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lundi 9 février 2026

Étude Ifop — Les adolescents français se droitisent, avec un rôle nuancé des jeunes issus de l’immigration

Une étude Ifop réalisée en février 2026 auprès de 1 028 adolescents de 15 à 17 ans, représentatifs de la France métropolitaine, révèle un basculement politique majeur chez la jeunesse : 56 % se positionnent désormais plutôt à droite, contre 44 % à gauche. Ce renversement par rapport à 1994 (où les 15-18 ans étaient 54 % à gauche et 46 % à droite) marque une nette « dégauchisation ».

François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualités à l’Ifop et auteur de l’étude, précise qu’il ne s’agit pas d’une explosion soudaine vers la droite, mais surtout d’un recul marqué du sentiment d’appartenance à la gauche. « Les jeunes qui se situent à gauche restent à peu près au même niveau numérique, mais ceux qui se déclarent explicitement de gauche sont de moins en moins nombreux », explique-t-il. Une lycéenne interrogée résume ce désintérêt : « On ne se retrouve plus dans ce paysage politique qui a tendance à vieillir. »

Cette évolution est très genrée : les garçons portent l’essentiel de la droitisation (64 % à droite contre 36 % à gauche), tandis que les filles restent majoritairement à gauche (53 %). Cet écart de 28 points témoigne d’une polarisation précoce par le genre, bien avant l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Sur le plan des valeurs, les 15-17 ans combinent un libéralisme sociétal (plus progressistes que leurs aînés sur l’IVG et l’homosexualité) avec un conservatisme marqué sur d’autres sujets : 58 % jugent « inacceptable » la critique des religions. Leurs principales peurs pour l’avenir restent concrètes : la guerre et l’insécurité dominent largement.

L’étude met aussi en évidence une montée forte de l’individualisme : désintérêt pour les partis traditionnels, indifférence aux clivages idéologiques classiques, recentrage sur la sphère privée (famille, amitié, argent). Le refus du sacrifice collectif s’accentue : seuls 23 % des adolescents se disent prêts à risquer leur vie pour défendre la France en cas d’invasion (contre 41 % en 1984). Cette proportion chute à 5 % chez les jeunes d’extrême gauche.

Le rôle des jeunes musulmans et des enfants d’immigration : conservatisme culturel vs faible attachement national

L’étude n’offre pas de croisement direct entre origine immigrée et positionnement gauche/droite, mais elle utilise la religion comme indicateur indirect, notamment pour les jeunes musulmans (souvent issus de l’immigration maghrébine ou subsaharienne). Ceux-ci influencent la tendance globale de manière ambivalente.

D’un côté, ils renforcent un conservatisme culturel qui alimente certains aspects de la droitisation (valeurs d’ordre, respect des traditions, rejet de certaines évolutions sociétales) :

  • 92 % des jeunes musulmans jugent inacceptable la critique des religions (contre 58 % pour l’ensemble et 76 % chez les catholiques pratiquants).
  • Sur les droits LGBT : 49 % considèrent les relations homosexuelles inacceptables (contre 7 % chez les sans-religion), et 57 % rejettent le changement de genre (contre 21 % chez les sans-religion).

Ce conservatisme moral, plus prononcé dans les milieux populaires (où les enfants d’immigration sont surreprésentés), contribue à freiner les avancées progressistes et à valoriser des thèmes d’autorité et de tradition, souvent associés à la droite en France.

D’un autre côté, les jeunes musulmans affichent un faible attachement national qui pourrait contrebalancer ou limiter la droitisation sur les aspects patriotiques et identitaires :

Seulement 13 % se disent prêts à défendre la France militairement (contre 23 % pour l’ensemble des adolescents), un chiffre proche de celui des extrême-gauche (5 %).

Ce détachement (lié à des facteurs socio-économiques, discriminatoires ou culturels) s’aligne plutôt sur des positions internationalistes ou de gauche traditionnelle, même si le conservatisme religieux les éloigne des valeurs sociétales de la gauche contemporaine.

Pour les autres enfants d’immigration non musulmans (par exemple d’origine subsaharienne chrétienne ou d’Asie), l’étude ne fournit pas de données spécifiques. Les clivages observés sont davantage religieux et socio-économiques que strictement ethniques.

En résumé, la « Bof génération » (comme la surnomme l’Ifop) se caractérise par une droitisation globale portée surtout par les garçons, un individualisme croissant et des inquiétudes sécuritaires.

Les enfants d’immigration, via le prisme musulman, accentuent le conservatisme culturel (renforçant indirectement certains marqueurs droitiers), mais leur faible patriotisme freine potentiellement les glissements nationalistes. L’étude souligne ainsi une jeunesse fragmentée, où genre, religion et classe sociale redessinent les clivages plus que jamais.


vendredi 30 janvier 2026

Au Danemark, la droite conservatrice freinée à cause des visées de Trump sur le Groenland

Il y a un an, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Morten Messerschmidt, dirigeant du Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), s’affichait à Mar-a-Lago (voir photo ci-contre), la résidence floridienne du président élu. Sur les réseaux sociaux, il publiait des images enthousiastes de lui, proclamant notamment : « Le wokisme est mort ».;

Auprès d’un média danois, il alla jusqu’à déclarer : « Ensemble, nous rendrons sa grandeur à l’Occident », adptant le slogan Make America Great Again. Ses opposants ne tardèrent pas à le surnommer « Maga Morten ».

Ces images, que la mémoire numérique conserve intactes, embarrassent aujourd’hui son parti. Comme une large part de la société danoise — historiquement très favorable aux États-Unis — le Parti du peuple danois a opéré un net revirement à l’égard de Washington, depuis que Donald Trump a ravivé l’hypothèse d’un contrôle américain sur le Groenland, territoire autonome qui représente près de 98 % de la superficie du Royaume du Danemark. Le Parti du peuple va même plus loin que la plupart des formations politiques : il est le seul à dénoncer ouvertement ce qu’il juge être l’excessive mansuétude diplomatique du gouvernement de coalition dans sa tentative de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis.

Un entourage idéologique conservateur

À l’approche des élections législatives prévues en octobre, les adversaires du parti se sont emparés de cette séquence pour souligner ce qu’ils présentent comme une contradiction politique. « C’est une calomnie », a réagi Morten Messerschmidt le 18 janvier sur Facebook. Dans les couloirs du Parlement danois, Alex Ahrendtsen, responsable des affaires européennes du parti, évoque quant à lui « une opération de diffamation ». Il affirme que le déplacement de Messerschmidt s’inscrivait dans le cadre d’une invitation émanant d’une organisation israélienne, à l’occasion d’un rassemblement organisé par la Heritage Foundation, un puissant cercle de réflexion conservateur très influent aux États-Unis.

« Cet élément est exact », confirme le commentateur politique Noa Redington. Il rappelle toutefois que, si le Parti du peuple danois entretient des relations cordiales avec la droite israélienne au pouvoir, notamment le Likoud de Benyamin Netanyahou, Morten Messerschmidt ne dispose pas de liens personnels établis avec Donald Trump ni avec les principales figures de la mouvance Maga. Les convergences idéologiques existent néanmoins : euroscepticisme affirmé, défense de la souveraineté nationale, valorisation des traditions culturelles, et opposition résolue à l’immigration et à ce que ces partis désignent comme l’idéologie « woke ».

Messerschmidt s’est longtemps réclamé de l’exemple de Nigel Farage, qu’il admirait pour son rôle dans le Brexit. Selon plusieurs observateurs de la vie politique danoise, il n’a jamais dissimulé son intérêt pour les réseaux populistes et conservateurs transnationaux, même s’il est resté en marge de leurs cercles les plus structurés.

