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jeudi 15 janvier 2026

Québec — Dépenses en éducation en hausse de 57 % les 7 dernières années : résultats mitigés ou difficiles à mesurer

Un rapport publié jeudi par l’Institut du Québec (IDQ) vient confirmer une croissance substantielle des dépenses en éducation au Québec au courant des sept dernières années, avec des résultats mitigés ou du moins difficilement mesurables sur le terrain.

Prenant comme point de départ l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018 et sa promesse de faire de l’éducation une priorité, ce regard socioéconomique visait en quelque sorte à faire le bilan de cette «ère dépensière» à l’aube d’un virage gouvernemental davantage orienté vers la restriction budgétaire depuis 2025, expliquait mercredi en entrevue la PGD de l’IDQ, Emna Braham.

Hasard de l’actualité, le principal architecte de ces différentes orientations, le premier ministre François Legault, allait démissionner quelques minutes plus tard.


Au regard des budgets annuels, l’IDQ parle carrément d’une «explosion» des dépenses en éducation durant ses six premières années au pouvoir. De 14,9 milliards en 2018, les dépenses dans le réseau sont passées à 23,4 milliards en 2024, une augmentation de 57 %. Même ramenée annuellement, elle dépasse largement l’inflation. Et tout ça exclut les infrastructures, alors qu’il a fallu au même moment investir davantage dans des écoles vieillissantes.

Le rapport identifie plusieurs bonnes raisons à ce phénomène. La plus logique est l’augmentation du nombre d’élèves, attribuée à la fois à un «mini baby-boom» durant les années 2000 et ensuite à un bond de l’immigration. Sauf que même en rapportant les dépenses en dollar par élève, celles-ci ont cru de 43 % sur la même période. Le nombre d’élèves n’explique donc pas tout, selon l’IDQ.

Le personnel de soutien a par exemple augmenté plus que le personnel enseignant, une situation qui pourrait «notamment s’expliquer par l’augmentation du nombre d’élèves ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage» [des enfants immigrés ?], mentionne le rapport.

Mais c’est également un choix, commente Mme Braham, qui note que le Québec a «pris un tournant» à partir de 2018, moment où l’on était légèrement sous la moyenne canadienne en dépense par élève.

Si la tendance s’est inversée, elle isole aussi comme facteur déterminant les négociations avec le secteur public. «En 2024, on a vraiment un bond avec les dépenses par élève qui augmentent de près de 15 % en une seule année. Et là-dedans, c’est principalement l’impact du renouvellement des conventions collectives avec les syndicats enseignants. Il y a eu une hausse des salaires qui était importante, mais il y a aussi eu une embauche importante d’aides à la classe qui était une des conditions qui étaient négociées», rappelle Emna Braham.

Bilan des courses: «on met plus de ressources pour chaque élève, on met davantage d’éducateurs par élève [au Québec]», pointe-t-elle.

En a-t-on pour notre argent?

Et à la grande question de savoir si tous ces efforts ont porté fruit, la réponse est… complexe. D’abord, allouer des ressources en éducation, c’est nécessairement un investissement à long terme pour une société. Sauf qu’on ne le mesure pas suffisamment, selon l’IDQ, qui fait d’ailleurs de l’amélioration de l’accès aux données sa principale recommandation dans ce rapport.

«Sans statistiques précises sur le personnel et ses qualifications et sans indicateurs de performance sur la diplomation harmonisés, il est impossible de mesurer l’efficacité des investissements et de déterminer si chaque dollar additionnel sert véritablement à la réussite des élèves», écrivent les auteurs.

De manière générale, on peut néanmoins observer que les lacunes et les défis québécois (taux de diplomation, rétention de personnel) restent bien réels, mais que ses forces (excellente performance à l’échelle internationale dans les scores en littératie et numératie) [avec une sélection des élèves qui participent à ces tests plus élevée] demeurent également.

Dans les perceptions, on semble toutefois toujours définir le réseau de l’éducation comme étant en crise. «On le définissait comme un réseau en crise en 2018, on le définit aujourd’hui encore comme un réseau en crise», décrit Emna Braham.

Pourtant, il «parvient à atteindre certains des objectifs fondamentaux qu’il se donne, même si c’est plus difficile de faire un lien de causalité entre les dépenses et ses résultats», observe-t-elle.

Et si l’IDQ parle d’un tournant à partir de 2025, ce n’est pas uniquement à cause des premières compressions annoncées par l’ancien ministre Bernard Drainville, qui ont d’ailleurs été passablement assouplies à l’automne par sa successeure Sonia LeBel.

Ce n’est probablement que partie remise, avertit Simon Savard, économiste qui a aussi contribué à ce rapport. «On se retrouve en quelque sorte avec un dilemme budgétaire», énonce-t-il en évoquant l’obligation d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.

Dures années à venir


«Dans la dernière mise à jour économique, elle nous dit que dans les trois prochaines années, les dépenses en éducation ne vont augmenter que de 1,6 % par année», une tout autre réalité que celle constatée entre 2018 et 2024, sans compter que les augmentations salariales négociées vont continuer de s’appliquer, note M. Savard.

«Ça veut dire que le gouvernement va devoir faire des choix. Soit couper dans certains services, trouver des gains d’efficacité, puis il n’y a pas nécessairement beaucoup de gras administratifs à enlever dans le réseau», selon son analyse.

«C’est sûr que la marge de manœuvre, elle est assez limitée, renchérit Emna Braham. C’est déjà des choix auxquels les centres de services scolaires ont été confrontés cette rentrée-ci, puis ça va recommencer l’année prochaine», prédit-elle en spécifiant que «l’arbitrage» budgétaire se fait en bonne partie à cette échelle décisionnelle plutôt qu’au gouvernement lui-même.

Source : Le Soleil

Voir aussi

Les résultats québécois aux tests PISA remis en question (Les écoles et les élèves du Québec sont nombreux à bouder les tests internationaux en sciences, mathématiques et lecture. Le taux de décrochage au Québec à 15 ans est également plus haut que dans des pays comme le Japon et la Norvège, ces élèves ne sont plus scolarisés et plus testés.)

PISA 2018 — les bons résultats de la Suède s'expliqueraient par l'élimination de 11 % de mauvais élèves, surtout immigrés (avec explication de la sélection des écoles et des élèves aux tests PISA).

Dépenses en éducation dans les écoles publiques au Canada (Québec champion !), édition 2024

 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 26 octobre 2025

L’exode des médecins québécois formés en anglais : une gabegie dénoncée depuis 2006

Alors que le gouvernement Legault vient de faire adopter sous bâillon une loi spéciale pour encadrer les médecins, la pénurie persiste, au grand désespoir de la population. Or, ce problème n’a rien de nouveau : un article paru dès 2006 tirait déjà la sonnette d’alarme, soulignant une gabegie parfaitement évitable dans la formation et la rétention des médecins au Québec. Les chiffres précis ont sans doute évolué depuis, mais les causes structurelles, elles, demeurent tristement inchangées. Ce qui suit est un résumé de l'article de 2006.

Une pénurie chronique malgré une formation abondante

Le Québec manque toujours de médecins — environ 1000 spécialistes et autant d’omnipraticiens, selon les estimations les plus récentes. Certaines régions, comme le Saguenay, en viennent même à signer des ententes pour attirer des praticiens étrangers. Paradoxalement, la province fait partie de celles qui forment le plus de médecins par habitant au Canada. Et malgré des investissements massifs, notamment les 3,6 milliards injectés dans les mégahôpitaux du CHUM et du MUHC, le déficit médical s’aggrave.

Un exode massif, particulièrement chez les diplômés de McGill

Dès 2006, les données montraient que le Québec offrait l’un des plus faibles taux de rétention de médecins au pays. Chaque année, plus de 75 praticiens quittaient la province, principalement pour l’Ontario et les États-Unis — un exode deux fois plus important qu’en Ontario. Contrairement à ce qu’on croit souvent, la rémunération n’était pas la seule cause. L’analyse révélait que l’immense majorité des départs provenait de l’Université McGill, alors que les diplômés des universités francophones — Montréal, Laval, Sherbrooke — restaient en grande partie au Québec.

