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mardi 15 septembre 2026

Zemmour — L'école face aux défis de l'IA

Plus l’intelligence artificielle répondra, plus il faudra savoir lui poser les bonnes questions.

Plus elle écrira, plus il faudra savoir lire.

La révolution la plus radicale de notre siècle nous ramène à la culture la plus ancestrale de notre civilisation.

Grammaire, calcul mental, latin, grec, histoire de France, géométrie, logique : rétablissons l'exigence.


lundi 15 juin 2026

La déglobalisation de la culture ?

Neuf des dix titres les plus écoutés au Danemark en 2025 étaient interprétés par des Danois, chantant des paroles en danois. Le tube numéro un était « Hele Vejen » (« Tout le long du chemin »), des Danois Omar et Mumle.

Dans un monde de vedettes internationales, il peut paraître surprenant que les 6 millions de Danois, dont beaucoup parlent couramment l’anglais, écoutent principalement de la musique locale. Et jusqu’à très récemment, ce n’était pas le cas. En 2019, seules cinq chansons du classement des 20 meilleures ventes au Danemark étaient en danois. L’année dernière, ce chiffre était passé à 18. Une tendance similaire s’observe dans d’autres pays — et dans d’autres formes de divertissement. De l’Asie aux Amériques, les classements musicaux sont de plus en plus dominés par des sons locaux. Les sociétés hollywoodiennes de diffusion de programmes télévisés en ligne commandent davantage de productions locales sur les marchés étrangers, ce qui entraîne une baisse de la consommation de séries américaines. Les réseaux sociaux relient le monde entier, mais pour l’instant, les gens les utilisent principalement pour consommer du contenu local. Et à mesure que les jeux vidéo se développent, ils s’adaptent eux aussi de plus en plus aux cultures locales.

Pour ceux qui pensaient que la mondialisation conduirait à une monoculture mondiale stérile, dans laquelle tout le monde écouterait, regarderait et jouerait aux mêmes choses, ce renouveau local est quelque peu surprenant. Une poignée de vedettes et d’événements, tels que la Coupe du monde de football qui attire des milliards de téléspectateurs, peuvent encore captiver un public mondial. Mais ils deviennent l’exception. Alors que les plateformes mondiales de diffusion en continu pénètrent de nouveaux marchés, la culture locale s’avère remarquablement résistante. L’emprise de l’Amérique sur la culture populaire mondiale s’affaiblit. Et dans certains cas, les nouvelles technologies font même reculer de manière inattendue la mondialisation du divertissement.

Spotify, qui a fêté ses 20 ans cette année, met pratiquement toute la musique à la disposition de quiconque dispose d’une connexion Internet. Comme les utilisateurs peuvent écouter tout ce qu’ils veulent sans frais supplémentaires, les plus grandes stars n’ont cessé de gagner en popularité. La distribution numérique mondiale a propulsé la renommée de chanteuses comme Taylor Swift, qui ont vu leurs revenus de droits d’auteur augmenter plus rapidement que ceux des artistes situés plus bas dans la hiérarchie du monde du spectacle.

Selon votre bon plaisir

mercredi 29 avril 2026

L'IA est-elle plus intelligente que les gens ? C'est compliqué...

Un texte de la neuroscientifique Vivienne Ming invite à revoir la manière d’aborder l’intelligence artificielle. Plutôt que d’opposer l’humain et la machine, ou de supposer que l’IA se limitera aux tâches répétitives pendant que l’humain conservera le jugement et la créativité, ses travaux suggèrent que l’enjeu réel réside dans la qualité de leur interaction.



Pour étayer cette idée, elle a mené une expérience simple : des groupes de participants devaient prédire des événements réels (élections, décisions publiques, évolutions économiques) en un temps limité. Certains travaillaient seuls, d’autres avec une IA, et les résultats étaient comparés à ceux d’un marché de prédiction comme Polymarket.

Un marché de prédiction agrège les anticipations de milliers de participants qui misent financièrement sur l’issue d’événements. Le prix qui en résulte correspond à une probabilité collective, souvent relativement fiable, car elle combine informations dispersées et incitations à l’exactitude. Ce n’est pas une vérité absolue, mais un point de référence robuste pour évaluer la qualité des prévisions.

Les résultats sont instructifs. Les participants humains seuls se montrent peu performants, s’appuyant surtout sur l’intuition ou des informations récentes. Les modèles d’IA font mieux, sans atteindre systématiquement le niveau du marché. Les équipes hybrides, quant à elles, se divisent en trois groupes :
  • la majorité se contente de reprendre la réponse de l’IA, sans amélioration notable ;
  • d’autres s’appuient sur l’IA pour conforter leurs intuitions, dans un contexte où ces systèmes sont conçus pour produire des réponses convaincantes et peu contradictoires (c'est leur côté flatteur) si on ne les sollicite pas explicitement en sens inverse, ce qui accentue les biais et dégrade les résultats;
  • une minorité, enfin, engage un véritable dialogue critique avec l’IA.
C’est dans ce dernier cas que les performances deviennent remarquables. Les participants questionnent les réponses, demandent des preuves, explorent des contre-arguments. Cette interaction produit des analyses que ni l’humain ni la machine n’auraient générées seuls, atteignant parfois, voire dépassant, la qualité du marché de référence.

La différence ne tient pas à des capacités cognitives supérieures, mais principalement à deux dispositions : la capacité à adopter d’autres perspectives et l’humilité intellectuelle. Autrement dit, accepter l’incertitude, reconnaître les limites de son savoir et résister à la tentation de valider trop vite une réponse.

Ces qualités vont à contre-courant des usages dominants de l’IA, qui privilégient la rapidité et la fluidité. Or, l’apprentissage humain dépend en partie de la friction : l’erreur, l’hésitation, l’effort de compréhension. En éliminant ces étapes, on améliore la performance immédiate, mais on risque d’affaiblir la capacité de raisonnement à long terme.

C’est ce que Ming décrit comme un paradoxe : à mesure que l’accès à l’information devient quasi instantané, l’exploration intellectuelle tend à diminuer. Progressivement, un déplacement s’opère : certains utilisent l’IA comme un partenaire exigeant qui affine leur pensée ; d’autres s’habituent à obtenir des réponses rapides, au prix d’une moindre capacité à poser les bonnes questions.

La conclusion est pratique. L’usage pertinent de l’IA ne consiste pas à aller plus vite, mais à mieux comprendre ce qui manque. Cela implique de tester les réponses, de demander des arguments opposés, de prêter attention aux zones d’incertitude. L’IA devient alors un outil de confrontation intellectuelle plutôt qu’un simple fournisseur de solutions.

En définitive, la question centrale n’est pas technologique, mais culturelle : les outils développent-ils les capacités humaines, ou les remplacent-ils progressivement ? L’enjeu réside dans cette orientation, et dans les pratiques quotidiennes qui en découlent.

Source : Wall Street Journal

[Note du carnet:

Transposée au cadre éducatif, cette analyse suggère que l’enjeu ne se limite pas à valoriser l’humilité intellectuelle ou l’acceptation de l’incertitude. L’école devrait viser un équilibre plus exigeant entre connaissances, méthodes et posture intellectuelle.

D’une part, un socle solide de culture générale demeure indispensable. Il fournit des repères, des ordres de grandeur, une mémoire des faits et des concepts qui permettent de détecter des incohérences, de contextualiser une information et d’éviter de se laisser convaincre par un discours simplement plausible. Sans ce socle, l’esprit critique manque de prise.

D’autre part, ce socle doit être activé par des compétences méthodologiques explicites : savoir interroger une réponse, formuler des hypothèses alternatives, chercher des contre-arguments, distinguer un niveau de confiance d’un niveau de preuve. Il ne s’agit pas seulement de « douter », mais de structurer le doute.

Enfin, la posture intellectuelle reste déterminante : capacité à suspendre un jugement, à reconnaître les limites de son savoir, mais aussi à maintenir une exigence de cohérence et de rigueur face à des réponses fluides et assurées.

Dans un environnement où les outils produisent des réponses immédiates et convaincantes, l’objectif de l’école ne peut plus être uniquement la restitution de connaissances, ni même leur simple compréhension. Il devient double :

  • construire des esprits informés, capables de mobiliser des repères solides ;
  • former des esprits actifs animés d'une dose d'humilité intellectuelle, capables de mettre à l’épreuve ce qui leur est présenté, y compris lorsque cela paraît crédible.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’opposer savoir et esprit critique, mais de les articuler. La culture générale sans méthode reste inerte ; la méthode sans connaissances devient aveugle. C’est leur combinaison, exercée de manière consciente et régulière, qui permet un usage réellement éclairé des outils contemporains.]


mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

lundi 2 juin 2025

Un film chinois devient le dessin animé le plus rentable de l’histoire

Il était une fois… un succès inattendu au box-office. Le film d’animation chinois, Ne Zha 2, aurait dépassé les 300 millions d’entrées dans le monde depuis sa sortie en salle début janvier. Le titre complet du dessin animé est 哪吒之魔童闹海 soit approximativement en français Nezha, le garçon-démon vainqueur du roi-dragon.

