mardi 6 janvier 2026

Fraudes massives au Minnesota : l’ampleur du scandale des garderies et l’effet catalyseur de l’enquête de Nick Shirley

Mise à jour

 Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a déclaré lundi dans un communiqué qu'il mettait fin à sa campagne de réélection et ne briguerait pas un troisième mandat.

Walz, candidat démocrate à la vice-présidence en 2024, a invoqué l'attention accrue portée aux allégations de fraude dans le Minnesota, ajoutant que « les manœuvres politiques des républicains ne font que rendre cette lutte plus difficile à gagner ».

« Mais après avoir réfléchi à cette situation avec ma famille et mon équipe pendant les vacances, j'en suis venu à la conclusion que je ne peux pas me consacrer pleinement à une campagne politique », a-t-il déclaré.

Cette annonce intervient alors que l'État fait l'objet d'une surveillance accrue concernant la fraude présumée dans le domaine de la garde d'enfants. La sénatrice Amy Klobuchar envisage actuellement de se présenter au poste de gouverneur.

Source : NBC

 

 
Billet originel du 31 décembre 2025
 
Fin décembre 2025, le Minnesota se retrouve au centre d’un scandale de fraudes d’une ampleur exceptionnelle touchant plusieurs programmes sociaux majeurs, notamment les aides aux garderies, les thérapies pour l’autisme et les dispositifs d’aide alimentaire. Selon des procureurs fédéraux, le montant total des fonds publics potentiellement détournés depuis 2018 pourrait dépasser 9 milliards de dollars. Une part significative des structures mises en cause serait liée à des organisations gérées par des membres de la communauté somalienne, qui constitue la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. 

L’enquête virale de Nick Shirley : un accélérateur décisif

Le 26 décembre 2025, le journaliste indépendant et vidéaste Nick Shirley publie une enquête de 42 minutes intitulée I Investigated Minnesota’s Billion Dollar Fraud Scandal. Réalisée avec l’aide d’un enquêteur local se présentant sous le pseudonyme de « David », la vidéo documente la visite d’une dizaine de garderies à Minneapolis et dans ses environs, officiellement enregistrées comme accueillant des dizaines d’enfants.

Les images montrent pourtant des établissements apparemment inactifs : portes closes, fenêtres obturées, absence totale d’enfants ou de personnel,
et signalétique parfois approximative, comme une enseigne affichant « Quality Learing [sic] Center ». Or, ces structures auraient perçu des sommes considérables via le Child Care Assistance Program (CCAP). Le seul Quality Learning Center aurait ainsi reçu environ 1,9 million de dollars en 2025, et jusqu’à 4 millions de dollars cumulés, malgré des indices manifestes d’inactivité.

Selon Shirley, une seule journée d’investigation aurait permis d’identifier plus de 110 millions de dollars de paiements jugés suspect.

La diffusion de la vidéo provoque une onde de choc immédiate : elle cumule, en quelques jours, plus de 129 millions de vues sur X et 1,6 million de vues sur YouTube (chiffres au 30 décembre 2025). Relayée par Elon Musk, JD Vance et plusieurs figures conservatrices de premier plan, elle précipite une réaction fédérale rapide.


Réactions fédérales et premières conséquences

À la suite de cette médiatisation, le Département fédéral de la Santé et des Services humains (HHS) annonce le gel immédiat de l’ensemble des paiements fédéraux aux garderies du Minnesota, jusqu’à la réalisation d’audits exhaustifs. Désormais, tout versement est conditionné à la production de justificatifs détaillés (factures, preuves photographiques, documents d’activité).

L’attorney générale (ministre de la Justice) Pam Bondi déclare que 98 personnes ont été inculpées dans l’ensemble des affaires de fraude liées aux programmes sociaux du Minnesota, dont 85 seraient d’origine somalienne, soit environ 87 % des mis en cause, et que plus de 60 condamnations ont déjà été prononcées. Elle évoque publiquement de nouvelles poursuites à venir. Parallèlement, le FBI et le Department of Homeland Security annoncent le déploiement d’agents supplémentaires pour mener des enquêtes qualifiées de « massives » sur les garderies et d’autres programmes sociaux.

