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mardi 5 mai 2026

Enquête parlementaire à la suite de fuites sur des tensions ethniques, des difficultés d'intégration et une chute du taux de réussite dans les Forces armées canadiennes

Un article d’opinion et une enquête publiée fin avril 2026 s’appuient sur un document interne confidentiel de l’École de leadership et de recrues des Forces armées canadiennes à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce rapport, rédigé par le lieutenant-colonel Marc Kieley, analyse les effets des réformes de recrutement mises en place pour faire face à une crise persistante des effectifs.

Ces réformes ont notamment ouvert plus largement le recrutement aux «résidents permanents» — en pratique, des immigrés récents qui ne sont pas encore citoyens canadiens, souvent arrivés depuis moins de trois ans — tout en assouplissant certaines exigences d’entrée. Cette politique a permis une hausse des effectifs en 2025, mais avec des effets secondaires importants sur la formation.


Le rapport met en lumière un cas particulièrement problématique : un peloton d’officiers au Québec composé à environ 83 % de ces nouveaux arrivants récents. Les difficultés observées y sont multiples : 
  • maîtrise insuffisante du français, difficulté à  « considérer les femmes comme leurs égales »,
  • incompréhensions culturelles dans les rapports hiérarchiques et entre sexes, 
  • tensions internes entre recrues de différentes origines (conflits ethniques), 
  • ainsi que des accusations croisées de discrimination et de traitement inégal. 
Le terme « diverses accusations » recouvre ici des griefs réciproques entre groupes de recrues et encadrement, plutôt qu’une réalité univoque.

Sur le plan global, le taux de réussite des formations de base est en baisse, passant d’environ 85 % historiquement à 77 % sur les trois premiers trimestres de 2025-2026. Le phénomène est plus marqué dans les unités francophones, où la proportion de recrues récentes issues de l’immigration est plus élevée.

Le rapport indiquait qu’un des premiers pelotons d’officiers francophones était composé à 83 % d'immigrés récents. Le porte-parole du ministère de la Défense nationale, le commodore Pascal Belhumeur, a précisé que ce chiffre faisait en réalité référence à la proportion de recrues nées à l’étranger, et que les « résidents permanents» représentaient 47 %.

Le rapport indiquait également que le taux d'inscription des non-citoyens dans les cours d'officiers francophones était en moyenne de 57 % ; parmi les sections d'officiers anglophones, les résidents permanents représentaient généralement environ 30 % des effectifs et constituaient en moyenne environ 25 % des inscrits aux cours.

Selon le rapport, certains de ces candidats n’étaient au Canada que depuis trois mois.
Cette situation a été corrigée en février, a déclaré M. Belhumeur, avec l’imposition d’une condition de résidence de trois ans pour tous les candidats.

Ces problèmes semblent plus marqués du côté francophone de l’armée : près de la moitié des candidats officiers résidents permanents francophones ont plus de 35 ans
(contre 33 % du côté anglophone), note le rapport. De plus, un premier peloton francophone à forte composante d’origine étrangère a été « en proie à des allégations de racisme de la part des candidats à l’encontre du personnel, mais aussi de candidats à l’encontre d’autres candidats, ainsi qu’à des querelles internes constantes entre les groupes culturels au sein du peloton (par exemple, les candidats camerounais contre ceux de Côte d’Ivoire) ». Du côté anglophone, les pelotons comptant une forte proportion de résidents permanents « souffraient d’un faible niveau de condition physique ».

Il convient de noter que ces dernières années, le Canada a accueilli des résidents permanents francophones ayant obtenu des scores extrêmement bas, et que les initiatives d’immigration francophone ont profité de manière disproportionnée aux Camerounais.

Belhumeur a déclaré que l’armée travaillait actuellement sur un « outil d’intégration » destiné à expliquer l’éthique et la culture de l’institution aux candidats.

Le rapport indique que les instructeurs francophones ont du mal à accepter ces changements : « Dans les pelotons francophones (d’officiers), où les résidents permanents représentaient 50 à 80 % de l’ensemble des candidats, les réactions ont été plus vives, le personnel francophone s’interrogeant ouvertement sur l’opportunité conférer des grades d’officier à des non-Canadiens. »

Le rapport propose de « limiter la proportion de résidents permanents à 20 ou 25% par cohorte » afin d'assurer une meilleure cohésion dans les rangs.

Ces révélations ont suscité une réaction politique immédiate. Le député conservateur James Bezan, porte-parole en matière de défense, a annoncé que son parti allait forcer la tenue d’une enquête parlementaire au Comité permanent de la défense nationale. Il accuse le gouvernement d’avoir mis en place des réformes sans mesurer pleinement leur impact sur la qualité de la formation et la cohésion des unités.

Selon lui, le gouvernement a mis en avant les chiffres globaux de recrutement sans mentionner la baisse du taux de réussite en formation et les difficultés internes documentées par le rapport. Les conservateurs demandent donc un examen approfondi des politiques de recrutement, de leurs effets sur les standards militaires et de la capacité d’intégration des nouvelles recrues.

lundi 4 mai 2026

Selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de cour accueilleront ou rejetteront vos demandes


Voulez-vous une autre illustration ridicule, mais rigoureusement vraie du fait que le Canada est une vraie maison de fous ?

En 2021, une étudiante en droit, devenue avocate depuis, montre de l’intérêt pour un poste d’agente à la sensibilisation de la nature chez QuébecOiseaux (ça existe).

Le poste est cependant réservé aux gens de moins de 30 ans issus des minorités visibles.

L’étudiante a moins de 30 ans, mais elle a eu la mauvaise idée de naître désespérément blanche.

Elle dépose donc une plainte pour discrimination auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ).

Elle réclame 7500 $ en dommages moraux et punitifs.

Exclusion

Pourquoi de tels critères d’exclusion dans l’offre d’emploi ?

Parce que le poste est financé par le programme fédéral Travailler pour prospérer, administré par Nature Canada, qui relève de Parcs Canada et qui impose ces critères pour, supposément, lutter contre le racisme et la discrimination systémiques au Canada.

À l’échelle de tout le Canada, Nature Canada veut que 40 % de ses postes soient attribués à des gens allant des minorités visibles aux communautés LGBTQ2+ en passant par les personnes handicapées.