Avec 80 millions de dollars de budget, il s’agirait du dessin animé le plus rentable de l’histoire, devant les américains Vice-versa 2 et Le Roi Lion. Tous genres confondus, il serait même le premier long-métrage non hollywoodien à dépasser les 2 milliards de dollars de recettes. Suite d’un premier film qui avait lui aussi eu du succès en salle, Nezha2 (réalisé par Yu Yang) surfe sur l’intérêt croissant du public chinois pour les récits tirés de la culture traditionnelle. 

Le film raconte l’histoire d’un dieu qui utilise ses pouvoirs pour combattre diverses créatures maléfiques après la destruction de son village. Cette réussite 100 % nationale, largement soutenue par le régime, est un véritable bond en avant pour le cinéma chinois.

La qualité visuelle du film, qui fait la part belle aux dernières technologies et a nécessité cinq ans de travail, place Ne Zha 2 en rivalité directe avec les productions de Disney. Et comme son rival américain, il revisite un classique, en l’occurrence un roman chinois du XVIe siècle. Si son public est essentiellement chinois, le film est sorti en salle aux États-unis le 14 février, peu avant le début de l’offensive commerciale contre la Chine. Malgré ce contexte houleux, il s’y est maintenu trois semaines dans le top 10, un exploit pour une production non anglophone. En France, où il est projeté depuis fin avril, Nezha2 a attiré seulement 38 500 curieux.

mercredi 9 avril 2025

Enseigner à une génération qui s’ennuie

Texte de Francis O’Shaughnessy publié dans Le Devoir, l’auteur est professeur dans un cégep à Montréal.

J’enseigne à des étudiants qui ont une fixation maladive sur les écrans. Ils sont dépendants aux réseaux sociaux, aux séries et aux jeux vidéo et passent la majeure partie de leurs temps sur leurs machines sophistiquées. Quand j’arrive en classe, je les salue. Tous ont la tête baissée, happée par leur téléphone intelligent. À l’habitude, il y a peu de réactions ; un ou deux bonjours isolés, mais souvent, je fais face à un silence total. Devrais-je enseigner en langage SMS pour capter leur attention ?

Depuis 2020, je m’interroge sur ma motivation à enseigner et si mon rôle a encore un sens. Mes salles de classe sont loin du lieu d’échange et de savoir auquel j’aspirais. Ce siècle, empreint de vacuité, a engendré des générations qui s’ennuient, qui éprouvent un profond vide intérieur et qui trouvent refuge dans une réalité virtuelle illusoire.

Le désintérêt d’une génération pour le travail

Les jeunes de la génération Z sont de plus en plus passifs en classe, ayant du mal à se concentrer et à participer activement. Ils montrent également une nette aversion à s’investir dans leurs lectures, à construire des textes cohérents et à communiquer efficacement. Ils se tournent souvent vers l’intelligence artificielle pour compenser ces lacunes, et leurs créations artistiques manquent d’originalité et de profondeur.

Depuis quelques années, j’observe avec inquiétude le désintérêt des étudiants pour le travail intellectuel et plastique. Depuis la pandémie, mes classes se vident progressivement dès le troisième cours, car la présence en classe n’est pas obligatoire, mais fortement encouragée, surtout en atelier pratique. Sur les 25 personnes qui composent mes groupes, seulement 12 assistent réellement aux cours sur une base régulière. Ainsi, à mon cégep, l’absentéisme et les retards en classe sont un problème majeur qui touche toutes les disciplines.

De plus, nous n’avons pas en application la notion du double seuil, c’est-à-dire l’obtention de 60 % pour l’ensemble de la session et pour l’épreuve certificative. Ainsi, une nouvelle tendance est apparue chez les étudiants : l’absence aux examens finaux. Dans mes classes, la participation aux évaluations de fin de session s’élève à 10 étudiants sur un effectif de 25, les autres ayant choisi de ne pas se présenter en raison de l’obtention préalable de la note de passage de 60 %. Cette tendance nous amène à penser que le dépassement de soi n’est pas une priorité, signe d’un désintérêt pour l’effort, la progression personnelle et la cote R (un indicateur de performance scolaire utilisé au Québec pour l’admission à l’université). Cela soulève aussi des inquiétudes sur leur capacité à relever les défis futurs.

jeudi 16 janvier 2025

« Pourquoi la dénatalité est un suicide collectif »

Chronique d'Eugénie Bastié sur le livre Les balançoires vides de l’économiste Maxime Sbaihi où il fait le point sur les enjeux vertigineux de la crise démographique.

Notre classe politique est-elle irresponsable ? Il y avait un contraste saisissant cette semaine entre les chiffres catastrophiques de la natalité produits par l’INSEE (le nombre de naissances au plus bas depuis la seconde guerre mondiale) et l’absurde insistance de la moitié des partis politiques français à vouloir abroger une réforme des retraites pourtant minimale. Notre pyramide des âges est en train de s’inverser, le système par répartition est condamné par la dénatalité, mais des politiciens continuent à mentir à leurs électeurs et à sacrifier la jeunesse sur l’autel de promesses intenables.

« L’exception démographique française n’est plus » résume l’économiste Maxime Sbaihi dans un livre passionnant Les balançoires vides (éditions de l’Observatoire), où il fait le point sur les enjeux vertigineux de la dénatalité. Pendant longtemps, grâce à son modèle culturel (égalité hommes femmes [à voir si cela fut vraiment un facteur décisif]) et social (État providence) la France résistait mieux qu’ailleurs à la tendance globale d’une chute de la natalité. Avec un taux de fécondité historiquement bas à 1,66, c’est terminé. Ouvrir une école c’est fermer une prison disait Victor Hugo.

En France aujourd’hui, fermer une école c’est ouvrir un Ephad [maisons de retraite médicalisées]. 5000 écoles ont fermé en France depuis 2010, pour 300 maisons de retraite qui sont sorties de terre. La France est un pays vieillissant et le piège de la dénatalité pourrait bientôt se refermer sur elle, avertit Sbaihi. Plus la France vieillit, plus les actifs, qui doivent financer le poids des retraités trinquent. Plus les actifs trinquent, moins ils ont envie de faire d’enfants. Moins ils font d’enfants, plus le pays vieillit, etc… Quand le taux de fécondité descend à 1,4 [le Québec est sous ce seuil!] il devient presque impossible de revenir en arrière.

Mais après tout, pourquoi est-ce grave ? Certains écolos se réjouissent même de cette nouvelle : moins de bébés, c’est moins de pollueurs. Sbaihi rappelle opportunément à quel point cet argument est de mauvaise foi : « dans l’ordre de grandeur à l’échelle d’une année, un vol transatlantique est plus polluant que d’avoir un enfant ». Avis à Meghan Markle et au Prince Harry qui ont annoncé en grande pompe renoncer à un troisième enfant par « écologie».

La démographie, c’est le destin, disait Auguste Comte. La stérilité est la mère du déclin. La dénatalité a des conséquences vertigineuses sur l’économie. Un pays vieillissant, c’est un pays précautionneux, qui a peur du risque, qui n’innove plus et qui stagne. Un pays vieillissant, c’est un pays qui s’endette pour financer un modèle social intenable. Un pays vieillissant, c’est aussi un pays où la décision publique est orientée en faveur des électeurs âgés au détriment des plus jeunes, où l’avenir est sacrifié. Jusqu’à présent aucun pays n’a réussi à concilier croissance forte et chut des naissances, sans compenser par l’immigration massive. Le Japon en est un exemple qui a entamé son crépuscule économique en même temps que son crépuscule démographique.

« O mères françaises, faites donc des enfants, pour que la France garde son rang, sa force et sa prospérité » disait Émile Zola en 1896. Quant à Raymond Aron, il prophétisait dans ses Mémoires : « Les Européens sont en train de se suicider par dénatalité. Les peuples dont les générations ne se reproduisent pas sont condamnés au vieillissement, et du même coup, guettés par un état d’esprit d’abdication, de fin de siècle ». Malheureusement une certaine gauche préfère pratiquer envers le natalisme une reductio ad petainum grotesque et irresponsable. C’est une priorité qui devrait transcender les partis politiques. C’est même la priorité politique par excellence. Car qu’est-ce que la politique sinon le souci des générations futures ?

Alors peut-on enrayer ce phénomène qui semble à la fois global et irréversible ? Sbaihi explore les trois grandes pistes permettant de pallier la dénatalité : la relance de la procréation, l’immigration et la robotisation. Il n’y a pas de solution miracle. La Hongrie, malgré une politique hyper nataliste n’a réussi que péniblement à relever son taux de fécondité à 1,5 et stagne depuis. L’Allemagne, qui a eu très tôt conscience de sa faiblesse démographique, a importé des millions d’immigrés pour pallier son manque de main-d’œuvre, mais subit aujourd’hui les conséquences d’une intégration impossible. Le Japon a fait le pari de la robotisation, mais les maisons de retraite animées par des androïdes séduisent peu.