En dix ans, plus de 550 diplômés de McGill avaient quitté la province, représentant près des deux tiers de tous les départs. À la fin de leurs études, environ la moitié des jeunes médecins mcgillois partaient exercer ailleurs, tandis que ceux issus des facultés francophones demeuraient, pour la plupart, au service du réseau québécois.
Au Québec, la formation d’un médecin représente un investissement majeur pour les contribuables, financé à plus de 90 % par l’État. Selon les données récentes du ministère de la Santé et des Services sociaux, former un médecin généraliste coûte environ 435 000 $ CAD, tandis que la formation d’un spécialiste varie entre 600 000 $ et 790 000 $ CAD, selon la durée de la résidence (5 à 7 ans). Ces montants, qui incluent les études universitaires et les salaires de résidence, reflètent une hausse due à l’inflation et aux investissements accrus dans les facultés de médecine. En 2024, des mesures comme le projet de loi 83 visent à garantir un retour sur cet investissement en obligeant les nouveaux médecins à pratiquer cinq ans dans le système public, sous peine de remboursement partiel.

Une erreur de politique publique connue depuis longtemps

La conclusion du rapport de 2006 était sans équivoque : en finançant massivement une université anglophone dont la majorité des diplômés s’en vont, le gouvernement québécois subventionne la formation de médecins pour l’Ontario et les États-Unis. Chaque médecin formé coûte environ 150 000 $ (en 2006, voir encadré pour une mise à jour des coûts)aux contribuables, mais une grande partie de cet investissement profite à d’autres systèmes de santé.

Pire encore, les autorités universitaires de McGill assumaient ouvertement ce rôle d’exportation de talents, se félicitant de former des médecins francophones « destinés à faire carrière aux États-Unis ». Cette tendance s’observe d’ailleurs dans d’autres domaines, comme la physique médicale, où de faibles taux de rétention à McGill ont forcé la création de programmes francophones au CHUM et au CHUQ pour combler les besoins locaux.

Une solution qui existe depuis vingt ans

L’article de 2006 proposait déjà un correctif simple : rééquilibrer les quotas et les investissements en faveur des facultés de médecine francophones, qui forment les médecins les plus susceptibles de rester. Ramener le taux d’exode de McGill à la moyenne des autres universités suffirait presque à combler le déficit migratoire des médecins québécois.

Presque vingt ans plus tard, cette « fuite des cerveaux » demeure l’un des secrets les plus coûteux du système de santé. Le Québec, en continuant à financer sans condition une université dont la majorité des diplômés quittent le territoire, forme toujours un médecin pour le prix de deux — et n’en garde qu’un.

dimanche 21 septembre 2025

Québec songe à réduire les prestations d’aide sociale données aux « réfugiés »

« Non, je ne ferme pas la porte », a déclaré la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action
communautaire Chantal Rouleau (ci-contre) à l’entrée du conseil des ministres mercredi.

Lorsqu’une journaliste lui a demandé si elle comptait réduire les prestations d’aide sociale des nombreux demandeurs d’asile, elle a également répondu qu’« on est en train de réfléchir et de travailler sur des façons de faire pour mieux équilibrer » les dépenses consacrées à ce poste.

En juin, le ministre de l’Immigration Jean-François Roberge brandissait cette solution, dans l’éventualité où le nouveau gouvernement Carney ne répondrait pas aux demandes du Québec de réduction de l’immigration temporaire. « Je ne peux pas l’exclure […] si Ottawa ne fait pas le travail, qu’on soit obligé de revoir le panier de services », disait le ministre en marge de l’annonce de la planification de l’immigration au Québec pour 2026-2029.

« Le statu quo n’est pas tenable ni pour les services publics ni pour les finances publiques. Je pense aux Québécois là-dedans qui disent qu’ils habitent ici, qu’ils payent des impôts et qu’ils ont de la misère à voir leur médecin, que mon fils ou ma fille est dans une classe d’enseignement modulaire, qu’il n’a pas d’enseignant légalement qualifié, que c’est pas leur plan A… On doit avoir une équité pour les Québécois », plaidait-il.

Remue-méninges

La question est restée en délibéré durant l’été. Mais à la suite d’un remue-méninges tenue au gouvernement avant le remaniement ministériel pour déterminer la feuille de route de la dernière année du mandat caquiste, elle est revenue de l’avant.

En matinée, François Legault a d’ailleurs été questionné sur la position difficile de la CAQ dans les sondages – loin derrière le Parti québécois et le Parti libéral. « On veut, avec l’équipe que j’ai nommée, poser des gestes concrets et arriver avec des résultats dans les prochains mois », a dit le premier ministre. Il a énuméré ses priorités : réduire le fardeau fiscal, donner un traitement-choc à la bureaucratie, améliorer la sécurité des Québécois et « réduire le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et Laval ». Ce sont ces gestes concrets qui vont, croit-il, changer l’image que les Québécois ont de lui et de son gouvernement.

L’automne dernier, l’idée de couper les chèques d’aides sociales des demandeurs d’asile avait pourtant été exclue par la CAQ. Une réduction du chèque d’aide sociale, « ce n’est pas quelque chose que l’on considère actuellement », a disait M. Legault.

En 2024, plus de 500 millions de dollars en aide sociale ont été versés aux demandeurs d’asile. 

mardi 29 avril 2025

Les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé au monde, mais se trouve en queue de classement pour de nombreux paramètres.


Avec environ 43 % des adultes obèses, les États-unis présentent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %).

C’est l’une des plus grandes puissances économiques du monde, et pourtant sa population ne se porte pas mieux qu’ailleurs. Au contraire : non seulement la santé des Américains est en moyenne moins bonne que dans la plupart des autres pays développés, mais elle se dégrade. L’espérance de vie en est un exemple frappant : alors qu’elle était comparable à celle des pays européens jusqu’aux années 1970, sa progression s’est peu à peu ralentie et la tendance s’est même inversée à partir des années 2010. Désormais, un Américain vit en moyenne 76,4 ans, soit quatre années de moins que dans les 38 pays membres de L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), et près de sept ans de moins qu’en France. Et pourtant, les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé par habitant au monde. Un paradoxe qui révèle de profondes défaillances.

« Le fait que l’espérance de vie baisse aux États-unis est vraiment une exception, car elle continue de progresser dans les autres pays occidentaux », note Céline Jaeggy, ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington. Pour ce paramètre, le pays occupe désormais la 32e position sur 38, entre la Pologne et la Colombie. Si ce phénomène touche de plein fouet les populations les plus défavorisées des États-Unis, il n’épargne pas non plus les plus riches. En effet, une récente étude a montré que même les Américains les plus fortunés ont une espérance de vie plus courte que leurs homologues européens, et plus proche de celle des habitants les plus pauvres d’Europe du Nord et de l’ouest.


L’espérance de vie n’est pas le seul indicateur de santé en berne aux États-Unis, comme le révèle un rapport de L’OCDE, publié fin 2023. Le pays se situe aussi en queue de classement pour la mortalité évitable, qui dénombre les vies qui auraient pu être sauvées par de la prévention ou des soins (maladies infectieuses, crises cardiaques, alcoolisme, BPCO, toxicomanie, suicide, etc.). Les États-Unis comptent ainsi 336 décès évitables pour 100 000 habitants, contre 237 dans L’OCDE et 160 en France.

Les chiffres concernant la santé des mères et des nouveau-nés ne sont guère plus réjouissants. La mortalité maternelle - c’est-à-dire le décès d’une femme pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse - s’établit à 21 femmes sur 100 000 aux États-unis, soit deux fois plus que la moyenne de L’OCDE. Très récemment, une étude a non seulement montré que ce chiffre a bondi de 27 % ces quatre dernières années, mais aussi que certains États sont plus concernés que d’autres, avec des taux allant jusqu’à 60 décès parmi 100 000 femmes enceintes.

Bien que l’écart avec les autres pays soit moins important, la mortalité infantile n’affiche pas non plus de bons résultats : 5,4 enfants sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire aux Étatsunis, contre 3,6 en France et 4 en moyenne dans L’OCDE. Un chiffre qui semble faible mais qui, rapporté au nombre de naissances aux USA, représente environ 19 000 décès par an !

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité », estime Céline Jaeggy, auteur d’une analyse récente sur le système de santé américain. L’obésité est en effet « un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer », rappelle L’OCDE dans son rapport. Cela rend également la grossesse et l’accouchement plus à risque, ce qui peut en partie expliquer les mauvaises performances en la matière.

