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samedi 25 avril 2026

Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à ne pas émigrer

Laurent Dandrieu réagit au pape Léon XIV qui défend le droit des pays de contrôler leurs frontières : « La question migratoire est moins une obsession pour le pape Léon XIV que pour son prédécesseur ».

L'émission au complet (segment avec Laurent Dandrieu commence vers 1 h 05):


Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à NE PAS ÉMIGRER, mais à rester pour contribuer au développement de leur pays.

lundi 13 avril 2026

Léon XIV va parler anglais (et non français) en Algérie

Le 13 avril prochain, le pape Léon XIV posera pour la première fois le pied sur le sol algérien. 

Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique. 

Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français. 

Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.

En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.

Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète. 
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais…
Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche. 

C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine. 

Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.

Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique. 

On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.

Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.

À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.



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mercredi 18 février 2026

L’ambassade de France au Vatican tweete un « bon Ramadan », mais silence sur le Carême

L’ambassade de France au Vatican tweete un « bon Ramadan » aux musulmans de France… mais silence radio pour le début du Carême ce mercredi. Depuis la création du compte en question, en 2017, jusqu’à ce matin (en Europe), l'ambassade de France près le Saint-Siège n'avait jamais souligné le Carême...

samedi 14 février 2026

Les jeunes prêtres américains beaucoup plus opposés au mariage homosexuel que leurs aînés

Un graphique partagé par le sociologue des religions Ryan Burge met en lumière une évolution frappante au sein du clergé catholique américain. 

La question posée aux prêtres est la suivante : « Si l’Église catholique l’autorisait, célébreriez-vous le mariage d’un couple de même sexe ? » 

Les réponses, ventilées par génération (décennie de naissance), révèlent un contraste générationnel très marqué.

Parmi les prêtres les plus âgés (nés avant 1950), 61 % penchent vers un « oui » (ils diraient probablement ou définitivement oui). À l’inverse, chez les prêtres nés en 1970 ou après (donc majoritairement ordonnés après 2000), ce chiffre chute à seulement 19 %. Autrement dit, plus de 80 % des jeunes prêtres se montrent fermement opposés, même dans un scénario hypothétique où Rome changerait sa doctrine.

Cette tendance confirme un phénomène observé depuis plusieurs années dans les enquêtes sur le clergé catholique aux États-Unis : les ordinations récentes attirent majoritairement des profils théologiquement conservateurs, attachés à l’enseignement traditionnel sur la morale sexuelle, le sacerdoce réservé aux hommes, ou encore la liturgie.

Les prêtres plus âgés, formés dans le contexte post-Vatican II des années 1960-1980, affichent souvent un manque de rigueur ou un plus grand dissensus personnel sur ces questions. À moyen terme, cela signifie que le clergé américain deviendra progressivement beaucoup plus homogène et orthodoxe sur ces sujets sociétaux. Alors que certains fidèles (surtout parmi les plus âgés ou les plus libéraux) espèrent une ouverture progressive, la base sacerdotale tire clairement dans l’autre sens.

Source de l’étude

Ces données proviennent du National Survey of Religious Leaders (NSRL), une grande enquête menée par Duke University et accessible via l’Association of Religion Data Archives (ARDA). Ryan Burge les a analysées et visualisées dans son article « A House Divided: Clergy, Conscience, and Same-Sex Marriage » publié le 20 février 2025.




jeudi 11 décembre 2025

« Et si l’on demandait réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ? »


Cervantès présenté à Hassan Pacha, le roi d’Alger

Alger, qui ne cesse de demander réparation pour les 130 années de colonialisme français, qui a créé l’Algérie, semble avoir oublié que la région a été continuellement sous férule étrangère pendant des siècles : cinq siècles dans l’Empire romain, conquise par les Arabes à partir du VIIe siècle, pour passer sous domination ottomane à partir de 1526. Elle semble aussi avoir oublié son active participation à la traite et à l’esclavage. 

Texte de Marie-Claude Mosimann-Barbier, maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Pour la plupart de nos concitoyens, la traite continue à être assimilée à la traite négrière et l’esclavage à résulter de la seule traite atlantique. Pourtant la traite des Noirs en Afrique commença dès la fin du VIIe siècle lorsque, vingt ans après la mort de Mahomet, le général arabe Abdallah ben Sayd partit à la conquête de l’Afrique du Nord. Après avoir conquis l’Égypte, il imposa aux chrétiens de Nubie, par un traité, le bakht, la livraison de 360 esclaves par an, puis il continua vers le Maghreb, nom donné par les conquérants arabes à une région que les Européens appelèrent d’abord Berbérie, car peuplé par les Berbères, puis Barbarie. La traite des esclaves de Barbarie est amplement historiographiée : les marchés d’esclaves du littoral maghrébin, dont l’actif marché d’Alger, se livrèrent pendant des siècles à un lucratif commerce d’êtres humains, tant Africains subsahariens qu’Européens. L’Afrique noire paya un tribut particulièrement douloureux à ce commerce arabo-musulman qui demeure mal connu du grand public. Pourtant, dès 2004, le livre d’Olivier Grenouilleau, Les Traites négrières (Gallimard), attirait l’attention sur l’ampleur de cette traite arabo-musulmane que l’historien algérien Malek Chebel qualifie de « tabou bien gardé ».

La traite transsaharienne a précédé celle des chrétiens. Dès le Moyen-Âge, des caravanes partaient de la côte nord de l’Afrique, traversaient le désert du Sahara pour atteindre la région du golfe de Guinée, d’où elles rapportaient de l’or, de l’ivoire ainsi que des esclaves, le plus souvent razziés par les chefs africains à la solde des marchands arabes. Après l’éprouvante traversée du Sahara, les femmes rejoignaient les harems comme concubines ou servantes, les hommes étaient envoyés au service du sultan dans l’armée ou dans les galères, tandis que les jeunes garçons étaient souvent castrés avant leur mise en vente sur le marché pour en faire de futurs eunuques, au prix d’une mortalité effrayante. Au début du XVIe siècle, l’Empire ottoman, en occupant le Maghreb et la région nilotique, continua ces pratiques, bien documentées historiquement. Les spécialistes évaluent à près de 18 millions d’individus le nombre d’Africains victimes de la traite arabo-musulmane du VIIe au XXe siècle (Olivier Grenouilleau l’estime à 11 à 12 millions pour la traite atlantique).

Il y a cependant un second volet, moins connu, à cette traite arabo-musulmane : la capture et l’asservissement des chrétiens. Les ports de la côte des Barbaresques, Alger, Béjaïa (Bougie), Tunis ou Tripoli, servaient de base à des expéditions esclavagistes vers l’Europe qui durèrent jusqu’au XIXe siècle. Cette traite est le plus souvent associée à la domination ottomane sur le Maghreb et aux exactions de ceux que l’on appelle les pirates barbaresques. Elle fut en effet particulièrement active à cette époque. Mais elle est répertoriée dès le IXe siècle et devint si préoccupante que la chrétienté s’en émut. Pour ces captifs européens destinés à l’esclavage, il y avait une libération possible, tout aussi rentable pour les traitants : si le captif avait des biens, sa famille était sollicitée pour payer une importante rançon ; il arrivait même qu’un village entier se cotisât pour faire libérer l’un des siens. Mais, pour la plupart des captifs, il n’y avait guère d’espoir. C’est ainsi que Rome, s’inquiétant de la conversion possible de ces prisonniers à l’islam, décida d’agir. Dans ce contexte apparurent des ordres religieux spécifiquement dévolus au rachat des esclaves chrétiens, que l’on appelle des ordres rédempteurs. Leur création au début du XIIIe siècle montre que la traite était déjà bien développée avant l’arrivée des Barbaresques.

