jeudi 30 avril 2020

Légère baisse de la fécondité en 2019 au Québec : 1,58 enfant/femme en 2019

Alors que l’indice synthétique de fécondité au Québec s’établissait en 2018 à 1,59 enfant par femme (nettement insuffisant pour remplacer les générations), cet indice a encore légèrement diminué en 2019 pour atteindre 1,58 enfant par femme.

L’indice synthétique de fécondité au Québec est inférieur à 1,6 enfant par femme pour une deuxième année consécutive. Il s’était maintenu au-dessus de ce niveau de 2006 à 2017, atteignant un maximum de 1,73 enfant par femme en 2008 et en 2009. Depuis 11 ans, il est en légère baisse continue. La fécondité au Québec est sous le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme) depuis 1970.


La fécondité demeure la plus élevée dans le Nord-du-Québec (2,6 enfants par femme) et les territoires amérindiens et esquimaux, alors qu’elle est la plus faible dans les grandes villes de Montréal (1,38 enfant/femme) et de Québec (1,48 enfant/femme).

L’indice synthétique de fécondité correspond au nombre moyen d’enfants qu’auraient un groupe de femmes si elles connaissaient, tout au long de leur vie féconde, les niveaux de fécondité par âge d’une année donnée.

En 2019, on estime à 84 200 le nombre de naissances au Québec, un nombre légèrement supérieur à celui enregistré en 2018 (83 840). Cette faible augmentation (environ 0,4 %) est la première observée depuis 2012. La hausse du nombre de naissances observée entre 2018 et 2019 s’explique par une augmentation du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, due principalement à l’immigration, et non par une hausse de la fécondité.

mercredi 29 avril 2020

L'instruction à la maison et le confinement selon le niveau culturel des parents

Olivier Babeau président du réseau pensant, du laboratoire d’idées, l’Institut Sapiens et, par ailleurs, professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux s’est penché dans les colonnes du Figaro sur les effets sociaux du confinent. Il a récemment publié Éloge de l’hypocrisie (Éditions du Cerf, 2018).

Le confinement aura éprouvé en priorité les urbains habitant dans de petites surfaces. Jamais le mètre carré supplémentaire et le bout de jardin n’auront eu une telle valeur. Les salariés du secteur tertiaire auront eu la ressource du télétravail ; pas ceux, en majorité moins bien payés, dont la tâche est manuelle ou implique des services à la personne.

L’école à la maison n’a pas posé de problèmes aux familles éduquées et férues de transmission culturelle. Elles auront constaté que deux heures de préceptorat rigoureux égalaient aisément une journée de classe. D’autres enfants, hélas, n’auront pas eu la chance d’avoir des parents pouvant ou voulant s’investir. Ils auront été laissés à eux-mêmes et à l’abrutissement des écrans. Les élèves les plus faibles seront ceux qui auront décroché en priorité. Notre école était déjà impuissante à endiguer les déterminismes sociaux ; son absence prolongée élargira le fossé qui sépare les décrocheurs des autres.

La décroissance est peut-être un thème qui fait rêver certains cercles intellectuels de la rive gauche, sa réalité est, nous allons nous en rendre compte, beaucoup moins séduisante. Concrètement, la chute de la richesse produite se traduira par un chômage massif et une stagnation voire une régression des salaires. Les Gilets jaunes étaient l’expression de cette classe moyenne française qui craignait le déclassement social entraîné par la disparition des emplois faiblement qualifiés. Ce déclassement sera malheureusement accéléré par une crise qui va précipiter nombre d’entre eux dans la pauvreté. Les technologies, qui sont devenues plus indispensables que jamais pour maîtriser la diffusion du virus, vont symétriquement accroître la concentration de la valeur créée par quelques emplois hautement qualifiés.

Source : Le Figaro

Entretien : Mathieu Bock-Côté, « l’université est de plus en plus hostile à un authentique pluralisme intellectuel »

Campus Vox : Vous dénoncez souvent la pensée unique et la politique de la pensée dans le monde universitaire, en quoi ce concept est-il par nature antinomique avec celui de l’université ?

Mathieu Bock-Côté : Théoriquement, mais je dis bien, théoriquement, l’université devrait être le lieu du libre examen de toutes les idées, de tous les problèmes, sous le signe d’un savoir qui se sait par définition inachevé, qui n’a jamais la prétention d’être une vérité révélée, définitive, incontestable. Si elle était fidèle à elle-même, elle verrait dans la curiosité intellectuelle une authentique vertu philosophique. Telle n’est pas la réalité, hélas. En philosophie politique comme en sciences sociales, certaines tendances idéologiques qui ne veulent pas se reconnaître comme telles sont absolument hégémoniques et dominent complètement la vie académique. Elles travaillent à exclure ceux qui ne s’y reconnaissent pas et plus encore, ceux qui les défient, en les transformant en parias académiques. De manière plus large, il faudrait parler de l’idéologisation des sciences sociales, qui paradoxalement, prétendent plus que jamais se conformer à une exigence de scientificité tout en contribuant à la normalisation théorique d’abracadabrantes lubies. Ne nous laissons pas bluffer.

N’oublions pas non plus le rôle de certains groupuscules étudiants associés à l’ultragauche ou à certaines franges extrêmes de « l’antiracisme » ou du « féminisme » qui entendent encadrer la parole sur les campus, en distinguant ceux qui ont le droit de s’exprimer et ceux qui ne l’ont pas. De leur point de vue, la liberté d’expression n’est qu’une ruse « conservatrice » servant à légitimer l’expression de propos haineux ou discriminatoires — c’est ainsi qu’ils ont tendance à se représenter tous les discours qui s’opposent à eux frontalement. Ces groupuscules au comportement milicien n’hésitent pas à verser dans la violence, et pas que verbale, et cela, avec la complaisance d’une partie du corps professoral, qui s’enthousiasme de cette lutte contre les « réactionnaires » et autres vilains. Ils entrainent avec eux des étudiants emportés par une forme d’hystérie collective dont les manifestations font penser à la scène des deux minutes de la haine chez Orwell. Nous pourrions parler d’ivresse idéologique : des idées trop vite ingérées et mal comprises montent à la tête de jeunes personnes qui se transforment en vrais fanatiques.

On comprend, dès lors que l’université est de plus en plus hostile à un authentique pluralisme intellectuel. Cela ne veut pas dire qu’on ne trouve pas de nombreux professeurs qui font un travail admirable, dans le domaine qui est le leur, mais que certaines questions jugées sensibles seront laissées de côté, tant le prix à payer est élevé pour les explorer librement. Évidemment, certains parviennent à se faufiler dans ce système de plus en plus contraignant. Convenons qu’ils ne sont pas si nombreux et qu’ils le seront de moins en moins. Et les jeunes chercheurs qui entrent dans la carrière comprennent vite quelle posture adopter s’ils veulent être admis dans l’institution. Certaines adoptent des positions qui ne sont pas vraiment les leurs, dans l’espoir de donner des gages idéologiques pour favoriser leur reconnaissance institutionnelle. Ils se croient rusés, mais à force de faire semblant, ils finissent par croire à ce qu’ils disent et se laisser piéger par leur propre stratégie. Il vaudrait la peine de relire La pensée captive de Czeslaw Milosz sur la schizophrénie propre aux milieux intellectuels dans les régimes idéocratiques.

Campus Vox : Vous avez écrit un ouvrage sur « l’Empire du politiquement correct » et vous dénoncez au Québec la culture victimaire et les fables des oppressions, pensez-vous que cette culture soit aussi présente en France ?

Mathieu Bock-Côté : Je la dénonce au Québec, certes, mais comme vous l’aurez noté dans mon livre, je la dénonce en France et ailleurs dans le monde. Aucune société occidentale ne me semble épargnée par cette tendance : c’est en se présentant comme la victime du grand méchant homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans qu’on peut accéder à l’espace public aujourd’hui et y obtenir une position favorable, symboliquement privilégiée. Contre lui, tout est permis : il incarne le mal dans l’histoire. Il faut en finir avec lui en démantelant ses privilèges pour qu’un nouveau monde lavé de ses péchés advienne, en renaissant à travers une diversité sacralisée. Il y a une prime à la revendication minoritaire, pour peu qu’elle participe à la dénonciation rituelle d’une civilisation décrétée raciste, sexiste, homophobe, transphobe et ainsi de suite. Chez vous, par exemple, le discours indigéniste se normalise de plus en plus dans le langage médiatique, il se banalise, et à travers lui, on assiste à la racialisation des rapports sociaux, comme on le voit avec cette effrayante manie qui se veut aujourd’hui progressiste de ramener les individus à la couleur de leur peau en les classant dans une petite catégorie identitaire dont ils ne pourront tout simplement plus s’extraire. Mais il n’est pas présent qu’aux extrêmes : certaines figures politiques associées à la majorité présidentielle, en France, parlent ce langage et le placent au cœur de ce qu’on appelle le progressisme.

Campus Vox : Vous évoquez souvent le déconstructivisme, en quoi cette idéologie peut tuer l’université française ?

