l’unanimisme fréquent de la députation québécoise, voir Du programme ECR à l’affaire Michaud : la servilité de nos élites, Québec, pays du consensus mou et des pressions centralisatrices : Euthanasie — le Québec et son culte du consensus froissé, Déclaration de revenus unique : vote unanime à l’Assemblée nationale et Comment Québec a privé les parents et les élèves d’un choix de cours de morale ou de religion à l’unanimité, encore une fois...].

Selon la chaîne canadienne CTV news, la nouvelle loi vise à « donner la priorité aux intérêts des enfants sur toutes les autres considérations, y compris les intérêts des parents », et apporte un certain nombre de changements à la réglementation québécoise en matière de protection de la jeunesse en vue de faciliter le placement des enfants dans des foyers d’accueil dans les cas présumés de négligence ou d’abus.

La Loi sur la protection de la jeunesse du Québec (1977) reconnaissait jusqu’à présent que l’État devait « tendre à maintenir » un enfant à risque « dans son milieu familial ». Il s’agissait du principe de la primauté parentale, c’est-à-dire que les parents sont les premiers responsables de leurs enfants.

S’il était impossible ou contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant de rester dans son foyer familial, les autorités de protection de l’enfance cherchaient à placer l’enfant auprès de membres de sa propre famille élargie. Ce n’est qu’après l’échec de cette solution que les enfants étaient placés dans des foyers d’accueil.

Les principaux médias canadiens ont décrit la nouvelle loi comme une « reconnaissance du fait que le maintien à tout prix d’un enfant négligé ou maltraité dans sa famille biologique » ne devrait plus être « une priorité absolue » et que « veiller à ce que l’enfant bénéficie d’un environnement stable aussi rapidement que possible » devrait être « la priorité du gouvernement ».

Les juges et les travailleurs sociaux pourraient donc ignorer le principe de la primauté parentale lorsqu’ils prendront leurs décisions sur le sort d’un enfant.

Un autre changement apporté par la nouvelle loi est l’assouplissement des règles de confidentialité concernant les renseignements personnels des enfants ; ceux-ci pourront désormais être plus facilement transmis et partagés entre les autorités et les intervenants.

Bien que la loi n’ait rencontré pratiquement aucune opposition à l’Assemblée nationale, certains parents au Québec ont agité des signaux d’alarme depuis son introduction en tant que projet de loi.

Certains affirment que de supplanter la primauté parentale pourrait créer un dangereux précédent et donner à l’État trop de pouvoir sur les enfants.

« À première vue, la modification de la Loi sur la protection de la jeunesse semble juste pour l’enfant », a écrit au mois de décembre la blogueuse Mel Goyer dans un billet sur le projet de loi.

« Cela semble être une bonne idée de mettre les intérêts de l’enfant au premier plan », poursuit-elle.

Les intérêts de l’enfant déterminé par l’État progressiste, ses juges et ses agents « Mais en réalité, tant les parents que l’enfant sont mis de côté lorsque le tribunal prend la décision de les retirer de leur famille. Le système déraille depuis des années, et le gouvernement en profite pour réformer certains principes fondamentaux. »

Mme Goyer a fait valoir que cette mesure pourrait être un premier pas vers un contrôle accru du gouvernement et l’érosion des droits de la famille.

Elle a rappelé que le Premier ministre du Québec, François Legault, avait qualifié le projet de loi de « moment historique » et déclaré que « faire passer les intérêts de l’enfant avant ceux de sa famille biologique » était au cœur de la réforme.

« Non, François Legault n’est pas sur le point de “vous enlever vos enfants” [c’est à voir…], mais l’idée qu’il puisse abolir le principe de la suprématie parentale est inquiétante », écrit Mme Goyer, ajoutant que si rien n’est fait, la destruction du groupe familial s’accélérera.

Elle donne l’exemple d’une récente affaire judiciaire dans laquelle le juge a décidé que deux jeunes filles âgées de 14 et 19 ans recevraient un vaccin COVID contre la volonté de leur mère ; le juge avait accusé la mère d’adhérer aux « théories du complot anti-vax ».

Mme Goyer conclut son article en encourageant les parents concernés à rejoindre Alain Rioux, fondateur de l’association les papas en action, dans son opposition au projet de loi.

« Sous couvert de “protection de l’enfance”, le Québec a adopté le projet de loi 15, [et] cela vient de supprimer la primauté parentale. Ce qui signifie que le gouvernement peut maintenant décider de ce qui est le mieux pour votre enfant », a posté un autre utilisateur de Twitter.

Source : QCV    

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lundi 8 février 2021

Comment les militants décoloniaux prennent le pouvoir dans les universités

Au lieu de lutter contre l’influence grandissante du décolonialisme dans l’enseignement supérieur et la recherche, le gouvernement vient de faire adopter une loi qui la favorise, s’alarment les deux universitaires. Samuel Mayol est maître de conférences en sciences de gestion. Xavier-Laurent Salvador, agrégé de lettres modernes, est maître de conférences en langue et littérature médiévales. L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires dispose d’un site internet : decolonialisme.fr.

