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samedi 1 août 2026

Gary Caldwell sur l'étatisation de l'école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Gary Caldwell est professeur de sociologie à la retraite. Membre de l’Institut québécois de recherche sur la culture, il a enseigné à tous les niveaux éducatifs québécois. Avec Pierre Anctil, il a notamment fait des études sur l’histoire des Juifs au Canada. Il a été membre de la Commission des États généraux sur l’éducation. Dans le n° 14 de la revue Égards (2006-2007), il revenait sur l’étatisation et la concentration de l’éducation au Québec (1965 — 2005). Extraits, les intertitres et les textes entre crochets sont de nous.

[Lors d’une visite auprès d’une école en Estrie en 2005, Gary Caldwell se voit confronté « six fois en vingt minutes » par des questions d’élèves similaires et qui tranchent avec l’opinion des adultes de la région. En l’occurrence, les élèves demandaient au professeur d’expliquer « Pourquoi êtes-vous contre le mariage [dit] gai ? » Chaque élève voulant bien faire ou bien paraître en l’interrogeant de la sorte.]

J’ai par conséquent rencontré des élèves qui, trop jeunes pour être parvenus par eux-mêmes à une position réfléchie sur cet enjeu social et maintenant politique, se trouvent déjà endoctrinés au nom d’un nouveau dogme que leurs parents n’ont pas encore accepté. C’est une expérience qui m’a, il n’y a pas d’autres mots, affligé.

Comment se fait-il que l’école véhicule auprès de ces jeunes un dogme encore étranger à leur propre milieu (le vote de leurs parents en est la preuve) ? Comment se fait-il que l’école ne reproduise pas la culture du milieu où elle se trouve ? Au contraire, les élèves ont voté massivement, lors de leur élection simulée, contre le Parti conservateur. [...] Qui est responsable de cette déculturation ?  [...]

[L]es élèves sont pris en charge par des enseignants. De quelle institution sociale ces professeurs se conçoivent-ils les agents ? Autrement dit, quelle est leur allégeance sociale ?

Leur allégeance, pour des raisons purement bureaucratiques, n’est pas envers la société civile dans laquelle se situe l’école elle-même : en effet, ils ne viennent pas de la [petite ville locale]. [Techniquement, ils dépendent] de la commission scolaire [locale, abrégée en C.S.], qui, elle, dépend entièrement de l’État sur le plan constitutionnel.

Les commissions scolaires sous tutelle, les contribuables locaux sans pouvoir

Depuis 1998, année où l’on a abrogé l’article 93 de la Constitution de 1867, les C.S. n’ont plus aucun statut constitutionnel en dehors de la législature du Québec. Autrement dit, rien ne fait obstacle à l’administration des écoles par l’État, et la province pourrait même, à son gré, supprimer les C.S., ce que le Nouveau-Brunswick a déjà fait. De plus, sur le plan financier, les C.S. dépendent à 85 % de l’État [plutôt que des contribuables locaux]. À la suite de l’instauration d’une négociation collective centralisée à la fin des années 70, elles n’ont d’ailleurs plus qu’un pouvoir très limité sur la gestion de leur personnel enseignant, si ce n’est celui d’administrer mécaniquement des conditions de travail et des salaires établis par l’État. [...]

En conséquence, il n’est pas étonnant que les enseignants se décrivent eux-mêmes comme des employés de l’État. Ainsi, les élèves [de la ville] sont scolarisés par un appareil proprement étatique, qui échappe presque totalement à l’emprise locale des parents et des contribuables [de cette région]. [Rappelons que dans la vision traditionnelle, les enseignants sont au service des parents qui détiennent l’autorité parentale et éducative. Les parents choisissent l’école et ses enseignants pour leur compétence et leur adéquation avec leurs valeurs pour ensuite leur déléguer l’autorité parentale le temps de la classe.] [...]

L’éducation au Québec, avant sa « modernisation »

[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O] n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.

[Si les écoles étaient inspectées par des inspecteurs de l’État et les collèges classiques par les autorités ecclésiastiques et les universités qui décernaient les baccalauréats,] l’administration et le choix des enseignants incombaient à la société civile : commissions scolaires, sociétés religieuses ou corporation publiques. Il n’y avait pas de ministère de l’Éducation. [...]

De l’importance de laisser participer la société civile à l’éducation

[L]es membres de la société civile [locale donc] assumaient eux-mêmes la responsabilité de l’éducation de leurs enfants, soit au niveau des C.S., des corporations publiques ou des sociétés religieuses (où toute famille avait de la parenté). Les sentiments de fierté et de dignité que procurent la prise en charge et l’acquittement d’une telle responsabilité sont une facette de la « responsabilisation citoyenne » sans laquelle il n’y a pas de liberté au sens où on l’entend en Occident. [...]

Le rapport Parent et sa « révolution scolaire »

Sans hésiter, les membres de cette élite culturelle et politique [du début des années 60] ont décidé que les établissements d’éducation, dont ils étaient eux-mêmes issus, étaient inadéquats, chose étonnante lorsque l’on connaît la qualité exceptionnelle de leur formation. [Caldwell, lui-même né en Ontario, raconte comme il fut impressionné lors de rencontres au début des années 60 par l’envergure culturelle, la conscience historique et sociale, la compétence intellectuelle et le savoir-vivre de ces membres de l’élite québécoise qui « dépassaient de loin ceux des Anglo-canadiens du même groupe ».]

[Survient le rapport Parent dont Caldwell résume les conclusions ainsi] :
  1. on assiste à une expansion majeure du système [éducatif] qui a doublé depuis 5 ans, une expansion similaire est à prévoir dans les 5 prochaines années ;
  2. l’éducation au Québec n’est pas assez « démocratique », c.-à-d.. trop loin de l’égalité des chances ;
  3. la formation « scientifique » et « technologique » manque pour répondre aux besoins d’une société « moderne »
  4. il faut un « système d’éducation » orchestré par l’État ;
  5. il faut un ministère de l’Éducation pour rationaliser, coordonner, planifier et financer ce système.
[Caldwell poursuit]

On ne s’est même pas posé la question de savoir comment le régime existant avait pu s’adapter à l’augmentation des effectifs scolaires, qui avaient doublé de 1947 à 1961, et ce, sans ministère de l’Éducation !

Quant au danger que le nouveau ministère ne devienne un instrument d’endoctrinement comme, disait le rapport, on venait de le voir en Allemagne et en Russie, on prévoyait le contrer en maintenant l’ancien Conseil supérieur de l’éducation, lequel conserverait ses fonctions de surveillance, devant aussi celui qui veille à ce que l’État n’abuse pas de son pouvoir. Cette recommandation du rapport entrait en contradiction avec le peu d’estime dont il faisait preuve à l’égard du Conseil existant, un corps dormant qui ne servait qu’à convoquer et à chapeauter le Comité catholique et le Comité protestant [les deux réseaux scolaires de l’époque]. Mais si l’État était seul capable de prendre l’éducation en main, de quoi serait faire l’indépendance d’un Conseil dont les membres sont nommés en majorité par l’État lui-même ?

[Les rapporteurs ont la conviction d’avoir le mandat de faire une « révolution » en éducation, combinée à une volonté d’éliminer l’influence de l’Église au profit du seul État.]

Cela a fait de ses auteurs les jacobins d’un nouvel étatisme. Des jacobins doivent confirmer leur légitimité en infirmant celle de leur propre histoire, ce qui s’est produit dans la subséquente rhétorique de « la Révolution tranquille » à propos de « la grande noirceur », processus idéologique qui a été documenté et mis en lumière deux décennies plus tard. [...]

De surcroît, il est absolument remarquable de constater à quel point, dans le rapport Parent, l’on renie sa propre éducation : l’institution du « collège classique » ne figure simplement pas, concrètement, dans le rapport. Le vocable même ne s’y retrouve pas. On s’y réfère dans l’abstrait, comme exemple d’un problème, à savoir l’insuffisance de l’enseignement québécois face au monde moderne : une éducation trop orientée vers un monde qui n’existe plus, une éducation « libérale » réservée à une élite ; une éducation où la science et la technologie ne sont pas suffisamment à l’honneur. Et tout cela sans jamais prononcer (je n’en ai trouvé trace), dans cinq volumes, l’expression « collège classique » [le nom habituel de ces établissements dont était issue l’élite...] Ce constat est assez révélateur : silence absolu sur ces collèges, apparus vers le début du XIXe siècle, qui étaient au moins une centaine en 1960, à travers le Canada français (sauf, curieusement, dans Charlevoix), et par où étaient passés tous les détenteurs d’une formation universitaire. Cela ressemble à un refoulement collectif, au sens freudien.