Mathieu Bock-Côté : Il y a dans la logique déconstructrice une forme de tentation du néant. Elle décrète, en fait, que le réel n’existe pas, que le monde n’est que discours. Il y aurait une plasticité infinie de la matière sociale. On comprend l’idée : si tout peut être déconstruit, tout peut être reconstruit, à partir d’un autre plan. Nous retrouvons la matrice de l’utopisme, à l’origine du totalitarisme. On peut ainsi soumettre le monde à ses fantasmes. Le constructivisme prépare  théoriquement le terrain à une ingénierie sociale de plus en plus ambitieuse et militante. C’est dans cet esprit qu’on en trouve plusieurs, aujourd’hui, pour contester l’existence de l’homme et de la femme, non seulement en rappelant que la signification du masculin et du féminin ont évolué à travers l’histoire, ce qui est incontestable, mais en cherchant à nier l’empreinte même de la nature sur la culture. Et ceux qui refusent de se soumettre à ce discours sont suspectés d’obscurantisme. Comment ne pas voir là une forme de lyssenkisme ? Le réel n’existe plus, c’est même une catégorie réactionnaire, puisqu’il vient limiter la prétention des idéologues à soumettre l’entièreté de la société à leur vision du monde. Il n’est plus possible de chercher à dégager des invariants anthropologiques : ceux qui relèveraient de la terrible pensée de droite ! De ce point de vue, derrière le constructivisme, on trouve un impensé religieux : celui d’idéologues qui se croient démiurges et qui veulent avoir le pouvoir de décréer le monde pour ensuite le recréer dans un acte de pure volonté.

Ajoutons, puisque ce n’est pas un détail, que cela contribue à un terrible appauvrissement théorique des sciences sociales en général et de la sociologie en particulier, dans la mesure où elle ne sait rien faire d’autre que déconstruire, toujours déconstruire, tout déconstruire. Elle en devient terriblement lassante en plus de ne plus rien parvenir à expliquer.

Campus Vox : Dans une de nos vidéos on voit un jeune militant communiste invectiver un jeune militant de la cocarde en lui disant : « vous êtes pour le mérite », comment en est-on arrivé là ?

Mathieu Bock-Côté : Pour certains, le mérite est une fiction libérale cherchant à normaliser sous le signe du succès individuel la reproduction de rapports de pouvoir entre groupes antagonistes, en lutte au sein d’une structure de domination qui avantage les uns et désavantage les autres. Nous retrouvons ici une forme de marxisme primaire, qui pense les rapports sociaux sous le signe d’une guerre civile plus ou moins maquillée par le droit. Dans cette logique, l’individu avec ses efforts, son travail, ses talents, ses limites, n’existe tout simplement plus, et il faut déconstruire la possibilité même de son émancipation, qui serait toujours illusoire, sauf dans certains cas marginaux, insignifiants statistiquement. À cela, il faut répondre simplement en rappelant que la réalité sociale ne se laisse pas comprimer dans une telle théorie et que si nul ne conteste l’existence des déterminants sociaux sur l’existence humaine, il est insensé de postuler qu’ils l’écrasent totalement, surtout dans une société démocratique. Le mérite est l’autre nom donné à la possibilité pour l’individu d’avoir une certaine emprise sur son destin et de s’accomplir. Une société qui congédie cette idée, qui la décrète impossible, fait le choix d’abolir l’individu et la possibilité de son émancipation. Dans le cas de la France, cela consisterait aussi à abolir la meilleure part de l’idéal républicain.

Campus Vox : Il y a peu l’université française était encore épargnée par les dérives des universités nord-américaines, notamment racialistes. On voit bien dans le travail de recherche que l’on a mené et par les témoignages des étudiants que les ateliers non mixtes, les problématiques de races arrivent en force au cœur de l’université, l’exception universaliste française n’est-elle plus qu’un rêve ?

Mathieu Bock-Côté : L’université française était-elle autant épargnée qu’on l’a dit ? Une chose est certaine, la vie intellectuelle française n’était pas épargnée par le sectarisme. Il suffirait de se rappeler l’histoire de l’hégémonie idéologique du marxisme, d’abord, puis du post-marxisme, dans la deuxième moitié du XXe siècle, pour s’en convaincre. Cela dit, il est vrai que la France est aujourd’hui victime d’une forme de colonisation idéologique américaine — on le voit par exemple avec l’application systématique sur la situation des banlieues issues de l’immigration de grilles d’analyse élaborées pour penser la situation des Noirs américains, comme si les deux étaient comparables ou interchangeables. La sociologie décoloniale s’autorise cette analyse dans la mesure où elle racialise les rapports sociaux, évidemment.

La France, plutôt que de devenir une province idéologique de l’empire américain, devrait plutôt chercher à préserver sa singularité — sa remarquable singularité. La France a sa propre manière de penser la culture commune, la nation, les rapports entre les sexes, et tant d’autres domaines de l’existence humaine. Mais ne nous trompons pas : l’universalisme français est un particularisme inconscient de l’être. L’idée que la France se fait de l’universel est liée à son histoire, et plus particulièrement, à l’identité française — chaque peuple, en fait, élabore sa propre idée de l’universel. Il nous faudrait retrouver une certaine idée de la diversité du monde, en nous rappelant que les peuples ne sont pas des populations interchangeables et qu’on ne saurait voir dans les cultures des amas de coutumes superficielles, ne modelant pas en profondeur les comportements sociaux.

Campus Vox : On a vu récemment Caroline Fourest dénoncer cette nouvelle « génération offensée », peut-on dire qu’il y ait une prise de conscience en France de ces nouveaux phénomènes ?

Mathieu Bock-Côté : Cela fait des années que ceux qu’on appelle les conservateurs (mais pas seulement eux) tiennent tête au politiquement correct et il est heureux de voir qu’ils ont du renfort. Jacques Parizeau, l’ancien Premier ministre du Québec, disait, à propos de ceux qui rejoignaient le mouvement indépendantiste : « que le dernier entré laisse la porte ouverte s’il vous plaît ». Les conservateurs peuvent dire la même chose dans leur combat contre le régime diversitaire. L’enjeu est historique : il s’agit de préserver aujourd’hui la possibilité même du débat public en rappelant que le pluralisme intellectuel ne consiste pas à diverger dans l’interprétation d’un même dogme, mais dans la capacité de faire débattre des visions fondamentalement contradictoires qui reconnaissent néanmoins mutuellement leur légitimité. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra tenir tête à la tyrannie des offensés qui entendent soumettre la vie publique à leur sensibilité, et qui souhaitent transformer tout ce qui les indigne en blasphème. La France n’est pas épargnée par le politiquement correct, mais elle y résiste, en bonne partie, justement, parce qu’elle dispose d’un espace intellectuel autonome d’un système universitaire idéologiquement sclérosé. On peut croire aussi que la culture du débat au cœur de l’espace public français contribue à cette résistance. C’est en puisant dans leur propre culture que les Français trouveront la force et les moyens de résister au politiquement correct.

Source : Campus Vox

lundi 27 avril 2020

Québec — Cinq raisons qui expliquent la réouverture des écoles et des garderies

La réouverture des garderies et des écoles primaires se fait pour des raisons sociales et parce que la situation est maîtrisée, a déclaré le Premier ministre François Legault lors de l’annonce de son plan de déconfinement des écoles prévu au cours des prochaines semaines.


Le Premier ministre François Legault a énuméré cinq raisons pour lesquelles le Québec est prêt à voir ses garderies et ses écoles rouvrir.

1. Pour le bien des enfants

« Surtout pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, pour que ces enfants-là ne restent pas six mois sans être allés à l’école. Ceux qu’on appelle dans le jargon des écoles les EHDAA, les enfants qui ont des handicaps ou des troubles d’apprentissage de toutes sortes, dyslexie, dysphasie, trouble de l’attention, autisme et autres, c’est important qu’ils ne soient pas absents de l’école pour six mois, et qu’ils soient bien suivis. »

Le Premier ministre a ajouté que ces enfants pourront rester à la maison, mais avec un encadrement des autorités scolaires, et des enseignants.

2. Les risques pour les personnes de moins de 60 ans et en bonne santé sont limités

« Les parents qui ont des problèmes de santé ou de maladies chroniques devraient garder leurs enfants à la maison. Les enfants malades ne devraient pas aller à l’école. Ce n’est pas le temps d’aller exposer les enfants à l’école présentement », a ajouté François Legault.

3. La situation dans les hôpitaux est maîtrisée

« Si jamais il y a des enfants ou des enseignants qui devenaient malades, on a toutes les capacités et le personnel disponible pour s’en occuper. C’est important que ça reste comme ça et que ça soit graduel. C’est pour cela qu’on n’envoie pas le primaire et le secondaire en même temps. »


4. Parce qu’on a l’aval de la Santé publique

« Ce n’est pas une décision qui est sur la gueule. On écoute la science, et la science nous dit que c’est possible de retourner ces enfants si la situation reste sous contrôle d’ici le 11 et le 19 mai. »

5. La vie doit continuer

« Je pense que c’est bon que les enfants revoient leurs amis, leurs enseignants. On ne prévoit pas de vaccin avant 12 à 18 mois. Je ne vois pas les enfants rester chez eux pendant tout ce temps. La vie doit continuer, et si on attendait le premier septembre la situation sera la même », assure Legault.

Immunité collective : pas officiellement un argument

Des experts pensent que d’avoir contracté la COVID-19 permettrait d’immuniser les gens atteints et donc éventuellement, une portion de la société, mais François Legault assure que sa décision de rouvrir les écoles et les garderies ne se base pas sur ce principe.

« C’est ce que l’on souhaite tout le monde [que les gens qui l’ont eue soient protégés] sinon ça pourrait même être difficile d’avoir un vaccin. On ne doit pas prendre notre décision sur cette base-là. Ça sera un bénéfice secondaire si jamais c’est le cas. On ouvre nos écoles pour des raisons sociales et parce que la situation est sous contrôle [calque : maîtrisée] dans le système hospitalier. »

Les écoles primaires et les garderies rouvriront le 19 mai dans le Grand Montréal et le 11 mai ailleurs, écoles dans lesquelles les enfants devront autant que possible se tenir à deux mètres les uns des autres.