On comprend donc que cet objectif global de 40 % devenait une barrière d’exclusion de 100 % pour ce poste précis.

Redresser de scandaleuses injustices ? Euh, on parle ici d’un seul poste, à temps partiel, d’une durée de 20 semaines.

La CDPDJ examine le dossier et trouve qu’il y a une atteinte aux droits de la plaignante.

En langage clair, il y a bel et bien de la discrimination fondée sur la couleur, la race et l’âge.

Elle estime aussi que le formulaire d’embauche à remplir demande des renseignements personnels qui n’ont rien à voir avec les compétences, ce qui contrevient à la Charte canadienne.

Ça tombe un peu sous le sens : en quoi avoir la peau noire ou blanche vous qualifie-t-il plus ou moins pour comprendre les petits oiseaux ?

La CDPJQ propose qu’on dédommage modestement la plaignante, mais l’organisme se retire ensuite du dossier, n’y voyant pas d’intérêt public suffisant pour s’y associer.

Si la plaignante veut continuer, dit la CDPDJ, elle peut toujours introduire un recours en son nom personnel devant le Tribunal des droits de la personne.

C’est ce que fait la plaignante.

Elle fait donc du judo avec la rhétorique habituelle, alléguant que c’est elle qui est victime de « discrimination systémique ».

Idéologie
 

Le jugement du Tribunal [des droits de la personne] est tombé le mois dernier.

L’offre d’emploi était bien discriminatoire, mais le recours de la plaignante est néanmoins rejeté.

Pourquoi ? Parce qu’elle ne voulait pas vraiment le poste.

Elle avait une « position idéologique » et voulait en réalité attaquer le principe même de la discrimination positive.

Amusant, non ? Discriminer pour la « bonne cause » n’est pas de l’idéologie, mais protester contre cette pratique, c’est de l’idéologie.

Au Canada, la discrimination est à sens unique.

La fièvre idéologique pourrit les petites comme les grandes choses.

Source : Joseph Facal

jeudi 30 avril 2026

Scènes de christanophobie en Israël: nonne française agressée, crachats et gestes obscènes devant la cathédrale Saint-Jacques (m à j)


Billet du 30 avril

La vidéo ci-dessous de la police israélienne montrant un homme de 36 ans agressant par-derrière une nonne française de 48 ans à Jérusalem, près du tombeau de David sur le mont Sion, en la projetant au sol et en la frappant.

La victime, chercheuse à l’École biblique et archéologique française, a subi des contusions au visage ; un passant est intervenu et le suspect a été arrêté le jour même pour agression, avec examen d’un possible mobile nationaliste.

La France a condamné l’acte, dans un contexte de signalements répétés d’incidents antichrétiens par des extrémistes juifs dans la Vieille Ville.

Dans un autre vidéo, un homme est filmé crachant devant la cathédrale Saint-Jacques dans la Vieille Ville, tout en faisant un doigt d’honneur en forme de croix, suite à l’agression d’une religieuse française la veille.

Voir aussi

Le Noël tourmenté des chrétiens d'Orient

« Certains Israélites crachent sur les chrétiens qu’ils croisent à Jérusalem », Mgr Gollnisch de l'Œuvre d'Orient

Un journaliste israélien se fait passer pour un prêtre - et se fait cracher dessus à Jérusalem (juin 2023)

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais » 

« On aime Laval. C’est comme si on était au Liban ! Il y a plus d’Arabes que de Québécois ici »

Selon l'Armée israélienne, seule une partie du couvent a été détruite: « Après vérification des faits, il est apparu que dans le cadre des activités des forces visant à détruire les infrastructures terroristes, une maison située dans un complexe religieux de la région a été endommagée, et qui ne présentait aucune caractéristique indiquant qu'il s'agissait d'un bâtiment religieux. Après avoir identifié des caractéristiques claires sur un autre bâtiment du complexe, les forces ont agi pour éviter d'autres dommages au complexe.» Notons que la destruction préventive de bâtiments civils en l'absence de combats est très probablement contraire au droit international humanitaire. L’usage de moyens lents et planifiés comme ces pelleteuses, dans une zone sans combat apparent, affaiblit fortement l’argument de nécessité militaire. On semble assister à des mesures punitives collectives.

 

vendredi 24 avril 2026

« Emplois d’été Canada » contre les jeunes blancs hétéros


Le programme Emplois d’été Canada soutient chaque année des dizaines de milliers de jeunes âgés de 15 à 30 ans en finançant des subventions salariales aux employeurs (principalement organismes sans but lucratif, secteur public et petites entreprises privées).

Chiffres récents des jeunes soutenus :

En 2025 : Plus de 75 000 emplois créés pour les jeunes (le programme a dépassé son objectif initial de 70 000, avec environ 71 200 à 76 000 postes selon les sources officielles). 

Pour 2026 (année en cours) : Le gouvernement annonce jusqu’à 100 000 possibilités d’emploi offertes via le programme, avec plus de 100 000 postes affichés sur le Guichet-Emplois. Cela fait partie d’un investissement plus large visant environ 175 000 perspectives d’emploi et de développement de compétences pour les jeunes au total cette année. 

Sur plusieurs années, le programme a financé plus de 460 000 à 600 000 emplois pour les jeunes depuis 2019 (selon les bilans cumulés).

Discrimination anti-blanc hétéro 

Le programme met l’accent sur les groupes prioritaires selon le gouvernement fédéral (jeunes Autochtones, Noirs, racialisés, 2ELGBTQI+, en situation de handicap, etc.).

Combien de blancs, mâles, hétéros soutenus par EEC ?

D’après les données les plus récentes publiées dans l’aperçu du programme Emplois d’été Canada (avril 2026) :

Genre
63 % des participants s’identifient comme femmes ou comme un genre autre que masculin.
→ Les hommes représentent donc environ 37 %.

Autochtones et non blancs
8 % des participants sont Autochtones.
25 % sont issus de groupes racialisés.
→ Environ 67 % ne sont ni Autochtones ni racialisés (les catégories étant présentées séparément, sans recoupement significatif dans ces statistiques globales).

Nombre d'hommes non autochtones et non racisés (« blancs »)

37 % × 67 % ≈ 24,8 %

Il s'agit d'une estimation.