Par Samuel Mayol et Xavier-Laurent Salvador

Le modèle de formation des « élites » ne passe plus, tant s’en faut, par les universités. Les meilleurs étudiants qui fréquentent les classes préparatoires dans des établissements du secondaire ne rencontrent plus les chercheurs de nos laboratoires. Ces établissements sont affranchis des équivalences que pilotait naguère la seule université. Un élève redoublant sa khâgne obtient aujourd’hui sa licence par décision du conseil de classe. Des écoles centrales, des écoles d’ingénieurs, des écoles nationales supérieures et des instituts peuvent désormais délivrer un doctorat en parallèle des universités. Des organismes para-universitaires « partenaires », les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPE) contrôlent la formation des enseignants. L’université est donc dorénavant dépouillée de sa prérogative : la certification du diplôme, qu’elle partage avec des institutions concurrentes.

Des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés.

Affaiblie, l’université a vu de surcroît son mode de gouvernance changer. Le « management par délégation de responsabilité », une méthode organisationnelle qui fait peser sur les subordonnés les conséquences des orientations de la hiérarchie en laissant l’illusion de partager ses choix, y est désormais implanté « top-down », des institutions de l’Union européenne au laboratoire universitaire. Ses ravages dans le milieu hospitalier dont tout le monde constate aujourd’hui l’ampleur sont identiques dans l’enseignement supérieur.

« Imposer un modèle multiculturel »

Or la recherche est un enjeu national qui pourrait être planifié par les pouvoirs publics. Ce n’est pourtant pas le cas : les orientations stratégiques sont promues par des incitations financières à répondre à des projets dont les cadres sont préconçus par les institutions de l’Union européenne. Et celles-ci, comme l’a récemment montré notre collègue Bernard Rougier dans Le Point, utilisent ce moyen « pour imposer un modèle multiculturel ». Les financements s’obtiennent au final en s’inscrivant dans ces cadres qui, en sciences humaines, font la part belle à l’inclusivisme et aux théories décoloniales.

On a assisté, parallèlement, à un démantèlement des filières de validation scientifique classiques au profit de logiques d’évaluation et de « reporting » menées par des comités anonymes. C’était ouvrir la porte à toutes les demandes sociales ou politiques qui deviennent le critère principal des gestionnaires des établissements d’enseignement supérieur cherchant à flatter les responsables publics. On obtient alors à l’université une synthèse du pire de ce que peuvent produire la planification bureaucratique et le management capitaliste.

Dans ce contexte, nous avons alerté dans une tribune collective sur la montée du mouvement décolonial dans les établissements d’enseignement supérieur. À la faveur du délitement de nos missions, des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés : élections de présidents et des conseils universitaires, commission de recrutements pour la cooptation des jeunes maîtres de conférences et recrutements de vacataires ou d’allocataires de bourses de thèses. Ces derniers sont contraints de suivre un mouvement qui leur promet la sortie de la précarité à laquelle ils se croient condamnés.

La précarité des postes est une réalité qui pèse lourdement sur les orientations scientifiques puisqu’elle transforme des fonctions indépendantes en missions ponctuelles. Au plan national, dans le supérieur, le taux de contractualisation des emplois administratifs est de 38,8 % du total des postes (filière BIATSS). Ces agents ont une mission capitale : ils sont responsables des aspects financiers du fonctionnement des composantes des universités. C’est le nerf de la guerre. Et une part non négligeable de ces recrutements temporaires est liée aux orientations du cadre européen imposant aux laboratoires universitaires leur mode de fonctionnement et leurs finalités.

Précarisation de l’université

Le domaine de l’enseignement n’est pas épargné. La carrière du chercheur libre au service de l’État-stratège est devenue un Graal inaccessible : songeons que l’âge moyen d’entrée dans la carrière est aujourd’hui de 33 ans ; l’âge de soutenance de thèse est de 29 ans. Conséquence ? La précarisation des emplois va grandissant et la stabilité des équipes de recherche est remise en cause.

À cette situation financière peu favorable au développement d’une recherche de long terme s’ajoute une mécanique électorale clientéliste : à l’université, que l’on soit précaire ou titulaire, on vote tout le temps. Et on ne vote pas pour un représentant, comme c’est d’ordinaire la règle, mais pour un chef de service susceptible d’accorder emplois, primes et augmentations. Pour ceux qui ne rentrent pas dans cette logique, des phénomènes de censure, d’intimidation, de discrimination politique ont été instaurés, créant ainsi des clivages inédits qui forcent des jeunes doctorants à un alignement idéologique sur des courants politiques légitimés par le nombre d’obligés et de vacataires recrutés, autant dire leur armée.

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs.