Or, avec environ 43% des adultes obèses, les États-unis affichent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %). Sans surprise, la prévalence du diabète est également très élevée, avec 11% de la population concernée. « Même si cela ne reflète pas réellement l’état du système de santé, le fait que le taux d’obésité soit si élevé montre l’échec des politiques de prévention et cela permet de comprendre pourquoi certains indicateurs sont mauvais », poursuit Céline Jaeggy.

En plus de l’épidémie d’obésité, les États-unis font également face à une crise sanitaire sans précédent due aux opioïdes depuis les années 2000. Ces antidouleurs puissants dérivés de l’opium y sont même devenus la première cause de mortalité évitable avant 50 ans, loin devant les accidents de la route et les décès par armes à feu. « Cette crise explique en partie la baisse de l’espérance de vie, commente Céline Jaeggy. Parce qu’elle a été créée par le système de santé, elle touche davantage les populations caucasiennes à faibles revenus, qui ont un accès minimum aux soins, davantage que les Hispaniques et les Noirs américains. »

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité, qui est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer » Céline Jaeggy ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington

À l’heure actuelle, les États-unis enregistrent 223 décès liés aux opioïdes par million d’habitants, ce qui place le pays en tête du classement, très loin devant la moyenne de L’OCDE (30 décès par million d’habitants). Une tendance dramatique qui ne semble pas s’améliorer : ce taux a été multiplié par deux en seulement dix ans. Au total, environ 727 000 personnes sont décédées de cette manière ces vingt dernières années aux États-Unis.

Outre la faible proportion de fumeurs (8,8 % versus 25 % en France), il y a en revanche un domaine où les États-unis excellent : « Ils dépensent beaucoup plus que les autres pays, près de 17 % de leur PIB sont consacrés à la santé », rapporte Brigitte Dormont, professeur émérite d’économie à l’université Paris Dauphine. En 2021, les États-unis ont ainsi dépensé 12500 dollars par habitant, soit deux fois plus que la France, en tenant compte des différences de pouvoir d’achat. « Pourtant, ils ont de très mauvais résultats, c’est ce que certains appellent le “puzzle” américain », poursuit-elle.

Un paradoxe qui s’explique avant tout par le fonctionnement du système de santé, souligne Zeynep Or, directrice de recherche à l’irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé). « En France, il existe une assurance-maladie publique et universelle, tout le monde est couvert. Ce n’est pas le cas aux États-unis, où c’est un modèle d’assurance privée, rappelle l’économiste. Comme avec n’importe quelle assurance, les primes sont proportionnelles aux risques de santé des individus. Donc si vous avez certaines maladies, les primes seront plus élevées. Et surtout, elles augmentent avec l’âge. »

Environ la moitié des Américains sont couverts par une assurance proposée par leur employeur, comme l’a imposé l’obamacare en 2015 aux entreprises de plus de 50 salariés. « Le montant de la prime annuelle pour une famille américaine moyenne est d’environ 21000 dollars, dont les trois quarts sont pris en charge par l’entreprise, ce qui laisse environ 6 000 dollars à payer par l’assuré», illustre Céline Jaeggy. Mais certaines entreprises ont trouvé la combine pour échapper à cette obligation qui ne concerne que les salariés travaillant plus de 30 heures hebdomadaires : embaucher à temps partiel.

Par ailleurs, le fait d’être couvert ne signifie pas que tous les soins seront pris en charge. «Les assurances peuvent prévoir des franchises ou encore une part non remboursée du prix de consultation et souvent, elles ne couvrent pas les soins dentaires ou optiques », indique Céline Jaeggy. Selon elle, environ 30 millions de personnes assurées seraient en difficulté pour faire face à leurs dépenses de santé.

En plus de cela, 26,4 millions de personnes n’ont pas d’assurance santé, selon l’administration américaine, soit 8 % de la population. Il existe pourtant deux caisses publiques d’assurance-maladie : Medicaid, pour les familles pauvres avec enfants, et Medicare, pour les 65 ans et plus. Environ 36% de la population est couverte de cette manière. Mais les critères d’accès sont drastiques. « Par exemple, une mère célibataire qui gagne l’équivalent du SMIC (salaire minimal) n’est pas assez pauvre pour être éligible », rapporte Zeynep Or.

Dans les années 2010, sous l’ère Obama, des réformes avaient permis d’abaisser le seuil d’éligibilité. Mais il appartient aux États de les appliquer ou non. Résultat : beaucoup de personnes restent sur le carreau. « Il y a beaucoup de trous dans la raquette, souligne Brigitte Dormont. Si vous travaillez à votre compte, que vous êtes pauvre mais pas assez ou encore que vous êtes pauvre et sans enfant, vous n’avez droit à rien. »

En parallèle de cela, le prix des soins n’est pas réglementé et est donc très élevé. «Un médicament payé 10 euros en France coûte deux à trois fois plus cher aux États-unis, même en tenant compte des différences de pouvoir d’achat», indique Zeynep Or. Les honoraires des médecins sont également plus élevés. « Le coût de la consultation n’est pas encadré, les généralistes sont payés environ 2,5 fois plus, et les spécialistes, 5 fois plus. Cela s’explique en partie par le fait qu’ils doivent rembourser leurs études et que le coût de leur propre assurance est très important», analyse Céline Jaeggy.

Mi-avril, le Washington Post a indiqué que le gouvernement de Donald Trump envisagerait de réduire de 40 milliards de dollars le budget du ministère américain de la Santé. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait déjà commencé une profonde refonte de cette administration, en supprimant près d’un quart de ses effectifs. « Ce n’est que le début, la situation va s’aggraver, estime Zeynep Or. Non seulement l’administration Trump est farouchement opposée aux assurances publiques, mais elle est aussi une ardente défenseur de l’économie libérale. Cette vision interdit la régulation du marché de la santé et celui des assurances. Mais tous les indicateurs montrent clairement que l’intervention publique et des règles sont nécessaires pour obtenir des résultats satisfaisants et surtout favorables à la santé de la population », conclut la spécialiste.

Source : Le Figaro

lundi 9 décembre 2024

Javier Milei est-il en train de redresser l’Argentine ?

Galvanisé par les premiers résultats positifs enregistrés au niveau macroéconomique (baisse de l’inflation, excédent fiscal, renforcement de la monnaie nationale), Javier Milei, 54 ans, fête son premier anniversaire au pouvoir dans une conjoncture « très favorable », analyse le politologue Pablo Touzon. En dépit d’une récession qui peine à se dissiper, « l’inflation a été contenue, les mouvements sociaux restent muets et Trump, que Milei soutient depuis le début, vient d’être élu président », détaille ce spécialiste de la politique argentine.

Javier Milei en campagne électorale avec sa tronçonneuse, emblème de la cure d’amaigrissement qu’il veut infliger à l’État argentin


La participation de l’entrepreneur Elon Musk, un proche de Milei, à l’équipe de Trump facilitera d’autant plus les liens entre Washington et Buenos Aires. Fière figure de proue de la nouvelle droite internationale, Milei se positionne comme un interlocuteur prioritaire dans une Amérique latine presque toute entière gouvernée par la gauche. D’autant que les États-Unis incarnent la vision du progrès aux yeux de cet économiste biberonné aux théories des libertariens. Durant le premier débat de la campagne présidentielle en octobre 2023, alors candidat, il avait déclaré : « Si vous me donnez vingt ans, nous serons l’Italie. Si vous m’en donnez trente-cinq, nous deviendrons les États-Unis ».

