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lundi 27 juillet 2026

Afrique du Sud : les réfugiés francophones pris au piège de la vague xénophobe

À l'approche des élections municipales, la montée des violences xénophobes en Afrique du Sud frappe durement les étrangers, y compris ceux qui bénéficient du statut de réfugié. Si plus de 160 000 migrants en situation irrégulière ont déjà quitté le pays, de nombreux réfugiés originaires de pays francophones, notamment de la République démocratique du Congo et du Burundi, n'ont tout simplement nulle part où aller.

À Durban, des centaines de Congolais, de Burundais et d'autres réfugiés campent depuis plusieurs semaines sur les trottoirs devant le Centre des réfugiés. Beaucoup avaient pourtant reconstruit une vie stable avant d'être chassés de leur logement ou de leur commerce par des groupes hostiles aux immigrés. Les autorités provinciales refusent de leur fournir un hébergement et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) reconnaît ne pas disposer de solution immédiate.



Les témoignages recueillis illustrent l'impasse dans laquelle se trouvent ces exilés. Raymond, réfugié congolais originaire du Masisi, a fui les atrocités commises dans l'est de la RDC après avoir vu sa sœur assassinée. De retour en Afrique du Sud, où il croyait avoir trouvé un refuge, il vit désormais dans la rue et ne peut envisager de rentrer dans une région toujours en guerre. Christian Tshizungu, également originaire du Kivu, a perdu son salon de coiffure lorsque son propre employé l'a contraint à fuir. Après avoir tenté de regagner son quartier, il a été violemment agressé et hospitalisé.

Une Congolaise en Afrique du Sud a été priée de céder son salon à un Sud-Africain. Elle a détruit son salon à la place. Selon certains, elle aurait été illégalement en Afrique du Sud.Vidéo d'Al Jazeera.

Les organisations humanitaires dénoncent l'inaction des pouvoirs publics. Selon Yasmine Rajah, qui accompagne les réfugiés depuis plus de vingt ans, la situation est sans précédent : lors des précédentes flambées de violences xénophobes, les autorités avaient ouvert des centres d'accueil temporaires ; cette fois, elles refusent toute mesure de protection. Les défenseurs des droits de l'homme rappellent que l'Afrique du Sud est pourtant liée par la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, tandis que les mouvements anti-immigration promettent de poursuivre leur campagne.


Source : Le Figaro (résumé)

Voir aussi
 
 
 
Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche (extraits de la loi sur l'Éducation de base et sur l'expropriation sans compensation).
 
 

lundi 13 juillet 2026

Xénophobie — Scènes chaotiques et tendues devant les grilles d’une école primaire sud-africaine

Des dizaines de milliers d'étrangers fuient l'Afrique du Sud, terrifiés et traumatisés, suite à la vague de violences xénophobes et aux manifestations anti migrants.

En Afrique du Sud, la situation reste tendue autour de la question migratoire. Un comité interministériel chargé des migrations a annoncé dimanche que plus de 53 000 personnes ont été expulsées et rapatriées ces cinq dernières semaines.

Un Nigerian, chef d'entreprise, possède tous ses papiers en Afrique du Sud, à qui il a été demandé de partir, qui parle. Il explique et eux répondent qu'ils n'en ont cure (en termes plus crus). « Je suis un immigrant légal. J'ai passé plus de 13 ans à bâtir une entreprise en Afrique du Sud, créant des emplois et formant plus de 20 Sud-Africains. Je paye mes cotisations et possède tous les documents nécessaires. Si le gouvernement me demande de partir, je le ferai. Mais je ne me laisserai pas chasser par des menaces ou la pression d'une foule ».

Les attaques contre des migrants africains se multiplient en Afrique du Sud depuis le début de l’année. Près de 50 000 migrants illégaux ont quitté l’Afrique du Sud ces dernières semaines tandis que des mouvements anti-immigration gagnent en visibilité.

AFRIQUE DU SUD 🇿🇦: quelles sont les connexions politiques derrière le mouvement anti-immigration ? Des milliers de Sud-Africains ont marché dans plusieurs grandes villes du pays, mardi 30 juin 2026, pour protester contre l’immigration illégale. Alors que le pays connaît une résurgence de violence xénophobe, ciblant les migrants africains, qu’ils soient dans le pays légalement ou non, l'organisation « March and March », née en mars dernier, s'est imposée comme le porte-voix de la colère des Sud-Africains en matière de migration. Si l'organisation se dit citoyenne, ces marches ont aussi une dimension politique à l'approche des élections municipales ( RFI)





Billet du 28 avril

La vidéo ci-dessous montre des scènes chaotiques et tendues devant les grilles d’une école primaire sud-africaine. On y voit des membres de groupes anti-immigration, dont Operation Dudula, bloquer l’accès aux enfants et parents étrangers (principalement d’autres pays africains), dans une ambiance de confrontation et de cris. 

L’incident s’est déroulé à Durban (KwaZulu-Natal), précisément devant l’Addington Primary School, dans le quartier de Point / South Beach. Les faits remontent principalement au 21 janvier 2026 (avec des protestations ayant commencé dès la rentrée scolaire autour du 14 janvier). 

Des parents sud-africains, soutenus par Operation Dudula, le mouvement March and March et des sympathisants du parti uMkhonto weSizwe (MK Party) fondé par l'ancien président Zuma, accusaient l’école de prioriser les enfants de ressortissants étrangers au détriment des élèves locaux.La police sud-africaine était présente en nombre important. 

Elle est intervenue pour disperser la foule à l’aide de canons à eau et de grenades assourdissantes, afin de protéger les élèves et de maintenir l’ordre. Des enquêtes pour incitation à la violence publique ont été ouvertes contre certains organisateurs des manifestations.

Dans cette autre vidéo, un homme noir crie « Retournez dans votre fichu pays, bande d'inutiles. Vous n'êtes pas capables de vous battre contre votre propre gouvernement, alors vous venez en Afrique du Sud. Bande de salauds. » Avant cela, une femme noire en vert crie « Voertsek parapara» (Foutez le camp parasites, voertsek = ouste, dégage !, c'est le terme afrikaans pour chasser un animal importun, alors que parapara signifie parasite en tsotsitaal.)

Qu’est-ce qu’Operation Dudula ?

Operation Dudula est un mouvement citoyen vigilante sud-africain, né vers 2021-2022, qui milite pour « mettre les Sud-Africains d’abord ». Il cible particulièrement l’immigration illégale, la concurrence sur les emplois, les logements et les services publics (écoles et hôpitaux). 

Le groupe organise régulièrement des patrouilles et des protestations contre les migrants, souvent accusé de xénophobie, surtout envers les autres Africains noirs.Le nom « Dudula » vient de l’isiZulu (langue zouloue, majoritaire au KwaZulu-Natal). Il signifie « forcer dehors », « repousser », « expulser » ou « renverser ». Il reflète directement l’objectif affiché du mouvement : expulser les immigrants non documentés pour réserver les ressources aux citoyens sud-africains.