C’est dans ce contexte qu’intervient la promotion de la loi de programmation de la recherche (LPR) élaborée par le gouvernement et adoptée par le Parlement fin décembre au terme de la procédure accélérée (ce qui n’est pas anodin). La loi consiste entre autres à supprimer l’étape de « qualifications nationales » pour les professeurs. Aujourd’hui, les recrutements des chercheurs sont conditionnés par l’examen devant le Conseil national des universités (CNU). Bien qu’étant très loin d’être parfait, ce mécanisme assurait le développement national et homogène de l’institution. Ce ne sera désormais plus le cas. L’étape de la vérification de la qualité des travaux des candidats par le Conseil national des universités est supprimée et les recrutements directs des professeurs par les universités sont autorisés.

Les militants du décolonialisme et de l’intersectionnalité seront dorénavant libres de poursuivre leur entreprise d’accaparement de l’université au gré de politiques universitaires locales. Pour répondre à de pseudo-besoins territoriaux — en réalité politiques — ou favoriser l’implantation de filières présumées « innovantes », les présidences clientélistes de certaines universités pourront, sans rendre aucun compte, favoriser cette orientation.

Transmissions des savoirs

Une telle évolution fait peser en outre une menace non négligeable sur le recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire de demain. Car n’oublions pas qu’un étudiant de 2021 sera un professeur certifié en 2025. Si son cursus de formation n’est plus harmonisé ou n’est plus composé que d’études décoloniales, qu’enseignera-t-il demain en classe à des collégiens et des lycéens ?

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs. Dans ce cadre, nous dénonçons la loi de programmation de la recherche (LPR) qui donne des marges de manœuvre inédites aux ennemis de l’universalisme.

Source : Le Figaro

mardi 11 février 2020

Allemagne — pourquoi les journalistes sont beaucoup plus à gauche que le pays

Les journalistes aiment à penser qu’ils sont de courageux rebelles qui bravent les idées dominantes.

Malheureusement, les chiffres suggèrent que leur esprit de contradiction n'est pas très développé. La plupart des gens des médias évoluent dans un milieu où presque tous pensent comme eux. Ils seraient donc plutôt conformistes, des Mutins de Panurge comme disait Philippe Muray.

Une journée typique au Deutschlandfunk, la radio d’information publique allemande, se déroule comme ceci : à l’occasion de la Semaine de la Mode de Berlin, une blogueuse de mode explique pourquoi elle est contre la mode — parce que la mode favorise le changement climatique.

Un jeune linguiste rend compte des dernières initiatives visant à améliorer l’égalité entre les sexes en utilisant un langage dégenré. On apprend au cours de l’émission que la station régionale de Cologne ne parle plus d’instituteurs (Lehrer, genré au masculin), mais plutôt d’« enseignants » (Lehrende, épicène).

Suit une contribution sur les « éléments racistes » dans l’œuvre du célèbre peintre expressionniste Otto Müller (1874-1930). Le tableau « Deux Tsiganes avec un chat » (ci-contre) montrerait les femmes comme des « séductrices exotiques » et colporterait ainsi de vils clichés sur les Sinti et les Roms, c’est pourquoi le musée a décidé de ne présenter le tableau qu’accompagné d’un documentaire.

De la « radio rouge » à la « radio verte »

Vous croyez que j’exagère ? Alors vous n’avez pas écouté le Deutschlandfunk depuis longtemps. Parce que plusieurs auditeurs ont remarqué que de grandes parties des émissions donnent l’impression que Annalena Baerbock (coprésidente des Verts, parti de gauche) et Robert Habeck (autre coprésident des Verts) sont à la régie. C’est la conclusion à laquelle est arrivé récemment un correspondant de la « Neue Zürcher Zeitung », journal suisse, après avoir écouté le diffuseur public. Sa conclusion : si dans le passé les conservateurs qualifiaient le radiodiffuseur public de « radio rouge », aujourd’hui il faudrait parler plutôt de « radio verte ».

À cet égard, j’ai été surpris de trouver un long texte sur le site de la chaîne qui nous explique pourquoi il serait faux de croire que le cœur du journaliste allemand battait à gauche. En fait, ce serait un préjugé de croire que la majorité dans les médias aurait un biais rouge-vert.

Les journalistes de gauche n’aiment pas s’entendre dire qu’ils sont de gauche, j’en ai fait l’expérience de nombreuses fois. Je pense que c’est lié à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Les journalistes aiment à penser qu’ils sont de courageux rebelles qui luttent contre les idées dominantes. Quand on leur dit qu’ils travaillent dans un milieu où la plupart des gens pensent comme eux, cela diminue un peu leur héroïsme. Qui aime être considéré comme un suiveur ?



Si les journalistes pouvaient élire le chancelier

Malheureusement, les chiffres suggèrent que l’esprit de contradiction n’y est pas très développé. Il n’y a guère d’études sur les préférences politiques des journalistes. L’une des plus grandes enquêtes remonte à 2005 et provient de l’Institut de journalisme de Hambourg. La sensibilité politique des journalistes avait alors été établie comme suit : Verts 35,5 pour cent, le SPD (socialistes) 26 pour cent, la CDU (centre droit) 8,7 pour cent, le FDP (libéraux) 6,3 pour cent, autres 4 pour cent, aucun parti 19,6 pour cent.