Un système de fraudes installé dans la durée ?

Ces révélations s’inscrivent dans une succession de scandales antérieurs qui laissent entrevoir un phénomène de nature potentiellement structurelle :

  • Feeding Our Future : environ 250 millions de dollars détournés pendant la pandémie ; plus de 78 inculpés, majoritairement d’origine somalienne, et plus de 60 condamnations (pour les détails, voir l’encadré ci-dessous).
  • Programme EIDBI (thérapies pour l’autisme) : soupçons de facturation de services inexistants ; envolée des dépenses publiques dans ce domaine, atteignant 228 millions de dollars en 2024.
  • Aides au logement et autres programmes Medicaid : selon les procureurs, jusqu’à la moitié des 18 milliards de dollars alloués depuis 2018 pourrait avoir été frauduleusement siphonnée.

Un aveuglement des autorités locales ?

La question de la responsabilité politique et administrative constitue désormais un enjeu central. Plusieurs lanceurs d’alerte et rapports internes auraient, selon diverses sources, signalé des irrégularités dès la période 2013–2018, notamment dans les programmes liés aux garderies et aux organisations communautaires somaliennes, sans déclencher de réponse proportionnée.

Des responsables républicains accusent l’administration du gouverneur Tim Walz (ancien colistier de Kamala Harris lors de la campagne présidentielle de 2024) d’avoir minimisé ou ignoré ces alertes, par crainte d’accusations de racisme ou de stigmatisation d’une communauté immigrée électoralement sensible. Selon ces critiques, des flux financiers auraient continué malgré des soupçons documentés.

Un audit publié en 2024 pointe une « surveillance inadéquate » du Ministère de l’Éducation du Minnesota, qui aurait créé un terrain favorable à des abus à grande échelle. Tim Walz affirme pour sa part que son administration a renforcé les contrôles en 2025 et transmis plusieurs dossiers au FBI. Ses opposants soutiennent néanmoins que ces mesures seraient tardives et insuffisantes au regard de la durée et de l’ampleur des fraudes alléguées.

Certains observateurs évoquent une combinaison de laxisme bureaucratique, de prudence politique excessive et d’une priorisation de l’intégration communautaire au détriment de la rigueur budgétaire. D’autres rappellent que des enquêtes fédérales étaient déjà en cours avant la publication de la vidéo, tout en estimant que l’inaction locale aurait permis au phénomène de prospérer.

Réactions médiatiques et sur les réseaux sociaux

Fox News consacre une couverture intensive à l’affaire, qualifiant le Minnesota d’« épicentre national de la fraude aux programmes sociaux ». Sur 𝕏, les mots-dièse #MinnesotaFraud et #SomaliFraud connaissent une diffusion massive. Des personnalités comme JD Vance, Elon Musk ou Pam Bondi relaient l’évolution des enquêtes, tandis que les réactions oscillent entre indignation, appels à des mesures migratoires drastiques, et dénonciations d’une stigmatisation collective par des défenseurs des droits des immigrés.

Nick Shirley affirme, de son côté, recevoir des menaces ainsi que des tentatives de mise à prix liées à son travail d’investigation.

Ce scandale, largement révélé par le travail d’un journaliste indépendant, met en lumière les vulnérabilités profondes de programmes sociaux particulièrement généreux lorsqu’ils sont insuffisamment contrôlés. Il ravive un débat national sensible sur l’immigration, l’intégration, la gouvernance locale et la lutte contre la fraude aux fonds publics. Les enquêtes fédérales se poursuivent, avec la promesse affichée de récupérations financières substantielles et de sanctions exemplaires.

Le scandale Feeding Our Future : la plus vaste fraude pandémique liée à la nutrition infantile aux États-Unis ?

L’affaire Feeding Our Future (FOF) constituerait le plus important scandale de fraude lié aux programmes alimentaires mis en place pendant la pandémie de COVID-19 aux États-Unis. Cette organisation à but non lucratif, basée à Minneapolis, était officiellement chargée de distribuer des repas gratuits aux enfants défavorisés dans le cadre des Federal Child Nutrition Programs, financés par l’USDA et administrés localement par le Ministère de l’Éducation du Minnesota.

