lundi 24 août 2026

Québec : la première ministre Fréchette contre l’autonomie et le choix des femmes

La Première ministre du Québec Christine Fréchette laisse entendre que le plan nataliste d’Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, porterait atteinte à l’autonomie des femmes. Comment ? En leur offrant notamment la possibilité de rester à la maison pour s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, en versant l’aide directement aux familles plutôt qu’en la consacrant exclusivement au financement des services de garde.

Davantage de choix, donc. Mais, pour Mme Fréchette, cette liberté supplémentaire pourrait ouvrir la porte, dans certains foyers, à une discussion comme celle-ci : « Si tu retournes sur le marché du travail, chérie, nous n’arriverons peut-être pas à joindre les deux bouts, contrairement à ce qui se passerait si tu restais à la maison. »

On comprend surtout, dans cette réaction, qu’il serait problématique pour Mme Féchette qu’une femme puisse choisir de s’occuper elle-même de ses enfants plutôt que de retourner sur le marché du travail. C’est une conception pour le moins singulière de l’autonomie : proposer aux femmes davantage de possibilités serait une menace pour leur liberté, parce que certaines pourraient faire un choix que Mme Fréchette désapprouve.



Cette position repose sur une conception infantilisante des femmes : d’une part, celles-ci seraient apparemment trop vulnérables pour pouvoir exercer librement un tel choix ; d’autre part, l’État saurait mieux qu’elles-mêmes quelle décision est bonne pour elles.

On avait cru comprendre que le féminisme moderne avait fait du « choix » et de l’autonomie des femmes des principes fondamentaux.
Il faudrait manifestement apporter une nuance : le choix serait acceptable à condition que les femmes choisissent ce que les politiciennes leur disent de choisir.

La position de Mme Fréchette rappelle d’ailleurs certains débats féministes des années 1990, lorsque le Québec avait instauré les allocations à la naissance. Cette politique, nettement moins coûteuse que l’actuelle politique familiale, avait été vivement critiquée par certaines féministes. Claire Bonenfant, alors présidente du Conseil du statut de la femme, s’interrogeait ainsi, à propos d’une politique dont les effets natalistes étaient pourtant modestes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

La question demeure étonnamment actuelle. Pourquoi considérer comme suspecte une politique qui permettrait à une famille de recevoir une aide pour s’occuper elle-même de ses enfants, plutôt que de conditionner cette aide au recours à un service de garde ? Pourquoi l’État devrait-il déterminer non seulement quelles familles méritent d’être aidées, mais aussi la manière dont elles doivent organiser leur vie familiale pour recevoir cette aide ?

Dans le système défendu par Mme Fréchette, le choix n’est donc pas véritablement laissé aux familles : l’aide publique privilégie un modèle précis, celui où les enfants sont confiés à un service de garde pendant que leurs parents travaillent. Le modèle familial dans lequel un parent choisit de rester auprès de ses jeunes enfants est, lui, beaucoup moins digne du soutien de l’État.

C’est précisément ce que l’on pourrait reprocher à cette conception de l’« autonomie » : elle ne consiste plus à permettre aux femmes et aux familles de choisir entre plusieurs possibilités, mais à orienter financièrement leurs choix vers celui que le gouvernement juge souhaitable.

Une politique réellement fondée sur l’autonomie devrait faire exactement l’inverse : donner aux familles les moyens de choisir. Certaines préféreront les services de garde, d’autres voudront les grands-parents, d’autres encore souhaiteront qu’un des parents réduise son activité professionnelle ou reste temporairement à la maison. Si l’on fait confiance aux femmes, il faut accepter leurs choix même lorsqu’ils ne correspondent pas à ceux que l’on aurait faits à leur place.

L’autonomie ne consiste pas à choisir à la place des femmes. Elle consiste précisément à leur laisser le choix.


Voir aussi

La fécondité continue de chuter au Québec (article de 2016 quand la natalité était encore de 1,6 enfant/femme).