Non hétéro

Aucune donnée publique détaillée ne précise la proportion de participants s’identifiant comme 2ELGBTQI+ dans ce programme, contrairement à d’autres variables comme le genre, l’identité autochtone, la racialisation ou le handicap.

Dans la population canadienne des 15–30 ans, les estimations disponibles situent cette proportion autour de 12 à 20 %. Étant donné que le programme accorde une attention particulière à certains groupes sous-représentés, il est plausible que leur part parmi les participants soit au moins comparable, voire supérieure, à cette moyenne.

En retenant une hypothèse prudente de 15 à 20 %, la proportion de participants non concernés par ce critère se situerait entre 80 et 85 %.

Estimation de la proportion d'hommes blancs hétéros

24,8 % × 80–85 % ≈ 20–21 %

Ainsi, en combinant ces trois dimensions de manière approximative, la proportion de participants correspondant simultanément à ces caractéristiques se situerait autour de 20 %, peut-être moins.

Il convient toutefois de souligner que ce type de calcul repose sur une approche multiplicative simplifiée : les variables ne sont pas totalement indépendantes et les données publiques ne permettent pas de croisement précis entre tous les critères. L’estimation donne donc un ordre de grandeur indicatif plutôt qu’une mesure exacte.

vendredi 13 février 2026

L'État se féminise et se « diversifie » (m à j)

Mise à jour (2026)

Les femmes comptaient pour 61,0 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2024, comparativement à 59,3 % en mars 2020 (et 59,5 % en mars 2021).

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 51,4 % en mars 2024, soit un accroissement de 2,2 points de pourcentage depuis mars 2020 (et +1,5 point depuis mars 2021, où elle était à 49,9 %).

La proportion de femmes occupant des emplois en haute direction était de 51,0 % en mars 2024.

Concernant les embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophones, autochtones, personnes handicapées), les données les plus récentes détaillées sur la proportion dans le personnel régulier recruté ne sont pas précisées dans les faits saillants 2023-2024, mais la tendance globale à l’augmentation des groupes visés se poursuit (par exemple, via les plans dits d’accès à l’égalité en emploi). Pour 2020-2021, la proportion était de 22,9 % (hausse de 5,7 points depuis 2016-2017), et les indicateurs d’équité continuent d’évoluer positivement.

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. (Aucune mise à jour précise pour les années récentes n’est disponible dans les rapports publics consultés, mais les politiques d’inclusion se renforcent.)

Le nombre de cadres « racisés » a augmenté à Radio-Canada ; les femmes y représentent environ 63 % des cadres (données stables ou légèrement évolutives d’après les rapports sur la diversité de l’effectif pour les services français, autour de 2023-2024 ; la proportion de personnes racisées dans l’ensemble du personnel cadre a progressé à 17,0 % dans les observations récentes sur l’effectif).

La tendance globale reste à la hausse pour la représentativité des femmes (environ +0,4 point par an en moyenne ces dernières années pour l’effectif régulier total, et plus marquée chez les cadres).

Mise à jour (2022)

Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017. 

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 49,9 % en mars 2021, soit un accroissement de 3,4 points de pourcentage depuis mars 2017.

La proportion d’embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophone, autochtone, personne handicapée) dans l’ensemble du personnel régulier recruté se situait à 22,9 % pour l’année 2020-2021, soit une augmentation de 5,7 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. 

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016- 2017.

 Source


Voir aussi 
 
 
 
  
 
 
 
 
Billet originel (2013)
 
En mars 2007, l’effectif régulier de la fonction publique québécoise était composé de 55,6 % de femmes et de 44,4 % d’hommes, soit un écart de 11,2 points de pourcentage en faveur des femmes. En mars 2011, l’écart s’est accentué pour atteindre 16,0 points de pourcentage, l’effectif régulier comportant maintenant 58,0  % de femmes et 42,0 % d’hommes  (page 34 de ce rapport gouvernemental).

Les femmes constituaient 60,0 % des nouvelles embauches en 2010-2011. (p. 44) Que fait Madame Marois pour corriger cette féminisation ?

Répartition des sexes dans la fonction publique québécoise

Le taux d’embauche des personnes membres d’au  moins un groupe bénéficiant de discrimination positive (minorités immigrées, anglophone, autochtone, personne handicapée) se situe à 22,0 % pour l’année 2010-2011, soit une hausse de 2,5 points de pourcentage depuis 2006-2007. Les membres de minorités visibles ont vu leur taux d’embauche passer de 14,0 % à 19,1 % entre 2006-2007 et 2010-2011.

Répartition des groupes bénéficiant de la discrimination positive


Pour ce qui est des commissions scolaires (un groupe distinct et séparé de la fonction publique comprenant également le personnel enseignant ou non des écoles publiques), les hommes étaient 29,6 % (45 636 sur 154 183 employés)  et les femmes 70,4 % des effectifs en 2007.  Voir la p. 44 de ce rapport du Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ). Ce qui n'empêchait pas la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec d'indiquer un manque de 5 618 femmes (p. 46) ! Une fois cet objectif atteint, les hommes seraient à 26 %.

En 2011, le dernier rapport de la CDPDJQ précise que le nombre d'employés dans les commissions scolaires était de 154 187 (p. 57), mais il ne donne que le pourcentage d'handicapés dans ce tableau récapitulatif. Il faut aller aux annexes I et III pour totaliser les effectifs de chaque commission (il y en a 70) et dénombrer la prétendue sous-représentation des femmes dans chacune des commissions scolaires : 5 612.  Eh, oui, les effectifs des commissions scolaires sont très majoritairement féminins (108 547 soit 70,4 %), mais il y aurait toujours une sous-représentation des femmes dans ces mêmes commissions scolaires — près de 5600 femmes manqueraient ! — selon ce rapport au titre orwellien  « L’Accès à l'égalité en emploi »...

mercredi 4 février 2026

Wokisme, culture de l’annulation : conséquences de la féminisation croissante de la place publique ?

La montée du « wokisme » et de la culture de l’annulation est le plus souvent analysée comme un phénomène idéologique, lié aux luttes identitaires ou à l’héritage des théories critiques. Une lecture complémentaire, développée par l’essayiste américaine Helen Andrews (ci-contre), propose un angle différent : ces évolutions pourraient être liées à la féminisation croissante des institutions et de la place publique.

