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vendredi 17 avril 2020

Le télé-enseignement ? C’est très surfait, nous dit Platon

Les éloges enthousiastes du télétravail que l’on lit ici ou là semblent singulièrement peu appropriés à l’enseignement à distance dans les classes du secondaire, en collège ou en lycée. Et ce pour plusieurs raisons, certaines superficielles et de nature technique quand ce télé-enseignement est oral, d’autres plus fondamentales et de nature philosophique quand il est écrit. Qu’on ne se méprenne pas : mon propos ne vise nullement à minimiser le travail admirable des professeurs qui, ces temps-ci, développent des trésors d’imagination pour garder le contact avec leurs élèves, mais, au contraire, à souligner la nature profonde et véritable d’un métier qui ne saurait se réduire à un enseignement à distance.

Platon à son Académie, en plein dialogue
Dans un monde parfait, un professeur pourrait sans doute faire cours oralement en ligne, voir ses élèves ou répondre à leurs questions en direct. Encore que ce que l’on voit en ce moment sur les chaînes de télévision, ces entretiens individuels (et non en groupe), hachés, ces images floues, ces réponses souvent inaudibles qui viennent un temps incertain et toujours trop long après la question, sont plus dignes de la télévision du Professeur Tournesol que de la technique du XXIe siècle. Mais comment percevoir la fatigue d’une classe entière à travers Skype ou Teams ? Son degré d’adhésion à la progression du professeur ? Ses distractions inévitables ? Comment tenir compte des réactions infimes de sa classe, de ces signes souterrains d’ennui ou d’approbation, parfois même de passion ou du moins de curiosité, des réactions que ne perçoit qu’un professeur en chair et en os, seul capable de recevoir ces messages subliminaux toujours, discrets la plupart du temps, bruyants exceptionnellement ?


La mode en matière d’enseignement à distance vante la pédagogie dite inversée : cette méthode consiste à mettre les connaissances à disposition des élèves par écrit avant, en cours, à l’oral, de les exploiter avec eux. Rien de plus beau, rien de plus noble, rien de plus séduisant… si la chose était réalisable. Au fond, il suffirait d’un accès aux encyclopédies en ligne et le tour serait joué ! Mais, dans une masse énorme de connaissances, « pourquoi choisir ceci plutôt que cela ? », se demandait déjà André Gide, dans son Journal à la date du 10 octobre 1942. Il y faut un guide, un professeur en chair et en os — même s’il demeure en chaire — car sans lui, poursuivait le romancier, « le plus apparent sans cesse offusque le plus important ».

La méthode de la pédagogie dite inversée, loin de là, ne comporte pas que des inconvénients. Mais elle repose sur une illusion. Aucun professeur digne de ce nom ne récite jamais à l’oral un cours préalablement écrit. Au contraire, il interrompt son discours à des moments choisis ou contraints par les réactions de son public, et il l’enrichit en permanence par deux sortes d’interventions personnelles : des réflexions méthodologiques et des doutes. Le professeur est par définition, à sa place, un savant et donc, en même temps, un épistémologue : il réfléchit, par nécessité, sur sa pratique et a un jugement sur la manière dont il a acquis son propre savoir. Il est ensuite un homme, qui a ses doutes et ses interrogations sur ce qu’il pense savoir et a lui-même appris. De ces deux types de réflexions, il nourrit son cours pour le plus grand profit de ses auditeurs. Aucun cours écrit et diffusé à distance, qui obéit forcément à d’autres règles parce qu’il n’a pas de public réel mais seulement un lecteur idéal, ne laisse ainsi place à ce métalangage, à ce retour réflexif sur sa pratique, son discours et sa réception, toutes choses qui sont, au fond, l’essence même de la pédagogie.

L’écrit relève de la littérature et ne saurait jamais être autre chose qu’un médium trompeur et insuffisant, faible quand il n’a pas d’interlocuteur et encyclopédique, donc inassimilable, quand il se veut trop fort, excessif, exhaustif. Un cours écrit est en outre un grand muet : « Il n’offre aucune réponse aux questions de ceux qui brûlent du désir d’apprendre », disait déjà Nietzsche dans son cours sur Platon, professé à l’université de Bâle en 1871.

Car cette idée-là, bien sûr, constitue l’un des points essentiels de la pensée de Platon. Dans le Phèdre, le philosophe grec met en scène un dialogue entre le roi égyptien Thamos et le dieu Theuth. Le second, dans le mythe, est présenté comme l’inventeur de l’écriture, un procédé inouï qui apporte la solution aux insuffisances de la mémoire et constitue l’outil idéal au service de la transmission du savoir. Quelles sont les raisons pour lesquelles Thamos — et Platon — condamnent l’écriture ? Parce qu’il n’y a, aux yeux du philosophe, d’enseignement qu’oral, par le dialogue, l’échange contradictoire, l’enquête : l’enseignement s’apparente à une maïeutique, à un jeu de questions-réponses. Là réside la nature profonde de l’enseignement : un cours qui s’apparente à un dialogue dirigé par un maître tour à tour faussement naïf, habilement ironique, jamais péremptoire. Le contraire d’un cours écrit télé-enseigné.

La primauté de l’oral sur l’écrit que défendait Platon ne devrait pas nous laisser indifférents en ces temps de séparation entre maîtres et élèves, et l’on ne saurait trouver plus bel encouragement à maintenir, dans un enseignement moderne, le dialogue. « L’entretien oral, disait Nietzsche, est une occupation sérieuse ; l’écriture est seulement un jeu. »

Texte de Stéphane Ratti, agrégé de lettres classiques, le professeur des Universités est l’auteur de nombreux ouvrages remarqués, comme « Le Premier saint Augustin » (Les Belles Lettres, 2016) et « Les Aveux de la chair sans masque » (Éditions universitaires de Dijon, 2018), analyse de l’interprétation discutable, par Michel Foucault, de textes des Pères de l’Église sur la sexualité. Paru dans le Figaro du 13 avril.

lundi 8 juin 2015

Les CLOM vont-ils révolutionner l'université ?


Philippe François, chercheur auprès de l'IFRAP, se penche sur les cours gratuits en ligne (les CLOM) :


Il a fallu des siècles pour que l’imprimerie permette à des millions de personnes d’accéder au savoir du moment. Il n’a fallu que vingt ans pour qu’Internet ouvre une masse énorme de documentation à deux milliards de personnes. Les « Cours en ligne ouverts et massifs (CLOM) » sont accessibles de partout, à n’importe quel moment, réalisés par les meilleurs enseignants, mis en forme par des professionnels et destinés à un grand nombre d’étudiants, donc moins coûteux pour chacun d’entre eux. En combien de temps vont-ils révolutionner la formation, notamment universitaire ?

Contrairement à la majorité des autres secteurs d’activité (médecine, agriculture, industrie, transport, banque) aucun progrès de productivité1 décisif n’a été réalisé depuis des siècles dans les systèmes de formation. Quand il est financé par les étudiants comme dans certaines universités étrangères ou écoles de gestion françaises2, le véritable coût des études supérieures apparaît et il est logiquement très élevé : c’est une activité employant des personnes très compétentes. Et encore, ces structures sont-elles largement financées par des taxes ou des dons. Un coût qui constitue un sérieux handicap, au moment où la formation tout au long de la vie devient indispensable pour tous, les connaissances et la société évoluant beaucoup plus rapidement qu’auparavant.