Le tarif McKinley de 1890 : quand Washington voulut faire pression sur le Canada — et renforça son identité

En 1890, Washington adopta l’un des droits de douane les plus protectionnistes de l'histoire de cette jeune république. Le Tariff Act, rapidement baptisé « tarif McKinley », portait le nom de William McKinley, alors représentant républicain de l’Ohio et président de la commission des Ways and Means (Voies et Moyens) de la Chambre des représentants. La loi, signée par le président Benjamin Harrison le 1er octobre 1890, porta le taux moyen des droits de douane à près de 50 % et releva fortement les droits sur de nombreux produits manufacturés, tout en supprimant les droits sur certains produits comme le sucre, le café et le thé.[1]

L'objectif premier était clairement protectionniste : protéger l’industrie et les travailleurs américains de la concurrence étrangère. Toutefois, certains responsables américains voyaient dans la politique commerciale un moyen de mettre le Canada sous pression et de le pousser vers une union avec les États-Unis. C’est cette dimension géopolitique qui donne à l’épisode son intérêt particulier. 

 William McKinley tient dans une main un costume en tissu ordinaire grevé d'un droit de douane de 89 %, de l’autre main une cruche de Whisky non taxé, 20 cents le gallon.

Le Canada dans la ligne de mire

À la fin du XIXe siècle, ce pays est encore une colonie autonome au sein de l’Empire britannique, un dominion. Ses liens économiques avec les États-Unis sont pourtant considérables, et les relations entre les deux pays sont compliquées par les conflits commerciaux et les disputes concernant notamment les pêcheries et les droits forestiers.

James G. Blaine, secrétaire d’État de Benjamin Harrison, était particulièrement hostile à l'idée que le Canada puisse bénéficier des avantages du marché américain tout en demeurant politiquement lié à la Grande-Bretagne. Pour lui, une intégration politique, ou plus crûment l'annexion, avec les États-Unis aurait notamment permis de régler les conflits commerciaux qui opposaient les deux pays. Blaine envisageait ouvertement la possibilité d'une future union entre les deux pays.[2]

Cette stratégie s'inscrivait dans une politique plus large de Washington visant à utiliser le commerce comme instrument de puissance.

Le Canada ne bénéficia ainsi d'aucun traitement commercial privilégié qui aurait pu amortir le choc des nouveaux droits de douane. Les importations étrangères étaient soumises au nouveau régime douanier général, tandis que Washington pouvait utiliser les dispositions de réciprocité de la loi pour négocier avec certains pays.

Une pression qui produit l'effet inverse

La réaction canadienne fut exactement contraire à celle escomptée par les partisans d'une telle stratégie.

Loin de se soumettre, une grande partie de l’opinion canadienne vit dans ces droits de douane une raison de plus pour affirmer son autonomie et renforcer ses liens avec Londres. Le député Joseph-Adolphe Chapleau expliquera ainsi en 1891 que le « tarif » américain avait finalement rendu service au Canada en lui faisant comprendre qu'il devait « se tenir sur ses propres jambes », plutôt que de compter sur les États-Unis.[3]

Le premier ministre conservateur Sir John A. Macdonald transforma à son tour la menace américaine en argument politique. Son discours nationaliste présentait l'ouverture complète du Canada au marché américain comme une menace pour son identité politique et ses liens avec l'Empire britannique. 

Cette question domina la campagne électorale fédérale de 1891. Macdonald défendait sa National Policy, fondée notamment sur des droits de douane protecteurs, tandis que les libéraux de Wilfrid Laurier étaient favorables à une plus grande réciprocité commerciale avec les États-Unis. Les conservateurs remportèrent finalement 117 sièges contre 90 aux libéraux, permettant à Macdonald de rester au pouvoir. [4]

Nouveaux débouchés

Les droits de douane américains obligèrent les Canadiens à chercher de nouveaux débouchés. Une partie du commerce qui aurait pu se diriger vers les États-Unis fut ainsi réorientée vers la Grande-Bretagne et d'autres marchés de l'Empire.

