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mercredi 5 février 2025

L’inconfort face à l'homosexualité en hausse chez les jeunes du Québec (m à j critique du rapport)

Extraits de la critique du rapport «Montée de l’intolérance dans les écoles» de GRIS-Montréal par François Chapleau, professeur émérite au Département de biologie de l’Université d’Ottawa.

Si l’on fait abstraction des problèmes méthodologiques, les résultats de l’étude font état d’une hausse généralisée du « mal à l’aise » pour toutes les questions, mais de façon plus marquée pour les cas suivants: 

  • Le malaise avec les personnes et couples homosexuels est systématiquement plus élevé chez les garçons.
  • Connaître une personne non hétérosexuelle diminue le malaise envers les personnes et les couples homosexuels.
  • Le fait d’avoir une religion et de la pratiquer augmente le niveau de malaise envers les personnes et couples homosexuels.

Le terme « genre » est utilisé 30 fois dans le rapport de 2025, alors que le mot « sexe » y est absent. Il est important de noter que le mot « genre » est absent du questionnaire. Les élèves ne savaient donc pas que le terme « homme » ou de « femme » représentait pour le GRIS une identité de genre et non pas une appartenance sexuelle. 

Le communiqué de presse indiquait « une augmentation des discours haineux et des violences dans les écoles ». Or, dans la discussion, on reconnait que le niveau de malaise n’est pas un indicateur de transphobie et d’homophobie. Mais, on ajoute que : « un sentiment de malaise ou d’inconfort élevé est vu comme une menace à la sécurité perçue, ce qui peut contribuer à créer des conditions propices à la violence ». Et l’on ajoute à ce dernier commentaire quelques citations « anonymes » particulièrement crues.

Il n’en fallait pas plus pour que plusieurs médias fassent état à la suite de la conférence de presse que l’étude indique une hausse de la transphobie, de l’homophobie, de l’intolérance et de la haine, alors qu’elle n’indique qu’une hausse de l’inconfort par rapport aux orientations sexuelles des personnes et de couples.

Parmi les « hypothèses » suggérées pour expliquer le déclin du sentiment d’aise par rapport à l’homosexualité dans les écoles, on indique :

1.« la conversation sociale polarisée (controverses) et polarisante autour des sujets LGBTQ+ — et particulièrement de l’identité de genre — depuis quelques années. » On ajoute que « si cette conversation sociale porte plus directement sur les personnes trans et non binaires, elle semble générer des impacts négatifs qui vont aussi toucher sur les acquis liés à l’orientation sexuelle. »

2. « La crise actuelle du journalisme met en péril la circulation d’informations vérifiables et dans l’intérêt du public et accentue les processus de désinformation » et on ajoute à ceci l’impact négatif des réseaux sociaux.

3. Finalement, le déclin précipité des attitudes face à la diversité sexuelle des jeunes hommes serait lié avec une montée des discours masculinistes et conservateurs qui, chez ces derniers, prônent un retour aux valeurs traditionnelles.

Remarques :

1. Noter que, dans la discussion, les termes LGBTQ+ et transphobie reviennent dans la phraséologie alors que l’étude n’a rien à voir avec les transgenres/queers et ne s’intéresse qu’à l’orientation sexuelle.

2. Il n’y a aucune donnée dans cette étude et il n’y a aucune question dans les questionnaires qui permettent de pointer le doigt vers une des causes externes suggérées. En fait, la discussion du rapport ne s’appuie en rien sur les résultats de l’étude ni sur des connaissances liées à la réalité des élèves dans les écoles. Décevant !

3. En fait, la discussion évite de parler des données. Par exemple, on ne discute même pas du fait que les religions semblent un facteur explicatif de la hausse du malaise et que celles-ci réprouvent généralement l’homosexualité.  

4. Si les enjeux liés à l’identité de genre créent des impacts négatifs qui touchent « les acquis liés à l’orientation sexuelle », il faudrait qu’un organisme indépendant examine l’impact d’organismes comme GRIS-Montréal qui font la promotion de la pseudoscience du genre dans les écoles ; une idéologie qui ne reconnait pas la binarité du sexe et qui fait fi du fait que les homosexuels revendiquent une sexualité fondée sur la réalité du sexe et non pas sur le ressenti du genre.

5. En comparant les deux derniers rapports sur l’orientation sexuelle, celui de 2017[xiii] et celui qui fait l’objet de cette critique, il est malheureux de constater que le GRIS, en moins de 7 ans, a trahi sa mission première qui lui donnait toute sa crédibilité. Elle se préoccupait alors de démystifier l’homosexualité et de la bisexualité et de favoriser l’acceptation des personnes homosexuelles et bisexuelles à l’école et en société. En quelques années, l’organisme est devenu le porte-étendard grassement subventionné par le gouvernement (et d’autres organismes) d’une idéologie qui fait la promotion de la pseudoscience du genre. Actuellement, le GRIS endoctrine au lieu d’éduquer dans nos écoles. C’est inacceptable. Ce rapport s’aligne davantage avec l’hypothèse que le « nouveau » GRIS fait plus partie du problème que de la solution.




Billet du 18 janvier
Un guide pédagogique du GRIS réalisé
grâce à une subvention du
Ministère de la Justice du Québec


Une étude de l’organisme militant pro-LGBTQ2SAI+ GRIS-Montréal indique, parmi les jeunes, une hausse face à l’homosexualité et aux formes d’orientation sexuelle non traditionnelles.

Dévoilée jeudi, l’étude a été réalisée à partir de 35 000 questionnaires remplis par des élèves du secondaire dans plusieurs régions du Québec.

Selon l’organisme militant, le constat est « sans équivoque » : pour la première fois depuis qu’il a commencé à recueillir ces données il y a 30 ans, l’organisme observe « un recul » des attitudes chez les jeunes face « à la diversité sexuelle ».

« Pendant très longtemps, on avait l’impression que les jeunes avaient toujours une longueur d’avance sur ces enjeux. Là, il y a une régression, et une régression en très peu de temps », réagit le titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l’UQAM, Martin Blais.

Que veut-on dire par « inconfort » ?

Dans le cadre du sondage, les élèves ont été appelés à commenter différents scénarios afin de mesurer leur degré d’« ouverture ».

En 2017-2018, 25 % des répondants disaient éprouver un malaise face à l’orientation sexuelle d’un ami homosexuel, comparativement à près de 40 % en 2023-2024. Pour une amie lesbienne, la proportion est passée de 15 % à près de 34 %.

De plus, 24 % des élèves se disent très mal à l’aise devant un couple de pères homosexuels, contre 10 % en 2017-2018. Pour les familles de couples lesbiens, le niveau d’inconfort a triplé, passant de 7 % à 21 %.

Selon le sociologue et sexologue Martin Blais, ces chiffres confirment une réalité observée sur le terrain depuis quelques années. « Plusieurs groupes communautaires [LGBTQ2SAI+] rapportent une augmentation des discours hostiles », note-t-il.



À qui la hausse est-elle attribuable selon ces experts ?

Cette hausse n’est pas le fait d’un groupe particulier. L’augmentation du sentiment de malaise est observée chez les jeunes, peu importe leur âge, leur genre, leur niveau de religiosité ou la région qu’ils habitent, souligne l’organisme militant.

Elle est cependant plus marquée chez les jeunes scolarisés en dehors de la grande région de Montréal et chez les garçons.

De manière générale, les hommes et les jeunes hommes « ont toujours eu plus de résistance à l’égard de la diversité [sic] que les femmes », affirme M. Blais.

Qu’est-ce qui expliquerait ce recul ?

On a reproché beaucoup de choses aux personnes queers et aux personnes trans. De menacer les enfants, de vouloir faire du lobby auprès des enfants. D’accorder des droits aux personnes trans qui enlèveraient potentiellement des droits aux femmes. Ce genre de dialogue social percolerait dans le milieu scolaire. La normalité de ce ressac devant la radicalité croissante du discours et des exigences du lobby LGBTQ2SAI+, qui va bien au-delà de la simple tolérance, ne semble pas effleurer les « chercheurs » du GRIS.

Autre piste : la montée des discours masculinistes et conservateurs, alimentés en ligne par des influenceurs comme Andrew Tate.

Les experts ne semblent pas considérer que les « progressistes » urbains « ouverts sur la diversité » ont moins d'enfants et qu'ils sont remplacés par les enfants de parents plus traditionnels (« plus fermés sur la diversité ») souvent ruraux (y avoir des enfants est moins cher) ou immigrés, enfants qui épousent les valeurs traditionnelles de leurs parents.

Les plateformes de réseaux sociaux auraient peut-être aussi contribué au recul des attitudes face à la diversité en « amplifiant des voix qu’on entendait moins avant », souligne Martin Blais. Faut-il comprendre que ces voix étaient privées de tribune auparavant par les médias de grand chemin ?