En évitant aux étudiants de se déplacer pour s’entasser dans des amphithéâtres où aucun échange n’est possible avec l’enseignant (« on entend le prof, mais on ne le voit pas »), en leur permettant de suivre les cours quand ils le souhaitent et de bénéficier des meilleurs enseignements, l’accès à des formations à travers Internet prétend induire des progrès importants pour les étudiants et pour les enseignants, et une réduction des coûts.

Les précurseurs 

Ces idées ne sont pas nouvelles. En 1994, quand La Cinquième a remplacé La Cinq en faillite, d’austères cours de mathématiques, de physique ou de droit ont été diffusés sur ses écrans. Jusqu’en 2002, France 5, « chaîne du savoir, de la formation et de l’emploi » a continué à diffuser de véritables cours, à 5 heures 30 du matin. Une expérimentation qui a mis en évidence les limites du système : rigidité des horaires, temps d’antenne insuffisant pour diffuser des formations sur des dizaines de matières et à différents niveaux, absence d’un cadre pouvant fournir les compléments indispensables aux cours magistraux (contacts avec des enseignants, travaux pratiques, examens).

À partir de 2002, les progrès techniques ont résolu les problèmes de pénurie : les vidéos ont pu être transmises sur les lignes téléphoniques ordinaires (ADSL), et regardées sur les écrans des ordinateurs individuels et des téléviseurs de qualité avec des tailles spectaculaires. Ces facilités ont aussitôt été utilisées pour retransmettre des conférences, des cours ou des colloques, soit en temps réel, soit en différé. Exemples : Université de tous les savoirs, France télévision éducation, Conservatoire national des arts et métiers, Centre national d’étude à distance (CNED), Collège de France, IAP, CHAM-2014. Sous une forme très particulière, les exposés TED, les Ernest ou les conférences de l’ENS qui ont fait le pari de présenter en quelques minutes la synthèse de sujets complexes, ont montré la puissance de ces outils : l’exposé de Laurent Alexandre, spécialiste du génome humain, a été vu plus d’un million de fois depuis 2012.

Ces diverses formes d’enseignement ou de conférences accessibles à travers Internet résolvent plusieurs des problèmes antérieurs : nombre de cours illimité, disponibles partout, 24 heures par jour et possibilité pour les participants de revoir tout ou partie des conférences ou cours autant de fois qu’ils le souhaitent.
MOOC, CLOM ou FLOT

Le nom américain MOOC (Massive on-line open course) est aussi utilisé pour désigner ces formations disponibles sur la Toile. Deux traductions françaises existent. CLOM, Cours en ligne ouvert et massif, et FLOT, Formation en ligne ouverte à tous.

Les CLOM

Les CLOM vont au-delà de la seule diffusion de conférences magistrales ponctuelles. Ils consistent en une série de cours formant un module complet de formation, incluent des séries d’exercices et fournissent une liste de documents de références et des bibliographies. Des interactions entre participants sont organisées, les exercices sont corrigés et les questions des étudiants reçoivent des réponses soit de la part de l’enseignant lui-même, soit par des assistants, soit encore par d’autres étudiants plus avancés. Cette technique semble bien adaptée actuellement aux cours magistraux assez stables d’une année sur l’autre, et pour des étudiants motivés, donc au moins pour les cours des premières années d’université.

Les CLOM sont apparus en 2002 au MIT (États-Unis) et de très nombreux CLOM sont déjà disponibles en France et à l’étranger sur différentes bases privées ou publiques3, généralement dans la langue du pays, parfois traduits et souvent sous-titrés dans des langues étrangères (ceux du MIT, OpenCourseWare, le sont souvent en une dizaine de langues). Ils soulèvent de légitimes questions :
  • Les cours à distance ne remplacent pas les échanges directs entre étudiants, et entre étudiants et enseignants dans des sessions en petits groupes, même si des solutions palliatives peuvent exister pour les étudiants qui ont des difficultés à se déplacer (malades, isolés).
  •  Pour la certification des diplômes (la personne qui a suivi le cours et passé l’examen final est-elle celle qui est inscrite ?), la présence physique des étudiants semble nécessaire. La plateforme américaine edX propose quand même plusieurs niveaux de validation payante, en utilisant par exemple des contacts aléatoires par Web camera.
  • Les CLOM vont élargir le champ des établissements et des enseignants en concurrence, aux niveaux national et international. Une situation difficile pour certains, mais bénéfique pour la société. Les enseignants-chercheurs qui estiment leur charge d’enseignement trop lourde et peu valorisante quand il s’agit de cours répétitifs de base se réjouiront de la possibilité de consacrer plus de temps à la recherche. Ceux qui aiment enseigner pourront trouver l’occasion de s’investir dans cette spécialité et de se professionnaliser : un CLOM exige une excellente qualité de présentation et offre de nouvelles possibilités d’expression qui les amèneront à travailler avec des experts d’autres secteurs (communication, mise en scène, image, voix...)4. Tous pourront consacrer plus de temps aux formations en petits groupes et aux contacts avec les étudiants.
  • L’utilisation de CLOM pour une partie de la formation des étudiants pourra entraîner une réduction de la diversité des cours donnés, mais une amélioration de leur qualité moyenne. Dans des matières où il existe une soixantaine d’universités en France, il semblerait logique de conserver, comme pour les manuels actuels, environ cinq CLOM par niveau, la notion de « meilleur CLOM » étant incertaine. Une concentration inévitable, la préparation d’un CLOM nécessitant un gros investissement en temps et en argent.
  • Sur un plan pratique, suivre un cours ou une conférence sur un écran existe déjà, par exemple en première année de médecine, où les étudiants sont parfois répartis dans deux amphithéâtres. L’un où se trouve le professeur, l’autre où un écran de projection a été installé. Les étudiants du second amphi seraient sans doute mieux chez eux. Ceux du premier aussi quand les cours sont perturbés par les redoublants.
  • L’assiduité aux CLOM actuels est considérée comme faible. Seuls 10 % des étudiants persévéreraient jusqu’à la fin de la série de cours. Mais les CLOM n’étant encore utilisés que pour des conférences facultatives, il est difficile de juger de ce problème. En France, le taux d’abandon à l’université « classique » est déjà très important les deux premières années. Mais ce n’est pas le cas dans les filières sélectives ni aux États-Unis, où le coût des études constitue une forte motivation à persévérer. Sans doute pour améliorer l’assiduité, les CLOM ne sont généralement pas disponibles en « accès libre » en permanence, mais seulement pendant des sessions de quelques semaines ou quelques mois organisées périodiquement. Une façon de créer un esprit de groupe entre les étudiants d’une même session, et de moins perturber le travail des enseignants qui accompagnent de près le déroulement de chaque session.
  • Dans la définition des CLOM, le qualificatif « Ouvert », renforcé souvent en France par « pour tous » semble les cantonner aux formations non diplômantes de type vocationnel et gratuit. Le sigle FUN (France Université Numérique) retenu pour la plateforme des CLOM est séduisant (pour certains), mais reflète mal le sérieux de cet outil. Si l’on croit que ces CLOM vont révolutionner l’enseignement supérieur, ils ne seront pas plus « ouverts » ni plus « pour tous » que les autres formations. Certains ont des niveaux très pointus, d’autres sont5 ou seront payants.
  • Les plateformes qui gèrent les CLOM peuvent fournir aux enseignants des statistiques anonymisées très fines sur les interactions entre les étudiants et le CLOM. Par exemple, le nombre de fois où chaque partie du cours a été consultée et pendant combien de temps, des informations dont ils n’ont jamais disposé et qui sont essentielles pour savoir ce qui intéresse ou non les étudiants, détecter ce qui leur pose des difficultés, améliorer progressivement le CLOM et, plus fondamental encore, comprendre les différentes façons dont les gens apprennent.
Des questions