(à suivre)

Voir aussi

Ministre Proulx : le ministère de l’Éducation créé pour s'assurer que tous aient accès à l’école (Vraiment ?)

mardi 24 février 2026

Québec et Californie : des étudiants internationaux très différents tant par leur proportion que leur nature

Le Québec accueillait en 2024 environ 120 000 étudiants internationaux (fin 2025, ce chiffre serait tombé à 105 000), tandis que la Californie en comptait 237 763 selon les données SEVIS 2024. Rapporté à la population — 9 millions pour le Québec, 39 millions pour la Californie — cela représente environ 1,33 % de la population au Québec contre 0,61 % en Californie, ce qui montre que la proportion d’étudiants étrangers était plus du double au Québec.

Ventilation par type d’institutions

Ce qui distingue notablement le Québec, c’est la répartition des étudiants internationaux entre les institutions. Contrairement à la Californie, où la majorité se concentre dans les universités et les community colleges, le Québec voit une part significative s’inscrire dans les cégeps, les collèges privés et les programmes de formation professionnelle, souvent de courte durée. Ces programmes visent un accès rapide au marché du travail et ouvrent fréquemment la voie à un permis de travail temporaire ou à la résidence permanente, plutôt qu’à une formation académique de pointe.

Remarque : Aux États-Unis, le terme private colleges englobe souvent toutes les institutions privées postsecondaires, incluant des universités privées. Au Québec, un collège privé fait référence à des établissements postsecondaires non subventionnés par l’État, distincts des universités. Exemples de collèges privés en Californie : University of Southern California (dizaines de milliers d’étudiants tous niveaux confondus),  University of the Pacific — université privée historique présente à Stockton, San Francisco et Sacramento,  Pepperdine University, Claremont McKenna College,  Santa Clara University, Loyola Marymount University, Concordia University Irvine, Azusa Pacific University, etc.

Des conséquences concrètes

Cette configuration particulière a plusieurs implications :
  • Accès rapide au marché du travail : les programmes courts permettent à de nombreux étudiants étrangers d’obtenir un emploi plus rapidement, ce qui facilite l’obtention d’un permis de travail temporaire ou la transition vers la résidence permanente.
  • Formation ciblée sur des emplois de niveau moyen : ces programmes ne forment pas nécessairement des experts ou des chercheurs de pointe, mais répondent à des besoins immédiats du marché, souvent dans des secteurs déjà en tension, comme l’informatique, la santé ou la mécanique spécialisée.
  • Pression sur les infrastructures : la forte concentration d’étudiants internationaux dans les cégeps et les collèges privés exerce une pression sur le logement étudiant, le transport, les services publics et même sur l’encadrement pédagogique.
  • Dépendance aux flux migratoires temporaires : cette stratégie renforce la dépendance du Québec à une immigration temporaire pour combler les besoins du marché du travail, plutôt que de former localement une relève à long terme.
Une croissance rapide promue politiquement

Le nombre d’étudiants étrangers au Québec est passé de 45 000–50 000 en 2014–2015 à plus de 110 000–120 000 en 2023–2024. Cette expansion rapide n’est pas un phénomène spontané : elle a été largement encouragée par des politiques gouvernementales successives, avant que le gouvernement Legault ne tente de plafonner les admissions dans certains programmes en 2024 pour limiter la pression sur les services publics et le marché du logement.

En Californie, la répartition est très différente : les étudiants internationaux se concentrent dans des universités où la formation est universitaire et plus longue, plutôt que centrée sur des programmes courts orientés vers le marché du travail.

vendredi 2 janvier 2026

Québec — Augmentation du solde bancaire requis pour les étudiants étrangers

Le gouvernement du Québec exige désormais que les étudiants étrangers disposent de près de 10 000 dollars supplémentaires sur leur compte bancaire pour pouvoir étudier dans la province. 

À compter du 1er janvier, les étudiants étrangers devront disposer d'au moins 24 617 dollars sur leur compte bancaire. Ce montant est en hausse par rapport aux 15 508 dollars exigés auparavant pour un étudiant célibataire de plus de 18 ans et aux 7 756 dollars exigés pour un étudiant de 18 ans ou moins. À cela s’ajoutent les droits de scolarité ainsi que les frais de transport pour effectuer l’aller-retour depuis leur pays d’origine.

Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration affirme que cette exigence vise à mieux aligner les critères d’admission sur les conditions économiques actuelles au Québec.

Selon le ministère, cette nouvelle mesure permettra aux étudiants étrangers d’être mieux préparés « aux réalités du Québec », explique la porte-parole du ministère, Émilie Vézina. « Les modifications réglementaires ont été élaborées dans une optique de mieux refléter l’évolution rapide du coût de la vie » [l'inflation!], a-t-elle répondu au Devoir par courriel.


Pour effectuer cette révision de la somme nécessaire et éviter « autant que possible d’accueillir des étudiants étrangers qui pourraient se retrouver dans une situation de grande vulnérabilité », le ministère se base désormais sur la mesure du panier de consommation (MPC). Celle-ci estime combien il en coûte pour couvrir les besoins de base, comme le logement, l’alimentation, l’habillement, le transport et les dépenses essentielles du quotidien, à partir du budget d’une famille type, ajusté selon la région et la taille du ménage. La MPC est révisée annuellement.

Il s'agit de la plus récente restriction imposée par le gouvernement Legault au système d'enseignement supérieur de la province, après avoir imposé des hausses de frais de scolarité pour les étudiants hors province et internationaux, des exigences en matière de maîtrise (de base) du français pour les étudiants de premier cycle non québécois et des plafonds pour l'admission des étudiants internationaux. Les taux d'admission ont chuté dans les universités québécoises.

mercredi 4 juin 2025

2350 étudiants étrangers ont demandé l’asile au Québec depuis le début de 2025

Le nombre d’étudiants étrangers qui prétendent être des réfugiés continue de grimper. Malgré des contrôles plus stricts imposés par Québec et Ottawa, les écoles québécoises sont toujours massivement utilisées comme tremplins d’immigration pour obtenir un statut de réfugié par des ressortissants arrivés au pays grâce à un permis d'études.

Selon les données obtenues auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), 2350 étudiants étrangers ont demandé l’asile au Québec au cours des quatre premiers mois de l’année. C’est la moitié du nombre de requêtes enregistrées en 2024, et autant que pour l’année 2023 en entier.


Si la tendance se maintient au cours des prochains mois, un nouveau record de ressortissants admis dans un établissement d’enseignement québécois et ayant requis un statut de réfugié pourrait donc être fracassé.

Selon le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, le résultat du resserrement des règles tarde à se faire sentir parce que les permis d’études octroyés dans le passé sont encore valides.

"Les permis d’études sont généralement valables pour la durée du programme d’études, qui s’étend souvent sur plusieurs années. En guise d’exemple, une personne ayant demandé l’asile en 2024 peut l’avoir fait avec un permis d’études approuvé en 2022", explique la porte-parole du ministère, Isabelle Dubois.

Dans les dernières années, l’augmentation du nombre de visas de résident temporaire octroyés par Ottawa s'est accompagnée d'une hausse majeure du nombre de demandeurs d'asile.

Face à de nombreux abus du système, des mesures ont été prises pour améliorer l’intégrité des processus d’immigration, dont celui destiné aux étudiants étrangers.

Près de 12 000 étudiants ont demandé l’asile depuis 2020

Le nombre d’étudiants étrangers devenus demandeurs d’asile a explosé depuis cinq ans au Québec, passant de 340 personnes en 2020 à 5535 personnes en 2024.


Pour l’ensemble de la province, ce sont 11 865 étudiants étrangers qui ont fait une requête pour obtenir un statut de réfugié, à ce jour.

Selon Ottawa, un demandeur d’asile est une personne qui demande la protection du Canada parce qu'elle ne se sent pas en sécurité dans son pays pour diverses raisons comme une menace à sa vie ou un risque de torture.

"Le nombre de demandes d'asile ne reflète pas la qualité ou la rigueur de l'évaluation préalable d'un visa, d'un permis d'études ou d'un permis de travail. Au moment de la demande, tous les demandeurs de statut de résident temporaire doivent convaincre un agent qu'ils ont des liens suffisants avec leur pays d'origine, notamment en ce qui concerne leur situation familiale et économique, et qu'ils quitteront le Canada à l'expiration de leur statut", souligne la responsable des relations avec les médias d’IRCC, Isabelle Dubois.

"Certains résidents temporaires viennent au Canada en tant que véritables visiteurs, étudiants ou travailleurs et choisissent ensuite de demander l'asile en raison de l'évolution [prétendue] de la situation dans leur pays d'origine", précise-t-elle.