Solution : davantage de propagande à l'école

Avec la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), le GRIS-Montréal appelle le gouvernement à augmenter la sensibilisation et la formation dans les écoles.

« C’est clair qu’il y a encore des enjeux d’éducation », affirme Martin Blais. Le sociologue rappelle qu’un moyen efficace de contrer l’intolérance est d’entrer en contact avec des personnes de l’autre groupe.

« C’est un levier extrêmement puissant », souligne-t-il.

« Extrêmement préoccupé par ces données », le cabinet du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, indique qu’il prendra « le temps d’analyser l’étude réalisée par le GRIS-Montréal ».

« Ce qui est certain, c’est que des gestes d’intolérance n’ont aucunement leur place dans nos écoles. Jamais on ne doit accepter ça », plaide-t-il, rappelant qu’il a déposé un plan de lutte contre la violence et l’intimidation en milieu scolaire.

On attend toujours des plans de lutte pour un français de qualité, la culture générale, l'application de la loi 101 aux cégeps, la francisation progressive des universités anglophones, etc.

Absence d'accès à l'étude complète et aux données

Notons que le sondage du GRIS n'est pas accessible au moment d'écrire ces lignes, on ne peut voir l’ensemble des données, une description de la méthodologie, du profil des écoles sondées, des analyses faites, etc. 
 
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samedi 31 août 2024

Québec — Chute marquée du taux de réussite en français à l'examen du ministère

Le taux de réussite à l’examen ministériel d’écriture des écoles privées québécoises est de 83,8 %, bien plus que les 66,9 % au public.


La chute marquée en français et la baisse notable des taux de réussite en sciences et technologies, contrastent avec le beau succès en mathématiques : les examens du ministère de l’Éducation de juin suscitent de vives inquiétudes.

Québec a dévoilé vendredi les résultats des derniers examens ministériels. Bien que les comparaisons d’une année à l’autre soient rendues complexes par l’allègement des contenus au fil des ans — d'abord en raison de la pandémie, puis à cause de la grève l’an dernier —, les difficultés en français sont indéniables. Les écoles privées affichent quant à elles des résultats nettement supérieurs.

En français, dans le réseau public, le taux de réussite à l’examen d’écriture n’atteint que 66,9 %, soit une baisse de 4,2 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, malgré les contenus allégés en raison de la grève qui a privé certains élèves d’un mois d’école. Dans les écoles privées, le taux de réussite au même examen s’élève à 83,8 %.

L'écart de réussite entre les garçons et les filles à cette même épreuve de français est de 10 points de pourcentage. Les garçons ont obtenu un taux de réussite de 65,5 %, contre 75,6 % pour les filles.
 
De meilleurs résultats en mathématiques

En mathématiques, les élèves du public ont réussi l’examen de juin dans une proportion de 76,6 %. C’est un bond de 7,5 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, où seulement 69 % des jeunes avaient obtenu la note de passage à cette épreuve.

Encore là, les élèves du réseau privé font nettement mieux : ils ont réussi l’examen de mathématiques dans une proportion de 90,7 %, en hausse de 7,6 points de pourcentage par rapport à l’année précédente.

En sciences, le taux de réussite est de 70,1 % (90,8 % pour les écoles privées). Avant la pandémie, ce taux, dans les écoles publiques, était de 74,4 %.
« Un laxisme total » en français

Suzanne-G. Chartrand, professeure à la retraite de l’Université Laval et fondatrice du mouvement Debout pour l’école !, croit que les mauvais résultats de français n’ont rien à voir avec la grève. Ils sont plutôt le résultat, à son avis, d’« un laxisme total depuis les années 1990 » du système de l’éducation qui n’accorde pas assez d’importance au français.

Les élèves, note-t-elle, peuvent écrire n’importe comment en géographie, en histoire, etc., sans jamais avoir de rétroaction ni perdre de points. Les jeunes devraient au contraire être encouragés à bien écrire dans toutes les matières, selon Mme Chartrand, et pas seulement dans les quelques textes qu’ils écriront dans leur cours de français.


Elle relève par ailleurs que les taux de réussite seraient encore plus bas si, dans la correction, moins de points étaient accordés à l’aspect « discours » pour lequel, pendant des mois entiers, les élèves apprennent « comme une recette » à écrire un texte argumentatif construit exactement selon le modèle attendu par le ministère de l’Éducation.

En mettant la recette en pratique, ils peuvent donc récolter assez de points pour obtenir la note de passage, même si leur orthographe, leur syntaxe ou leur vocabulaire sont catastrophiques.
Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, souligne que 3,6 milliards de dollars sont alloués annuellement aux services destinés aux élèves en difficulté, sans pour autant engendrer de meilleurs résultats.

Il insiste sur l’urgence pour le ministère de l’Éducation et celui de l’Enseignement supérieur de s’unir et de réfléchir de concert à ces enjeux.

En examinant les taux de réussite, il observe que, bien que modestes, ils demeurent élevés compte tenu qu’au moins un élève sur trois au secondaire bénéficie d’un plan d’intervention pour les élèves en difficulté.

Par ailleurs, M. Royer rappelle une statistique rapportée par Marie Montpetit, nouvelle présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps dans La Presse : un élève sur quatre échoue à son premier cours de français au cégep.

Les résultats décevants en français aux examens ministériels, principalement dans les écoles publiques, ne devraient pas surprendre le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. En effet, déjà en 2023, il avait annoncé qu’une consultation auprès d’experts serait engagée face à la qualité insuffisante du français, menant à l’élaboration d’un nouveau programme prévu pour la rentrée 2025.
 


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mardi 21 novembre 2023

Québec — Des milliers d'immigrants formés en anglais au secondaire (à la formation professionnelle)

Des clauses de la loi 101 mal rédigées et la volonté de permettre le libre choix de langue à partir de 16 ans (?) permettent à des milliers d'immigrants d'être formés à la formation professionnelle (35,5% du total !) en ANGLAIS.

Ce carnet est pour le libre choix de l'école, de la pédagogie, des enseignants employés même (comme dans d'autres pays) mais pour que tout l'enseignement subventionné soit en français. Plus de liberté pédagogique, mais inscrit dans un unilinguisme territorial (comme en Suisse, en Belgique, les États-Unis, etc.)

[Malgré la loi 101, étudier] au secondaire en anglais demeure possible pour les immigrants nés de deux parents allophones. En 20 ans, plus de 140 000 néo-Québécois ont suivi une formation professionnelle en anglais, en contradiction avec l’esprit de la Charte de la langue française, révèlent des données consultées par Le Devoir.

Pas moins du tiers (35,5 %) de tous les étudiants allophones du Québec en formation professionnelle au secondaire ont décroché leur diplôme en anglais en 2021. Le nombre réel est encore plus important, car ces statistiques excluent les écoles non subventionnées.



La Charte de la langue française stipule que « l’enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires », sauf exception. Or, la loi permet à n’importe qui de s’inscrire, une fois passé le cap des 16 ans, dans une formation professionnelle dans la langue de son choix. Il devient donc légal de terminer son secondaire aux adultes, ou a fortiori dans un programme de diplôme d’études professionnelles (DEP), tout en choisissant l’anglais comme langue d’apprentissage.

Ils sont plus de 140 000 à avoir ainsi profité de cette échappatoire depuis 2002, et plus de 10 000 en 2021, selon les données du ministère de l’Éducation. La formation professionnelle permet d’accéder à une panoplie de « métiers d’avenir », comme les qualifie le gouvernement, par exemple mécanicien, secrétaire ou conducteur de poids lourd.

Ce constat indigne le président du Mouvement Québec français, Maxime Laporte, contacté par Le Devoir. « On s’imagine que la normalité, c’est le libre choix [linguistique]. Je regrette, mais la normalité, c’est plutôt que la langue nationale, dans une société linguistiquement normale, s’impose comme langue commune, langue des institutions et langue officielle. »

La tactique est particulièrement courue dans les centres de services scolaires anglophones, où 57,8 % des nouveaux arrivants préfèrent étudier en anglais. « Dans le secteur de la formation professionnelle, c’est même devenu la principale activité des commissions scolaires anglaises à Montréal, pour ne pas dire une spécialité », renchérit Maxime Laporte.

Les enfants de travailleurs temporaires profitent également d’exemptions à l’obligation de l’apprentissage en français dans les écoles publiques. Le chercheur indépendant, chroniqueur et essayiste Frédéric Lacroix, qui a compilé les données citées ci-dessus, dresse un constat implacable. « Dans un contexte de hausse de l’immigration, de plus en plus de monde en nombre absolu n’a aucune obligation de francisation. »

De plus en plus d’écoles secondaires francophones offrent des formations professionnelles en anglais. En 20 ans, près de 10 000 étudiants ont profité de ces programmes.