Pourtant il doit y avoir des marges de manœuvre pour réduire l’infécondité involontaire qui subsiste dans notre pays. Le désir d’enfant reste stable en France : 2,2, bien supérieur au taux de fécondité actuel (1,6). Ce hiatus entre la volonté et la réalité prouve qu’il existe une frustration de l’engendrement. A-t-il des racines culturelles ou économiques ? En bon économiste, Sbaihi insiste sur la dimension matérielle: la crise du logement, l’absence de modes de garde abordables, le marasme économique jouent certainement dans l’absence de projection.

L’essayiste, qui a publié précédemment Le Grand Vieillissement, insiste sur la fracture générationnelle qu’implique la dénatalité. La génération du baby-boom, a profité du dynamisme économique induit par l'essor démographique sans se reproduire elle-même. Elle fait aujourd’hui payer la facture par les générations plus jeunes, grevées par le poids des retraites (un tiers du salaire brut). Rendre aux actifs le fruit de leur travail serait une première mesure nataliste. Mais la dimension anthropologique est centrale. Un article du Financial Times publié cette semaine et intitulé « La récession des relations amoureuses devient mondiale » montre que la chute du couple est l’une des principales causes de la dénatalité. Aux États-Unis, les couples continuent à faire des enfants, mais il y a de moins en moins de couples. En France, les deux tiers des Français vivaient en couple en 1980 contre un peu plus de la moitié aujourd’hui.

La part des jeunes vivant en couple a été divisée par deux. Il y a 11 millions de célibataires en France. Une révolution des modes de vie liée à la longueur des études, au dogme de l’émancipation individuelle, mais aussi à la technologie qui permet et promeut cette épidémie de solitude. Pour retrouver le chemin de la fécondité, il nous faudra donc retrouver le chemin du lien, de l’amour et de la confiance entre les sexes. Un « chantier » plus ambitieux que celui que veut ouvrir François Bayrou sur la réforme des retraites.

Les balançoires vides: Le piège de la dénatalité Broché
de Maxime Sbaihi,
paru le 15 janvier 202,
aux éditions de L'Observatoire,
ISBN-13 : 979-1032930663

mercredi 27 novembre 2024

Kebab, « barber shop », « fast-food », déclin de la vigne, augmentation des fautes d'orthographe... : voyage dans la France hors sol

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En agronomie, on appelle culture hydroponique le fait de faire pousser des fruits ou des légumes en dehors des champs, dans des serres, sur un substrat inerte (terreau, billes d’argile, laine de roche, fibres de coco…) parcouru par des solutions liquides enrichies en nutriments.

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On peut avoir régulièrement l’impression que la France contemporaine fonctionne sur ce modèle. La roche mère a été arasée, de nouvelles couches se sont déposées, et ce qui pousse maintenant dans de nombreux endroits est hors-sol, sans les racines qui ont longtemps nourri notre culture. C’est une France générique où tout semble interchangeable, uniformisé, sans ancrage profond. Dans de nombreux territoires, cette réalité hydroponique est devenue la norme et marque les paysages comme les modes de vie.

Dans la nuit du 31 octobre dernier, deux fusillades ont eu lieu, l’une à Poitiers et l’autre à Saint-Péray, dans l’agglomération de Valence, événements au cours desquels deux jeunes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés.

[...]  Certes, la roche mère subsiste encore à la façon d’un vieux relief érodé. Les fusillades se sont déroulées dans le quartier des Couronneries à Poitiers et dans la commune ardéchoise de Saint-péray, toponymes se rattachant au référentiel de la France traditionnelle. Mais si le substrat historique affleure encore, on note également les indices du dépôt d’une couche culturelle yankee, résultat de l’américanisation désormais assez ancienne du pays. À Poitiers, le plus haut et le plus emblématique bâtiment du quartier d’habitat collectif des Couronneries, sorti de terre à la fin des années 1960, porte le nom de tour Kennedy. La discothèque de Saint-Péray devant laquelle la fusillade s’est produite s’appelle The Seven.

[...] À Poitiers, dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, la vieille tour Kennedy est en voie de démantèlement et le foyer de jeunes travailleurs qui s’y trouvait sera relogé dans une nouvelle résidence s’intitulant Barankaï K2, le terme « barankaï » signifiant « communauté » en philippin (nous sommes loin du vieux patois poitevin), «K2» faisant référence au nom de l’ancien immeuble, comme un «Kennedy 2». À Saint-Péray également, la couche culturelle d’inspiration technocratique est présente dans la toponymie, puisque la discothèque est implantée au cœur d’une vaste zone commerciale portant le nom de « zone Pôle 2000 », la référence moderniste à l’an 2000 ayant été très en vogue parmi les aménageurs dans les années 1980 et 1990. Cette zone commerciale regroupant de multiples enseignes et desservie par plusieurs ronds-points est par ailleurs typique des paysages de la France hydroponique.

Parallèlement à la multiplication des zones commerciales, la topographie de la France hydroponique se caractérise également par l’émergence de commerces communautaires ou en lien avec la présence d’une population issue des immigrations. À Poitiers, l’auteur de la fusillade a fait feu sur la terrasse d’un kebab. Ce type d’établissement, comme les bars à chicha, est régulièrement le théâtre de règlements de comptes entre bandes rivales. En juin 2020, de violents affrontements avaient opposé des Tchétchènes et des Maghrébins dans le quartier des Grésilles à Dijon, à la suite d’une altercation dans un bar à chicha, le Black Pearl, le nom de l’établissement étant puisé soit dans la pop culture hollywoodienne en référence au nom du navire de Jack Sparrow (alias Johnny Depp) dans le film Pirates des Caraïbes, soit dans l’une des plus célèbres séries télévisées turques, intitulée Black Pearl. En juin 2024 à Saumur, le jeune Bilal était tué dans le cadre d’un règlement de comptes à la terrasse d’un kebab. Quelques mois plus tard, en septembre dernier, c’est à Cagnes-sur-Mer qu’un autre kebab essuyait des tirs faisant deux blessés graves. On notera qu’historiquement, les règlements de comptes entre malfrats se déroulaient dans les bars et les bistrots (par exemple, la fusillade du Bar du Téléphone dans le nord de Marseille en 1979). Dans les quartiers marqués par un référentiel hydroponisé, délinquants et trafiquants s’affrontent désormais préférentiellement dans des kebabs ou des bars à chicha.

Selon les lieux, le dépôt, sur la couche yankee, d’une couche culturelle qu’on qualifiera d’« orientale » est plus ou moins épais et visible. Dans de nombreux territoires, les kebabs, bars à chicha, barber shops [anathème de dire barbiers] ou établissements halals s’intègrent dans le tissu commercial traditionnel ou américanisé. Dans certains quartiers, ils sont omniprésents et constituent la quasi-totalité de l’offre commerciale, comme l’écrivait en octobre 2024 le député LFI de Vénissieux, Idir Boumertit, à propos de la reprise par l’enseigne halal Triangle du supermarché Casino de sa ville, qui, si «elle permet de conserver une offre commerciale de moyenne surface sur le plateau des Minguettes et de maintenir les postes des salariés », impliquerait également « des ajustements dans l’offre de produits, et notamment la suppression des boissons alcoolisées et du porc. (…) Ce changement soulève des questions légitimes sur la capacité de l’offre commerciale à répondre aux besoins variés de l’ensemble des habitants », poursuivait-il, estimant qu’« il est important que la population multiculturelle de Vénissieux puisse accéder à une diversité de produits ». D’après le député, l’arrivée de Triangle pourrait également menacer l’équilibre économique des « petits commerces indépendants du plateau des Minguettes qui proposent une offre similaire ».

Dans le quartier des Couronneries à Poitiers, la place de Coimbra où se situe le kebab (halal) qui fut le lieu du drame, présente, elle, une diversité de commerces et de services (boulangerie, boucherie, restaurant Pac Miam, bureau de poste…). Ce restaurant s’appelle L’Otentik. Une rapide recherche sur internet montre que ce nom - ou sa variante L’Otantik - est également celui d’autres restaurants kebabs ou snacks à Niort, Brest, Saint-Martin de Crau, Saint-Priest, Bondy, Clermont-Ferrand ou bien encore à Uckange. Le choix de ce nom pour un restaurant de kebab renvoie sans doute au terme «otantik», traduction turque du terme français « authentique ». Mais cette variante orthographique n’est pas sans rappeler l’essor dans toute une partie de la population, via la pratique des textos et les réseaux sociaux, d’une nouvelle syntaxe basée sur une phonétique des plus rudimentaires. Ce sabir, très éloigné de l’orthographe officielle, constitue sur le plan linguistique une des manifestations de cette culture hydroponique en cours de métabolisation.