Selon Andrews, la féminisation ne se limite pas à l’augmentation du nombre de femmes dans les postes de responsabilité. Elle implique un changement culturel et normatif : les institutions privilégient désormais des valeurs telles que l’empathie, la protection des vulnérables, la recherche du consensus et la prudence émotionnelle. Dans cette optique, le wokisme et la culture de l’annulation ne seraient pas seulement des mouvements idéologiques, mais aussi la conséquence d’une transformation structurelle du débat public, où les comportements traditionnellement associés au « féminin » dominent les dynamiques sociales et institutionnelles.

Cette lecture résonne avec d’autres analyses conservatrices ou libérales américaines. Steven Douthat a souligné que certaines transformations culturelles, y compris dans les universités et les médias, traduisent une hiérarchisation de la moralité sur la rationalité, renforçant des dynamiques de surveillance sociale et de censure morale. Jonathan Haidt, psychologue social, relie le phénomène à un déséquilibre entre différentes formes de motivation morale : l'importance excessive  du soin et de la loyauté (associés par certains à des traits « féminins ») au détriment de la justice et de la liberté, ce qui peut expliquer les excès de la culture de l’annulation. Charles Murray observe que la domination de certains profils psychologiques dans les institutions peut produire des effets inattendus sur les normes de performance et de compétence. Enfin, Jordan Peterson met en avant les conséquences pratiques d’un excès de prudence émotionnelle et de conformisme moral : lorsque les institutions valorisent la sensibilité morale avant tout, elles tendent à décourager la confrontation d’idées et la prise de risque intellectuelle, deux éléments essentiels à la production de connaissances et au débat démocratique.

Les conséquences de la féminisation selon Helen Andrews

mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


mardi 6 janvier 2026

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

En août 2025, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a rendu une décision lourde de conséquences dans l’affaire Cowichan Tribes c. Canada, jugeant que le titre autochtone pouvait primer sur les droits de propriété de résidents non autochtones à Richmond. Cette décision, encore susceptible d’appels et d’interprétations, s’inscrit dans un climat plus large où la reconnaissance des droits autochtones tend à dépasser le cadre symbolique pour produire des effets juridiques et sociaux concrets, parfois au détriment du principe d’égalité civique.

Dans l’ensemble du pays, les reconnaissances territoriales autochtones sont désormais imposées lors de réunions publiques, d’événements institutionnels et dans les écoles, où elles sont souvent récitées quotidiennement par les élèves. Cette pratique, présentée d’abord comme un geste de respect, prend de plus en plus la forme d’un rituel obligatoire. Ceux qui en contestent le principe ou la portée s’exposent à des sanctions symboliques ou institutionnelles. Ainsi, en Ontario, Catherine Kronas a été exclue d’un conseil scolaire à Ancaster pour avoir remis en question l’imposition de ces reconnaissances, avant que le conseil ne recule face à une mise en demeure juridique. De son côté, Geoffrey Horsman, professeur de biochimie, administrateur scolaire et père de trois enfants, poursuit le Waterloo Region District School Board après que celui-ci lui a explicitement signifié que l’imposition des reconnaissances territoriales n’était « pas ouverte au débat ».

Parallèlement, certaines pratiques soulèvent des questions plus directes encore quant au respect du principe d’égalité devant la loi. L’accès au parc provincial Joffre Lakes, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Whistler, a été réservé de facto sur une base ethnique pendant des périodes de fermeture régulières à partir de 2023, lorsque des groupes autochtones ont bloqué l’entrée aux non-Autochtones afin de « reprendre possession » temporaire du site « pour permettre aux membres des nations Lil’wat et N’Quatqua  d’exercer des pratiques culturelles et spirituelles ». Cette situation, tolérée par les autorités, a marqué une rupture avec le principe selon lequel les parcs publics relèvent d’un patrimoine commun accessible à tous les citoyens. Dans le même esprit, des municipalités comme Powell River ou Okanagan Falls subissent des pressions pour abandonner leurs noms historiques au profit de toponymes autochtones, parfois sans consultation populaire claire.

Ces phénomènes ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance plus large où l’emploi, l’investissement et la sécurité juridique — piliers de la prospérité collective — sont de plus en plus exposés à des revendications territoriales extensives, parfois formulées de manière indéterminée quant à leurs limites concrètes.

Une construction jurisprudentielle contestée

Ces orientations ne résultent pas d’un consensus démocratique explicite. Elles reposent largement sur une construction jurisprudentielle progressive, portée par une interprétation idéologique du droit. En décembre 2025, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique, dans l’affaire Gitxaala Nation c. Colombie-Britannique (Chief Gold Commissioner), a statué que les lois devaient être interprétées à la lumière de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) de 2007. Or, la DNUDPA est un instrument international non contraignant, que le Canada a endossé politiquement en 2010, mais qui n’a jamais été conçu pour supplanter la souveraineté parlementaire ni redéfinir unilatéralement les droits de propriété et la citoyenneté.

Une large part de cette déclaration est incontestablement bien intentionnée. Elle rappelle que tous les peuples contribuent à la diversité culturelle de l’humanité, condamne les doctrines de supériorité raciale ou ethnique et reconnaît le rôle fondamental des familles et des communautés dans l’éducation et le bien-être des enfants — des principes qui s’appliquent, en réalité, à l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur origine.

Cependant, la DNUDPA devient problématique lorsqu’elle sert de fondement à des politiques et à des décisions judiciaires fondées explicitement sur l’appartenance ethnique. Elle passe la mesure lorsqu’elle suggère de reconfigurer, plusieurs siècles après l’établissement des États modernes, la propriété et le contrôle juridique de vastes territoires au profit de groupes définis par leur origine, sans considération équivalente pour les droits acquis des autres citoyens. Affirmer que des « droits inhérents » découlent exclusivement de traditions spirituelles, culturelles ou historiques spécifiques revient, dans les faits, à instituer une hiérarchie juridique entre citoyens.

Une justice différenciée selon l’origine ethnique

Cette logique de différenciation se manifeste également dans le système de justice pénale canadien à travers l’application du principe Gladue, qui impose aux tribunaux de tenir compte des facteurs historiques et systémiques affectant les délinquants autochtones lors de la détermination de la peine. Initialement conçu comme un outil de contextualisation, ce principe conduit de plus en plus souvent à des écarts de traitement difficilement conciliables avec l’égalité devant la loi.