Marc Neveu, co-secrétaire général du Snesup, syndicat majoritaire, pose beaucoup de questions sur ce qui ne doit pas selon lui être considéré comme « un outil magique ». Davantage préoccupé par l’accueil physique en ce moment des étudiants, ce professeur d’informatique à Dijon s’interroge notamment sur la valeur et le prix des certificats et diplômes. Pour une France qui a le culte du diplôme. La ministre elle-même précise que les États-Unis n’ont toujours pas réglé la question de la « diplomation ». Et la charge de travail supplémentaire et sa rémunération ? Une heure de vidéo demande dix heures de préparation.

Quid aussi des conséquences économiques d’un tel phénomène, dans le recrutement d’enseignants en France, mais aussi dans le développement d’universités « physiques » en Afrique ? Marc Neveu craint d’ailleurs une forme de colonisation des pays du tiers-monde par un certain nombre de grandes universités.

Passer à l’action
Les formations à travers Internet s’étagent sur trois niveaux où les participants sont de plus en plus « suivis » ou « encadrés ». Cette classification ne préjuge pas de la qualité des différents programmes, dans de nombreux domaines, des « amateurs » ou des professionnels très pointus veulent étudier librement et/ou ne cherchent pas à acquérir de diplôme.
  • Vidéo de conférences, cours, colloques, documentaires
  • CLOM vocationnels
  • CLOM obligatoires intégrés dans une formation diplômante classique
On constate une explosion des modules de formation des deux premiers types, dans tous les domaines et pour tous les niveaux. Les organismes de formation semblent par contre avoir du mal à passer au troisième, c’est-à-dire à intégrer ce nouvel outil dans leurs cursus existants. Pour les formations universitaires payantes, il est probable qu’elles n’ont pas encore trouvé de modèle économique satisfaisant. La musique enregistrée et la presse papier confrontées à la vague numérique leur ont montré que le défi est sérieux. Pour les formations gratuites comme en France, ce problème ne se pose pas, mettant notre pays dans une situation de départ très favorable. Mais ce sont sans doute les bouleversements d’organisation indispensables qui freinent les évolutions. Les hôpitaux publics confrontés à la vague numérique (ex : télémédecine, téléradiologie) montrent la même frilosité. Les CLOM gratuits actuellement disponibles sont destinés à expérimenter, améliorer la visibilité des organismes de formation, et à contribuer à la vulgarisation du savoir. Mais le rapport de l’étude du MIT le prouve : ils travaillent maintenant sur l’adaptation inévitable de leur cursus officiel à l’utilisation des CLOM.

CLOM et FLOT : cours en ligne de l’École normale supérieure

« Ces cours en ligne ouverts à tous que sont les MOOC, pourraient rapidement conduire à un bouleversement majeur dans la diffusion des connaissances. En se lançant dans cette expérience pédagogique, l’ENS souhaite contribuer à l’effort de coopération, de démocratisation des connaissances, à la réflexion sur la pratique de l’enseignement supérieur, mais aussi, nous l’espérons, au brassage culturel et scientifique. »

Les responsables politiques français se disent convaincus de l’importance des CLOM et des autorités intellectuelles comme l’ENS disent qu’ils pourraient rapidement bouleverser l’enseignement supérieur et la diffusion du savoir auprès d’un large public : ce ne sont plus des expérimentations qu’il faut conduire, mais des réalisations en vraie grandeur même si c’est dans des secteurs limités. Des cours magistraux de mathématiques, de physique, de droit doivent être produits en CLOM pour des premières années de licence et utilisés de façon systématique dans des universités volontaires.

En France, la crainte dominante est que ces formations sur Internet provoquent l’irruption des universités étrangères anglophones sur ce marché, ainsi que dans les pays francophones. Comme dans de nombreux domaines (ouverture des données de santé, télémédecine, livre électronique…) ne rien faire est la certitude que cela se produira, mais sans nous. Une catastrophe pour le rayonnement de nos universités et de la langue française.

La position de Pascal Engel, directeur des études à l’EHESS

Les MOOC ne peuvent fonctionner que pour des cours d’introduction. Ils ne sont adaptés qu’à certains types de formations pratiques, pour apprendre la pêche à la ligne par exemple ou pour certains enseignements techniques.

Mais :

Cela pourra conduire à remplacer de grands cours donnés en amphithéâtre en première année, et donc à faire des économies.

Lire l’interview complète dans l’e-mag de l’éducation

Notes

[1] Mis à part le remplacement du tableau noir par le tableau blanc, et par le projecteur de documents enregistrés sur un ordinateur portable.

[2] Pour les plus prestigieuses : 13.000 euros par an en France, 25.000 au Royaume-Uni, 35.000 aux États unis, ces deux dernières incluant les frais d’hébergement

[3] FUN, edX, Coursera, Futurlearn, Cognitum, Khan Academy, Udacity

[4] Pour son CLOM « Statistical mechanics : algorithms and computations », l’équipe de Polytechnique s’est fait aider par l’École de Paris du cinéma (FEMIS). Dans son compte-rendu, on perçoit la stupeur puis l’enthousiasme du professeur d’avoir dû d’abord produire un « teaser » de trois minutes. Résultat : 30.000 étudiants enregistrés en France et à l’étranger.

[5] Sur le Data journalisme, le MOOC de Rue89, Global Editors Network et First Business, est en partie gratuit et en partie payant. La Faculté Ouverte de Paris (FOP) a mis en forme des cours de l’université de Pau qu’elle propose sous forme gratuite aux étudiants de Pau et payante aux autres étudiants et aux entreprises.

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mardi 6 janvier 2015

Les cours Griffon : un soutien scolaire en ligne


Les Cours Griffon proposent des cours de soutien scolaire et d’approfondissement pour les collégiens (matières : français, mathématiques, histoire et latin). Ces cours sont diffusés par internet et comportent des supports numériques (enseignement filmé) et papiers. Son fondateur, Xavier du Bellay, a accepté de répondre aux questions de Liberté scolaire.

— Pourquoi avoir fondé les Cours Griffon ?