Frédéric Lacroix s’inquiète de l’effet à long terme de cette scolarisation en anglais. Il ajoute que des études récentes indiquent ces « trous », résultats de « de clauses mal rédigées, d’omissions, de non-dits », qui conduisent une part toujours plus importante de Québécois à utiliser l’anglais dans la vie de tous les jours.

Selon l’Office québécois de la langue française (OQLF), la moitié des jeunes ayant étudié dans un établissement postsecondaire anglophone préfèrent travailler en anglais (50,4 %) et 28,7 % d’entre eux préfèrent recevoir un service en anglais dans les commerces.


 

Source:  Le Devoir

vendredi 17 mars 2023

Québec — et si l'on faisait le bilan du renouveau pédagogique ?

Chronique de Christian Rioux parue dans le Devoir.

À trois jours de la Journée internationale de la Francophonie, on voudrait parler d’autre chose. Mais il faut bien que quelqu’un s’y colle.

Pendant que les élites françaises se vautrent dans le globish, il serait rassurant de se dire que de notre côté de l’Atlantique, les choses vont mieux. Et pourtant, que nenni ! N’est-ce pas ce que nous confirmait ce rapport sur la maîtrise du français au collégial commandé par l’ex-ministre Danielle McCann en 2021 et rendu public seulement la semaine dernière ? Les autrices y rappellent les médiocres résultats des élèves en français à l’entrée du cégep. Elles soulignent surtout combien cette maîtrise est déterminante pour la réussite scolaire à tous les niveaux.

Mais que proposent-elles sinon d’enseigner la grammaire et l’orthographe au cégep. Et pourquoi pas en maîtrise et au doctorat ? « C’est comme si on demandait à un professeur de mathématiques au cégep d’enseigner les tables de multiplication ! » a fort justement répliqué la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, Caroline Quesnel.

Car, à moins de dénaturer la mission du cégep, la grammaire et l’orthographe n’ont rien à faire dans ce qui demeure le seul lieu où la littérature a encore une petite place après avoir été expulsée de l’enseignement général. Mais, la chose la plus étonnante dans ce rapport, c’est que devant ce cuisant échec, jamais les autrices ne se penchent sérieusement sur les graves lacunes de l’enseignement du français au primaire et au secondaire. Comme si tout regard vers le passé leur était interdit. Pas un instant elles ne tentent de jeter un œil critique sur les réformes qui ont été faites il y a vingt ans et dont les résultats s’étalent pourtant aujourd’hui au grand jour.

Qui se souvient encore du « Renouveau pédagogique », cette vaste réforme mise en branle au début des années 2000 qui consistait à faire de l’enfant son propre maître ? À réduire les cours magistraux au profit d’une pédagogie par projets. À refuser de définir un socle de connaissances minimum au profit d’un butinage permanent. À mépriser les dictées, les notes et le redoublement jugés tyranniques. Et surtout à ne jamais brimer nos chérubins et leur « estime de soi ». [Voir à ce sujet les résultats de cette pédagogie par projets transversaux en Finlande : Finlande, depuis 20 ans le niveau scolaire n'y cesse de baisser : immigration et réforme pédagogique]

Un jour, remplie de fierté, la fille d’un ami m’avait montré les petits « romans » illustrés qu’elle écrivait à l’école. Souvent imaginatifs, ils étaient néanmoins pratiquement illisibles tant la graphie, l’orthographe et la grammaire laissaient à désirer. À l’école, on ne voulait pas freiner sa « créativité » en la corrigeant.

 

N’importe quel enseignant sait pourtant que la grammaire et l’orthographe sont des savoirs qui exigent un apprentissage rigoureux, systématique et répétitif. La correction, elle, doit être permanente, et cela dès le plus jeune âge. Certainement pas au gré des désirs de l’enfant. On ne développe pas de tels automatismes en dilettante, mais par une discipline soutenue comme savait le faire, malgré ses lacunes, l’école de nos parents et de nos grands-parents.

Au contraire, les textes du ministère se font une gloire de proclamer haut et fort qu’on n’enseigne plus la « grammaire traditionnelle », mais… la « grammaire nouvelle » ! Un peu comme, à une autre époque, le biologiste patenté Lyssenko parlait de « science bourgeoise » et de… « science prolétarienne ». Au lieu d’apprendre et d’appliquer des règles, les élèves sont invités à « observer » la place des mots, à « discuter » des diverses graphies, à faire des « dictées négociées » [sic] afin d’établir un « consensus », comme s’ils devaient redécouvrir eux-mêmes, à tâtons, des codes vieux de plusieurs siècles.

Il aura donc fallu « 20 ans de réforme pour arriver à une maîtrise du français inférieure à ce qu’elle a toujours été », affirmait récemment Lise Bissonnette en entrevue à Radio-Canada. Et l’ancienne directrice du Devoir de conclure que « cette réforme nous a menés à une impasse ».

Ceux qui regardent ailleurs sont complices, car les causes de cet échec ont été analysées depuis longtemps. Qu’on me permette de citer à nouveau notre ancienne directrice. « Pour que l’école soit un milieu de vie et d’apprentissage plus attrayant, on a privilégié les approches qui imposaient le moins de contraintes possible, qui valorisaient l’enfant en le faisant le “constructeur” de savoirs qu’il pouvait puiser dans son environnement immédiat. Pourquoi s’encombrer l’esprit du nom et de la description des continents quand on peut faire le tour de son propre quartier ? » (Lise Bissonnette, entretiens, Boréal).

En témoignent le jargon et le fouillis intellectuel des programmes. Vingt ans plus tard, les résultats sautent aux yeux. Mais nos experts persistent à ne rien voir. Il faudrait pour cela déloger l’idéologie qui règne en maître dans les « sciences de l’éducation ». Une idéologie et un jargon délétères qui, en voulant transformer en science « l’art de la pédagogie », disait il y a longtemps le professeur Gaëtan Daoust de l’Université de Montréal, en ont fait une triste technique bureaucratique émaillée de psycho pop. C’est ce qu’avaient magistralement dénoncé en leur temps l’écrivain Jean Larose et notre collègue Patrick Moreau (Pourquoi nos enfants sortent-ils de l’école ignorants ?, Boréal).

Vingt ans, c’est une génération. Peut-être serait-il temps de faire le bilan ? Nul doute que quelque part un nouveau ministre se prépare à lancer un énième « plan d’action » pour l’amélioration du français. Pourquoi pas ? Mais tout cela demeurera un vœu pieux tant qu’on ne remettra pas la transmission des connaissances au cœur de l’école.

[Christian Rioux a raison de se pencher sur le bilan du renouveau pédagogique. Il faut y ajouter la réduction des heures de français rognées par l'imposition de l'anglais intensif et précoce et des cours comme éthique et culture religieuse. Il n'aborde pas non plus l'impact de l'immigration allophone grandissante sur la qualité du français.]

Bonne Journée internationale de la Francophonie quand même…

Voir aussi 

Renouveau pédagogique au Québec — les enfants de la réforme ont des difficultés au cégep (2018) 

Vu de France — Le fiasco de la réforme scolaire québécoise (2016)

Le pédagogiste, symbole de l'égarement intellectuel 

Québec : « La réforme scolaire ? À la poubelle ! »

Les ratés (et les succès) de la réforme scolaire au Québec

Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l'éducation sur du sable (2009) 

Un grand brouillard au Conseil supérieur de l’Éducation

L'anglais intensif au primaire, une mauvaise idée, imposée par Jean Charest 

Québec — Triplement du nombre d'heures d'anglais en une trentaine d'années

La naïveté québécoise face à l'immigration et à la dénatalité : l'anglais langue commune même à l'école en français...

Montréal — écoles privées ajoutent 12e année pour éviter aux élèves d'apprendre le français et aller ensuite à l'université anglophone

samedi 28 janvier 2023

Cours ECR et lutte contre le racisme : enseignante surprise à désinformer

Le controversé cours d’Éthique et de culture religieuse est de nouveau le lieu d’un exemple de militantisme et de désinformation de la part d’une enseignante enregistrée à son insu. Jean-François Lisée en fait le récit :

[A]ssoyons-nous à l’arrière d’une classe de cinquième secondaire de la région de Montréal en ce frisquet mois de janvier pour être instruit sur le problème du racisme dans le cours Éthique et culture religieuse.