En novembre 2025, au Québec, Dylan Dubé, un homme attikamek de 23 ans de la communauté de Manouane (la graphie officielle a été anglicisée modifiée en Manawan), a causé la mort d’un adolescent en conduisant en état d’ébriété. Il a été condamné à purger sa peine dans la collectivité, sans incarcération, le juge invoquant notamment la discrimination systémique et le racisme subis par les Autochtones. 

En janvier 2025, en Saskatchewan, la Cour d’appel a réduit de moitié la peine de Colin Umpherville, qui s’identifie comme Métis, faisant passer sa sentence de cinq ans à 30 mois de prison au motif que les facteurs Gladue n’avaient pas été suffisamment pris en compte en première instance.

Enfin, en 2025 toujours, au Québec, l’affaire Frank Paris a marqué une extension explicite de cette logique au-delà du cadre autochtone. Reconnu coupable de trafic de stupéfiants, l’accusé, un homme noir, a vu sa peine réduite d’environ un an à la suite du dépôt d’une évaluation de l’impact de l’origine ethnique et culturelle (EIOEC), la cour estimant que le racisme systémique avait influencé son parcours et devait être pris en considération au stade de la sanction. Bien que distincte formellement de la doctrine Gladue, cette approche en reprend l’esprit, en introduisant l’origine ethnoraciale comme facteur atténuant explicite.

Ces décisions, parmi d’autres, alimentent un malaise croissant : celui d’une justice perçue comme progressivement segmentée selon l’appartenance identitaire, où l’origine de l’accusé tend à influer directement sur la sévérité de la sanction. À mesure que ces dispositifs s’étendent, les justiciables ne relevant d’aucune catégorie reconnue — en pratique, les accusés blancs, les « non racisés » — apparaissent comme les seuls à ne pouvoir invoquer de facteurs systémiques analogues, au détriment du principe fondamental selon lequel des actes similaires devraient entraîner des conséquences similaires.

Un débat de fond éludé

Le débat actuel n’oppose pas la reconnaissance à l’oubli, ni la justice à l’injustice. Il oppose deux conceptions de la citoyenneté : l’une, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs dans un cadre civique commun ; l’autre, fondée sur une différenciation juridique permanente selon l’origine, présentée comme une réparation historique mais appliquée dans le présent.

À force de sacraliser certaines revendications et de disqualifier toute critique comme moralement suspecte, le Canada risque de fragiliser les principes mêmes qui assurent la cohésion d’une société pluraliste : l’égalité devant la loi, la neutralité de l’État et la primauté du débat démocratique sur l’ingénierie judiciaire. Le refus d’examiner lucidement ces dérives ne les rendra ni plus justes ni plus durables.

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Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

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samedi 20 décembre 2025

Études (n = 400) — Correcteurs noteraient plus sévèrement les garçons

L’école se veut le lieu par excellence de la méritocratie, où les élèves sont évalués uniquement sur la base de leurs compétences et de leurs efforts. Pourtant, une étude publiée en 2020 dans la revue scientifique Economics of Education Review par l’économiste Camille Terrier met en lumière une réalité plus dérangeante : les pratiques d’évaluation des enseignants ne sont pas toujours neutres et tendent, en France, à désavantager les garçons. 

Une étude fondée sur la comparaison entre notation anonyme et notation classique

Pour mener son analyse, Camille Terrier s’appuie sur un ensemble de données particulièrement riche, portant sur plus de 4 000 élèves suivis de la classe de sixième à la troisième dans 35 collèges français, majoritairement situés dans des zones socialement défavorisées.

L’originalité de la démarche réside dans la comparaison entre deux types d’évaluations :
  • des épreuves corrigées à l’aveugle, c’est-à-dire anonymement, par des correcteurs extérieurs ne connaissant ni l’identité ni le genre des élèves ;
  • des notes attribuées par les enseignants, dans le cadre habituel de la classe, où l’identité des élèves est connue.
Cette double source permet d’isoler l’effet propre des pratiques d’évaluation des enseignants, indépendamment du niveau réel des élèves.

Un désavantage net pour les garçons en mathématiques

Les résultats sont sans équivoque. Lorsque les copies sont corrigées à l’aveugle, les performances des filles et des garçons sont comparables. En revanche, dès lors que les enseignants savent à qui ils attribuent une note, un écart apparaît.

En mathématiques, les garçons reçoivent des notes inférieures à celles des filles pour un niveau de compétence identique. L’écart atteint 0,259 écart-type, ce qui correspond à un avantage d’environ 5 % en faveur des filles dans la notation non anonyme.

Ce biais, loin d’être anecdotique, s’accumule au fil des années. Sur l’ensemble du collège, il conduit à une progression plus lente des garçons, avec une perte estimée à 0,123 écart-type par rapport aux filles. À lui seul, ce mécanisme explique jusqu’à 6 % de l’écart de performance observé entre les deux sexes en fin de collège.

Des effets durables sur les trajectoires scolaires

L’étude montre que ces biais d’évaluation ne se limitent pas à des différences de notes ponctuelles. Ils influencent également les choix d’orientation des élèves.

Les meilleures notes obtenues par les filles en mathématiques — en partie dues au biais d’évaluation — augmentent leur probabilité de s’orienter vers des filières scientifiques au lycée. À l’inverse, si les notes reflétaient strictement les compétences mesurées par les évaluations anonymes, l’avantage des garçons dans ces filières serait plus marqué, de l’ordre de 12,5 % supplémentaires.

Ainsi, des écarts initialement modestes dans la notation contribuent à façonner des parcours scolaires différenciés, avec des conséquences potentielles sur l’accès aux études supérieures et aux carrières scientifiques.

Des biais liés aux attentes et aux stéréotypes

Comment expliquer ces écarts ? L’étude suggère que les enseignants, le plus souvent sans en avoir conscience, peuvent être influencés par des attentes différenciées selon le genre.

Certains comportements plus fréquents chez les garçons — agitation, prise de parole jugée excessive, moindre conformité aux normes scolaires — peuvent être interprétés négativement et se traduire par une évaluation plus sévère, y compris lorsque le niveau scolaire est équivalent. Il ne s’agit donc pas d’un favoritisme volontaire, mais de biais implicites, profondément ancrés dans les représentations sociales.