Si la consommation régulière de vin se maintient quelque peu dans les tranches d’âge les plus âgées, les jeunes générations sont nettement moins consommatrices. Dans la jeunesse populaire, on est passé en deux générations du pinard au pétard.

Plusieurs études statistiques ont objectivé la baisse significative de la maîtrise du français parmi les élèves. D’après les données du ministère de l’Éducation nationale, la proportion d’élèves de CM2 faisant 15 fautes ou plus à la même dictée de 67 mots a littéralement explosé depuis la fin des années 1980. Alors qu’en 1987 seul un tiers des élèves effectuaient 15 fautes ou plus, ce très faible niveau de maîtrise de l’orthographe est devenu quasiment généralisé en 2021 (90% des élèves se trouvant dans cette situation).

Ce constat est partagé par de nombreux enseignants, comme cette professeur dans un collège privé de Pau ayant commencé à enseigner en 1992 : « Ce que je faisais il y a vingt ans pour un niveau de sixième ou de cinquième serait compliqué à faire aujourd’hui dans les mêmes classes. » Ces lacunes, observées initialement chez les enfants et les adolescents, se retrouvent dorénavant mécaniquement, au gré de l’avancée en âge des cohortes générationnelles, progressivement dans l’ensemble de la société. Le vocabulaire employé est moins fourni et la langue, relâchée. Des études l’ont mesuré, mais on le constate empiriquement quand on compare par exemple des micros-trottoirs réalisés auprès de Français ordinaires dans les années 1960 et ceux tournés aujourd’hui.

Norbert Elias insistait sur l’importance de l’écrit dans les processus de civilisation. On peut dès lors se demander si l’écriture numérique a les mêmes vertus civilisatrices que l’écriture manuscrite sur papier. L’écriture cursive participe en effet de la structuration de la pensée et l’apprentissage de l’écriture passe par l’inculcation de règles formelles qui sont beaucoup moins respectées avec l’écriture numérique, sans même parler des textos ou des commentaires sur les réseaux sociaux.

mercredi 24 juillet 2024

« Comment la testostérone explique la différence entre les sexes »


La biologiste évolutionniste explique en quoi cette hormone détermine des comportements différents en matière de compétition, de sexe et de violence. Et elle raconte pourquoi elle a dû quitter Harvard où elle était persécutée par certains étudiants pour ses prises de position scientifiques jugées transphobes.


Carole Hooven vient de publier «Testostérone. Toute la vérité sur l’hormone qui nous définit et nous divise» (Fyp). Entretien de l'auteur dans le Figaro.

LE FIGARO. — Vous consacrez votre livre à une hormone, la testostérone, que vous qualifiez de «clé des mâles». En quoi est-ce une variable déterminante dans la différence entre les sexes ?

CAROLE HOOVEN. — Cette molécule joue un rôle crucial dans la formation des corps et des comportements masculins, en particulier dans notre espèce. La testostérone explique en grande partie pourquoi, en moyenne, les hommes et les femmes diffèrent de façon significative. Pourquoi les hommes sont généralement plus grands et plus poilus que les femmes, en raison de la forte testostérone pubertaire, et pourquoi les garçons s’adonnent plus souvent à des jeux brutaux, à cause de la testostérone fœtale. Cela ne concerne pas seulement les effets physiques. Nous partageons les mêmes gènes du désir sexuel, mais un taux élevé de testostérone, typique des mâles, modifie la psychologie sexuelle, augmentant considérablement le désir sexuel. Les femmes ayant un taux de testostérone élevé développent un désir sexuel plus proche de celui des hommes. Cela se voit clairement chez les hommes transgenres , qui augmentent leur taux de testostérone pour adopter un rôle sexuel masculin.

On peut également voir les effets de cette différence entre les sexes dans les niveaux précoces de testostérone chez les enfants. Les effets comportementaux sont visibles très tôt, avec des garçons qui sont plus actifs, qui prennent plus de risques et participent à des jeux plus brutaux que ne le font les filles. Chez les animaux, ce type de jeu lié à la testostérone sert de test pour se placer dans la hiérarchie sociale adulte. Comprendre comment naviguer dans cet environnement complexe est crucial pour le succès reproductif des mâles. Cela implique d'apprendre à coopérer et à rivaliser, parfois physiquement, et à comprendre ses propres forces et faiblesses. Soulignons que cela peut aussi apprendre aux mâles à contrôler leurs impulsions agressives. Les animaux mâles privés de ce type de jeu deviennent plus agressifs, échouent à coopérer, à se faire des amis et à trouver des partenaires. Leur reproduction en souffre et ils meurent même à des taux relativement élevés.

— Vous avez été confrontée à des théoriciens du genre au cours de votre carrière académique. Votre point de vue sur la biologie était-il minoritaire ?

— Oui, en tant que biologiste évolutionniste, j’ai été persécutée. J’ai été amenée à quitter Harvard en raison de la culture d’intolérance qui y règne. J’ai été accusée de transphobie parce que j’ai exprimé mes doutes sur l’emploi de termes tel que « personne enceinte » plutôt que « femme », et la disparition des mots « mâle » et « femelle » dans le vocabulaire des professeurs de médecine qui ne voulaient pas offenser des étudiants. D’ailleurs, j’ai été citée lors de l’audience de Claudine Gay , la présidente de Harvard, après les manifestations antisémites sur le campus. Le représentant Tim Walberg lui a demandé, lors de l’audience : «Carole Hooven, une biologiste évolutionniste, a été contrainte de démissionner parce qu’elle a affirmé que le sexe d’une personne est biologique et binaire. … et donc, madame la présidente, dans quel monde un appel à la violence contre les Juifs est-il un discours protégé, mais une croyance que le sexe est biologique et binaire ne l’est-il pas ?»


— On parle beaucoup de « masculinité toxique ». Pourtant, vous montrez dans votre livre que le taux d’agression physique est assez similaire entre conjoints. Comment expliquer alors que les femmes sont plus susceptibles de mourir entre les mains de leur mari que l’inverse ? En quoi l’agressivité masculine diffère-t-elle de l’agressivité féminine ?

— C’est une question importante et sensible que j’aborde dans mon livre. J’ai été surprise de découvrir, en approfondissant mes recherches, l’étendue de la violence conjugale perpétrée par les femmes. Les sexes ne diffèrent pas en termes de colère ; les femmes peuvent être tout aussi explosives que les hommes. Ce qui diffère, ce sont les risques physiques que chaque sexe est prêt à prendre et leur réaction face à l’escalade de la violence. Chez les humains et la plupart des autres mammifères, les femelles sont moins disposées à risquer leur sécurité physique, car leur succès reproductif dépend davantage d'une longue vie en bonne santé. Les mâles, quant à eux, peuvent obtenir des avantages reproductifs en prenant des risques pour augmenter leur statut social et acquérir des ressources et des partenaires ; l'équilibre coût-bénéfice est donc différent.

Ainsi, si les femmes peuvent ressentir une colère aussi intense que les hommes, cela se traduit moins souvent par une violence extrême. Les femmes sont tout aussi susceptibles de s’engager dans une agression physique « de bas niveau » ; frapper, lancer des objets, donner des coups de pied, etc., mais moins d’en arriver à une violence sévère ou à un meurtre. Par conséquent, les hommes sont plus susceptibles de frapper violemment leurs partenaires intimes , voire de les tuer, mais les taux globaux d’agression sont à peu près égaux. Bien sûr, cela varie selon la géographie et la culture.

— Les femmes n’excellent-elles pas dans d’autres formes de compétition et d’agression ?

— Si. Alors que les garçons et les hommes sont plus enclins à se confronter directement, via des insultes ou des combats physiques, les filles et les femmes rivalisent de manière plus indirecte et ont plus de difficultés à résoudre les conflits. Les études montrent que les garçons et les hommes sont simplement meilleurs pour naviguer et résoudre les conflits, potentiellement parce qu'ils peuvent se fier à des signaux indiquant leur statut ; c'est une manière assez efficace de réduire la violence au sein des communautés (principalement masculines) qui doivent coopérer pour, par exemple, défendre un territoire ou leurs familles. Regarder trop longtemps dans les yeux d'un autre homme, draguer sa copine ou marcher vers lui avec le torse bombé sont, en un sens, des défis à son statut. Une confrontation directe, verbale ou physique, est une manière simple de déterminer qui est le chef et, une fois cela réglé, le conflit est résolu.

L’agression directe n’est évidemment pas idéale, et certains mâles peuvent ne pas avoir les capacités d’y participer et se retrouvent en bas de l’échelle sociale. Certains appellent cela la « masculinité toxique », mais je n’aime pas trop ce terme. Les filles et les femmes ont leurs propres méthodes de compétition, moins idéales, mais nous ne les qualifions pas de « toxiques ».