Lors de son séjour en Floride, le dirigeant danois n’est d’ailleurs pas parvenu à obtenir d’entretien direct avec Donald Trump, alors même que ce dernier avait déjà évoqué publiquement son intérêt pour le Groenland. Selon des informations de presse américaine, toute rencontre formelle lui aurait été refusée. « À ma connaissance, il a surtout arpenté le complexe de Mar-a-Lago en multipliant les photos », raconte Noa Redington. « L’idée qu’un chef de parti d’une formation marginale, issue d’un petit pays nordique, puisse négocier seul avec le président américain relevait d’une certaine illusion politique. »

Un retournement coûteux

Alex Ahrendtsen récuse toute fascination pour Donald Trump. « Il ne s’agit pas d’être pro- ou anti-Trump, explique-t-il. Depuis des années, nous alertons sur la dépendance stratégique du Danemark vis-à-vis des États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement tente de masquer ses propres erreurs en nous accusant d’inconstance. » Une lecture que conteste Noa Redington : « Je n’ai pas souvenir que le Parti du peuple danois ait porté ce discours avant 2025. Jusqu’à récemment, ce type de mise en garde provenait plutôt de la gauche radicale. »

Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont laissé des traces. Là où les images ensoleillées de Mar-a-Lago n’avaient guère choqué, dans un pays longtemps très proaméricain — et avaient même coïncidé avec une progression dans les sondages —, le contexte a radicalement changé. Face à Donald Trump, l’essentiel de la classe politique danoise affiche désormais une rare unité. Le Parti du peuple danois, lui, se retrouve isolé et en recul dans l’opinion.

Source (adaptée) : Le Figaro

samedi 27 décembre 2025

Une période optimiste pour les gens de « droite » ?


lundi 22 décembre 2025

Qui veut la tête d’Anne Coffinier ?

Figure de l’école libre en France, Anne Coffinier est aujourd’hui la cible d’une campagne de presse d’une grande violence, orchestrée par une extrême gauche prête à tout pour éviter que son monopole scolaire lui échappe complètement. Texte de Mickaël Fonton dans Valeurs actuelles.

Cinq pages dans L’Humanité (communiste, gauche radicale), au matin du 8 décembre. On imagine facilement des lundis plus plaisants. Et la couverture, en outre, qui présente Anne Coffinier en joueuse de flûte de Hamelin, entraînant à sa suite une ribambelle de personnages enfantins : une figurine des Républicains, une petite fille blonde arborant la flamme du Rassemblement national (de qui s’agit-il ?), une autre enfin au tee-shirt siglé UDR. Petit détail graphique : la flûte est taillée dans le bois d’une croix catholique. Le message est clair. On ne sait pas en revanche s’il s’agit de rallier tout ce petit monde à sa cause ou de le perdre. Au moins le journaliste, Thomas Lemahieu, connaît-il ce conte allemand popularisé par les frères Grimm. Sans doute parce que son âge lui a permis de bénéficier d’une instruction qui tenait encore le coup. Une chance ! 

« Fondation Kairos : à l’école du pire », voilà pour le titre. Précisions : « Derrière la vitrine prestigieuse d’Anne Coffinier, c’est tout un écosystème réactionnaire qui s’agite à l’extrême droite. Avec, dans l’ombre [forcément dans l’ombre, NDLR], deux milliardaires en pointe dans cette bataille idéologique : Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. » Tout y est. Comme diraient les jeunes : un combo parfait. Une matière tellement idéale que L’Humanité n’est pas le seul journal à s’être penché sur la vie et l’œuvre d’Anne Coffinier. 

Le site du Monde lui a consacré deux articles conséquents le lendemain et, au printemps, Libération ou Mediapart avaient commencé à labourer le terrain. « Je me trouve à la convergence de tout ce qui obsède la gauche, reconnaît l’intéressée. L’école libre, parfois même l’école libre catholique, la droite, Bolloré, Stérin… » Thomas Lemahieu le dit autrement ; Anne Coffinier se situe « au point nodal […] “là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent” ». Rien que ça. C’est une phrase de Marx — c’est aussi le titre d’un ouvrage d’Édouard Drumont, l’auteur de la France juive, ce qui ne manque pas de sel, quand on y songe.

Des réseaux, quelle horreur !
Il n’y a qu’à droite que l’on trouve ça


Qu’apprend-on dans ces différents papiers ? À la fois tout et rien, comme souvent. Beaucoup de noms, mais aucune idée, aucune « preuve » de quoi que ce soit. Derrière la fondation Kairos, derrière « Créer son école », derrière la « vitrine prestigieuse », il y a des gens, figurez-vous. Des gens extrêmement de droite et extrêmement catholiques (ou traditionalistes, intégristes, au choix) ; il y a des gens fortunés ; il y a des gens malintentionnés (dit-on) ; il y a des gens qui se voient, qui s’invitent, qu’on retrouve tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, qui ont des projets, qui se rendent des services. Des réseaux, quelle horreur ! Il n’y a vraiment qu’à droite que l’on trouve ça. Il y a un peu de Hongrie, ça ne mange pas de pain. Des anciens de chez Fillon (pourquoi lui ?), un zeste de « Manif pour tous », ça marche toujours très bien. Bref : on comprend très vite que L’Humanité ou Le Monde n’aiment pas, mais alors pas du tout, cette droite qui n’est pas de gauche.

Mais au-delà de ça ? Sur la liberté scolaire ? Sur les écoles indépendantes ? Il n’y a rien. Ce qui est saisissant, encore une fois, c’est que jamais le journaliste ne se demande si le constat que pose Anne Coffinier sur l’école publique, constat qui l’a poussée à consacrer sa vie à soutenir l’essor des écoles libres, est fondé, rationnel, pertinent. Il n’est pas là pour ça. Comme nous l’écrivions la semaine dernière dans le dossier que nous lui consacrions, la gauche sait. Vincent Bolloré n’a pas d’idées, il est le mal. Ses projets ne se discutent pas, ils se combattent.

Un exemple parmi d’autres de cette volonté de ne pas comprendre. Quand Anne Coffinier rétorque au journaliste de L’Humanité, qui l’accusait de disposer de « fiches » sur certains opposants à la liberté scolaire, que « s’il fallait recenser tous les hommes et les femmes politiques de gauche qui scolarisent leur enfant dans le privé, ce n’est pas une fiche qu’il faudrait, mais un bottin ! », précision plutôt amusante, Lemahieu estime qu’Anne Coffinier « persifle ». Pourquoi « persifle » ? Il faudrait plutôt se demander si c’est vrai, ou pas. C’est là le sujet et la seule question qu’un journaliste devrait se poser. S’il se la posait, il découvrirait très vite que ce n’est pas du « persiflage », mais la stricte réalité. Énormément d’élus ou de responsables de gauche évitent soigneusement à leur progéniture les joies de l’école publique version XXIe siècle.

Les personnes soucieuses de leur carrière peuvent passer leur chemin

La raison, connue des lecteurs de Valeurs actuelles depuis longtemps, est désormais un secret de Polichinelle. Les familles désertent l’école publique parce qu’elle n’a plus d’école que le nom. Parce que le temple de Jules Ferry est devenu un moulin ouvert à tous les vents d’une société violente, déconstruite, absurde. Beaucoup de familles font ce choix. Toutes celles qui le peuvent, ou presque. Et les autres le feraient si elles en avaient les moyens, moyens que, précisément, on leur refuse.

Lors d’un de nos premiers échanges, voilà des années, Anne Coffinier m’avait fait l’aveu suivant : « Je préférerais évidemment que l’on restaure le bel édifice de l’instruction publique, mais je pense que, pour tout un tas de raisons, ce n’est pas possible. Donc plutôt que d’attendre un hypothétique sauveur, je mets tout en œuvre pour qu’un maximum d’enfants puisse échapper à un système hors de contrôle. » C’était il y a quinze ans. Le système en question, l’Éducation nationale, est moins sous contrôle que jamais tandis que les écoles libres n’ont jamais été si nombreuses ni si diverses — n’en déplaise aux journalistes de gauche qui voient des catholiques d’extrême droite partout et qui, fidèles à leurs réflexes, s’évertuent à casser ou à salir ce qu’ils ne comprennent pas.

Par chance, la patronne de Créer son école, normalienne de formation, énarque, diplomate (d’où ses fameux réseaux internationaux !), a le cuir épais. Les joyeusetés balancées sur son compte par une ancienne collaboratrice, qui ont abondamment nourri la presse ces derniers temps, ne lui font pas plaisir, mais elles sont en quelque sorte digérées. « Je subissais déjà tout ça en interne, soupire-t-elle. Maintenant, c’est public, ce n’est pas agréable, mais c’est comme ça. J’attends sereinement que la justice rétablisse la vérité. » Une justice qu’une certaine presse ne prend jamais la peine d’attendre — mais ceci aussi fait partie du « job ». Sauver l’instruction, permettre aux enfants de France de disposer encore d’une école, ne saurait être une sinécure. C’est une vocation, un sacerdoce. Les personnes soucieuses de leur carrière ou de leur confort intellectuel peuvent passer leur chemin.