Cet événement s’inscrit dans un contexte plus large de fortes tensions socio-économiques en Afrique du Sud : chômage élevé, pression sur les infrastructures publiques et débats récurrents sur l’immigration. La Constitution sud-africaine garantit cependant le droit à l’éducation pour tous les enfants présents sur le territoire, indépendamment du statut migratoire de leurs parents.

mardi 31 mars 2026

Il y a 170 ans — avril 1856, prophétie suicidaire de la nation Xhosa


Au sud du fleuve Orange et du fleuve Fish (Vis en afrikaans), les colons franco-hollandais ont bien constitué le premier peuplement sédentaire, tandis que l’antériorité des Noirs au nord de la rivière Kei n’est contestée par personne.

De 1770 à la fin du XIXe siècle, on recense au total en Afrique australe neuf « guerres des frontières » ou « guerres cafres » (d’un mot issu de l’arabe [« mécréant »] qui désignait en Afrique les Noirs). 

Elles opposent les colons Boers, de rudes paysans calvinistes d’origine franco-hollandaise, aux éleveurs Xhosas, des Bantous à peau noire venus du nord, qui se sont installés à l’ouest du fleuve Fish. Ces guerres s’intensifient lorsque les Britanniques, arrivés au Cap en 1815, repoussent les Boers plus loin vers le nord. C'est le mouvement des Voortrekkers, symbolisé dans la carte ci-contre en grosses flèches grisées.

Les Xhosas tentent de résister y compris en adoptant les armes de l’ennemi : un journal en xhosa, Ikwesi (« L’Étoile du Matin ») est publié en 1841 et une traduction de l’Évangile établie dès 1854.

Démoralisés par leurs défaites successives face aux Boers et aux Anglais, notamment celle de 1853, et par les pertes de territoire qui en découlèrent, les Xhosas virent également leur mode social bouleversé par l’impossibilité pour les lignages de partir à la conquête de pâturages nouveaux puisque le front pionnier blanc bloquait le leur. Pour ce peuple qui, génération après génération avançait vers le sud en s’établissant sur des terres nouvelles, le traumatisme fut profond. Il fut amplifié par la terrible sécheresse de l’été 1855-56 (déjà le climat…), et par une épidémie de pleuropneumonie bovine qui éclata en 1854, tuant au moins 100 000 têtes de bétail.

Dans ce sentiment de fin du monde, les prophéties se succédèrent. L’une annonçait la défaite des Anglais en Crimée devant des Russes présentés comme la réincarnation des guerriers Xhosas morts au combat lors des précédentes guerres et qui étaient en marche vers le Xhosaland pour le libérer. Une autre annonçait que le chef qui avait conduit la guerre de 1850-1853 était ressuscité.

C’est dans ce contexte qu’en avril 1856, une jeune fille nommée Nongqawuse et appartenant à la chefferie Mnzabele établie dans la région de la basse rivière Great Kei, eut une vision : la puissance xhosa serait restaurée par les dieux, les troupeaux seraient multipliés et les morts ressusciteraient si tout le bétail, toutes les récoltes et toutes les réserves alimentaires étaient détruites.

Durant les 15 mois de la prophétie (avril 1856-juin 1857), les Xhosas tuèrent leur bétail, soit 400 000 têtes, et ils détruisirent leurs récoltes.

La prophétesse Nongqawuse
 
Le 16 (ou le 18 selon les sources) février 1857, le jour fixé par Nongqawuse, le pays demeura silencieux et, quand la nuit tomba, les Xhosas comprirent qu’ils allaient désormais subir une terrible famine. Les morts se comptèrent par dizaines de milliers et les survivants vinrent implorer des secours à l’intérieur du territoire de la colonie du Cap. Au lendemain de la famine, la population de la Cafrerie britannique, peuplée de Xhosas, est passée de 105 000 à moins de 27 000.

Ceux qui avaient tué leur bétail et détruit leurs récoltes accusèrent ceux qui ne l’avaient pas fait d’avoir empêché la réalisation de la prophétie. En effet, quelques chefs xhosas moins naïfs que les autres, l’on dirait aujourd’hui qu’ils étaient des « prophéto-sceptiques », avaient refusé de suivre les hallucinations de Nongqawuse et ils avaient été contraints de s’exiler au nord vers le Basutoland (Lesotho) pour échapper à la furie des croyants.

Le résultat de cette prophétie fut que les Britanniques n’eurent plus besoin de faire la guerre aux Xhosas puisque ces derniers s’étaient suicidés. Ils installèrent alors 6000 colons dans l’arrière-pays du port d’East London (aujourd’hui part de Buffalo City, rappel à l’importance du buffle dans la culture xhosa) et ils englobèrent la Cafrerie britannique dans leur colonie du Cap en 1866.


 Plus de détails en anglais


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jeudi 27 novembre 2025

Trump n'invitera pas l'Afrique du Sud au prochain G20 (dont elle est membre) à Miami, pour persécution des fermiers blancs

« L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social ce mercredi.

Donald Trump a annoncé mercredi que l’Afrique du Sud ne serait pas invitée au sommet du G20 prévu l’an prochain à Miami, franchissant un nouveau palier dans son offensive diplomatique contre le pays. Une décision que Pretoria conteste vigoureusement.

« L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit », a réaffirmé le président américain sur Truth Social, reprenant ses accusations d’une prétendue persécution meurtrière des fermiers sud-africains blancs.

Donald Trump avait boudé le sommet du G20 qui vient de se tenir à Johannesburg, un rassemblement qui s’est déroulé sans aucune participation officielle américaine. Dans un premier temps, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait refusé de transmettre formellement la présidence du G20 au prochain pays hôte — les États-Unis — comme le veut la tradition.

 

Bandeau de la chaîne d'info sud-africaine eNCA : « Ramaphosa se mobilise contre la crise de nerfs de Trump »

 « L’Afrique du Sud est un pays souverain »

Pretoria a réagi en rappelant qu’elle est membre du G20 et que sa participation ne peut être remise en cause que par l’ensemble des membres. « L’Afrique du Sud est un pays souverain, constitutionnel et démocratique et n’apprécie pas les insultes venant d’un autre pays concernant son statut de membre et sa capacité à prendre part à des tribunes mondiales », a déclaré la présidence sud-africaine, qui affirme avoir l’intention de participer à toutes les réunions du G20.

L’Afrique du Sud a finalement transmis mardi la présidence du G20 aux États-Unis, lors d’une cérémonie discrète organisée au ministère des Affaires étrangères, rapporte l’AFP. « Il est regrettable qu’en dépit des efforts du président Ramaphosa et son gouvernement, et de leurs nombreuses tentatives de faire repartir les relations avec les États-Unis, le président Trump continue d’appliquer des mesures punitives contre l’Afrique du Sud, basées sur de la désinformation et des déformations », a déploré la présidence sud-africaine.

Le prochain sommet du G20 doit se tenir en décembre 2026

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump prend régulièrement pour cible le gouvernement sud-africain, notamment en évoquant un prétendu « génocide » des Afrikaners, descendants des premiers colons européens.

En mai, à la Maison-Blanche, il avait tendu une véritable embuscade à Cyril Ramaphosa en lui montrant une vidéo truffée d’erreurs, censée étayer ses accusations et que l’Afrique du Sud rejette catégoriquement.