La notation anonyme comme levier d’équité

L’un des enseignements majeurs de cette recherche est la supériorité, en matière d’équité, de la notation à l’aveugle. En supprimant toute information sur l’identité des élèves, cette méthode permet de recentrer l’évaluation sur les seules compétences scolaires.

Déjà utilisée pour certains examens nationaux ou concours, sa généralisation dans les évaluations scolaires pourrait contribuer à réduire les inégalités de traitement entre filles et garçons, mais aussi à renforcer la confiance des élèves dans la justice du système éducatif.

Repenser l’évaluation pour garantir l’égalité


L’étude de Camille Terrier invite à une remise en question profonde des pratiques d’évaluation à l’école. Elle rappelle que l’égalité des chances ne dépend pas uniquement des programmes ou des moyens alloués, mais aussi de mécanismes plus discrets, comme la manière dont les performances sont jugées.

Former les enseignants à la reconnaissance de leurs biais implicites, développer la notation anonyme et repenser les critères d’évaluation constituent autant de pistes pour faire de l’école un espace réellement équitable, où les trajectoires scolaires reflètent les compétences réelles plutôt que des attentes genrées.

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jeudi 18 décembre 2025

Histoire vraie de l'ère woke : l'affaire Yi-Fen Chou

En 2015, une controverse inattendue secoue le milieu littéraire américain et relance le débat sur les préjudices raciaux, conscients ou non, qui traversent les institutions culturelles. Au cœur de cette affaire se trouve Michael Derrick Hudson, poète américain blanc originaire de Fort Wayne, dans l’Indiana, et son poème au titre foisonnant : The Bees, the Flowers, Jesus, Ancient Tigers, Poseidon, Adam and Eve.

Un poème rejeté… puis accepté sous pseudonyme

Avant d’être remarqué, le poème de Hudson avait essuyé environ quarante refus de la part de revues littéraires lorsqu’il était soumis sous son véritable nom. Lassé par ces échecs répétés, l’auteur décide d’adopter un pseudonyme à consonance asiatique, Yi-Fen Chou, inspiré du prénom d’une connaissance d’origine chinoise.
Michael Derrick Hudson alias Yi-Fen Chou

Soumis sous cette nouvelle identité, le même poème est accepté par la prestigieuse revue Prairie Schooner, publication reconnue dans le paysage poétique américain. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle prend une dimension nationale lorsque le texte est ensuite sélectionné par Sherman Alexie, écrivain amérindien de renom, pour figurer dans l’anthologie The Best American Poetry 2015.

La révélation et le scandale

C’est Hudson lui-même qui révèla la supercherie. Dans une note adressée aux contributeurs de l’anthologie, il expliqua avoir utilisé ce pseudonyme pour contourner ce qu’il percevait comme une série de rejets injustifiés. Cette révélation déclencha immédiatement une vive polémique.

Sherman Alexie reconnut publiquement que le nom asiatique de l’auteur ait pu jouer un rôle dans sa perception initiale du poème. Il précisa toutefois que son choix reposait aussi sur la qualité littéraire du texte. Cette admission, loin d’apaiser les tensions, alimenta un débat plus large sur la place de l’ethnie ou de l'identité raciale dans les processus de sélection artistique.

Une condamnation quasi unanime

La réaction dominante du monde littéraire est sévère à l’égard de Hudson. Celui-ci est accusé de manipulation, de tromperie et d’appropriation identitaire. En revanche, peu de voix institutionnelles s’élèvent pour interroger de manière approfondie les biais potentiels des comités éditoriaux ou les critères implicites qui auraient pu favoriser un texte en fonction du nom de son auteur.

Ce déséquilibre dans les réactions est souligné par plusieurs observateurs : l’auteur est largement blâmé, tandis que le système de sélection lui-même fait l’objet de peu d’autocritique officielle.

Des conséquences durables pour l’auteur

Après cet épisode, Michael Derrick Hudson disparaît pratiquement de la scène littéraire dominante. Il est ostracisé par une partie du milieu et ne retrouve pas la visibilité qu’il avait brièvement obtenue. Aucune réforme notable des pratiques éditoriales n’est annoncée à la suite de l’affaire, et aucun mea culpa institutionnel majeur n’émerge du scandale.

L’affaire Hudson est solidement documentée. Elle a été couverte par des médias de référence, notamment le New York Times en septembre 2015, et figure dans les archives publiques, y compris sur Wikipédia (anglais), dont la page consacrée à l’auteur est régulièrement mise à jour. Les éléments clés — les nombreux rejets initiaux, l’acceptation sous pseudonyme et la sélection dans Best American Poetry 2015 — sont confirmés par des sources concordantes.

En revanche, les interprétations qui en découlent varient fortement. Certains y voient la preuve de politiques implicites de discrimination positive ou de quotas identitaires dans le monde littéraire ; d’autres estiment qu’il s’agit d’un cas isolé, instrumentalisé à des fins idéologiques. Ces lectures relèvent du commentaire social et politique, non du fait brut.

Une affaire révélatrice

Dix ans plus tard, l’affaire Michael Derrick Hudson demeure un symbole des tensions qui traversent les institutions culturelles contemporaines : entre quête de diversité, exigences d’équité et soupçons de biais inversés. Si les opinions restent profondément polarisées, un point fait consensus : l’épisode est réel, documenté et révélateur des fragilités d’un système où l’identité de l’auteur peut parfois peser aussi lourd que son œuvre.
 
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La génération sacrifiée à la « diversité »

Dans The Lost Generation, Jacob Savage analyse comment les politiques de diversité, équité et inclusion (DEI) ont profondément transformé les carrières des hommes blancs millénariaux (nés entre 1981 et 1996) dans les élites professionnelles américaines — en particulier dans les médias, le milieu universitaire et Hollywood — à partir d’environ 2014

Selon Savage, ces politiques n’ont pas simplement rééquilibré les chances d’avancement : elles ont, de manière systématique, bloqué l’accès aux postes de prestige pour une génération entière d’hommes blancs, créant ce qu’il appelle une « génération sacrifiée ». Contrairement aux baby-boomers et à la génération X qui avaient déjà consolidé leurs carrières, les millénariaux blancs se sont heurtés à des barrières croissantes au moment où ils cherchaient à s’établir professionnellement.