Le problème est que c’est souvent le cas des responsables de droite ! De ce point de vue là les « révélations » promises par L’Humanité sont à la fois éloquentes — et contradictoires. Il y a de riches donateurs partout dans l’entourage d’Anne Coffinier, mais les écoles libres continuent de tirer le diable par la queue — cherchez l’erreur ! « La vérité est que la droite a toujours roupillé sur l’éducation, regrette Anne Coffinier. On parle à l’envi de fondamentaux, d’autorité, d’autonomie, mais on ne fait que réagir aux offensives de la gauche, mollement et avec un temps de retard. Cela ne constitue pas une vision politique. »

L’école libre qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours

La fondatrice de Kairos ne le dira pas, mais elle soupçonne un certain nombre de gens de droite de ne voir dans l’école privée qu’un moyen de mettre leurs propres enfants à l’abri, tout en défiscalisant tout ce qui peut l’être. Une attitude qui peut se comprendre, mais qui laisse intact le problème de l’école, de toute l’école, donc de la société de demain. Nul ne peut se contenter de créer des isolats. Anne Coffinier le demande avec une détermination intacte : pour elle, la droite doit passer à l’offensive en matière d’éducation, au lieu de subir. « Il lui faut donner une dimension sociale qui manque à son action, en se battant pour que toutes les familles qui le veulent puissent scolariser leur enfant dans l’école privée », insiste-t-elle, avant de préciser en outre que cette réforme « serait source d’énormes économies pour la nation ».

Mais la question est : qui aurait le courage de se saisir de ce sujet ? « François-Xavier Bellamy est très présent sur ces questions d’éducation, qu’il place toujours au premier rang de ses préoccupations, avance Matthieu Grimpret. Mais il est un peu empêtré dans un milieu politique où les gens sont largement déconnectés de la réalité profonde du problème. » De manière surprenante, l’auteur de Bullshit bienveillance (Magnus) imagine que le salut pourrait venir… des milieux d’affaires. « Je fonde un certain espoir dans la prise de conscience des chefs d’entreprise, explique-t-il. Par le biais du recrutement, ils sont directement confrontés à l’effondrement de l’école, non seulement pour ce qui est des savoirs, mais aussi et surtout par la question comportementale. » Et si certains patrons, conscients du caractère « ingérable » de la génération née après l’an 2000, avouent froidement « attendre les robots », d’autres ne veulent pas renoncer à la beauté de la transmission, de la formation, de la chaîne intergénérationnelle.

« L’éducation nationale demeure dominée par le gauchisme culturel, mais le rapport de force bouge, observe de son côté Joachim Le Floch-Imad. Certaines propositions conservatrices gagnent de l’audience et 20 % des enseignants en viennent à voter pour le Rassemblement national. » Les professeurs, longtemps inféodés à ces idées de gauche qui ont creusé leur tombe, pourraient-ils devenir les acteurs de leur propre sauvetage ? « L’hégémonie de la gauche s’est fracassée sur le mur de la réalité. Elle conserve toutefois une forte capacité d’influence au sein de la technostructure du ministère », tempère l’auteur de Main basse sur l’éducation nationale (les Éditions du Cerf). Le prof évolue, mais la salle des profs continue d’afficher son hostilité à toute réforme, tout projet, toute idée qui semblerait « de droite ». Cette dernière n’est pas près de reprendre pied sur ce terrain-là — pour ne rien dire du monde syndical ! « Les professeurs sont — au moins pour un temps encore — attachés à la discipline qu’ils enseignent, insiste Matthieu Grimpret. Ils veulent transmettre du savoir, or ils ont bien conscience que, sans autorité, sans exigence, leur métier n’est pas possible. C’est une question d’efficacité. »

On retrouve l’intuition d’Anne Coffinier, celle qui l’a portée vingt ans durant : tout le monde veut l’école privée, l’école libre, qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours. Les enfants, leurs parents, les professeurs. Surtout : tout le monde mérite cette école et seuls les amis du désastre en cours peuvent vouloir torpiller ceux qui veulent la construire ou la reconstruire. « Le mal, pour triompher, n’a besoin que de l’inaction des gens de bien », dit la très célèbre formule attribuée à Edmund Burke. Anne Coffinier l’a bien compris. Mais qui avec elle ? 

dimanche 21 décembre 2025

Chili : la recomposition de la droite

La nette victoire de José Antonio Kast à l’élection présidentielle chilienne marque un tournant politique à Santiago et s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des droites en Amérique latine.

Le président chilien élu, José Antonio Kast, et son épouse, Maria Pia Adriasola, devant la cathédrale de Santiago, après avoir assisté à la messe, le 19 décembre 2025.

Costume sombre et cravate rouge, José Antonio Kast a conduit une campagne axée sur les thèmes de la sécurité, de l’immigration et du redressement économique. Son discours a trouvé un écho auprès d’une partie de l’électorat, lassée par quatre années de gouvernement progressiste marquées, selon ses critiques, par des réformes inabouties, des tensions institutionnelles et un ralentissement de l’activité économique. Ces préoccupations ont été accentuées par la hausse de la criminalité : d’après les statistiques officielles, le taux d’homicides est passé de 2,5 à 6 pour 100 000 habitants en une dizaine d’années, tandis que les enlèvements ont atteint 868 cas l’an dernier, soit une augmentation de 76 % par rapport à 2021.

Au cours de ses derniers meetings, le candidat du Parti républicain a fait de la lutte contre le crime organisé et le narcotrafic une priorité, appelant à un « gouvernement d’urgence » et à un contrôle renforcé des frontières afin de lutter contre l’immigration illégale.

Cette lecture est partagée par certains acteurs de la droite chilienne. Johannes Kaiser, fondateur du Parti national libertarien, arrivé quatrième au premier tour, attribue en partie la dégradation de la sécurité à l’arrivée massive de migrants vénézuéliens ces dernières années. Selon lui, si la majorité a fui la crise politique et économique de leur pays, des réseaux criminels transnationaux auraient également profité de cette situation, dans un contexte d’accueil jugé trop permissif par l’ancien gouvernement.

Une réaction au progressisme

Âgé de 59 ans, catholique pratiquant et père de neuf enfants, José Antonio Kast incarne une droite conservatrice sur les plans sociétal et économique. Admirateur déclaré de l’économiste Milton Friedman, il se positionne à l’opposé de Gabriel Boric, président sortant de 39 ans, élu en 2021 dans le sillage des grandes mobilisations sociales de 2019. Ces manifestations, connues sous le nom d’estallido social, avaient porté des revendications liées aux inégalités, aux droits sociaux, à l’égalité des genres et à la dénonciation des violences sexuelles.

L’élection de Gabriel Boric avait alors été perçue comme un renouveau pour une gauche latino-américaine en perte de repères depuis la disparition d’Hugo Chávez et l’évolution autoritaire du régime vénézuélien. Le Chili semblait tourner la page de la période pinochetiste pour renouer avec une mémoire plus favorable à l’héritage d’Allende.

Pour Carlos Ominami, ancien ministre de l’Économie au début des années 1990, ce cycle s’est toutefois refermé. Il estime que la gauche au pouvoir n’a pas su répondre aux attentes sociales, privilégiant des thématiques culturelles et sociétales (le « wokisme ») au détriment des enjeux économiques et populaires. Selon lui, la droite bénéficie également du soutien d’une génération plus jeune, qui n’a pas connu directement la dictature militaire.

Une victoire nette

Déjà candidat malheureux en 2022, José Antonio Kast s’est cette fois imposé avec 58 % des voix face à Jeannette Jara, candidate soutenue par le Parti communiste chilien, qui a recueilli 42 %. Ses soutiens présentent Kast comme un représentant d’une droite classique, tandis qu’ils soulignent l’ancrage idéologique de son adversaire à gauche de l’échiquier politique.