Afin de répondre à l’urgence sanitaire, les règles de fonctionnement de ces programmes ont été considérablement assouplies à partir de 2020 : distribution hors cadre scolaire, contrôles allégés, validation rapide des demandes de remboursement. Ces adaptations, conçues pour éviter les ruptures d’aide alimentaire, auraient en pratique ouvert la voie à une fraude d’ampleur industrielle.


Mécanisme de la fraude

Fondée par Aimee Bock, Feeding Our Future agissait comme commanditaire : l’organisation recrutait des sites de distribution (restaurants, associations, centres communautaires) et déposait auprès du Ministère de l’Éducation du Minnesota les demandes de remboursement pour les repas prétendument servis.

Selon les procureurs fédéraux, le système reposait sur plusieurs pratiques frauduleuses combinées :
  • création de centaines de sites fictifs ou largement inactifs ;
  • gonflement massif du nombre de repas déclarés, parfois plusieurs milliers par jour dans des lieux vides ou inexistants ;
  • production de fausses factures, de listes d’enfants inventées ou manifestement falsifiées (noms absurdes, listes dupliquées) ;
  • détournement des fonds fédéraux à des fins personnelles : immobilier de luxe aux États-Unis et à l’étranger (Kenya, Turquie), véhicules haut de gamme, voyages somptuaires, transferts via des sociétés-écrans.
En contrepartie, Feeding Our Future aurait perçu plus de 18 millions de dollars de frais administratifs illégitimes, ainsi que des commissions occultes et pots-de-vin versés par les sites commandités.

Le montant total des fonds détournés est estimé entre 250 et 300 millions de dollars, dont environ 60 millions seulement ont été récupérés à ce jour.

Chiffres judiciaires clés (fin 2025)
  • 78 personnes inculpées dans l’affaire FOF seule (dernier acte d’accusation en novembre 2025) ;
  • 57 à 60 condamnations, dont plus de 50 aveux de culpabilité et plusieurs condamnations après procès ;
  • Aimee Bock et son principal coaccusé, Salim Said, ont été reconnus coupables en mars 2025 ;
Environ 89 % des accusés sont d’origine somalienne, reflet du fait que la majorité des sites de distribution impliqués opéraient au sein de la communauté somalienne du Minnesota — la plus importante des États-Unis. La fondatrice, considérée comme l’architecte du système, n’est toutefois pas somalienne ;

Peines particulièrement lourdes : jusqu’à 28 ans de prison pour certains chefs de réseau.

Les enquêteurs ont également mis au jour des connexions avec d’autres fraudes, notamment des détournements au travers de logements communautaires réglementés (pour handicapés ou seniors) et divers programmes Medicaid.

Chronologie et extension du scandale

Des signaux d’alerte auraient été identifiés dès 2018–2019, mais l’explosion du phénomène coïncide avec les assouplissements liés à la pandémie en 2020–2021.

En 2022, le FBI lance une opération d’envergure et procède à une première vague d’inculpations. Les procédures s’intensifient ensuite en 2024–2025, marquées par des tentatives d’intimidation de témoins et de corruption de jurés.

Progressivement, l’affaire FOF apparaît comme le noyau visible d’un écosystème de fraudes plus large, touchant également les programmes d’autisme, de logement et de garderies. Les estimations globales de fraudes aux programmes sociaux au Minnesota dépasseraient désormais le milliard de dollars.


Vidéo ci-dessus : il a été révélé que l'un des Somaliens inculpés dans l'affaire de fraude « Feeding Our Future » au Minnesota, pour avoir détourné 14 millions de dollars, continue de recevoir des millions de dollars de l'argent des contribuables fédéraux grâce à une faille juridique : sa femme gère des « résidences pour personnes âgées » situées sur des propriétés lui appartenant.

Les réseaux sociaux abondent de vidéos montrant des sites suspects tenus par des Somaliens. Ci-dessous, « une adresse dans le Minnesota où sont enregistrées près d'une douzaine d'entreprises de soins de santé, toutes détenues par des Somaliens. Les numéros de téléphones n'ont pas d'abonnés, le site web est très suspect, les adresses courriel sont fausses, et il y a des tonnes de fautes d'orthographe. Ils ne font même pas semblant d'essayer. »


Abukar Dahir Osman est ambassadeur somalien à l'ONU et président en exercice du Conseil de sécurité des Nations unies depuis le 1er janvier 2026.