En croisade contre la gabegie

Un an après son accession au pouvoir, l’Argentine reste l’Argentine. Un pays divisé entre ceux qui l’ont porté au pouvoir, dont le soutien semble indéfectible, et de fervents opposants, eux aussi confortés dans leurs certitudes. Les courbes de popularité montrent que l’économiste ultralibéral était parti de plus bas que ses prédécesseurs en début de mandat, mais que sa cote a augmenté depuis, tutoyant aujourd’hui les 50 % de soutien. L’indice de confiance dans le gouvernement, mesuré par l’Université Torcuato Di Tella, affiche une hausse significative en octobre et situe l’actuel gouvernement à un niveau supérieur aux moyennes observées ces dernières années. « Depuis son arrivée au pouvoir, Milei s’est renforcé, confirme le consultant Roberto Starke, cofondateur de l’agence Infomedia. Il doit toutefois prendre garde à ne pas tomber dans le piège de ceux qui ont le vent en poupe, à savoir l’isolement. Or, son entourage semble plus enclin à saluer sa réussite qu’à lui signaler ses erreurs. En outre, son caractère autoritaire s’est encore accentué au fil des mois de pouvoir. »

De fait, seul capitaine du navire, le président continue sa croisade contre la gabegie à tous les étages. L’université publique et gratuite a été l’un de ses chevaux de bataille. L’institution, qui fait pourtant consensus au sein de la société argentine, ne servirait, selon lui, « à personne d’autre qu’aux enfants des riches et de la classe moyenne supérieure ».

En un an, Milei a gouverné en minorité, jonglant entre une fermeté totale dans les discours et des accords bien menés en coulisses, notamment avec le parti Proposition républicaine (Pro), de l’ex-président de centre droit Mauricio Macri (2015-2019). Vu le poids très relatif au Congrès de son propre parti, La Libertad avanza (seulement 15 % des députés et 9 % des sénateurs), chaque pas a donné lieu à une épreuve de force. Après avoir essentiellement gouverné par décret, Milei compte sur les élections législatives d’octobre 2025, dont les primaires auront lieu le 3 août, pour faciliter l’action du gouvernement sur le terrain législatif.

À quelques mois de ce scrutin déterminant, l’Argentin bombe le torse, sous son costume noir qui a remplacé son blouson en cuir usé de vieux rockeur. À l’épreuve du pouvoir, le personnage tonitruant de la campagne électorale a mis (un peu) d’eau dans son vin. La tronçonneuse, récemment exhibée pour annoncer de prochaines restrictions budgétaires, n’a pas complètement disparu de son arsenal de communication. Mais « une certaine dose de pragmatisme a été insufflée », observe Roberto Starke, soulignant le rôle des proches du président dans les négociations avec la « caste » politique qu’il avait promis de faire imploser. C’est en effet son entourage qui se charge de tisser des liens en dehors du parti gouvernemental : sa sœur, Karina Milei, secrétaire générale de la Présidence, son ministre de l’Économie, Luis Caputo, et le chef du Cabinet ministériel, Guillermo Francos.

193 % d’inflation sur un an !

Élu sur le terreau d’une crise économique abyssale, le gouvernement a fait de la restauration du pouvoir d’achat sa politique sociale numéro un. La route est encore longue. Pas sûr que l’effet de ruissellement suffise à endiguer l’augmentation de la pauvreté, qui touche désormais plus de 50 % de la population. La fin annoncée de la récession serait corroborée par certaines statistiques, telles que la réduction du nombre de salariés pauvres. Selon les calculs du centre de réflexion économique ExQuanti, leur proportion, qui avait augmenté de manière continue depuis fin 2023, vient de baisser de 29,2 % à 26,5 %. Un taux encore trop élevé pour que le gouvernement puisse crier victoire.

En Argentine, plus que jamais, c’est l’économie qui domine les enjeux. Arrivé au pouvoir le 10 décembre 2023, Milei avait pour mandat de contenir l’inflation galopante et d’instaurer un nouvel ordre économique. L’augmentation des prix a été ralentie, puisqu’elle atteint 2,7 % (mensuel) en octobre, mais reste astronomique sur l’ensemble de l’année (193 %). Milei sera jugé à l’aune de ces indicateurs. « Il faut convaincre la société, en particulier les jeunes, de s’engager à changer le pays en faisant confiance à ce projet politique, dit, enthousiaste, Frances Berthet, courtière immobilière chez Cobrokers Real Estate, à Buenos Aires. La première étape, celle de l’ajustement budgétaire, a été la plus dure. Cette année, il devrait y avoir un rééquilibrage des prix et un rebond de la production. Dans le secteur immobilier, sous l’impulsion du retour des crédits, l’activité a déjà repris ! »

Pour Berthet, qui considère le péronisme comme le mal numéro un du pays, Milei peut réussir là où les autres ont échoué — le libéral de centre droit Mauricio Macri (2015-2019) et, avant lui, le péroniste libéral Carlos Menem (1989-1999). Les références aux années 1990, celles de l’ouverture économique, des privatisations massives et du « uno a uno » (la parité entre le dollar et le peso argentin) inspirent les commentateurs. « À cette époque, l’Argentine c’étaient les États-Unis, se souvient Berthet. Les gens étaient pleins d’espoir. Il y avait une pluie d’investissements étrangers, les salaires étaient très élevés, on voyageait de par le monde ! Avec Milei, on a la sensation que c’est à nouveau un changement en profondeur qui s’installe. »

Outre sa remise en question de l’université publique, Milei a adopté une rhétorique visant à déconstruire l’imaginaire « progressiste » des années Kirchner. Le centre culturel Kirchner (CCK) est devenu le palais Liberté Sarmiento. La journée du respect de la diversité culturelle, célébrée le jour de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, a repris son nom d’antan : la Fête de la race [hispanique].

Les péronistes K.-O.

Élu pour renverser la table, Milei a mis K.-O. le clan péroniste, qui peine à désigner ses nouveaux chefs et dont une grande partie refuse de s’aligner sur l’ex-présidente Cristina Kirchner. Si le chef de l’État garde pour priorité la stabilisation macroéconomique, son programme social et culturel est tout sauf neutre. Sa « bataille culturelle », Milei la mène notamment à longueur de discours, et au gré de ses fréquents voyages. Une quinzaine, dont la moitié aux États-Unis, de Davos au G20 de Rio, en passant par la Bourse de Wall Street ou l’hémicycle de l’ONU. Les féministes, les écologistes, les « wokes », les socialistes… Avec lui, tous en prennent pour leur grade.

« Milei conserve une attitude contestataire, qui séduit ici, car cela correspond à un profil typiquement argentin, tout en défendant un programme politique global », résume Tobías Belgrano. Cette position clivante, Milei la défend sur le terrain géopolitique, mais aussi en interne. Les employés de l’agence publique d’informations Télam, qu’il a pris en grippe dès son arrivée au pouvoir, en ont fait les frais. « On nous a signifié qu’il ne fallait plus écrire sur les sujets liés à l’agenda 2030 (de développement durable de l’ONU, NDLR), au féminisme, à la marche des fiertés… Il y a un musellement de l’information par le gouvernement, qui nous considérait comme un élément de propagande kirchnériste (en référence à l’ex-présidente, NDLR) », témoigne un journaliste de Télam avec plus de vingt ans d’expérience dans l’agence. Cette source préfère garder l’anonymat pour ne pas « tomber sous le coup de la chasse aux sorcières du pouvoir », déplorant qu’« aujourd’hui, l’enjeu économique clôt tout type de débat. Nous ne pouvons que constater le manque de solidarité à tous les niveaux. Les valeurs se perdent ! »

Dans un pays fondé par des écrivains, la littérature vient naturellement compléter le diagnostic. L’essai « Notre pauvre individualisme », du grand écrivain national Jorge Luis Borges, explique ainsi que l’Argentin, qui « ne s’identifie pas à l’État (…) est un individu, pas un citoyen ». Doit-on trouver là une clef pour comprendre l’électeur de Milei, pourfendeur de l’action étatique ? Il serait ainsi l’incarnation de l’Argentin selon Borges ? « Ces deux positions sont diamétralement opposées, corrige l’écrivain Carlos Gamerro. Borges considère que l’opposition à l’État conduit à la formation de liens solidaires entre les individus. Mais le projet porté par le gouvernement actuel invite seulement à se fédérer dans la désignation d’un ennemi politique. »

Source : Le Figaro

lundi 14 octobre 2024

Allemagne — Malgré les dépenses croissantes en éducation, les résultats baissent

Manifestement quelque chose cloche dans le système éducatif allemand.

Les dépenses publiques consacrées à l’éducation y ont augmenté de 56 % depuis 2003 (en tenant compte de l’inflation).

Mais les performances des élèves en mathématiques ont atteint un plancher record en 2022.

Pourquoi toutes ces dépenses y sont-elles si inefficaces ?