Selon Johannes Kaiser, Jeannette Jara était une candidate communiste « dans la plus pure tradition marxiste-léniniste ». « Kast est un homme de droite classique, pas un fasciste comme ils disent. En revanche, Madame Lara s’est dite du centre gauche pendant toute la campagne alors qu’il y a quelques mois encore, elle était militante active du Parti communiste chilien, soutien des régimes cubains et vénézuéliens, et entretenait de très bonnes relations avec les terroristes révolutionnaires des FARC colombiens. »

Un mouvement continental

Au-delà du Chili, cette alternance s’inscrit dans une dynamique régionale. Pour la politologue Renée Fregosi, José Antonio Kast a pris soin d’éviter toute apologie explicite de la dictature de Pinochet, se concentrant sur des thèmes contemporains. D’autres analystes, comme l’Argentin Nicolás Márquez, voient dans cette victoire un effet comparable à celui observé en Argentine avec Javier Milei, illustrant selon eux l’épuisement des modèles politiques issus du « socialisme du XXIᵉ siècle ».

Cette évolution s’accompagne d’un rapprochement de plusieurs gouvernements latino-américains avec les États-Unis, dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues avec la Chine et la Russie. Le renforcement de la coopération sécuritaire et diplomatique américaine dans la région en est l’un des signes.

Enfin, l’attribution récente du prix Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado, en présence de plusieurs dirigeants de droite du continent, a été interprétée par ses partisans comme un symbole de cette nouvelle phase politique en Amérique latine, marquée par le retour de forces libérales et conservatrices se réclamant d’un ancrage pro-occidental.

mardi 16 décembre 2025

Attaques contre l'école libre en France : il est temps que la droite sorte du silence

Face aux attaques d’une gauche vent debout contre l’école libre, Anne Coffinier dénonce ci-dessous une violence révélatrice d’une peur idéologique. Elle appelle la droite à assumer enfin une rupture décisive afin de garantir à chacun la liberté de choisir son école. Anne coffinier est entrepreneure sociale et présidente de l’association Créer son école.

Depuis des semaines, une certaine gauche se déchaîne contre moi avec une violence qui dépasse l’entendement. Tout cela pour avoir consacré ma vie à une idée simple : donner à chaque enfant la possibilité d’accéder à une école libre, si ses parents le souhaitent.

Un tel niveau de violence trahit la peur de ceux qui m’attaquent. Au fond, c’est un aveu de leur part : s’ils frappent si fort, c’est qu’ils sentent le terrain leur échapper et pensent que la cause de l’école libre pourrait l’emporter. Depuis 1960, la gauche et l’extrême gauche récitent ce même mantra : « À école publique, argent public ; à école privée, argent privé ». Ce vieux serment – signé le 19 juin 1960 à Vincennes à l’initiative du CNAL (Comité national d’action laïque) notamment par socialistes, communistes, syndicats laïcs, Ligue de l’enseignement, FCPE et Grand Orient – continue d’unir aujourd’hui ceux qui ne s’entendent sur rien. La liberté scolaire leur est insupportable ; l’école catholique, impardonnable.

Les méthodes d’une partie de cette gauche n’ont pas changé : attaques ad hominem, amalgames outranciers, recours aux délateurs, accusations relayées avec une gourmandise qui oublie la justice. Accusez : il en restera toujours quelque chose.

Dernier terrain d’instrumentalisation en date : les abus sexuels commis dans les écoles catholiques comme à Bétharram. Ils doivent évidemment être combattus partout avec la plus grande détermination mais LFI se sert de l’émotion soulevée pour tenter d’imposer la loi Vannier-Spillebout, qui reviendrait à placer l’enseignement privé sous contrat sous une tutelle administrative contraire à l’esprit de la loi Debré et, bien sûr, au caractère constitutionnel de la liberté d’enseignement. Pendant ce temps, l’État peine à protéger les enfants dans ses propres structures : Éducation nationale, périscolaire notamment parisien, Aide Sociale à l’Enfance… C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et la droite ? Elle murmure là où la gauche hurle. Elle recycle les vieux mantras – « fondamentaux », « autorité », « autonomie » – sans oser encore porter une vision. L’école libre ne figure en bonne place dans aucun projet de reconstruction nationale, seulement dans des ripostes ponctuelles dès qu’un coup tombe. La droite craint de défendre un « privilège ». C’est pourtant l’inverse : aujourd’hui, le véritable privilège est de pouvoir choisir son école. Seules les familles aisées y accèdent pleinement. L’égalité des chances ne suppose plus seulement la gratuité du public à notre époque, mais la possibilité de choisir indifféremment le public ou le privé selon le besoin de son enfant.

Si la droite veut remonter le niveau, restaurer la sécurité éducative et relancer l’ascenseur social, elle doit faire en 2027 ce qu’elle a osé faire pour le travail en 2007 : une rupture lisible, populaire, décisive. Mon vœu est simple : que la droite se passionne enfin pour l’école libre autant que la gauche se passionne pour la combattre. C’est là que se joue désormais l’avenir des enfants… et celui du pays.

mercredi 20 novembre 2024

Femmes tradi : retour du « patriarchat », montée en puissance de l'« extrême-droite » ?

Chaque mois, une nouvelle tendance émerge sur TikTok. Cette fois-ci, on s'attaque à celle des #tradwives. Des influenceuses d'un nouveau genre qui ont comme particularité celle d'être conservatrices et anti-féministes. Ce qu'elles souhaitent ? Rester à la maison pour s'occuper de leur foyer, puis de leur mari quand ce-dernier rentre du travail.

Est-ce là le retour du patriarchat ? La montée en puissance de l'extrême-droite ? Décryptons.

jeudi 29 août 2024

La gauche n’est pas du tout majoritaire, mais elle est dominante

Sarah Knafo, députée française (Reconquête!) au Parlement européen sur Europe 1:

La gauche n’est pas du tout majoritaire dans le pays, mais elle est dominante. Parce qu’elle a pris le pouvoir dans l’université, l’école, la justice, les médias, l’administration, etc.

Il faut le lui retirer.

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dimanche 14 juillet 2024

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samedi 16 mars 2024

Charles Sapin : « En Europe, la “diabolisation” des partis nationalistes n'accroche plus »

Alors qu'approchent les élections européennes, le journaliste du Point a entrepris d'enquêter dans les pays où les formations dites nationalistes ou populistes ont le vent en poupe. De l'Italie aux Pays-Bas, de la Suède à l'Espagne en passant par la Finlande ou l'Allemagne, partout un même constat s'impose : les partis qui méconnaissent volontairement les effets de l'immigration sont sanctionnés dans les urnes. Entretien paru dans le Figaro Magazine.

— Emmanuel Macron semble jouer la stratégie de la peur. Il y a cinq ans, il évoquait «la lèpre populiste» tandis qu'il pointe aujourd'hui les liens supposés entre le RN et Vladimir Poutine. Est-ce pertinent ?

Charles Sapin.— La stratégie présidentielle est limpide. En retard d'une dizaine de points sur la liste RN , les candidats d'Emmanuel Macron misent sur un récit sensationnel pour inverser la tendance : grimer leurs adversaires en « ennemis de l'intérieur », c'est-à-dire en agents de Vladimir Poutine. Tout en misant sur l'« effet drapeau » que pourrait susciter la préoccupante dégradation de la situation ukrainienne [pour Kiev]. Mais il y a une limite. Ce qui peut paraître tactiquement habile peut se révéler délétère d'un point de vue stratégique. Lors de mon tour d'Europe, un constat m'a marqué. Que ce soit en Italie, aux Pays-Bas, en Suède et même dans une certaine mesure en Allemagne, la « diabolisation » n'accroche plus. Les tentatives d'assimiler les partis nationalistes aux totalitarismes du XXe siècle, les procès en filiations historiques surannées sonnent creux. Comme de vieux tubes qu'on n'écoute plus à force de les avoir trop entendus…

Cette « stratégie de la peur », pour reprendre vos mots, a fini par devenir un carburant pour les forces nationalistes qu'elle pensait combattre. Elles légitiment ces dernières en forces « antisystème », alors qu'elles appartiennent le plus souvent depuis des années à ce système. Elle finit par les installer, de fait, en seule alternance véritable. L'exemple des nationalistes suédois est éloquent. Fondé en 1988 par d'authentiques néonazis, le parti a rompu et renié ses origines dans les années 2000. Il a continué malgré tout d'être ostracisé, exclu du jeu démocratique. Jusqu'à se voir sacré aux dernières élections. Puisque étant le seul à ne pas avoir de responsabilité dans la situation migratoire catastrophique du pays et l'effondrement de son système social.

lundi 23 octobre 2023

La foi est-elle morte ? Pas en politique, si l'on en croit Juppé et son « je veux encore le croire »

Incidemment, la foi en de premiers principes non démontrés semble aussi exister en sciences.