Le sommet du G20, qui rassemble les 20 premières économies mondiales, doit se tenir en décembre 2026 dans un complexe de golf appartenant à la famille du président américain, le « Trump National Doral Miami », en Floride, dans le sud des États-Unis.

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Afrique du Sud — Les coûts exorbitants des politiques dites d'émancipation économique des Noirs

 

Échange tendu entre le président sud-africain et donal Trump devant la presse internationale 

dimanche 17 août 2025

Afrique du Sud — Les coûts exorbitants des politiques dites d'émancipation économique des Noirs

Après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud s'est lancée dans l'une des tentatives les plus ambitieuses au monde pour corriger les inégalités raciales. Au cœur de cette initiative se trouve le Black Economic Empowerment (BEE), un ensemble de politiques qui, dans les faits, obligent les entreprises à vendre des actifs à prix réduit à des investisseurs noirs, à embaucher davantage de cadres noirs et à acheter davantage auprès de fournisseurs noirs. Bien que fortement soutenu par l'African National Congress (ANC), le parti au pouvoir depuis 1994, le BEE est aujourd'hui remis en question comme jamais auparavant.

L'administration Trump invoque le BEE pour justifier l'imposition de droits de douane de 30 % sur le pays. En Afrique du Sud, on s'inquiète de plus en plus du fait que ces politiques, si elles étaient peut-être nécessaires au départ, ne sont plus utiles aujourd'hui. Le BEE a principalement profité à une petite élite noire tout en freinant la croissance économique et en sapant la stabilité sociale qu'il était censé soutenir.

Le BEE a été conçu par les plus grands conglomérats sud-africains, dont six représentaient au début des années 1990 86 % de la valeur de la Bourse de Johannesburg (JSE). Pour convaincre l'ANC, jusqu'alors engagé dans la nationalisation de l'économie, des mérites du capitalisme, ils avaient besoin de capitalistes noirs. Ils ont donc vendu des actions ou des parts à prix réduit à des personnalités de l'ANC telles que Cyril Ramaphosa, aujourd'hui président de l'Afrique du Sud. La réponse de l'ANC aux critiques selon lesquelles cette politique était une manœuvre de l'élite a été la loi de 2003 sur l'émancipation économique élargie des Noirs (Broad Based Black Economic Empowerment Act). Cette loi a transformé l'expiation ponctuelle des entreprises en un vaste système réglementaire.

Aujourd'hui, le BEE est une forme de discrimination affirmée qui ressemble à un jeu. Les entreprises reçoivent des points en fonction de critères tels que la part de l'entreprise détenue par des actionnaires noirs, le nombre de cadres supérieurs noirs, les investissements dans les compétences des employés noirs, les contributions caritatives et les achats auprès d'entreprises détenues par des Noirs. Les entreprises ayant un faible score ont du mal à obtenir des contrats et des permis publics ou à attirer des partenaires commerciaux. « Votre note BEE déterminera votre réussite commerciale dans 90 % des cas », affirme Deirdre Mitchell, de Honeycomb, une agence de notation BEE.

Pour ses partisans, le BEE est une source d'harmonie. « Si nous avions maintenu le statu quo pré-démocratique, l'Afrique du Sud aurait fini par imploser », estime Tshediso Matona, qui dirige l'organisme de réglementation du BEE. Il affirme que cette politique a également contribué à l'essor de la classe moyenne noire.

Pourtant, l'Afrique du Sud, qui affiche l'un des taux d'homicides les plus élevés au monde et connaît des troubles périodiques, est loin d'être tranquille. Les inégalités sont plus importantes aujourd'hui qu'en 1994, en partie à cause de l'augmentation des inégalités entre les Sud-Africains noirs. Une étude suggère que le revenu réel brut des 10 % des Noirs les plus riches a triplé entre 1993 et 2019, tandis que celui des 50 % les plus pauvres a diminué. Cela reflète le taux de chômage élevé causé par la lenteur de la croissance économique. Moins de 40 % des Sud-Africains noirs en âge de travailler ont un emploi formel.

Selon les estimations « très, très prudentes » de William Gumede, un universitaire qui a travaillé dans les années 2000 sur une étude du BEE, plus de 1 000 milliards de rands (56 milliards de dollars) d'actifs auraient été transférés à moins de 100 personnes depuis le lancement du BEE.

Les principaux bénéficiaires ont été une élite principalement liée au monde politique et les facilitateurs (principalement blancs) qui ont pris des commissions importantes. Un banquier affirme qu'un « transfert sur papier » de 25 % du capital d'une entreprise finit généralement par valoir 100 % du capital. Les principaux bénéficiaires ont été une élite principalement liée au monde politique [noir] et les facilitateurs (principalement blancs) qui ont pris des commissions importantes. Un banquier affirme qu'un « transfert sur papier » de 25 % du capital d'une entreprise finit généralement par valoir 8 %, une fois les frais de transaction et les prêts pour l'achat des actifs remboursés. M. Gumede qualifie le BEE de « l'une des stratégies de redistribution les plus coûteuses, inefficaces et sources de gaspillage jamais conçues dans une société postcoloniale ».

Le BEE a-t-il favorisé l'émergence d'une classe moyenne noire ? Le nombre d'entreprises détenues par des Noirs a doublé entre 2002 et 2019, mais cela se serait peut-être produit de toute façon. La croissance de l'emploi des Noirs dans le secteur public a été plus importante. Aujourd'hui, 75 % des cadres supérieurs de la fonction publique sont noirs (ce qui correspond à peu près aux 82 % de la population noire), contre 15 % dans le secteur privé (voir graphique). Ce dernier chiffre pourrait être la preuve d'un racisme persistant ou des effets résiduels de l'éducation dispensée à l'époque de l'apartheid sur les compétences des Sud-Africains noirs.

En juin, le Free Market Foundation, un groupe de réflexion, a estimé que le coût annuel de la mise en conformité avec le BEE pour les entreprises était de 145 à 290 milliards de rands, soit 2 à 4 % du PIB. Bien qu'il y ait des raisons de contester la méthodologie, le BEE entraîne certainement des coûts supplémentaires et crée des incitations perverses.

Les entreprises maximisent leurs points en achetant auprès d'entreprises détenues par des Sud-Africains noirs, avec des points supplémentaires si elles sont détenues par des femmes. Cela signifie souvent « trois personnes dans la chaîne d'approvisionnement au lieu de deux », explique Mme Mitchell. Selon l'Institute of Race Relations, un autre groupe de réflexion, l'État peut dépenser 25 % de plus que le coût réel si un bien ou un service provient d'un fournisseur noir. Ces « primes BEE » viennent s'ajouter à une dette publique déjà galopante. Les règles en matière de marchés publics fournissent un prétexte pour attribuer des contrats à des amis.

Le BEE est en proie à la « dépensite », qui consiste à attribuer des points pour les dépenses engagées et non pour les résultats obtenus. Les entreprises peuvent obtenir des points en payant des cours qui ne sont jamais suivis jusqu'au bout. Cela a donné naissance à une mini-industrie de personnes qui s'inscrivent à de multiples programmes de formation professionnelle appelés « apprentissages » sans jamais les terminer. Seules les entreprises comptant au moins 50 employés sont tenues de respecter les quotas raciaux. Les entreprises renoncent donc à leur croissance ou se scindent en unités plus petites.