Les trinitaires (qu’on appelait « frères aux ânes », car ils avaient choisi la monture du Christ) furent les premiers à s’investir dans le rachat des captifs. Paul Deslandres, dans L’Ordre des Trinitaires pour le rachat des captifs, décrit le douloureux quotidien des esclaves du Dey d’Alger. L’ordre fut fondé en 1198 par le religieux provençal Jean de Matha avec l’approbation papale. Il fut décidé qu’un tiers des revenus des écoles et des hôpitaux créés serait consacré au paiement des rançons. Dès le premier voyage en Afrique du Nord furent ramenés 186 prisonniers : une réussite exemplaire qui lança le nouvel ordre. Les trinitaires ouvrirent un hôpital à Marseille et divers centres d’accueil, financés par des quêtes et appelés « maisons de miséricorde » pour recevoir les prisonniers libérés, qui étaient souvent dans un état physique pitoyable. Certains y restaient à demeure et y étaient soignés à vie. L’ordre se répandit dans toute l’Europe. En 1450, les trinitaires avaient 600 maisons. C’est la plus ancienne institution officielle non armée de l’Église catholique au service de la rédemption. Ses membres rachetèrent des dizaines de milliers d’esclaves aux arabo-musulmans et aux Barbaresques d’Afrique du Nord, dont le futur grand écrivain espagnol Cervantès, qui resta cinq ans prisonnier à Alger.

Quelques années plus tard, un deuxième ordre rédempteur « pour le rachat des chrétiens captifs des Barbaresques », vit le jour : l’ordre de la Merci, dont les membres étaient appelés mercédaires. Fondé en 1218, il fut d’abord ressenti comme redondant, mais un premier voyage en terre maure fut un succès : 400 prisonniers furent ramenés au pays. De plus, les mercédaires faisaient vœu de s’offrir comme otages pour prendre la place de captifs dont la foi chrétienne serait en danger. En effet certains captifs en grande souffrance se convertissaient pour échapper à l’esclavage, le Coran interdisant à un musulman d’asservir un autre musulman. En 1585, une mission, sorte de nonciature apostolique, s’installa à Alger, pour être à pied d’œuvre. Du XIIIe au XVIIIe siècle, les seuls mercédaires auraient libéré non moins de 60 000 captifs.

Pirates barbaresques

La traite des chrétiens s’intensifia lorsque le Maghreb (à l’exception de l’Empire chérifien du Maroc) passa sous suzeraineté ottomane. Au XVIe siècle, « il y eut presque autant d’Européens enlevés de force vers la Barbarie pour y travailler ou y être vendus comme esclaves que d’Africains de l’Ouest embarqués pour trimer dans les plantations américaines », écrit l’historien américain Robert C. Davis dans Esclaves blancs, maîtres musulmans. La traite s’intensifia et se structura. Les pirates barbaresques capturaient leur butin humain de deux manières. La première consistait à débarquer sur les côtes du littoral méditerranéen nord : ils pillaient villes et villages et amenaient les populations valides pour en faire des esclaves dans les propriétés de notables, dans les harems d’Afrique du Nord ou dans les galères au service du sultan de l’Empire ottoman (rappelons-nous Molière : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ! »).

Ces razzias couvraient un grand nombre de pays : Espagne, Baléares, Portugal, France et Corse, Italie, îles grecques. Elles se déployaient aussi à l’intérieur même de l’Empire ottoman dans les pays slaves — dont les femmes étaient très appréciées — et dans la région danubienne. On évalue à un million le nombre d’Européens de l’Ouest enlevés par les Barbaresques au cours de batailles navales et de razzias sur les côtes européennes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et près de trois millions en Europe de l’Est. Notons que ces raids dépeuplèrent des régions entières, en particulier en Provence et en Italie, où certaines zones côtières de Calabre et de Sicile furent vidées de leur population.

L’autre procédé utilisait une technique dite « de course » bien développée et fort profitable qui consistait à aborder des navires, nombreux en Méditerranée, pour en capturer l’équipage et les passagers. La cargaison du navire revenait au propriétaire de bateau corsaire, qui reversait un pourcentage au sultan : l’équipage était le plus souvent envoyé aux galères et les gens de bien qui se trouvaient à bord jetés en prison, en attendant le paiement éventuel d’une rançon. Dans des geôles sinistres croupissaient ainsi de nombreux Européens. Le but des pirates était non seulement de procurer à leurs compatriotes des esclaves, mais aussi de la main-d’œuvre qualifiée dont ils manquaient (armuriers, artisans, jardiniers…) et de la « chair fraîche » pour les harems, tout en extorquant le plus d’argent possible aux familles qui voulaient délivrer les leurs. On sait qu’en huit ans, de 1689 à 1697, Marseille perdit ainsi 260 navires ou barques de pêche et plusieurs milliers de marins et de passagers, tous réduits en esclavage.

En 1643, un trinitaire, le père Hérat, demanda le soutien de la reine régente Anne d’Autriche, dans une lettre où il décrit les terribles exactions que subissent les captifs. Il écrit : « Les empalements sont ordinaires, et le crucifiment se pratique encore parmy ces maudits barbares, en cette sorte ils attachent le pauvre patient sur une manière d’echelle, et lui clouent les deux pieds, et les deux mains à icelle, puis après ils dressent ladite Eschelle contre une muraille en quelque place publique, où aux portes et entrées des villes (…) et demeurent aussi quelque fois trois ou quatre jours à languir sans qu’il soit permis à aucun de leur donner soulagement. […]  D’autres sont écorchez tous vifs, et quantité attachez tout nuds avec une chaine à un poteau, et un feu lent tout autour rangé en rond, de vingt-cinq pieds ou environ de diamètre, afin de faire rostir à loisir, et cependant leur servir de passe-temps, d’autres sont accrochez aux tours ou portes des villes, à des pointes de fer, où bien souvent ils languissent fort longtemps »

Actions des nations chrétiennes

Il y eut diverses actions des nations chrétiennes pour mettre un terme à ces exactions. La plus célèbre fut peut-être la bataille navale de Lépante en 1571 (où s’affrontèrent la flotte ottomane de Sélim II et la flotte de la Sainte-Ligue), à laquelle participa Cervantès, peu avant d’être lui-même capturé par les Barbaresques et racheté, cinq ans plus tard, par les Rédempteurs. Le film Cervantès avant Don Quichotte, d’Alejandro Amenabar, sorti récemment, offre une bonne reconstitution du sort des captifs à Alger.

Au XVIIe siècle, le roi de France Louis XIV relança la guerre contre les corsaires d’Alger et de Tunis en vue d’assainir la Méditerranée et de montrer son attachement à la chrétienté : en 1683, les galères de l’amiral Duquesne bombardèrent Alger ; en représailles, le consul de France et vingt autres captifs furent exécutés à la bouche d’un canon ; Duquesne obtint toutefois la libération de tous les captifs et esclaves chrétiens. Enfin, rappelons qu’au début du XIXe siècle, les États-Unis, las de voir leurs navires harcelés et ponctionnés par les pirates, leur livrèrent par deux fois la guerre, accélérant la fin des exactions barbaresques. Quand les Français débarquèrent à Sidi Ferruch en 1830, marquant le début de la conquête de l’Algérie, la guerre de course était moribonde, mais les Français purent encore libérer 128 esclaves chrétiens qui croupissaient dans les geôles d’Alger.

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mercredi 23 avril 2025

Pape François : Un pontificat de confusion ?


Pour Laurent Dandrieu de Valeurs Actuelles, élu pour remettre de l’ordre dans l’Église catholique, François la laisse plus divisée et troublée que jamais. Non sans avoir profondément renouvelé son visage.

La renonciation surprise de Benoît XVI, le 28 février 2013, avait laissé l’Église en plein désarroi : outre qu’elle la plaçait dans une situation inédite depuis 1415, elle était l’aboutissement d’une série de crises qui faisaient de la réorganisation de l’Église la mission prioritaire du nouveau pape. Cette nécessité fut l’une des clés de l’élection, non moins inattendue, de François. Douze ans plus tard, à la mort du pape argentin, le désarroi n’est pas moindre, et l’Église n’apparaît pas vraiment en meilleur état qu’au début d’un pontificat prodigue en polémiques, qui a été avant tout source de profondes divisions et de nombreuses confusions. Tentons ici l’esquisse d’un bilan.

