Affichage des articles dont le libellé est gauchisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est gauchisme. Afficher tous les articles

mercredi 7 octobre 2026

« Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

Texte d'Alain Destexhe paru dans le FigaroVox. Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.


Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre , ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

Depuis  le 7 octobre 2023 , toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

[Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

Voir aussi

L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois (d'août 2026)

 

 

jeudi 24 septembre 2026

Pourquoi les intellectuels se trompent (si souvent)


 

Chronique d'Eugénie Bastié sur le dernier livre de Samuel Fitoussi  [la personne derrière Balance ton Claude].

Lors des législatives anticipées de juin dernier des intellectuels et écrivains français, mais aussi du monde entier, ont appelé à voter pour le Nouveau Front populaire. Des centaines d’économistes bardés de diplômes ont soutenu un programme économique aberrant. Sur les campus des facultés les plus prestigieuses du monde occidental, on a vu des étudiants crier leur haine de l’Occident, juger la médecine « trop blanche » ou proclamer que la différence biologique des sexes n’existait pas. Comment expliquer un tel parti pris dans la frange de la population censée être la plus éduquée ?

« Et si la culture, l’intelligence et l’éducation n’étaient pas gages de sagesse, mais en réalité prédisposaient à l’erreur ? » : c’est la thèse audacieuse du jeune essayiste Samuel Fitoussi dans son dernier livre Pourquoi les intellectuels se trompent (Éditions de l’Observatoire). Dans la lignée d’un Raymond Aron (L’Opium des intellectuels), d’un Raymond Boudon (Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme), d’un Jean-François Revel (La Connaissance inutile), ou d’un Jean Sévillia (Le Terrorisme intellectuel), Fitoussi se penche sur une question épineuse de notre temps : comment des gens éclairés et cultivés peuvent-ils embrasser les pires options idéologiques ? Le XXe siècle en fut plein d’exemples funestes. L’écrasant soutien des intellectuels au communisme a montré la propension des clercs à s’aveugler sur le pire et même à le justifier. Simone de Beauvoir a fait l’éloge du maoïsme, Jean-Paul Sartre estimait qu’on n’avait pas tué assez pendant la Terreur. Les Khmers rouges, qui ont commis un génocide sur leur propre peuple, étaient dirigés par huit intellectuels francophones qui avaient tous étudié à la Sorbonne. À la conférence de Wannsee où les nazis décidèrent de la Solution finale, la moitié des participants détenaient un doctorat.

Féru de psychologie évolutionniste, cette discipline qui explique les comportements humains à partir de la théorie de l’évolution, Fitoussi cite abondamment (trop, peut-être) des études scientifiques pour expliquer les biais de l’intelligence. L’évolution a, dit-il, favorisé le conformisme. La raison n’est pas seulement une faculté orientée vers la recherche de la vérité, elle est aussi au service de notre réputation. Le souci de la vérité et le souci d’être bien vu s’affrontent en nous. Or les intellectuels ont souvent beaucoup à perdre à reconnaître qu’ils ont fait fausse route : que resterait-il de leur crédit ? C’est pourquoi, note Fitoussi, même « les intellectuels de gauche qui finissent par être en désaccord avec “la gauche” sur la quasi-intégralité des sujets ne passent jamais à droite, mais affirment plutôt vouloir rebâtir une “vraie gauche” ». En revanche l’intellectuel n’a pas grand-chose à perdre s’il se trompe. À la différence d’un entrepreneur qui fait faillite s’il fait les mauvais choix, l’intellectuel paie rarement le prix de ses erreurs. Le biais de confirmation, qui nous fait sélectionner des informations allant déjà dans le sens de nos croyances, et la douceur du déni, qui fait que notre cerveau évite au maximum les informations désagréables, font qu’il est très difficile à un intellectuel d’admettre avoir eu tort.

L’intellectuel est en outre prédisposé à l’idéologie car celle-ci lui donne un rôle prépondérant de grand organisateur social. Si la société est un jeu de Meccano à construire et déconstruire, l’intellectuel en devient le grand architecte, d’où sa propension à adopter les idéologies les plus constructivistes, à haïr la société telle qu’elle est et à s’éloigner du sens commun.