Certaines entreprises tentent de contourner le BEE en recourant à des hommes de paille. Dans sa forme la plus grossière, cela consiste pour une entreprise à berner un Sud-Africain noir, par exemple son chauffeur, pour qu'il devienne son « partenaire BEE » sur le papier, tout en ne lui accordant que peu d'avantages. M. Matona affirme que sa commission a reçu plus de 1 300 plaintes concernant des hommes de paille depuis 2017.

Les entreprises étrangères peuvent obtenir des dérogations aux règles de propriété du BEE grâce à des programmes d'« équivalence en capital ». Microsoft, par exemple, a financé des jeunes pousses locales. Starlink, l'entreprise d'Internet par satellite d'Elon Musk, pourrait conclure un accord similaire. Mais cela représente tout de même des coûts supplémentaires pour les entreprises qui pourraient investir ailleurs, ce qui accentue le manque de dynamisme de l'Afrique du Sud. Le taux d'entrée et de sortie des entreprises de l'économie est trois fois moins élevé que dans les autres pays à revenu intermédiaire.

Moeletsi Mbeki, commentateur, affirme que le BEE a créé un « cercle parasitaire » de Sud-Africains noirs qui (à quelques exceptions près) se contentent de prendre leur part dans les entreprises existantes plutôt que de créer les leurs. Combiné aux salaires élevés du secteur public (la masse salariale de l'État représente 15 % du PIB, contre 10 % en moyenne dans les pays de l'OCDE), cela conduit à un faible niveau d'entrepreneuriat chez les Noirs, affirme-t-il.

Tshepo Mahloele, l'un des hommes les plus riches d'Afrique du Sud, soutient la transformation, mais s'inquiète de la façon dont le BEE peut ajouter une nuance au succès des Noirs. Âgé de 57 ans, il a participé à des transactions BEE, mais a également investi avec succès en dehors de l'Afrique du Sud. Il affirme que, aux yeux de certains, « lorsque j'entre dans une pièce... je ne suis pas d'abord un homme d'affaires, je suis un homme d'affaires noir ».

Un récent sondage Ipsos a révélé que 44 % des Sud-Africains souhaitent que le BEE se poursuive. Environ 36 % pensent qu'il devrait prendre fin et 20 % sont indécis. Ceux qui affirment qu'il ralentit la croissance sont deux fois plus nombreux que ceux qui pensent qu'il la favorise. Une majorité estime qu'il est « dépassé et source de divisions ». Un sondage réalisé par la Social Research Foundation révèle qu'environ 80 % des personnes interrogées estiment que les gouvernements devraient embaucher les meilleurs candidats et acheter les produits les moins chers, sans distinction de race.

L'ANC reste attaché au programme BEE, malgré les pressions exercées par l'administration Trump et par son principal partenaire de coalition, l'Alliance démocratique libérale. En effet, sa solution aux problèmes liés à cette politique semble être un contrôle accru de l'État. Il souhaite mettre en place un « fonds de transformation » géré par l'État et financé par les entreprises. Les modifications adoptées cette année ont imposé des quotas plus stricts.

M. Ramaphosa affirme que le BEE n'est « pas seulement un choix politique, mais un impératif constitutionnel ». Il estime qu'il est « faux de penser que nous devons choisir entre la croissance et la transformation ». La vérité est que, plus de 30 ans après l'apartheid, son pays manque cruellement des deux. 

Source : The Economist

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lundi 11 août 2025

Afrique du Sud — 48 milliards d'euros détournés par 100 personnes liées à l'ANC depuis 1994

Selon une évaluation réalisée par le professeur William Gumede de la Wits School of Governance, plus de 1 000 milliards de rands (48 milliards d'euros, 77 milliards de dollars canadiens) ont été transférés, depuis 1994, à moins de cent individus politiquement liés, via le programme Black Economic Empowerment (BEE, c'est-à-dire la Promotion économique des Noirs). 

Le prof Gumede dénonce une concentration de la « redynamisation économique » entre les mains d’une élite noire étroitement associée à l’ANC et aux syndicats, qui bénéficie de réinvestissements successifs. Selon lui, de véritables entrepreneurs noirs, sans connexions politiques, en sont exclus. Cet argent aurait pu être mieux utilisé pour financer des infrastructures, des logements ou des écoles, ce qui aurait eu un impact bien plus large dans la société. L’Institut de Race Relations (IRR) exige quant à lui que le Parlement assume ses responsabilités face à ces dérives et à leurs conséquences sur l’emploi et les investissements.

La mise en œuvre du BEE semble avoir dévié de son objectif initial d’émancipation économique pour devenir un système de captation de rente par une petite élite noire. Ces bénéficiaires sont souvent des personnalités déjà influentes, recyclées dans les cercles du pouvoir.

Ce détournement représente une perte considérable pour les budgets publics et pour le développement de longue durée — des sommes massives qui auraient pu être réaffectées à des programmes ayant un effet structurant, comme l’amélioration du système éducatif ou des services publics.

Le professeur Gumede a alerté que le modèle actuel favorise la corruption, notamment via la création de sociétés-écrans destinées uniquement à décrocher des contrats publics. L’IRR, elle, appelle le Parlement à répondre de cette politique qui, selon elle, va à l’encontre de la création d’emplois et de la responsabilisation économique.

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L'Afrique du Sud s'apprête à assouplir la discrimination anti-blanche pour attirer Starlink d'Elon Musk

 
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Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

Le père d'Elon Musk, Errol Musk, a été attaqué sur sa ferme alors qu'il s'y trouvait avec sa fille de six ans. Il a repoussé l'attaque et tué trois des assaillants noirs (ci-dessus au début de la vidéo, en anglais).

 

lundi 26 mai 2025

L'Afrique du Sud s'apprête à assouplir la discrimination anti-blanche pour attirer Starlink d'Elon Musk

Le gouvernement sud-africain de l'ANC a fait un pas important vers la modification de ses lois discriminatoires BEE strictes dans le secteur des télécommunications.

Le projet de loi intervient quelques jours après la rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue américain. (Voir ici : Échange tendu entre le président sud-africain et donal Trump devant la presse internationale)

Le gouvernement sud-africain a fait un pas important vers la modification de ses lois strictes sur le Black Economic Empowerment (BEE) dans le secteur des télécommunications, introduisant un changement de politique qui pourrait ouvrir la voie au service Internet par satellite d'Elon Musk, Starlink, pour lancer des opérations dans le pays.

Cette décision fait suite à des discussions tendues entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le président américain Donald Trump visant à réparer les relations diplomatiques et économiques qui s'effritent.

Blancs défavorisés

Actuellement, les opérateurs de télécommunications en Afrique du Sud sont tenus de céder 30 % de leurs parts à des groupes dit historiquement défavorisés - une réglementation conçue pour remédier à l'héritage de l'apartheid (quand l'Afrique du Sud puissance économique de l'Afrique) et favoriser des groupes d'investisseurs noirs.