Une personnalité complexe et difficile

Inconnu du grand public à son élection, Jorge Mario Bergoglio a suscité au début de son pontificat ce qu’il faut bien qualifier de “Franciscomania”. En affichant simplicité et humilité, parlant un langage direct de curé de campagne, n’hésitant pas à décrocher son téléphone pour répondre aux demandes de simples fidèles, François a su se rendre immédiatement populaire – popularité particulièrement marquée auprès des non-catholiques et des médias, pourtant généralement hostiles à l’Église. Télérama célébrait « un pape qui dépote», le Point « un pape sans la pompe». Le tableau s’est pourtant rapidement contrasté. Si les premiers essais publiés saluaient Un pape pour tous, le Pape des pauvres ou même François, la divine surprise, quelques années plus tard pouvaient paraître un essai à succès sur le Pape dictateur, quand un autre dénonçait au contraire une Françoisphobie. En cause, une politique clivante, mais aussi un caractère et une gouvernance beaucoup moins doux qu’on ne l’avait auguré. Le soir de son élection, un prélat de la Curie, en entendant son nom place Saint-Pierre, fit un malaise, tant il avait eu l’occasion de tester sa brutalité. Bipolaire, imprévisible, autoritaire, François était coutumier des colères homériques et même ses soutiens reconnaissaient qu’il faisait régner au Vatican un « climat de terreur ». Ses vœux annuels aux cardinaux étaient devenus une habituelle volée de bois vert. Ce sera l’une des clés de sa succession : l’envie profonde, au sein de la Curie, d’élire un successeur au caractère plus aimable et bienveillant.

Pauvreté et pouvoir

Ce pontificat aura été profondément marqué par une plus grande attention pour ce que François appellait les « périphéries de l’existence», pour la pauvreté matérielle, spirituelle ou existentielle. Dès son accession au trône de Pierre, François, qui a emprunté son nom de pape au « poverello», François d’Assise, ancien riche qui s’était dépouillé de tout, a rêvé à voix haute d’une « Église pauvre pour les pauvres ». François avait joint le geste à la parole en refusant d’occuper le spacieux appartement papal au profit d’une suite plus modeste à la résidence Sainte-Marthe, où évêques et laïcs de passage pouvaient le croiser à la machine à café, et en adaptant un mode de vie très simple, où prière et travail occupaient tout son temps. C’est une évidence : le pape François n’avait aucune attirance pour les biens de ce monde. Détachement qui n’excluait pas un véritable goût du pouvoir, qui se traduisit par une incapacité notable à déléguer et à faire confiance, et par l’habitude de gouverner seul.

Un exercice personnel du pouvoir

C’est l’un des nombreux paradoxes de François : il aura passé un temps considérable à réformer la curie, tout en se passant très largement d’elle pour gouverner. La réorganisation de l’Église, qui aura essentiellement constitué en une simplification de l’organigramme, aura été presque universellement jugée décevante – y compris par le pape, qui ne sera pas gêné pour critiquer l’inefficacité de la nouvelle organisation de la communication romaine, qu’il avait pourtant lui-même mise en place… Au quotidien, François n’aura cessé de passer par-dessus cette Curie censée l’assister, publiant ses textes sans consulter les experts, multipliant les annonces que les principaux concernés apprenaient par les médias. C’est seul, entouré d’un petit cercle de fidèles, qu’aura gouverné ce pape qui avait pourtant érigé en grand projet de son pontificat la synodalité, c’est-à-dire une gouvernance décentralisée de l’Église. Cette synodalité aura constitué l’un des principaux champs de bataille du règne, certains y voyant l’avenir d’une Église plus simple et plus proche des fidèles, l’autre la voie d’un inéluctable déclin, d’une confusion doctrinale et d’un affadissement du message d’une Église trop soucieuse de se concilier les bonnes grâces de l’opinion et de s’aligner sur l’air du temps. Le paradoxe est en tout cas patent : cette politique de décentralisation aura été lancée au cours du pontificat le plus autoritaire et le plus centralisé depuis le XIXe siècle, qui n’aura cessé de priver les évêques de nombre de leurs prérogatives, rapatriées à Rome, comme sur la question traditionaliste.

La guerre au traditionalisme

C’est l’un des points où la rupture avec Benoît XVI fut la plus nette. Par son motu proprio Summorum Pontificum de 2007, celui-ci avait mis fin à la stigmatisation des traditionalistes et remplacé la guerre liturgique par l’enrichissement mutuel des rites. Son credo, énoncé en 2008 à Lourdes : « Nul n’est de trop dans l’Église.» En annulant ce texte au profit du motu proprio Traditionis Custodes de 2021, François avouait au contraire son intention d’éradiquer cette mouvance, soupçonnée de constituer une Église dans l’Église. En caricaturant au passage le traditionalisme en nostalgie obscurantiste, ignorant la recherche de spiritualité et de sacralité dont elle témoigne, l’attirance pour sa liturgie de nombreux jeunes, comme les nombreuses conversions et vocations qu’elle suscite. Une défiance qui s’étendit jusqu’aux évêques suspects de bienveillance à l’égard de cette mouvance, comme le montra la démission exigée en 2024 par le pape de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, pourtant le plus dynamique et le plus missionnaire des diocèses de France. Hostilité qui témoignait, de la part du pape, d’une forme d’idéologisation et de sacralisation de la pastorale post-Vatican II, en dépit de son bilan catastrophique, au risque de vouloir casser le peu de choses qui portent du fruit dans l’Église.

Une Église en voie de rétrécissement

Car les statistiques ne sont guère encourageantes. Si la proportion de catholiques dans la population mondiale reste stable (17,5% en 2022), le nombre de prêtres (- 3% en 10 ans) et surtout de séminaristes (- 11%) ne cesse de décroître : l’essor en Afrique et en Asie ne suffit plus à compenser le déclin des autres continents. Dans Pape François. La révolution (Gallimard), le vaticaniste du Figaro Jean-Marie Guénois souligne : « Les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI semblent avoir poussé et maintenu plus de monde dans les églises et dans les séminaires que le pontificat de François, plus clivant à beaucoup d’égards, peu amène pour les clercs, plus social et moins religieux.»

Une communication erratique

François avait la parole facile et imagée, et se faisait comprendre de tous, ce qui avait le mérite de rapprocher de l’Église des gens rebutés par son côté élitiste et intellectualisant. L’inconvénient était que son goût pour l’improvisation et les formules à l’emporte-pièce, les interviews données à des journalistes amis mais hostiles à l’Église, publiées sans jamais être relues, les conférences de presse dans les avions à l’issue de voyages harassants, ont multiplié les faux-pas, les déclarations démenties dès le lendemain, les polémiques inutiles et les raccourcis médiatiques, introduisant une atmosphère de confusion qui a lassé jusqu’à ses plus fidèles soutiens. Et d’autant plus dommageable qu’elle ne s’est pas limitée au domaine de la communication, mais a aussi affecté la clarté du discours sur la foi, suscitant des polémiques théologiques comme l’Église n’en avait plus connu depuis les années 1960.

Une Église profondément divisée

Jamais, dans l’histoire contemporaine, les divisions au sommet de l’Église n’auront ainsi été étalées au grand jour. À plusieurs reprises, des prélats de premier plan (les cardinaux Müller, Burke, Sarah ou Pell) ont, de manière plus ou moins feutrée (le cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a un jour taxé le pape François de « barbarie théologique»), attaqué des initiatives du pape ou des textes publiés par le Vatican avec son aval, sur des sujets aussi divers que la famille, la théologie morale, la synodalité ou l’immigration. En cause : une confusion noyant la sûreté doctrinale dans des formulations floues visant à flatter l’opinion, une remise en cause de l’héritage théologique et moral de Jean-Paul II et de Benoît XVI, une tentation d’aligner les positions de l’Église sur les évolutions sociétales contemporaines, une pastorale qui, pour se vouloir miséricordieuse, ferait fi de la doctrine et serait comprise par la plupart des fidèles comme une disparition de la notion même de péché – le journaliste athée Eugenio Scalfari, interlocuteur privilégié du pape qu’il a interviewé à plusieurs reprises, l’a ainsi félicité d’« avoir aboli le péché». Le comble a été atteint lors de la publication, en décembre 2023, de Fiducia supplicans, le texte de la Congrégation pour la doctrine de la foi autorisant la bénédiction des couples homosexuels, qui a suscité l’opposition publique de nombreuses conférences épiscopales et de l’Afrique entière. Du jamais-vu dans l’histoire de l’Église.