Des études récentes arrivent à une conclusion similaire. Parfois, le nombre de ceux qui se déclarent « sans étiquette » est plus élevé. Parfois, les chiffres en faveur des sociaux-démocrates sont meilleurs, parfois ils sont pires. Mais la tendance générale demeure inchangée : si les journalistes allemands pouvaient élire le chancelier fédéral, il ne serait pas issu du camp conservateur.

Même dans les rédactions que l’on pourrait penser conservatrices, il y a une nette majorité pour les rouges verts. Au « Welt », le vaisseau amiral conservateur du groupe Springer, c’est un fait connu depuis que l’équipe éditoriale a mené une élection entre collègues de bureau à l’occasion d’une élection fédérale il y a quelques années.

Le résultat a été affiché au tableau d’affichage du gratte-ciel Springer à Berlin pendant deux semaines jusqu’à ce que le conseil d’administration le fasse enlever parce qu’on ne voulait pas faire comprendre à chaque visiteur que le rêve secret d’un rédacteur du « Welt » était de travailler à la « Süddeustche Zeitung » (journal rival de tendance libérale de gauche).

Diplômés en allemand, en histoire ou en politique

Les commentateurs issus des médias de gauche aiment à souligner que les rédacteurs en chef sont souvent beaucoup plus conservateurs que les membres de leurs équipes. C’est peut-être exact, mais cela a moins d’impact dans le travail éditorial quotidien qu’on ne pourrait le croire (ou que le rédacteur en chef ne se l’imagine). Il existe de nombreuses manières de contourner les instructions qui viennent d’en haut — je parle d’expérience. Les sujets proposés sont ignorés ou le rédacteur en chef apprend malheureusement qu’aucune preuve ne vient étayer sa thèse.

Pourquoi tant de journalistes sont-ils à gauche ? L’une des raisons est ce que la sociologie appelle un biais de sélection. Le journaliste typique a étudié l’allemand, l’histoire ou la politique.

Rares sont ceux diplômés en droit ou en génie, c’est-à-dire des disciplines peu marquées par la pensée de gauche. Pourquoi les diplômés en sciences humaines ont-ils tendance à être tellement à gauche ? Les personnes concernées diraient probablement que la justice est particulièrement importante pour elles. Ma réponse serait qu’il s’agit d’une sorte de compensation.



« Bill Gates a 50 milliards, et toi ? »

Mon ami Roger Koppel, aujourd’hui rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Weltwoche », l’a déjà décrit de cette façon. Imaginez que vous êtes allé à l’école avec Bill Gates. Maintenant, vous êtes assis devant la télévision pendant que passe un documentaire sur votre ancien camarade de classe. Votre femme se tourne vers vous, vous ressentez déjà le reproche tacite : « Bill Gates a 50 milliards, tout ce que tu as réussi c’est d’être rédacteur dans un journal de taille moyenne, qu’est-ce qui a cloché ? » Vous n’avez qu’une chance de vous en sortir. Vous répondez « C’est vrai, Bill Gates est beaucoup plus riche que moi. Mais je ne me suis pas laissé corrompre. Je ne suis pas devenu un porc capitaliste. »

[...]

Source


lundi 23 septembre 2019

Allemagne — les élèves qui ne manifestent pas pour le climat « ont un problème ».



Philippe Deblonne dans la Berliner Zeitung souligne l’énorme pression mise sur des écoliers allemands pour qu’ils participent aux manifestations pour le climat.

C’est ainsi que le fils d’un ami âgé de onze ans a récemment demandé à sa maîtresse s’il devait participer à « la grève pour le climat ». Il aurait préféré ne pas manquer sa leçon de piano.

Ici commence la partie troublante de l’histoire. Parce que, bien que les enfants soient officiellement libres de ne pas participer, la pression sur les dissidents est énorme. L’institutrice a donc amené le jeune écolier de onze ans devant sa classe.

Et devant tout le monde, la maîtresse lui a dit : « Si tu ne te soucies pas de ton avenir, alors tu n’as bien sûr pas besoin de participer ». Puis elle ajouta de manière explicite : « Pour ma part, je me soucie de mon avenir ».

C’est devenu comme en Allemagne communiste de sinistre mémoire, commente Philippe Deblonne. Par ce chantage émotionnel, on fait comprendre à ceux qui ne manifestent pas comme le veut le régime, les risques qu’ils courent en tant que dissidents.

jeudi 11 avril 2019

Les « changements climatiques », une des causes de la guerre en Syrie... Vraiment ?

On se rappellera les manchettes de la presse et des médias plus généralement qui associaient les « changements climatiques » à la guerre en Syrie. Dans le détail, les articles évoquaient une sécheresse en Syrie comme une cause de la guerre en Syrie. Qu’en est-il ?