Les filles et les femmes sont plus susceptibles de rivaliser pour un statut de manière indirecte, comme par le commérage ou en dénigrant une rivale sur les réseaux sociaux. Cela rend plus difficile la résolution des conflits, souvent parce que l’identité de l’attaquante est inconnue. Cette forme de compétition permet aux femmes de rivaliser pour un statut ou pour une personne d’une manière qui réduit les risques de préjudice physique, mais elle peut être aussi très cruelle et nuire à la santé mentale.

— Mettre en avant la dimension biologique des différences entre les sexes, n’est-ce pas encourir le risque du fatalisme ? Cela signifie-t-il que nous ne pouvons rien changer à la violence masculine ?

— C’est une question extrêmement importante. Premièrement, il faut rappeler que les différences sexuelles existent selon une moyenne. Certaines femmes ont un fort désir sexuel et peuvent être violentes, tandis que certains hommes sont extrêmement pacifiques et n’aiment pas le sexe. Nous sommes tous des individus. Certaines personnes croient que, la biologie, c’est le destin. Que, si les hommes sont plus volages ou plus violents que les femmes, cela est dû à des différences évolutives et hormonales, et que nous devons donc l’accepter. Que les gens ne pourraient pas changer. C’est le concept de « déterminisme biologique », et il est faux. Il suffit de regarder comment les sexes se comportent dans votre culture, puis de comparer avec d’autres cultures à travers le monde.

Si vous avez beaucoup voyagé ou simplement suivi les actualités, vous savez que les hommes dans certaines cultures sont beaucoup plus violents entre eux ou que les agressions sexuelles y sont presque encouragées. Dans d’autres régions, vous pouvez laisser votre maison ouverte ou ne pas vous inquiéter si vous êtes une femme marchant seule en ville. Les standards sexuels varient également énormément. Dans certains endroits, il est accepté que les femmes aient de nombreux partenaires sexuels, tandis que, dans d’autres, elles peuvent être exécutées pour cela. Mais, ce qui n’existe pas, ce sont des cultures où les femmes ont une totale liberté sexuelle, avec de nombreux partenaires sexuels et où on attend des hommes qu’ils soient fidèles à une seule partenaire ; ou encore des cultures où les femmes violent et tuent et où les hommes restent à la maison avec les enfants. La direction de ces grandes différences sexuelles en matière de sexe et d’agression est presque toujours la même, mais la nature et l’ampleur de ces différences varient.

Le sophisme naturaliste conduit à la croyance que nous devrions accepter plus facilement ce qui est naturel que ce qui est culturel. Bien sûr, c’est une fausse dichotomie, car nature et culture contribuent tous deux au comportement.

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jeudi 12 octobre 2023

« Testament », le plus récent Denys Arcand

Synopsis

Dans une ère de luttes identitaires, Jean-Michel, un célibataire de 70 ans, a perdu tous ses repères dans cette société et n’a plus grand-chose à attendre de la vie. Mais voici que dans la maison de retraite où il réside, Suzanne, la directrice, est prise à partie par de jeunes manifestants (wokes) qui réclament la destruction d’une fresque offensante à leurs yeux. Alors qu’il observe avec ironie cette époque post pandémique où tout lui semble partir à la dérive, Jean-Michel reprend en main sa vie… et celles des autres.

Selon le journaliste et essayiste Christian Dufour

Il est des signes qui ne trompent pas, comme le public d’une banale représentation  d’après-midi qui applaudit spontanément à la fin du film, comme ce fut le cas vendredi au cinéma Quartier Latin.

Courez voir «  Testament » de Denys Arcand, clairement son œuvre la plus forte. Film à la fois drôle et (presque) désespéré, ne craignant pas la caricature jusqu’au burlesque, implacable de lucidité et sans compromis, nostalgique, désenchanté, touchant et sensible, éminemment personnel et québécois tout à la fois.

Ne serait-ce que pour la performance de Sophie Lorain, courez voir le magistral « Testament » de Denys Arcand, à mille lieues des bons sentiments faciles et des aveuglements idéologiques à la mode.

Avec également Rémy Girard bien sûr, accompagné d’une panoplie d’acteurs québécois: Caroline Neron, Guylaine Tremblay, Marie-mai, Danièle Lorain, Robert Lepage, Denis Bouchard, Yves Jacques, Louis-José Houde, Clémence Desrochers, Guillaume Lambert, Sophie Faucher, Pierre Curzi, René Richard Cyr, Danielle Fichaud, Louise Turcot, Geneviève Schmidt, Johanne-Marie Tremblay, Marcel Sabourin et d’autres.


 
L'effacement du vieil homme blanc ?

 

lundi 2 octobre 2023

La nouvelle inquisition qui se diffuse et se répand, avec Nora Bussigny et Samuel Fitoussi

Avec Nora Bussigny, journaliste et autrice des Nouveaux Inquisiteurs (ed. Albin Michel) et Samuel Fitoussi, auteur de Woke Fiction (ed. Le Cherche-Midi).

On notera lors de ces échanges des avis divergents sur Barbie (Barbie, un film de propagande néoféministe et misandre ? ).

lundi 21 août 2023

Une cinémathèque idéale — Que regarder en famille de 5 à 16 ans ?

Laurent Dandrieu est rédacteur en chef de la rubrique culture pour l’hebdomadaire
Valeurs Actuelles. Auteur de nombreux ouvrages, il évoque dans nos « questions d’été » son ouvrage à paraître en septembre : un guide pour choisir des films à regarder en famille.
 
Regarder un film en famille est un moment privilégié pour s'amuser, s'émouvoir, s'émerveiller, réfléchir ensemble. Mais l'on peut se sentir perdu dans la masse considérable qui existe et ne pas êtretrès sûr de leur adéquation avec ses valeurs familiales et avec l'âge des enfants. Cet ouvrage pratique, rédigé par un critique cinéma reconnu, se propose d'aider les parents à faire le meilleur choix. Classé par genre (comédie, SF, religion, animation, etc.) et par tranche d'âge, chaque film est accompagné d'une petite notice qui en résume le contenu et en indique l'intérêt. Chaque genre est lui-même présenté avec une volonté permanente de synthèse et de clarté. Des encadrés apportent enfin quelques précisions sur des points bien précis. En résumé, un outil maniable conçu pour les parents, afin de les aider à enrichir toute la famille, les petits comme les grands.

— Après avoir déjà écrit un “Dictionnaire passionné du cinéma”, pourquoi avoir écrit cette “Cinémathèque idéale” ? 

— Il me semble qu’il manquait un guide des films spécifiquement dédié aux familles, leur permettant de s’orienter dans le dédale de la production cinématographique, en leur proposant des œuvres qui soient adaptées à un public familial. C’est-à-dire offrant un divertissement qui ne heurte pas les valeurs que les parents entendent transmettre à leurs enfants ou, plus positivement, qui permette à la famille de se rassembler autour d’œuvres suscitant la réflexion, ouvrant des débats, qui offrent un spectacle de qualité tout en présentant des enjeux moraux qui constituent autant de cas pratiques qui permettent de se poser la question de ce qui constitue une vie bonne et un comportement vraiment humain.

J’ai voulu aussi fournir une liste d’œuvres qui permette aux familles de se forger une solide culture cinématographique : car le cinéma fait partie intégrante de la culture générale, et j’ai toujours été surpris que des parents qui ne supporteraient pas, à juste titre, que leurs enfants ignorent tout de Balzac ou de Shakespeare, s’accommodent du fait qu’ils ne connaissent rien de John Ford ou de François Truffaut.

— La multiplication des écrans n’a-t-elle pas mis fin au visionnage de films en famille ?

— Il est certain que chacun est désormais tenté, par facilité, de regarder le film ou la série qui l’intéresse dans son coin, sans se préoccuper de ce que font les autres. Et c’est vraiment dommage, parce que se rassembler autour d’un écran permet de se forger une culture familiale commune, et donc de cimenter l’unité familiale ; et aussi de fournir des occasions de débats et de dialogues qui peuvent être extrêmement féconds. Cela permet aussi l’occasion aux parents d’éduquer le regard de leurs enfants, de leur apprendre à identifier les messages cachés, à ne pas prendre pour argent comptant ce que montrent les images et à les décrypter.

— Pouvez-vous nous donner un trio de tête des films à voir en famille ?

— C’est Mission impossible ! Il y aurait autant de réponses à donner que de familles différentes... Puisqu’il faut bien me lancer, je dirais la Nuit du chasseur de Charles Laughton, avec Robert Mitchum, qui est à la fois un passionnant thriller et un magnifique conte sur le mal et sur le manichéisme. Ce pourrait être aussi un parfait moyen d’initier les enfants qui y seraient rétifs au noir et blanc, tant il est ici mis au service d’une splendeur visuelle. Toujours en noir et blanc, je confesse une faiblesse pour Vacances romaines de William Wyler, avec Audrey Hepburn et Gregory Peck, parfait cocktail d’humour et de romance dans le cadre sublime de Rome. Pour varier les plaisirs, j’ajouterai l’Homme qui voulut être roi de John Huston, qui est à la fois un sublime film d’aventures et une belle réflexion sur les dangers de la démesure.