La défense de la vie
 
Sur un domaine pourtant, la défense de la vie de la conception à la mort naturelle, François a défendu les positions de l’Église avec fermeté, n’hésitant pas à employer des mots qui choquent pour réveiller les consciences : rappelant à des nombreuses reprises que l’avortement « est un homicide», allant jusqu’à comparer les médecins qui le pratiquent à des « tueurs à gages» ou évoquant à propos de l’euthanasie une « culture du rebut ». Ses détracteurs notent pourtant qu’en dépit de ces fermes déclarations, François ne s’est jamais précipité pour soutenir les défenseurs de la vie et que, que ce soit au sein de l’épiscopat américain ou par son lâchage de l’ancien archevêque de Paris Mgr Aupetit sur la foi de simples rumeurs, il a constamment mis des bâtons dans les roues des évêques les plus en pointe sur ces sujets.

Les abus sexuels

Même ambiguïté sur ce sujet ô combien brûlant, où le pape n’a cessé d’alterner dénonciations virulentes et attitudes plus ambiguës, allant jusqu’au soutien obstiné à des personnalités mises en cause, ou même convaincues de tels abus. Le voyage de François au Chili, en 2018, tourna ainsi au fiasco, à cause d’une phrase du pape balayant les accusations contre un prélat, soupçonné d’avoir protégé un prédateur, comme autant de « calomnies» (l’évêque en question, Mgr Barros, devra plus tard démissionner). Cette même année, un scandale avait éclaté lorsqu’il était apparu que l’un des conseillers de François, le cardinal américain McCarrick, était l’auteur d’agressions sexuelles pour lesquelles il avait été sanctionné par Benoît XVI. Dans la foulée, un site américain avait écrit, citant une source vaticane, que la réticence du pape à sanctionner divers prédateurs avait été la cause de sa rupture avec le cardinal Müller. Fin 2022, on révélait qu’un jésuite et célèbre mosaïste, le père Rupnik, ami du pape François, était accusé d’agressions sexuelles sur des religieuses : motif pour lequel il avait été excommunié en mai 2020 – excommunication levée le même mois. Or la seule autorité légitime pour lever ainsi une excommunication est celle du pape… Ledit père Rupnik vivrait aujourd’hui dans un couvent qu’il partage avec d’autres jésuites… mais aussi des religieuses !

La promotion des femmes

Les féministes lui reprochent certes de ne pas en avoir fait assez, en refusant de changer la politique constante de l’Église réservant la prêtrise aux hommes, ou en n’ouvrant pas le dossier du diaconat féminin : reste qu’on peut porter au crédit de François d’avoir ouvert comme jamais les postes de responsabilité aux femmes, nommées à la tête des dicastères (ministères) vaticans ou à des responsabilités importantes à la curie, tandis que les religieuses se voyaient ouvrir les portes du synode.

Écologie et pandémie

L’encyclique du pape sur l’écologie, Laudato si’, restera comme son texte le plus marquant, source d’inspiration pour nombre de jeunes chrétiens. Si cette insistance de François sur l’écologie a beaucoup contribué à sa popularité, beaucoup y ont vu aussi l’un des signes de la transformation progressive de l’Église en une simple ONG focalisée sur des thèmes très horizontaux, par des discours guère différents de ce que l’on peut entendre dans les différentes instances de gouvernance mondiale. L’attitude du pape face la pandémie de Covid-19 aura suscité, à ce titre, de profondes réticences dans le monde catholique : là où l’on attendait une lecture spirituelle permettant de redonner une espérance et profitant de cette crise pour bousculer le rapport des sociétés modernes à la mort, l’Église de François s’est contentée de relayer des consignes hygiénistes, se comportant en simple supplétive de l’OMS et avalisant le fait que la messe soit considérée comme une activité “non-essentielle”… Un paradoxe de plus pour un pape qui n’aura cessé de défendre la piété populaire, tout en condamnant la messe en latin, l’encens et les beaux ornements liturgiques, et en laissant l’un de ses proches déclarer que l’attachement à la messe relevait d’une forme « d’analphabétisme spirituel»…

La pomme de discorde de l’immigration

« Notre théologie est une théologie est une théologie de migrants», déclarait le pape François dès les premières pages de son livre Politique et Société. Le sujet, là encore très horizontal, aura accaparé la parole et l’énergie du pape comme aucun autre. Défendant l’accueil des migrants sans souci du bien commun, ni des conséquences culturelles, économiques et sociales, sécuritaires ou même religieuses de l’immigration de masse, ni même de l’intérêt réel à long terme des migrants ou de leurs pays d’origine, François aura fait du droit à migrer une sorte d’impératif catégorique sous forme de martèlement obsessionnel, et du migrant une sorte de figure rédemptrice – allant jusqu’à faire remplacer l’image du Christ, sur un crucifix du Vatican, par un gilet de sauvetage… Mêlant sans arrêt charité et politique, il n’aura cessé de condamner les politiques visant à maîtriser les flux migratoires et de culpabiliser les opinions occidentales en les taxant d’égoïsme et de racisme. En diabolisant l’attachement légitime des peuples à leur continuité historique, il aura commis une faute pastorale majeure, en détournant de l’Église des pans entiers de l’opinion européenne.

Une diplomatie contestée

Comme Emmanuel Macron, François a souvent voulu faire de la diplomatie par-dessus la tête de ses diplomates – avec des résultats guère plus heureux. Les relations avec la France auront d’ailleurs été tendues, à cause de la volonté insistante du pape qu’aucun de ses trois passages sur le territoire national n’apparaisse comme une visite officielle en France. La grande affaire diplomatique du pontificat de François aura été la normalisation des relations avec la Chine communiste, à travers un accord secret conclu en 2018, négocié par le cardinal Parolin, qui reconnaît à Pékin un droit de regard sur les nominations d’évêques. L’accord a été vivement critiqué par l’ancien archevêque de Hong Kong, Mgr Zen, comme une trahison de l’Église catholique clandestine. Il n’a en tout cas pas mis fin aux persécutions antichrétiennes du régime. Sur la question ukrainienne, les initiatives intempestives du pape auront réussi à mécontenter les deux parties. Sur le plan du dialogue interreligieux, la déclaration cosignée par François et l’imam d’Al-Azhar en février 2019 à Abu Dhabi, reconnaissant « la pluralité des religions» comme « une sage volonté divine »), a horrifié nombre de théologiens, dont le franciscain Thomas Wainandy, membre de la Commission théologique internationale, qui a dénoncé « une subversion doctrinale» qui « sape les fondements mêmes de l’Évangile ». En 2017, le même théologien avait écrit au pape une lettre où il lui reprochait d’entretenir « une confusion chronique » et de « dévaloriser la doctrine de l’Eglise ».

Et demain ?

Le pape a profondément renouvelé le collège des cardinaux : 80 % des électeurs du futur pape auront été nommés par lui. Est-ce à dire que le successeur de François sera son clone ? Pas forcément, car ses nominations furent souvent des “coups de cœur”, impulsifs, qui pouvaient profiter aussi à plus conservateurs que lui. Si des noms de papabili circulent bien évidemment (parmi lesquels le Philippin Tagle, le Hongrois Erdő, le Suédois Arborelius ou le Français Aveline), il faut se rappeler que rien n’est plus incertain qu’un conclave, rencontre sous haute tension d’hommes venus du monde entier et qui ne se connaissent guère, voire pas du tout. Où manœuvres de factions, enjeux psychologiques et questions de fond s’entrechoquent pour un résultat imprévisible. Une seule chose est certaine : s’il veut enrayer le déclin de l’Église, le nouveau pape devra lui donner un nouvel élan missionnaire. Outre l’indispensable réconciliation entre chrétiens, celui-ci ne semble pouvoir passer que par un discours plus clair, plus cohérent, plus lisible, et surtout plus spirituel, réaffirmant avec une netteté sans ambiguïté la spécificité du message catholique et la véritable révolution qu’il a pour mission d’apporter aux hommes : l’amour du Christ, qui leur ouvre la porte de la vie éternelle.

Voir aussi

Mort du pape : comment François a-t-il réconcilié les non-croyants avec l’Église ? (ses positions sur l’environnement ou encore l’accueil des exclus, le pape François a contribué, en douze années de pontificat, à casser certains préjugés sur l’Église catholique selon La Croix).

mercredi 12 février 2025

Ce que l'Occident doit au christianisme

Christophe Dickès, historien et journaliste français spécialiste du catholicisme et du Vatican. Il est fondateur de ‪@storiavoce2091‬, un podcast dédié à l'histoire. Il vient d'écrire "Pour l'Église", ouvrage dans lequel il rappelle ce que nous Occidentaux devons à la religion chrétienne.