Les écoles secondaires, cégeps et universités ne rouvriront pas avant le mois d’août.

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vendredi 24 avril 2020

L'Association des pédiatres du Québec pour le retour à l'école

Dans un communiqué paru jeudi, l’Association des pédiatres du Québec a fait le bilan des dernières semaines et surtout de l’impact des mesures mises en place sur le développement des enfants.

L’association déplore notamment que des enfants plus vulnérables aient été abandonnés. « De nombreuses familles dont la situation financière déjà précaire a été fragilisée par la crise actuelle peinent à nourrir convenablement leurs enfants », explique-t-on. 

Les pédiatres rappellent aussi la baisse des signalements à la DPJ alors que le risque de violence domestique risque d’augmenter. « Privés de contacts avec l’extérieur, bon nombre d’enfants vivent sur une bombe à retardement », peut-on lire.

« Le recours aux écrans plusieurs heures par jour est une solution de survie dans plusieurs foyers, et prive les enfants de la stimulation cognitive et sociale dont ils ont absolument besoin, et à laquelle ils ont droit », insiste-t-on.

L’association soulève également l’enjeu du suivi médical, notamment les retards sur le calendrier de vaccination, mais aussi le dépistage de retards de développements.

« L’intervention précoce par les différents professionnels auprès de ces enfants est primordiale. Or, pour plusieurs, le temps qui passe limite les occasions d’intervenir, et la fenêtre se referme. Les conséquences seront souvent irréversibles et à long terme », affirme-t-on.

Au terme de cette analyse, l’Association des pédiatres du Québec se dit en faveur d’un retour rapide sur les bancs d’école pour les enfants québécois.

« Les enfants ne doivent surtout pas devenir les principales victimes de cette pandémie ! Ainsi, laissons-les retrouver leur vie », conclut le communiqué.

Si le confinement perdure, attention aux éclosions de rougeole

Si le confinement se poursuit, les dommages sur les enfants risquent d’être plus importants que leur exposition à la COVID-19 et il pourrait y avoir recrudescence d’autres maladies.

C’est ce qu’avance la pédiatre Marie-Claude Roy, qui à l’image de son association professionnelle, est en faveur d’un déconfinement et d’un retour à l’école dans les prochaines semaines pour les petits Québécois.

« Le confinement était nécessaire, mais, en ce moment, on s’inquiète pour les enfants plus vulnérables qui sont à domicile privés de tous leurs filets sociaux et de sécurité : de la malnutrition, car ils n’ont pas de petits déjeuners à l’école ou à la garderie, il y a moins de signalements à la DPJ, de la violence dans certains milieux, etc. Après six semaines de confinement, c’est beaucoup plus dommageable pour les enfants que la protection que ça pourrait leur apporter [contre la COVID] », fait valoir la Dre Roy.

La pédiatre met aussi en lumière que d’autres maladies que le coronavirus pourraient s’attaquer aux enfants privés de leur vaccination, si le confinement perdure, et générer des foyers d’infection.

« Beaucoup d’enfants n’ont pas actuellement de suivi périodique de leurs vaccins. Ils manquent une dose, parfois deux en raison du confinement. À moyen terme, ce sont des éclosions de rougeole et de varicelle et toutes leurs complications qui seront probablement beaucoup plus dommageables que la COVID pour certains », soutient Marie-Claude Roy.

Risqué pour les enfants ? 

Mais exposer les enfants au coronavirus n’est-il pas risqué pour la santé des tout-petits et des plus vieux ? La Dre Roy en regard de ce qu’il a été possible d’observer dans les autres pays aux prises avec le SARS-CoV-2, répond non. « Tout comme l’influenza, la COVID-19 pour la très grande majorité des enfants est une maladie bénigne, voire asymptomatique. On [notre association] ne veut pas banaliser l’infection par ce coronavirus, mais on sait que la communauté pédiatrique d’un point de vue immunitaire est très bien outillée », assure Marie-Claude Roy.

Le virus ne disparaitra pas et le vaccin n’est pas pour demain. Les enfants devront donc affronter la COVID, et il faut que ça soit plus tôt que tard, selon la médecin spécialiste.

« Ce qui ressort beaucoup dans la littérature, c’est que ceux qui ont des déficits immunitaires : les greffés, les gens immunosupprimés sont plus à risques. Mais pour le reste des enfants, les données ne sont pas très inquiétantes, même pour nos patients avec des maladies chroniques. Il y aura des exceptions chez les enfants, comme pour l’influenza et n’importe quel virus, mais la majorité des enfants sera bien outillée pour faire face à la COVID au cours des prochains mois », avance Marie-Claude Roy.

De plus, en raison de la pandémie de coronavirus, de nombreux parents craignent de consulter avec leurs enfants de peur de s’infecter en sortant de chez eux, ce qui pourrait avoir des impacts sur leur santé.

« Des parents me disent au téléphone qu’ils n’osent pas venir à l’hôpital, alors que l’hôpital en ce moment doit être presque plus sécuritaire que l’épicerie. On voit moins de jeunes patients et toute la prévention ne peut pas se faire, et ça risque de créer des dommages collatéraux », conclut la pédiatre.

Source : TVA

lundi 20 avril 2020

Le féminisme au temps du coronavirus

Éric Zemmour sur les déclarations voulant que les femmes dirigent les pays qui ont le mieux réagi face au coronavirus, qu'elles sont essentielles dans cette crise.




Éric Zemmour n'a pas la langue dans sa poche quand il s'agit du féminisme moderne. Le voici en 2006 dans l'émission Tout le monde en parle française qui n'a que peu à voir avec son homonyme québécois, temple du prêt à-penser conformiste et étriqué.



La grande intellectuelle québécoise Anne Dorval en pleine réflexion quand Zemmour parle du féminisme, de l'avortement ou des LGBTQ. Plus de détails ici : « Je lis quatre journaux [québécois] chaque matin, la pluralité d'opinion elle existe »






Il y a 486 ans, Jacques Cartier part découvrir le Canada

Statue de Jacques Cartier à Montréal
François 1er acquiesce à la proposition de l’abbé Le Veneur et, selon un document du 18 mars 1534, accorde une subvention de six mille livres tournois à Cartier pour « […] faire le voyage de ce royaume ès Terres Neuves pour découvrir certaines îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grand quantité d’or et autres riches choses ».

Cartier se bute toutefois aux bourgeois et marchands de Saint-Malo qui rendent impossible le recrutement des soixante marins et compagnons requis pour former les équipages de ses deux navires de 60 tonneaux chacun. Selon un document du 19 mars 1534, il lui faut un ordre de la cour de Saint-Malo pour « geler » au port tous les navires jusqu’à ce qu’il ait embauché ses équipages. Aussi, cet ordre précise qu’il a le mandat d’aller « aux Terres Neuves, passer le détroit de la baye des Châteaux avec deux navires équipés de soixante compagnons ».

Parti le 20 avril 1534, Cartier se dirige vers Terre-Neuve qu’il atteint en vingt jours de traversée, soit le 10 mai. Ensuite, il longe la côte est, descend s’approvisionner à l’« île des Oiseaux », puis il pénètre dans le détroit de Belle-Isle qui constitue pour lui la porte d’entrée au golfe Saint-Laurent et où se trouve la baie des Châteaux. Il visite le port de Brest dans le détroit de Belle-Isle, rendez-vous des pêcheurs de morue, où il rencontre des Amérindiens et un navire de La Rochelle. Par la suite, il se dirige vers le sud au lieu de continuer vers l’ouest.


vendredi 17 avril 2020

Le télé-enseignement ? C’est très surfait, nous dit Platon

Les éloges enthousiastes du télétravail que l’on lit ici ou là semblent singulièrement peu appropriés à l’enseignement à distance dans les classes du secondaire, en collège ou en lycée. Et ce pour plusieurs raisons, certaines superficielles et de nature technique quand ce télé-enseignement est oral, d’autres plus fondamentales et de nature philosophique quand il est écrit. Qu’on ne se méprenne pas : mon propos ne vise nullement à minimiser le travail admirable des professeurs qui, ces temps-ci, développent des trésors d’imagination pour garder le contact avec leurs élèves, mais, au contraire, à souligner la nature profonde et véritable d’un métier qui ne saurait se réduire à un enseignement à distance.

Platon à son Académie, en plein dialogue
Dans un monde parfait, un professeur pourrait sans doute faire cours oralement en ligne, voir ses élèves ou répondre à leurs questions en direct. Encore que ce que l’on voit en ce moment sur les chaînes de télévision, ces entretiens individuels (et non en groupe), hachés, ces images floues, ces réponses souvent inaudibles qui viennent un temps incertain et toujours trop long après la question, sont plus dignes de la télévision du Professeur Tournesol que de la technique du XXIe siècle. Mais comment percevoir la fatigue d’une classe entière à travers Skype ou Teams ? Son degré d’adhésion à la progression du professeur ? Ses distractions inévitables ? Comment tenir compte des réactions infimes de sa classe, de ces signes souterrains d’ennui ou d’approbation, parfois même de passion ou du moins de curiosité, des réactions que ne perçoit qu’un professeur en chair et en os, seul capable de recevoir ces messages subliminaux toujours, discrets la plupart du temps, bruyants exceptionnellement ?