En effet, les processus scientifiques reposent sur plusieurs hypothèses philosophiques, appelées « axiomes » ou « premiers principes ». Ils sont nécessaires pour effectuer des déductions à partir des données scientifiques et, en fait, même pour l’application et la méthode de la science elle-même. Nous les tenons pour acquis — comme la plupart des philosophes — et nous n’y pensons guère.

Les principes du tiers exclu (principium medii exclusi), de non-contradiction, d’identité, d’intelligibilité, de raison suffisante, de fermeture causale, de finalité et au moins un principe de substance sont tous des « premiers principes » qui ont été démontrés par leur application après avoir été utilisés, mais qui ne peuvent être eux-mêmes que supposés a priori.

On doit supposer que l’univers est un lieu fondamentalement rationnel, que les causes et les effets sont rationnellement prévisibles, au moins avec probabilité, et que les données passées fournissent une base rationnelle pour étudier le présent et faire des prévisions. En d’autres termes, nous devons supposer les lois de la causalité et l’uniformité de la nature pour la science et aussi pour la connaissance elle-même.

En mathématiques, il existe un axiome de l’infini qui assure l’existence d’un ensemble infini, plus précisément d’un ensemble qui contient une représentation des entiers naturels. Par définition, cet axiome n’est pas prouvé.

En outre, si on définit la foi comme une hypothèse qui n’a jamais été démontrée, mais qui rassemble un large consensus, ce fut le cas de la théorie des cordes qui connut son heure de gloire dans la seconde moitié du XXe siècle. La théorie des cordes est peut-être la grande idée la plus controversée de toute la science actuelle. D’une part, il s’agit d’un cadre mathématique séduisant qui offre la possibilité d’unifier le modèle standard et la relativité générale, en fournissant une description quantique de la gravité et en apportant des connaissances approfondies sur la manière dont nous concevons l’univers tout entier. D’un autre côté, ses prédictions sont très variables, ne peuvent être testées dans la pratique et nécessitent un énorme ensemble d’hypothèses qui ne sont étayées par aucun élément de preuve scientifique. Depuis près de 40 ans, la théorie des cordes est l’idée dominante de la physique théorique des particules. Pourtant, pendant tout ce temps, elle n’a pas produit la moindre prédiction vérifiable, ce qui a conduit récemment de nombreuses personnes à déclarer qu’elle ne respectait même pas les normes de la science. Elle semble être tombée en défaveur sans qu’elle soit prouvée fausse : à l’heure actuelle, la théorie des cordes ne peut être falsifiée par aucun résultat expérimental concevable. Elle semble surtout non productive, de plus en plus complexe et détourne de projets plus proches de la réalité empirique.

samedi 29 octobre 2022

Duhaime a consacré trop de temps à courtiser les anglos, selon des conservateurs

La grogne est entrée au Parti conservateur du Québec : l’échec à faire élire un député le 3 octobre a ravivé l’insatisfaction de l’aile nationaliste du parti.

« On a passé trop de temps à essayer d’avoir le vote des anglophones, alors que c’était une cause perdue, a confié une source conservatrice sous le couvert de l’anonymat. On aurait dû mettre toute cette énergie-là dans Beauce-nord, on aurait peut-être fait élire un député. »

Selon une autre personne impliquée dans la campagne conservatrice, le parti aurait dépensé des sommes considérables pour de la publicité dans les circonscriptions anglophones, une décision qu’elle juge douteuse.

« Un publireportage dans le USA Today, est-ce que ça permet vraiment d’aller chercher des votes au Québec ? » s’est-elle interrogée.


Ce sujet a fait l'objet d'un débat respectueux sur Radio-Pirate entre deux ailes du conservatisme québécois : celle économique et celle plus identitaire.

Ménager la chèvre et le chou

Pendant la campagne électorale, Éric Duhaime a passé plusieurs jours à courtiser les anglophones, en martelant que François Legault les avait abandonnés et que les libéraux les tenaient depuis trop longtemps pour acquis.

Il avait également promis d’abroger la loi 96, dans une conférence de presse remarquée à l’institut du courtage et de la finance de Montréal.

Sur le lutrin, on lisait Bill 96 derrière un signe d’interdiction, sur une petite affiche exclusivement en anglais.

« Ça ne m’a pas plu, a chuchoté une autre source. Je comprends la stratégie, et des gens au parti étaient convaincus qu’on pouvait convaincre beaucoup d’anglophones de voter pour nous.

« Mais ça a mis Éric dans une drôle de position : il devait d’un côté essayer de plaire aux anglophones, en même temps qu’il devait ménager les plus nationalistes. »

Or, ces choix stratégiques ne se sont pas avérés fructueux, a remarqué un candidat conservateur défait. « Dans plusieurs comtés anglophones, on n’a même pas fini deuxième », a-t-il indiqué.

De fait, les conservateurs ont terminé au cinquième rang dans Viau et au quatrième rang dans Westmount–saint-louis, des circonscriptions où le taux de participation était en deçà de la moyenne provinciale, un signe que les électeurs libéraux déçus ont préféré ne pas se présenter aux urnes plutôt que d’appuyer un autre parti.

Le PCQ a mieux fait dans Robert-baldwin et dans D’arcy-mcgee, où le parti est arrivé au deuxième rang, mais en restant tout de même plusieurs milliers de voix derrière le PLQ dans les deux cas.

Source : Le Journal de Québec

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François Legault vous doit des baisses d'impôts

L'initiative du Siècle (dont un des cofondateurs est Dominic Barton, actuellement ambassadeur du Canada en Chine populaire). En anglais uniquement.

Le patronat québécois reprend de plus belle sa campagne en faveur de l’immigration massive : 64 000 par année au Québec ! (1er avril 2021, ce n’est hélas pas un poisson d’avril)

Hydrocarbures: l’autonomie devrait être une priorité des nationalistes [Or, en février, le Québec est devenu le premier État en Amérique du Nord à interdire complètement l'extraction des hydrocarbures sur son territoire.]

dimanche 23 octobre 2022

Pourquoi la Suède est-elle devenue de droite ?

Le virage à droite de la politique suédoise a remis en question l’image du pays en tant que foyer spirituel de la gauche libérale. En effet, le succès de la coalition de droite suédoise a été tel que le New York Times a proclamé le jour des plus récentes élections législatives en Suède que « la Suède devient insupportable ». Voir image ci-dessous.


Cette nervosité qui étreint la gauche bien-pensante peut être attribuée à l’influence croissante des démocrates suédois anti-immigration. Bien qu’il ne soit pas directement au pouvoir, le soutien politique du parti à la coalition de droite signifie qu’il peut faire pression sur ses homologues plus modérés pour qu’ils modifient la politique migratoire de masse.

Freddie Sayers d’UnHerd s’est entretenu avec le journaliste indépendant Ivar Arpi pour discuter exactement de ce que signifie le mouvement de la Suède vers la droite. On parle aussi de politique dextrogyre. Commentateur bien connu en Suède, Arpi a utilisé son blogue, Rak höger ou « Tout droit à droite », pour plaider en faveur de politiques d’immigration beaucoup plus strictes dans le pays. Il soutient que la vague de réfugiés et de demandeurs d’asile qui sont entrés dans le pays en 2015 — principalement afghans ou syriens — a eu un effet déstabilisateur sur la société suédoise. Cette année, il y a eu 47 fusillades mortelles — égal au record de l’année dernière — et quelques semaines seulement avant cette élection, une fillette de 5 ans et sa mère ont été abattues dans une aire de jeux.