Les chapitres :

00:00 Intro
00:58 Présentation de l’invité et pourquoi avoir écrit Pour l’Église aujourd’hui ?
06:31« L’ombre de l’Église est partout et alors que nous la croyons nulle part » : des Occidentaux encore inconsciemment chrétiens ?
10:13 Le christianisme fut une révolution
12:06 L’Église a scolarisé l’Europe
18:10 La laïcité est une idée chrétienne
23:39 L’Église romaine, prototype de l’État moderne
28:40 L’Église et les femmes : une relation loin des clichés historiques
36:53 L’Église et les arts : le génie du christianisme ?
41:27 L’Église, la lecture et l’écriture
43:23 L’Église et la science, la foi et la raison. Oppenheimer a écrit : « le christianisme était nécessaire pour donner naissance à la science moderne »
51:00 Le wokisme, une idée chrétienne devenue folle ?
56:10 Le pape se désintéresse t-il de l’Europe ?
58:44 Conseils de lecture

Présentation de l'ouvrage par l'éditeur

Scandales en tous genres, abus de pouvoir, abus sexuels, escroqueries..., l’Église - c'est le moins que l'on puisse dire - n'a pas bonne presse. Critiquée, voire méprisée, elle évolue par ailleurs dans un contexte de déchristianisation généralisée. Déshonorée par son passé et paralysée dans une crise qui présente n'en finit plus, elle semble n'avoir aucun avenir. Et si elle trouvait justement dans ce passé des motifs d'espérance ? Dans cet essai argumenté et passionné, Christophe Dickès livre un véritable plaidoyer en expliquant ce que le monde lui doit, sans que nous ne le sachions vraiment. À travers dix tableaux enlevés, il révèle l'influence considérable de ces hommes et femmes d’Église qui ont marqué l'histoire des sociétés, l'intelligence politique, les sciences et l'éducation - jusqu'à l'organisation du même temps. À l'opposé de l'image obscurantiste que l'anticléricalisme a souhaité lui accoler, l’Église nous apparaît d'une fécondité rare dans l'histoire des civilisations. Sans occulter les pages sombres de sa longue histoire, l'auteur montre qu'elle peut bel et bien cultiver un sentiment de fierté, sans complexe ni arrogance, tant son apport a été et demeure indéniable. Un essai écrit avec vigueur et rédigé à la lumière des dernières recherches historiques.

Pour l'Église,
Ce que le monde lui doit,
par Christophe Dickès,
paru chez Perrin,
à Paris,
le 17 janvier 2025,
272 pp.,
ISBN-10: 2262104999,
ISBN-13: 978-2262104993

jeudi 16 janvier 2025

Le Vatican renforce ses frontières tout en prêchant l'ouverture en grand de celles des autres

Le Vatican sévit contre ceux qui entrent sur le territoire du Vatican sous de faux prétextes. Mais prône l’ouverture des portes pour les autres pays.


Le Vatican « défend » aussi ses frontières. Il le fait par un décret du 19 décembre qui prévoit une peine de 1 à 4 ans et une amende de 10 000 à 25 000 euros pour « quiconque entre sur le territoire de l’État de la Cité du Vatican par la violence, la menace ou la tromperie ». Le paragraphe 2 de l’article 1 du décret entre dans les détails en précisant que « l’entrée est considérée comme ayant eu lieu par tromperie lorsque l’on se soustrait frauduleusement aux systèmes de sécurité et de protection de l’État ou que l’on se soustrait aux contrôles frontaliers ». La dernière partie concernant les contrôles aux frontières est, selon le quotidien Il Giornale, exactement ce que font les migrants illégaux lorsqu’ils arrivent à pied par la route des Balkans. Et aussi ceux qui embarquent en Tunisie et en Libye en débarquant sans autorisation et souvent sans aucun document sur les côtes italiennes, qui plus est après avoir payé les trafiquants. Le pape François défend tous ces migrants prêchant une politique radicale des portes ouvertes et de l’accueil, mais, nouveau décret en main, si un migrant tentait d’entrer dans l’État du Vatican, il devrait être arrêté ou en tout cas lourdement poursuivi avec une amende. L’article 6 prévoit l’entrée par la violence, la menace ou la tromperie « l’arrestation de toute personne prise en flagrant délit ».

Cette critique avait déjà été formulée dans le passé par divers représentants de la Lega Nord, à commencer par Umberto Bossi, et la réponse du monde catholique pro-migrants a toujours été qu’il s’agissait d’une « polémique spécieuse ». Le décret ne mentionne jamais l’immigration illégale, mais il ne l’exclut pas non plus en parlant de ceux qui se soustraient aux contrôles frontaliers. L’entrée dans le minuscule État du Vatican est réglementée par des permis, même pour se rendre à la célèbre pharmacie du Saint-Siège. Ceux qui n’ont pas de permis n’entrent pas et il devrait en être de même pour les immigrés clandestins, qui entrent en Europe à la recherche d’un illusoire Eldorado occidental. Le décret a été signé par le président de la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican, un organe doté de fonctions législatives, le cardinal espagnol Fernando Vergez Alzaga. Il était probablement nécessaire en raison du Jubilé et de la possibilité d’infiltration terroriste ou d’envahisseurs.

Des circonstances aggravantes indiquent « l’utilisation d’armes à feu et d’instruments offensifs » pour s’introduire au Vatican. Ou si l’accès au « territoire de l’État » se fait « au volant d’un véhicule, en évitant ou en forçant un contrôle frontalier ou en n’obtempérant pas à une invitation à s’arrêter émise par la force publique ». On peut penser à la voiture bélier ou piégée d’un terroriste, mais on peut aussi penser aux véhicules des passeurs de la frontière Nord-Est, qui transportent des immigrés clandestins en se soustrayant aux contrôles. Et parfois, s’ils sont interceptés, ils se lancent dans une course-poursuite avec la police.

Le décret n’était peut-être pas destiné à l’immigration clandestine, mais il réaffirme en fait un principe simple et commun à toutes les nations : la défense des frontières, qui n’est pas reconnue par le Vatican si ceux qui veulent entrer illégalement dans les États d’autrui sont des migrants sans papiers et sans permis, comme l’envisage le Saint-Siège.

Source : Il Giornale

lundi 5 août 2024

Controverse olympique — quand Erdogan « murmure à l’oreille de François »

ROME – Quels que soient ses objectifs ou ses tactiques, le président turc Recep Tayyip Erdogan est sans aucun doute un redoutable acteur politique. Au cours de ses vingt années au pouvoir, il a mis au point une stratégie économique populiste connue sous le nom d'Erdonomique, a fait de l'islam modéré une force politique puissante et a positionné la Turquie comme une puissance régionale et mondiale, tout en conservant une base solide de soutien national.

Samedi, le dirigeant turc a ajouté un autre exploit à son CV, sans doute non moins impressionnant : obtenir du pape François qu'il fasse quelque chose qu'il ne voulait manifestement pas faire – dans ce cas, s'exprimer, enfin, sur la controverse autour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, huit jours auparavant.
 

Étant donné l’entêtement notoire du pontife argentin lorsqu’il se sent acculé, le fait qu’Erdoğan ait réussi là où d’autres avaient échoué, y compris des membres de la hiérarchie du pape, doit être considéré comme assez impressionnant.

Samedi soir à Rome, la salle de presse du Vatican a publié un communiqué en français dans lequel elle affirmait que le Saint-Siège était « attristé » par la cérémonie du 26 juillet et souhaitait se joindre aux « voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l'offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d'autres religions ».



 Le communiqué a minima du Saint-Siège:

Communiqué du Saint-Siège, 03.08.2024
 


Le Saint-Siège a été attristé par certaines scènes de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris et ne peut que se joindre aux voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l’offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d’autres religions.

Dans un événement prestigieux où le monde entier se réunit autour de valeurs communes ne devraient pas se trouver des allusions ridiculisant les convictions religieuses de nombreuses personnes.

La liberté d’expression, qui, évidemment, n’est pas remise en cause, trouve sa limite dans le respect des autres.


La référence était bien sûr à l’apparente parodie de la Cène, qui a provoqué une indignation mondiale.

Le communiqué du Vatican ajoute qu'un événement destiné à favoriser l'unité mondiale ne devrait pas ridiculiser les croyances religieuses et précise que même si la liberté d'expression n'est pas en cause, elle doit être mise en balance avec le respect des autres.