Savage situe un tournant décisif en 2014, lorsque la DEI est devenue institutionnalisée dans de nombreuses industries. Alors que les hommes blancs plus âgés, déjà en place, ont été relativement préservés du changement, les jeunes hommes blancs ont vu les portes se fermer autour d’eux.

Des chiffres frappants dans plusieurs secteurs

Médias et télévision
  • En 2011, les hommes blancs représentaient 48 % des scénaristes télé à Los Angeles, mais ce chiffre est tombé à 11,9 % en 2024.
  • À The Atlantic, le personnel éditorial est passé de 89 % blanc et 53 % masculin en 2013 à 66 % blanc et 36 % masculin en 2024.
  • Depuis 2020, seuls 7,7 % des stagiaires au Los Angeles Times sont des hommes blancs.
Universités
  • À Harvard, la proportion d’hommes blancs dans les postes menant à la titularisation en sciences humaines est passée de 39 % en 2014 à 18 % en 2023.
  • À Brown, parmi 45 embauches récentes en sciences humaines et sociales, seuls 3 étaient des hommes blancs américains (6,7 %).
  • À Yale, parmi les 76 professeurs en voie de titularisation, seuls 6 (7,9 %) sont des hommes blancs.
Industrie du divertissement

Savage note aussi que, sur une décennie, les nominations aux Oscars comme scénaristes ont largement favorisé les hommes blancs de la génération X (plus de 50 nominations de 2014 à 2023) contre seulement 6 pour les millénariaux blancs. 

Témoignages personnels qui illustrent le phénomène

Certaines expériences individuelles mises en avant par Savage montrent l’impact humain de ces tendances :
  • Ethan, un chercheur progressiste, a eu du mal à décrocher un poste universitaire malgré un solide CV. Partout, on lui a demandé des déclarations DEI et d’orienter ses recherches autour de la race pour être considéré.
  • Andrew, dans les médias, raconte qu’il s’était vu promettre un poste important, puis qu’il a vu ce poste attribué à une personne plus jeune et « diversifiée », laissant entendre une préférence institutionnelle.
  • Matt à Hollywood, attribue la situation à des hommes blancs plus âgés qui ont consolidé leurs réseaux, empêchant l’émergence de jeunes talents de la même origine.
Savage raconte son propre parcours à Hollywood : après des années à écrire des scénarios tout en survivant grâce à des petits boulots, il a vu sa seule véritable opportunité lui échapper parce que les cadres de l’industrie estimaient qu’un groupe de scénaristes « trop blanc » risquait de nuire à l’image de diversité recherchée par les studios.

Certaines figures publiques ont dénoncé ces pratiques comme potentiellement illégales. Andrea Lucas, présidente de la EEOC (Commission pour l’égalité des chances en emploi), a qualifié ces politiques de discrimination, appelant ceux qui s’estiment lésés à se manifester. De même, Harmeet Dhillon, aide-procureur générale, a encouragé les plaintes formelles contre des pratiques d’embauche biaisées.

Des études externes, comme celle de ResumeBuilder.com en 2022, montrent qu’environ 1 recruteur sur 6 a été encouragé à déprioriser systématiquement les hommes blancs, ce qui alimente l’argument selon lequel certains processus de recrutement privilégient l’identité au détriment des qualifications. 

The Lost Generation présente le récit d’une génération d’hommes blancs millénariaux éloignée de l’accès aux professions les plus influentes, non pas à cause d’un manque de compétences ou d’efforts, mais parce que des politiques de DEI, devenues omniprésentes après 2014, ont réorienté de manière décisive la distribution des opportunités.

Savage conclut que cette exclusion, combinée à une culture qui stigmatise toute critique du système, a créé un profond ressentiment silencieux, qui pourrait contribuer à certaines évolutions sociales et politiques récentes observées parmi les jeunes hommes blancs aux États-Unis. 

lundi 8 décembre 2025

La Stratégie de Sécurité Nationale de Trump 2025 : un virage plus isolationniste et conservateur

La Maison Blanche a publié le 4 décembre un document intitulé National Security Strategy of the United States of America (novembre 2025). Il s’agit d’un fichier PDF officiel de 33 pages, disponible publiquement sur le site de la Maison Blanche. Ce document expose les priorités de l’administration Trump pour la politique étrangère et la sécurité nationale, en mettant l’accent sur une approche « America First » (Les États-Unis d’abord) qui se veut pragmatique, un recentrage sur l’hémisphère occidental (les Amériques), et des critiques acerbes envers les alliés européens. 

Ce texte marque un virage isolationniste et transactionnel par rapport aux stratégies précédentes (y compris celle de Trump en 2017), et il a suscité des réactions vives en Europe. Voici un décryptage des thèmes principaux, qui mêlent rejet de l’hégémonie globale, promotion d’un conservatisme social et une rhétorique lucide sur la démographie et l’immigration.

Les critiques contre l’Europe ont été fraîchement accueillies dans les médias traditionnels (subventionnés) en Europe


Un abandon du rôle de « gendarme du monde »

Le document rejette explicitement l’hégémonie globale post-Guerre froide, qualifiée d’« indésirable et impossible ». Il prône un « corollaire Trump » à la Doctrine Monroe, recentrant les efforts militaires sur l’hémisphère occidental pour contrer la migration, les cartels et l’influence chinoise en Amérique latine.

Le texte énonce que « Tous les pays, toutes les régions, toutes les questions ou toutes les causes, aussi louables soient-elles, ne peuvent pas être au centre de la stratégie américaine. L’objectif de la politique étrangère est la protection des intérêts nationaux fondamentaux ; c’est le seul objectif de cette stratégie.

Les stratégies américaines depuis la fin de la guerre froide ont échoué : elles se sont résumées à des listes de vœux pieux ou d’objectifs souhaités ; elles n’ont pas clairement défini ce que nous voulons, mais ont plutôt énoncé des banalités vagues ; et elles ont souvent mal évalué ce que nous devrions vouloir.

Après la fin de la guerre froide, les décideurs de la politique étrangère américaine se sont convaincus que la domination permanente des États-Unis sur le monde entier était dans l’intérêt supérieur de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts. »

Fierté nationale et promotion des familles « traditionnelles »

Le renouveau patriotique et interne est au cœur du document, avec un appel à une « renaissance américaine » via la réindustrialisation (de 30 000 à 40 000 milliards de dollars d’ici les années 2030), la fin de la « discrimination positive » (affirmative action), et une sécurité des frontières comme « élément principal de la sécurité nationale », y compris l’usage de force létale contre les cartels.