Mackenzie Bowell, ministre canadien du Commerce, résuma cette réaction par une formule devenue célèbre : le projet de loi McKinley, disait-il en substance, n'avait pas détruit le commerce canadien, mais l'avait détourné des États-Unis vers le Royaume-Uni.

Dans les deux années qui suivirent l'entrée en vigueur du tarif McKinley de 1890, les exportations agricoles canadiennes vers la Grande-Bretagne connurent une progression spectaculaire : elles passèrent de 3,5 millions de dollars en 1889 à 15 millions en 1892, soit une hausse de 11,5 millions de dollars (+329 %). Sur la même période, les exportations de produits agricoles et d'animaux vers la Grande-Bretagne augmentèrent de 16 à 24 millions de dollars, soit 8 millions de plus (+50 %).

Les statistiques doivent toutefois être maniées avec prudence : les variations du commerce canadien au début des années 1890 ne peuvent pas toutes être attribuées au tarif McKinley. Ce que l'on peut établir cependant c'est que la mesure américaine contribua à remettre en question la dépendance commerciale du Canada envers son voisin du Sud et donna un nouvel élan aux arguments en faveur de liens économiques impériaux. L'historien Marc-William Palen souligne d'ailleurs que le tarif de 1890 contribua plus largement à stimuler, dans l'Empire britannique, le mouvement en faveur d'un système commercial impérial préférentiel.[2]

Coût politique pour les républicains américains

De nombreux Américains perçurent ces droits de douane comme une mesure favorable aux industriels protégés, tandis que les démocrates dénonçaient le niveau exceptionnellement élevé des droits. Aux élections de novembre 1890, les républicains perdirent 93 sièges à la Chambre des représentants, permettant aux démocrates de prendre une large majorité. La Chambre des représentants elle-même reconnut le mécontentement suscité par la loi comme un facteur important de cette défaite.[1]

Deux ans plus tard, Grover Cleveland reconquit la présidence pour les démocrates. Ceux-ci contrôlèrent alors la présidence, la Chambre et le Sénat, et finirent par remplacer le tarif McKinley par le Wilson-Gorman Tariff Act de 1894, qui abaissa sensiblement les droits de douane.


[1] "The McKinley Tariff of 1890 | US House of Representatives: History, Art & Archives"
[2] "Protection, Federation and Union: The Global Impact of the McKinley Tariff upon the British Empire, 1890–94"
[3] "The U.S. Tariff Act of 1890 was meant to hurt Canada. Instead, it made us stronger. | Canadian Geographic"
[4] Élections fédérales canadiennes de 1891


Le Mexique mise sur la fracturation hydraulique pour conquérir son indépendance énergétique

Le gouvernement de Claudia Sheinbaum autorise sous conditions la fracturation hydraulique pour exploiter les importantes réserves de gaz de schiste du pays. Une décision motivée avant tout par la volonté de réduire sa dépendance envers les États-Unis

Dans le nord de l’État de Veracruz, les hydrocarbures ont déjà laissé des traces. La région compte près de 2 000 puits exploitant des hydrocarbures par fracturation hydraulique.

La technique, popularisée aux États-Unis depuis la fin des années 2000, consiste à injecter sous très forte pression de l’eau additionnée de produits chimiques afin de fracturer la roche et de libérer le pétrole ou le gaz emprisonné dans les formations de schiste. Elle a contribué à transformer les États-Unis en premier producteur mondial d’hydrocarbures : leur production pétrolière, qui avait atteint environ 9 millions de barils par jour à son sommet dans les années 1970, dépasse aujourd’hui 13 millions de barils.

Longtemps hostile à la fracturation hydraulique, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum vient pourtant d’en autoriser officiellement l’utilisation pour certains gisements de gaz. Son gouvernement s’appuie sur les conclusions d’un groupe de 54 géologues, hydrologues, universitaires et ingénieurs pétroliers chargés d’étudier les conditions d’une éventuelle « fracturation durable ».