Les immigrés en Europe ne constituent pas un groupe homogène

L’exemple de la Finlande en témoigne : il existe de grandes différences de compétences en mathématiques entre les enfants d’immigrés issus de certains groupes.

Quelle incidence sur la politique migratoire des pays occidentaux cela aura-t-il étant donné qu’une part croissante des élèves provient des groupes ayant les résultats les plus médiocres ?



Il convient de noter que cette analyse ne peut pas être effectuée pour tous les pays PISA : par exemple, la Suède ne classe le pays de naissance que dans les catégories « Suède », « européen » et « non européen » dans l’ensemble de données publiques.

L’Allemagne fait figure de cas particulier : les données pour les immigrants de longue date provenant par exemple de Turquie ou de Pologne sont disponibles, mais pas celles pour les groupes importants de nouveaux immigrants comme les Syriens.

Remarquons, en outre, que les études PISA démontrent que l’immigration n’est pas le seul facteur responsable de la baisse des compétences en mathématiques dans des pays comme la Finlande.

En effet, en 2006, les Finlandais de souche se situaient à environ 550 sur l’échelle de mathématiques PISA alors qu’ils sont tombés à 492 en 2022.

La même baisse est observée en France dans tous les groupes sociaux à travers le temps.

En Australie et au Canada, les enfants immigrés sont meilleurs en mathématiques que les enfants nés dans les pays d’accueil.

En Europe occidentale, c’est l’inverse.

Cela s’explique en grande partie par l’origine différente des immigrants, tant du point de vue de leur géographie que de leur situation sociale.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 
 
 

France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

L’immigration en France est très familiale et peu éduquée

Allemagne — Les élèves n’ont jamais été aussi mauvais en allemand et aussi bons en anglais

Allemagne : le nombre d’immigrants a battu un record en 2022

mercredi 3 juillet 2024

Des écoles secondaires finlandaises en perte de vitesse importent des élèves de l'étranger

Dans l'idéal, le lycée de Marianne Korkalainen à Rautavaara, une petite ville de l'est de la Finlande, accueillerait au moins 20 nouveaux élèves chaque année. Cet automne, la municipalité décroissante ne lui enverra qu'une douzaine d'élèves. Mais Mme Korkalainen, la directrice de l'école, a un plan : elle a l'intention d'inviter une demi-douzaine de jeunes de pays plus pauvres pour l'aider à remplir les sièges vides. Des adolescents enthousiastes originaires de pays tels que le Myanmar, le Viêt Nam et la Tanzanie troqueront leurs villes tropicales pour son petit refuge enneigé. Ils recevront une éducation finlandaise, aux frais des contribuables finlandais.



La population en âge d'être scolarisée diminue dans de nombreux pays européens, et en Finlande, plus rapidement que dans la plupart des autres pays. D'ici à 2030, le pays pourrait compter près de 10 % d'enfants âgés de 4 à 18 ans en moins, selon les projections de l'Union européenne. D'ici à 2040, leur nombre pourrait diminuer d'un cinquième. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les écoles rurales, qui souffrent à la fois du faible nombre de naissances et de l'exode vers les villes. Des centaines d'entre elles ont fermé leurs portes au cours des dernières décennies. Certaines offrent désormais aux jeunes de la région des avantages tels que des leçons de conduite gratuites et de petites "bourses" en espèces, dans l'espoir de les retenir.

L'idée de mettre des étrangers derrière les pupitres devenus vides a été lancée par une jeune entreprise finlandaise. Finest Future vend des cours de finnois à des personnes avides de connaissances dans des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Ceux qui obtiennent des résultats satisfaisants sont orientés vers les écoles qui le souhaitent. D'ici la fin de l'année, l'entreprise aura contribué à faire venir environ 1 500 élèves étrangers. Mais elle affirme que son objectif est, à terme, de fournir aux écoles secondaires supérieures finlandaises - qui forment environ 110 000 élèves au total - environ 15 000 nouveaux visages chaque année. Certaines petites écoles accueillent déjà plus d'élèves étrangers que d'élèves finlandais.

Le système est en partie en concurrence avec les internats coûteux de pays tels que la Grande-Bretagne. En théorie, les économies réalisées par les jeunes grâce à la gratuité des cours en Finlande justifient les inconvénients liés à l'apprentissage d'une langue que peu de gens parlent. Il en va de même pour la perspective d'une inscription gratuite à l'université finlandaise dans quelques années. Les écoles sont d'accord parce que, selon les règles actuelles, le gouvernement central débourse des fonds par élève pour chaque nouvel arrivant, comme s'il était finlandais. Les établissements de la campagne apprécient le sang neuf.

À long terme, tous les Finlandais en profiteraient, affirme Peter Vesterbacka, cofondateur de Finest Future, un entrepreneur qui a participé à la création de la marque "Angry Birds" pour Rovio, une société de jeux. La population totale de la Finlande, qui s'élève à 5,5 millions d'habitants, commencera à décliner au cours de la prochaine décennie. Le pays peine à attirer des travailleurs étrangers hautement qualifiés (environ 9 % de ses habitants sont nés à l'étranger, l'un des taux les plus bas d'Europe). M. Vesterbacka estime que les étrangers qui arrivent dès l'adolescence, qui apprennent la langue et qui sont éduqués dans le système finlandais ont beaucoup plus de chances de rester et de réussir que les adultes qui sont ciblés plus tard dans le cadre de programmes pour travailleurs qualifiés. Il estime qu'ils rapportent beaucoup plus d'argent au pays que ce que le gouvernement doit dépenser pour leur formation.

La question est de savoir dans quelle mesure ces arguments continueront à l'emporter au fur et à mesure que le programme s'étendra. À l'heure actuelle, les lycées n'ont besoin d'aucune autorisation spéciale du gouvernement central pour accueillir des étrangers parlant le finnois, à condition qu'ils aient des places vacantes. Cela pourrait facilement changer. Le ministère de l'éducation d'Helsinki a clairement fait savoir qu'il n'aimait pas financer des places pour les enfants d'autres pays. En outre, le fait de concentrer les dépenses sur un plus petit nombre d'écoles de plus grande taille pourrait s'avérer bien plus utile aux enfants finlandais que de soutenir les petites écoles, même si les habitants de la campagne trouvent cela ennuyeux. Quelle que soit la suite des événements, l'expérience finlandaise est susceptible de fournir à d'autres systèmes scolaires en perte de vitesse de précieuses leçons. ■

Source : The Economist

samedi 29 juin 2024

Canada — 110 000 fonctionnaires fédéraux supplémentaires en neuf ans (+ 42%)

Extraits d'un texte de Mario Dumont dans le Journal de Montréal.

L’élection partielle de Toronto–St. Paul’s a représenté un tremblement de terre politique. Pour le Canada et pour le Parti libéral. Toute la semaine, la défaite libérale a été commentée, avec raison, comme un facteur qui devrait pousser Justin Trudeau vers la porte de sortie.

La défaite de Justin Trudeau dans ce château fort, où il présentait une candidate vedette, remet en question sa capacité de gagner des sièges. Si Toronto–St. Paul’s n’est plus sûr pour le PLC, que reste-t-il de sûr?

[...]


Ce qui me frappe de cette élection, c’est le symbole d’un Canada dysfonctionnel. Le premier ministre se casse la margoulette dans une élection complémentaire qui est à l’image de ce que le Canada est devenu. Brisé, déréglé, cassé.

Élections Canada a dû s’excuser au lendemain de cette élection pour un comptage des votes d’une lenteur jamais vécue. Des résultats ont été transmis tard dans la nuit, pour ne pas dire le lendemain matin.
Quoi?

  • Après Service Canada qui a failli à faire une chose simple comme émettre les passeports;
  • après l’ARC qui a versé de la PCU à tort et à travers;
  • après le système de paye Phoenix qui ne verse pas correctement la simple paye aux employés;
  • après le ministère de l’Immigration qui est embourbé complètement;
  • après l’Agence des services frontaliers qui a donné des contrats ridicules pour ArriveCAN et qui a laissé s’installer un réseau d’exportation de véhicules...
  • voici qu’Élections Canada n’est plus capable de faire la chose la plus élémentaire: compter les votes!