Dans les écoles de journalisme, on enseigne aux futurs journalistes que parmi les six éléments classiques d’un article de presse – qui, quoi, où, pourquoi, comment et quand – le « quand » est généralement le moins important. Il s’agit là de l’exception qui confirme la règle, car dans ce cas précis, le « quand » est en fait le cœur du problème.

Le communiqué du Vatican a été publié à 19h47, un samedi soir, une heure inhabituelle pour un communiqué sur autre chose qu'une situation d'urgence. Il est clair que cela n'était pas admissible, puisque la cérémonie en question avait eu lieu huit jours auparavant. Le Vatican a eu de nombreuses occasions de commenter de manière plus classique, notamment lors du discours de l'Angélus du pape lui-même la semaine précédente.

En fin de compte, c’est Erdogan qui semble avoir débloqué la situation.

Mardi dernier, le président turc a déclaré aux membres de son parti au pouvoir, l’AKP, qu’il appellerait le pape François « à la première occasion » pour l’exhorter à dénoncer la scène « dégoûtante » des Jeux olympiques. Jeudi, son bureau a publié un communiqué sur les réseaux sociaux indiquant que l’appel avait eu lieu, affirmant que François avait remercié Erdoğan pour sa « sensibilité contre la profanation des emn rs religieuses ».

Le Vatican se retrouva alors face à deux choix : soit ne rien dire, et laisser ainsi le dirigeant turc dans l'expectative, soit dire quelque chose, même à contrecœur. Finalement, le Vatican a choisi la deuxième option.

Avant samedi, le silence du pape sur la controverse de la Cène donnait presque l'impression qu'il cherchait à remporter une médaille olympique en se taisant. Sa réticence était particulièrement frappante étant donné le nombre d'évêques catholiques qui s'étaient exprimés, le pape brillait par son absence.

Pour ce qui est des raisons, plusieurs facteurs s’imposent.

Tout d’abord, ce n’est pas le seul cas où des critiques se sont plaintes de son silence présumé. Depuis des années, un flot de mécontentement circule autour de la réticence du pape à condamner publiquement la politique de la Chine en matière de droits de l’homme et de liberté religieuse. Plus récemment, des voix se sont élevées contre la retenue du pape lorsqu’il s’agit de condamner la Russie et Vladimir Poutine pour la guerre en Ukraine.

Dans les deux cas, les partisans du pape François affirment qu'il vise un objectif plus important : avec la Chine, il s'agit de relations diplomatiques complètes ainsi que de la protection de la petite minorité catholique du pays, tandis qu'avec la Russie, il s'agit de la possibilité de servir d'arbitre neutre dans une tentative de négociation de la paix.

Certains observateurs ont détecté ici un calcul similaire.

Le pape François n'a peut-être pas été enclin à engager un combat diplomatique avec la France en ce moment, ont-ils avancé, en partie à cause de la décision prise en mars dernier d'insérer un prétendu droit à l'avortement dans la constitution du pays. D'autant plus qu'une coalition de gauche est peut-être sur le point d'arriver au pouvoir, une coalition qui ne serait probablement pas encline à se montrer amicale envers l'Église. Peut-être le pontife a-t-il estimé que le moment était venu de prendre de la hauteur. [Ceci nous apparaît un calcul naïf si c'est ce que pensait le pape argentin : la gauche française (et cela comprend Macron) ne tiendra nul compte d'une objection timorée du Vatican de toute façon. Un silence papal sera considéré comme un soutien tacite ou un aveu de très grande faiblesse.]

Plus fondamentalement, les partisans du pape François affirment qu'il n'a pas voulu envenimer la situation et que, de toute façon, il a d'autres chats à fouetter. C'est ce qui ressort, par exemple, d'une analyse du site d'information italien Il Sussidiario, généralement favorable au pape, concernant l'appel d'Erdogan avec François.

« Le 'profil bas' du pape François vise à ne pas jeter davantage d'huile sur le feu, dans un conflit où la religion est loin d'être le véritable thème central », affirme l'article de Niccolò Magnani.

« La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, plutôt ennuyeuse, parle de provocations, qui sont une fin en soi, de culture woke, etc. », écrit Magnani. « La liberté chrétienne et la distinction entre foi et politique sont très claires, et ce sont des thèmes à peine plus profonds et plus intéressants qu’une bataille médiatique pour savoir si vous êtes pour ou contre les travestis. »

Il ne faut pas non plus écarter la possibilité que François n'ait pas voulu être associé à certaines des personnalités qui menaient la charge.

En effet, toute chance pour le pape de s’exprimer de son propre chef a probablement été étouffée le 28 juillet, lorsque l’archevêque et ancien nonce italien Carlo Maria Viganò, récemment excommunié et bête noire de la papauté de François, a publié sa propre déclaration de deux pages insistant sur le fait que « la tolérance ne peut pas être l’alibi de la destruction systématique de la société chrétienne ».

À ce stade, François aurait sans doute été plus consterné à l’idée d’être publiquement d’accord avec Viganò que de laisser passer sans commentaire une attaque maladroite contre les sensibilités chrétiennes.

Il faut aussi noter que François était théoriquement en vacances en juillet, les audiences générales et la plupart des autres activités pontificales étant suspendues. De plus, beaucoup de gens s'attendaient à ce que le pape François ait quelque chose à dire, et depuis le début, ce pape se plaît à bouleverser les attentes.

Compte tenu de tout cela, comment Erdogan a-t-il pu convaincre le pape de rompre son silence – même indirectement, par le biais d’une déclaration non signée, et publiée à une heure apparemment conçue pour minimiser l’attention qu’elle susciterait ?

Premièrement, Erdogan a habilement intégré son appel sur les Jeux olympiques à une discussion sur la guerre à Gaza lors de son appel avec le pape, suggérant notamment que François organise des discussions avec les pays soutenant Israël dans le cadre d'efforts diplomatiques visant à éviter l'escalade.

Arriver à une paix en Terre sainte est un rôle que le pape et son équipe au Vatican souhaiteraient ardemment jouer, et si le prix à payer pour obtenir le soutien de l'un des dirigeants musulmans les plus influents du monde dans cet effort était de lui jeter un os sur la controverse olympique, ils ont peut-être estimé que c'était un prix qui valait la peine d'être payé.

En outre, le pape François tente de réorienter le Vatican, qui s'éloigne de son profil historique d'institution occidentale pour jouer un rôle plus global et non aligné, et l'un des éléments clés de ce programme est la sensibilisation du monde islamique. Face à la vague croissante d'indignation islamique suscitée par le tableau olympique, François a peut-être estimé qu'il était plus important de faire preuve de solidarité que de donner libre cours à ses propres penchants.

En tout état de cause, le fait demeure que pendant une semaine entière, les catholiques de tous bords - y compris, en privé, plusieurs évêques qui estimaient que le silence papal portait atteinte à leurs propres protestations et qui ont fait part de leur déception à Rome - ont été incapables d'obtenir une réponse du Vatican, alors que Erdogan, lui, y est parvenu.

Dans la politique turque, l'attribution de surnoms aux dirigeants fait partie du jeu depuis longtemps. Au fil des ans, Erdogan a été surnommé Reis, ce qui signifie "chef", Beyefendi, ce qui signifie soit " gentilhomme ", soit " camarade ", selon que vous l'entendez de manière admirative ou péjorative, et, bien sûr, Calife.

Il reste maintenant à voir si un autre surnom pourrait être ajouté à cette liste croissante : Erdogan en tant que " Celui qui murmure à l'oreille de François ".

Source : John L. Allen Jr. sur Crux Now via Belgicatho

vendredi 5 janvier 2024

M à j : François recule un peu (Bénédiction des couples homosexuels : une révolution qui ne dit pas son nom et qui divise)

Dans une note publiée jeudi, Rome révise les modalités de sa décision polémique : les évêques auront le choix de l’appliquer ou non.

Avant ce recul de Rome, des évêques de France s’étaient déjà opposés à cette bénédiction, celui de Bayonne, mais aussi, depuis le 1er janvier, neuf évêques de Bretagne.