Le principe retenu est restrictif : les projets devront obtenir l’accord des communautés concernées, disposer de ressources suffisantes en eau salée souterraine ou en eaux usées et recycler au moins 75 % de l’eau utilisée. S’il n’y a pas suffisamment d’eau, assure Sheinbaum, le projet devra être abandonné. Pour l’instant, le gouvernement exclut notamment la région de Veracruz, particulièrement riche en biodiversité et densément peuplée.

Les écologistes dénoncent néanmoins un reniement. Sheinbaum, ancienne scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), avait promis pendant sa campagne de ne pas recourir à la fracturation hydraulique. Ils redoutent surtout que les problèmes déjà causés par les forages conventionnels et les fuites de Pemex ne soient amplifiés par une exploitation à grande échelle.

Réduire la dépendance envers les États-Unis

La motivation principale du gouvernement est énergétique et géopolitique. Environ 75 % du gaz consommé au Mexique provient actuellement des États-Unis, où il est lui-même largement produit grâce à la fracturation hydraulique. Or le gaz est indispensable au Mexique pour produire de l’électricité et alimenter une grande partie de son industrie.

Cette dépendance inquiète d’autant plus que les deux pays sont étroitement liés. Une détérioration des relations avec Washington pourrait, dans un scénario extrême, mettre en péril l’approvisionnement gazier mexicain. Pour Mexico, produire davantage de gaz sur son propre territoire constitue donc une question de souveraineté énergétique, mais aussi un moyen de soutenir son développement industriel. Une production excédentaire pourrait même être exportée sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).

La compagnie pétrolière publique Pemex est au cœur de cette stratégie. Dans son plan 2025-2030, elle vise une production de 1,8 million de barils de pétrole par jour et de 140 millions de mètres cubes de gaz par jour, soit près de trois fois la production gazière actuelle du pays. Pour certains spécialistes du secteur, ces objectifs seraient pratiquement impossibles à atteindre sans développer massivement les ressources non conventionnelles.

Mais le groupe d’experts consulté par Sheinbaum est beaucoup plus prudent. Il recommande d’abord d'accroître la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité, de privilégier les gisements conventionnels et de mettre fin au brûlage inutile du gaz sur les plateformes pétrolières. Autrement dit, l’exploitation du gaz de schiste ne devrait intervenir qu’en dernier recours.

Un contraste saisissant avec le Québec

Le choix mexicain est particulièrement intéressant vu du Québec, qui a pris depuis une quinzaine d’années une direction radicalement différente. Au début des années 2010, l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, notamment dans les formations d’Utica, avait suscité un vif débat. Plusieurs entreprises avaient entrepris des travaux d’exploration et réalisé des forages, mais la fracturation hydraulique avait rapidement rencontré une forte opposition. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait été chargé d’en examiner les risques et les conditions d’acceptabilité.

Le débat ne portait d’ailleurs pas uniquement sur le gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent. L’île d’Anticosti avait elle aussi suscité de grands espoirs. Des travaux d’exploration y avaient mis en évidence un potentiel pétrolier et gazier important, au point que le gouvernement québécois avait conclu un partenariat avec des entreprises privées pour en évaluer les ressources. Dans le golfe du Saint-Laurent, la structure géologique d’Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine et près de la frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, avait également fait l’objet de projets d’exploration. Un permis avait notamment été accordé à Corridor Resources pour y forer un puits exploratoire. Le potentiel exact d’Old Harry demeure toutefois incertain, faute de forage ayant permis de confirmer les estimations géologiques.

Le plus remarquable est que le Québec n’était pas encore, au début de cette période, résolument opposé à l’exploitation de ses hydrocarbures. François Legault et la CAQ défendaient alors le principe d’une exploitation encadrée des ressources québécoises. Pendant la campagne électorale de 2018, la CAQ proposait notamment une exploitation « responsable » du pétrole et du gaz. Legault s’était lui-même montré favorable à la poursuite de l’exploration d’Anticosti. Le gouvernement caquiste a pourtant rapidement abandonné cette orientation après son arrivée au pouvoir sous la pression de médias et d'une coterie urbaine écologiste.