Mon but est de rendre accessible au grand public une instruction de qualité, jusqu’ici réservée à trop peu d’élèves.

— En quoi consistent vos cours ?

Les Cours Griffon sont des cours diffusés par internet. Ils sont constitués de supports numériques et de supports papier.

L’enseignement de nos professeurs est filmé dans nos studios, et diffusé en « vidéo à la demande » sur notre plateforme internet lorsque l’élève veut suivre son cours. Au préalable, l’élève aura téléchargé et imprimé ses supports écrits, qui seront collés dans un cahier 24*32.

Il suit le cours du professeur et écrit dans son cahier en même temps. Les exercices que l’élève doit faire sont corrigés en vidéo par le professeur ensuite.

— À qui s’adressent ces cours ?

Ces cours s’adressent à tous les élèves de niveau collège, en complément de leur scolarité.

Les besoins des familles sont multiples :
  • Soutien scolaire pour des élèves ayant des bases faibles
  • Stage de remise à niveau pendant les vacances, mais depuis la maison et peu onéreux
  • Révisions avant la rentrée ou avant un examen
  • Approfondissement pour des élèves pas assez nourris intellectuellement en classe (niveau de la classe faible ; professeur absent ou défaillant ; élève précoce)
  • Complément de scolarité pour des enfants français expatriés
  • Solution originale pour les élèves rencontrant des difficultés scolaires (troubles de concentration ; phobie scolaire ; dyslexie ; dyscalculie ; …)

— Quelles matières et quelles classes proposez-vous ?

Nous proposons des cours de français, de mathématiques, d’histoire et de latin, de la 6e à la 3e, ainsi que des cours de remise à niveau en orthographe (grammaire, conjugaison, dictées analysées).

— Quels sont vos tarifs ?

L’intégralité de nos cours est disponible par abonnement familial, à partir de 10 euros par mois. La famille a accès à tous nos cours (toutes classes et toutes matières disponibles) et peut revoir les cours à volonté.

— Comment les élèves vivent-ils ces cours ? … et leurs parents ?

Les élèves sont étonnamment concentrés. Bien plus qu’en classe. Ils sont au calme et avancent à leur rythme. Comme ils travaillent par écrit tout au long du cours, ils sont physiquement et intellectuellement actifs. Le contenu du cours faisant appel à leur esprit d’analyse, ils ne s’ennuient pas. Ils n’ont pas l’impression de travailler, et pourtant ils travaillent 3 fois plus vite qu’en classe.

Les parents sont en général les premiers surpris de voir leur enfant aussi concentré et prêt à travailler, surtout si cela se passe moyennement en classe ! Et ils sont contents d’occuper intelligemment leurs collégiens, surtout pendant les vacances.

Pour consulter les témoignages.

— Quelles sont les particularités de ces cours ?

Pour mémoriser son cours, un élève a parfois plus besoin d’écrire et de le reformuler (la grande majorité des élèves), parfois plus besoin de le voir, parfois plus besoin de l’écouter. C’est ce que l’on appelle les mémoires kinesthésique, visuelle et auditive.

Les Cours Griffon prennent en compte ces différents besoins, afin de permettre à chacun de retrouver le support et la méthode d’apprentissage qui lui convient. Une même notion pourra être abordée plusieurs fois de façon différente. Nous faisons travailler toutes les capacités cognitives de l’élève.

— Ces supports de cours peuvent-ils être utilisés par un collège ?

Oui, ces cours peuvent aussi être utilisés en tant que cours magistral pour la classe inversée (cours suivi à la maison ; exercices faits en classe avec un professeur). Ceci peut permettre de développer une pédagogie impliquant davantage les élèves.

Pour les collèges hors contrat, cela permet des économies substantielles. Nous pouvons mettre en place des programmes dédiés et financièrement accessibles.

Nos professeurs sont tous diplômés (normaliens, agrégés, capes).

Pour découvrir des cours en accès libre : http://www.coursgriffon.fr

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mardi 18 février 2014

Les cours en ligne transformeront la façon d’enseigner, mais ils sont peu rentables pour l'instant


Les cours en ligne vont transformer le savoir et la façon d’enseigner. C’est ce que relate le magazine français Le Point.

« Lorsqu’on transforme un cours en CLOM (cours en ligne ouvert et massif, un cours consultable sur Internet), on élargit son contenu en le rendant moins technique pour encourager la dissémination du savoir », explique Alberto Alemanno dans les colonnes de l'hebdomadaire. De fait, 20 % de ses « CLOMeurs » sont étudiants. Les autres sont des employés ou des chômeurs à la recherche d’une nouvelle formation. « Les CLOM font tomber les barrières du savoir. C’est un peu la version visuelle d’un livre. D’ailleurs, de nombreuses maisons d’édition m’ont approché pour publier les textes de mon CLOM », s’enthousiasme le professeur de droit. Comme pour toutes les innovations, les CLOM ont d’abord suscité des doutes. À leur lancement, il y a quelques années, les critiques n’ont pas manqué : vol des contenus, diplômes dévalorisés puisque reproductibles… Les universités américaines ont défriché le terrain. Non, les CLOM ne pillent pas plus le savoir des éminents professeurs qu’un manuel de cours écrit par un ponte. Pour Le Point, Harvard n’a pas de souci à se faire : les participants peuvent certes obtenir une certification en passant un miniexamen en ligne, mais elle n’a pas la valeur d’un diplôme, car il est impossible de vérifier si le participant respecte les conditions de l’examen, ni même si c’est bien lui, derrière son ordinateur.

Plates-formes

Une fois les sceptiques rassurés, le système a séduit le monde entier. Les grandes écoles françaises se sont à leur tour prises au jeu. Les plates-formes se sont multipliées : iTunes U, Coursera, edX, Udacity, et la dernière francophone en date, FUN (France université numérique). Lancée par le ministère de l’Enseignement supérieur, elle avait recueilli quelque 100 000 inscriptions lors de la mise en ligne des premiers cours en janvier. Certains résistent à cet engouement. « On réinvente l’eau chaude. Avant, on avait le polycopié du prof, son manuel, puis son PowerPoint. Avec l’accélération technologique, tout est devenu virtuel : les CLOM sont simplement un support supplémentaire à notre disposition. Les outils ont changé, mais la pédagogie n’a que peu évolué », résume Andrés Atenza, directeur de l’ISC.