—  Quels films conseilleriez-vous à nos lecteurs pour cet été ?

— Pas grand-chose, malheureusement : le cinéma traverse ces temps derniers une période de vaches maigres, et plus encore le cinéma familial, qui a beaucoup reculé devant la montée en puissance sur les écrans du cynisme, de la violence et du sexe explicite. Oppenheimer, biopic du “père” de la bombe atomique par Christopher Nolan, est évidemment intéressant compte tenu de son sujet, mais c’est un film trop long et inutilement alambiqué. Le film le plus recommandable du moment me paraît être le nouveau Mission : impossible, qui a le mérite d’être un divertissement sans prétention, agrémenté d’une bonne dose d’humour et de glamour, avec de scènes d’action toujours aussi époustouflantes.
 
Une cinémathèque idéale,
de Laurent Dandrieu,
à paraître le 8 septembre 2023
aux éditions MAME,
256 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2741302685
 

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mercredi 5 avril 2023

Les migrants blancs du sud des États-Unis ont droitisé la politique nordiste

Après la guerre civile américaine, des millions de Noirs américains ont quitté les États du sud du pays. Nombre d’entre eux venaient d’être libérés de l’esclavage. Ils ont cherché, et souvent trouvé, une vie meilleure et plus sûre dans des centres industriels tels que Détroit et New York. Connu sous le nom de « Grande migration », ce flux de personnes a transformé la culture et l’économie des villes où les migrants sont arrivés. Il a également donné à la politique des villes du nord une poussée durable vers la gauche.

Mais il ne s’agit pas de la seule grande migration. Entre 1900 et 1940, environ 5 millions de Blancs du Sud ont quitté les anciens États confédérés et l’Oklahoma voisin. Dans une étude évaluée par des pairs qui sera publiée dans le courant de l’année, Samuel Bazzi, Andreas Ferrara, Martin Fiszbein, Thomas Pearson et Patrick Testa ont utilisé des registres de recensement numérisés pour suivre les déplacements de ces migrants blancs. Ils ont constaté que ce groupe n’était pas seulement plus nombreux que les Noirs au centre de l'intérêt universitaire, mais qu’il exerçait peut-être aussi une plus grande influence politique du fait de la diffusion de sa culture et de ses attitudes.
 

Les migrants blancs se distinguent des migrants noirs par d’autres aspects que la race. Alors que certains migrants blancs étaient sans ressources, ils étaient en moyenne plus riches que les migrants noirs, étant à peu près aussi aisés que les Blancs qui vivaient déjà dans les endroits où ils sont arrivés. Et contrairement aux migrants noirs, qui se rendaient généralement dans les villes, la plupart d’entre eux se sont installés dans des zones rurales, souvent dans les États de l’ouest du pays.

Les migrants blancs emportaient avec eux leurs convictions. Des enquêtes menées dans les années 1960 montrent que, par rapport aux Blancs nés dans le Nord, ils sont plus souvent chrétiens évangéliques, favorables à la ségrégation raciale et opposés aux programmes gouvernementaux d’aide aux Noirs américains. Ils étaient également plus enclins à fonder des églises et à travailler dans les journaux et à la radio, ce qui leur permettait de partager leurs opinions avec leurs voisins.

Il en résulte un impact politique extérieur et persistant dans ces régions, qui fait basculer la politique à droite. Dans les comtés du nord, l’arrivée d’un migrant blanc du sud en 1940 a entraîné plus d’un vote supplémentaire pour les candidats républicains lors des élections présidentielles entre 2000 et 2020. Ces effets étaient faibles dans les régions comptant un nombre modeste de migrants blancs originaires du Sud, mais ils ont eu un effet politique transformateur une fois que la population blanche née dans le Sud a atteint une masse critique. Leur effet sur la politique nationale a été encore amplifié : nombre d’entre eux vivaient dans des États politiquement compétitifs ou peu peuplés, où ces votes supplémentaires ont plus d’importance.

Les législateurs, à leur tour, ont voté de manière plus conservatrice sur les questions économiques et sociales. Les auteurs estiment qu’en 1964, un représentant au Congrès issu d’un district où les Blancs du Sud représentaient leur part moyenne (2,9 %) de la population en 1940 avait cinq points de pourcentage de plus de chances de voter contre la loi sur les droits civiques qu’un représentant d’un comté où il n’y avait pas de Blancs du Sud. Ils étaient également plus susceptibles de soutenir les réductions d’impôts de Ronald Reagan et moins susceptibles de voter pour certifier la victoire de Joe Biden aux élections de 2021.

Aujourd’hui, les Américains font le chemin inverse : entre 2020 et 2022, neuf des dix premiers États en termes de migration interne nette se situent dans le sud du pays. Certaines des personnes qui se dirigent aujourd’hui vers cette région porteront avec elles l’héritage des migrations passées. Les chercheurs ont constaté que les parents du nord qui avaient une forte proportion de voisins blancs nés dans le sud étaient plus susceptibles de donner à leur enfant un nom biblique.

Résumons : les migrants blancs des anciens États confédérés ont changé la culture là où ils se sont installés, ils l’ont dextrisée. Mais heureusement, cela n’arriverait jamais avec les immigrants qui s’installent aujourd’hui en Occident, parce que…
 

mercredi 21 septembre 2022

Ignorance des étudiants du collège anglophone Dawson (Montréal)

L’humoriste Guy Nantel ne pouvait s’empêcher de réaliser un nouveau micro-trottoir sur le sujet de la langue française et de la protection de la culture québécoise en en cette période électorale. Il a interrogé des étudiants au collège Dawson à Montréal. Il a posé des questions sur la Loi 96 et l'apprentissage de la culture francophone dans les cégeps anglophones ainsi que quelques questions de culture générale (vraiment de base). Le collège Dawson passe pour un établissement de qualité...

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dimanche 3 juillet 2022

L'école est inégalitaire non par racisme, mais par faute de transmettre

3/VII/2022, François-Xavier Bellamy:

« Notre école est la plus inégalitaire d'Europe ; ce n'est pas, comme le pense le ministre de l'éducation nationale, parce que la culture française est structurellement raciste, mais parce qu'elle n'est plus transmise. »

Nomination de Pap Ndiaye : « je l'ai accueillie comme une catastrophe (...) on nomme un ministre dont la priorité c'est d'expliquer que la France est coupable de racisme structurel », dixit François-Xavier Bellamy.


Passage au complet

samedi 27 novembre 2021

Contradiction : la CAQ veut imposer un cours de culture québécoise, mais pas le cégep en français...

Pour Normand Baillargeon dans les colonnes du Devoir

Comment expliquer dès lors que le gouvernement en place refuse de rendre obligatoire la fréquentation du cégep français pour les allophones et les francophones ? Si la défense et la promotion de la culture, dans les deux sens du mot, sont une des tâches de l’école, cette inaction devant l’état du français chez nous est entièrement inexplicable. Pour ne pas dire plus…

lundi 22 novembre 2021

Hollywood victime de la nouvelle guerre froide chinoise

Pékin n’accepte plus qu’au compte-goutte les productions américaines. Un casse-tête financier pour ces studios anglo-saxons.

Lentement, mais sûrement, la Chine s’applique à effacer Hollywood du générique. L’industrie cinématographique n’est pas un secteur économique comme les autres. Dans un environnement de tensions croissantes entre Pékin et Washington, elle tient lieu de champ de bataille stratégique. C’est une arène, où les deux superpuissances s’affrontent sur le terrain de l’influence culturelle.

Le 9 novembre dernier, le Bureau chinois du film (国家电影局) a justement rendu public son 14e « plan quinquennal » pour le développement de sa filière cinématographique. Objectif ? Faire de la Chine, à l’horizon 2035, « une puissance culturelle forte », dont les films constitueraient le bras armé. Si Pékin y encourage à « ouvrir les marchés étrangers » en étant présent dans les grands festivals de films internationaux tels Cannes, la priorité est surtout donnée à son marché intérieur, un formidable vivier de près de 1 milliard et demi de consommateurs. Au cours des cinq prochaines années, le pays étendra ainsi son parc à 100 000 salles de cinéma, soit un quart de plus qu’aujourd’hui. À titre de comparaison, les États-Unis en totalisent actuellement 40 000 et la forte poussée de la consommation des films en diffusion continue à la demande incite plutôt à réduire la voilure…

À mesure qu’il augmente la taille de son marché cinématographique, Pékin en verrouille l’accès. Une décennie plus tôt, le box-office chinois était dominé par les superproductions hollywoodiennes, Parc Jurassique, Avengers, Aquaman… Plus question désormais qu’ils s’y taillent la part du lion. De nouvelles mesures doivent entrer en vigueur afin que les films nationaux s’adjugent l’essentiel des recettes annuelles de cinéma. En 2019, la production locale avait déjà atteint 64 % des recettes et même 84 % l’an dernier, d’après les chiffres fournis par le service de billetterie Maoyan.