Le Québec a finalement pris la direction exactement inverse de celle que vient de choisir le Mexique. Depuis le 23 août 2022, la recherche et la production d’hydrocarbures sont interdites sur l’ensemble du territoire québécois. Toutes les licences d’exploration et de production ont été révoquées, et les puits visés doivent être définitivement fermés et leurs sites restaurés. Le Québec est ainsi devenu le premier (seul...) État d’Amérique du Nord à interdire la recherche et la production d’hydrocarbures sur son territoire.

Cela signifie que les ressources potentielles d’Anticosti, de la vallée du Saint-Laurent et du territoire québécois ne pourront plus être exploitées dans le cadre de la politique énergétique actuelle. Dans le golfe, le Québec avait déjà maintenu un moratoire sur l'exploration pétrolière et gazière; l'Assemblée nationale avait même demandé en 2010 que les projets concernant Old Harry soient suspendus en attendant les études environnementales et que les ressources naturelles du Québec dans le golfe lui soient réservées.

Cela ne signifie évidemment pas que le Québec se passe de gaz naturel. Le gaz fossile continue d’être consommé, notamment par l’industrie et certains bâtiments, mais il est importé plutôt que produit au Québec. Le Québec développe parallèlement le gaz naturel renouvelable (GNR) et mise largement sur son abondante production hydroélectrique pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles.

Le contraste avec le Mexique est donc particulièrement frappant. Le Québec a choisi de laisser inexploitées ses ressources potentielles de pétrole et de gaz, quitte à importer les hydrocarbures dont il a encore besoin; le Mexique, à l’inverse, veut développer ses ressources gazières, notamment par la fracturation hydraulique, précisément pour réduire sa dépendance aux importations américaines.

Dans les deux cas, il s’agit finalement de choix de politique énergétique très différents. Au Québec, le lobby écologiste a empêché l'exploitation des ressources nationales et a accru la dépendance énergétique du Québec; au Mexique, la souveraineté énergétique conduit aujourd’hui à privilégier l’exploitation de ces ressources, même lorsque celle-ci implique le recours à une technique controversée comme la fracturation hydraulique.

Une politique énergétique à haut risque

Le problème mexicain est cependant plus complexe que la seule opposition entre gaz et énergies renouvelables. Le pays possède des réserves importantes de pétrole et de gaz, mais Pemex souffre de difficultés financières et traîne un lourd bilan environnemental. En mars dernier, une fuite au large du Campeche avait contaminé quelque 630 kilomètres de côtes, tandis qu’un puits gazier du sud de Veracruz avait brûlé pendant des mois avant d’être finalement condamné.

Pour les habitants des régions productrices, la question est donc moins théorique. Gloria Domínguez, qui avait voté pour Sheinbaum parce qu’elle se sentait représentée par une femme à la tête du pays, regrette désormais son choix sur ce dossier. À ses yeux, les dommages déjà causés par l’industrie pétrolière montrent ce qui pourrait arriver si le Mexique ouvre des milliers de nouveaux puits de fracturation.

Le gouvernement mexicain fait, lui, le pari inverse : mieux encadrer la fracturation hydraulique plutôt que renoncer à une ressource jugée stratégique. Reste à savoir si les exigences imposées — notamment sur l’eau, le recyclage et l’acceptabilité locale — permettront réellement d’éviter les problèmes que connaît déjà l’industrie conventionnelle.

Aux États-Unis, où la fracturation hydraulique a permis une spectaculaire hausse de la production de pétrole et de gaz de schiste, des dommages environnementaux ont été documentés : contaminations locales de l'eau liées notamment aux fuites de puits et aux déversements d'eaux usées, consommation d'eau parfois importante dans les régions où la ressource est limitée, émissions de méthane et, surtout, séismes induits par l'injection souterraine des eaux usées. Ces problèmes sont réels, mais ils ne signifient pas que la fracturation provoque systématiquement une contamination des nappes ou des séismes.