Comme nombre de ses collègues, il croit à la formation par le professeur, « à celui qui tient le cours et donne un spectacle ». Le manque de « présentiel », comme le répètent en chœur les directeurs des écoles de commerce, serait la principale lacune de ces cours en lignes. « Un CLOM ne peut être considéré seul, il manque l’interaction entre les étudiants et le prof, ainsi qu’entre les étudiants eux-mêmes », insiste Michel-Henry Bouchet, professeur de finance à Skema, qui a mis au point un système de cours en ligne complété par des groupes de travail qu’il coordonne dans cinq campus dans le monde. Cette critique, Alemanno l’a entendue mille fois. « Il y a un malentendu tenace : les CLOM n’ont pas vocation à remplacer les profs, s’emporte-t-il. On est dans l’apprentissage mixte, le savoir mélangé, qui utilise des outils différents, comme les manuels, les fichiers audio, la vidéo… Les CLOM doivent être complétés par des forums, où les participants échangent. On programme même des rencontres physiques, à Bruxelles ou Paris, où le prof est comme une vedette que l’on voit enfin. » De là à estampiller ces rendez-vous d’un « vu dans un CLOM »…

 Rares sont encore les professeurs et les écoles motivés par la production de leurs propres CLOM, comme Alemanno à HEC. Bernard Belletante, président du Chapitre des écoles de commerce qui vient de quitter la direction de Kedge, ne mâche pas ses mots : « Notre métier, ce n’est pas de produire des supports pédagogiques. Notre mission n’est pas la diffusion, mais le développement de la connaissance. Elle n’a de sens que si elle se transforme en action. » Et d’ajouter qu’une école se fait connaître par les diplômés qu’elle a placés dans les meilleures entreprises du monde, pas par ses CLOM. Pourtant, les écoles n’ont d’autre choix que de se lancer dans l’aventure. L’investissement est important : un module de 5 à 10 heures de contenu peut coûter entre 50 000 et 100 000 euros, qu’on l’enregistre dans un labo sur le campus ou via des prestataires extérieurs. Pour pallier le manque de moyens, certaines se font parrainer par des entreprises, qui apposent ensuite leur nom sur le CLOM et l’utilisent pour leurs employés. Parmi les avantages figure celui d’une fantastique vitrine internationale.

« Je ne peux pas passer à côté d’une révolution technique, c’est comme le passage de la télécopie aux courriels. Et puis, il faut produire du contenu, au même titre que des livres, des colloques… Un CLOM est une contribution intellectuelle comme une autre. Je ne peux pas être absent de la vitrine si toutes les autres écoles y sont », reconnaît Andrés Atenza. Pour se démarquer, chaque école tâche d’identifier ses particularités et ses thématiques, cherchant la visibilité grâce à des enseignants-chercheurs autant que par la création d’un nouveau support utile à ses élèves. « Les CLOM participent à une remise à niveau des étudiants lors de leur expérience à l’international ou pour leur admission parallèle, et peuvent même assurer le service après-vente pour les anciens étudiants : aujourd’hui, un jeune cadre doit continuer à se former aux nouvelles techniques et aux pratiques de gestion », note Armand Derhy de l’ESG. Le CLOM répond à un besoin croissant d’uniformisation des connaissances des étudiants, qui se différencient désormais sur le savoir-faire.

« Certifiés »

C’est alors le temps de classe « physique » qui fera la différence. Marie-France Derderian enseigne depuis 2008 à Grenoble EM et elle a trouvé la parade au manque de « présentiel ». Avant sa séance, ses étudiants suivent les neuf cours en ligne de Steve Blank, un ponte de Stanford, « How to Build a Start Up » sur la plate-forme Udacity. Les apprentis entrepreneurs appliquent ensuite la théorie à leur idée de création d’entreprises. « Plus qu’un professeur, je suis désormais un mentor pour leur projet », analyse Marie-France Derderian. Au terme des 45 heures avec leur professeur, les étudiants lanceront leur entreprise grâce au partenariat avec un fonds d’investissement. « Je ne dis pas “Venez dans mon programme, vous allez apprendre à créer votre entreprise”, mais “Vous allez créer votre entreprise !” » Et d’insister sur la volonté des élèves, comme des entreprises, d’une expérience pratique, professionnelle et concrète. L’enseignante vante le temps dégagé en cours grâce aux CLOM pour la pratique. Ses trente-deux élèves – de 21 nationalités – pourront non seulement se targuer d’avoir une mini-expérience professionnelle, mais pourront aussi indiquer sur leur CV qu’ils sont « certifiés » du module de la vedette américaine dans le domaine. « Le prof qui dispense son CLOM donne son accord, et les élèves valident les étapes imposées pour recevoir le certificat, avec ou sans mention. En revanche, la validation de leur diplôme de Grenoble EM tient aussi compte de la pratique, via mon évaluation », précise Marie-France Derderian.

« Le CLOM seul, sans l’expérience en classe, cela ne m’intéresse pas, assure Jad Khalil, l’un de ses étudiants. Avant le cours, je visionne la théorie chez moi, quand je suis le plus disponible pour étudier. Je peux ralentir, arrêter le cours, reprendre à mon rythme, pour mieux prendre des notes. Ensuite, je discute de ce que j’ai compris (ou non) avec les autres élèves ou la prof : c’est pour ça qu’il reste indispensable d’aller en cours. » Son acolyte, Sebastian de Bruyne, ajoute : « Je préfère un prof local qui connaît les interlocuteurs utiles et peut partager son expérience. » Il plébiscite la démocratisation du savoir, accessible à tous, aussi bien physiquement (dans les régions les plus reculées, ou en temps de guerre) qu’économiquement (la plupart des CLOM sont gratuits). À 21 et 23 ans, Jad et Sebastian s’en servent pour leur culture personnelle : «  On a suivi des CLOM de Photoshop, de stylisme, d’architecture, d’histoire, de finance… et même de cuisine ! » De quoi rêver à l’élargissement de ce « nuage éducatif » aux petites classes, pour qu’un enfant américain puisse partager ses expériences avec un Indien. Le CLOM n’a pas fini de faire des émules.

Impact linguistique et culturel ?

Le magazine Le Point ne s'attarde pas sur l'aspect linguistique et culturel de ce marché mondial de l'éducatif. Avec une part grandissante de l'enseignement pris en charge par les CLOM, quel sera l'impact sur le nombre de professeurs dans les universités et sur le coût lié à cette éducation universitaire dans des bâtiments en dur ? On aurait également voulu une réflexion sur la menace que ces CLOM peuvent poser au monopole de collation des grades dans des pays jacobins comme la France (et le Québec).

Financement et externalisation

Le journal économique Les Échos se penche, pour sa part, sur la difficile équation économique des CLOM.

Depuis plusieurs mois, des jeunes pousses ont prévu un changement dans le mode de consommation des contenus éducatifs : le grand public peut désormais avoir accès à tous types de cours, même les plus pointus, donnés par des professeurs de grandes universités. L'éducation se mondialise et les étudiants indonésiens, tunisiens ou argentins veulent pouvoir accéder aux cours des écoles américaines, britanniques ou allemandes. D'où l'émergence d'acteurs comme Coursera, qui hébergent et agrègent les cours de grandes universités.

Les écoles, aujourd'hui, n'ont pas vraiment le choix : elles doivent lancer leurs propres cours en ligne, sous peine d'être dépassées. Mais un CLOM coûte cher et peu d'écoles peuvent se permettre de se lancer seules. « Même Harvard [qui dispose d'une dotation de 32,7 milliards de dollars] ne s'est pas lancé seul et s'est associé au MIT pour créer edX », explique Pierre Dubuc, cofondateur de la plate-forme française (comme son nom ne l'indique pas) OpenClassrooms. « Les CLOM changent le métier d'enseignant, ajoute Matthieu Cisel, doctorant sur le sujet à l'ENS Cachan. Pour créer un CLOM qui fonctionne, il faut toute une équipe : un professeur compétent, qui soit aussi un bon acteur [les cours sont souvent présentés en vidéo, NDLR], il faut aussi être bon en commercialisation sur internet, en graphisme. » Autant de compétences que les écoles et universités ne possèdent pas forcément en interne. D'où l'appel à des plates-formes externes.