La mode en matière d’enseignement à distance vante la pédagogie dite inversée : cette méthode consiste à mettre les connaissances à disposition des élèves par écrit avant, en cours, à l’oral, de les exploiter avec eux. Rien de plus beau, rien de plus noble, rien de plus séduisant… si la chose était réalisable. Au fond, il suffirait d’un accès aux encyclopédies en ligne et le tour serait joué ! Mais, dans une masse énorme de connaissances, « pourquoi choisir ceci plutôt que cela ? », se demandait déjà André Gide, dans son Journal à la date du 10 octobre 1942. Il y faut un guide, un professeur en chair et en os — même s’il demeure en chaire — car sans lui, poursuivait le romancier, « le plus apparent sans cesse offusque le plus important ».

La méthode de la pédagogie dite inversée, loin de là, ne comporte pas que des inconvénients. Mais elle repose sur une illusion. Aucun professeur digne de ce nom ne récite jamais à l’oral un cours préalablement écrit. Au contraire, il interrompt son discours à des moments choisis ou contraints par les réactions de son public, et il l’enrichit en permanence par deux sortes d’interventions personnelles : des réflexions méthodologiques et des doutes. Le professeur est par définition, à sa place, un savant et donc, en même temps, un épistémologue : il réfléchit, par nécessité, sur sa pratique et a un jugement sur la manière dont il a acquis son propre savoir. Il est ensuite un homme, qui a ses doutes et ses interrogations sur ce qu’il pense savoir et a lui-même appris. De ces deux types de réflexions, il nourrit son cours pour le plus grand profit de ses auditeurs. Aucun cours écrit et diffusé à distance, qui obéit forcément à d’autres règles parce qu’il n’a pas de public réel mais seulement un lecteur idéal, ne laisse ainsi place à ce métalangage, à ce retour réflexif sur sa pratique, son discours et sa réception, toutes choses qui sont, au fond, l’essence même de la pédagogie.

L’écrit relève de la littérature et ne saurait jamais être autre chose qu’un médium trompeur et insuffisant, faible quand il n’a pas d’interlocuteur et encyclopédique, donc inassimilable, quand il se veut trop fort, excessif, exhaustif. Un cours écrit est en outre un grand muet : « Il n’offre aucune réponse aux questions de ceux qui brûlent du désir d’apprendre », disait déjà Nietzsche dans son cours sur Platon, professé à l’université de Bâle en 1871.

Car cette idée-là, bien sûr, constitue l’un des points essentiels de la pensée de Platon. Dans le Phèdre, le philosophe grec met en scène un dialogue entre le roi égyptien Thamos et le dieu Theuth. Le second, dans le mythe, est présenté comme l’inventeur de l’écriture, un procédé inouï qui apporte la solution aux insuffisances de la mémoire et constitue l’outil idéal au service de la transmission du savoir. Quelles sont les raisons pour lesquelles Thamos — et Platon — condamnent l’écriture ? Parce qu’il n’y a, aux yeux du philosophe, d’enseignement qu’oral, par le dialogue, l’échange contradictoire, l’enquête : l’enseignement s’apparente à une maïeutique, à un jeu de questions-réponses. Là réside la nature profonde de l’enseignement : un cours qui s’apparente à un dialogue dirigé par un maître tour à tour faussement naïf, habilement ironique, jamais péremptoire. Le contraire d’un cours écrit télé-enseigné.

La primauté de l’oral sur l’écrit que défendait Platon ne devrait pas nous laisser indifférents en ces temps de séparation entre maîtres et élèves, et l’on ne saurait trouver plus bel encouragement à maintenir, dans un enseignement moderne, le dialogue. « L’entretien oral, disait Nietzsche, est une occupation sérieuse ; l’écriture est seulement un jeu. »

Texte de Stéphane Ratti, agrégé de lettres classiques, le professeur des Universités est l’auteur de nombreux ouvrages remarqués, comme « Le Premier saint Augustin » (Les Belles Lettres, 2016) et « Les Aveux de la chair sans masque » (Éditions universitaires de Dijon, 2018), analyse de l’interprétation discutable, par Michel Foucault, de textes des Pères de l’Église sur la sexualité. Paru dans le Figaro du 13 avril.

mardi 14 avril 2020

Le confinement généralisé serait-il une erreur ?

La moitié de la population de la planète est confinée depuis de longues semaines pour se protéger de la pandémie de coronavirus. Alors que certains pays ont choisi d’autres voies ou sont en train de procéder au déconfinement de leur population. Rares sont ceux qui remettent en cause la stratégie d’enfermement de la population prise par les États. Le confinement serait un postulat face à l’épidémie.

Pourtant, le professeur Jean-François Toussaint, professeur de physiologie, médecin à Hôtel-Dieu et Directeur de l’IRMES scrute avec son équipe de statisticiens, depuis le tout début de l’épidémie, les avalanches de données qui lui arrivent du monde entier. Pour lui, le confinement généralisé serait inefficace et conduirait à des dégâts collatéraux immenses. Preuves à l’appui, Il préconise de sortir du confinement « aveugle » et de nous orienter vers un confinement « personnalisé » qui permettrait de faire repartir le pays avec le minimum de risques.


Tribune


Le système de soin français montre chaque jour admirablement sa capacité à aligner ses escadres face à la tempête, à réorganiser ses unités pour passer l’œil du cyclone et, par la puissance de ses solidarités et la maîtrise de ses équipes de réanimation, sauver le maximum de ceux qui, jeunes ou vieux, se présentent éreintés à ses portes. Aucun de ses membres n’en sort indemne. Plusieurs ne s’en sont pas relevés.

Que leur soit ici rendu l’hommage que tous méritent.

Une décision fondée sur la simulation numérique ou sur la vie réelle ?

Les mesures prises pour freiner les conséquences de l’épidémie sur les systèmes de santé ont été suggérées par un groupe de l’Imperial College de Londres. Tournant le dos à l’adaptation et à l’inventivité différenciées, gages de résilience du vivant, ce cercle a conseillé une réponse uniforme à tous les gouvernements du monde, par le biais de l’OMS, qui se repose sur cette communauté pour développer les modèles mathématiques de prévention des pandémies.

La première estimation des effets de ce confinement, unique dans l’histoire de l’humanité à cette échelle, vient d’être publiée pour l’Europe. On attend les publications suivantes, pour le continent africain notamment.
Selon ces simulations, les mesures auraient contribué à « épargner » 2500 vies en France soit environ le dixième d’une vague qui risque d’en emporter de 25 à 30 000.


Figure 1. Nombre de décès quotidiens en France (barres rouges) et prédictions (en bleu, avec intervalle de confiance) suggérant une faible différence (Source : Flaxman S et al, 2020)

Or certains postulats de ces estimations numériques sont incohérents : les contaminations ne diminuent pas dès le premier jour du confinement (ceci ne s’est vu dans aucun pays) et l’intensité comme la durée de l’effet ne sont jamais les mêmes partout. Ces deux hypothèses sont pourtant à la base des simulations publiées.

Alors que l’on ne connaît toujours pas la diffusion (R* 0 ou taux de reproduction : nombre de personnes contaminées par un porteur) ni la létalité précises (nombre de décès rapporté à la totalité des sujets contaminés par le virus, qu’ils aient été testés et validés ou non) de cette maladie, les auteurs annoncent ainsi 69 vies épargnées au Danemark, proposant des données qui ne font pourtant apparaître aucune différence avec les valeurs rapportées par ce pays et sans intégrer aucune des limites de telles mesures « en vie réelle ».

De la même façon, ce groupe avait prédit un possible total de 70 000 morts pour la Suède. Or, à sa dixième semaine d’épidémie, ce pays n’en est qu’à 870 décès. On a connu démonstrations plus probantes… mais voilà sur quelles erreurs repose la décision de confiner 3 milliards d’humains.

Il faut donc se reporter à la répartition réelle, maintenant bien décrite, de la mortalité du Covid pour comprendre la nature de ces vies numériquement « épargnées ». Dans le récent registre français on retrouve une distribution similaire à celle des patients décédés en Chine ou en Italie, avec un âge moyen proche de 80 ans (un sur six a plus de 90 ans) avec un taux extrêmement faible (0,1 %) pour les sujets de moins de 45 ans sans facteur de risque.

Les cibles du SARS-CoV-2 sont souvent des patients à risque métabolique ou cardio-vasculaire (homme, sédentaire, obèse, diabétique ou hypertendu), ce qui explique les ravages actuels aux États-Unis. On peut donc penser que parmi les 2500 vies « épargnées » par le confinement global, la moitié soit à risque cardio-vasculaire et ait atteint les 80 ans, soit l’espérance de vie des hommes en France.

Vers un confinement personnalisé

La maladie peut être vécue sans grand symptôme chez quatre personnes sur cinq, mais elle tourne à un combat de boxe acharné de 15 jours pour le cinquième. Le but d’une mesure de prévention efficace est alors de proportionner le confinement à ceux qui ne peuvent supporter cette épreuve : personnes de plus de 65 ans, malades cardiaques et vasculaires, insuffisants respiratoires ou rénaux, transplantés, personnes obèses, etc. Ces risques particuliers étaient d’ailleurs déjà présents en 2009 lors de la pandémie H1N1 sans que nous ayons en quoi que ce soit modulé nos conseils de prévention.

Sans immobiliser 80 % de la population active et surtout pas ceux qui en sortent guéris et immunisés après deux semaines — et contribuent, avec les jeunes et les plus actifs, à éteindre l’épidémie en réduisant la taille de la population cible — on peut alors diriger la prévention vers les seules personnes à haut risque, tandis que l’épidémie ralentit, comme elle l’a fait en Chine, Corée et Australie.