L’UQAC toujours au sommet du classement

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) remporte la palme dans la province avec 1145 ressortissants étudiants qui ont demandé l’asile depuis 2020. Elle est suivie de près par l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui compte 1005 demandes pour la même période.

Entre janvier et avril 2025, 190 personnes admises dans un des programmes de l’UQAC ont d’ailleurs demandé la protection du gouvernement canadien. Seul le campus Trois-Rivières du Collège Ellis a coiffé l’université saguenéenne à ce chapitre avec 215 demandes d’asile depuis le début de l’année.

La direction de l’UQAC assure qu’elle ignorait que la problématique continue de prendre de l’ampleur. L'établissement a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada.

"Il s’agit d’une situation préoccupante, mais pour laquelle nous n’avons malheureusement aucun contrôle", indique par écrit la porte-parole de l’université, Marie-France Audet.

"Nous ne sommes pas en mesure de connaître les intentions des étudiants internationaux au moment de leur admission. Nous les sélectionnons en fonction de leur dossier académique. C’est la première étape de leur démarche. Par la suite, chacun fait ses demandes de permis auprès des gouvernements, ce volet ne dépend pas de nous. Ceux qui entrent au Canada et qui prennent un autre chemin, nous n’avons aucun moyen de le savoir", ajoute-t-elle.

Appât du gain des établissements

L’université a été montrée du doigt récemment concernant son laxisme dans la sélection de la clientèle internationale. Des sources ont indiqué qu’il s’agit d’une "passoire" et que l’établissement qui accueille un très grand nombre d’étudiants étrangers a été aveuglé par l’appât du gain.

La population étudiante étrangère a quintuplé dans les 10 dernières années à l’UQAC. Actuellement, un étudiant sur trois provient de l’international.

Une enquête de Radio-Canada avait révélé en avril qu’un réseau d’organisations africaines malveillantes offrait de fausses lettres d’admission de l’université à de futurs étudiants africains ou permettait de demander l’asile sans même fréquenter l’établissement scolaire.

Long délai de traitement des demandes 

Depuis décembre 2012, 280 825 demandes d’asile déférées n’ont pas encore été réglées au Canada d’après la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

Selon l’avocat spécialiste en immigration Richard Kurland, qui s’intéresse depuis longtemps au commerce lucratif entourant les permis d’études, si quelqu’un dépose une demande d’asile aujourd’hui, il n’y a pas d’audience avant 2029 pour la traiter.

"À moins qu’Ottawa n’augmente les ressources pour accélérer le processus, c’est devenu une cible facile pour les abus", affirme l’avocat. [Une autre solution consisterait à refuser en bloc des demandes de prime abord fantaisistes provenant d'étudiants de pays où la situation n'a pas changé dramatiquement depuis la demande de visa étudiant.]

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, lorsqu’un demandeur d’asile est en attente d’une décision, il peut bénéficier de l’aide sociale, de l’éducation, des services de santé, de l’hébergement d’urgence et de l’aide juridique.

Richard Kurland croit que la solution est de diminuer le nombre de visas délivrés. Selon lui, Ottawa doit encore hausser le montant des ressources financières requises pour étudier au Canada.

Le gouvernement devrait "exiger la preuve que la personne possède suffisamment d’argent en banque pour couvrir toute la durée des études au Canada".

"Cela réduira le nombre total de permis d’études. De plus, comme les personnes [qui obtiennent le permis] seront riches, elles bénéficieront d’un niveau de vie extrêmement élevé dans leur pays d’origine, ce qui les incitera moins à demander le statut de réfugié", soutient-il.

Selon l’avocat spécialiste en immigration Richard Kurland, les demandes d'asile liées aux permis d'étude sont « une cible facile pour les abus ». 

Québec a déjà annoncé vouloir revoir ses exigences financières pour les étudiants étrangers.

L’avocat Richard Kurland croit qu’on doit apprendre des erreurs de nos voisins du sud.

"On a déjà vu ce rodéo. Aux États-Unis, il fallait attendre 30 ans pour obtenir une audience sur le statut de réfugié, et c’est ainsi que les Américains se sont retrouvés avec 11 millions de clandestins… et le président Trump."

Plus de 1200 demandeurs d’asile au Saguenay-Lac-Saint-Jean

L’UQAC n’est pas le seul établissement scolaire de sa région à voir ses étudiants étrangers se transformer en demandeurs d’asile.

Neuf autres écoles font partie des statistiques du ministère. Le pavillon Oasis du centre de formation professionnelle du Grand-Fjord cumule 25 requêtes de statut de réfugié depuis 2020.

Les cégeps de Jonquière et de Chicoutimi suivent de près avec respectivement 20 et 15 demandes d’asile.

Au total, les établissements du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont cumulé un peu plus de 1200 demandes d’asile dans les cinq dernières années. Cela représente 10 % du nombre total des demandes d’immigrants temporaires arrivés au Québec avec un permis d’études.

Récemment, Radio-Canada a d'ailleurs révélé que, tout comme les universités, les cégeps ont pâti du recrutement d’étudiants africains par des agences malveillantes.


mercredi 9 avril 2025

Enseigner à une génération qui s’ennuie

Texte de Francis O’Shaughnessy publié dans Le Devoir, l’auteur est professeur dans un cégep à Montréal.

J’enseigne à des étudiants qui ont une fixation maladive sur les écrans. Ils sont dépendants aux réseaux sociaux, aux séries et aux jeux vidéo et passent la majeure partie de leurs temps sur leurs machines sophistiquées. Quand j’arrive en classe, je les salue. Tous ont la tête baissée, happée par leur téléphone intelligent. À l’habitude, il y a peu de réactions ; un ou deux bonjours isolés, mais souvent, je fais face à un silence total. Devrais-je enseigner en langage SMS pour capter leur attention ?

Depuis 2020, je m’interroge sur ma motivation à enseigner et si mon rôle a encore un sens. Mes salles de classe sont loin du lieu d’échange et de savoir auquel j’aspirais. Ce siècle, empreint de vacuité, a engendré des générations qui s’ennuient, qui éprouvent un profond vide intérieur et qui trouvent refuge dans une réalité virtuelle illusoire.

Le désintérêt d’une génération pour le travail

Les jeunes de la génération Z sont de plus en plus passifs en classe, ayant du mal à se concentrer et à participer activement. Ils montrent également une nette aversion à s’investir dans leurs lectures, à construire des textes cohérents et à communiquer efficacement. Ils se tournent souvent vers l’intelligence artificielle pour compenser ces lacunes, et leurs créations artistiques manquent d’originalité et de profondeur.

Depuis quelques années, j’observe avec inquiétude le désintérêt des étudiants pour le travail intellectuel et plastique. Depuis la pandémie, mes classes se vident progressivement dès le troisième cours, car la présence en classe n’est pas obligatoire, mais fortement encouragée, surtout en atelier pratique. Sur les 25 personnes qui composent mes groupes, seulement 12 assistent réellement aux cours sur une base régulière. Ainsi, à mon cégep, l’absentéisme et les retards en classe sont un problème majeur qui touche toutes les disciplines.

De plus, nous n’avons pas en application la notion du double seuil, c’est-à-dire l’obtention de 60 % pour l’ensemble de la session et pour l’épreuve certificative. Ainsi, une nouvelle tendance est apparue chez les étudiants : l’absence aux examens finaux. Dans mes classes, la participation aux évaluations de fin de session s’élève à 10 étudiants sur un effectif de 25, les autres ayant choisi de ne pas se présenter en raison de l’obtention préalable de la note de passage de 60 %. Cette tendance nous amène à penser que le dépassement de soi n’est pas une priorité, signe d’un désintérêt pour l’effort, la progression personnelle et la cote R (un indicateur de performance scolaire utilisé au Québec pour l’admission à l’université). Cela soulève aussi des inquiétudes sur leur capacité à relever les défis futurs.

jeudi 27 février 2025

Québec impose un plafond d'étudiants étrangers aux établissements d'enseignement supérieur

Le Québec s’apprête à restreindre l’accès des étudiants étrangers à son réseau d’enseignement supérieur.
 

Étudiants du collège privé LaSalle

Après s’être octroyé le pouvoir de limiter leur nombre, le gouvernement Legault met en œuvre sa décision : les demandes de certificats d’acceptation du Québec (CAQ), indispensables à l’obtention d’un permis d’études, seront réduites de 20 %. Attribués au nombre de 156 647 en 2024, ces certificats ne seront plus que 124 760 en 2025, chaque établissement se voyant imposer un quota.