Nous avons d’abord droit à une définition classique du racisme : la conviction que certaines races sont supérieures aux autres. Bien. Qu’en est-il chez nous ? « Selon les chiffres de Statistique Canada, Statistique Québec, affirme l’enseignante, 59 % des Québécois se prétendent racistes. 59 %, c’est énorme. Alors, quand le gouvernement dit qu’on n’est pas racistes, c’est pas vrai, hein. Les chiffres parlent plus fort que les mots. »

Ça commence fort. Ce pourcentage existe : il vient d’un sondage Léger de 2007 qui demandait aux Québécois s’ils s’estimaient tels, au plus fort du débat sur les accommodements religieux. Le total de 59 % cumule les réponses « fortement ou moyennement » (16 %) et « faiblement » (43 %) racistes. Léger n’avait cependant pas demandé si les Québécois estimaient certaines races supérieures aux autres. Angus Reid l’a demandé pas plus tard qu’en 2021 et a trouvé que 9 % des Québécois partageaient cette odieuse conviction, comparativement à 12 % des Canadiens et (cramponnez-vous) à 18 % des membres des minorités visibles.

Mais ne chipotons pas, continuons d’écouter la prof qui assène cette vérité : « Le Québec est la province la moins tolérante et la moins accueillante du Canada. » Mais d’où vient notre propension à autant détester l’autre ? Pas des générations dont font partie la prof et ses élèves, précise-t-elle. Alors qui ? Voici l’extrait complet de l’enregistrement audio qu’une bonne âme m’a fait parvenir : « Ça s’explique avec la génération des baby-boomers — vous connaissez ? —, donc ceux qui ont grandi dans les années 1950 et 1960. Et qu’est-ce qui est arrivé de majeur dans les années 1950 et 1960 ? Il y a eu des grosses vagues d’immigration. Ç’a créé un choc culturel que certains d’entre eux n’ont pas encore digéré. Nous, on est habitués de vivre avec d’autres cultures, mais cette génération-là, au départ, ne l’était pas. » » Et, « ça a mené à ce chiffre puisque les baby-boomers sont encore en vie ». Heureusement, ce problème va finir par disparaître de lui-même.

Mais il continue de sévir car, nous dit l’enseignante, « le taux de discrimination au travail est de 57 % ». Je n’ai pas trouvé de source pour ce taux et, s’il est certain que la discrimination à l’embauche est bien documentée, selon les chiffres de l’économiste Mario Jodoin le taux d’emploi en 2022 des 25 à 54 ans est de 74,9 % pour les immigrants (en forte hausse depuis une dizaine d’années) et de 88,8 % pour ceux nés au Canada. On est donc loin d’une différence de 57 % et l’écart se referme graduellement.

Mais ne chipotons pas. Les élèves visionnent ensuite un documentaire de 20 minutes intitulé Racisme, ses origines, son histoire, présenté par l’historien Laurent Turcot sur un texte de l’historien Alexandre Dumas. Il est vrai que, comme le précise Dumas dans un échange consécutif à la publication de ce texte dans Le Devoir, la vidéo indique que « le racisme n’est pas exclusif aux Blancs ou encore au monde occidental » et se consacre ensuite entièrement à l’évolution du racisme en Occident. Cependant les élèves qui y entendent que ce n’est qu’en Occident qu’on « retrouve une discrimination parfaitement assumée » et qu’« il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui » ne peuvent tirer d’autre conclusion que le racisme est consubstantiel à l’Occident. Certes on peut — et l’on doit — dénoncer jusqu’à plus soif le racisme occidental, mais les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens ou encore que que la plus grande opération mondiale d’esclavage de l’histoire fut musulmane, les États musulmans ayant cumulativement mis environ un million de chrétiens en esclavage à partir du XVIe siècle. Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique.

La vidéo fait son boulot de bien dénoncer les Nazis, l’apartheid et la ségrégation américaine, mais minimise l’importance des victoires des antiracistes face à ce fléau et va jusqu’à attribuer les victoires de Martin Luther King et du mouvement pour les droits civiques des années 1960 à des impératifs de politique étrangère des États-Unis plutôt qu’au travail colossal de MLK et de son mouvement, et du grand nombre de Blancs, dont plusieurs Juifs, qui ont mis leur vie en danger pour faire triompher cette cause.

Bref, en 55 minutes, le cours réussit à inculquer une fausseté historique — le racisme est occidental —, une fausseté nationale — les Québécois sont massivement racistes —, une fausseté canadienne — le Québec est l’endroit le plus raciste au Canada — et une fausseté générationnelle — c’est la faute des baby-boomers. C’est beaucoup.

Voir aussi 

Profs indignés par « abolition » d’ECR : « On veut faire des gens des citoyens du monde »

Intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse  

ECR — Jacques Pettigrew payé 90 K $ pour réviser le programme qu’il a aidé à créer 

Éthique et culture religieuse (toujours pas abrogé) — certains profs disent marcher sur des œufs

 
  

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier 

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse » 

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »

Formateur de formateurs en ECR à L’ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles

Enseignant ECR : Syntaxe bancale et robinet d’eau tiède politiquement correcte 

Rapport : les élèves passés par ECR connaissent mal les religions, mais sont tolérants envers les signes religieux

Nos billets sur la contestation du collège Loyola contre l’imposition d’ECR

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Le témoignage de la mère de Drummondville qui est allée en Cour suprême contre l’imposition d’ECR

C’est à l’école que je suis devenu athée, lors d’un cours d’histoire des religions

Les athées sont-ils moins altruistes ?

Étude : les croyants ne sont pas moins ouverts d’esprit que les athées, parfois ils sont même plus ouverts

Les enfants religieux seraient plus heureux 

 

jeudi 17 février 2022

Maîtrise du français: le coup de barre n’a pas été donné

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement Legault, l’Association québécoise des « professeur-e-s » [sic] de français considère qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la maîtrise du français sur les bancs d’école, puisque «le coup de barre» n’a pas été donné.

«Le coup de barre, les enseignants l’ont plutôt reçu dans le front à plusieurs reprises depuis les dernières années, en raison de plusieurs manques à gagner dans leurs conditions de travail», lance la présidente de l'AQPF, Katya Pelletier.

Mme Pelletier tenait à réagir aux propos du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui estime avoir donné «le coup de barre nécessaire» pour permettre aux élèves d’améliorer leurs compétences en français, après avoir mis en place différentes mesures d’aide dont les impacts se feront sentir dans les prochaines années. 

Plusieurs réactions

Le ministre a tenu ces pro­pos à la suite d’un dos­sier publié par Le Jour­nal qui pré­sen­tait des solu­tions pour amé­lio­rer le français sur les bancs d’école, alors que 40 % des élèves qué­bé­cois échouent en ortho­graphe à la fin du secon­daire.

Or, les décla­ra­tions du ministre Roberge ont sus­cité de vives réac­tions dans les rangs des ensei­gnants membres de L’AQPF, qui voient les choses tout autre­ment sur le ter­rain.

L’APPF recon­naît que des boni­fi­ca­tions ont été faites dans la for­ma­tion conti­nue, de même que dans le finan­ce­ment rat­ta­ché à l’embauche de pro­fes­sion­nels et à l’achat de livres. Mais ce n’est pas suf­fi­sant, indique sa pré­si­dente.

« C’est le début d’un pro­ces­sus, ça ne va pas tout régler », affirme Katya Pel­le­tier.

Pénurie de main-d'oeuvre

La for­ma­tion conti­nue est main­te­nant obli­ga­toire, mais les ensei­gnants n’ont aucune obli­ga­tion de se per­fec­tion­ner en français.

Des sommes sup­plé­men­taires sont dis­po­nibles pour embau­cher davan­tage d’ortho­pé­da­gogues ou d’ortho­pho­nistes dans le réseau sco­laire, mais plu­sieurs postes sont vacants en rai­son de la pénu­rie de main-d’œuvre.

Les profs ont accès à plus de livres, mais encore faut-il qu’ils soient mieux for­més pour bien les uti­li­ser en classe.

Pour y arri­ver, L’AQPF réclame d’abord un état des lieux afin de bien cer­ner les dif­fi­cul­tés des élèves et les besoins des ensei­gnants, ce qui per­met­tra de mieux inter­ve­nir grâce à des orien­ta­tions claires.

La pénu­rie de pro­fes­sion­nels dans le réseau sco­laire, qui existe depuis plu­sieurs années, est un autre défi impor­tant.

« Il n’y en a pas, de per­son­nel, pré­sen­te­ment. On a besoin d’ortho­pé­da­gogues et d’ortho­pho­nistes. C’est criant », affirme Mme Pel­le­tier.


dimanche 30 mai 2021

Québec — « On diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire »

Éléonore Bernier-Hamel a été estomaquée en corrigeant la dissertation finale de ses étudiants en littérature québécoise cette semaine. En dix ans d’enseignement au collégial, elle n’avait jamais vu des lacunes aussi flagrantes en français. Plus de la moitié de ses élèves ont échoué. La moyenne du groupe a été de 65 %. Elle avait pourtant abaissé ses exigences à cause des difficultés de l’enseignement à distance.