Différence de moyens, faibles chiffres d'affaire des plates-formes américaines

En France, il en existe quelques-unes. OpenClassrooms, par exemple, travaille avec l'ESG et Sciences po. Mais, là aussi, les Français se heurtent à un manque de moyens par rapport à leurs rivaux anglo-saxons. Coursera, par exemple, a pu lever 85 millions de dollars pour financer ses développements (voir ci-dessous). « La lutte est compliquée, mais elle n'est pas impossible. Les Américains ont levé beaucoup de fonds, mais, pour le moment, nos structures sont assez similaires, avance Pierre Dubuc. Et en France, nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre trois ou quatre ans pour engendrer des revenus, comme le font les Américains. Nous nous posons déjà la question du modèle économique. »

Deux modèles principaux sont aujourd'hui explorés : l'un gratuit financé par la publicité, l'autre avec des cours gratuits et d'autres payants, la « certification » (différente du diplôme délivré par l'école ou l'université) étant facturée. OpenClassrooms mise pour sa part sur un modèle d'abonnement en donnant accès à tout son catalogue de cours pour 9,99 euros (14 dollars) par mois.



« Aujourd'hui, les modèles économiques ne sont pas viables, explique Matthieu Cisel. Seuls de 0,5 à 1 % des gens vont réellement aller au bout d'un cours en ligne et payer pour la certification. » Les plus grandes plates-formes américaines ne génèrent pas plus de 1 à 5 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel. Les françaises sont à peu près au même niveau. Et celles qui travaillent avec les écoles conservent une grande majorité des revenus générés (50 % pour edX et jusqu'à 85 % pour Coursera). Le salut viendra peut-être de la mutualisation des ressources entre écoles. Pour tenter de doper le secteur et de plancher sur les modèles, le gouvernement vient de lancer France Université numérique, une plate-forme regroupant plusieurs acteurs et dotée d'un budget de 8 millions d'euros, qui viennent s'ajouter aux 12 millions prévus dans le programme des investissements d'avenir.


Cinq millions

C’est le nombre d’abonnés à un CLOM dans le monde. Certains remportent un succès gigantesque, comme un cours de robotique, à Stanford, qui attire 160 000 abonnés. Seuls 5 à 10 % des participants parviennent au bout de leur module. La très grande majorité des cours est gratuite et accessible après une simple identification en ligne. La certification authentifiée est payante (une cinquantaine d’euros en moyenne), nécessitant des informations plus détaillées sur l’utilisateur.
« Professeurs trophées »  américains

Les prestations de ces profs vedettes rencontrent un succès tel que les écoles ne sont pas près de les remplacer par des acteurs professionnels. Esther Duflo : l’économiste franco-américaine spécialiste de la pauvreté fait partie du comité qui conseille Barack Obama sur les questions de développement. Ses cours au Massachusetts Institute of Technology sont en ligne. Aswath Damodaran : « Je veux devenir le Lady Gaga de la finance », de déclarer ce professeur de l’université de New York qui a convaincu des milliers d’élèves que sa matière était exaltante. Michael Sandel : ce philosophe américain est la référence en matière de justice, égalité et démocratie. La première leçon du cours en ligne de cette figure de Harvard a été visionnée près de 5 millions de fois sur YouTube. Un hollywood universitaire américain qui écrasera la concurrence des petits pays ?

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vendredi 20 décembre 2013

Pourquoi l'université coûte tellement cher aux États-Unis

Une autre année universitaire approche, le président Obama va donc bientôt commencer une autre tournée des campus du pays. « Il adore visiter les universités », explique Richard Vedder qui dirige le Centre d’accessibilité et de productivité universitaires à l’Université de l’Ohio. « Les universités permettent de s’abstraire de la réalité. Croyez-moi, j’y ai vécu pendant un demi-siècle. C'est comme vivre à Disneyland. Il s’agit de petites enclaves isolées d’irréalité. »

Le professeur Vedder, 72 ans, a enseigné l’économie appliquée aux universités depuis 1965. Au cours de la dernière décennie, il s’est forgé aux États-Unis une réputation d’éminent spécialiste dans le domaine de l’économie de l’enseignement supérieur, connaissances qu’il a partagées dans son livre de 2004 « Se ruiner avec un diplôme : Pourquoi l’université coûte trop cher. » Son analyse ne coïncide pas avec celle du président Obama.

Cette semaine, lors de sa tournée de rentrée universitaire en Pennsylvanie et dans l’État de New York, M. Obama a présenté un nouveau plan dont le but serait de rendre l’université plus abordable. « Si le gouvernement fédéral continue à investir de plus en plus d’argent dans le système », a-t-il fait remarquer à l’Université de l’État de New York à Buffalo, il y a deux semaines, et « si le coût augmente de 250 % » et « les recettes fiscales n’augmentent pas de 250 % » à « un moment donné, le gouvernement sera à court d’argent. »

Notons pour notre gouverne que M. Obama a donc admis qu’il existait une limite théorique à ce que le gouvernement fédéral peut dépenser, ce qui n’est pas évident quand on voit à quelle vitesse le déficit budgétaire augmente et à quel point le Trésor américain « pratique des assouplissements quantitatifs » (imprime de l'argent dans le langage des simples mortels).

Sa solution consiste, d’une part, à lier l’aide financière à la performance des universités par l’utilisation des subventions gouvernementales à la façon d’un « catalyseur à l’innovation » et, d’autre part, de faciliter le remboursement des dettes par étudiants. « En toute justice pour le président, certaines de ses idées sont décentes et même raisonnables », déclare le professeur Vedder, notamment quand il s’agit de fournir plus d’informations aux étudiants sur le coût d’une éducation universitaire et le taux d’obtention d’un diplôme dans une faculté donnée. Mais son plan ne fait qu’effleurer le problème et ne s’attaque qu’à « la partie émergée de l’iceberg. Il ne traite pas les causes fondamentales. »

Le coût d’une éducation universitaire n’a fait qu’augmenter malgré 50 ans d’interventions de l’État en apparence bienveillantes, selon M. Vedder, et le nouveau plan du président pourrait très bien exacerber cette tendance. D’après le professeur, le casse-tête que représente les coûts universitaires a commencé avec la Loi sur l’enseignement supérieur de 1965, une partie intégrante de la Grande Société de Johnson qui a distribué des bourses fédérales et des prêts à faible taux d'intérêt dans le but de rendre l’université plus accessible.

En 1964, l’aide fédérale aux étudiants n’était que de 231 millions de dollars. En 1981, le gouvernement fédéral dépensait alors 7 milliards de dollars pour les seuls prêts, un montant qui a doublé au cours des années 1980 et a presque triplé dans chacune des deux décennies suivantes pour atteindre quelque 105 milliards de dollars aujourd’hui. Les contribuables garantissent actuellement près de 1 billion (1000 milliards) de dollars en prêts aux étudiants.