Bascule historique 

Pour occuper le terrain et gagner des parts de marché, reste à renforcer la production locale. « Chinawood » devra être capable de produire au moins dix superproductions majeures par an « à la fois populaires et acclamées par la critique », en plus d’une cinquantaine de locomotives, des longs-métrages très rentables.

En réalité, le « fabriqué en Chine » a déjà le vent en poupe auprès du public local. Trois des cinq films les plus rentables au monde cette année sont des superproductions chinoises. D’après les chiffres du site spécialisé Box Office Mojo, La Bataille du lac Changjin a engrangé 882 millions de dollars de recettes, devant Salut, maman! avec 822 millions. Mieux que la franchise Fast and Furious 9, avec 721 millions de dollars. Mieux, également, que le dernier James Bond et ses 710 millions de dollars. Sur la cinquième marche du podium, la production chinoise Détective quartier chinois 3 a récolté 686 millions.

Les salles obscures sont tenues de projeter, deux fois par semaine, aux meilleurs créneaux horaires, des films patriotiques à la gloire du Parti communiste chinois Dans cette guerre froide cinématographique, la Chine rêve de prendre l’avantage sur Hollywood. L’an dernier, à la faveur de la crise sanitaire, elle a inscrit son nom tout en haut de l’affiche : le pays est devenu le premier marché mondial du septième art, laissant le second rôle aux États-Unis. Une bascule historique. 2020, il est vrai, était atypique. L’empire du Milieu a remporté la joute financière, mais ce fut, en quelque sorte, faute de combattants : les salles de cinéma américaines sont restées longtemps fermées et la production de films « fabriqués aux États-Unis » s’est retrouvée à l’arrêt complet durant des mois. Pékin a profité de ce moment de faiblesse pour lancer les grandes manœuvres. Maintenant qu’elle a détrôné les États-Unis, la Chine compte bien conserver sa couronne et ne retient plus ses coups.

En avril, le Bureau chinois du film et le Service de propagande du Comité central du Parti communiste chinois ont tiré une première salve. Les deux organismes ont exigé que les cinémas privilégient, jusqu’à la fin de l’année, les films locaux. Et pas n’importe lesquels. Les salles obscures sont tenues de projeter, deux fois par semaine, aux meilleurs créneaux horaires, des films patriotiques à la gloire du Parti communiste chinois (PCC), dont le centenaire a été célébré début juillet.

Lien de cause à effet ? En 2021, le nombre de films américains diffusés dans le pays est en chute libre. Autour d’une vingtaine. Loin du quota officiel de 34 longs-métrages des É.-U. pourtant autorisés en Chine chaque année… Plus loin encore des 52 films yankees sortis en 2019 — en incluant les coproductions sino-américaines, qui permettent de contourner les quotas — et des 63 longs-métrages diffusés en 2018…

Lorsque les films hollywoodiens obtiennent néanmoins le feu vert, Pékin s’arrange souvent pour qu’ils ne soient pas mis en avant durant les périodes de forte affluence, comme le Nouvel An lunaire. Manière de laisser le champ libre aux productions nationales.

Vu des collines de Hollywood, la Grande Muraille n’a jamais semblé aussi haute à franchir. Ceux qui salivaient à l’idée de transformer ce marché gigantesque en un lucratif relais de croissance voient leurs espérances rapetisser sous les coups de boutoir du président Xi Jinping et de sa politique ultranationaliste.

Au point que les studios américains se retrouvent avec une migraine carabinée. Ce n’est pas Disney qui dira le contraire. La plus grande entreprise de divertissement au monde a récemment produit deux gros films, Mulan puis Shang-Chi et La Légende des dix anneaux, conçus notamment pour séduire le marché chinois. Le premier, un nouvelle version du dessin animé, est inspiré d’une ancienne légende de l’empire du Milieu. Ce long-métrage, qui a coûté 200 millions de dollars à produire, a bien été autorisé à sortir en Chine. Mais il a été immédiatement torpillé par la critique au motif d’avoir mal adapté à l’écran ce célèbre conte issu du folklore local. Sans parler des appels au boycottage du film en Occident, car des scènes avaient été tournées dans la région du Xinjiang (Turkestan chinois), où Pékin est accusé de violations des droits des Ouïghours.

La seconde mégaproduction, Shang-Chi et La Légende des dix anneaux est le tout premier film de super-héros Marvel à présenter un acteur asiatique dans le rôle principal en plus d’une distribution majoritairement asiatique. Un super-héros chinois, pour éviter Les Fourches caudines de la censure et s’ouvrir en grand les portes du premier marché au monde ? Disney s’en frottait déjà les mains. Raté. Lancée le 3 septembre aux États-Unis et à l’international, la superproduction n’a toujours pas de date de sortie prévue en Chine. Peut-être que les commentaires de la vedette du film, Simu Liu, qualifiant la Chine de pays du « tiers-monde », y sont pour quelque chose. Tenus en 2017, ces propos peu élogieux avaient opportunément refait surface sur les réseaux sociaux chinois en septembre…

Le four organisé de Croisière dans la jungle

Quand la Chine ne met pas son veto, c’est le public qui boude. Mi-novembre, Croisière dans la jungle (Jungle Cruise à Paris), le film d’aventures incarné par les vedettes Dwayne Johnson et Emilie Blunt, a récolté pour son premier week-end en Chine la somme dérisoire de 3,3 millions de dollars. Un fiasco au regard des 200 millions de dollars investis par Disney dans la production de cette superproduction. Pékin, il faut le dire, n’a pas vraiment aidé le film à percer. Il a donné son feu vert plus de trois mois après sa sortie en salle et en continu sur Disney+ aux États-Unis. Entre-temps, le piratage était passé par là.

Bref, Hollywood se retrouve dans une impasse. Au moment où la dépendance des studios américains à l’égard du marché chinois est la plus forte, Pékin ferme le robinet, pour des raisons réglementaires ou des questions de censure. Ces dernières années, en effet, les majors ont fait fructifier leur modèle en concentrant de plus en plus leurs investissements dans quelques grandes franchises. Impossible à présent de les faire prospérer sans les salles chinoises. L’empire du Milieu, qui pourrait cette année encore décrocher le titre de premier marché mondial du septième art, est devenu incontournable quand les films sont autorisés et projetés. La preuve : le neuvième opus de Rapides et Dangereux (Fast and Furious), par exemple, y a engrangé plus d’argent (204 millions de dollars) qu’aux États-Unis (173 millions de dollars). Dans le cas de Godzilla c. Kong, c’est même quasiment deux fois plus : 189 millions en Chine contre 100 millions outre-Atlantique. Tout l’inverse des superproductions chinoises. La Bataille du lac Changjin, numéro 1 des recettes cinématographiques mondiales, a réalisé l’intégralité de son chiffre d’affaires sur son marché intérieur…

En réussissant à gripper la machine hollywoodienne, Pékin remporte une manche. « Si j’étais un investisseur, je serais très préoccupé par une stratégie qui dépendrait de l’accès au marché chinois et des bonnes grâces des régulateurs chinois du cinéma », expliquait récemment au Financial Times Aynne Kokas, auteur de Hollywood made in China et professeur d’études à l’université de Virginie. De son point de vue, produire des films à gros budgets en prévision d’une sortie sur le marché chinois, mais sans la garantie qu’ils y soient projetés serait… « financièrement irresponsable ».

Bannis du marché chinois, les super-héros survivront-ils longtemps ? Venom, Veuve noire (Black Widow), avec Scarlett Johansson, ou encore Eternals, le dernier Marvel, n’ont pas obtenu leur passeport. Compliqué, dans ces conditions, d’atteindre et de dépasser le milliard de dollars de recettes au box-office mondial, comme au temps des Avengers. Sauf exception, les super-héros hollywoodiens n’ont donc pas fini de broyer du noir.

Source : Le Figaro (avec corrections)

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vendredi 10 septembre 2021

Douglas Murray : « nos politiques doivent penser aux conséquences à terme de l’immigration »

Douglas Murray
L’auteur de « L’Étrange Suicide de l’Europe », vaste enquête sur les vagues migratoires successives qui ont touché les pays d’Europe occidentale, alerte sur les conséquences du retrait des Américains d’Afghanistan. Une crise migratoire comparable à celle de 2015 est, selon lui, possible. Quoi qu’il arrive, les migrants continueront certainement à vouloir venir en Europe, assure le journaliste et essayiste britannique.

Après la crise migratoire de 2015, votre livre L’É­trange Suicide de l’Europe mettait en garde contre les conséquences des vagues migratoires successives. Le retour des talibans à Kaboul pourrait-il avoir les mêmes conséquences que la crise syrienne de 2015 ?