La population historiquement homogène de la Suède est aujourd’hui très différente de ce qu’elle était il y a 20 ou même 10 ans. Selon les statistiques de l’État, 20 % de la population et plus de 40 % des personnes de moins de 50 ans sont nés à l’étranger ou ont des parents nés à l’étranger.

Arpi est clair que les efforts d’assimilation passés en Suède ont, dans la plupart des cas, été un succès : « 50 % des médecins sont nés à l’étranger ou ont fait leurs études dans un autre pays. […] Leurs enfants vont dans des écoles suédoises, ils ont une éducation suédoise. Et ils sont entièrement intégrés. » Mais après 2015, l’intégration a échoué parce que la Suède a laissé entrer trop de réfugiés. « Nous devenons de plus en plus comme le Liban [division confessionnelle/religieuse] et le Brésil [division selon la classe sociale/raciale] », dit-il.

Certains quartiers, ou « zones vulnérables » comme les appellent les autorités suédoises, ont vu des immigrants se couper de la société suédoise au sens large, lutter pour trouver un emploi ou apprendre la langue. Selon les mots d’Arpi, « les gens sont coincés dans ces quartiers […]. Il n’y a pas de suédophones natifs dans les écoles. Ils n’ont aucun contact avec la société suédoise. Et dans ces régions, des gangs criminels ont pris le contrôle de grandes parties de la société et les gens sont captifs dans ces régions.

Pour l’électeur suédois qui a vu le taux de violence armée monter en flèche ces dernières années, la lutte contre la criminalité était un enjeu central de cette élection. Interrogé sur la violence en Suède, Arpi reconnaît “Ce n’est pas le Brésil. Ce n’est pas, tu vas dans une favela, ou tu vas à Baltimore, ce n’est pas la même chose. Mais la violence à la grenade et les bombes sont au même niveau que le Mexique. Des bombes explosent au milieu d’Uppsala. On mitraille des appartements bourgeois dans des quartiers aisés […] Nous avons des enfants qui se font tuer sur le terrain de jeu parce que les criminels en Suède sont si imprudents dans leur violence et ils ont des fusils automatiques. Et c’est nouveau.” Il rappelle qu’il ne s’agit pas simple de règlements de compte entre bandes de malfrats car des policiers se font attaquer chez eux.    

Arpi défend la possibilité de rapatrier les immigrants qui se comportent mal dans le pays d’accueil. “Tous ne sont pas des réfugiés”, rappelle-t-il. Un des projets envisagés actuellement par le nouveau gouvernement serait que “si vous commettez un crime en Suède, que vous êtes né à l’étranger et que vous n’avez pas la citoyenneté, la règle devrait être que vous  êtes expulsé du pays. […] Nous avons des politiques de rapatriement en place depuis toujours. […] Si un immigrant désire retourner dans son pays d’origine, il peut demander une aide à cet effet de la part des agences suédoises. Ce système est en place depuis longtemps. […] La somme accordée lors du rapatriement devrait fortement augmenter selon les propositions du nouveau gouvernement.  » Ari admet toutefois que ces mesures qui visent les criminels et les gens qui décident de partir n’auront pas un impact majeur et que la majorité des immigrants resteront en Suède. Ces mesures ne règleront pas la situation, la Suède devra vivre avec les conséquences de politique migratoire passée pendant des générations.

Arpi dit que l’improbabilité d’un changement radical a conduit à une sorte d’ennui national : “Il y a une profonde tristesse dans l’ensemble de la société suédoise. Les gens sont très pessimistes. Mais il espère tout de même que le nouveau gouvernement pourra proposer des solutions, malgré les tordeurs des médias : ‘Si vous demandez à la gauche, c’est en 1933, en Allemagne, et si vous demandez à la droite, nous sommes en 2022, commence enfin à relever le défi.

Les détracteurs d’Ivar Arpi lui reproche une vision trop pessimiste, trop sombre, qu’il devrait promouvoir le rapprochement, d’aller à la rencontre des habitants de ces quartiers ‘vulnérables’ pour intégrer ces personnes et retrouver une même vision commune. Pour le journaliste suédois, il s’agit là d’un point de vue naïf, d’une vision simpliste, qui assume que le contact engendre la proximité, la compréhension. ‘Parfois, plus vous rencontrez certaines personnes, moins vous les aimez’. Il ajoute ‘prenons l’exemple des nationalistes hindous et les Pakistanais [qui se sont récemment affrontés dans les rues de Leicester en Angleterre il y a un mois (vidéo)], je ne pense pas que ce soit une bonne idée qu’ils vivent côte à côte.’

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vendredi 7 octobre 2022

France — Les catholiques et les droites (m à j)

Recension de l’ouvrage dans le Figaro Histoire 

La droite du Père ? Sous cette appellation, une trentaine d’auteurs explorent les relations des catholiques français avec les droites entre 1945 et aujourd’hui. 

L’ouvrage suit un ordre chronologique et thématique, avec à la fin de chaque chapitre le portait d’un protagoniste (Jacques Barrot, Jean Ousset ou Chantal Delsol, par exemple).

Passons sur les erreurs matérielles (né en 1944, Jacques Trémolet est présenté comme l’avocat du maréchal Pétain) ou sur les jugements à l’emporte-pièce (l’intellectuel Jean Madiran assimilé au complotisme).

Si ce volume regorge d’informations, ses biais méthodologiques interrogent parfois en ce qu’ils laissent dans l’ombre des pans du catholicisme de droite actuel (les universités et les actes de Renaissance catholique ou le monde des écoles hors contrat complètement ignorés, par exemple, le traditionalisme traité avec désinvolture). Étonnant.

 


Entretien dans La Nef, 3/X/2022

Florian Michel (FM) et Yann Raison du Cleuziou (YRC) ont dirigé un ouvrage : À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours. Ils nous parlent ici de ce livre appelé à devenir une référence.

— Quel était votre objectif en vous lançant dans ce travail important ?

Florian Michel – Le volume, qui rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs, examine les liens depuis le sortir de la Seconde Guerre mondiale entre les droites et les catholiques. Il offre de ce fait une large fresque sur presque huit décennies de l’histoire de France. L’objectif était de restaurer la complexité de ce segment du paysage politique, d’en étudier la vitalité, les expressions, les idées, les combats, mais aussi les silences et les épuisements. Les termes du titre — les catholiques et les droites — sont au pluriel pour inclure à la fois les droites de gouvernement et les droites extrêmes, les catholiques de centre droit — les « modérés » qui transigent avec la modernité — et les catholiques plus conservateurs, voire réactionnaires ou contre-révolutionnaires.

— En quoi le volume publié comble-t-il un manque ?

FM – Le point de départ du projet est un constat : émiettement de la bibliographie, avec des études poussées sur des sujets circonscrits, et absence d’une synthèse qui couvrirait le spectre politique depuis le centre jusqu’aux marges. Une vaste synthèse existait pour les « cathos de gauche », avec le volume À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Seuil, 2012), alors même que les catholiques de gauche sont minoritaires au sein des gauches et dans l’Église. Nous avons voulu proposer la part complémentaire de ces analyses : la droite du Père. Il fallait pour commencer revenir sur un point aveugle de l’étude classique de René Rémond, qui avait — avec soin — esquivé le sujet, alors même que son ouvrage, La droite en France, paru en 1954, soulignait le lien étroit entre les droites et les catholiques. René Rémond était alors convaincu que les « droites catholiques » étaient un objet historique en phase terminale, en train, pour ainsi dire, de sortir de l’histoire. La suite de l’histoire montre au contraire qu’il n’en était rien.

— Que conclut votre étude sur la « proximité naturelle » entre droite et catholicisme, et que doit cette proximité à la Révolution ?

FM – Cette proximité entre droite et catholicisme, que René Rémond n’avait pas souhaitée préciser, est en fait à la fois un angle mort et une image d’Épinal, qui se traduit dans le langage en des formules quasi proverbiales : l’alliance du trône et de l’autel, du sabre et du goupillon, de l’autel et du coffre-fort, etc. Depuis la Révolution française, il est établi que la droite, le parti du Roi et de l’ordre, et le catholicisme ont formé un ménage inégal, mais stable, uni pour le meilleur et pour le pire, aux heures sombres et aux heures de gloire, traversant ensemble les bouleversements de l’histoire de France.