On sort de ce livre brillant un peu découragé. Si ni la culture ni l’intelligence ne nous préservent de l’erreur, et pire, si elles nous y prédisposent, à quoi bon lire, fréquenter les chefs-d’œuvre du passé et nourrir son âme ? Il semble que les philosophes ne sortent de la caverne que pour mieux y enchaîner leurs semblables. Fitoussi insiste sur « l’humilité » à laquelle devrait nous pousser la compréhension des biais de l’intelligence, mais aussi sur la nécessité de préserver la liberté d’expression, qui permet de mettre les idées en concurrence et de corriger les erreurs. « Personne ne méprise autant la crétinerie d’hier que le crétin d’aujourd’hui », écrivait Nicolás Gómez Dávila. Ce livre nous invite à nous méfier des doxas du présent qui seront les hérésies de demain.

Pourquoi les intellectuels se trompent
par Samuel Fitoussi,
paru le 9 avril 2025,
aux éditions de l'Observatoire,à Paris,
272 pp.,
ISBN-13: 979-1032933886

Voir aussi

Autres citations de l'aphoriste colombien Nicolás Gómez Dávila :


« L'instruction ne guérit pas la bêtise, elle lui donne des armes. »

 « “Social” est l'adjectif qui sert de prétexte à toutes les escroqueries. »

« L’homme d’aujourd’hui est libre, comme le voyageur perdu dans le désert. » 


mercredi 23 septembre 2026

Québec, école 5e primaire (10-11 ans) : « Je suis souvent posé des questions » sur mon « identité de genre »...



Source : Dubreuil, M., Farley, S., & Boivin, M.-A. (2024). Passeport citoyen : 5<sup>e</sup> année du primaire : Manuel de l'élève, p. 54. Éditions ERPI.

Dans la table des matières officielle, le thème 3 « L’identité » commence à la page 43.

Les ateliers sur « Les dimensions de l’identité » (dont les contenus d’éducation à la sexualité sur l’identité de sexe et de genre) occupent les pages 50-55 environ, juste avant la synthèse du thème (p. 56). 

Le programme Culture et citoyenneté québécoise de 5e année (imposé par la Coalition Avenir Québec) prévoit explicitement ces contenus (identité, dimensions de l’identité, identité de sexe et de genre).
Le manuel les intègre, comme le confirment les extraits pédagogiques et les descriptions de l’éditeur. 

L’âge « Votre enfant a 10 ans » correspond à l’âge typique des élèves de 5e année au Québec.

lundi 24 août 2026

Québec : la première ministre Fréchette contre l’autonomie et le choix des femmes

La Première ministre du Québec Christine Fréchette laisse entendre que le plan nataliste d’Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, porterait atteinte à l’autonomie des femmes. Comment ? En leur offrant notamment la possibilité de rester à la maison pour s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, en versant l’aide directement aux familles plutôt qu’en la consacrant exclusivement au financement des services de garde.

Davantage de choix, donc. Mais, pour Mme Fréchette, cette liberté supplémentaire pourrait ouvrir la porte, dans certains foyers, à une discussion comme celle-ci : « Si tu retournes sur le marché du travail, chérie, nous n’arriverons peut-être pas à joindre les deux bouts, contrairement à ce qui se passerait si tu restais à la maison. »

On comprend surtout, dans cette réaction, qu’il serait problématique pour Mme Féchette qu’une femme puisse choisir de s’occuper elle-même de ses enfants plutôt que de retourner sur le marché du travail. C’est une conception pour le moins singulière de l’autonomie : proposer aux femmes davantage de possibilités serait une menace pour leur liberté, parce que certaines pourraient faire un choix que Mme Fréchette désapprouve.



Cette position repose sur une conception infantilisante des femmes : d’une part, celles-ci seraient apparemment trop vulnérables pour pouvoir exercer librement un tel choix ; d’autre part, l’État saurait mieux qu’elles-mêmes quelle décision est bonne pour elles.

On avait cru comprendre que le féminisme moderne avait fait du « choix » et de l’autonomie des femmes des principes fondamentaux.
Il faudrait manifestement apporter une nuance : le choix serait acceptable à condition que les femmes choisissent ce que les politiciennes leur disent de choisir.