Je ne dis pas que tout est la faute de Justin Trudeau. Je constate seulement que la fonction publique fédérale, naguère prise en exemple en matière de professionnalisme, en arrache aujourd’hui pour accomplir les tâches de base. En d’autres termes, qu’il soit à blâmer ou non, il ne peut se dégager de l’impression que, sous sa gouverne, la machine fédérale roule carré.
Faire moins avec plus

Le plus fou, c’est que tous ces ministères qui ont perdu de l’efficacité opèrent avec plus d’employés que jamais. Depuis que le gouvernement libéral est en poste, on dénombre quelque 110 000 fonctionnaires fédéraux supplémentaires. Il s’agit d’un bond ahurissant de 42% en à peine neuf ans.

Ajoutons au portrait que les fonctionnaires ont reçu beaucoup d’aide (en théorie) avec une explosion du recours aux consultants externes durant la même période. Évidemment, si l’on se fie au modèle ArriveCAN, la synergie entre consultants et fonctionnaires ne semble pas tellement garante d’une grande productivité. [...]

Voir aussi

Canada — Administration centrale fédérale : 33 361 embauches en 2022-2023, 61 % de femmes et 31,3 % de non blancs

L’endettement historique du Canada, l’héritage de Trudeau? (Il y a aussi les dépenses et le centralisme historiques)

L’État se féminise et se « diversifie » (m à j) [Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017 et 55,6 % en 2007.]
 
 
 
 
 
 
 

vendredi 10 mai 2024

Aucune dépouille retrouvée après 8 millions de dollars de dépenses pour ce faire au pensionnat de Kamloops

Le ministère des relations entre la Couronne et les autochtones a confirmé avoir dépensé beaucoup d'argent pour tenter de découvrir la « vérité déchirante » des éventuelles tombes anonymes du pensionnat indien de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Cependant, malgré l'allocation de 7,9 millions de dollars à cette fin, aucune dépouille n'a été retrouvée et aucune information n'a été rendue publique sur la manière dont les fonds ont été utilisés, indique Blacklock's Reporter.

Carolane Gratton, porte-parole du ministère, a confirmé l'allocation de 7,9 millions de dollars pour diverses activités, notamment le travail sur le terrain, la recherche de documents et la sécurisation des terrains des pensionnats.
 
S'agenouiller devant une « fosse commune » ...vide. Puis culpabiliser et dépenser.

Toutefois, elle a renvoyé à la communauté les questions concernant les détails des initiatives entreprises par la Première nation Tk'emlups te Secwepemc.

Alors que le ministère n'a pas rendu publics les comptes financiers en vertu de la loi sur l'accès à l'information, la Première nation est également restée très discrète sur l'utilisation des fonds. Dans une déclaration, elle a réaffirmé qu'elle se concentrait sur les travaux scientifiques nécessaires, mais a refusé de discuter de l'allocation de 7,9 millions de dollars.

Les fonds alloués en 2021 étaient destinés à documenter la « vérité déchirante » concernant les sépultures non marquées dans les pensionnats, comme l'indique une note d'information du ministère datant de 2022. Malgré cela, aucun progrès tangible n'a été réalisé et le sort des fonds alloués n'a pas été révélé.

L'annonce de la découverte de 215 tombes d'enfants sur le site du pensionnat de Kamloops par la Première nation en 2021 a suscité un tollé international.

Cependant, malgré cette révélation, aucun corps n'a été retrouvé à ce jour. Le gouvernement avait alors décidé de mettre en berne le drapeau de la Tour de la Paix pendant 161 jours, d'allouer 3,1 millions de dollars à un registre national des décès d'élèves des pensionnats indiens et d'affecter 238,8 millions de dollars au Fonds de soutien communautaire pour les enfants disparus dans les pensionnats, qui expire en 2025.

Le Premier ministre Justin Trudeau a déjà souligné l'importance de reconnaître l'impact actuel des pensionnats, en déclarant : « Ce qui s'est passé il y a des décennies ne fait pas partie de notre histoire, c'est une partie irréfutable de notre présent ».

Le manque de transparence concernant l'affectation et l'utilisation des fonds, associé à l'absence de progrès tangibles dans la découverte de la vérité sur les sépultures des pensionnats, a soulevé des inquiétudes quant à la responsabilité et à la nécessité d'une plus grande transparence dans la gestion de l'héritage des pensionnats au Canada.

Voir aussi

La vérité souvent ignorée sur les « tombes anonymes d’enfants indigènes disparus »

96 églises incendiées ou vandalisées, timide réaction du PM Trudeau qui organise un sommet sur l’islamophobie (m à j)

La découverte de tombes d’enfants à Kamloops demande une enquête rigoureuse et non des conclusions trop hâtives et partiales 

Le gouvernement canadien, responsable des conditions des pensionnats amérindiens comme celui de Kamloops  

Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

[m à j 2022] : Le plus gros bobard ? Un an plus tard, toujours aucune preuve de nouvelles tombes anonymes dans les anciens pensionnats indiens… 

Quillette : « Au Canada, demander des preuves est désormais considéré comme du “négationnisme” »

Pensionnats — Quels enfants disparus ?

dimanche 28 janvier 2024

France — L'enseignement privé coûte 30 % moins cher aux pouvoirs publics

Pour la directrice de la Fondation Ifrap, Agnès Verdier-Molinié, l’enseignement privé n’est nullement privilégié par l’État, au contraire. Elle a donné une entrevue au Figaro Magazine.
 
 


— Vous affirmez dans une de vos études que l’enseignement privé fait faire des économies à l’État et aux collectivités locales. Comment arrivez-vous à ce résultat ?

— Commençons par le constat : l’enseignement privé coûte, tous financeurs confondus, 30 % moins cher par élève et par an. Environ 3 000 euros d’écart par élève et par an, que ce soit dans le premier degré ou dans le second degré. En premier lieu car les retraites des enseignants du public, calculées sur les 6 derniers mois, sont plus élevées – à carrière égale – que celles des enseignants du privé, calculées sur les 25 meilleures années. En second lieu, le profil des enseignants : dans le public, on trouve 3 fois plus d’agrégés qui enseignent 15 heures hebdomadaires pour un salaire annuel moyen de 42 000 euros. Dans le privé, on trouve 4 fois plus de contractuels avec un salaire annuel moyen plus faible. Les enseignants du public sont également deux fois plus nombreux à ne pas être « en charge d’une classe » que dans le privé : aligner le taux public sur celui du privé permettrait de remettre face aux élèves plus de 40 000 enseignants publics. Enfin, les frais de fonctionnement représentent 43 % des économies que le privé réalise par rapport au public.

— Y a-t-il un sous-financement du privé par l’État ?

— Il y a globalement une volonté de dépenser moins dans l’enseignement privé sous contrat. Au niveau de l’État, le choix d’aligner le calcul des retraites des enseignants du privé sur le régime général et non sur celui des enseignants statutaires publics en dit long. Le recours aux contractuels dans le privé pour couvrir les absences sans passer par le rectorat permet aussi à l’État de faire des économies. Au niveau des collectivités, les frais de fonctionnement plus rationalisés dans le privé sont la conséquence du choix des collectivités locales de verser aux établissements du privé un forfait de fonctionnement par élève au plus juste. Alors que les mêmes collectivités emploient du personnel statutaire coûteux et champion de l’absentéisme pour le nettoyage et l’entretien des lycées ou collèges publics.

— Depuis 1992, avec la règle des 80/20, le privé ne bénéficie que de 20 % des crédits d’éducation, est-ce légitime ?

— Cette règle est totalement arbitraire, elle n’est même pas inscrite dans la loi, c’est une pratique qui rationne les financements du privé sous contrat et maintient sous cloche le nombre d’élèves qui ont accès à une place dans un établissement privé. La première conséquence, c’est que l’on observe des listes d’attente très longues pour ces établissements. Plutôt que de vouloir ressortir les vieilles antiennes de la « guerre scolaire », qui n’existe que dans la tête de quelques caciques, il serait temps de faire sauter cette règle inique et de rendre aux Français une vraie liberté de choix pour la scolarité de leurs enfants.