Le document insiste sur un retour aux valeurs fondamentales :  
« Nous voulons une Amérique qui chérit ses gloires passées et ses héros, et qui aspire à un nouvel âge d’or. Nous voulons un peuple fier, heureux et optimiste, convaincu qu’il laissera à la prochaine génération un pays meilleur que celui qu’il a trouvé. Nous voulons des citoyens qui ont un emploi rémunérateur, sans que personne ne soit laissé pour compte, et qui tirent satisfaction de savoir que leur travail est essentiel à la prospérité de notre nation et au bien-être des individus et des familles. Cela ne peut se faire sans un nombre croissant de familles traditionnelles solides qui élèvent des enfants en bonne santé. »

mardi 2 décembre 2025

Mathieu Bock-Coté à Paris interrogé par Radio-Canada


mardi 28 octobre 2025

Médecine : la parité à sens unique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données récentes sur les effectifs en médecine au Québec, les femmes sont désormais largement majoritaires, tant dans les études que dans la pratique.

Parmi les médecins en activité, on compte environ 25 % de femmes de plus que d’hommes. Et dans les facultés, l’écart est encore plus marqué : les étudiantes sont deux fois plus nombreuses que leurs camarades masculins.


Autrement dit, la féminisation de la médecine n’est plus une tendance, mais un fait accompli. Dans les études de médecine, près de 67 % des étudiants sont des femmes, et ce déséquilibre se répercute naturellement sur la composition du corps médical.

Pourtant, ce basculement massif se déroule dans un silence assourdissant. Où sont donc passés les défenseurs de la « parité absolue » ? Ceux-là mêmes qui dénoncent avec vigueur la moindre inégalité numérique lorsqu’elle penche en faveur des hommes semblent bien discrets, cette fois.

Car si ces chiffres avaient été inversés, si deux tiers des étudiants en médecine étaient des hommes, on peut parier que les plateaux de télévision et les tribunes militantes auraient crié à l’injustice, au patriarcat, à la domination masculine, que des bourses spéciales seraient distribuées à des filles pour étudier en médecine.  Mais lorsque l’écart joue dans l’autre sens, c’est le calme plat.

Cette asymétrie de réaction interroge. Pourquoi la sous-représentation féminine en politique ou dans les conseils d’administration suscite-t-elle une indignation légitime, tandis que la sous-représentation masculine dans les facultés de médecine semble ne choquer personne ? La parité serait-elle à géométrie variable ?













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Université de Waterloo : chaire en mathématiques, hommes interdits de postuler

Canada — Administration centrale fédérale : 33 361 embauches en 2022-2023, 61 % de femmes et 31,3 % de non blancs

L’État se féminise et se « diversifie » (m à j) [Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017 et 55,6 % en 2007.]
 

UQAM : des hommes blancs refusés au nom de la diversité 

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mardi 7 octobre 2025

Quand l’anonymat récent des copies révèle un biais historique… favorable

À l’Université de Stockholm, la mise en place de la correction anonyme a eu un effet inattendu : les étudiants portant des noms à consonance étrangère, qui bénéficiaient auparavant d’une indulgence implicite de la part des correcteurs, ont vu leurs notes légèrement baisser. Une étude suédoise éclaire ainsi la complexité des biais en évaluation.


Lorsqu’une université décide de rendre les copies d’examen anonymes, on s’attend naturellement à ce que la réforme rende l’évaluation plus juste, en éliminant les préjugés possibles liés au nom ou à l’origine des étudiants.

Mais les résultats obtenus à l’Université de Stockholm vont à l'encontre de cette attente.

Une étude du sociologue Magnus Bygren, publiée dans la revue Assessment & Evaluation in Higher Education, montre qu’après l’introduction de la correction anonyme, les étudiants portant des noms à consonance étrangère ont vu leurs notes baisser.

Non pas parce qu’ils étaient désormais victimes d’un biais négatif, mais parce qu’ils ne bénéficiaient plus, semble-t-il, d’un léger traitement de faveur implicite dont ils jouissaient auparavant.

Une réforme conçue pour réduire les biais


Entre 2010 et 2014, l’Université de Stockholm a progressivement introduit une règle obligeant les correcteurs à évaluer les examens sans connaître l’identité de l’étudiant.

L’objectif était simple : réduire les inégalités et rendre la notation plus objective.

Bygren a analysé des milliers de résultats d’examens avant et après la réforme, en distinguant les étudiants selon la consonance de leur nom. L’idée était d’observer si la réforme — en supprimant les indices identitaires — modifiait les écarts de notes entre groupes.

Un effet inattendu

Les résultats sont clairs : après la généralisation de la correction anonyme, la probabilité pour un étudiant au nom étranger d’obtenir la meilleure note a diminué d’environ six points de pourcentage. Avant la réforme, ces mêmes étudiants réussissaient un peu mieux, toutes choses égales par ailleurs.

Aux attentes négatives que l’on aurait pu supposer — celle d’un biais défavorable envers les minorités — les correcteurs opposaient, sans doute inconsciemment, un ajustement favorable.

Autrement dit, ils tendaient à se montrer légèrement plus indulgents envers les étudiants aux noms étrangers, peut-être par souci d’équité ou pour compenser un désavantage perçu.

Un biais inversé

Ce phénomène éclaire un aspect méconnu du comportement des évaluateurs : leur désir de justice (subjective) peut lui aussi engendrer un biais.

Les correcteurs, animés par des intentions bienveillantes envers des groupes particuliers (ici étrangers), pouvaient accorder inconsciemment une petite marge de tolérance aux étudiants qu’ils imaginaient en situation d’infériorité symbolique.

L’anonymisation des copies a effacé ce réflexe, rétablissant une neutralité plus stricte — et, ce faisant, a fait apparaître une baisse relative des notes pour ce groupe d’étudiants.

Bygren reste prudent : l’ampleur de l’effet varie selon les modèles statistiques utilisés. Mais la tendance demeure. Et surtout, elle contredit l’hypothèse intuitive d’un préjugé défavorable fondé sur le nom.

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