Établissements privés servant souvent de passerelle à l’immigration permanente visés

Cette réduction frappe d’abord les établissements privés, en particulier les formations menant à une attestation d’études collégiales (AEC). La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, déplore que ces formations de courte durée — en administration, courtage immobilier ou design, entre autres — servent trop souvent de passerelle vers la résidence permanente. Certains collèges, tels que LaSalle, Ellis, Universel et l’Institut Teccart, figurent parmi ceux qui accueillent le plus d’étudiants étrangers et sont directement visés.


Des protections ciblées pour certains programmes

Le gouvernement fait toutefois exception pour les formations dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l’éducation, ainsi que pour certains programmes spécialisés en région, notamment en aviation. En revanche, le nombre d’étudiants étrangers dans les formations techniques et préuniversitaires sera figé au niveau de 2024, une mesure provisoire d’un an, en attendant une refonte plus large de la politique d’immigration temporaire.

Le gouvernement Legault veut prendre en considération sa planification pluriannuelle de l’immigration — qui inclura pour la première fois l’immigration temporaire — pour définir les seuils pour les trois prochaines années dans le milieu de l’enseignement.

« La première étape, c’est de freiner cette croissance qu’on a eue au cours des dernières années, pour toute la pression que ça crée sur les services publics, sur le logement [des étudiants] dans mon cas », illustre la ministre. Le nombre d’étudiants étrangers ayant un permis d’études valide a explosé au Québec de 2014 à 2023, passant de 50 000 à 120 000, une hausse de 140 %, selon le gouvernement.

Les universités également concernées

À l’instar des cégeps, les universités ne subiront pas de réduction stricte, mais verront leur nombre d’admissions stabilisé au niveau de 2024, année où une baisse avait déjà été constatée sous l’effet des restrictions fédérales. La ministre se défend de toute atteinte à l’autonomie des établissements, affirmant qu’ils conserveront la gestion de leurs quotas.

Alors que les cégeps et universités s’étaient opposés à ces réformes, le gouvernement maintient le cap. Il invite désormais les établissements à participer aux consultations sur l’immigration prévues ce printemps, tout en soulignant la nécessité de mieux sélectionner les étudiants pour assurer leur venue effective au Québec.

jeudi 16 janvier 2025

Près de 50 000 étudiants étrangers signalés comme « absents » des universités et collèges canadiens

Des gens passent devant des bannières invitant les étudiants à étudier au Canada et ailleurs à l’étranger sur un marché d’Amritsar, dans l’État du Pendjab, dans le nord de l’Inde, le 15 octobre 2024.

Près de 20 000 étudiants indiens ont été signalés en infraction avec leur visa d’étudiant par leur absence dans les universités et collèges supérieurs où ils étaient censés étudier.

Près de 50 000 étudiants étrangers ayant reçu un permis d’études pour venir au Canada ont été déclarés « absents » dans les collèges et les universités où ils étaient censés suivre leurs cours, selon les chiffres du gouvernement pour deux mois au printemps dernier.

Les chiffres obtenus par le Globe and Mail montrent que les étudiants non conformes représentaient 6,9 % du nombre total d’étudiants étrangers enregistrés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Le ministère de l’Immigration exige des universités et des collèges qu’ils indiquent deux fois par an si les étudiants étrangers sont inscrits et vont en classe conformément à leur permis d’études.

Le Régime de conformité des étudiants étrangers, mis en œuvre en 2014, a été conçu pour aider à repérer les faux étudiants et aider les provinces à identifier les écoles douteuses.

En mars et avril 2024, les collèges et universités ont signalé à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) des étudiants provenant de 144 pays. Les dix premiers pays d’origine des étudiants ayant enregistré le plus grand nombre de « non-présentations » ce printemps-là présentaient des taux de non-conformité très variables.

Il s’agit notamment de 2,2 % pour les Philippines (688 étudiants ne se présentant pas), 6,4 % pour la Chine (4 279 étudiants ne se présentant pas), 11,6 % pour l’Iran (1 848 étudiants ne se présentant pas), 22,5 % pour le Cameroun, 24 % pour l’Algérie, 34,8 % pour le Congo (RDC) et 48,1 % pour le Rwanda (802 étudiants ne se présentant pas).


Henry Lotin, ancien économiste fédéral et expert en immigration, a déclaré qu’un moyen de limiter les abus du système serait d’exiger des étudiants étrangers qu’ils paient les frais d’inscription avant de venir au Canada.

Sur le total des absences, près de 20 000 étudiants indiens — soit 5,4 % du nombre total d’étudiants indiens suivis par l’IRCC — ont été signalés comme n’étant pas en règle avec leur visa d’étudiant et ne se rendant pas dans les écoles où ils étaient censés étudier.

Le mois dernier, les autorités indiennes chargées de l’application de la loi ont déclaré qu’elles enquêtaient sur des liens présumés entre des dizaines d’établissements d’enseignement supérieur au Canada accueillant des étudiants étrangers et deux « entités » en Inde qui seraient impliquées dans le trafic illégal de personnes à la frontière entre le Canada et les États-Unis. Au lieu d’étudier au Canada, les étudiants auraient franchi illégalement la frontière vers les États-Unis.

La Gendarmerie royale du Canada a déclaré dans un communiqué qu’elle avait pris contact avec l’Inde par l’intermédiaire de ses officiers de liaison de la police internationale afin d’obtenir des informations supplémentaires sur l’enquête.

M. Lotin, fondateur de la société de conseil Integrative Trade and Economics, a déclaré que la plupart des étudiants indiens qui ne s’étaient pas présentés à leur école n’avaient probablement pas franchi la frontière pour entrer aux États-Unis, mais qu’ils étaient probablement encore au Canada, qu’ils travaillaient et qu’ils avaient l’intention de s’y installer. L’année dernière, le nombre d’étudiants étrangers demandant l’asile au Canada a connu une augmentation record.

M. Lotin a déclaré qu’un « très petit sous-ensemble se rendait aux États-Unis. La plupart aspirent à travailler et à devenir des résidents permanents du Canada ».

Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a durci les règles applicables aux étudiants étrangers en novembre afin de lutter contre les abus. Les établissements d’enseignement supérieur qui ne soumettent pas de rapports de conformité peuvent désormais se voir interdire d’accueillir des étudiants étrangers pendant une période pouvant aller jusqu’à un an.

IRCC effectue des contrôles supplémentaires sur les étudiants qui semblent ne pas respecter les conditions de leur permis d’études, délivré aux étudiants qui ont été acceptés dans un collège ou une université du Canada.

« Le Canada a constaté une augmentation de l’exploitation de ses visas de résident temporaire, y compris des étudiants. Ce qui était autrefois un programme de résidents temporaires à faible risque est aujourd’hui considéré comme plus risqué en raison des changements intervenus dans le contexte migratoire mondial, notamment le nombre croissant de conflits et de crises, l’augmentation des abus et des fraudes, ainsi que l’augmentation du trafic organisé », a déclaré Renée LeBlanc Proctor, porte-parole de M. Miller.

« Le Canada est également conscient du fait que des personnes traversent irrégulièrement le territoire américain depuis le Canada, souvent avec l’aide de réseaux de passeurs ou de contrebandiers ».

Selon les chiffres de l’IRCC, 49 676 étudiants étrangers inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur canadiens n’ont apparemment pas respecté les conditions de leur visa et ne se sont pas présentés pour étudier. En outre, les collèges et universités n’ont pas signalé le statut de 23 514 autres étudiants internationaux, ce qui représente 3,3 % des dossiers de l’IRCC.

« D’une manière générale, cela montre qu’au moins 10 % des détenteurs de visas d’étudiants sont portés disparus », a déclaré M. Lotin. « Pour la première fois, nous disposons de données définitives. On se demande encore où se trouvent tous les détenteurs de visas étudiants. »

Un autre problème souligné par M. Lotin est la différence entre Statistique Canada et le ministère de l’Immigration en ce qui concerne le suivi du nombre d’étudiants étrangers.

« Statistique Canada, qui a sa propre méthode de calcul de la population, indique qu’il y avait plus d’un million de titulaires d’une carte d’étudiant valide en avril. Mais les données d’IRCC, qui portent sur les inscriptions, font état d’un nombre nettement inférieur d’étudiants étrangers. Cette lacune suggère qu’un nombre encore plus important d’étudiants n’est pas comptabilisé que ne le suggèrent les données de conformité ».

« Il est urgent de disposer de données de meilleure qualité et plus transparentes », a-t-il ajouté.

Tom Kmiec, porte-parole du Parti conservateur en matière d’immigration, a accusé le gouvernement de mal gérer le système d’immigration.

dimanche 24 novembre 2024

Rapport — Le gouvernement du Québec doit réduire la part de l’enseignement en anglais dans les cégeps et les universités

Le gouvernement du Québec doit réduire la part de l’enseignement en anglais dans les cégeps et les universités pour qu’au moins 85 % des cours soient donnés en français, selon le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil. Sans quoi « les tendances défavorables » au maintien de la langue risquent de s’accentuer, a-t-il dit mercredi.