Entretemps, les bourses et subventions (« grants ») sont passées de 6,4 milliards de dollars en 1981 à 49 milliards de dollars. En augmentant le nombre d’étudiants admissibles et en augmentant le montant maximum des bourses Pell (destinées aux étudiants de premier cycle nécessiteux) de 500 $ à 5350 $, le projet de relance de 2009 n’a fait qu’accélérer la transformation de l’éducation supérieure en un droit de la classe moyenne. Moins de 2 % des bénéficiaires de bourses Pell en 2007 provenaient de familles aux revenus entre 60 000 et 80 000 $ par an. Elles en constituent désormais environ 18 %.

M. Vedder fait valoir que cette croissance des subventions et des bourses a alimenté la hausse des prix : « Elle fournit un excellent prétexte aux universités pour augmenter leurs frais. »

De nombreuses universités, ajoute-t-il, utilisent les largesses fédérales pour financer la construction de logements universitaires dignes du Hilton et des infrastructures réminiscentes du Club Med. Stanford offre plus de cours de yoga que de Shakespeare. Fait que les parents dont les enfants inscrits à une « Formation de base » devraient garder à l’esprit : il est fort probable que le programme n’implique pas tant une étude rigoureuse des classiques, mais comporte plutôt de vigoureux exercices pour renforcer les fessiers et les abdominaux.

Princeton a récemment construit une resplendissante résidence étudiante au prix de 136 millions de dollars avec des fenêtres ornées de vitraux et une caverneuse salle à manger de chêne (payée en partie par un don déductible d’impôt de 30 M$ par la directrice de Hewlett-Packard Meg Whitman). Chaque chambre de la résidence universitaire revient à près de 300 000 $.

Les universités, ajoute le professeur Vedder, « sont dans le secteur du logement, l’industrie du divertissement, elles sont dans le secteur de l’hébergement, le secteur alimentaire. Diable, mon université dirige une agence de voyage que l’homme de la rue peut utiliser ! »

Pendant ce temps, les fonds de dotations universitaires sont exempts d’impôt sur leur revenu. Le fonds de dotations de 31 milliards de dollars de Harvard, qui a été financé par des dons déductibles d’impôts, est probablement le plus grand abri fiscal des États-Unis.

Certains dirigeants d’université sont également mieux payés que des P.D.G. Depuis 2000, l’Université de New York a prêté 90 millions de dollars, beaucoup d’entre eux à taux zéro et non remboursables, aux administrateurs et aux enseignants pour qu’ils s’achètent des maisons et des résidences secondaires dans la région huppée des Hamptons ou sur l’île Fire.

Les collèges ont également utilisé les torrents de dollars du contribuable pour embaucher plus de gestionnaires pour gérer leurs bureaucraties hypertrophiées et la prolifération de programmes multiculturels. L’Université de Californie compte 2.358 employés administratifs attachés au seul bureau de son président.

« Quasiment toutes les universités aujourd’hui ont un “secrétaire d’État”, un “vice-recteur aux études internationales” et un tas de spécialistes des relations publiques », ajoute M. Vedder. « Mon université dispose d’un coordonnateur au développement durable dont le message principal, pour autant que je sache, est d’aller dire aux gens d’acheter des aliments cultivés localement... Pourquoi ? Qu’est-ce qui cloche avec les tomates en provenance de Pennsylvanie par rapport à celles de l’Ohio ? »

« L’administration Obama s’est attaquée avec force aux universités à but lucratif depuis deux ou trois années », déclare M. Vedder. « Il est vrai que les taux d’abandon sont disproportionnellement élevés dans les établissements à but lucratif, mais il est également vrai que ces entreprises à but lucratif s’adressent précisément à la clientèle que M. Obama veut atteindre » : les minorités ethniques à faible revenu, dont beaucoup sont les premiers de leur famille à fréquenter un collège.

Aujourd’hui, seuls 7 % des diplômés des universités sont issus du quartile des plus bas revenus alors qu’ils étaient 12 % en 1970, lorsque l’aide fédérale était rare. Toutes les subventions gouvernementales destinées à rendre l’université plus accessible n’ont pas fait grand-chose pour cette population, affirme le professeur Vedder. Ces subventions n’ont pas non plus réellement amélioré les résultats des élèves ou les taux d’obtention de diplôme, qui sont d'environ 55 % dans la plupart des universités (taux favorable calculé avec une diplomation en six ans plutôt que les quatre ans habituels).

M. Vedder émet également des réserves quant à la proposition du président Obama de lier l’aide fédérale aux taux de diplomation, une des mesures de performance. « Je peux vous garantir dès maintenant, après avoir enseigné dans des universités pendant une éternité, que les universités feront tout leur possible pour amener les élèves à obtenir leur diplôme », dit-il en riant. « Si vous pensez qu’on assiste actuellement à une inflation des notes [voir étude sur le sujet], imaginez ce qui va se passer. Si vous laissez encore la moindre trace de buée sur un miroir, vous aurez un A. » [une distinction].

Il vaudrait mieux, indique M. Vedder, mettre en œuvre un examen national comme le GRE (Graduate Record Examination) pour mesurer ce que les élèves apprennent à l’université. Ce n’est pas à l’ordre du jour de M. Obama. Pour notre part, nous pensons que ces examens n’ont pas besoin d’être nationaux (le risque de mainmise de l’État et d’une homogénéisation étant trop grands), mais qu’il pourrait exister de tels examens organisés par différents organismes indépendants spécialisés.

Le président Obama ne cherche pas plus à s’attaquer à ce que M. Vedder croit être un problème fondamental : trop de jeunes vont à l’université. « Trente pour cent de la population adulte possède au moins un diplôme universitaire », fait-il remarquer. « Le ministère du Travail nous dit que seuls environ 20 % des emplois exigent un diplôme universitaire. Nous avons 115 520 concierges aux États-Unis avec une licence ou plus. Pourquoi encourager plus d’enfants à fréquenter l’université ? » « Douze pour cent des facteurs aux États-Unis ont désormais un diplôme universitaire. Faut-il un diplôme pour distribuer le courrier ? En 1970, seuls 3 % des facteurs étaient diplômés. » Est-ce que la distribution du courrier est devenue tellement plus complexe depuis qu'elle nécessiterait cette éducation universitaire ?

Le professeur Vedder voit des similitudes entre les politiques universitaire et immobilière du gouvernement qui a créé une bulle spéculative et causé la dernière crise financière. « En matière d’immobilier, le gouvernement a maintenu des taux d’intérêt artificiellement bas. Le gouvernement a poussé les gens peu qualifiés à s’acheter une maison. Aujourd’hui, on a de faibles taux d’intérêt sur les prêts étudiants. Le gouvernement encourage les enfants à aller à l’université alors qu’ils n’ont pas le niveau, comme il a encouragé les gens qui n’en avaient pas les moyens à acheter une maison. »



L'université, une arnaque ? (en anglais)
Naomi Schaefer Riley et Richard Vedder à l'émission de John Stossel

 

La bulle universitaire, précise-t-il, est « déjà en train d’éclater ». Elle se traduit par un nombre important de « diplômés chômeurs ou sous-employés fortement endettés ». La somme moyenne des prêts étudiants encore à rembourser est de 26 000 dollars, mais pour de nombreux diplômés, en particulier ceux qui ont suivi une formation de profession libérale, elle s’élève à plus de 100 000 $.