Sans revenir sur son feu vert aux bénédictions de couples homosexuels, qui a suscité le rejet - notamment de plusieurs conférences épiscopales, dont une majorité en Afrique -, le Vatican vient de réviser les modalités de leur application. Il a finalement concédé aux évêques, ce jeudi, la responsabilité d’exécuter ou de reporter, selon le « contexte » de leur diocèse, la mise en œuvre de cette « déclaration » du dicastère pour la Doctrine de la foi, intitulée « Fiducia supplicans », datée du 18 décembre dernier.

Avant cet amendement romain, des évêques avaient déjà édicté leurs propres consignes à leur diocèse. Comme Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, qui avait demandé à ses prêtres et diacres, le 29 décembre, de ne pas bénir des « couples » de même sexe mais seulement « chaque personne individuellement ». Ce qui lui a valu d’être mis en cause par l’association SOS Homophobie. Mais sa démarche en a inspiré d’autres : le 1er janvier, ce sont les neuf évêques et un administrateur apostolique de la province ecclésiastique de Bretagne, dont Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, est en charge, qui ont envoyé de façon unitaire, une circulaire « aux prêtres et diacres des diocèses de Quimper, Rennes, Saint-Brieuc, Vannes, Angers, Laval, Le Mans, Luçon, Nantes». Elle les appelle bénir « individuellement chacune des deux personnes formant un couple, quelle que soit leur orientation sexuelle », et non pas « en couple ».

Le texte s’étonne que « la déclaration n’explicite pas le raisonnement qui la fait passer des “personnes” aux “couples”, terme absent des deux premières parties ». Les évêques bretons estiment que cette « possibilité » donnée par le texte romain «n’est pas une obligation de bénir les “couples de même sexe”», d’autant que Rome, pensent-ils, «invite à opérer un discernement » pour ne pas «créer de la confusion» ou du « scandale ». L’enjeu, pour eux, est plutôt celui de «notre société, où le mariage a été banalisé en devenant une notion de droit civil », lequel «ignore la spécificité fondatrice de la différence sexuelle ».

Le communiqué de presse romain du 4 janvier est signé par le cardinal Victor-Emmanuel Fernandez, ami argentin de François, que ce dernier a nommé à ce poste il y a six mois. Le prélat ne remet pas du tout en cause le fond de «Fiducia supplicans», à savoir la possibilité de bénir des couples homosexuels. Il reconnaît seulement que les réactions de «certaines conférences épiscopales» - la France est restée muette sur le sujet - sont « compréhensibles ». À condition, toutefois, prévient-il, que ces prises de position ne soient pas «une opposition doctrinale, parce que le document est clair et classique sur le mariage et la sexualité ».

« Hors de toute idéologie »

Quant à « certains évêques » qui ont fait valoir leur « pouvoir de discernement in loco, dans le lieu concret», cela « ne pose pas de problème », mais à la même condition : qu’ils soient «dans le respect d’un texte signé et approuvé par le souverain pontife lui-même, en cherchant à accueillir la réflexion qu’il contient», et non comme une «négation totale ou définitive du chemin proposé» pour ces bénédictions.

Que ce soit donc, dans les deux cas, « hors de toute idéologie », insiste le cardinal Fernandez. Car, pour lui, le cap est clair : « Nous devrons nous habituer à accepter que, si un prêtre donne ce genre de bénédiction simple, il n’est pas hérétique, il ne ratifie rien et il ne nie pas la doctrine catholique. » Et de répéter : « Ce qui est important, c’est que ces conférences épiscopales ne défendent pas une doctrine différente de celle de la déclaration approuvée par le pape, puisqu’elle est la doctrine établie. »

Autre mise au point de Mgr Fernandez, la « déclaration » du 18 décembre ne peut être considérée « comme hérétique, contraire à la tradition de l’église ou blasphématoire ». Il répond directement ici au cardinal Gerhard Müller – qui a occupé le même poste de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi jusqu’en 2017, nommé par Benoît XVI en 2012. Il a en effet publiquement qualifié « Fiducia supplicans» de texte « blasphématoire ».

Si le cardinal Fernandez concède aux évêques le soin de décider de bénir ou non des couples homosexuels, c’est seulement en raison du « contexte » de certains pays, notamment dans ceux où l’homosexualité est un délit, afin de protéger ces personnes. « Il est évident que les évêques ne veulent pas exposer les personnes homosexuelles à la violence », souligne-t-il. [Hmm...] Le prélat de marteler encore : «Ces bénédictions non ritualisées ne sont pas une consécration de la personne ou du couple qui les reçoit, elles ne sont pas une justification de toutes leurs actions, elles ne sont pas une ratification de la vie qu’ils mènent.» D’autant qu’elles doivent être «très brèves», «dix ou quinze secondes », «sans rituel et sans livre des bénédictions ». [Pour le moment...car il faut d'abord habituer à accepter ce concept ?]

Sources : AFP et Le  Figaro



Billet originel du 22 décembre

Bénédiction des couples homosexuels par l'Église catholique : une révolution qui ne dit pas son nom et qui divise)

En autorisant la bénédiction des unions homosexuelles, le pape François divise l’Église et crée une faille profonde dans la doctrine catholique sur le mariage.


L’autorisation donnée par le pape François de bénir les couples homosexuels semble devoir être à son pontificat ce que le fiasco de la loi immigration est à la macronie, c’est-à-dire un accélérateur de division. Depuis la publication, lundi 18 décembre, par la Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée depuis peu par un proche du pape, le cardinal Victor Manuel Fernandez, de la déclaration Fiducia supplicans, autorisant la bénédiction par les prêtres catholiques de couples homosexuels, les réactions négatives, issues d’évêques du monde entier, se multiplient.

Venues d’Afrique notamment, où les épiscopats du Malawi et de Zambie ont déjà déclaré que la déclaration ne serait pas appliquée dans leur pays, quand celui du Kenya déclarait que certains aspects du texte « provoquaient de l’anxiété et même de la confusion parmi les chrétiens et, en général, parmi le peuple de Dieu ». Mais aussi d’Europe, où la conférence des évêques d’Ukraine a alerté sur le fait que « la notion de bénédiction des couples de même sexe, ou des couples irréguliers sur le plan sacramentel, peut être perçue comme une légalisation de ces relations », et regretté « que le texte ne fasse pas clairement la distinction entre une personne et sa situation : acceptant avec miséricorde cette personne et exprimant son désaccord avec son péché. » Tandis que l’évêque d’Astana, au Kazakhstan, a carrément interdit de telles bénédictions dans son diocèse et qu’en Angleterre, plus de 500 prêtres et diacres, réunis dans la Confraternité britannique du clergé catholique, ont déclaré que « de telles bénédictions sont théologiquement, pastoralement et pratiquement inadmissibles ». Last but not least, le cardinal Müller, ancien préfet de la congrégation pour la doctrine la foi avant d’être démis de ses fonctions par le pape François, a jugé, ni plus ni moins, que « les bénédictions pour les couples homosexuels sont blasphématoires ». Nombre d’évêques, comme celui de Copenhague ou celui d’Alicante, sans juger négativement le fond du document, ont alerté sur le risque d’interprétations erronées auxquelles il prête le flanc.

lundi 1 janvier 2024

Sans prendre de gants, l'argentin François efface systématiquement l'héritage du Pape Benoit XVI

François (à gauche) et le pape émérite Benoît XVI lors d’une rencontre, en juin 2017, dans la basilique Saint-Pierre au Vatican.


Le 13 mars 2013, jour de l’élection de François, la succession de Benoît XVI était actée. Le 31 décembre 2022, jour de la mort du pape émérite, sa succession était totalement accomplie. Non que l’épanouissement du pontificat de François ait été empêché par la cohabitation entre les « deux papes » mais une série de décisions drastiques prises par François depuis l’enterrement de son prédécesseur, donnent l’impression que le pontife argentin, aujourd’hui âgé de 87 ans, presse le pas pour imprimer encore plus profondément sa marque. Comme si la mort de Benoît XVI avait libéré son successeur d’un poids qui l’empêchait d’aller jusqu’au bout de ses réformes dont la plus durable serait une nouvelle approche de la doctrine catholique.