M. Musk, qui est né en Afrique du Sud, a vivement critiqué ces politiques discriminatoires, qu'il a qualifiée d'« ouvertement raciste » et qu'il accuse d'être à l'origine du retard de l'absence de Starlink en Afrique du Sud alors que ses voisins y ont accès (voir la carte ci-dessus, le bleu clair représente les zones couvertes par Starlink).


Vendredi, le ministre des communications et des technologies numériques, Solly Malatsi, a dévoilé un projet de directive qui propose d'autoriser un programme d'équivalence en actions au lieu de transferts directs de propriété.

Selon ce modèle, les entreprises pourraient remplir leurs obligations en matière de prise de contrôle par des noirs en investissant dans des fournisseurs locaux, en créant des emplois ou en finançant des petites entreprises détenues par des Noirs.


« La politique vise à fournir la certitude politique nécessaire pour attirer les investissements dans le secteur des TIC », a déclaré le ministère dans un communiqué, ajoutant que le changement bénéficierait aux diffuseurs, aux fournisseurs d'accès à Internet et aux opérateurs de réseaux.

Le projet de règlement est maintenant ouvert à la consultation publique pendant 30 jours avant d'être finalisé.

Précédent d'équivalence d'actions

L'Afrique du Sud a déjà autorisé des modèles d'équivalence d'actions pour des géants mondiaux de la technologie tels que Microsoft, Hewlett Packard et Samsung Electronics.

Une exception similaire a été accordée à l'industrie automobile en 2019, afin d'encourager les investissements tout en respectant les objectifs de discrimination pro-noire.

Le changement de politique est largement considéré comme faisant partie d'un effort plus large de l'administration Ramaphosa pour stimuler les investissements étrangers et stabiliser les relations commerciales avec les États-Unis, qui se sont fortement détériorées sous Trump.

Le président américain a réduit l'aide, expulsé l'ambassadeur sud-africain et menacé de nouveaux tarifs douaniers.

Les deux gouvernements ont publié une déclaration commune après leur réunion à Washington, s'engageant à renforcer les échanges commerciaux, à augmenter les investissements bilatéraux et à coopérer en matière d'échanges technologiques.

Bien que la question de Starlink ait été abordée, les responsables ont précisé que le changement de politique proposé devait bénéficier à l'ensemble du secteur des télécommunications.

Dans le même ordre d'idées, le Lesotho a accordé une licence d'exploitation à Starlink quelques heures après avoir nié que cette décision était liée à des concessions commerciales américaines.

S'il est mis en œuvre, le projet de politique pourrait donner lieu à une nouvelle vague d'investissements dans les infrastructures technologiques en Afrique du Sud, en particulier dans les zones rurales, où l'accès à l'internet reste rare.

Selon une étude gouvernementale réalisée en 2023, seuls 1,7 % des ménages ruraux du pays disposent d'un accès fiable à l'internet.

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Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

Le père d'Elon Musk, Errol Musk, a été attaqué sur sa ferme alors qu'il s'y trouvait avec sa fille de six ans. Il a repoussé l'attaque et tué trois des assaillants noirs (ci-dessus au début de la vidéo, en anglais).

dimanche 25 mai 2025

Échange tendu entre le président sud-africain et donal Trump devant la presse internationale

Ce mercredi 21 mai 2025, une rencontre diplomatique d'une tension palpable s'est tenue à la Maison Blanche, réunissant le président américain Donald Trump et son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa. Initialement conçue pour rétablir les relations bilatérales entre les deux nations, cette entrevue a rapidement dégénéré en un échange houleux lorsque le président Trump a accusé l'Afrique du Sud de fermer les yeux sur un prétendu « génocide » perpétré contre les agriculteurs blancs.

En effet, devant les caméras et en présence de M. Ramaphosa, Donald Trump a fait diffuser des vidéos destinées à étayer ses allégations, montrant des images de manifestations et le leader de l'opposition Julius Malema entonnant le chant controversé « Kill the Boer, shoot ! » (tuez le fermier afrikaner, tirez !). Malema est tristement connu pour ses menaces à peines voilées... Il a ainsi affirmé en 2016 au Times de Londres: « Nous ne massacrerons pas les blancs... pour l'instant » (« We will not slaughter whites... for now »). Visiblement mal à l'aise, M. Ramaphosa a catégoriquement rejeté ces accusations, déclarant avec fermeté : « Non, personne ne peut prendre de terres ».
Accompagné des golfeurs Ernie Els et Retief Goosen, ainsi que de l'homme d'affaires Johann Rupert, tous trois Afrikaners, M. Ramaphosa a tenté de recentrer les discussions sur des enjeux économiques, notamment la préservation de l'accord commercial AGOA, crucial pour les exportations sud-africaines vers les États-Unis. Cependant, M. Trump, assisté de son conseiller Elon Musk, a persisté à évoquer les allégations de violences ciblées contre les Blancs, citant des articles et des rapports sur des meurtres de fermiers. M. Trump a qualifié un mémorial aux fermiers afrikaners torturés et tués en Afrique du Sud de lieu de sépulture, ce qui est inexact. S'il y a bien des milliers de fermiers afrikaners tués (souvent vieux et relativement pauvres), les croix placées symboliquement le long de la route ne marquent pas l'endroit où ils ont été enterrés. L'Union agricole du Transvaal (TLU SA) indique 2 182 personnes tuées dans des attaques de fermes entre 1990 et 2024, dont environ 87,6 % seraient blanches (soit environ 1 911 victimes blanches, incluant fermiers, familles, employés, et visiteurs).

M. Ramaphosa a rétorqué que la majorité des victimes de la criminalité en Afrique du Sud sont des Noirs et que ces accusations ne reflètent en aucun cas la politique gouvernementale. S'il est vrai que les plus grandes victimes sont les Noirs, les fermiers afrikaners sont très peu nombreux [moins de 60.000] et ils font l'objet d'attaques ciblées motivées notamment par la haine et la race.

Il a également nié toute expropriation de terres basée sur la race. Ceci est discutable. 
 