Cette proximité naturelle entre droite et catholicisme a été contestée par la voix singulière du sociologue Émile Poulat, qui avait ainsi retracé l’opposition au XIXe siècle entre l’Église et la bourgeoisie dans un livre fameux (1977), et qui, résumant des années de recherche, écrivait : « Pour le catholicisme, la distinction classique droite-gauche n’est pas pertinente. […] Il a conscience d’être pris dans un jeu triangulaire où il représente l’offre d’une troisième voie. » L’hypothèse d’Émile Poulat valait avant tout pour les pays autres que la France — l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, etc. — où le processus révolutionnaire a été moins violent et où un « bloc catholique », associant un parti politique et un syndicat, a pu effectivement se constituer. Pour la France, du point de vue des électeurs, et non pas du point de vue du catholicisme pris en soi, abstraitement considéré, cette troisième voie catholique, celle du « ni droite ni gauche », a surtout été une hypothèse intellectuelle ou pastorale — pas de politique dans la maison de Dieu ! —, alors même que selon les élections une proportion stable, entre 70 et 75 % des catholiques pratiquants, ne cesse de voter pour les partis des droites. La « proximité naturelle » entre les droites et les catholiques a été également dénoncée en France par les partis de gauche, de la SFIO au PCF, en ce qu’elle ruinait par avance le schéma de la « lutte des classes » : le petit paysan catholique ou la postière catholique avaient plus d’affinités culturelles et politiques avec les droites qu’avec les partis de la Révolution.

— Comment la hiérarchie catholique française a-t-elle évolué depuis 1945 dans son rapport à la politique en général ?

FM – Pour les évêques français, la leçon de la Seconde Guerre mondiale est celle de la prudence en matière politique. En 1944, le chrétien-démocrate Étienne Gilson écrivait par exemple : « Je ne demande pas la tête de nos cardinaux, mais je souhaite qu’on leur fasse une belle peur, si épouvantable même que leurs successeurs se souviennent une fois pour toutes de ne pas se mêler de politique, fût-ce pour nous dire qui est le chef légitime de l’État. » Le positionnement des évêques dans le domaine de la politique partisane suscite par définition l’irritation non seulement des pouvoirs publics — cela est minime — mais plus profondément la division des fidèles légitimement partagés entre les diverses sensibilités et options. Pour les évêques, après 1945, on observe tout à la fois — selon les moments — un désir de neutralité, puisque « l’unité de l’Église transcende la division politique de ses membres », comme l’explique Mgr Haubtmann, recteur de la « catho de Paris » en 1971, mais aussi la volonté, un peu maladroite parfois, de se tenir à l’écart de « Matignon » et de « l’Élysée », l’obligation de négocier avec quelques ministres ou, en sens contraire, de sembler organiser la riposte, comme Mgr Lustiger en 1984 au sujet de la bataille scolaire. Le texte crucial sur ce point, adopté par les évêques à Lourdes en octobre 1972, a pour titre « Pour une pratique chrétienne de la politique ». La subtilité est dans l’adjectivation : il n’y a pas de « politique chrétienne » ; il y a en revanche une « pratique chrétienne » de la politique, ce qui en interne validait le pluralisme des engagements, tout en mettant l’accent sur l’humain qui doit demeurer au cœur des politiques.

— Quelle est la place des catholiques dans la vie politique française durant la longue période traitée par le livre ?

Yann Raison du Cleuziou – Il faut d’abord dire qu’il n’y a pas de sens de l’histoire : la vie politique française ne s’est pas vidée de sa dimension religieuse de manière continue depuis la Révolution française. Au contraire, la IVe République puis les débuts de la Ve sont marqués par l’omniprésence de militants catholiques assumés aux rôles de premier plan, contrairement à la IIIe République. Il suffit de penser à Robert Schuman, Edmond Michelet, Georges Bidault, Antoine Pinay, Jean Foyer, Jean Royer… et de Gaulle ! Le MRP propulse les démocrates-chrétiens au gouvernement de manière durable. Le président René Coty est le premier à aller en voyage officiel à Rome où il reçoit la décoration de l’Ordre du Christ. En 1958, bien que le préambule de la Ve République ne fasse pas mention de Dieu comme le demandait une partie des droites mobilisée derrière l’UDCA de Pierre Poujade, il sera fait mention qu’elle « respecte toutes les croyances », ce qui est le signe net d’une rupture avec le passé anticlérical de la République. Le général de Gaulle se rend à Rome pour recevoir le titre de chanoine honoraire du Latran. Il est même question de l’opportunité d’un nouveau concordat. La loi Debré qui pacifie la question scolaire en tient quasiment lieu. Durant les années 1960, l’Église catholique et la République convergent donc dans la recherche d’un nouvel alliage entre tradition et modernité. Mais derrière ce moment d’entente aux sommets, les droites et le catholicisme se fissurent de l’intérieur et une nouvelle expression réactionnaire se constitue en opposition à la décolonisation légitimée par le général de Gaulle, tout autant qu’en opposition à l’aggiornamento mis à l’agenda par le concile Vatican II.

— La place du catholicisme est aussi fragilisée dans la société française à cette période. C’est en 1965 que la chute de la pratique religieuse s’accélère, quel est le tournant à partir duquel le catholicisme est marginalisé en politique ?

YRC – Pour penser la marginalisation politique du catholicisme, il faut partir du contexte de la « Seconde Révolution française » décrit par Henri Mendras, car c’est un processus complexe. À partir de l’après-guerre, les structures sociales ont évolué plus rapidement qu’au cours des deux siècles précédents. Mai 68 est un point émergent de ce processus profond. René Rémond avait coutume de dire que l’Église catholique et le Parti communiste en furent les principales victimes. On pourrait ajouter aussi le gaullisme. Car ce qui change, c’est que l’horizon de l’émancipation qui était jusqu’alors pensé à une échelle collective (la classe sociale, l’Église militante, la nation) s’individualise.

— Désormais c’est à la société de rendre des comptes face aux exigences de l’épanouissement individuel. Le progressisme se recharge-t-il alors d’une série de nouveaux combats orientés vers la libération des droits individuels ?

YRC – Oui, ce progressisme devient compatible avec les droites. Valéry Giscard d’Estaing marque ce tournant libéral au sein des droites. L’électorat catholique le suit, car la foi catholique elle-même est reconfigurée par l’individualisation de l’horizon de l’émancipation. Le dédain pour les obligations religieuses s’affirme à mesure que l’expérience de Dieu est identifiée à l’épanouissement personnel. L’encyclique Humanae Vitae de Paul VI est reçue avec défiance pour cette raison. C’est une majorité parlementaire composée de catholiques qui votent la loi Veil. Si des catholiques pensent encore tirer une politique de l’Écriture Sainte, ils se trouvent plutôt à gauche. En 1974, 11 évêques signent un manifeste de l’Action Catholique en faveur de François Mitterrand. L’opposition catholique à ces nouveaux droits individuels qui recomposent la norme de la filiation, de la famille ou la sexualité va se construire de manière marginale tout autant au sein des droites que de l’Église. Ce n’est qu’à partir de l’élection de Jean-Paul II que ces catholiques conservateurs recevront plus de soutien au sein de celle-ci.

— Vous expliquez que « la sécularisation de la société entraîne… une désécularisation interne du catholicisme » : que voulez-vous dire précisément ?