« Mon Dieu, ce n’était pas facile, cette session. Plusieurs élèves n’avaient pas les compétences de base en littératie. Ils avaient d’énormes difficultés à comprendre un texte simple. J’ai l’impression que plusieurs d’entre eux sont passés à travers les mailles du filet », raconte l’enseignante de littérature au cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, dans la couronne nord de Montréal.

Elle n’est pas la seule à remarquer une baisse des aptitudes des cégépiens à s’exprimer et à comprendre les œuvres littéraires. Huit enseignantes établies dans six régions du Québec ont confié au Devoir avoir constaté que leurs élèves ont de sérieuses lacunes en français. L’enseignement presque entièrement à distance depuis le mois de mars 2020 a porté un dur coup à la motivation des étudiants. À leur capacité de concentration. À leur réussite, aussi.

Les résultats officiels de la session qui s’achève seront compilés dans les prochaines semaines. Mais les enseignantes consultées s’inquiètent déjà des difficultés sans précédent de leurs élèves en français. Elles estiment que le problème est plus profond que les seuls défis liés à la pandémie.

« Je me questionne sur le contenu des cours au secondaire, dit Éléonore Bernier-Hamel. Je m’interroge sur le programme, pas sur les profs. Les élèves arrivent avec une série de lacunes qu’on doit essayer de rattraper au collégial. J’ai l’impression qu’on diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire. Il y en a plein au cégep. »

La prof de littérature estime que plusieurs de ses étudiants seraient incapables d’aider des enfants de sixième année du primaire à faire leurs devoirs. Bien sûr, une bonne partie de ses élèves réussissent très bien, mais elle est étonnée par le niveau général de « médiocrité » de certains groupes.

À cause des perturbations liées à la pandémie, Éléonore Bernier-Hamel a fait lire trois ouvrages relativement simples à ses élèves, plutôt que quatre, comme en temps normal : La Scouine d’Albert Laberge, La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette et L’homme rapaillé de Gaston Miron.

Résultat : pénible. Grandes difficultés à lire, à comprendre et à produire un discours critique sur ces œuvres. Manque de culture. Plusieurs cégépiens connaissent mal la Grande Noirceur, la Révolution tranquille, Duplessis.

Tricherie et plagiat

Annie Rousseau, enseignante de littérature au collège de Rosemont, constate les mêmes lacunes chez ses élèves. La moitié d’un de ses groupes aurait échoué cette session si elle l’avait évaluée avec les mêmes critères qu’en temps normal. Le tiers n’a finalement pas eu la note de passage, parce qu’elle a adapté l’évaluation au contexte de l’enseignement à distance.

Pour elle, la pandémie a réellement perturbé l’enseignement. Les résultats des élèves sont tellement mauvais qu’elle a douté d’elle-même en tant que prof. Elle estime aussi que la tricherie et le plagiat n’ont jamais été aussi répandus que depuis l’implantation de l’enseignement virtuel.

« Le concept de fraude et de plagiat est extrêmement flou dans les circonstances actuelles. Les élèves se font aider de toutes sortes de façons, même par leurs parents. Ils communiquent entre eux pendant les évaluations. Mais ils sont convaincus qu’ils ont le droit d’avoir de l’aide », raconte Annie Rousseau.

Les élèves ne sont pas tous égaux devant la pandémie. L’enseignante devine que certains d’entre eux n’ont pas d’ordinateur, ou le partagent avec d’autres membres de leur famille. Plusieurs n’ont pas de lieu tranquille pour suivre leurs cours en ligne.

Catherine Guénette, prof de littérature au collège de Maisonneuve, soupçonne elle aussi qu’une partie de ses élèves font leurs travaux sur leur téléphone. Elle voit souvent des phrases illisibles dans des questionnaires qu’elle organise sur la plateforme Forms — signe possible que les étudiants écrivent sur un miniclavier de téléphone et sans véritable logiciel de correction.

« Je note davantage de graves problèmes en compréhension en lecture et surtout en écriture : des phrases sans sens, des textes sans ponctuation, des erreurs de vocabulaire de base », remarque elle aussi Chantale Girard, enseignante de littérature au cégep de Chicoutimi.

And to speak English... le plus tôt possible si vous êtes francophone au Québec. François Legault a ainsi parlé de renforcer les programmes d'anglais intensif quand il présentait la loi 101 renforcée...

Manque de maturité

« L’enseignement à distance remet la responsabilité de la réussite dans les mains des étudiants, et c’est une erreur de croire que les cégépiens ont la maturité nécessaire pour se prendre en charge par eux-mêmes », ajoute-t-elle. Tous les profs le disent : en classe, ils vont au-devant des jeunes plus timides ou en difficulté. Ce qui est à peu près impossible à accomplir devant un écran d’ordinateur, surtout quand la vaste majorité des étudiants gardent leur caméra fermée.

La pandémie a mis en relief une possible faille du système scolaire, affirme de son côté Elisabeth Rousseau, enseignante en littérature au collège André-Grasset : les étudiants dits « ordinaires » qui ont généralement réussi à l’école, mais qui arrivent désorganisés au cégep. « Les plus problématiques ne sont pas les élèves en difficulté, qui ont des besoins particuliers, dit-elle. Ce sont plutôt ceux qui croient comprendre, qui ont toujours eu 80 %, mais qui ne savent pas lire correctement. On dirait que ces étudiants-là ne veulent pas apprendre. »

Elle croit que le programme pédagogique en lecture rate la cible dès le niveau primaire. « Les devoirs [au primaire], c’est n’importe quoi. Les enfants lisent avec des œillères pour trouver les réponses aux questions, mais ils n’apprennent pas à décoder le sens du texte. C’est extrêmement préoccupant », dit Elisabeth Rousseau.

Baudelaire retiré du plan de cours, trop compliqué

La gestion de la pandémie a accéléré la baisse du niveau de français des élèves, mais le déclin a commencé bien avant, estime Sophie Milcent, enseignante de littérature au collège Mérici, un établissement privé de Québec. La prof, qui enseigne depuis 20 ans, constate depuis plusieurs années un manque de vocabulaire et de culture générale des jeunes.

« J’ai réduit de beaucoup la matière enseignée ainsi que mes attentes », dit-elle. Sophie Milcent a retiré Baudelaire de ses plans de cours. Trop compliqué pour les élèves, qui manquent de connaissances en histoire et en culture religieuse pour comprendre le contexte. Blaise Cendrars y figure toujours, mais donne des maux de tête aux jeunes.

L’enseignante reste optimiste malgré les hauts et les bas du système scolaire. « Ce n’est pas la catastrophe », relativise-t-elle. « Je ne crois pas que tout se déglingue, ajoute Elisabeth Rousseau. Oui, on remarque de grandes difficultés, mais en général, nos étudiants s’en sortent correctement. »

Le défi est d’intéresser les jeunes à l’importance de maîtriser le français, souligne Rosalie Grenier, enseignante au cégep de Thetford. « Ils demandent à quoi ça sert, le français. Je leur dis que ça peut servir à obtenir une promotion au travail ou même à rencontrer quelqu’un : si tu fais 16 fautes en trois phrases sur Tinder, tu vas peut-être donner une première impression négative. »

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vendredi 28 avril 2017

Québec — Notes dans le primaire et secondaire revue systématiquement à la hausse ?

Près de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ayant répondu à un questionnaire syndical affirment que des résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves ont été modifiés sans leur accord.

Quelque 47 % des répondants à un sondage interne de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) indiquent que des notes attribuées à leurs élèves ont été changées à leur insu depuis la rentrée scolaire de septembre 2015. Ce résultat « troublant » fait dire à la FAE que les gestionnaires de l’éducation « tripotent » les résultats d’examen pour gonfler artificiellement le taux de réussite des élèves.

« L’évaluation des élèves au Québec, c’est un grand mensonge », dit au Devoir Sylvain Mallette, président de la FAE, qui représente 34 000 enseignants dans 10 commissions scolaires (Montréal, Laval, Outaouais, Granby, Haute-Yamaska, Basses-Laurentides et Montérégie).

« Le ministère de l’Éducation, les commissions scolaires et les directions d’école fixent des cibles de réussite. Si les élèves ont des résultats en deçà des cibles fixées, les enseignants sont rencontrés pour augmenter les notes. On le dit depuis longtemps et ça se confirme », ajoute Sylvain Mallette.

Le questionnaire a été diffusé entre le 6 et le 26 février 2017 auprès des membres de la FAE ; 632 enseignants (66 % du primaire et 34 % du secondaire) ont répondu à la consultation menée en ligne. Seuls les enseignants qui ont administré une épreuve ministérielle en juin 2016 pouvaient répondre.