Il y a le cas bien connu, par exemple, de Pieter Jacobs et de ses voisins afrikaners de Ventersdorp expropriés de force après une réclamation par la tribu des Bakwena, une branche du peuple tswana. Jacobs et ses voisins affirmaient en 2005 qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de contester la revendication des Bakwena - et qu'ils ne l'auront jamais, car le gouvernement avait modifié la loi pour lui permettre d'exproprier des terres sans passer d'abord par le tribunal des revendications territoriales. Comme pour beaucoup de revendications de ce type, les origines du litige sont obscures. Selon les archives officielles, les terres ont été achetées à un fermier afrikaner en 1880 par la Wesleyan Missionary Society, qui les a louées aux Bakwena. Lorsque l'Église a vendu le terrain, elle a versé aux Bakwena une indemnité pour la résiliation de leur bail et les aurait aidés à acheter une autre ferme. Les Bakwena affirment qu'ils avaient donné de l'argent à l'Église pour qu'elle achète le terrain pour eux et que celui-ci avait dû être enregistré au nom de l'Église parce que, selon eux, les Noirs n'étaient pas autorisés à posséder des biens dans cette région. S'il n'existe aucune trace de cette transaction, c'est précisément parce qu'elle aurait été conçue pour contourner la loi du Transvaal à l'époque. C'est sur cette base peu probante que la Commission sur la restitution des droits fonciers (émanation politique du gouvernement ANC) s'est rangée du côté des plaignants noirs... La nature même de cette Commission est la « réparation » dans un sens univoque (blancs vers noirs) et elle se contente de témoignages oraux de dépossession (voir l'affaire Salem Party Club avec des titres de propriété des colons remontant à 1835 ou l'affaire Popela avec des titres remontant au moins à 1889 et où la fin des contrats de métayage/fermage détenus par des noirs en 1969 a été considéré comme une dépossession appelant en 2007 à l'expropriation forcée des propriétaires blancs, les frères Altenroxel, à l'époque cependant avec compensation).
Cet échange dans le Bureau ovale, retransmis en direct, a mis en lumière les profondes divergences entre les deux dirigeants. M. Trump a évoqué l'accueil récent de 49 Afrikaners aux États-Unis en tant que « réfugiés », une décision qui a suscité des critiques à Pretoria, où le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a dénoncé une « désinformation » de la part de Washington.

Malgré les tensions, M. Ramaphosa a qualifié la rencontre de « très bien passée » à la sortie, exprimant son espoir que M. Trump assiste au sommet du G20 à Johannesburg en novembre.

Cette visite intervient dans un contexte de relations fragilisées entre les deux pays, notamment en raison de différends concernant la plainte sud-africaine contre Israël devant la Cour internationale de justice.

Kallie Kriel directeur exécutif d'Afriforum a réagi sur X :
Après que le président Donald Trump, le secrétaire Rubio et Elon Musk ont attiré l'attention internationale sur les horreurs des meurtres dans les fermes en Afrique du Sud, les médias de gauche et autres négateurs de ces crimes se sont précipités pour minimiser la gravité de ces atrocités de toutes les manières possibles.

Ils ont tout simplement ignoré les récits horribles de tortures et de meurtres de sang-froid d'innocents dans les fermes. Ils ont passé sous silence le fait que les appels aux meurtres ethniques d'Afrikaners et de fermiers, tels que « Kill the Boer », sont désormais légaux en Afrique du Sud.

Ils ont omis de souligner que le président Ramaphosa refuse toujours de condamner ces appels au génocide. Ce type de manipulation par les médias de gauche est une insulte aux victimes d'attaques de fermes et ne tient pas compte du traumatisme subi par elles et leurs communautés.

Les histoires des victimes de meurtres dans les fermes ne doivent jamais être balayées sous le tapis. C'est pourquoi Afriforum et moi-même publierons dans les semaines à venir une série de vidéos mettant en lumière ces histoires. Merci de les diffuser le plus largement possible.

Cyril Ramphosa avait à sa droite Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération. Voici ce qu'il disait en juin 2012 alors qu'il était vice-président de la Ligue de jeunesse du Congrès national africain : les Afrikaners n'y peuvent rien, «cette terre sera expropriée sans compensation».

Si les Sud-Africains blancs ne cèdent pas leurs terres aux Noirs pauvres, il pourrait y avoir des invasions de terres comme celles qui ont eu lieu au Zimbabwe, avait menacé Ronald Lamola à l'époque.

M. Kriel a souligné que la promulgation de la loi sur l'éducation de base (Bela) et de la loi sur l'unification, ainsi que l'application de divers régimes raciaux, ont contribué à l'aliénation des Afrikaners et d'autres communautés minoritaires dans le pays.

«L'acte d'agression du gouvernement dirigé par l'ANC à l'égard des locuteurs de l'afrikaans, en menaçant les écoles afrikaans et, par conséquent, la survie de cette communauté, a provoqué un grave abus de confiance. La violation a été exacerbée par la publication de réglementations raciales draconiennes imposant des quotas raciaux stricts sur le lieu de travail et dans l'économie, le déni des protections des droits de l'homme, telles que celles visibles dans l'affaire des meurtres de fermiers et la législation autorisant l'expropriation sans compensation. »

« Les tentatives de déni et d'intimidation, telles qu'elles ressortent notamment des plaintes pour trahison déposées contre AfriForum [par le parti de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma], ne nous contraindront pas au silence. Au contraire, cela nous motive d'autant plus à défendre notre cause légitime avec plus de vigueur », a conclu M. Kriel.

Voir aussi 

Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche (extraits de la loi sur l'Éducation de base et sur l'expropriation sans compensation).

 
 

Vivre-ensemble : chef du 3e parti (13 %) en Afrique du Sud chante « Tirez pour tuer, Tuez le Boer, tuez le fermier » devant stade combleVivre-ensemble : Julius #Malema, le chef de l'#EFF, le 3e parti (13 %) en Afrique du Sud, chante « Tirez pour tuer, #Tuez le #Boer, tuez le #fermier » devant stade comble#afriquedusud #meurtre #arcenciel #afrique https://t.co/lFL6d9komI pic.twitter.com/eaIHuJ6F3y

Une semaine à Orania, cette petite ville qui refuse le multiculturalisme sud-africain

 
 

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

Le père d'Elon Musk, Errol Musk, a été attaqué sur sa ferme alors qu'il s'y trouvait avec sa fille de six ans. Il a repoussé l'attaque et tué trois des assaillants noirs (ci-dessus au début de la vidéo, en anglais).

dimanche 9 février 2025

Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il supprime tout financement à l’Afrique du Sud en raison de la discrimination et des violations des droits de l’homme à l’encontre des Blancs. Le ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, a également déclaré : « Je ne participerai pas au sommet du G20 à Johannesbourg. » « L’Afrique du Sud fait de très mauvaises choses, a écrit le secrétaire d’État américain sur le réseau social X, citant notamment « l’expropriation des propriétés privées ».

AfriForum, une ONG sud-africaine de défense des droits civils, a souligné que le décret exécutif émis hier par le président Donald Trump, président des États-Unis, concernant la situation des Afrikaners en Afrique du Sud est le résultat direct des actions et politiques irresponsables du président Cyril Ramaphosa et de son gouvernement.

Menaces, discriminations et climat délétère causés par l’ANC

AfriForum avait écrit au président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, en avril 2024 pour lui demander de renvoyer la Loi sur l’expropriation devant le Parlement, car l’article 12 (3) — qui rend possible l’expropriation sans compensation et qui ne limite pas réellement les circonstances dans lesquelles elle est appliquée — fera fuir les investisseurs.

« Malheureusement, Cyril Ramaphosa a ignoré cette demande. Il a signé cette loi et le président doit donc porter l’entière responsabilité des fruits amers que ce pays et son peuple doivent maintenant récolter », a déclaré Kallie Kriel, président d’AfriForum.