D’abord un florilège de ces manchettes :










Deux études publiées dans des revues scientifiques réputées remettent en question ce récit médiatique.

Une nouvelle étude de l’Université de Melbourne, de l’Institut Georg Eckert à Brunswick et de l’Université libre de Berlin a soulevé plusieurs problèmes avec les études qui affirment qu’il existerait un lien entre les changements environnementaux causés par le « réchauffement climatique » et des guerres dans les régions affectées.

Le document, qui vient de paraître dans Nature Climate Change, montre qu’une grande partie des recherches actuelles sur le sujet (telles que celles citées par l’article du Guardian ci-dessus) souffrent d’une multitude de défauts et de biais.

Les chercheurs ont examiné plus de 100 articles publiés de 1990 à 2017, affirmant un lien entre le réchauffement de la planète et la guerre, et ont découvert d’importants biais, de parti pris. C’est ainsi qu’une grande partie de la recherche était axée sur les conflits faisant les manchettes, négligeant les conflits qui ne font pas la une de la presse.

Ils ont également noté que la plupart des conflits se déroulaient dans des zones où les gens parlaient anglais, ce qui simplifiait la tâche des chercheurs (la solution de facilité), tout en ignorant de nombreuses autres régions qu’ils auraient dû étudier. Ils ont également constaté que de nombreuses études portaient sur des zones déjà en conflit, telles que la Syrie et le Soudan.

En outre, les zones étudiées n’étaient souvent même pas celles que les « experts » avaient jugées les plus susceptibles d’être affectées par le réchauffement climatique.

Une étude antérieure de la revue érudite Political Geography montre qu’il n’y a aucune preuve solide que le changement climatique mondial a été un facteur responsable de la guerre civile syrienne.

Les affirmations selon lesquelles une sécheresse majeure causée par le changement climatique anthropogénique était un facteur clé du déclenchement de la guerre civile syrienne ont considérablement gagné du terrain depuis 2015 et font partie du récit médiatique propagé par les médias. L’ancien vice-président américain Al Gore l’a répété en août 2017 en marge de commentaires sur le Brexit. Cette étude, dirigée par le professeur Jan Selby de l’Université du Sussex, jette un regard nouveau sur les preuves existantes à l’appui de ces affirmations, elle y ajoute de nouvelles recherches sur les données pluviométriques syriennes et les expériences des réfugiés syriens, témoins de cette sécheresse.

Le professeur Jan Selby, directeur du Centre Sussex pour la recherche sur les conflits et la sécurité à l’Université du Sussex, a déclaré : « Notre article conclut qu’il n’y a aucune preuve solide que le changement climatique mondial a été un facteur déclencheur de la guerre civile syrienne. En effet, il est extraordinaire que cette affirmation soit devenue si largement acceptée alors que les preuves scientifiques qui la justifient sont si ténues. »

« Les changements climatiques globaux constituent un défi très réel et auront sans aucun doute d’importantes conséquences en termes de conflit et de sécurité, mais rien ne prouve que ce soit ce qui se passait dans ce cas-ci. Il est essentiel que les experts, les commentateurs et les décideurs politiques résistent à la tentation de faire dans l’hyperbole au sujet des conséquences du changement climatique sur les conflits. Des déclarations exagérées qui ne sont pas fondées sur des données scientifiques rigoureuses ne font que nourrir le scepticisme climatique. »

Le professeur Selby a travaillé sur cette étude avec Christiane Fröhlich du Centre pour la recherche sur le système terrestre et la durabilité (CEN) de l’Université de Hambourg, Omar Dahi du Hampshire College et Mike Hulme du King’s College de Londres. Leur article est publié dans une section spéciale de la revue Political Geography, le principal média au monde pour l’étude des liens entre le climat et les conflits. L’article est accompagné de trois réponses de hautes personnalités universitaires américaines et d’une réplique de Selby et de ses collègues. Tous sont disponibles en accès libre pour une période limitée.

Dans son article, Selby et ses collègues concluent que :
  • Bien que le nord-est de la Syrie ait connu une sécheresse exceptionnellement grave avant la guerre civile, cette sécheresse n’a pas nécessairement été causée par les influences humaines sur le climat mondial ;
  • Bien que la sécheresse de 2006/07 à 2008/09 ait contribué à la migration en provenance du nord-est de la Syrie, cette migration (probablement 40 à 60 000 familles) n’a aucunement eu l’ampleur qu’on lui a attribuée (le « 1,5 million de personnes » souvent cités), et était probablement davantage causée par la libéralisation économique que par la sécheresse ;
  • Il n’y a aucune preuve significative que la migration liée à la sécheresse a été un facteur contributif au début de la guerre civile.
Les points bleus ont reçu plus de pluie que la moyenne de 2006 à 2009, les autres moins. Les zones les plus touchées sont celles du désert de Syrie, peu peuplées. Les villes de Racca et Deir-es-Zor sont sur les rives de l’Euphrate, Hassaké sur un affluent de l’Euphrate.