Figure 2. Nouvelles contaminations quotidiennes (moyenne glissante sur 5 jours) en Chine (rouge), Corée (violet), Australie (vert) et zoom sur ces 2 pays. La Chine passe le pic aux alentours du 9/2 (avec une relative incertitude sur les données déclarées les 13 et 14/2, ce qui peut avoir modifié la date précise, sans changer la dynamique globale). La Corée passe le 3/3, l’Australie le 30/3.

Transmettre et expliquer cette information maintenant connue de tous, pour que chacun d’entre nous comprenne son risque, l’évalue et décide en conséquence de se confiner ou pas est le meilleur gage de réussite. Il permet aussi de considérer les citoyens français pour ceux qu’ils sont : des adultes responsables en capacité de voter et d’agir.

Car l’épidémie n’a peut-être été ni différente ni mieux contenue en Europe que dans les États n’ayant pas eu recours à ces mesures. La pandémie est en effet tout sauf confinée : elle concerne maintenant tous les pays, toutes les régions et tous les cabinets médicaux (on estime à plusieurs millions le nombre de Françaises et Français ayant été en contact avec le virus).

Alors que la France et le monde ont passé la crête de vague entre le 3 et le 4 avril (et entre le 6 et le 8 pour le nombre de décès dans notre pays), l’issue pourrait donc ne pas même avoir été modifiée : aucune courbe nationale ne montre d’inflexion différenciée, mais un parcours toujours semblable, quelles qu’aient été les décisions prises (seul le masquage des contaminations initiales apparaît dans certains pays comme l’Iran, pour des raisons de politique locale).

Figure 3. En France, le sommet de la courbe des nouvelles contaminations au pas de temps quotidien apparaît entre le 3 et le 4 avril et le maximum de la courbe des décès entre le 6 et le 7 avril 2020.


Les deux pays qui ont refusé la voie du confinement sont en voie de réussir leur pari en 3 semaines, là où les autres ont effectué le parcours en 4 ou 5 (une semaine d’épidémie supplémentaire correspond à 10 fois plus de décès). Les Pays-Bas ont en effet amorcé une décrue le 2 avril rejoignant ainsi la Corée. Pour ces pays, le taux de mortalité au jour du pic est de 25 par million d’habitants contre 177 pour les principaux pays confinés (France, Espagne, Italie).

Quant à l’Allemagne, qui n’a pas confiné toute sa population, elle considère, par la voix de son président Frank-Walter Steinmeier, qu’elle n’est « pas en guerre » (aucune guerre ne laisse survivre 99,4 % de ses soldats [il existe des guerres très courtes... Le Danemark a perdu 26 de ses 13 500 soldats mobilisés avant de capituler aux forces allemandes en 1940]), mais dans un moment révélant notre degré d’humanité. Il est vrai que ce pays disposait avant la pandémie de 22 000 lits de réanimation — contre 5 000 en France (étendu en urgence à 12 000 au cœur de la tempête). Il a pu affronter la vague avec d’autant plus de sérénité et pense donc déjà, comme le Danemark, l’Autriche et l’Espagne, aux étapes d’un très prochain déconfinement.

Or la phase d’extension de la maladie dépend aussi de facteurs environnementaux et populationnels qui n’ont pas été pris en compte dans les modèles. Exemple : des cas sporadiques sont bien rencontrés, mais l’épidémie « ne prend pas » sur le continent africain. L’expansion lente y suit un régime certes exponentiel, mais avec des pentes beaucoup plus faibles qu’en Europe, sans doute pour des raisons climatiques et démographiques.

Figure 4. L’évolution du nombre de décès sur le continent Africain suit, dès le début de l’épidémie, une courbe exponentielle très inférieure à la courbe européenne : au bout de quatre semaines, les valeurs logarithmiques correspondaient à 5260 morts en Europe contre 456 en Afrique (Total actualisé au 6/6/20 : 52 494 décès en Europe ; 501 en Afrique). Même si l’on peut contester l’exactitude du nombre de décès déclarés, on ne peut expliquer les deux ordres de grandeur qui sépare ces chiffres : il s’agit bien du même virome mais sa dynamique est très ralentie non pas par les mesures de confinement, mais en raison d’un environnement physique, biologique et humain très différent et défavorable à la transmission du SARS-CoV2. [Ajoutons que l’on connaît le nombre d’hospitalisations et de décès en Afrique du Sud qui a un système hospitalier fiable, les chiffres connaissent bien une croissance nettement moins forte que dans l’hémisphère Nord]


Les appels au secours pour tenter de « sauver l’Afrique » ont peut-être cherché à servir d’autres agendas, à moins que certains n’aient su se confronter à la réalité pour y observer la très lente ascension de la maladie. Le risque, à ne pas tenir compte de cette réalité, est de détourner les scientifiques et les financeurs de l’objectif principal, car ce continent a plus que jamais besoin d’un soutien massif et constant dans sa lutte contre d’autres prédateurs, à commencer par le paludisme, la tuberculose et le sida. Or ce soutien est d’autant moins assuré que le cadre financier de ses donateurs s’écroule.

Enfin le confinement, appliqué parfois de façon outrancière dans de nombreux autres pays du monde, aura aussi servi au renforcement des régimes autocratiques, jusqu’au cœur de l’Europe. Et malheureusement ce mode de fonctionnement des sociétés humaines prolifère durant leurs effondrements.

Synchronisations délétères

Pour être utile à la décision publique et proportionner la réponse, les modèles pertinents doivent désormais prendre en compte les émergences et les interdépendances entre tous les niveaux, sus- et sous-jacents, y compris quand elles résultent d’une synchronisation inappropriée entre les États (paniques, confinements, affrontement, effondrement). Car c’est principalement de ce côté que va maintenant croître le décompte des victimes.

Nous nous savions instables face au gouffre. Nous avons cependant enclenché la touche « Faites un pas en avant ». Les centaines de milliards d’euros envolés avec la chute d’une économie, qu’on savait pourtant d’une extrême fragilité, interrompront aussi le flux des financements nécessaires aux équipements des hôpitaux et des autres services publics. Car les équipes de réanimation, de soins et leurs administrations, qui ont contribué à sauver des vies bien réelles méritent toute notre admiration pour l’engagement qui fut le leur, mais elles vont maintenant avoir besoin de moyens pour toutes les autres.

Il faudra donc, après le confinement, également prendre en compte son impact sur les patients souffrant d’une leucémie non diagnostiquée, d’un infarctus pris en charge trop tardivement, d’une drépanocytose mal suivie, parmi toutes les pathologies qui manquent à l’appel. Les effets psychologiques (refus de tout déplacement par peur de la contamination) ou contre-productifs (réduction ou arrêt des consultations) de ces mesures devront se confronter aux choix des Néerlandais et des Suédois qui continuent de vaquer, prudemment certes, mais librement, à leurs occupations. La perte de chance risque d’être lourde.

Les auteurs de ces simulations, tout à la charge de démontrer la qualité de leurs modèles, auront toutes les peines du monde à accepter d’inclure ces dégâts collatéraux auxquels s’ajouteront les conséquences sur la recherche et l’annulation de tous les grands rendez-vous scientifiques, culturels ou climatiques, mais aussi la solitude des artistes qui, de théâtre en scènes musicales, ne trouveront plus les moyens de gagner leur vie ni d’enchanter la nôtre et surtout l’abattement des personnes seules qui se seront laissées glisser lentement dans l’abandon.

Paradoxe que de tenter de sauver des vies par des moyens qui en auront peut-être tout autant détruit.

Jean-François Toussaint, Directeur de l’IRMES, Médecin à Hôtel-Dieu, AP-HP, Université de Paris avec Andy Marc, Chercheur en Biostatistiques à l’IRMES

Source

Voir aussi
Québec songe à rouvrir écoles et garderies avant le 4 mai

Le confinement généralisé, une mesure moyenâgeuse pour pallier nos carences ? 




samedi 11 avril 2020

Interlude pascal

Crucifixus


Crucifixus d'Antonio Lotto à la Sainte Chapelle de Paris


Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato:
Passus, et sepultus est

Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.

ХРИСТОС ВОСКРЕСЕ (Christ est ressuscité)

  Christ est ressuscité par le Chœur cosaque de Moscou

Христос воскресе из мертвих, смертию смерт поправ и сущим во гробех живот даровав.

Le Christ est ressuscité des morts; par la mort, il a vaincu la mort; à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la Vie.


Victimae Paschali Laudes




La séquence de Pâques Victimæ Paschali Laudes chantée lors de la messe de Pâques est généralement attribuée à un prêtre burgonde du XIe siècle, Wipon de Bourgogne († 1048).

Une traduction en vers (XVIIIe siècle)

Adore, ô peuple saint, l’innocente victime
Qui te purge de crime.
Voici l’heureuse Pâque où s’immole l’Agneau,
Qui sauve le troupeau.
Où Jésus par son sang apaise de son Père
L’équitable colère.
Ô merveilleux duel, où la vie et la mort
Signalent leur effort !
Le chef des vivants meurt ; mais, reprenant sa vie
Qu’on lui croyait ravie,
Il terrasse la mort, il trouve un jour plus beau
Dans la nuit du tombeau.
Qu’as-tu vu, chaste amante, illustre Madeleine,
En ta cuisante peine ?
J’ai vu mon roi vivant après tant de combats
Mettre l’enfer à bas.
Et, sur son tombeau même, élevant le trophée,
De la mort étouffée,
J’ai vu le saint suaire, et les linceuls sacrés
De son cercueil tirés.
Et des anges, brillants de clartés non pareilles,
M’ont appris ces merveilles.
Mon Roi vit. Mon Sauveur et mon unique espoir
A mes yeux s’est fait voir.
Allez en Galilée, et, selon les oracles,
Vous verrez ses miracles.
Nous croyons que Jésus vraiment ressuscité
A l’enfer surmonté.
Mais toi, divin sauveur, au jour de ta victoire,
Fais-nous part de ta gloire.



Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736)

Stabat Mater dolorosa
Iuxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Debout, la Mère, pleine de douleur,
Se tenait en larmes, près de la croix,
Tandis que son Fils subissait son calvaire. (litt. pendait.)




Pange Lingua de la Missa Pange Lingua de Josquin des Prés (1450-1521)

Pange, lingua, gloriosi
Corporis mysterium,
Sanguinisque pretiosi,
quem in mundi pretium
fructus ventris generosi
Rex effudit Gentium.

Chante, ô ma langue, le mystère
Du corps sacré, corps glorieux,
Et celui du sang précieux,
Versé pour racheter la terre
Par le fruit d’un sein merveilleux.



Membra Jesu nostri, Ad Pedes (I) de Dietrich Buxtehude (1637-1707)

Ecce super montes
Pedes evangelizantis
Et annunciantis pacem.

[...]

Clavos pedum, plagas duras,
Et tam graves impressuras
Circumplector cum affectu,
Tuo pavens in aspectu,
Tuorum memor vulnerum.

Dulcis Jesu, pie deus,
Ad te clamo licet reus,
Praebe mihi te benignum,
Ne repellas me indignum
De tuis sanctis pedibus.

Voici sur les montagnes
Les pieds du messager
Qui annonce la paix.

[...]

Les clous des pieds, les plaies dures,
Et les marques si profondes,
Je les couvre avec tendresse,
Craignant ta vue,
Me souvenant de tes blessures.

Doux Jésus, Dieu pieux,
Je te crie, comme il est permis à ton débiteur,
Sois bienveillant à mon endroit,
Ne me repousse pas, indigne
De tes pieds saints.





O Haupt voll Blut und Wunden,
Voll Schmerz und voller Hohn,
O Haupt, zum Spott gebunden
Mit einer Dornenkron’,
O Haupt, sonst schön gezieret
Mit höchster Ehr’ und Zier,
Jetzt aber höchst schimpfieret;
Gegrüßet sei’st du mir !

Chef couvert de blessures,
meurtri par nous pécheurs,
Chef accablé d’injures,
d’opprobres de douleurs.
Des splendeurs éternelles
naguère environné,
C’est d’épines cruelles
qu’on te voit couronné !



Mache dich, mein Herze, rein,
ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir für und für
seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein!

Purifie-toi, mon cœur,
je veux enterrer Jésus moi-même.
Car en moi désormais il doit reposer
à jamais en paix.
Monde, retire-toi, laisse entrer Jésus.





Gebt mir meinen Jesum wieder !
Seht, das Geld, den Mörderlohn,
Wirft euch der verlorne Sohn
Zu den Füßen nieder !

Qu’on me rende mon Jésus !
Voyez, l’argent, le prix du sang,
Le fils prodigue le jette
À vos pieds !




Χριστὸς ἀνέστη ἐκ νεκρῶν, θανάτῳ θάνατον πατήσας καὶ τοῖς ἐν τοῖς μνήμασι ζωὴν χαρισάμενος.

Le Christ est ressuscité des morts, Par la mort, il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie.

vendredi 10 avril 2020

Québec songe à rouvrir écoles et garderies avant le 4 mai

« On n’exclut pas de rouvrir les écoles puis les garderies avant le 4 mai », a déclaré aujourd’hui le Premier ministre du Québec, François Legault.

Au bout de quatre semaines de confinement, M. Legault considère que les Québécois ont besoin d’« un peu d’espoir », a-t-il affirmé, pensant entre autres « aux entrepreneurs et aux parents d’enfants turbulents ».

Depuis que les spécialistes de l’Institut national de santé publique du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux ont annoncé mardi que le sommet de l’épidémie était attendu autour du 18 avril, le Premier ministre se montre plus optimiste que jamais.

Depuis quelques jours, son discours porte surtout sur la réouverture de l’activité sociale et surtout économique de la province.

Vague « moins haute qu’ailleurs », beaucoup de lits vides

« Il y a toutes raisons de croire qu’on est en train d’atteindre le fameux pic, le fameux sommet. Donc, ça va se stabiliser, ensuite redescendre. Puis je pense qu’on va, en tout cas, je l’espère, être capables, dans les prochains jours, de passer à une nouvelle étape », a dit un M. Legault, vendredi, avant de prendre deux jours de congé pour Pâques.

« Ce qu’on voit aussi, puis on est prudents, c’est qu’on est en train d’atteindre le haut de la vague. Les augmentations se stabilisent, donc on est en train d’atteindre le haut de la vague puis en plus, la vague est moins haute qu’ailleurs, est moins haute même qu’on avait anticipé. »

On compte dorénavant 11 677 cas confirmés, dont 733 traités dans nos hôpitaux. Cette fois avec 54 de plus en 24 heures, ce nombre n’a juste jamais pris la tangente exponentielle que les modèles indiquaient au début et pour laquelle le gouvernement avait libéré jusqu’à 8000 lits. Moins de 800 malades pour 8000 lits, un mois après le début du confinement.

À tel point que vendredi, on comptait 186 patients alités aux soins intensifs, 10 de moins que la veille !

Notons que la critique des modèles inexacts qui auraient poussé les gouvernements à agir de manière excessive se fait de plus en plus grande : Inaccurate Virus Models Are Panicking Officials Into Ill-Advised Lockdowns (The Federalist, 25 mars 2020) et How can coronavirus models get it so wrong? (The Guardian, 7 avril 2020) et The Scientist Whose Doomsday Pandemic Model Predicted Armageddon Just Walked Back The Apocalyptic Predictions (The Federalist, 26 mars 2020). Voir les gazouillis du 26 mars 2020 ci-dessous.


« On voit que le nombre de personnes hospitalisées et aux soins intensifs se stabilise encore. Ça commence à faire quelques journées de suite. Évidemment, on va continuer d’avoir des décès. En particulier dans les CHSLD (Centre d’hébergement et de soins de longue durée, maisons de repos)
, parce qu’on a, dans les CHSLD, des personnes qui sont déjà malades, donc qui sont plus vulnérables lorsqu’elles sont atteintes de COVID-19 », constate le Premier ministre.

« Chômage beaucoup plus élevé »

M. Legault constate aussi que « l’ampleur du chômage est beaucoup plus élevée » que les 8,1 % annoncés jeudi pour le mois de mars au Québec. En février, le Québec montrait son plus bas taux de chômage depuis 1976, 4,5 %.

« On est en train de faire l’évaluation, secteur par secteur, de combien d’emplois ont disparu depuis le début de la crise pour se donner un plan pour rouvrir éventuellement les différents secteurs, a-t-il assuré. »

Mais si on veut retourner des gens au travail, leurs enfants, surtout ceux de l’école primaire, ne peuvent pas rester seuls à la maison. De là l’idée de rouvrir les écoles et garderies avant le 4 mai, deuxième date annoncée il y a déjà deux semaines après celle du 30 mars.

Participer à la hausse de l’immunité collective

Rien n’est encore décidé, mais les enfants sont beaucoup moins à risque face à la COVID-19, insiste-t-il, soulignant au passage que le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, devrait au préalable lui donner son aval.

Présent à ses côtés, le principal intéressé a expliqué que la réouverture des écoles et des services de garde ferait en sorte que les enfants, moins vulnérables, participeraient à l’immunisation de la population.

Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, a déclaré que « Plus les enfants vont être immunisés par la maladie [...], moins ils vont devenir des vecteurs actifs pour les personnes plus âgées. »

« Il faut comprendre que les jeunes qui pourraient attraper la maladie, avec presque aucun symptôme, c’est comme si on les vaccinait, a-t-il illustré. C’est la vaccination naturelle qui va s’installer. », a-t-il ajouté.

Rappelons que la Suède (voir le reportage allemand ci-dessous) n’a jamais fermé ses garderies, écoles primaires ou même secondaires inférieures précisément pour ces raisons.



« C’est plus que sérieux », confirme le Premier ministre Legault.

« Il n’y a rien de décidé encore. On va suivre les résultats jour par jour. Mais comme on l’a souvent dit, les enfants sont beaucoup moins à risque. Ce qu’il va falloir s’assurer quand on va rouvrir les écoles puis les garderies, c’est que les enfants ne passent pas du temps proche de leurs grands-parents. C’est malheureux et je sais que les grands-parents aiment ça voir leurs petits-enfants, mais pendant un certain temps, il va falloir absolument éviter ça. Mais vous le voyez, dans les résultats, il y a très peu d’enfants qui subissent des conséquences graves. »

« Il pourrait avoir un scénario où il va avoir une réouverture partielle avec les parents, quand il y a un des deux parents qui peut retourner travailler, ou ceux qui n’ont pas d’enfants jeunes. Et peut-être dans un deuxième temps, une fois les écoles, les garderies ouvertes, rouvrir davantage l’économie. Mais tout ça, ce sont des scénarios qu’on regarde. Ce dont on a besoin, c’est de l’accord de la Santé publique », ajoute-t-il.