Ernst J. van Zyl, responsable des relations publiques d’AfriForum, estime que les déclarations et le comportement du gouvernement de l’ANC avant la signature de la loi sur l’expropriation justifient les inquiétudes suscitées par cette loi : « Les tentatives d’amendement de la Constitution pour détruire les droits de propriété privée, l’éloge et le culte du héros des accapareurs de terres tels que [l'ancien président du Zimbabwe] Robert Mugabe, et la déclaration selon laquelle l’objectif de la loi sur l’expropriation est de permettre l’expropriation sans compensation, ne sont que quelques exemples des déclarations et des comportements du gouvernement ANC qui suscitent des inquiétudes. »

Selon Jacques Broodryk, porte-parole pour la sécurité des communautés à AfriForum la violation des droits de propriété par l’accaparement des terres en Afrique du Sud suscite de plus en plus d’inquiétudes au niveau international : « Bien que le gouvernement ne soit pas directement responsable d’accaparements de terres, il en est indirectement responsable parce que la police, dans de nombreux cas, n’agit pas contre les occupants et que la législation rend difficile l’expulsion des accapareurs des terres occupées. »

« En outre, des conseillers municipaux de l’ANC ont par le passé été liés à des accaparements illégaux de terres », ajoute Jacques Broodryk.

Se référant aux préoccupations du président Donald Trump selon lequel des minorités sont « très mal traitées », M. Kriel souligne que M. Ramaphosa a signé la loi de modification des lois sur l’éducation de base (BELA) qui menace spécifiquement l’existence continue des communautés culturelles de langue afrikaans en ciblant les écoles afrikaans.

Selon Kallie Kriel, c’est également sous le gouvernement contrôlé par l’ANC — que l’Afrique du Sud compte 141 lois raciales, dont 116 nouvelles, toujours dans les recueils de lois.

Afrikaners reconnaissants, mais opposés à l’émigration

AfriForum a exprimé sa grande reconnaissance envers Donald Trump et les États-Unis pour avoir souligné l’injustice dont sont victimes les Afrikaners en Afrique du Sud.

Toutefois, AfriForum et d’autres organisations sœurs ont rejeté l’offre de Trump de réinstallation des Afrikaners aux États-Unis : « Les Afrikaners ne survivront que sur le sol local en tant que communauté culturelle. L’émigration n’offre de perspectives qu’aux Afrikaners qui sont prêts à sacrifier l’identité culturelle de leur postérité en tant qu’Afrikaners. »

Le décret de Donald Trump sur l’Afrique du Sud

Défense des écoles afrikaans, du droit de propriété

D’après Kallie Kriel, président d’Afriforum, les propositions d’AfriForum comprennent, entre autres, les éléments suivants : 

  1. Le dépôt d’amendements sur la loi d’amendement de la loi sur l’éducation de base (Bela), qui menace spécifiquement l’existence des écoles afrikaans et des communautés culturelles ; et la loi sur l’expropriation qui menace les droits de propriété.
  2. Le retour de l’Afrique du Sud à une politique étrangère neutre vis-à-vis des conflits internationaux. La politique étrangère anti-occidentale et anti-américaine inconsidérée du gouvernement sud-africain contribue directement au fait que le bien-être économique de
  3. La conclusion d’un accord culturel entre le gouvernement sud-africain et les Afrikaners et autres communautés culturelles qui le souhaiteraient, selon lequel un espace culturel sera offert aux institutions et communautés culturelles africaines.
  4. La cessation de la discrimination raciale contre les Afrikaners et les autres minorités.
  5. L’arrêt des déclarations haineuses envers les Afrikaners et les autres minorités, comme l’utilisation du chant Kill the Boer (Tue le Boer !, voir vidéo ci-dessous).

La Loi d’expropriation (2024) sans compensation

Son article 12 (3) précise que :

(3) Il peut être juste et équitable qu’aucune indemnité ne soit versée lorsqu’un terrain est exproprié pour cause d’utilité publique, compte tenu de toutes les circonstances pertinentes, y compris, mais non exclusivement, les suivantes

(a) lorsque le terrain n’est pas utilisé et que l’objectif principal du propriétaire n’est pas de développer le terrain ou de l’utiliser pour générer des revenus, mais de bénéficier de l’appréciation de sa valeur marchande ;

(b) lorsqu’un organe de l’État détient un terrain qu’il n’utilise pas pour ses fonctions essentielles et qu’il n’est pas raisonnablement susceptible d’avoir besoin du terrain pour ses activités futures à cet égard, et que l’organe de l’État a acquis le terrain à titre gratuit ;

(c) nonobstant l’enregistrement de la propriété en vertu de la loi de 1937 sur le registre des actes (loi n° 47 de 1937), lorsqu’un propriétaire a abandonné le terrain en n’exerçant pas de contrôle sur celui-ci alors qu’il était raisonnablement en mesure de le faire ;

(d) lorsque la valeur marchande du terrain est équivalente ou inférieure à la valeur actuelle de l’investissement direct de l’État ou de la subvention pour l’acquisition et l’amélioration bénéfique du capital du terrain.

Comme on le voit, l’article 12, paragraphe 3, laisse à l’autorité expropriante le pouvoir discrétionnaire de déterminer s’il est juste et équitable de ne verser aucune indemnité. Toutefois, la loi ne contient pas de lignes directrices sur la manière dont ce pouvoir discrétionnaire doit être exercé. L’indemnisation nulle n’est pas nécessairement limitée aux cas énumérés dans cet article.

L’article 25 paragraphe 4 de la Constitution sud-africaine stipule que

(4) Aux fins du présent article —
(a) l’intérêt public comprend l’engagement de la nation envers la réforme agraire et les réformes visant à assurer un accès équitable à toutes les ressources naturelles de l’Afrique du Sud, et
(b) la propriété ne se limite pas à la terre.
Lu à la lumière de cet article (25) (4) (a), « l’intérêt public » comprend « l’engagement de la nation envers la réforme agraire. »

Certains ont interprété cela comme signifiant que l’article 25 fournit un cadre pour les cas où aucune compensation ne serait accordée pour les biens expropriés, en particulier en ce qui concerne les terres. À savoir que l'expropriation dans le cadre de la réforme agraire est en soi de l'intérêt public et ne doit donc pas nécessairement être justifié autrement (les clauses (a) à (d) n'étant que des exemples en rien limitatifs).

L’Afrique du Sud, en tant que membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), est signataire du protocole de la SADC sur la finance et l’investissement. Ce protocole vise à fournir un cadre politique pour encourager les États membres à instaurer un climat économique favorable à l’investissement et à l’esprit d’entreprise.

L’article 5 du protocole stipule que l’expropriation d’un terrain n’est légale que si elle est effectuée dans un but d’utilité publique, dans le cadre d’une procédure légale régulière, de manière non discriminatoire et accompagnée d’une indemnisation juste et adéquate.

La loi sur l’expropriation en son article 12 (3) pourrait entrer en conflit avec l’exigence d’une « indemnisation juste et adéquate » du Protocole.

La section 12 (3) (a) est particulièrement préoccupante, car elle prévoit que l’indemnisation pour un terrain peut être nulle si le terrain n’est pas utilisé et que le propriétaire n’a pas l’intention de développer le terrain ou de générer des revenus à partir du terrain, mais plutôt de bénéficier de l’appréciation de la valeur du marché.