Mike Hulme du King’s College de Londres a mené une analyse originale des données pluviométriques syriennes. Elles montrent les limites géographiques et temporelles précises de la sécheresse qui a duré trois ans. Il a déclaré : « La sécheresse dans le nord-est de la Syrie était sans aucun doute très grave, mais ne fait pas nécessairement partie d’une tendance à la dessiccation et ne peut être attribuée sans ambiguïté aux émissions de gaz à effet de serre. » Michael Hulme est professeur de Climat et de culture au département de géographie du King’s College de Londres. Il a été professeur de Changement climatique à l’École des sciences environnementales de l’Université d’Est-Anglie.

Christiane Fröhlich du Centre pour la recherche sur le système terrestre et la durabilité (CEN) de l’Université de Hambourg a interrogé des réfugiés syriens en Jordanie qui ont vécu la sécheresse qui a précédé la guerre civile. Elle a déclaré : « Nous devons intégrer l’expérience scientifique vécue par les personnes touchées par les changements environnementaux globaux à l’étude scientifique du réchauffement climatique afin de mieux comprendre l’impact de ses effets sur les différentes parties de la société ».

Omar Dahi, du Hampshire College, a déclaré : « De nombreux aspects de la Syrie avant et après mars 2011 sont largement acceptés comme des faits, malgré le peu de preuves. La thèse du changement climatique est un de ces faits. On la répète sans cesse sans la remettre correctement en question. »

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Climat — contrairement aux prévisions, aucune accélération à la hausse du niveau de la mer

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre 2018, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

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lundi 24 décembre 2018

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Selon une dépêche de l’AFP, les espèces de la Grande barrière de corail qui ont survécu au blanchissement dû à l’augmentation de la température de l’eau sont plus résistantes face aux nouveaux épisodes de réchauffement l’année suivante, ont indiqué mardi des scientifiques voyant « le bon côté des choses » pour cet écosystème en danger. La Grande barrière de corail, ensemble de récifs de 2300 km situé au nord-est de l’Australie et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, avait été frappée par deux vagues consécutives de blanchissement, en 2016 et 2017.

Sous la pression de facteurs environnementaux inhabituels, comme le réchauffement de l’eau, les coraux stressés expulsent les petites algues avec lesquelles ils ont une relation symbiotique, qui leur donnent couleur et énergie.

Le blanchissement est un phénomène de dépérissement qui est réversible, puisque les coraux touchés peuvent ensuite retrouver leur couleur si la température de l’eau baisse et que les algues expulsées s’y implantent de nouveau.

En 2016 et 2017, des bandes entières de corail ont été endommagées ou sont mortes durant une vague d’événements climatiques sans précédent, en particulier parmi les ramifications en forme de plateaux qui sont les plus sensibles à la chaleur.

Mais une récente étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature Climate Change a montré que la réponse du récif avait varié entre les deux années.

« Nous étions stupéfaits de trouver moins de blanchissement en 2017, alors que les températures étaient encore plus hautes que l’année précédente », a expliqué le professeur Terry Hughes de l’Université James Cook (Australie), qui a dirigé l’étude.

La partie nord de la barrière, qui avait le plus souffert en 2016, a « beaucoup moins » blanchi en 2017, bien que certains récifs aient été soumis à des niveaux de stress thermique similaires les deux étés.

Dans les zones centrales du récif, les scientifiques ont observé les mêmes niveaux de blanchissement en 2016 et 2017, alors même que la zone a été plus exposée à la chaleur en 2017.

En outre, les coraux de la zone sud — la moins touchée de la Grande barrière —, qui avaient souffert d’un blanchissement minime la première année, n’ont fait état d’aucun blanchissement la seconde.

« Cela nous a surpris, parce que si les coraux de la zone sud s’étaient comportés de la même façon la deuxième année que la première, 20 à 30 % d’entre eux auraient dû blanchir et ça n’a pas été le cas », a expliqué Terry Hughes à l’AFP.

« Il semblerait donc que la trace des expériences subies la première année a renforcé les coraux de façon à les acclimater à de plus fortes chaleurs la deuxième année... C’est en quelque sorte le bon côté des choses. »

Selon le professeur Hughes, il est encore trop tôt pour dire si le plus grand récif corallien du monde sera frappé début 2019 par une nouvelle vague de blanchissement, après le printemps caniculaire qui a touché le Queensland, un État australien qui borde la Grande Barrière.

Des études plus anciennes ont montré que les récifs coralliens risquent l’extinction à l’échelle mondiale si la température à la surface de la Terre augmente de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle.

Les récifs coralliens constituent moins de 1 % de l’environnement marin sur la Terre, mais sont reconnus comme l’habitat naturel d’environ 25 % de la vie marine, jouant le rôle de berceau pour de nombreuses espèces de poissons.