YRC – Si maintenant on se penche sur les décennies récentes, il est frappant de constater que les réseaux conservateurs qui se constituent à la marge dans les années 1970 ont aujourd’hui changé d’échelle et gagné en influence au moins dans l’Église de France si ce n’est au sein des droites. On l’a vu avec La Manif pour tous. En effet, dans un contexte de détachement massif à l’égard de la foi, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent. Tendanciellement chez les jeunes catholiques pratiquants aujourd’hui, on ne trouve pas le même pluralisme que chez les pratiquants plus âgés. Les sensibilités conservatrices en se perpétuant mieux, gagnent en influence dans un catholicisme qui se rétracte, ce qui se traduit par une certaine désécularisation des formes et des convictions catholiques actuelles. J’avance qu’à ce titre au XXIe siècle, contrairement aux années 1960-1970, le catholicisme français est pris dans une dynamique dextrogyre si on regarde la base des fidèles. Cela parachève la marginalisation du catholicisme au sein des droites. Car celles-ci sont prises dans une dynamique inverse, sinistrogyre, décrite par Albert Thibaudet : l’acceptation du changement social déplace les droites vers la gauche. Ainsi en a-t-il été pour toutes les lois portant sur la famille, la sexualité ou la filiation. Les catholiques conservateurs qui refusent ces évolutions sont donc repoussés vers la droite de la droite. L’élection présidentielle de 2022 est symptomatique, car au sein des droites, les votes des pratiquants réguliers en faveur des droites contestataires (RN et Reconquête) y dépassent au premier tour ceux en faveur des droites de gouvernement (LR et LREM) [Sondage IFOP pour La Croix, 10 avril 2022]. Mais ce glissement droitier ne satisfait pas tous les catholiques conservateurs. Certains se replient sur leurs familles et leurs écoles où ils entrent dans une logique minoritaire et veillent avant tout à protéger les conditions de leur perpétuation. Les catholiques de droite modérés qui restent très nombreux (rappelons qu’Emmanuel Macron arrive en tête du vote des pratiquants au premier tour) invisibilisent, tendanciellement, quant à eux, leur identité catholique en politique afin de ne pas être marginalisés.

— En conclusion, vous écrivez : « le catholicisme est, à droite, la forme changeante de la nécessité immémoriale de donner sens, pondérer ou résister aux effets du changement social » (p. 619). Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?

YRC – Alors que les catholiques s’effacent dans la société française si on retient le critère de la fidélité à la messe dominicale pour les identifier, on constate qu’il n’a jamais été autant question de la défense des racines chrétiennes en politique. Cela n’est qu’apparemment contradictoire, car c’est justement parce que le catholicisme devient un patrimoine qu’il peut faire l’objet de nouveaux usages politiques indépendamment de la foi. Éric Zemmour, par exemple, en a fait un marqueur de la frontière culturelle qui permet de distinguer les vrais Français de ceux qui sont inassimilables. Cette instrumentalisation du christianisme n’est pas sans évoquer l’usage que les républicains ont fait des Gaulois au XIXe siècle : un passé mythifié pourvoyeur d’identité et en capacité [capable] de recharger le sentiment d’appartenance nécessaire à la cohésion sociale et à la défense contre les ennemis. Ainsi, le recours aux racines chrétiennes sert à conjurer des changements sociaux évalués comme des menaces. « Il n’y a pas de sacré du jour même », écrit l’historien Alphonse Dupront. Pour sacraliser quelque chose face à une altération possible, le recours aux grandeurs passées et au christianisme comme « incarnation sacrale du temps » (toujours Dupront) est un mouvement classique au sein des droites. La foi ou le catholicisme comme culture ne sont plus des dimensions essentielles des droites actuelles, mais, de manière caractéristique ces dernières décennies, celles-ci redeviennent une ressource de sens ou de mobilisation à chaque fois que le changement social s’accélère.

— Finalement, vous proposez de distinguer les catholiques de droite en fonction de leur rapport au temps.

YRC – Oui je montre que si on prend du recul par rapport aux ancrages doctrinaux, les catholiques de droite déterminent souvent leur position en fonction de leur « régime d’historicité », c’est-à-dire leur manière de penser l’articulation entre passé, présent et avenir. Le concordiste pense que l’avenir est plein de potentialité pour le christianisme et qu’il ne faut pas avoir peur de se détacher de ses formes héritées. Refuser le changement, c’est marginaliser le catholicisme dans la société à venir. Le conservateur pense que l’avenir ne sera profitable que dans la mesure où le legs du passé y est conservé. Il est prêt à accepter certains changements dans la mesure où cela ne compromet pas la perpétuation de cet héritage. En fonction de son interprétation de ce qui est au cœur de la tradition, il aura ainsi plus ou moins de souplesse. Enfin, le réactionnaire considère le présent et l’avenir avec défiance, comme des conséquences mauvaises d’un choix passé qu’il convient de corriger. La marche arrière est ainsi la condition d’une restauration de l’avenir. Et bien sûr, au cours de leur vie politique, les militants catholiques peuvent aller d’une attitude à une autre en fonction de la profondeur du changement qui est à l’ordre du jour.

Source : La Nef

À la droite du Père.
Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours,
Sous la direction de Florian Michel et Yann Raison du Cleuziou,
paru au Seuil,
à Paris
en octobre 2022,
784 pp.,
ISBN-10 : 2 021 472 337
ISBN-13 : 978-2021472332

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lundi 27 juin 2022

Histoire — 1939-1945 : Quand l'« extrême droite » résistait aux nazis et la gauche collaborait

À droite, l'anti-germanisme et la résistance

En 1944, la France se libère de quatre longues années d’occupation et les résistants sont devenus les héros d’une nouvelle page de l’histoire du pays. Au fil des décennies, la mémoire collective a schématisé l’engagement de femmes et d’hommes pris dans les tourments d’une époque ambiguë. Ainsi, la gauche est associée à la Résistance quand l’extrême droite passe pour synonyme de collaboration. « Il est plus facile de transmettre l’idée que les bons restent bons et les méchants, méchants que de transmettre la complexité des chemins et des itinéraires croisés », décrypte Pascal Ory.

Parmi ces parcours « évolutifs », cet épisode évoque celui du monarchiste Gilbert Renault qui deviendra le Colonel Rémy et celui de Pierre de Bénouville, ex-bagarreur de l’Action française, qui rejoindra le réseau Combat. Qu’avaient-ils en commun avec les autres résistants ? « La force du patriotisme », répond l’un des intervenants, juif, qui a résisté au côté d’Henri d’Astier de la Vigerie, monarchiste et antisémite notoire.

À gauche, le pacifisme et la collaboration

Après la défaite de 1940, beaucoup d'hommes de gauche, aveuglés par leur pacifisme et leur anticommunisme, se fourvoient dans la Collaboration.

Les plus modérés soutiennent la politique de Collaboration de Vichy, comme l'ancien ministre du Front Populaire, Charles Spinasse. La Révolution Nationale est d'ailleurs mise à l'oeuvre par de nombreux fonctionnaires de tendance radical-socialiste.

Mais c'est à Paris que se regroupent les collaborationnistes partisans les plus durs de l'Allemagne. Deux grands partis à la solde des allemands émergent de ce petit monde : le premier est le PPF de l'ex-communiste Jacques Doriot, le second celui du néo-socialiste Marcel Déat.

L'ancien pacifiste Jean Luchaire, patron de presse et personnage incontournable du monde de la nuit parisienne, festoie avec les officiels allemands.

À des milliers de kilomètres de la capitale, en Biélorussie, le jeune Marc Augier, ancien membre du gouvernement du Front Populaire, se bat désormais aux côtés des troupes du Führer après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941.

À la Libération, les collabos sont traqués et jugés.

dimanche 10 octobre 2021

Campagne électorale française : Mathieu Bock-Côté, Zemmour et Marion Maréchal

Mathieu Bock-Côté et Marion Maréchal (10/X/2021)

Extraits :

Marion Maréchal : « La démographie fait l’Histoire : près d’un tiers des enfants nés en France ont au moins un parent né dans un pays extraeuropéen. On risque une partition de la France »

Selon Marion Maréchal, « la droite s’est laissé imposer le cadre moral de la gauche » pendant des années.

Appel au « massacre » d’Éric Zemmour et de ses partisans : « Si cet appel haineux avait concerné n’importe quelle autre figure de la vie politique, l’ensemble du pays se serait mobilisé » souligne MBC qui constate que malheureusement très peu de gens se sont indignés.

Zemmour, le déclin français (sondage), l’immigration zéro

Zemmour : « “Fasciste” l’accusation inventée par Staline. […] Je ne suis ni raciste ni homophobe, […] la gauche passe son temps à inventer des concepts pour criminaliser l’adversaire. »