Un enseignant sur cinq (20 %) affirme s’être fait demander de modifier des résultats (à une épreuve ou au bulletin) d’un ou de plusieurs de ses élèves. Selon ce que rapportent les enseignants, les motifs invoqués pour justifier ces demandes sont les suivants :

  • pour donner une chance aux élèves (48 %) ;
  • pour améliorer le taux de réussite ou atteindre les cibles de réussite fixées (28 %) ;
  • pour arrondir les résultats (23 %).

Pour la FAE, ces faits confirment les effets pervers de la gestion du système scolaire par résultats. Le ministère, les commissions scolaires et les directions d’école cherchent à gonfler les résultats des examens ministériels pour démontrer que les élèves « réussissent » bien.

Le ministre se dit préoccupé

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a évoqué cette consultation de la FAE, jeudi en commission parlementaire à Québec. Il a reconnu être préoccupé par les échos qu’il a eus du questionnaire. « Je souhaite que des vérifications soient faites très rapidement » au ministère au sujet de l’évaluation des élèves, a-t-il dit.

Des éléments bien connus de la Loi sur l’instruction publique peuvent expliquer les modifications apportées aux notes des élèves, estime le ministre. Il a rappelé que le ministère fait la « conversion » et la « modération » des notes aux épreuves ministérielles pour s’assurer que les résultats sont équitables d’une école à l’autre ou d’une classe à l’autre.

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lundi 25 avril 2016

Angleterre — Toutes les écoles publiques deviendront des « académies » d'ici 2020


Les « académies » en Angleterre sont des écoles financées par le Trésor public, mais dont la gestion est confiée à un partenaire privé qui peut être une entreprise, une association de parents. Elles sont des organismes sans but lucratif indépendants de l’administration locale. Les académies dérogent aussi à l’accord professionnel sur les salaires enseignants et sur les programmes nationaux. Les Académies peuvent recevoir un soutien supplémentaire de la part de particuliers ou d’entreprise, que ce soit financièrement ou en nature. Elles ne doivent pas suivre le programme national, mais doivent cependant veiller à ce que leur programme soit large et équilibré et qu’il comprenne les matières de base que sont les mathématiques et l’anglais. Elles font l’objet d’une inspection par l’Ofsted.

Lors de la présentation du nouveau budget, le 17 mars dernier, le ministre anglais des Finances, George Osborne, a annoncé la privatisation de toutes les écoles publiques d’ici 2020. C’est l’achèvement d’un processus de décentralisation et de responsabilisation commencé en 2010. Lorsque David Cameron devient Premier ministre en mai 2010, l’école anglaise est dans une situation lamentable. Fidèle à son projet de Grande Société, le nouveau gouvernement décide de réformer l’école en injectant plus de liberté, et non pas plus d’étatisme. Dès la rentrée de septembre 2010, le gouvernement donne la possibilité de créer des « écoles libres ». Il s’agit d’écoles fondées par des parents, des entreprises ou des associations et financées par l’État par un système qui s’apparente au chèque éducation. Ces écoles libres peuvent recruter leur personnel, bâtir leurs programmes et organiser librement l’année scolaire. Le succès est immédiat puisque des centaines d’écoles libres se créent.

Dans le même temps, le gouvernement cherche à insuffler de la liberté dans les écoles d’État. Pour cela, il développe le statut d’Académie. Ce sont des écoles publiques, financées par de l’argent public, mais qui disposent d’une gestion privée, avec les mêmes prérogatives que les écoles libres (liberté de recrutement et de pédagogie). Ce système n’est valable qu’en Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles ayant une gestion scolaire différente.

L’Angleterre compte déjà 2 075 académies dans le secondaire, sur 3 381 écoles, et 2 440 sur 16 766 dans le primaire. Le but du gouvernement est donc que l’ensemble des écoles publiques d’Angleterre acquiert ce statut dans quatre ans. Voilà comment en six ans, par la primauté donnée à la liberté, le gouvernement de David Cameron a totalement réformé l’école, permettant à la fois de faire d’importantes économies et d’améliorer le niveau scolaire.

Sources : Contrepoints, BBC

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Les « écoles libres » en Grande-Bretagne : des écoles vraiment autonomes et subventionnées par l'État

« L’avenir de notre école passe par l’autonomie »


samedi 29 novembre 2014

Cours ECR impossible : les preuves de l'existence de Dieu ?


Voici une vidéo réalisée pour un cours de philosophie dans une école française. Nous ne sommes pas sûrs que ce cours pourrait être donné officiellement dans le cadre du programme d'éthique et de culture religieuse au Québec (le professeur y est d'abord honnête et dit ce qu'il pense...)







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lundi 24 novembre 2014

Instruction en famille — Atelier internet sur le post-secondaire


Vous instruisez vos enfants à la maison et vous vous demandez ce qui se passe après l’école secondaire ? Êtes-vous confus sur les différentes options ? Êtes-vous incapable de participer aux ateliers ? Nous avons la solution !

L’Association d’enfants scolarisés à la maison (AESM) est fière de vous présenter un atelier en ligne sur les options postsecondaires donné par Sylvie Crasci.

Cet atelier internet sera offert en français et est payable via PayPal (des questions en anglais pourront être posées). Cliquez sur le lien pour effectuer le paiement sur le site sécurisé de PayPal. Un courriel de confirmation vous sera envoyé 24 heures après réception du paiement. Si vous n’avez pas reçu de confirmation après ce délai, veuillez faire parvenir un courriel au: inscription@ecolemaisonlanaudiere.org.

Quand ? mercredi, le 26 novembre 2014 de 19 h à 21 h

Où ? Internet (le lien vous sera envoyé avant la présentation).

Coût ? 5 $ par participant payable par PayPal


Si vous connaissez quelqu’un qui pourrait bénéficier de cet atelier, n’hésitez pas à transmettre cette invitation.

info@ecolemaisonlanaudiere.org




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lundi 3 novembre 2014

Québec — Le taux d'échec en français bondit en 5e secondaire

Le français donne du fil à retordre aux élèves de cinquième secondaire. Ils ont été plus nombreux à échouer à l’épreuve ministérielle d’écriture en juin 2014 que l’année précédente. Plus d’un élève sur quatre n’a pas obtenu la note de passage, le taux de réussite étant de 73,4 % comparé à 79,7 % en 2013, selon des données préliminaires obtenues par Le Soleil.

Ces chiffres comprennent les résultats obtenus dans les réseaux d’éducation public et privé. En tenant compte seulement des élèves qui fréquentent les écoles secondaires publiques, la diminution est encore plus marquée : le taux de réussite, qui était de 76,2 % l’an dernier, est de 69,4 % pour l’examen de juin 2014. Cette épreuve d’écriture consiste à rédiger une lettre ouverte d’environ 500 mots.

Les résultats officiels n’ont pas encore été rendus publics par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), mais des résultats provisoires circulent depuis déjà quelques semaines dans les commissions scolaires. Ces chiffres ne tiennent toutefois pas compte des résultats des élèves aux reprises, qui se déroulent en août et en janvier.

Analyse en cours

Au MELS, la porte-parole Esther Chouinard indique qu’une analyse plus approfondie des résultats serait en cours pour tenter de comprendre ce qui peut expliquer cette baisse du taux de réussite. « L’épreuve ministérielle d’écriture de cinquième secondaire serait équivalente aux épreuves des années antérieures. Elle aurait connu le même processus d’élaboration et de validation que les épreuves des années antérieures », ajoute Mme Chouinard.

À l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF), la présidente par intérim, Geneviève Messier, affirme qu’il serait intéressant que l’analyse du Ministère soit rendue publique, afin que « les enseignants du secondaire puissent s’ajuster » au besoin.

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vendredi 5 septembre 2014

Suisse – Un site Internet pour dénoncer les « profs gauchistes »

Polémique en Suisse après la mise en ligne ce dimanche par les jeunes de l'Union démocratique du Centre (UDC) d'un site Internet visant à dénoncer les professeurs classés trop à gauche. L'UDC, parti classé le plus à droite sur l'échiquier politique suisse, modèle affiché pour le Front National, souvent qualifié de populiste par certains observateurs, est le premier parti du pays. Le projet intitulé « Freie Schulen » (écoles libres) dénonce « l'influence politique unilatérale » prodiguée dans les écoles suisses, et prétend lutter contre « l'endoctrinement gauchiste en classe ». Plus précisément, les enseignants déviants sont accusés de « dénigrer des partis ou des hommes politiques » ainsi que de déformer les contextes politiques, historiques et économiques, nuisant ainsi au patriotisme suisse. Sur le site Freie-Schulen.ch – qui se veut une plateforme de débat interactive s'adressant aux élèves du secondaire et aux étudiants – on trouve un formulaire de réclamation où l'on peut rapporter un incident. Les témoignages sélectionnés sont ensuite publiés, l'anonymat des professeurs étant en principe préservé. À l'origine du projet, Anian Liebrand, le président des jeunes de l'UDC, se défend d'avoir créé une plateforme de délation. « Nous publions uniquement les messages dont on connaît l'expéditeur, qui sont pertinents et que nous avons soigneusement vérifié à l'avance », affirme-t-il dans la charte d'utilisation du site.