M. Obama veut permettre à davantage d’étudiants de s’acquitter de leurs dettes en plafonnant leurs paiements mensuels à 10 % de leur revenu discrétionnaire et en effaçant le solde impayé 20 ans après l’obtention de leur diplôme. Les diplômés à l’emploi du gouvernement ou d’une association à but non lucratif peuvent déjà se libérer de leur dette après une décennie.

« Faut-il comprendre que travailler pour le secteur privé est mauvais alors qu’être fonctionnaire est une bonne chose ? Je ne vois pas ce qui permet de pratiquer cette discrimination&nbsp:», dit M. Vedder. « Si je devais émettre une suggestion, je ferais exactement l’inverse. » Rappelons que le gouvernement est un des principaux employeurs des diplômés universitaires et qu'ils y sont bien payés.


Joseph Epstein et Andrew Ferguson discutent de l'état de l'éducation universitaire en sciences humaines et en lettres (en anglais)


Il ajoute que la méthode préconisée par le président Obama « crée un risque moral ». Quel signal envoie-t-il aux emprunteurs de prêts en cours et à venir si ce n’est qu’ils ne doivent pas prendre trop au sérieux leur obligation de rembourser leur emprunt ? Qu’il n’est pas trop important de chercher un boulot bien rémunéré pour rembourser son prêt ? Il subventionne « les diplômes en sociologie et en anthropologie plutôt que ceux en mathématiques ou en génie. »

L’éducation en ligne, qui est expérimentée dans certaines disciplines scientifiques, permet-elle de réduire considérablement les coûts ? « Pour l'économiste Vedder, c’est possible, mais le gouvernement n’innovera pas. Rappelons que l’histoire des ministères de l’Éducation, notamment au primaire et au secondaire, est jonchée de projets d’expérimentations, de projets d’innovation et de multiples propositions pour réinventer la manière d’enseigner depuis des décennies. Et qu’est-ce que cela a donné ? Les élèves américains apprennent-ils plus aujourd’hui qu’il y a une génération ? Apprennent-ils à un moindre coût qu’il y a une génération ? La réponse est non. »

« L’Innovation, déclare-t-il, est alimentée par des entrepreneurs comme Stanford Computer Science professeur Sebastian Thrun, qui a fondé l’entreprise commerciale Udacity qui offre des CLOM (pour cours en ligne ouverts et massifs). [Voir aussi article sur Salman Khan]. M. Thrun a commencé à enseigner l’intelligence artificielle, d’abord à Stanford puis à Udacity. M. Vedder note que 200 000 personnes se sont rapidement inscrites à ces cours. C’est un merveilleux programme et les gens apprennent énormément. »

Le gouvernement peut se rendre utile, ajoute M. Vedder, en ne gênant plus et en encourageant les organismes d’accréditation qui traînent les pieds. En fin de compte, la manière de rendre l’université plus abordable est pour le gouvernement de se retirer du financement des études universitaires et de sevrer les étudiants des subventions gouvernementales.

M. Obama est fermement opposé à cela. « Il veut conserver ce monde » irréel où la demande est insensible aux coûts, de soupirer M. Vedder. « Ce monde doit changer. »

Source

Voir aussi

La bulle universitaire aux États-Unis va-t-elle crever ?

Mark Steyn et l'université américaine

Recension de Economic Facts and Fallacies de Thomas Sowell

États-Unis — Diplômés et surendettés







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samedi 31 août 2013

À la maison, l’étudiant suit les cours en vidéo, à l’école les enseignants surveillent les exercices

Une révolution pédagogique est en marche. Elle a pour nom un drôle de sigle : CLOM (pour cours en ligne ouverts et massifs). Le principe est simple : des enseignants postent la vidéo de leurs cours sur Internet. C'est gratuit et ouvert à tous. En classe, leurs étudiants ont droit de poser leurs questions ou de mettre en œuvre, via des exercices, ce qu'ils ont retenu de la leçon.

Ce phénomène, qui se répand à grande vitesse et modifie l'économie de ce gigantesque marché qu'est l'éducation, a désormais son gourou. Salman Khan, 37 ans, fondateur de la Khan Academy. De son bureau de la Silicon Valley, Khan poste ses vidéos (4 500 à ce jour, diffusées en 28 langues) qui sont visionnées par quelque 6 millions de personnes par mois ! En France, elles sont mises en ligne par Bibliothèques sans frontières, traduites bénévolement par deux polytechniciens, Elsa Sitruk et Julien Braun. La Khan Academy est à but non lucratif. Financée par un investisseur de la Silicon Valley à son lancement, elle a été soutenue à coup de (gros) chèques par Google et la Fondation Bill et Melinda Gates.

Version en français

Bibliothèque sans frontières, une ONG œuvrant pour l'accès au savoir, lancera le 4 septembre sur son site internet la version francophone de la plateforme Khan Academy, qui regroupera plus de 250 leçons vidéos de mathématiques.

En lançant la Khan Academy en français, Bibliothèques sans frontières (BSF) souhaite favoriser l'accès aux connaissances pour le plus grand nombre, des plus jeunes aux adultes, en France comme dans le reste du monde, a expliqué l'historien Patrick Weil et président de l'organisation.

L'ONG est en contact avec les institutions, les écoles pour expérimenter ce projet dans certaines classes, a-t-il précisé à La Croix.

Selon Jean-Manuel Bourgeois, éditeur et administrateur de BSF, « il devrait y avoir un effet viral important ». En France, où la gratuité de l'école est « un principe de base », le problème lié à « l'obligation pour les parents d'acheter des compléments scolaires disparaît » avec un système de vidéos gratuites en ligne, a-t-il estimé.

La version francophone de la Khan Academy, soutenue par la fondation Orange (France Télécom), comprendra des leçons et exercices de pré-algèbre, d'arithmétique ainsi que de géométrie destinés à un large public.

Les élèves de primaire et du début de secondaire pourront visionner les contenus de manière autonome ou encadrés par leurs professeurs. Le projet est aussi destiné aux adultes souhaitant une remise à niveau de leurs connaissances.

Les vidéos sont réalisées par de jeunes professeurs et chercheurs, avant d'être validées par un comité scientifique de professionnels du monde de l'éducation, de l'édition et du numérique.

L'ONG prévoit de mettre sur son site internet http://www.khanacademy.bibliosansfrontieres.org/ 800 vidéos de mathématiques d'ici à la fin de l'année 2013 et traduire l'intégralité du contenu de la plateforme américaine pour janvier 2014. Elle envisage également de diversifier les contenus vidéos en proposant des leçons de français.



Aguiche pour le lancement de la version en français

Khan, parmi les 100 personnes les plus influentes du monde