Le commissaire a rendu public en matinée son plus récent rapport sur l’avenir de la langue française. Le document, intitulé Comprendre le recul, inverser les tendances, se veut une réponse aux données rendues publiques par l’Office québécois de la langue française l’an dernier. Il contient huit recommandations, portant sur l’enseignement, la culture et l’économie.

Le document suggère au premier chef que « le gouvernement du Québec se fixe une cible de 85 % d’enseignement en français dans l’enseignement supérieur dans le but d’y accroître progressivement la place de cette langue ». Son atteinte permettrait « d’assurer la prédominance du français dans l’enseignement supérieur, y compris à Montréal, tout en reconnaissant l’importance d’accorder à l’anglais un espace raisonnable ».

Selon M. Dubreuil, la proportion d’étudiants suivant des cours en anglais au cégep ou à l’université (22,4 %) à l’heure actuelle est « trop élevée ». Pour tendre vers l’objectif de « 85 % », Québec devrait notamment augmenter le nombre de cours donnés en français dans les établissements anglophones, réduire le nombre d’étudiants étrangers dans les établissements de langue anglaise, comme s’est engagé à le faire le gouvernement Legault, et poursuivre le plafonnement des places disponibles dans les cégeps anglophones — une mesure en vigueur depuis l’adoption de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (loi 96).

« Nous pensons qu’un cumul de mesures […] permettrait de tenir compte des contraintes organisationnelles des universités et des collèges », a signifié le commissaire, selon qui il n’est pas nécessaire d’étendre la loi 101 aux cégeps, comme le demande par exemple le Parti québécois.

« L’application de la loi 101 aux cégeps, pour nous, c’est une proposition qui est légitime, et, globalement, on pense que sa mise en œuvre contribuerait à renforcer le français. Cependant, nous pensons que la contribution que nous avançons est plus pertinente », a affirmé M. Dubreuil, lors d’une conférence de presse tenue mercredi à l’Assemblée nationale.

« D’abord, elle concerne l’ensemble de l’enseignement supérieur. C’est important, parce que nos études montrent que l’enjeu n’est pas propre aux collèges, mais concerne tout autant les universités. Ensuite, c’est une approche qui offre une grande flexibilité », a-t-il dit. La recommandation du commissaire éviterait par ailleurs de « compromettre la viabilité financière des établissements anglophones » [Il faut au contraire en réduire massivement la taille et ne pas se laisser intimider par les cris d'orfraies systématiques des anglicisés et anglophones du Québec dès qu'on touche à leur TROIS universités subventionnées. Pourquoi  trois ?]

jeudi 29 août 2024

Ontario — Nouvelles manifestations d'étudiants internationaux ayant échoué leurs examens

Un autre groupe d'étudiants postsecondaires de Brampton a fait parler de lui cette semaine - surtout sous forme de critiques - pour avoir protesté parce qu'ils échouaient à leurs cours.


Tout comme les manifestations qui ont eu lieu devant l'université Algoma de la ville plus tôt cette année, des dizaines d'étudiants inscrits au St. Clair College of Applied Arts and Technology - un établissement géré en partenariat avec un collège privé d'enseignement professionnel appelé Ace Acumen Academy - affirment que leur école les a « fait échouer sans raison ».

Les étudiants, dont certains ont lancé des appels vidéo qui ont été traduits en anglais sur X et d'autres plateformes, disent qu'ils « ne peuvent pas tolérer » les résultats de leur dernier examen final, car ils n'ont « pas le temps de travailler et d'étudier à nouveau ».

Alors que l'appel à l'aide s'adressait principalement à la communauté pendjabie locale, des centaines d'habitants se sont exprimés sur le sujet, beaucoup d'entre eux pointant du doigt les collèges « usines à diplômes » et les différents niveaux de gouvernement concernant la situation du programme national destiné aux étudiants étrangers.

Beaucoup demandent également que ces étudiants, et les étudiants en général, assument davantage la responsabilité de leurs propres résultats scolaires.

« Nous avons échoué à nos cours, mais nous exigeons qu'ils nous fassent passer pour que nous puissions être non qualifiés dans le domaine que nous avons étudié », a déclaré une personne dans son propre résumé de la situation.

« Si vous échouez à un cours, vous le recommencez... c'est comme ça pour tout le monde », a ajouté une autre personne.

Certains doutent de la crédibilité de ces écoles privées « usines à diplômes », de leurs exigences, de leurs certificats et de leurs systèmes de notation, les qualifiant d'« arnaque à tous les niveaux », y compris pour les futurs diplômés. D'autres ont mis en doute la crédibilité des étudiants qui s'inscrivent à certains programmes en les considérant comme une « voie rapide vers la résidence permanente ».

Un autre groupe d'étudiants postsecondaires de Brampton a fait parler de lui cette semaine - surtout sous forme de critiques - pour avoir protesté parce qu'ils échouaient à leurs cours.

Tout comme les manifestations qui ont eu lieu devant l'université Algoma de la ville plus tôt cette année, des dizaines d'étudiants inscrits au St. Clair College of Applied Arts and Technology - un établissement géré en partenariat avec un collège privé d'enseignement professionnel appelé Ace Acumen Academy - affirment que leur école les a « fait échouer sans raison ».

Les étudiants, dont certains ont lancé des appels vidéo qui ont été traduits en anglais sur X et d'autres plateformes, disent qu'ils « ne peuvent pas tolérer » les résultats de leur dernier examen final, car ils n'ont « pas le temps de travailler et d'étudier à nouveau ».

Alors que l'appel à l'aide s'adressait principalement à la communauté pendjabie locale, des centaines d'habitants se sont exprimés sur le sujet, beaucoup d'entre eux pointant du doigt les collèges « usines à diplômes » et les différents niveaux de gouvernement concernant la situation du programme national destiné aux étudiants étrangers.

Beaucoup demandent également que ces étudiants, et les étudiants en général, assument davantage la responsabilité de leurs propres résultats scolaires.

« Nous avons échoué à nos cours, mais nous exigeons qu'ils nous fassent passer pour que nous puissions être non qualifiés dans le domaine que nous avons étudié », a déclaré une personne dans son propre résumé de la situation.

« Si vous échouez à un cours, vous le recommencez... c'est comme ça pour tout le monde », a ajouté une autre personne.

Certains doutent de la crédibilité de ces écoles privées « usines à diplômes », de leurs exigences, de leurs certificats et de leurs systèmes de notation, les qualifiant d'« arnaque à tous les niveaux », y compris pour les futurs diplômés. D'autres ont mis en doute la crédibilité des étudiants qui s'inscrivent à certains programmes en les considérant comme une « voie rapide vers la résidence permanente ».

Les étudiants protestaires de Brampton n'accueillent pas avec bienveillance un membre de True North, qu'ils confondent avec Rebel News. Ils scandent assez facilement « Cessez le racisme !» Visiblement, ils savent sur quel bouton appuyer au Canada.

Il n'est pas confirmé que les personnes qui se sont rassemblées au St. Clair College soient ici avec un permis d'études international, et si c'est le cas, combien d'entre elles.

Suite à la manifestation très médiatisée d'Algoma, l'école a finalement permis à certains étudiants ayant échoué à l'examen de le repasser et a simplement donné à d'autres la note de passage - ce qui, selon certains, reviendrait à céder à un sentiment  indû de droit au diplôme dans le cas présent.


Sources: Blog TO et 𝕏

mercredi 21 août 2024

Immigration — des cégeps bondés, pleins à craquer

Des milliers d’élèves supplémentaires débarqueront cet automne sur les bancs des cégeps [collège d’études préuniversitaires, le diplôme des cégeps = bac en France], lesquels sont forcés dans certains cas d’installer des classes modulaires et d’allonger les périodes de cours pour affronter la hausse de l’effectif scolaire. Au moins un établissement a dû refuser des élèves, faute d’espace. 

Le collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, a installé sur son terrain deux complexes modulaires abritant une vingtaine de salles de classe.

La Fédération étudiante collégiale du Québec s’inquiète sérieusement de cette situation.

« Quand un cégep en arrive à refuser 1000 demandes par manque d’espace, ce n’est pas simplement un problème local, c’est un signal d’alarme pour tout le réseau », estime son président, Antoine Dervieux.

Ce genre de situation montre clairement que nos cégeps sont à bout de souffle et qu’ils ne peuvent plus répondre aux besoins croissants des étudiants.

 Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec


« Nos installations permanentes sont insuffisantes », explique le directeur général du cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, Philippe Nasr.

Cet automne, l’établissement compte 450 élèves de plus qu’à la dernière rentrée. Et 800 de plus qu’il y a deux ans. D’ici 2029, il s’attend à accueillir 7500 élèves, soit 1000 de plus qu’en ce moment.

« C’est une très grande progression », souligne M. Nasr.

Des cours du soir y seront donnés pour la première fois, cet automne. Le but : éponger la hausse du nombre d’élèves en prolongeant les périodes de cours.

L’an prochain, un plus petit projet d’agrandissement permettra l’ajout d’une trentaine de salles de classe.

En attendant, le cégep doit multiplier les solutions créatives pour compenser l’espace manquant, y compris la location de locaux à l’extérieur.

« On a pas mal exploré toutes les options possibles. On veut quand même offrir des installations adaptées », poursuit M. Nasr.

Le cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, mise aussi sur les classes modulaires.

L’effectif de l’établissement de Longueuil a bondi de près de 1000 élèves par rapport à l’an dernier, une hausse de 9 %.

Sur son site web, le cégep assure que ses classes modulaires sont « lumineuses, climatisées et technologiques » pour accueillir les étudiants.

Dans un mémoire déposé ce mercredi, la Fédération étudiante collégiale du Québec dit craindre que les fameuses « roulottes » ne deviennent une réponse permanente au problème.

« On pense que ça devrait rester temporaire », dit Antoine Dervieux.

Avec 300 élèves supplémentaires attendus à l’automne, le cégep du Vieux Montréal a lui aussi atteint sa limite.

« On est à la limite de ce qu’on peut accueillir », indique sa directrice générale, Mylène Boisclair.

Voyant venir la vague, l’établissement avait déposé il y a plusieurs années une demande de projet d’agrandissement. À la place, Québec lui a accordé des fonds pour la location de locaux.

« On a beaucoup parlé de la vétusté des établissements d’enseignement primaire et secondaire, mais c’est aussi le cas pour beaucoup d’établissements collégiaux », souligne Mme Boisclair.

Les établissements qui débordent n’ont pas vu le pire. D’ici 2032, plus de 24 000 élèves supplémentaires débarqueront sur les bancs des cégeps, une hausse de 14 %.

Selon les plus récentes prévisions du ministère de l’Enseignement supérieur, le sommet de la vague devrait être atteint en 2026 et se concentrer dans les cégeps du Grand Montréal, la croissance devant ensuite ralentir graduellement.

La Presse attribue cette hausse aux naissances de petits-enfants de baby-boomers

Il y aura donc 6437 d’élèves supplémentaires prévus dans les cégeps à l’automne 2024 par rapport à 2022, soit une hausse de 3,7 %.

La Presse n’ose pas parler de l’immigration pour expliquer cette augmentation. Pour elle, cette hausse est due à « L’arrivée des petits-enfants des baby-boomers se fait sentir dans le réseau collégial, où les classes modulaires se multiplient depuis l’an dernier pour absorber la hausse de l’effectif. »

Puis, citant Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, « Le baby-boom a pris tout le monde par surprise au primaire. Ç’a été la même chose au secondaire. Là, [les mêmes élèves] arrivent au cégep. On aurait dû être préparés. »

Aucun essor des naissances au Québec n’explique bien sûr cette hausse de 6500 élèves supplémentaires. Il y a eu près de 20 000 naissances de moins au Québec en 2005 (âge de nombreux cégépiens) qu’en 1990 par exemple. Bien qu’il soit vrai qu’il y ait une assez grande fluctuation des naissances dans les années 90 et 2000.


Étrangement, cet afflux d’élèves supplémentaires semble se concentrer dans la région de Montréal, centre de forte immigration, à très faible taux de natalité (1,16 enfant/femme en 2023)… L’article nous apprend ainsi que le « cégep de Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, […] est pourtant en surplus d’espace. » Ailleurs en région, à Chicoutimi, le cégep attire 300 étudiants issus de l’extérieur du pays, ce qui correspond à 15 % de l’ensemble de ses inscriptions

Il se peut qu’une partie des problèmes soit liée à une augmentation de la natalité passagère du début des années 2000 conjuguée à un déplacement des familles vers des banlieues plus éloignées. Mais cela n’explique pas le manque de places au cégep du Vieux-Montréal ni la prévision que « d’ici 2032, plus de 24 000 élèves supplémentaires débarqueront sur les bancs des cégeps, une hausse de 14 %. » alors que les naissances sont en baisse constante depuis 2009 (88 891 naissances en 2009, 83 855 en 2017, 77 950 en 2023). 

Il se peut aussi que plus de jeunes entament des études au cégep, mais il nous semble étonnant, c’est le moins qu’on puisse dire, de ne pas mentionner la hausse due aux élèves nés à l’étranger, cause qui est admise par tous dans le cas de l’école primaire ou secondaire.

mardi 20 août 2024

Québec veut déposer un projet de loi pour limiter le nombre d'étudiants étrangers


Après les demandeurs d’asile et les travailleurs temporaires, le gouvernement Legault veut se donner les moyens de réduire le nombre d’étudiants étrangers sur le territoire québécois.

La gouvernement de la CAQ (Coalition pour l'avenir du Québec) déposera cet automne un projet de loi pour encadrer les inscriptions d’étudiants internationaux dans les établissements d’enseignement supérieur.

La mesure servira notamment à éviter les « abus » commis par certaines écoles privées ces dernières années, a souligné le Premier ministre québécois François Legault lors d’une conférence de presse en compagnie de sa ministre de l’Immigration, Christine Fréchette. Voir Des accusations de « fraudes » au cœur du recrutement massif d’étudiants étrangers, Un faux hôpital (québécois) pour des stages fictifs d’étudiants étrangers.

Faux étudiants et faux collèges

Au début 2024 le Globe and Mail révélait que 19 % des immigrants qui sont admis au Canada à titre d’étudiants étrangers… n’étudient pas ! Il s’agit de données officielles compilées par Statistique Canada.

La catégorie des étudiants contribue à l’explosion du nombre de nouveaux arrivants au Canada. De 637 000 en 2019, le nombre est passé à 807 000 trois ans plus tard. Qu’on y songe : 19 % de ces 800 000 qui n’étudient pas vraiment, cela représente plus de 150 000 faux étudiants.

De surcroît, on aurait laissé se développer des collèges privés qui ne sont pas des établissements d’éducation. Ils agissent simplement comme vecteurs qui facilitent l’entrée au Canada en faisant délivrer de (faux) visas d’étudiants. Faux collèges et faux étudiants.

La grande partie des étudiants étrangers étudient en anglais au Québec…
 
M. Legault a toutefois refusé de dire si la nouvelle loi visera également les universités anglophones McGill et Concordia, où étudient une grande partie des 120 0000 (!!) étudiants étrangers.

« Nous allons déposer le projet de loi cet automne, ce sera le moment de poser ce type de questions », a-t-il répondu à une journaliste anglophone.

Par contre, les établissements en région (surtout francophones donc) ne seront pas affectés, a précisé le Premier ministre québécois.

Québec se basera sur plusieurs facteurs pour déterminer combien de personnes un cégep ou une université pourra accueillir, dont « le type d’établissement, le nombre d’étudiants étrangers par établissement, la région, le niveau d’études, etc. ».

Travailleurs temporaires

Le gouvernement Legault cherche par tous les moyens à diminuer le nombre de 600 000 immigrants temporaire présentement sur le territoire québécois.

Mardi, le Premier ministre a confirmé la mise en place d’un gel de six mois pour le Programme des travailleurs étrangers temporaires dans la région de Montréal.

« On doit absolument réduire le nombre d’immigrants à Montréal pour protéger le français » a-t-il plaidé.

Mesure homéopathique ?

Plusieurs domaines seront toutefois exemptés, parmi ceux-ci la santé, l’éducation, la construction, l’agriculture et la transformation alimentaire, ainsi que les emplois ré rémunérés au-delà de la médiane québécoise, soit 57 137 $.

La mesure, qui pourrait être prolongée au terme de la période de six mois, devrait toucher environ 3 500 immigrants temporaires.
 
En réplique aux « mesurettes » annoncées mardi par le gouvernement Legault, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, déposera d’ici octobre « un plan de réduction drastique » de l’immigration permanente et temporaire « dans toutes les catégories ».

Voir aussi
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

mercredi 8 mai 2024

Forte inquiétude dans le cégep anglophone face à la mauvaise connaissance du français de ses élèves (et profs)

Élèves à risque d’échec, cours de français pour certains profs, possibles licenciements et contestations judiciaires des autochtones: la réforme de la loi 101 cause tout un casse-tête pour la direction du collège Dawson. 
 