Voir aussi

Pandémie : la TÉLUQ prête à admettre de nouveaux étudiants

Le confinement généralisé, une mesure moyenâgeuse pour pallier nos carences ?

jeudi 9 avril 2020

Politiques familiales — hausse des naissances de 9 % en Hongrie, nombre des mariages double

Le déclin de la population de la Hongrie a ralenti de 47 % en janvier 2020, après 9,4 % de naissances supplémentaires et 17 % de décès en moins par rapport à la même période l’an dernier, a déclaré vendredi le Bureau central des statistiques (KSH).

L’indice de fécondité hongrois de 1,6 enfant/femme est désormais le même que celui du Québec, sans aucune politique migratoire.

Le nombre de mariages a presque doublé, avec 2863 couples mariés, par rapport à la même période l’an dernier, et le nombre le plus élevé de janvier depuis 1982.

Au premier mois de l’année, 8 067 enfants sont nés, soit 694 de plus qu’à la même période l’an dernier, tandis que 11 553 personnes sont décédées, 2 356 de moins qu’en janvier 2019. Le communiqué expliquait qu’en janvier, 8 067 enfants étaient nés, ce qui représente de manière significative, 694 nouveau-nés de plus qu’au premier mois de 2019, la valeur la plus élevée de janvier depuis 2009. À titre de comparaison, il est né 6 850 enfants au Québec en janvier 2020. La population du Québec était estimée à 8 485 millions en juillet 2019 alors que celle de la Hongrie était de 9 773 millions au 1er janvier 2019.

La valeur mensuelle estimée de l’indice synthétique de fécondité par femme était de 1,60 contre 1,44 pour la même période de l’année précédente.

Le taux de déclin naturel de la population est tombé à 0,42 % contre 0,79 % en janvier 2019, a indiqué le KSH.

Pour relancer la natalité, le Premier ministre hongrois avait décidé d’attribuer en 2019 une aide de 30 500 euros (44 500 $ canadiens) à chaque couple qui se mariait avant le 41e anniversaire de la femme.

Se dirige-t-on vers un pic de natalité hongrois ? Selon l’agence de presse britannique Reuters à la fin 2019, le nouveau programme nataliste du gouvernement hongrois semblait avoir donné un nouvel élan au nombre de mariages dans le pays en 2019. Il était cependant alors trop tôt pour dire si les bébés suivront.

Fin juillet 2019, pour éviter le déclin démographique qui mine son pays, le Premier ministre Viktor Orban avait annoncé un certain nombre d’avantages fiscaux pour favoriser les familles. Ainsi, depuis le milieu de l’été, un nouveau système offre aux couples qui se marient avant le 41e anniversaire de l’épouse des prêts subventionnés, pouvant atteindre 10 millions de forints, soit 30 500 euros. Un tiers de cette dette sera annulée si le couple a deux enfants et la totalité s’ils en ont trois. Selon le bureau central des statistiques (KSH), le nombre de personnes mariées avait ainsi déjà augmenté de 20 % au cours des neuf premiers mois de 2019. Le nombre de mariages enregistrés est le plus élevé depuis 1990. Pour le seul mois de septembre 2019, la Hongrie avait enregistré 29 % de mariage de plus que l’année précédente sur la même période.

Cette mesure s’inscrit dans la droite ligne de la politique anti-immigration de Viktor Orban, qui souhaite ainsi s’afficher en champion du redressement démographique d’un pays menacé par le vieillissement, et éviter un « grand remplacement ».

Pour stimuler sa population vieillissante, la Hongrie avait lancé en janvier 2020 un nouveau « programme national pour la reproduction » visant à « soutenir financièrement les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants », 150 000 dans le pays. Le gouvernement souhaitait stimuler le système de fécondation in vitro (FIV) et lutter contre l’infertilité.

À partir de juillet 2020, un régime de gratuité pour les FIV sera mis en place : les 30 % des 3300 euros restant à la charge des familles en traitement de PMA seront remboursés par la sécurité sociale. Par ailleurs, l’État prit le contrôle et assura pendant 3 ans la gestion d’un certain nombre de cliniques privées qui s’occupent de fécondation in vitro. L’objectif étant de limiter rapidement les délais d’attente.

Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large visant à stimuler la natalité. En juillet dernier, un certain nombre d’avantages fiscaux ont été annoncés pour favoriser les familles.



lundi 6 avril 2020

Fable de La Fontaine sur le confinement et l'amitié



Certain ours montagnard,
ours à demi léchéOn croyait que les ourses, en léchant leurs petits, continuaient à les façonner. D’où l’expression « ours mal léché » appliquée à un rustre ou à un personnage aux manières mal dégrossies.
,
Confiné par le Sort dans un bois solitaire,
Nouveau
Bellérophon C’est Bellérophon, ce héros mythologique grec, qui, monté sur le cheval volant Pégase, tua la Chimère. Il était affecté d’un état mélancolique qui le poussait à éviter la société et à vivre dans la solitude.
vivait seul et caché.
Il fût devenu fou : la raison d’ordinaire
N’habite pas longtemps chez les gens séquestrés.
Il est bon de parler, et meilleur de se taire ;
Mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés.
Nul animal n’avait affaire
Dans les lieux que l’ours habitait :
Si bien que, tout ours qu’il était,
Il vint à s’ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu’il se livrait à la mélancolie,
Non loin de là certain vieillard
S’ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était prêtre de
FloreFlore est la déesse des fleurs.
,
Il l’était de
Pomone Pomone est la déesse des fruits.
encore.
Ces deux emplois sont beaux ; mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami :
Les jardins parlent peu, si ce n’est dans mon livre :
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets, notre homme, un beau matin,
Va chercher compagnie et se met en campagne.
L’ours, porté d’un même dessein,
Venait de quitter sa montagne.
Tous deux, par un cas surprenant,
Se rencontrent en un tournant.
L’homme eut peur : mais comment esquiver ? et que faire ?
Se tirer en
Gascon Les Gascons passaient pour fanfarons et beaux parleurs.
d’une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L’ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : « Viens-t’en me voir. » L’autre reprit : « Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,
J’ai des fruits, j’ai du lait : ce n’est peut-être pas
De Nosseigneurs les ours le manger ordinaire ;
Mais j’offre ce que j’ai. » L’ours accepte ; et d’aller.
Les voilà bons amis avant que d’arriver ;
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble :
Et bien qu’on soit, à ce qu’il semble,
Beaucoup mieux seul qu’avec des sots,
Comme l’ours en un jour ne disait pas deux mots,
L’homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L’ours allait à la chasse, apportait du gibier ;
Faisait son principal métier
D’être un bon
émoucheur Chasseur de mouches. Le mot « émoucheur » a été créé par La Fontaine sur le verbe émoucher. On trouve dans « Pantagruel, XV » un renard émoucheteur.
, écartait du visage
De son ami dormant ce parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Un Jour que le vieillard dormait d’un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l’ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
« Je t’attraperai bien, dit-il, et voici comme. »
Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance
avec roideur Avec rudesse.
,
Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche ;
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur,
Raide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.

vendredi 3 avril 2020

Histoire — 1er avril 1918 à Québec : « Shoot to kill ! »

« Shoot to kill! ! » L’ordre, donné en anglais, était clair.

Le 1er avril 1918, à Québec, les soldats canadiens tuent quatre civils en marge d'une manifestation contre la participation obligatoire à la Première Guerre mondiale. Des anglophones vont jusqu’à réclamer la suppression d’un quotidien opposé à la conscription, Le Devoir, et souhaitent voir son directeur, Henri Bourassa, exécuté. C’est comme si la guerre s’étendait ici entre deux langues, deux nations.


L’édition de La Presse du 2 avril 1918. La une faisait mention de cinq morts, alors qu’il y en avait quatre.

À l’occasion du centenaire du conflit mondial, la réédition du récit palpitant Québec sous la Loi des mesures de guerre (1918) de l’historien Jean Provencher s’imposait, d’autant plus que le livre, publié en 1971, était depuis longtemps introuvable. Dans sa préface de l’époque, reprise aujourd’hui avec un avant-propos inédit de l’auteur, Fernand Dumont soulignait déjà l’importance de ce document construit à partir d’archives.

« Ce qui frappe avant tout dans ce livre », écrit Fernand Dumont en préface, « ce sont ces déferlements de foules –  15 000 personnes certains jours – sans chefs, sans orga­nisation, sans stratégie un peu définie. Protestation qui venait du fond d’une pénible vie quotidienne, d’une ran­cœur entretenue au fil des ans, mais jamais vraiment dite, d’une servitude qu’il était impossible de traduire dans un mouvement proprement politique. »

Les quatre tués du 1er avril 1918. Alexandre Bussières, Joseph-Édouard Tremblay, Honoré Bergeron et Georges Demeule. Archives de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

En juillet 1917, voyant l’hécatombe se prolonger en Europe et sous la pression de l’Empire britannique, le Premier ministre Borden vote la conscription. De nombreux Canadiens français refusent de s’y soumettre : l’armée canadienne est majoritairement anglophone et l’on sait de source sûre que les francophones, éparpillés, y endurent diverses brimades. Mais cette rébellion prend une tournure dramatique : elle vaut aux réfractaires l’intervention de l’armée fédérale, des perquisitions, des arrestations, la loi martiale.

Ce livre raconte les cinq jours d’émeutes du printemps 1918, cinq jours dont l’issue a été funeste pour quatre Québécois. L’ironie de l’Histoire est parfois violente : pour s’être opposés à la guerre, des Québécois sont morts de la guerre, dans les rues mêmes de Québec.