Dieu sait que le pontificat de Benoît XVI (2005-2013) fut précisément caractérisé par la clarté de la doctrine. Dans le quotidien Il Giornale de ce vendredi, un important cardinal italien, ancien numéro trois du pape allemand, souhaite à ce titre que ce théologien devienne un « docteur de l’église ». Ils sont seulement trente-sept depuis deux mille ans à siéger dans ce cénacle où ils sont reconnus pour leur apport décisif pour le christianisme. Le cardinal Fernando Filoni, actuellement grand maître de l’ordre du Saint-sépulcre, justifie sa requête pour Benoît XVI : « Sa doctrine, sa science, sa vie ont été vraiment à la lumière d’un enseignement qu’il disait être un “don de Dieu”. Il nous a transmis tout cela et cela a fait un grand bien à l’église. » Il conclut :

« Tous les docteurs de l’église ont été préalablement proclamés saints, mais je crois que la sainteté de vie de cet homme fut claire pour tous. »

Comment François va-t-il recevoir cette idée ? Ce dimanche 31 décembre à 8 heures, il célébrera une messe dans la basilique Saint-pierre en hommage à son prédécesseur qu’il qualifia en 2016 « d’homme droit ». Tout est possible avec ce pape mais les signaux qu’il émet depuis la mort de Benoît XVI ne vont pas dans le sens d’une glorification de ce dernier.

Dès le 28 février 2023, le pape François a commencé par éloigner les personnalités qu’il jugeait trop proches du pontificat précédent. À commencer par Mgr Georg Gänswein, 67 ans, ancien secrétaire personnel de Benoît XVI. Sa fonction officielle de préfet de la Maison pontificale, une sorte de plaque tournante de l’organisation de la vie du pape, a été suspendue. Ce limogeage sans merci du plus proche collaborateur du pape émérite pendant vingt ans est passé par un communiqué de trois lignes, publié par le service de presse du Vatican, une méthode inhabituelle : « Le 28 février 2023, S. Exc. Mgr Georg Gänswein a terminé sa mission de préfet de la Maison pontificale. Le Saint-père a ordonné que Mgr Gänswein revienne à partir du 1er juillet, pour le moment, dans son diocèse d’origine de Fribourg » en Allemagne.

Mgr Gänswein, déjà en disgrâce, avait commis un crime de lèse-majesté. Il avait publié en janvier 2023 un livre de mémoire en plusieurs langues - en français chez Artège, sous le titre Rien d’autre que la vérité - où il révélait les difficultés de la cohabitation entre les deux papes. En particulier sur le dossier de la liturgie, une question capitale pour Benoît XVI. François, selon Gänswein, n’aurait pas pris la peine d’avertir son prédécesseur quand il annula, en juillet 2021, sa réforme liturgique majeure. À savoir la possibilité ouverte en 2007 pour les prêtres qui le désiraient, de dire la messe à titre « extraordinaire » selon l’ancien rituel catholique latin. Mgr Gänswein, qui accompagnait au jour le jour Benoît XVI dans sa retraite, affirme que ce dernier aurait appris la décision de François en lisant L’Osservatore Romano, le quotidien du Saint-Siège. Donc après coup. Le pape émérite, écrivait alors Gänswein, considéra le coup de frein liturgique donné par François comme une « erreur » parce que cette libéralité avait contribué à « pacifier » l’église. François n’a pas du tout apprécié.

Même type de règlement de comptes mené avec détermination en 2023 par le pape François : le fait de couper, arbitrairement et contre toutes règles établies, vivres et logement au cardinal américain Raymond Leo Burke, 75 ans. Ce spécialiste du droit canonique qui a occupé de hautes fonctions au Vatican, était déjà sur la touche parce qu’il est l’un des rares cardinaux à oser émettre publiquement des avis critiques sur le pontificat. Ce qui aurait poussé François à déclarer devant plusieurs cardinaux lors d’une réunion officielle, le 21 novembre dernier : « Le cardinal Burke est mon ennemi, c’est pourquoi je lui retire l’appartement et son salaire. » Une citation reprise par la presse italienne qui ne fut pas démentie sur le fond, d’autant que la mesure se confirme : elle sera effective en février 2024. Par une voie détournée et non officielle, le pape François aurait simplement démenti, non pas la sanction, mais le fait qu’il aurait qualifié Burke « d’ennemi ». Il l’a d’ailleurs reçu ce vendredi 29 décembre. En sortant, le cardinal américain qui aime l’humour, a simplement déclaré : « Vous voyez, je suis toujours vivant ! »

Ennemi ou pas, une autre tête est également tombée sur décret papal, le 11 novembre 2023. Mgr Joseph Strickland, 65 ans, évêque de Tyler au Texas se trouvait être un « ami » proche de Benoît XVI. C’est Peter Seewald, un laïc allemand, biographe du pape émérite qui l’a révélé dans une interview accordée le 27 décembre au site italien La Nuova Bussola Quotidiana disponible en français sur le site Benoît et moi. Seewald va jusqu’à parler de « purge » qui toucherait le « lignage de Benoît XVI ». Le biographe qui a rédigé quatre livres interviews avec Benoît XVI, relate en le citant l’inquiétude du pape en retraite confiée à plusieurs visiteurs sur « le danger d’un glissement de terrain doctrinal ». l’écrivain de conclure : « Immédiatement après la mort de Benoît XVI, les considérations qui étaient encore valables de son vivant ont été abandonnées. Il est devenu normal qu’un homme comme Victor Manuel Fernandez, à qui l’on a rapidement donné un chapeau de cardinal, soit nommé au poste de préfet pour la doctrine de la foi. L’argentin n’est pas qualifié pour cette tâche importante, sauf pour une chose : il est le protégé du pape argentin. Jusqu’à présent, l’aptitude était le principal critère pour ces nominations, mais sous Bergoglio, il semble que ce soit la loyauté à la ligne qui compte. »

Qui est ce cardinal Fernandez qui défraye la chronique depuis son arrivée à Rome le 11 septembre 2023 ? Il est d’abord une fonction. Le préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi est en réalité le vrai numéro deux du pape sous l’angle d’une Église qui revendique être l’église évangélisatrice voulue par le Christ à travers ses apôtres, dont le premier, saint Pierre. Autrement dit le cardinal Fernandez est le gardien de l’enseignement de l’église, du dogme. C’est lui qui, derrière le pape, dit ce qui est « catholique » et ce qui ne l’est pas. Si le cardinal Parolin est le secrétaire d’état du Saint-siège, le premier ministre en charge de faire tourner cette imposante machine administrative à portée mondiale, le cardinal Fernandez, en est le premier ministre de la théologie catholique.

Rien d’étonnant à ce que Jean-Paul II, en 1981, supplia l’archevêque de Munich, un certain Joseph Ratzinger, de venir à Rome pour occuper ce même poste stratégique de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (devenu « dicastère » en 2022) qu’il occupa jusqu’à la mort du pape polonais en 2005. C’est un poste clé. Le plus important après la fonction papale.

En plaçant là son ami Victor Manuel Fernandez, François a accompli un acte décisif qui était impossible à réaliser avant la mort de Benoît XVI, puisque à la place de Ratzinger, qui a marqué la théologie catholique dans cette fonction - notamment avec l’encyclique « La splendeur de la vérité » - il place un proche considéré comme « anti-raztinger » sur le plan théologique. Le 1er juillet dernier, François a d’ailleurs assigné à Fernandez une mission explicite par lettre « non de poursuivre d’éventuelles erreurs doctrinales » par une « théologie de bureau » qui travaille selon une « logique froide et dure qui cherche à tout dominer » mais de « montrer un Dieu qui aime, qui pardonne », sans imposer « une seule manière » d’exprimer la théologie et de créer une harmonie « avec les différentes lignes de pensée ».

Depuis son arrivée, le nouveau préfet a pris quasiment seul - ou avec François des décisions spectaculaires, sans s’embarrasser des consultations pourtant prévues par le règlement avec des théologiens. Ces derniers jugeaient collectivement les nouvelles normes avant de les publier. Fernandez a dit non à l’appartenance maçonnique pour un catholique. Il a confirmé l’admission des personnes divorcées-remariées à la communion mais en suivant les règles établies par la conférence épiscopale argentine. Il a dit oui à la possibilité pour un transgenre ou une personne homosexuelle d’être baptisé et d’être parrain ou témoin de mariage. Il a autorisé l’accès à la communion pour les mères célibataires. Il a lancé, avec l’aval du pape, la possibilité de bénir des « couples » homosexuels. Benoît XVI est définitivement enterré.

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