Le plus important cégep anglophone de Montréal (11 000 élèves) met les bouchées doubles pour se conformer à la nouvelle Charte de la langue française, mais de l’aveu même de sa directrice générale, la commande est importante.

«On a dû réviser tous nos programmes et tous nos profils dans les programmes», confie Diane Gauvin, en entrevue.

Les nouvelles exigences apportées par l’adoption du projet de loi 96 prévoient que tous les élèves, sauf les «ayant-droits» issus de la minorité historique anglophone, devront désormais réussir l’épreuve uniforme de français pour obtenir leur certificat d’études.

À compter de l’automne prochain, les élèves devront aussi suivre trois cours de leur programme en français, sauf les «ayants droit», qui pourront plutôt choisir des cours de français langue seconde, s’ils le souhaitent.

«Très inquiets»

Mais déjà, la directrice générale appréhende les résultats de la première épreuve uniforme de français, qui surviendra en décembre prochain.

Plusieurs étudiants, souligne-t-elle, ont fait leur parcours scolaire en anglais dans le système privé non subventionné, et donc soustrait à la Charte. D’autres sont des allophones arrivés au Québec récemment, qui n’ont jamais étudié en français.

«On est très inquiets [...]. On a des cohortes qui sont un peu des cobayes, au départ», explique Mme Gauvin.

Si les résultats sont trop mauvais, Dawson envisage de rehausser ses exigences de maîtrise du français lors des prochaines admissions.

Mais comme le fait remarquer Mme Gauvin, ces étudiants ne réussiront pas mieux dans le réseau francophone et devront soit abandonner leurs études supérieures, soit se tourner vers l’Ontario.

Mise à niveau des enseignants anglophones

Les nouvelles exigences obligeront aussi certains enseignants anglophones à suivre eux-mêmes des cours de français, afin d’obtenir de maîtriser suffisamment la langue pour enseigner leur matière.

«On ne parle pas de profs qui ne parlent pas du tout français ou qui ont un niveau très bas. On parle de ceux qui ont juste besoin d’une petite poussée», souligne Diane Gauvin.

Mais l’ajout de cours de français viendra gruger dans l’offre de cours optionnels. «On va avoir des professeurs sans emploi à cause de ça», reconnaît Mme Gauvin.

Autochtones

Pour ajouter au casse-tête, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador a intenté une poursuite contre le gouvernement afin de soustraire les élèves autochtones à la nouvelle Charte, qui porterait atteinte à leurs droits ancestraux. [De ne parler qu'en anglais ?]

Depuis, le gouvernement Legault a publié un projet de règlement afin d’exempter ces étudiants, en les déclarant admissibles à recevoir l’enseignement en anglais.

Mais, selon Diane Gauvin, plusieurs d’entre eux ne reconnaissent tout simplement pas l’autorité du Québec, estimant relever du fédéral, et refuseront de remplir le document nécessaire pour obtenir une exemption.

«Donc, moi, je n’ai aucun moyen de les diplômer, mais pour eux c’est une position politique très importante», dit la DG, qui s’attend à ce que ce débat fasse «beaucoup de bruit» dans les prochains mois.

 
Source : Le Journal de Montréal

mercredi 21 juin 2023

Faire des études post-secondaires en anglais conduit souvent les francophones à travailler en anglais et à préférer travailler en anglais

L’Office québécois de la langue française (OQLF) vient de publier une étude sur les usages linguistiques en milieu de travail des jeunes de 18 à 34 ans, qui montre que plus des trois quarts (77 %) de l’ensemble des jeunes francophones préfèrent travailler en français. Mais ce pourcentage chute à 40 % si ces derniers ont fait leurs études post-secondaires en anglais.

L’étude s’appuie sur un vaste sondage effectué en 2021 auprès de 6008 répondants ainsi que sur des groupes de discussion. Ce qui est observable chez les jeunes francophones l’est aussi, mais à un degré bien supérieur, chez les jeunes allophones qui ont pourtant eux aussi fréquenté l’école secondaire française. Moins de 5 % des allophones qui ont fait leurs études post-secondaires en anglais préfèrent travailler en français, contre 41 % qui optent pour l’anglais, 27 % qui préfèrent travailler dans les deux langues et 28 % qui n’affichent aucune préférence.

Confirmant certaines données d’études antérieures, cette enquête de l’OQLF montre que ces préférences se traduisent dans la langue qui est effectivement utilisée au travail. S’ils ont fait leurs études post-secondaires en français, les jeunes francophones travaillent le plus souvent dans leur langue dans une proportion de 87 % contre 55 % s’ils ont fait le même parcours en anglais. Plus du quart de ces derniers travaillent le plus souvent en anglais. Pour les jeunes allophones qui ont choisi le cégep ou l’université de langue anglaise, une majorité travaille le plus souvent en anglais (53 %), à peu près le même pourcentage (55 %) que les anglophones qui ont toujours étudié dans leur langue.

Sans surprise, le portrait de la langue ou des langues parlées par les jeunes au travail est différent selon qu’on se trouve sur l’île de Montréal ou dans des agglomérations comme Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke. Seule Gatineau présente une situation semblable à celle qui prévaut dans la métropole.

Ainsi, à Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke, la proportion des jeunes pour qui le français était la seule langue parlée régulièrement au travail variait de 62 % à 69 %. Sur l’île de Montréal, ce pourcentage chute à 36 % et la moitié des jeunes y travaillent dans les deux langues.

Pour les jeunes francophones, le fait d’avoir une connaissance de l’anglais est perçu comme un minimum pour obtenir un emploi dans plusieurs domaines. Certains d’entre eux estiment toutefois que le fait d’être un francophone unilingue ne devrait pas empêcher quelqu’un d’accéder à un emploi ou d’obtenir une promotion. D’autres font remarquer que les immigrants francophones sont mal informés sur l’importance du bilinguisme pour décrocher un emploi.

Certains jeunes estiment que le bilinguisme au travail est porteur de possibilités sur le plan personnel alors que d’autres s’en inquiètent, « rappelant que cette exigence peut représenter un obstacle professionnel pour de nombreuses personnes », rapportent les auteurs de l’étude.

À l’heure actuelle, 18 % des cégépiens font leurs études en anglais et la majorité d’entre eux proviennent du réseau secondaire français. Cette étude de l’OQLF amène de l’eau au moulin de ceux qui militent pour que la loi 101 soit étendue au cégep. À tout le moins, elle conforte le gouvernement caquiste qui, avec la Loi sur la langue commune (loi 96), a plafonné le nombre de places au cégep anglais, qui allaient en croissant.

Source : Le Devoir
 
Sujets connexes
 
Les universités anglaises du Québec (pourquoi existent-elles ou sont-elles accessibles aux étrangers ?) font fortune en offrant un diplôme et la citoyenneté canadienne à la clé. Elles anglicisent Montréal.
 

Selon ce mémoire, déplacement de la clientèle de langue française vers l'anglais à Montréal:
  • perte de 11,8% de l'effectif pour les universités françaises;
  • gain de 19,8% pour les universités anglaises.

dimanche 23 avril 2023

Québec — Amérindiens veulent être éduqués en anglais, refusent plus de français au nom des « droits ancestraux »

Radio-Canada (l’information « impartiale » à les croire) a pondu un long article ampoulé et touffu où l’on apprend que « Les chefs de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) et du Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) ont déposé, jeudi, une contestation de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, puisqu’elle porte, selon eux, atteinte aux droits ancestraux dont sont titulaires les peuples autochtones. »

Les chefs de l’APNQL ont annoncé le 20 avril le dépôt d’une contestation judiciaire devant la Cour supérieure du Québec. Ils demandent également un contrôle judiciaire visant 14 articles de la Charte de la langue française.

La loi visée impose trois (3) cours de français aux étudiants inscrits dans les cégeps anglophones. C’est apparemment trop. Au nom de leurs droits ancestraux d’assimilés à l’anglais par le fédéral, les autochtones au Québec n’en veulent apparemment pas.

Au Québec, près de la moitié des communautés ont pour deuxième langue l’anglais, après leurs langues autochtones qui sont d’ailleurs toutes elles-mêmes en danger.

On ne voit pas en quoi apprendre plus de français menacerait plus ces langues… Au contraire, une concurrence entre les langues européennes pourrait aider ces langues à mieux s’en tirer.