Le cas de Peter Ridd également de l’université James Cook

Article du 29 mai 2017 du Télégraph de Londres :
la Grande barrière de Corail ne peut plus être sauvée
Quand l’océanographe biologiste Peter Ridd a soupçonné que quelque chose clochait avec des photographies utilisées pour souligner le déclin rapide de la Grande Barrière de Corail, il a fait ce que tout bon scientifique devrait faire : il a envoyé une équipe sur place vérifier les faits.


Après avoir tenté d’alerter le public sur ce que son équipe avait trouvé — des coraux en bonne santé —, le professeur Ridd a été censuré par l’Université James Cook, elle l’a menacé de limogeage s’il parlait encore de ce sujet, puis l’a finalement licencié pour « manquement à la discipline collégiale ». (Il a intenté un procès contre son université lequel devrait commencé en février 2019)

Ainsi donc, après une enquête de l'université, le professeur Ridd — un ardent défenseur du renommé du Laboratoire de géophysique marine de la JCU en faveur d'une assurance de la qualité des recherches sur le corail — a été reconnu coupable « de ne pas avoir agi de manière collégiale et dans l’esprit universitaire de l’institution ».

Son crime était d’avoir mis en doute les dires de deux des plus grandes institutions reliées aux récifs australiens, le Centre d’excellence pour les études coralliennes et l’Autorité du parc marin de la grande barrière de corail et de leur avoir signalé les photographies qu’ils avaient publiées et qui prétendaient illustrer la mort à long terme du récif pouvaient être trompeuses et erronées... Les photographies ont été prises près de Stone Island, près de Bowen. Une photographie prise à la fin du 19e siècle montrait des coraux sains. Une photo en vis-à-vis censée représenter le même récif en 1994 le montrait nu et dépourvu de corail. Le professeur Ridd a expliqué qu’on ne pouvait qu’estimer, à un ou deux kilomètres près, l’endroit où la photo originale avait été prise, mais qu’il n’était pas inhabituel de trouver un récif de corail en excellente santé à endroit, alors qu’il n’y avait aucun corail à un kilomètre de là. C’était ce que ses chercheurs avaient ramené de leurs observations. Il n’était pas non plus possible de dire ce qui avait tué le corail dans la photo de 1994.

Pourtant, dès 2016, une étude des récifs au nord du Queensland a révélé une augmentation de la quantité de coraux en dépit du récent blanchissement survenu dans la grande barrière de corail. Des scientifiques de l’Institut australien des sciences de la mer (AIMS) ont examiné 12 récifs au large de la côte de Townsville, entre le nord de Hinchinbrook et le cap Bowling Green. L’AIMS a découvert que 11 récifs avaient continué de se rétablir depuis leur destruction par le cyclone Yasi en 2011. Les scientifiques ont également découvert que la couverture corallienne de sept récifs était à son plus haut niveau depuis leur étude, il y a 30 ans...

Plus d'un milliard de subventions par an à l’œuvre. Radio-Canada en 2016 dans son rôle écocatastrophiste habituel.

Il n’est pas étonnant que Peter Ridd se demande si l’on n’assiste pas simplement de la part de l’université James Cook et de Terry Hugues à un lent rétropédalage... Nous proposons la traduction d’un billet qu’il a publié sur cette nouvelle étude :

Les nouvelles alarmistes au sujet de la Grande Barrière de corail ont commencé dans les années 1960, lorsque les scientifiques ont commencé à travailler sur le récif. Depuis, ils ne cessent de crier au loup.

Des scientifiques de l’Université James Cook viennent de publier un article sur le blanchiment et la mort des coraux sur la Grande Barrière de Corail (GBC). Ils ont été surpris de constater que le taux de mortalité était inférieur à leurs attentes en raison de la capacité d’adaptation des coraux aux changements de température. On dirait plutôt qu’ils ont exagéré leurs revendications initiales et qu’ils rétropédalent tranquillement. En paraphrasant Oscar Wilde, exagérer une fois est de la malchance, le faire deux fois ressemble à de la négligence, mais le faire à plusieurs reprises ressemble à un manque de fiabilité systémique impardonnable de la part de certaines de nos principales organisations scientifiques.

Il est bien connu que les coraux peuvent s’adapter très rapidement aux températures élevées et que si vous les chauffez une année, ils ont tendance à être moins susceptibles de surchauffer les années suivantes. C’est la raison pour laquelle les coraux sont l’une des espèces les moins susceptibles d’être touchées par le changement climatique, que vous croyiez ou non que le climat change en raison de fluctuations naturelles ou d’influences humaines.

Les coraux ont une façon unique de gérer les changements de température en modifiant les plantes microscopiques qui y vivent. Ces plantes microscopiques appelées zooxanthelles transforment par photosynthèse le rayonnement du soleil en énergie et la fournissent au corail en échange d’une maison confortable à l’intérieur du corail. Mais quand l’eau devient chaude, ces petites plantes deviennent effectivement des poisons pour le corail et le corail rejette ces plantes, le corail blanchit alors. Mais la plupart du temps, le corail se remettra du blanchissement. Grâce à une astuce : ils prennent de nouvelles zooxanthelles, qui flottent dans l’eau tout à fait naturellement, et peuvent sélectionner différentes espèces de zooxanthelles pour qu’elles soient mieux adaptées au temps chaud. La plupart des autres organismes doivent modifier leur constitution génétique pour faire face aux changements de température, ce qui peut prendre plusieurs générations. Mais les coraux peuvent le faire en quelques semaines en changeant simplement les plantes qu’ils hébergent. Les coraux ont appris une chose ou deux en quelques centaines de millions d’années d’évolution.