Des résultats scolaires qui ne justifient pas la surdépense dans l’enseignement public

Si l’on se penche sur les résultats scolaires des élèves, on constate qu’en termes de résultats bruts, les élèves du privé s’en sortent généralement mieux. Les évaluations nationales de 2019, sur les compétences des élèves démontrent ceci : les élèves du CM1 [9-10 ans] public (hors Éducation prioritaire [REP]) maîtrisaient le français à 75,5 % contre 89,4 % dans le privé (et 54,9 % en REP [quartiers à « difficulté sociales »] et 51,2 % en REP+ [les quartiers les plus difficiles]). Concernant les mathématiques, les élèves du CM1 public affichaient un taux de maîtrise satisfaisant de 73,1 % contre 85,9 % dans le privé (et 52,4 % en REP et 51,3 % en REP+). Des taux qui se confirment en 6e puisque si 72,1 % des élèves de 6e du privé maîtrisaient la compréhension et l’écrit en français, ils n’étaient que 61,5 % dans le public hors Éducation prioritaire (contre 46 % en REP et 35,5 % en REP+). Et concernant la résolution de problèmes de mathématiques, 72,7 % des élèves du privé maîtrisaient cette compétence, contre 63,2 % dans le public hors Éducation prioritaire (et 45,2 % en REP et 33,5 % en REP+).

Néanmoins la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), dans une étude sur le sujet, concluait en 2017 que les meilleurs résultats des élèves du privé étaient corrélés à leur milieu social et qu’en supprimant ce biais, la performance entre public et privé était relativement équivalente. Une nuance confirmée par les classements PISA où la France se classe dans le groupe des pays où les élèves des établissements privés ont une meilleure performance globale (environ +20 points) mais une performance annulée après la prise en compte des critères économiques, sociaux et culturaux des élèves.

Cependant, il faut noter qu’actuellement, la France se place en bas de classement PISA avec comme résultat : une 23e place sur 82 en lecture, une 25e place sur 82 en mathématiques et en sciences mais aussi une 28e place en bien-être des élèves et une 8e place sur 77 en équité (vis-à-vis du sexe, issu de l’immigration ou milieu social). Et d’ailleurs, en 2018, alors que PISA analysait l’évolution de la performance des pays depuis la parution du premier classement en 2000, la France était classée dans les pays ne présentant ni progression, ni diminution du niveau des élèves. D’autres pays européens affichaient, pourtant, une performance à la hausse comme l’Estonie, le Portugal, l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie. Une performance stagnante des élèves français qu’il convient de corriger, non pas en rajoutant des moyens comme cela se fait depuis plusieurs années, comme en réformant les structures, en donnant plus d’autonomie aux établissements et en se dégageant des marges de manœuvre financières. Si les résultats bruts du privé sont meilleurs, si les résultats prenant en compte le milieu social sont égaux, rien ne justifie la surdépense actuellement accordée au public. D’autant plus que la DEPP soulignait aussi que le choix du privé, par rapport au public, était fortement corrélé à la proximité de l’établissement du domicile, alors qu’en moyenne l’établissement public le plus proche est à 670 m tandis que l’établissement privé le plus proche est à 3,8km.


lundi 22 janvier 2024

La baisse rapide des taux de fécondité pose des problèmes à l'Amérique latine

En 2016, le taux de fécondité de l’Amérique latine est passé sous la barre des 2,1 naissances par femme nécessaires au maintien d’une population stable. La région connaît l’une des baisses de fécondité les plus rapides au monde. Conjugué à l’allongement de l’espérance de vie et à des taux élevés d’émigration, principalement de personnes en âge de travailler, ce phénomène pose un problème à l’Amérique latine : la région vieillit très rapidement.  

Retraitées brésiliennes

Il a fallu 57 ans aux États-Unis pour doubler leur population de personnes âgées de plus de 65 ans, passée de 10 % à 20 %. L’Amérique latine est sur le point d’entamer la même transition en seulement 28 ans. Cela lui laisse peu de temps pour s’adapter à ce que Simone Cecchini, de la Commission économique des Nations unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes, qualifie de « changement radical ». Il sera très difficile de faire face à l’explosion du coût des retraites et des soins de santé. Gérer le ralentissement de la croissance économique provoqué par la diminution de la main-d’œuvre en sera un autre.

Prenons l’exemple des retraites. Les pays dotés de systèmes à prestations définies, comme le Brésil et l’Argentine, doivent faire face à des dépenses croissantes en raison de l’augmentation du nombre de bénéficiaires. Le déficit des retraites du Brésil s’élève à 2,6 % du PIB et devrait atteindre 5,9 % d’ici à 2060. Dans les pays qui utilisent des systèmes à cotisations définies, comme le Mexique et le Chili, les retraités trouvent souvent que les paiements sont chiches. La multitude de travailleurs informels de la région ne dispose souvent d’aucune épargne-retraite. Selon la banque centrale du pays, 82 % des Salvadoriens ne cotisent pas à un régime de retraite et n’épargnent pas de manière indépendante pour leurs vieux jours.

La riposte à ces problèmes consiste souvent à distribuer de l’argent aux personnes âgées. Mais ces prestations sont déjà hors de prix. Près d’un quart du budget fédéral mexicain sera consacré à la « pension de bien-être » en 2024. D’ici à 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans susceptibles de bénéficier de cette aide devrait doubler.

Les soins de santé pour les personnes âgées sont encore plus disparates. De nombreux pays d’Amérique latine manquent totalement de services destinés aux personnes âgées. Il y a très peu de maisons de retraite publiques dans la région. Les établissements privés sont coûteux. Traditionnellement, les familles s’occupent les unes des autres. Mais cela devient de plus en plus difficile, car de plus en plus de femmes — les soignants par défaut — travaillent ou ne veulent tout simplement pas s’occuper des personnes âgées.

Selon les recherches de Carola Pessino et de ses collègues de la Banque interaméricaine de développement, toutes les dépenses supplémentaires engendrées par le vieillissement de la population feront en sorte que les obligations des gouvernements d’Amérique latine dépasseront leurs recettes d’environ 3,8 % d’ici 2065 ; cet écart est de 1,7 % dans l’Union européenne. Une fois les personnes âgées prises en charge, il restera « peu de choses à dépenser pour le reste », déclare Mme Pessino.

L’échec du décollage

Les pays à fort taux de natalité, comme la Bolivie, pourraient essayer d’en tirer le meilleur parti. Mais la réussite d’une telle entreprise n’est pas dans les habitudes de la région. Les pays d’Amérique latine n’ont pour la plupart pas réussi à exploiter l’augmentation de leur population en âge de travailler, principalement parce qu’ils n’ont pas réussi à donner aux jeunes des emplois décents.

Au Costa Rica, par exemple, le taux de chômage des jeunes atteint 27 %. Le travail informel est en grande partie responsable de cette situation. Il est courant d’abandonner l’école pour accepter un travail temporaire et informel. Lorsque ce travail prend fin, l’élève ne retourne pas à l’école et n’a pas les compétences requises pour le marché du travail formel. Le fait de maintenir les enfants à l’école plus longtemps serait bénéfique pour l’ensemble de la région.

Là où les personnes à charge seront bientôt plus nombreuses que les travailleurs, il convient d’adopter une approche différente. Il est judicieux de relever l’âge auquel les gens cessent de travailler. Le Brésil a commencé en 2019 à relever l’âge de la retraite qui se situait à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes auparavant. On estime que cela permettra d’économiser 200 milliards de dollars d’ici à 2029, mais il faudra bientôt aller plus loin. L’Uruguay a commencé à relever l’âge de la retraite à 60 ans l’année dernière. Des réformes similaires au Costa Rica sont entrées en vigueur le 12 janvier.

Les pays d’Amérique latine pourraient améliorer leur situation en augmentant leur productivité et en devenant plus attrayants pour les personnes en âge de travailler. On peut faire mieux. La productivité de l’Amérique latine est la deuxième plus faible de toutes les régions du monde après le Moyen-Orient. Il est essentiel de réformer les systèmes éducatifs qui ne permettent pas aux jeunes d’acquérir correctement les compétences dont ils ont besoin. Il semble plus difficile d’attirer les migrants. La croissance économique atone de la région et la montée en flèche des taux d’homicides ne sont pas séduisantes.

lundi 25 septembre 2023

Les programmes destinés aux autochtones et les versements fédéraux contribuent à creuser les déficits du Canada

Tom Flanagan, chercheur principal à l’Institut Fraser, professeur émérite de sciences politiques et chercheur émérite à l’École de politique publique de l’Université de Calgary, et président du programme Aboriginal Futures du Frontier Centre for Public Policy, a publié un article argumenté, mais inquiétant sur le site payant Substack.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur des sujets tels que Louis Riel et l’histoire des Métis, les droits des autochtones et les revendications territoriales. Ses livres ont remporté six prix, dont le prix Donner-Canadien du meilleur livre de l’année en matière de politique publique canadienne. Il a été élu à la Société royale du Canada en 1996. Le professeur Flanagan a également été fréquemment appelé à témoigner en tant qu’expert dans le cadre de litiges portant sur les revendications territoriales des peuples autochtones et des traités.