Osman a dirigé Progressive Health Care Services Inc., une entreprise de soins à domicile dont l'identifiant NPI figure sur la liste d'exclusion de l'Office de l'inspecteur général du HHS pour une condamnation liée à une fraude Medicaid, sans poursuites personnelles confirmées contre lui.

Il a également occupé un poste de superviseur au sein de l'unité Medicaid du département des services familiaux du comté de Franklin (Ohio), dans un contexte plus large d'enquêtes fédérales sur des fraudes présumées impliquant des communautés somaliennes dans le secteur de la santé aux États-Unis.

Sources : son profil LinkedIn, biographie (lettres de créance) à l'ONU

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

En août 2025, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a rendu une décision lourde de conséquences dans l’affaire Cowichan Tribes c. Canada, jugeant que le titre autochtone pouvait primer sur les droits de propriété de résidents non autochtones à Richmond. Cette décision, encore susceptible d’appels et d’interprétations, s’inscrit dans un climat plus large où la reconnaissance des droits autochtones tend à dépasser le cadre symbolique pour produire des effets juridiques et sociaux concrets, parfois au détriment du principe d’égalité civique.

Dans l’ensemble du pays, les reconnaissances territoriales autochtones sont désormais imposées lors de réunions publiques, d’événements institutionnels et dans les écoles, où elles sont souvent récitées quotidiennement par les élèves. Cette pratique, présentée d’abord comme un geste de respect, prend de plus en plus la forme d’un rituel obligatoire. Ceux qui en contestent le principe ou la portée s’exposent à des sanctions symboliques ou institutionnelles. Ainsi, en Ontario, Catherine Kronas a été exclue d’un conseil scolaire à Ancaster pour avoir remis en question l’imposition de ces reconnaissances, avant que le conseil ne recule face à une mise en demeure juridique. De son côté, Geoffrey Horsman, professeur de biochimie, administrateur scolaire et père de trois enfants, poursuit le Waterloo Region District School Board après que celui-ci lui a explicitement signifié que l’imposition des reconnaissances territoriales n’était « pas ouverte au débat ».

Parallèlement, certaines pratiques soulèvent des questions plus directes encore quant au respect du principe d’égalité devant la loi. L’accès au parc provincial Joffre Lakes, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Whistler, a été réservé de facto sur une base ethnique pendant des périodes de fermeture régulières à partir de 2023, lorsque des groupes autochtones ont bloqué l’entrée aux non-Autochtones afin de « reprendre possession » temporaire du site « pour permettre aux membres des nations Lil’wat et N’Quatqua  d’exercer des pratiques culturelles et spirituelles ». Cette situation, tolérée par les autorités, a marqué une rupture avec le principe selon lequel les parcs publics relèvent d’un patrimoine commun accessible à tous les citoyens. Dans le même esprit, des municipalités comme Powell River ou Okanagan Falls subissent des pressions pour abandonner leurs noms historiques au profit de toponymes autochtones, parfois sans consultation populaire claire.

Ces phénomènes ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance plus large où l’emploi, l’investissement et la sécurité juridique — piliers de la prospérité collective — sont de plus en plus exposés à des revendications territoriales extensives, parfois formulées de manière indéterminée quant à leurs limites concrètes.

Une construction jurisprudentielle contestée

Ces orientations ne résultent pas d’un consensus démocratique explicite. Elles reposent largement sur une construction jurisprudentielle progressive, portée par une interprétation idéologique du droit. En décembre 2025, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique, dans l’affaire Gitxaala Nation c. Colombie-Britannique (Chief Gold Commissioner), a statué que les lois devaient être interprétées à la lumière de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) de 2007. Or, la DNUDPA est un instrument international non contraignant, que le Canada a endossé politiquement en 2010, mais qui n’a jamais été conçu pour supplanter la souveraineté parlementaire ni redéfinir unilatéralement les droits de propriété et la citoyenneté.