Le problème ici est que les scientifiques ont complètement induit en erreur le monde sur les effets du blanchiment et ont rarement mentionné la reprise spectaculaire qui se produit. Par exemple, l’événement de blanchiment de 2016 aurait tué 95 %, 50 % ou 30 % du récif, selon les titres de presse ou le scientifique alarmiste sur lequel vous tombez. Mais les scientifiques ne se sont penchés que sur les coraux d’eaux très peu profondes - moins de 2 mètres sous la surface, ce qui ne représente qu’une petite fraction de tous les coraux, mais de loin les plus susceptibles à réchauffer sous le soleil tropical. Une étude récente a révélé que le corail d’eau profonde (jusqu’à plus de 40 m) subissait beaucoup moins de blanchissement qu’escompté. J’estime que moins de 8 % des coraux de la GBC sont morts. Cela peut encore sembler beaucoup, mais étant donné qu’il y a eu une augmentation de 250 % des coraux entre 2011 et 2016 pour l’ensemble de la zone sud de la GBC, une diminution de 8 % n’est pas inquiétante. Le corail se rétablit rapidement.

Mais ce n’est là que la pointe de l’iceberg alarmiste. Certains scientifiques très éminents affirment qu’aucun blanchiment n’a jamais eu lieu avant les années 1980 et qu’il s’agit d’un phénomène entièrement artificiel. C’est une proposition tout simplement ridicule. Une étude récente sur des coraux vieux de 400 ans a révélé que le blanchissement avait toujours eu lieu et qu’il n’était pas plus courant maintenant que par le passé. Les scientifiques ont également affirmé qu’il y avait eu une réduction de 15 % du taux de croissance des coraux. Cependant, certains de mes collègues et moi-même avons démontré que leur travail était entaché d’erreurs graves et qu’il y avait eu une légère augmentation du taux de croissance des coraux au cours des 100 dernières années. C’est ce à quoi on pourrait s’attendre dans un climat qui se réchauffe doucement. Les coraux croissent deux fois plus vite dans les eaux plus chaudes de la Papouasie–Nouvelle-Guinée et du nord de la GBC que dans le sud de la GBC. Je pourrais aligner nombre d’autres exemples de ce type.

Ce manque de fiabilité de la science est désormais un scandale largement accepté dans de nombreux autres domaines d’étude et porte désormais un nom. « La crise de la réplication ». Lorsqu’on effectue des contrôles pour reproduire ou confirmer les résultats scientifiques, on constate régulièrement que près de la moitié présente des défauts. C’est une situation incroyable et scandaleuse et je ne suis pas le seul à le dire, des rédacteurs d’éminents journaux et de nombreuses institutions scientifiques s’en scandalisent aussi. On déploie actuellement de considérables efforts pour résoudre ce problème, en particulier dans les sciences biomédicales où, pour la première fois, on a reconnu publiquement l’existence de ce problème.

Mais pas pour la recherche qui porte sur la GBC. Les institutions scientifiques nient l’existence d’un problème et ne corrigent pas leurs recherches erronées. Lorsque Piers Larcombe et moi avons écrit un article dans une revue scientifique suggérant qu’il fallait mieux vérifier la recherche entourant la GBC, de nombreux scientifiques très éminents ont répondu qu’il n’en était rien et que cela n’était pas nécessaire. Tout était pour le mieux. Je ne suis pas sûr s’il s’agit là d’un optimisme béat et aveugle ou d’une négligence volontaire, mais pourquoi quelqu’un s’opposerait-il à ce qu’on vérifie plus les résultats ? Cela ne coûterait que quelques millions de dollars, une infime fraction de ce que les gouvernements dépenseront pour le récif.

Mais la vérité finira par percer. Les histoires alarmistes concernant la Grande barrière de corail (GBC) ont commencé dans les années 1960, lorsque les scientifiques ont débuté leurs travaux sur le récif. Depuis, ils ne cessent de crier au loup. Mais les données continuent à arriver et, oui, parfois, beaucoup de coraux meurent de manière spectaculaire au son de la fanfare funèbre des médias. C’est comme un feu de brousse sur le continent, c’est terrible au premier abord, mais la brousse se régénère rapidement, sans fanfare, prête pour l’incendie suivant que les scientifiques expliqueront à nouveau dans des termes apocalyptiques.

Dr Peter Ridd
Jusqu’à son licenciement cette année, le Dr Ridd était physicien au laboratoire de géophysique marine de l’Université James Cook.


Voir aussi

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.