Québec, ville tranquille

Un monument est érigé en l’honneur
des quatre victimes à l’endroit où 
elles tombèrent sous les balles,
à l’intersection des rues Saint-Joseph,
Saint-Vallier et Bagot.
Réputée pour sa tranquillité, Québec sombre dans le chaos au printemps 1918. Durant la Semaine sainte, cinq soirées d’émeutes sans précédent frappent la capitale. Des violences provoquées par des opposants à la conscription qui se soldent par les salves d’une mitrailleuse de l’armée canadienne dans le quartier Saint-Sauveur, le 1er avril.

« L’utilisation d’une vraie mitrailleuse [par l’armée], c’était la première et je l’espère, la dernière fois que ça se produisait à Québec », raconte l’historien Jean Provencher, auteur d’un livre sur ces événements méconnus.

Les balles ont tué quatre résidents de ce quartier ouvrier, dont un adolescent de 14 ans et deux jeunes au tournant de la vingtaine.

Comment en est-on arrivé là ?

La Première Guerre mondiale révèle que les Canadiens anglophones, surtout les colons arrivés récemment au Canada réagissent comme les fidèles sujets de l’Empire britannique.

Ils favorisent, en majorité, la participation militaire de leur pays. Quant aux Canadiens français fiers d'être catholiques et séparés de la France républicaine et laïque depuis plus d’un siècle en subissant l’hégémonie britannique, leur désir de combattre l’Allemagne, pour aider l’une ou l’autre des grandes puissances belligérantes, est beaucoup moins ardent.

En 1917, le gouvernement canadien du conservateur Robert Laird Borden établit l’enrôlement obligatoire. La police fédérale poursuit les déserteurs. La réaction québécoise est hostile. Dans la frange libérale autonomiste, on évoque même l’idée d’un retrait du Québec de la Confédération.

Comment une telle escalade de violence a pu se produire dans une ville traditionnellement pacifique qui s’apprêtait pourtant à célébrer Pâques ?

Manifestation anticonscription organisée au Square Victoria, à Montréal, en 1917

« En mars 1918, ça brasse politiquement. Parce que d’abord un an avant, le Premier ministre du Canada [Robert Borden], en mai 1917, s’en va à Londres et il se fait demander d’amener d’autres soldats en Europe. C’est la guerre depuis trois ans. Une guerre sale, les tranchées, les gaz », explique Jean Provencher.

Une majorité de Québécois ne souhaitent donc pas « aller mourir en Europe » et certainement pas pour l'Empire britannique. Le Québec vote à 83 % contre la conscription qui oblige les hommes célibataires, sans enfant, de 20 à 35 ans, à s'enrôler dans l'armée.

Ottawa engagea à l'époque des « repéreurs » (des spotters), des agents fédéraux chargés de mettre la main au collet des conscrits qui ne se présentent pas aux bureaux de recrutement.

Ils sont une vingtaine à sévir à Québec et sont détestés.
Des familles ont appris que leur gars qui n’était pas rentré coucher avait été amené à Halifax, embarqué sur un bateau pour s’en aller à la guerre. Lentement, ça se transmet, ce genre d’informations. On trouve que c’est odieux.
Jean Provencher, historien

C’est dans ce contexte que des manifestations populaires contre la conscription se succèdent dans la ville de Québec au printemps 1918. Ottawa constate qu’agents de police et militaires canadiens-français se montrent, en général, solidaires de la foule, essentiellement de la même origine qu’eux. On fait donc venir des soldats anglophones du reste du Canada pour mater les protestataires.

Début des émeutes

La première émeute éclate à Québec le 28 mars 1918, quand Joseph Mercier, 23 ans, est interpellé par trois repéreurs. Il se trouvait avec un ami à la salle de quilles du Cercle Frontenac, située au coin des rues Saint-Vallier et Charest.

Joseph Mercier jure qu’il a des papiers d’exemption. Les repéreurs ne le croient pas. « Ils vont le traîner de force jusqu’au poste de police. Les gens sortant de la messe du Jeudi saint assistent à la scène. Ils veulent que le jeune soit libéré. Ils vont casser les vitres du poste de police. La foule prend en main l’événement. »

Des journaux estiment qu’ils sont de 2000 à 3000 émeutiers, la police de Québec parle de 5000. Joseph Mercier est finalement libéré. Il a effectivement droit à l’exemption. Trop peu trop tard, la foule veut la tête des repéreurs. Un repéreur qui tente de s’enfuir dans un tramway est reconnu. Le tram est renversé par les manifestants. L’homme est grièvement blessé. L’intervention d’un curé empêche la foule de le lyncher.

« Je pense que ça aurait été un bon coup du maire Lavigueur de demander le congédiement immédiat des spotters, les détestables », analyse Jean Provencher aujourd’hui.

Vendredi saint, le 29 mars


Malgré une journée tranquille, les émeutiers n’en ont pas fini. Les troubles reprennent le Vendredi saint en soirée. Les manifestants se rendent cette fois en Haute-Ville et visent les symboles de la conscription. Certaines sources avancent le chiffre de 15 000 insurgés.

Les bureaux de deux journaux en faveur de l’enrôlement obligatoire sont notamment saccagés : L’Événement et le Chronicle. On s’en prend ensuite à l’Auditorium, le futur Capitole de Québec, où un incendie est allumé.
On a réussi à monter à l’étage pour brûler les registres du registraire de l’armée, celui qui tenait le nom des conscrits sur fichiers.
Jean Provencher, historien

« Tant qu’à mourir au front, aussi bien mourir à Québec », pensent les hommes, accompagnés de femmes et enfants. Bouleversé, le maire de Québec ne lit pas l’acte d’émeute qui permettrait aux soldats dirigés par le général Joseph-Philippe Landry de faire feu.

Samedi et Dimanche de Pâques

Le lendemain, le Manège militaire est visé. La foule est toutefois accueillie par la cavalerie et des fantassins. L’affrontement fait quelques blessés. Des résidences et commerces sont vandalisés.

Le dimanche, 1200 soldats de l’armée canadienne débarquent à la gare du Palais en soirée à la demande du Premier ministre du Canada, Robert Borden. L’armée prend en charge les opérations, alors que les troubles se poursuivent.

« On a tassé le général [Philippe-Joseph] Landry, responsable des militaires de la région de Québec, et on a dépêché François-Louis Lessard, d’Halifax, par train. Et ils ont amené 1200 soldats du Manitoba et de l’Ontario. Par train. Et le lundi, ils ont dit : “C’est terminé” », commente Jean Provencher.

François-Louis Lessard, le Canadien français le plus haut gradé de l’armée, répond à l’avocat anticonscriptionniste Armand La Vergne, qui défend les manifestants : « J’ai la force et je m’en sers ! » Ces mots, mis en évidence par Provencher, l’excellent narrateur.

Le Devoir commet la même erreur que La Presse. Il n’y aura finalement que quatre morts.

Lundi de Pâques, le 1er avril

Des affiches sont placardées à Québec : « Défense d’être plus que trois, de protester et défiler ». Le général François-Louis Lessard est un partisan de la ligne dure.

Un nouveau rassemblement est observé lundi soir à la place Jacques-Cartier. Un acte d’émeute est lu en anglais seulement. Le tramway ne circule plus.

Des soldats à cheval refoulent aussitôt les émeutiers vers le quartier Saint-Sauveur. Un brouillard se met également de la partie.

« On a entendu des coups de feu qui ne venaient pas des militaires. Mais on ne sait pas trop d’où ça venait. Les militaires commençaient à être sur les nerfs. Ils ont installé une mitrailleuse en plein milieu du carrefour. Plusieurs se sont sauvés dans les trois directions possibles », affirme Jean Provencher.

Puis, les soldats ont fait feu. Deux salves de mitrailleuse ont été tirées.

Parlez français !

Sur la foule, où l’on entendait crier « Parlez français ! », les soldats ont tiré, profitant après coup des mesures de guerre adoptées rétroactivement qui leur assureront l’impunité.

Le nombre de blessés est incertain. Des médias parlent d’au moins 70. Le nombre d’arrestations est aussi sujet à débat. Des journaux énumèrent l’identité de prisonniers et leur adresse civique.

Pour le coroner responsable de l’enquête, il est prouvé que les quatre victimes étaient des curieux qui ne participaient pas à l’émeute. Honoré Bergeron, un menuisier de 49 ans qui a perdu la vie, rentrait chez lui à 22 h 40. Le jeune Georges Demeule se trouvait aussi à la mauvaise place au mauvais moment.

Le petit gars, il était curieux aussi. Il avait 14 ans. Il avait envie de savoir. Pour une fois que ça brasse à Québec.
Jean Provencher, historien

Pas d’indemnisation

Au terme de son enquête, le coroner a demandé en vain une indemnisation pour les familles des victimes. Au lendemain de la fusillade, le climat est étrange à Québec. La loi martiale est décrétée.

« Si on te reconnaît en ville, on peut te faire comparaître. Il y a de la crainte dans l’air », ajoute l’historien.

Puis, la guerre prend fin en Europe. L’événement tombe progressivement dans l’oubli. « Pendant très longtemps, on n’a jamais parlé des émeutes de Québec. Jamais. Ni dans les manuels scolaires ni lorsque le 1er avril arrive. Même moi, j’ai suivi des cours d’histoire et on n’en parlait pas. Je suis resté tellement surpris quand je suis tombé sur l’enquête de 487 pages du coroner », conclut Jean Provencher.



Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918
par Jean Provencher
paru chez Lux
à Montréal,
en 2014,
166 pages