— Bien sûr. Il est probable que nous assisterons à un premier mouvement de véritables réfugiés, puis à un mouvement d’autres personnes se prétendant afghanes, puis enfin à un mouvement d’un autre groupe de migrants derrière elles, de toutes origines et sans doute assez nombreuses. L’Europe doit renforcer ses législations et son bras armé pour faire avec soin les distinctions qui s’imposent, chose que nous n’avons pas faite en 2015. Nous verrons dans les prochains mois si nos responsables politiques ont tiré des leçons du passé.

Y a-t-il un risque terroriste ? Plus largement, y a-t-il selon vous un lien entre insécurité et immigration ?

— Le risque de terrorisme est présent, évidemment. Notamment à cause des centaines de milliers d’armes laissées par les forces américaines lors de leur retraite ignominieuse et précipitée du pays. Il y aura certainement une insécurité supplémentaire due à une minorité parmi le grand nombre qui souhaitera à nouveau venir en Europe. Mais la menace beaucoup plus grande à mon avis n’est pas celle de la sécurité immédiate, mais celle de la sécurité de nos sociétés à long terme. Ceux qui s’opposent aux mouvements massifs de personnes vers l’Europe se concentrent souvent sur le point du terrorisme, car c’est à bien des égards l’argument le plus facile à faire valoir. Tout le monde s’oppose au terrorisme. Mais la question plus large, non violente et plus pertinente, est celle du long terme. Le sujet qui semble plus difficile à affronter pour les décideurs politiques européens, c’est celui sur lequel j’ai passé des années à essayer de les alerter : comprendre que les migrants continueront certainement à vouloir venir en Europe au cours des prochaines décennies. Il est malheureusement très peu probable que le niveau de vie et les libertés sociales de l’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient rattrapent les nôtres dans les prochaines années. Mon opinion est que l’Europe ne peut pas être le point de rassemblement de tous les réfugiés et demandeurs d’asile du monde. Nous le sommes devenus en partie par accident géographique et en raison de notre réussite économique et sociétale. Mais aussi et surtout parce que nos dirigeants politiques ne réfléchissent pas assez clairement aux conséquences à long terme des migrations de masse. Ils repoussent toujours ce sujet. Ils s’en débarrassent systématiquement, même lorsqu’ils en parlent très fort sur le moment.

Qu’est-ce qui a changé depuis ? Les dirigeants européens ont-ils évolué ?

— Peut-être. De toute évidence, un certain nombre de personnalités européennes comme Matteo Salvini tiennent une ligne forte. Le gouvernement autrichien n’a pas hésité à dire qu’il empêcherait toute répétition de 2015 à ses frontières. Plus significatif, ou plus surprenant, sont les discours de Berlin et de Bruxelles en ce moment. Ce qui est ressorti de la récente réunion des ministres européens peut procurer un petit optimisme, qui sera sans doute déçu en temps voulu. Mais cela suggère qu’ils sont au moins conscients que nous ne pourrons pas tolérer de nouveau ce qui s’est passé en 2015. Très souvent, les politiciens n’admettent pas leurs erreurs, mais on comprend qu’ils savent qu’ils en ont fait une quand la deuxième fois ils ne refont pas la même bêtise. Nous verrons bien.

Comment honorer notre tradition d’asile sans créer un appel d’air ?

— Je suis tout à fait favorable à la possibilité de donner asile aux personnes qui ont aidé et soutenu nos efforts en Afghanistan. Il est vital pour notre réputation, en dehors de tout autre chose, que nous ne soyons pas seulement loyaux envers nos amis, mais que nous soyons perçus comme étant loyaux envers nos amis. Au-delà de cela, il y a une vérité que nous ne voulons pas admettre qui est que notre politique d’asile est, en elle-même, une fiction polie. Elle repose sur le mythe que, face à la loi européenne, tous les demandeurs n’obtiendront pas satisfaction. Les voyages modernes ont érodé cette fiction, mais notre politique ne s’est pas adaptée à la réalité. Par exemple, nous pourrions vouloir donner l’asile à chaque femme qui se verra désormais interdire l’accès à l’éducation en Afghanistan. Mais pouvons-nous le faire ? Bien sûr que non. Pourtant, nous le prétendons, et ce que je déteste le plus dans cette prétention, c’est que nous pourrions en fait résoudre beaucoup plus de problèmes si nous la laissions de côté. Je n’aime pas non plus le fait qu’on ait dévoyé le droit d’asile en filière d’immigration qui consiste essentiellement à donner un sanctuaire à quiconque parvient à rejoindre l’Europe.

Le premier ministre britannique a annoncé un droit de séjour illimité pour les Afghans évacués depuis le 13 août et ayant travaillé pour le Royaume-Uni. Peut-il combiner cet accueil avec une politique d’immigration ferme ?

— Certainement pas. La Grande-Bretagne a déjà pris un engagement massif envers le peuple de Hongkong. Ce qui pourrait amener des centaines de milliers de résidents de Hongkong à déménager au Royaume-Uni. Je ne pense pas que nous puissions continuer à faire cela. Si noble que soit le but. Nous sommes tous, dans le monde moderne, coincés dans la pensée désastreuse que je décris dans mon livre, et nous avons besoin d’une nouvelle génération de penseurs et de politiciens pour nous sortir de la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. Le gouvernement britannique aura de sérieux problèmes avec son électorat s’il continue dans cette voie. Boris Johnson en particulier est en réalité très favorable à la migration de masse, mais il fait parfois des effets de manches anti-immigration quand il pense que cela l’aidera. Pourtant, il semble inquiet d’être perçu comme anti-immigration de masse. Et si vous êtes arrivé au pouvoir en promouvant une politique et que vous en menez une autre, vous ne pouvez guère vous attendre à la loyauté de vos électeurs. Mais c’est la tragédie constante du Parti conservateur. Il exige la loyauté des électeurs envers lesquels il ne montre aucune loyauté ou affection particulière en retour.

Le Brexit a-t-il permis à la Grande-Bretagne de reprendre le contrôle de ses frontières ?

— Dans une large mesure, oui. Nous pouvons maintenant faire nos propres erreurs. La plus grosse est de ne pas avoir un meilleur arrangement avec la France sur la route de la Manche. Cela n’a aucun sens que le Royaume-Uni paie les Français pour surveiller leurs propres plages. Mais nous savons tous que des deux côtés, ce sujet est un objet de mise en scène politique.

Au-delà de la question des réfugiés afghans et d’une éventuelle vague migratoire, l’Europe doit-elle revoir sa politique d’immigration légale ?

— Nous devons d’urgence reconnaître que nous ne pouvons pas être le seul endroit sur terre qui accueille tous ceux qui veulent une vie meilleure. Ce qui n’empêche pas de continuer à être ce que nous sommes. Ces dernières années, le mouvement migratoire a été trop rapide, trop intense et de nature trop éloignée de ce que nous sommes. Nous le savons tous, et nous savons que ce flux massif ne peut pas continuer. Mais on y pense mal,sans stratégie de long terme.

Une enquête de France Stratégie révélait récemment que la proportion d’enfants immigrés ou d’enfants d’immigrés d’origine non européenne a fortement augmenté au cours des trois dernières décennies dans plusieurs grandes villes de France, au point d’être parfois majoritaire. Sommes-nous à l’heure des bouleversements démographiques ? Quelles sont les conséquences ?

— C’est un changement massif - peut-être le plus important - de notre vie. Et pourtant, quiconque l’identifie, le dénonce ou même simplement le regrette, est qualifié de théoricien du complot ou de fanatique. Donc on n’avance pas. Parce que nous ne sommes pas autorisés à agir en quoi que ce soit sur des faits que, pourtant, tout le monde connaît, voire expérimente. La liste des responsables politiques français qui ont été ostracisés en la matière est aussi longue que celle que du Royaume-Uni.

Qu’est-ce qui est en jeu ?

—  Je crains que toute notre culture, je dis bien absolument TOUT, soit en jeu. J’aimerais que nous restions semblables à ce que nous étions et que nous puissions continuer à développer ce qui nous a rendus grands, ce qui donne envie au monde de venir ici. Mais je crains qu’il ne soit trop tard. Nos politiciens font de l’Europe un carrefour de rassemblement pour le monde entier. Une sorte de vaste ONU, où la Chine resterait pour les Chinois, l’Inde pour les Indiens, mais où l’Europe, elle, serait ouverte à tous. Il y a des avantages à un tel mélange s’il demeure limité dans le temps et de faible ampleur. Mais à long terme et dans de telles proportions, je pense que c’est une erreur, une très grande erreur. Tout est en jeu, pourtant on prétend à la fois que ça n’a pas d’importance et que c’est trop gros pour changer. Nous ne leurrons que nous-mêmes. ■

Source : Le Figaro Magazine