Des rubriques de « savoirs alternatifs » contre les « contenus pédagogiques de gauche »
 
 
Toujours pour lutter contre l'endoctrinement, le site propose également un volet « connaissances alternatives » visant à réinformer les étudiants subissant les « contenus pédagogiques de gauche ». On y trouve pêle-mêle différentes rubriques aux contenus hétéroclites : entre autres, un résumé patriotique de l'histoire suisse, une dénonciation de la mainmise de Bruxelles et de l'ONU sur le pays et une remise en cause du réchauffement climatique (sobrement intitulée Éco-fascisme et mensonge climatique). Un mélange composite, entre théorie du complot et ré-information, qui n'est pas sans rappeler le site Égalité et réconciliation d'Alain Soral. vL'initiative des jeunes agrariens a immédiatement provoqué un cortège d'indignation dans le pays. « Les profs sont terriblement choqués  » a affirmé un responsable syndical. Raphaël Pomey, journaliste au Matin.ch, s'interroge sur la légitimité de la méthode employée. « Que l'on veille à ne pas laisser les classes se transformer en salles de meetings politiques, pourquoi pas. Mais est-ce vraiment le rôle d'un parti de se substituer aux parents et aux associations de parents d'élèves pour contrôler cela ? Pas sûr. » Il relève un paradoxe, et non des moindres : « encourager des ados à “balancer” anonymement des adultes déjà constamment sous pression est un procédé assez étonnant de la part d'une formation politique qui se veut garante des valeurs traditionnelles. »





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dimanche 23 mars 2014

Loyola contre Monopole de l'Éducation du Québec — résumé des positions écrites

Pour le compte rendu de l'audience en Cour suprême, cliquez ici.

Statue d’Ignace de Loyola à l’entrée de l’école du même nom
Le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) imposé dans les écoles du Québec sera mis à l’épreuve devant la Cour suprême ce lundi 24 mars 2014.

Le plus haut tribunal du Canada entendra la plainte du collège Loyola de Montréal contre le gouvernement du Québec qui refuse à l’école de tradition jésuite de concéder que son programme de morale et de religions du monde est équivalent au programme Éthique et de culture religieuse.

On trouvera ci-dessous un résumé des positions écrites des parties, de leur mémoire.

Le collège Loyola

1. Loyola jouit de la liberté de religion

Loyola fait valoir qu’il jouit de la liberté de religion en vertu de la Charte canadienne et la Charte québécoise. Le contexte historique de la liberté religieuse au Canada révèle l’importance de la liberté religieuse au niveau des personnes morales et des institutions. Au XVIIIe siècle, le traité de Paris et l’Acte de Québec garantissaient le libre exercice de la religion catholique au Canada. Les catholiques ne se virent pas seulement donner le droit, écrit Loyola, de « se livrer librement à la spéculation métaphysique privée », mais « de pratiquer la religion catholique sous tous ses aspects, à la fois individuelle et collective ». En fait, la protection de l’éducation religieuse était « sans doute l’aspect le plus critique de ce droit religieux collectif » et un sujet central du compromis historique entre catholiques et protestants scellé à la Confédération canadienne.

Loyola souligne ensuite que la jurisprudence de la Cour suprême (CSC) qui précède la promulgation de la Charte soutenait cette liberté religieuse de nature institutionnelle. Conscient de ce contexte lors de l’adoption de la Charte canadienne et la Charte québécoise, « Les rédacteurs de ces chartes ne pouvaient guère avoir à l’esprit une conception aussi restrictive que celle défendue aujourd’hui par le procureur général du Québec [pour qui la liberté religieuse ne s’applique qu’aux particuliers]. » Bien que la Cour suprême ait interprété la Charte canadienne jusqu’à ce jour en mettant l’accent sur la liberté de religion individuelle, ce n’est qu’en raison d’affaires importantes particulières que le tribunal a entendues et non parce que la dimension collective de la liberté religieuse ne serait pas protégée par la Charte canadienne.

La CSC a affirmé à plusieurs reprises que la protection de la Charte canadienne doit recevoir une interprétation large et libérale. Interpréter la Charte d’une manière qui restreindrait la protection des institutions religieuses par rapport à celle dont elles ont joui au Canada pendant 250 ans violerait ce principe d’interprétation. La dimension collective a toujours été partie intégrante de la liberté religieuse au Canada que ce soit pour les catholiques ou les autres.

2. La décision du ministre était déraisonnable

Loyola ne conteste pas la légitimité du gouvernement quand il insiste pour que tous les élèves reçoivent un enseignement sur les religions du monde et sur les décisions éthiques. Loyola soutient plutôt que le ministre a commis une erreur en rejetant sa demande d’équivalence de cours (1) en supposant sans preuve que les cours de Loyola ne pouvaient pas être « équivalents » au programme ECR du ministère parce qu’il est de nature confessionnelle et (2) en omettant de considérer l’impact de ce refus sur les droits d’une école religieuse.

En ce qui concerne le critère d’équivalence, le cadre réglementaire démontre la volonté du législateur de permettre une mise en œuvre souple des programmes éducatifs. Bien que le Québec ait récemment « laïcisé » le système scolaire public en répartissant les commissions scolaires sur une base linguistique plutôt que religieuses comme auparavant, ce changement ne visait que les écoles publiques. Cette déconfessionnalisation ne s’applique pas aux écoles privées qui sont régies par une législation distincte. Par conséquent, la décision du ministre sur la base de la confessionnalité d’un programme est contraire aux objectifs énoncés dans la loi.

Pour que la décision du ministre résiste à un examen approfondi, le ministre devait non seulement utiliser le bon critère, mais il devait également considéré l’impact de sa décision sur la liberté religieuse. Il n’existe aucune preuve que quiconque au sein du ministère impliqué dans cette décision a réfléchi à cette question.

L’impact sur la liberté religieuse est évident : le programme ECR prescrirait que Loyola abandonne son point de vue catholique dans l’enseignement de l’éthique et de la religion. « Le caractère catholique de l’école catholique pourrait être violé de différentes façons » notamment en interdisant la prière, mais « il est difficile [...] de concevoir une pire violation pire que celle qui consiste à forcer [une école catholique] de se départir de son catholicisme dans l’enseignement même de l’éthique et de la religion ». En outre, la pédagogie « neutre » du programme ECR rentre en contradiction avec la croyance jésuite que réduire la religion à une série d’habitudes et de pratiques culturelles c’est faire preuve d’un manque de respect envers cette religion et ses adeptes.

Pour illustrer ce qu’être un enseignant « neutre » signifie dans la pratique, le mémoire de Loyola fournit l’exemple d’un élève qui dirait approuver la pornographie permise par la loi ou qui dirait vouloir devenir un pornographe. Le professeur jésuite de Loyola ne pourrait critiquer les vœux de l’élève à la lumière de morale catholique. En fait, le programme exige que l’enseignant admette la prise de position de l’élève ou toute autre position qui ne serait pas illégale. Loyola compare l’argument du procureur général du Québec (PGQ) de se départir de son point de vue catholique pendant un seul cours à l’argument qui consisterait à dire aux juifs ou aux musulmans qu’ils ne doivent pas s’inquiéter parce qu’il n’y a que « quelques morceaux de porc dans le ragoût ».

Le procureur général du Québec

1. Loyola ne jouit pas de la liberté de religion

Bien que la CSC ne se soit jamais prononcée sur cette question, le PGQ présente plusieurs raisons pour lesquelles les personnes morales en général et Loyola en particulier ne bénéficient pas ce droit. Le PGQ soutient que selon la définition qu’en donne la Cour suprême, « la religion s’entend de profondes croyances ou convictions volontaires qui se rattachent à la foi spirituelle de l’individu et qui sont intégralement liées à la façon dont celui-ci se définit et s’épanouit. En effet, la liberté religieuse se rattache à la sphère spirituelle de l’individu et a une dimension subjective. »

Pour le PGQ, ceci ne peut s’appliquer aux personnes morales : « Or, une personne morale est dépourvue des facultés cognitives requises pour formuler une pensée abstraite, ou même des émotions essentielles à la possession d’une croyance sincère. En conséquence, elle ne peut bénéficier directement de la protection de l’alinéa 2a) de la Charte canadienne. »

En outre, Loyola est non seulement incapable d’avoir des pensées ou des croyances, mais l’école est incapable d’affirmer que les croyances de ses élèves sont à ce point homogènes qu’on pourrait en conclure que le programme gouvernemental violerait nécessairement leur liberté de religion.