De manière cryptique et sans plus d’explication, la SRC reproduit ces paroles de John (pas Jean) Martin, le chef de Gesgapegiag [Gaspésie] et membre du Comité des chefs du CEPN : « La loi 14 restreint l’accès aux études supérieures en anglais aux jeunes qui remplissent certains critères précis, qui ne s’appliquent pas à tous les jeunes de nos communautés. Ceux-ci ne devraient jamais avoir à choisir entre apprendre le français pour avoir accès aux études supérieures ou entretenir la connaissance de leur langue autochtone ». 
 
Quels sont ces critères ? En quoi l’accès aux études supérieures en anglais préserve-t-il les langues amérindiennes ? Sous-entend-il qu’il y a des cours en langue autochtone dans ces cégeps anglophones ? Si c’est le cas, Québec pourrait facilement en intégrer dans les cégeps francophones. A-t-il fait une demande dans ce sens ?
 
Soulignons que la loi 96 prévoit que dans le cas où un étudiant dans un cégep anglophone ne serait pas capable de suivre trois cours de son cursus en français, il peut les remplacer par trois cours de français…
 
Comme le rappelle Jean-François Lisée, « En ce moment, les élèves autochtones dont la seconde langue [souvent désormais la première] est l’anglais font leur parcours secondaire en anglais, où l’on trouve des cours de français comme condition d’obtention du diplôme secondaire. Les meilleurs d’entre eux, qui vont au cégep en anglais, doivent aussi pour l’instant réussir deux cours de français pour être diplômés. Cela n’a jamais été vu auparavant comme culturellement génocidaire. Avec le projet de loi 96, ils devront réussir cinq cours de français plutôt que deux. Donc, deux cours, c’est bien, mais cinq cours, cela dissout votre culture et arrache vos racines. »

vendredi 17 mars 2023

Québec — et si l'on faisait le bilan du renouveau pédagogique ?

Chronique de Christian Rioux parue dans le Devoir.

À trois jours de la Journée internationale de la Francophonie, on voudrait parler d’autre chose. Mais il faut bien que quelqu’un s’y colle.

Pendant que les élites françaises se vautrent dans le globish, il serait rassurant de se dire que de notre côté de l’Atlantique, les choses vont mieux. Et pourtant, que nenni ! N’est-ce pas ce que nous confirmait ce rapport sur la maîtrise du français au collégial commandé par l’ex-ministre Danielle McCann en 2021 et rendu public seulement la semaine dernière ? Les autrices y rappellent les médiocres résultats des élèves en français à l’entrée du cégep. Elles soulignent surtout combien cette maîtrise est déterminante pour la réussite scolaire à tous les niveaux.

Mais que proposent-elles sinon d’enseigner la grammaire et l’orthographe au cégep. Et pourquoi pas en maîtrise et au doctorat ? « C’est comme si on demandait à un professeur de mathématiques au cégep d’enseigner les tables de multiplication ! » a fort justement répliqué la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, Caroline Quesnel.

Car, à moins de dénaturer la mission du cégep, la grammaire et l’orthographe n’ont rien à faire dans ce qui demeure le seul lieu où la littérature a encore une petite place après avoir été expulsée de l’enseignement général. Mais, la chose la plus étonnante dans ce rapport, c’est que devant ce cuisant échec, jamais les autrices ne se penchent sérieusement sur les graves lacunes de l’enseignement du français au primaire et au secondaire. Comme si tout regard vers le passé leur était interdit. Pas un instant elles ne tentent de jeter un œil critique sur les réformes qui ont été faites il y a vingt ans et dont les résultats s’étalent pourtant aujourd’hui au grand jour.

Qui se souvient encore du « Renouveau pédagogique », cette vaste réforme mise en branle au début des années 2000 qui consistait à faire de l’enfant son propre maître ? À réduire les cours magistraux au profit d’une pédagogie par projets. À refuser de définir un socle de connaissances minimum au profit d’un butinage permanent. À mépriser les dictées, les notes et le redoublement jugés tyranniques. Et surtout à ne jamais brimer nos chérubins et leur « estime de soi ». [Voir à ce sujet les résultats de cette pédagogie par projets transversaux en Finlande : Finlande, depuis 20 ans le niveau scolaire n'y cesse de baisser : immigration et réforme pédagogique]

Un jour, remplie de fierté, la fille d’un ami m’avait montré les petits « romans » illustrés qu’elle écrivait à l’école. Souvent imaginatifs, ils étaient néanmoins pratiquement illisibles tant la graphie, l’orthographe et la grammaire laissaient à désirer. À l’école, on ne voulait pas freiner sa « créativité » en la corrigeant.

 

N’importe quel enseignant sait pourtant que la grammaire et l’orthographe sont des savoirs qui exigent un apprentissage rigoureux, systématique et répétitif. La correction, elle, doit être permanente, et cela dès le plus jeune âge. Certainement pas au gré des désirs de l’enfant. On ne développe pas de tels automatismes en dilettante, mais par une discipline soutenue comme savait le faire, malgré ses lacunes, l’école de nos parents et de nos grands-parents.

Au contraire, les textes du ministère se font une gloire de proclamer haut et fort qu’on n’enseigne plus la « grammaire traditionnelle », mais… la « grammaire nouvelle » ! Un peu comme, à une autre époque, le biologiste patenté Lyssenko parlait de « science bourgeoise » et de… « science prolétarienne ». Au lieu d’apprendre et d’appliquer des règles, les élèves sont invités à « observer » la place des mots, à « discuter » des diverses graphies, à faire des « dictées négociées » [sic] afin d’établir un « consensus », comme s’ils devaient redécouvrir eux-mêmes, à tâtons, des codes vieux de plusieurs siècles.

Il aura donc fallu « 20 ans de réforme pour arriver à une maîtrise du français inférieure à ce qu’elle a toujours été », affirmait récemment Lise Bissonnette en entrevue à Radio-Canada. Et l’ancienne directrice du Devoir de conclure que « cette réforme nous a menés à une impasse ».

Ceux qui regardent ailleurs sont complices, car les causes de cet échec ont été analysées depuis longtemps. Qu’on me permette de citer à nouveau notre ancienne directrice. « Pour que l’école soit un milieu de vie et d’apprentissage plus attrayant, on a privilégié les approches qui imposaient le moins de contraintes possible, qui valorisaient l’enfant en le faisant le “constructeur” de savoirs qu’il pouvait puiser dans son environnement immédiat. Pourquoi s’encombrer l’esprit du nom et de la description des continents quand on peut faire le tour de son propre quartier ? » (Lise Bissonnette, entretiens, Boréal).

En témoignent le jargon et le fouillis intellectuel des programmes. Vingt ans plus tard, les résultats sautent aux yeux. Mais nos experts persistent à ne rien voir. Il faudrait pour cela déloger l’idéologie qui règne en maître dans les « sciences de l’éducation ». Une idéologie et un jargon délétères qui, en voulant transformer en science « l’art de la pédagogie », disait il y a longtemps le professeur Gaëtan Daoust de l’Université de Montréal, en ont fait une triste technique bureaucratique émaillée de psycho pop. C’est ce qu’avaient magistralement dénoncé en leur temps l’écrivain Jean Larose et notre collègue Patrick Moreau (Pourquoi nos enfants sortent-ils de l’école ignorants ?, Boréal).

Vingt ans, c’est une génération. Peut-être serait-il temps de faire le bilan ? Nul doute que quelque part un nouveau ministre se prépare à lancer un énième « plan d’action » pour l’amélioration du français. Pourquoi pas ? Mais tout cela demeurera un vœu pieux tant qu’on ne remettra pas la transmission des connaissances au cœur de l’école.

[Christian Rioux a raison de se pencher sur le bilan du renouveau pédagogique. Il faut y ajouter la réduction des heures de français rognées par l'imposition de l'anglais intensif et précoce et des cours comme éthique et culture religieuse. Il n'aborde pas non plus l'impact de l'immigration allophone grandissante sur la qualité du français.]

Bonne Journée internationale de la Francophonie quand même…

Voir aussi 

Renouveau pédagogique au Québec — les enfants de la réforme ont des difficultés au cégep (2018) 

Vu de France — Le fiasco de la réforme scolaire québécoise (2016)

Le pédagogiste, symbole de l'égarement intellectuel 

Québec : « La réforme scolaire ? À la poubelle ! »

Les ratés (et les succès) de la réforme scolaire au Québec

Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l'éducation sur du sable (2009) 

Un grand brouillard au Conseil supérieur de l’Éducation

L'anglais intensif au primaire, une mauvaise idée, imposée par Jean Charest 

Québec — Triplement du nombre d'heures d'anglais en une trentaine d'années

La naïveté québécoise face à l'immigration et à la dénatalité : l'anglais langue commune même à l'école en français...

Montréal — écoles privées ajoutent 12e année pour éviter aux élèves d'apprendre le français et aller ensuite à l'université anglophone