La section 23 (3) (c) prévoit que les terres peuvent être prises sans compensation lorsqu’elles ont été abandonnées parce que le propriétaire n’a pas exercé de contrôle sur les terres, bien qu’il ait été raisonnablement en mesure de le faire, et la section 23 (3) (d) prévoit qu’aucune compensation ne doit être payée lorsqu’un investissement direct de l’État excède la valeur des terres.

L’Afrique du Sud a conclu plusieurs traités bilatéraux d’investissement avec la Chine, les États-Unis et des pays de l’UE, dont la plupart exigent une compensation à la valeur marchande totale en cas d’expropriation.

L’expropriation sans compensation pourrait constituer une violation de ces traités et déclencher des demandes d’arbitrage international de la part d’investisseurs étrangers.

Le protocole sur l’investissement de la zone de libre-échange continentale africaine, auquel l’Afrique du Sud est liée en tant que signataire, prévoit également des protections contre l’expropriation sans compensation.

L’article 19 du protocole de la zone de libre-échange prévoit des règles relatives à l’expropriation des biens. Celles-ci exigent que l’expropriation soit effectuée dans un but d’utilité publique, conformément à la procédure établie par l’État dans lequel l’investissement est détenu, de manière non discriminatoire et, conformément à l’article (19) (1) (d), qu’elle donne lieu à une indemnisation juste et adéquate.

Voir aussi

 
 

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Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

vendredi 17 janvier 2025

Le fossé économique entre l'Afrique et le reste du monde ne cesse de se creuser

À bien des égards, il n’y a jamais eu de meilleur moment pour naître africain. Depuis 1960, l’espérance de vie moyenne a augmenté de plus de moitié, passant de 41 ans à 64 ans. La proportion d’enfants qui meurent avant leur cinquième anniversaire a diminué de trois quarts. La proportion de jeunes Africains qui fréquentent l’université a été multipliée par neuf depuis 1970.

La majeure partie de la croissance démographique mondiale prévue pour le reste du XXIe siècle devrait avoir lieu en Afrique. La population totale de ses 54 pays a doublé en 30 ans, pour atteindre 1,5 milliard d’habitants. Les Nations unies prévoient qu’elle doublera encore d’ici à 2070.

La démographie, l’urbanisation, la politique et les technologies de consommation signifient que le continent subit de profonds changements sociaux. Mais ce changement n’est pas étayé par une transformation économique. Au contraire, les économies africaines sont de plus en plus à la traîne par rapport au reste du monde. En 1960, le PIB par personne en Afrique, ajusté pour tenir compte des différences de coût des biens d’un endroit à l’autre (ce que l’on appelle la parité de pouvoir d’achat ou PPA), représentait environ la moitié de la moyenne du reste du monde. Aujourd’hui, il représente environ un quart. À l’époque, la région était à peu près au même niveau que l’Extrême-Orient (Asie de l’Est). Aujourd’hui, les Asiatiques de l’Est ont des revenus moyens sept fois supérieurs à ceux de l’Afrique subsaharienne. Selon Jakkie Cilliers, de l’Institute for Security Studies, un groupe de réflexion sud-africain, le fossé qui se creuse régulièrement ressemble « aux mâchoires d’un crocodile qui bâille ». Une ligne monte, l’autre reste presque plate.

Si les tendances actuelles se maintiennent, les Africains représenteront plus de 80 % des pauvres de la planète d’ici à 2030, contre 14 % en 1990.

Même à l’époque grisante de 2000-14, lorsque le PIB réel par personne augmentait de 2,4 % par an, d’autres régions en développement connaissaient une croissance plus de deux fois plus rapide et créaient davantage d’emplois. Depuis lors, malgré quelques excellents résultats, le revenu par personne est resté stable. La Banque mondiale parle d’une « décennie de résultats économiques décevants » en Afrique subsaharienne.

Cette situation alimente la crainte croissante que l’Afrique n’ait pas saisi sa chance. Dans les années 2000, les économies africaines ont été soutenues par la demande chinoise de matières premières et par l’essor de la mondialisation. L’annulation généralisée de la dette, finalisée au milieu des années 2000, a permis aux gouvernements africains de dépenser davantage dans les écoles et les infrastructures et de contracter plus facilement de nouveaux prêts.

La région peut s’enorgueillir de quelques réussites durables. Au cours des 60 dernières années, le Botswana, l’île Maurice et les Seychelles se sont développés à un rythme soutenu, suivant à peu près l’augmentation du PIB par personne dans le reste du monde. Plus récemment, des pays comme la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et la dictature francophobe du Rwanda, qui bénéficie du trafic de minerais congolais, ont enregistré une croissance impressionnante. Mais il s’agit d’exceptions plutôt que de la règle. Et les plus grandes économies — l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud — ont été particulièrement léthargiques.

Dans la plupart des pays d’Afrique, la population est pauvre et la croissance de la productivité reste faible. Sir Mo Ibrahim, homme d’affaires soudano-britannique, ajoute dans The Economist : « Les attentes non satisfaites, en particulier chez les jeunes, alimentent la frustration et la colère, qui sont les meilleurs déclencheurs de troubles et de conflits ».

Mais les fondements nécessaires à une telle croissance sont en ruine. Selon le FMI, près de la moitié des pays d’Afrique connaissent des « déséquilibres macroéconomiques importants », c’est-à-dire un ou plusieurs des éléments suivants : une inflation de 50 % ou plus, un déficit budgétaire important, des coûts du service de la dette représentant 20 % ou plus des recettes publiques et des réserves de devises étrangères ne permettant de couvrir que trois mois d’importations.

Le financement est de plus en plus difficile à obtenir. Les emprunts en dollars sur les marchés des capitaux sont plus coûteux que dans les années 2010. Les flux d’investissements directs étrangers ont chuté d’environ un tiers depuis 2021. En 2023, les prêts chinois à l’Afrique s’élevaient à 4,6 milliards de dollars, ce qui représente un rebond par rapport aux montants dérisoires du début de la décennie, mais reste inférieur à ce qui a été observé chaque année dans les années 2010. La part de l’aide occidentale destinée à l’Afrique est en baisse.

Il y a d’autres raisons de s’inquiéter. Les tensions géopolitiques sont au plus haut depuis la guerre froide, et le FMI affirme que l’Afrique subsaharienne est la région qui serait la plus durement touchée si le monde se divisait en blocs commerciaux distincts. Certains décideurs politiques craignent également que l’essor de l’automatisation ne rende plus difficile d’attirer le type de fabrication à forte intensité de main-d’œuvre qui a été le moteur de l’essor de l’Asie.

Selon un rapport spécial de The Economist, si les choses restent en l’état, le fossé qui sépare l’Afrique des autres continents ne sera pas comblé. Les pays du continent ont besoin d’investissements beaucoup plus importants de la part des Africains et des étrangers. La plupart ont besoin de secteurs privés plus importants et plus dynamiques, d’exploitations agricoles plus productives et d’une gouvernance plus efficace. Ils ont besoin d’une meilleure fourniture de biens publics et d’une réduction de la corruption. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront espérer obtenir les gains de productivité et la transformation économique observés ailleurs dans le monde émergent.