2. Le refus d’équivalence du ministre était raisonnable

Le PGQ soutient que la décision du ministre était fondée sur des différences pertinentes entre les deux programmes, qu’elle était donc raisonnable et qu’elle doit être maintenue. Dans sa réponse à la demande d’équivalence de Loyola, le ministre a expliqué sa décision : le programme du ministère était non confessionnel alors que celui de Loyola était de nature religieuse ; le programme de Loyola « n’amène pas l’élève à réfléchir sur le bien commun, ni sur des questions éthiques, mais l’amène plutôt à adopter la perspective jésuite du service chrétien », « le programme ministériel dans son volet éthique ne propose pas d’enseignement moral alors que celui soumis par l’appelante apparait être axé sur l’enseignement des repères moraux édictés par l’Église catholique ; », ensuite « contrairement à ce que prévoit Ie programme ministériel, le volet culture religieuse du programme local de l’appelante vise l’étude des autres religions en lien avec la religion catholique ; » et enfin « la compétence “pratique du dialogue” du programme ministériel est absente du programme local soumis par l’appelante ».

Pour le procureur général du Québec, la simple absence du volet « pratique du dialogue » justifie le refus d’une équivalence de programme et donc d’une exemption de l’application du programme gouvernemental. Loyola fait, toutefois, valoir que bien que cette « pratique du dialogue » n’apparût pas dans la description de son programme, il est facile de combler cet oubli puisque les institutions jésuites sont célèbres pour la pratique de l’art du dialogue particulièrement quand il s’agit d’étudier la religion. L’accusation du ministre que Loyola d’enseigne pas la pratique du dialogue ne démontrer que l’ignorance du ministre.

Le PGQ souligne que le gouvernement peut déterminer la liste des matières qui doivent être enseignées aux élèves québécois dans les écoles publiques et privées. [Hélas !] Le programme ECR est obligatoire. Sa « nature non confessionnelle est […] au cœur même du programme ministériel ». Il vise à promouvoir « le vivre-ensemble et la promotion des valeurs démocratiques communes, tels la tolérance, l’ouverture à la diversité, le respect d’autrui et le droit à l’égalité. Il “n’impose d’aucune manière aux élèves l’adhésion à une croyance religieuse ou philosophique, ni d’agir en raison de motivations religieuses qu’ils ne partagent pas, ni de se comporter en contravention de leurs croyances individuelles” selon le ministère. [Nous ne sommes pas sûrs de cela.]

Enfin pour le procureur général du Québec, non seulement son programme est-il neutre, mais qu’il était raisonnable pour la Ministre de conclure que s’il y avait atteinte à la liberté de religion, elle serait tout au plus négligeable pour l’appelante. »

[Notons les petites omissions du PGQ quand il déclare :  « À cet égard, le Procureur général tient a souligner que les manuels analysés [en décembre 2008] par les experts de l’appelante, MM. Levesque et Farrow, n’étaient pas autorises par la ministre. »

1) Aucun manuel ECR pour le secondaire n’a été approuvé avant juin 2010 selon cette page !

2) Le matériel ne fut vraiment analysé que par M. Lévesque (voir le pointeur).

3) Ce matériel didactique peut être utilisé en classe sans problème, il doit simplement ne pas se nommer manuel, mais par exemple « cahier d’activités ».

4) Pour le procès de Drummondville, il existait quelques manuels approuvés pour le primaire, mais le procureur général du Québec fit des pieds et des mains pour que ne soit déposé à Drummondville qu’un manuel approuvé comme preuve, celui utilisé par l’école visée dans la classe de l’enfant dont on demandait l’exemption. Ce manque de manuels et de preuves fut ensuite reproché par les juges dans leur décision... Bien que le juge Lebel ait noté que « [58] À cet égard, le seul manuel scolaire versé au dossier laisse dans une certaine mesure perplexe quant à la présentation des rapports entre le contenu religieux et le contenu éthique du programme. » ]

Les intervenants

1. HSLDA (Association de défense juridique pour l’instruction à domicile)

La HSLDA regroupe des milliers de familles à travers le Canada, sa mission est de protéger le droit des parents d’instruire leurs enfants. La HSLDA prétend d’emblée dans son mémoire que l’issue de cette cause dépendra de l'interprétation que la CSC donnera au concept d’« équivalence ». L'importance de l'interprétation de ce terme ne se limite pas aux écoles privées. Ce critère s'applique également à l'enseignement à domicile.
Puisque le législateur n'a pas défini le terme «équivalent», il est logique de se référer à l'usage commun proposé par les dictionnaires. L’adjectif « équivalent » signifie, selon le dictionnaire Le Petit Robert :
« Dont la quantité a la même valeur; égal. En mathématiques, surface, volumes équivalents : égaux et de formes différentes. Équations équivalentes : qui admettent le même ensemble de solutions. »:
En jurisprudence québécoise, le terme « équivalent » a été analysé dans des contextes allant du droit du travail au bail d’habitation, en passant par le droit social et la santé et sécurité au travail. De cette variété de contextes se dégage un point commun : « équivalent » ne veut pas dire « identique » ;:
i) L’article 1964 C.c.q. parle de « loyer équivalent », en matière de reprise de possession de logement. Dans l’affaire Nantel c. Forsyth , le Tribunal précise : « Par "loyer équivalent", le législateur n’a sûrement pas voulu signifier un loyer identique. »;:

La HLSDA s'appuie encore sur plusieurs décisions pour démontrer qu’équivalent ne signifie pas identique. Comment déterminer si un programme est équivalent : il faut se demander s’il vise les mêmes objectifs et développe les compétences requises, pas comment il les atteint. À ce titre, la HSLDA ne pouvait présenter de preuves, mais quand les commissions scolaires évaluent les performances des élèves soumis au programme ECR, elles n’évaluent que les compétences, pas la pédagogie adoptée… Voir la grille d’évaluation ci-dessous (voir d’autres grilles ici).


Ceux qui choisissent d’instruire à la maison leurs enfants ne veulent pas simplement faire « l'école publique à la maison ». Au contraire, la liberté d’instruire ses enfants à la maison — comme la liberté de choisir une école privée — reflète le respect ancien en droit canadien pour la diversité de l'éducation comme une source d'enrichissement pour la société canadienne. Si l’on veut imposer le programme ECR dans une perspective laïque aux enfants des écoles privées, car tous les enfants du Québec « doivent en profiter ». Pourquoi le ministère s’arrêterait-il en si « bon » chemin ? N’est-il pas profondément injuste d’en priver les enfants instruits en famille ? Mais forcer les parents à adopter une approche non confessionnelle de l'enseignement éthique et des religions du monde serait contraire à la Charte québécoise et au Code civil (la maison comme le plus sûr des refuges). En pratique, l'imposition de l’enseignement « laïc » du programme ECR à tous semble exiger l’inspection de la maison lors de ces cours, l’utilisation de percepteurs dûment laïcs ou l’abolition complète du droit d’instruire ses enfants à la maison.

2. Conseil canadien des œuvres de charité chrétiennes (CCOCC)

Le CCOCC soutient que la position du procureur général du Québec est erronée en droit et en principe et que les personnes morales, comme l’appelant Loyola, bénéficient de la liberté de religion. Comme d’autres intervenants, la CCOCC fait référence à l’histoire, aux traditions politiques et à la jurisprudence canadiennes pour étayer l’élément collectif de la liberté religieuse.

Quand on considère les avantages liés à la liberté religieuse et ses œuvres, on ne peut que protéger cette liberté dans sa dimension collective : « La religion sans la reconnaissance de sa dimension collective est une coquille vide et la plénitude des droits est l’essence d’un respect approprié de la Constitution. »

Si cela est vrai, pourquoi la jurisprudence canadienne n’a-t-elle toujours pas exprimé clairement et avec conviction l’aspect collectif de la liberté religieuse ? « [P] arce que, jusqu’à récemment, ce droit n’a pas subi dans ce pays d’attaques soutenues qui auraient justifié une telle analyse. »

Ne pas protéger les associations religieuses revient à éviscérer la liberté religieuse. Le CCOCC souligne que la préservation de la distinction entre le rôle et le but de l’État et ceux de la société civile est indispensable, car la société civile, qui comprend les communautés religieuses, constitue une zone tampon nécessaire pour se protéger de la nature capricieuse et potentiellement coercitive de l’État.

En outre, la CCOCC suggère une définition potentielle de la liberté religieuse collective ou institutionnelle. Il ne s’agit pas simplement de la somme des droits des membres, mais d’un droit autonome permettant de déterminer et d’administrer les affaires religieuses internes de ces institutions sans ingérence de l’État et d’exercer une autorité morale sur leurs membres.

Pour les autres interventions (orales), voir le compte rendu de l'audience.





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