Une large part de cette déclaration est incontestablement bien intentionnée. Elle rappelle que tous les peuples contribuent à la diversité culturelle de l’humanité, condamne les doctrines de supériorité raciale ou ethnique et reconnaît le rôle fondamental des familles et des communautés dans l’éducation et le bien-être des enfants — des principes qui s’appliquent, en réalité, à l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur origine.

Cependant, la DNUDPA devient problématique lorsqu’elle sert de fondement à des politiques et à des décisions judiciaires fondées explicitement sur l’appartenance ethnique. Elle passe la mesure lorsqu’elle suggère de reconfigurer, plusieurs siècles après l’établissement des États modernes, la propriété et le contrôle juridique de vastes territoires au profit de groupes définis par leur origine, sans considération équivalente pour les droits acquis des autres citoyens. Affirmer que des « droits inhérents » découlent exclusivement de traditions spirituelles, culturelles ou historiques spécifiques revient, dans les faits, à instituer une hiérarchie juridique entre citoyens.

Une justice différenciée selon l’origine ethnique

Cette logique de différenciation se manifeste également dans le système de justice pénale canadien à travers l’application du principe Gladue, qui impose aux tribunaux de tenir compte des facteurs historiques et systémiques affectant les délinquants autochtones lors de la détermination de la peine. Initialement conçu comme un outil de contextualisation, ce principe conduit de plus en plus souvent à des écarts de traitement difficilement conciliables avec l’égalité devant la loi.

En novembre 2025, au Québec, Dylan Dubé, un homme attikamek de 23 ans de la communauté de Manouane (la graphie officielle a été anglicisée modifiée en Manawan), a causé la mort d’un adolescent en conduisant en état d’ébriété. Il a été condamné à purger sa peine dans la collectivité, sans incarcération, le juge invoquant notamment la discrimination systémique et le racisme subis par les Autochtones. 

En janvier 2025, en Saskatchewan, la Cour d’appel a réduit de moitié la peine de Colin Umpherville, qui s’identifie comme Métis, faisant passer sa sentence de cinq ans à 30 mois de prison au motif que les facteurs Gladue n’avaient pas été suffisamment pris en compte en première instance.

Enfin, en 2025 toujours, au Québec, l’affaire Frank Paris a marqué une extension explicite de cette logique au-delà du cadre autochtone. Reconnu coupable de trafic de stupéfiants, l’accusé, un homme noir, a vu sa peine réduite d’environ un an à la suite du dépôt d’une évaluation de l’impact de l’origine ethnique et culturelle (EIOEC), la cour estimant que le racisme systémique avait influencé son parcours et devait être pris en considération au stade de la sanction. Bien que distincte formellement de la doctrine Gladue, cette approche en reprend l’esprit, en introduisant l’origine ethnoraciale comme facteur atténuant explicite.

Ces décisions, parmi d’autres, alimentent un malaise croissant : celui d’une justice perçue comme progressivement segmentée selon l’appartenance identitaire, où l’origine de l’accusé tend à influer directement sur la sévérité de la sanction. À mesure que ces dispositifs s’étendent, les justiciables ne relevant d’aucune catégorie reconnue — en pratique, les accusés blancs, les « non racisés » — apparaissent comme les seuls à ne pouvoir invoquer de facteurs systémiques analogues, au détriment du principe fondamental selon lequel des actes similaires devraient entraîner des conséquences similaires.

Un débat de fond éludé

Le débat actuel n’oppose pas la reconnaissance à l’oubli, ni la justice à l’injustice. Il oppose deux conceptions de la citoyenneté : l’une, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs dans un cadre civique commun ; l’autre, fondée sur une différenciation juridique permanente selon l’origine, présentée comme une réparation historique mais appliquée dans le présent.

À force de sacraliser certaines revendications et de disqualifier toute critique comme moralement suspecte, le Canada risque de fragiliser les principes mêmes qui assurent la cohésion d’une société pluraliste : l’égalité devant la loi, la neutralité de l’État et la primauté du débat démocratique sur l’ingénierie judiciaire. Le refus d’examiner lucidement ces dérives ne les rendra ni plus justes ni plus durables.

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