Dans cet article, M. Flanagan avance :
L’augmentation fulgurante de l’enveloppe des dépenses consacrées aux autochtones est appelée à se poursuivre en raison des engagements pris par le gouvernement de verser des réparations pour les griefs historiques allégués. Cela a commencé en 2007 par un règlement de plus de 5 milliards de dollars pour les pensionnats indiens, suivi de plusieurs autres règlements négociés pour différentes formes d’éducation indienne, qui ont permis d’accumuler 7 milliards de dollars de paiements supplémentaires. Mais ces règlements ont été éclipsés par trois autres, dans des domaines différents, qui totalisent près de 50 milliards de dollars : l’adoption d’enfants (le « Sixties Scoop »), l’eau potable et le placement en famille d’accueil (pour un montant incroyable de 40 milliards de dollars).

 Sa conclusion est la suivante :

Les dépenses consacrées aux autochtones continueront d’échapper à tout contrôle tant que le gouvernement fédéral ne fera pas preuve de fermeté et ne commencera pas à dire non à de prétendus griefs historiques. Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à ressasser le passé, à emprunter des dizaines de milliards de dollars pour payer les réclamations relatives à ce qui se serait passé il y a des décennies, à une époque où les mentalités n’étaient pas les mêmes.
Voir aussi
 
 
 
 
 

lundi 20 février 2023

Québec — Pénurie d'enseignants, hausse des dépenses et des besoins pour élèves allophones et vulnérables

« On peut dire qu’aujourd’hui, on est toujours en rattrapage par rapport à ces départs massifs qui ont été causés par l’austérité des libéraux », a déploré Bernard Drainville.

(Québec) Questionné sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre dans les écoles, Bernard Drainville renvoie la balle aux libéraux tandis que l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, admet des regrets sur les compressions en éducation.

Cette sortie publique coïncide avec une série de nouvelles sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre en éducation. Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) s’est résigné à embaucher des enseignants non légalement qualifiés pour enseigner auprès des élèves les plus vulnérables, en adaptation scolaire, rapporte La Presse. Et les délais d’attente subis par les élèves allophones pour obtenir un enseignement en français ont aussi fait l’objet d’articles de presse. Voir La naïveté québécoise face à l’immigration et à la dénatalité : l’anglais langue commune même à l’école en français…

Au moment où le gouvernement Legault entame un deuxième mandat, M. Drainville défend le bilan de la Coalition avenir Québec (CAQ) : « Depuis qu’on est là, les dépenses en éducation, en moyenne, ont augmenté de 1 milliard par année. » 

Hausse constante des dépenses, qu'en est-il de la qualité ?

 

Le Québec chef de file des hausses de dépenses en éducation

En 2017-2018, la dépense globale par élève pour l’éducation préscolaire, l’enseignement primaire et secondaire au Québec était de 13 987 $, soit environ 2 % moins élevée qu’en Ontario (14 254 $) et que la moyenne canadienne (14 253 $).

Il est toutefois important de noter que la comparaison interprovinciale de la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les provinces canadiennes. Celui-ci est moins élevé au Québec comparativement à l’Ontario et à la moyenne canadienne (écart de 15 % et 9 %, respectivement, en 2017). Si l’on tient compte de cette différence, la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire est plus élevée au Québec.

Enfin, notons que l’enseignement secondaire est plus court au Québec. Or, les dernières années du lycée (le collégial au Québec) coûtent plus cher que celles du secondaire québécois. Ceci tend aussi à fausser les comparaisons entre les pays.

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Hausse des salaires, pensions et des « élèves en difficulté » [y compris les immigrants]

Selon un rapport de l’IEDM en 2017 où l’on observait déjà une hausse des dépenses pendant les dix années précédentes :

Pourquoi les dépenses en éducation ont-elles grimpé autant ? On peut d’office éliminer une cause : les dépenses d’infrastructure. Selon l’évaluation la plus récente, le déficit d’infrastructure, soit le montant qu’il faudrait dépenser pour remettre à niveau les bâtiments des commissions scolaires du Québec — ce qui inclut les écoles —, dépasse les 6 milliards $. Cette remise à plus tard des dépenses d’entretien normales a donc contribué à atténuer la croissance des dépenses du ministère.

C’est plutôt du côté des salaires qu’il faut regarder pour comprendre l’emballement des dépenses au cours des dix dernières années. Premièrement, le rapport élèves-enseignant dans les commissions scolaires est passé de 14,2 à 13,3 entre 2006-07 et 2015-16. Ce changement, qui peut sembler minime, a eu des impacts considérables sur les coûts récurrents en éducation.

La deuxième cause d’augmentation des dépenses est liée aux paiements de l’État dans les caisses de retraite des employés, qui ont bondi de près de 50 % en tenant compte de l’inflation lors de cette même période4. La troisième raison est le vieillissement des employés : comme on embauche pour le moment relativement peu de nouveaux professeurs, la progression automatique dans l’échelle salariale au fil des années fait augmenter les coûts par employé.

Outre les coûts salariaux, un autre phénomène fait croître de façon importante les dépenses en éducation : la croissance rapide de la proportion d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation ou ayant un handicap. Le pourcentage de ces élèves inscrits au secteur public est passé de 16 % en 2006 — 2007 à 21,5 % du total en 2016-2017, une hausse d’un tiers. Étant donné qu’un élève présentant un handicap donne droit à une subvention qui peut être jusqu’à quatre fois plus élevée, ce facteur contribue lui aussi à la hausse des dépenses.

Bref, le gouvernement du Québec dépense de plus en plus en éducation. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’élèves ni parce que les écoles sont mieux entretenues, mais parce que le rapport d’élèves par professeur a baissé, que les coûts salariaux ont augmenté et qu’il y a plus d’élèves avec des besoins particuliers.

Il n’est pas du tout évident que cette augmentation constante des coûts de l’éducation se soit accompagnée par une hausse de la qualité de l’enseignement :

« Une part non négligeable de l’amélioration du taux de diplomation du secteur public est liée à la création de nouveaux diplômes dont la valeur est remise en question par certains observateurs8. À titre d’exemple, on peut nommer le Certificat de formation préparatoire au travail, qui nécessite que l’élève ait suivi 2700 heures de formation générale au niveau secondaire (soit environ trois années) et complété un stage de 900 heures en milieu professionnel (autrement dit qu’il ait occupé un emploi) ; ou encore le Certificat de formation en insertion socioprofessionnelle des adultes, décerné à un élève qui a réussi ses cours de français, anglais et mathématiques du niveau primaire, ainsi qu’une formation de 900 heures en sensibilisation au marché du travail. Environ 40 % de l’augmentation du taux de diplomation sur sept ans pour l’ensemble du Québec est due à ce nouveau type de qualification.

Enfin, la pression pour améliorer les taux de réussite a-t-elle permis de maintenir la qualité des diplômes, ou a-t-elle plutôt mené à un nivellement par le bas ? Il est difficile de répondre à cette question, mais certains éléments permettent de croire que la volonté de diplômer plus d’élèves a mené à une réduction de la rigueur dans leur évaluation. »

C'est ainsi que, dans un sondage mené auprès de 630 professeurs en avril 2017, on apprenait qu’un enseignant sur deux avait vu la direction de son école hausser la note qu’il avait accordée à un élève sans son consentement. Patricia Cloutier, « Des notes modifiées à l’insu des profs », Le Soleil, 27 avril 2017 ; Tommy Chouinard, « Le ministre de l’Éducation exige la fin des notes gonflées dans les écoles », La Presse, 30 mai 2017.