La position de Mme Fréchette rappelle d’ailleurs certains débats féministes des années 1990, lorsque le Québec avait instauré les allocations à la naissance. Cette politique, nettement moins coûteuse que l’actuelle politique familiale, avait été vivement critiquée par certaines féministes. Claire Bonenfant, alors présidente du Conseil du statut de la femme, s’interrogeait ainsi, à propos d’une politique dont les effets natalistes étaient pourtant modestes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

La question demeure étonnamment actuelle. Pourquoi considérer comme suspecte une politique qui permettrait à une famille de recevoir une aide pour s’occuper elle-même de ses enfants, plutôt que de conditionner cette aide au recours à un service de garde ? Pourquoi l’État devrait-il déterminer non seulement quelles familles méritent d’être aidées, mais aussi la manière dont elles doivent organiser leur vie familiale pour recevoir cette aide ?

Dans le système défendu par Mme Fréchette, le choix n’est donc pas véritablement laissé aux familles : l’aide publique privilégie un modèle précis, celui où les enfants sont confiés à un service de garde pendant que leurs parents travaillent. Le modèle familial dans lequel un parent choisit de rester auprès de ses jeunes enfants est, lui, beaucoup moins digne du soutien de l’État.

C’est précisément ce que l’on pourrait reprocher à cette conception de l’« autonomie » : elle ne consiste plus à permettre aux femmes et aux familles de choisir entre plusieurs possibilités, mais à orienter financièrement leurs choix vers celui que le gouvernement juge souhaitable.

Une politique réellement fondée sur l’autonomie devrait faire exactement l’inverse : donner aux familles les moyens de choisir. Certaines préféreront les services de garde, d’autres voudront les grands-parents, d’autres encore souhaiteront qu’un des parents réduise son activité professionnelle ou reste temporairement à la maison. Si l’on fait confiance aux femmes, il faut accepter leurs choix même lorsqu’ils ne correspondent pas à ceux que l’on aurait faits à leur place.

L’autonomie ne consiste pas à choisir à la place des femmes. Elle consiste précisément à leur laisser le choix.


Voir aussi

La fécondité continue de chuter au Québec (article de 2016 quand la natalité était encore de 1,6 enfant/femme).

mardi 18 août 2026

L’université, laboratoire du socialisme ? Comment l’économie des campus américains façonne les attentes des jeunes diplômés

Dans un article publié dans le Wall Street Journal ce samedi 15 août 2026, Kimberlee Josephson s’interroge sur l’attrait croissant du socialisme chez les jeunes Américains, en particulier chez les étudiants et les jeunes diplômés. Selon l’économiste, l’explication ne réside pas seulement dans la « frustration économique » ou dans l’influence idéologique des professeurs : le fonctionnement quotidien des universités pourrait lui-même contribuer à façonner leur conception de l’économie et du rôle des institutions.

Depuis les années 1990, les universités américaines, surtout les plus riches et les plus sélectives, sont devenues de véritables milieux de vie intégrés. Logements, restauration, transports, salles de sport, services informatiques, activités culturelles, accompagnement psychologique et de multiples services étudiants sont regroupés dans une économie largement administrée et financée collectivement. Cette évolution s’est notamment accélérée sous l’effet de la concurrence entre établissements pour attirer davantage d’étudiants.

Or, comme le souligne Josephson, les étudiants bénéficient quotidiennement de nombreux biens et services sans en percevoir directement le prix. Le transport universitaire, les salles de sport, certaines activités ou certains services informatiques semblent gratuits, alors que leur coût est en réalité intégré aux droits de scolarité, aux frais universitaires, aux dotations, aux dons ou aux financements publics. Les étudiants sont ainsi moins souvent confrontés aux prix, à la rareté et aux arbitrages économiques qui structurent la vie courante.

En s’appuyant notamment sur Friedrich Hayek et Douglass North, l’économiste estime que cette organisation institutionnelle peut avoir des effets durables sur les représentations économiques des jeunes. Les prix transmettent normalement des informations sur les coûts et la rareté ; les institutions, quant à elles, contribuent à façonner les « règles du jeu » et les modèles mentaux grâce auxquels les individus comprennent le monde. Passer quatre années dans un environnement où les services sont regroupés, mutualisés et largement subventionnés peut donc influencer ce que les étudiants considèrent comme normal.

Cette expérience pourrait ensuite nourrir certaines attentes à l’égard de la société. Si le transport universitaire est gratuit à chaque trajet, pourquoi les transports urbains ne fonctionneraient-ils pas de la même manière ? Si l’université offre des services de conseil et de bien-être, pourquoi l’employeur ne devrait-il pas proposer des prestations comparables ? De même, si les équipements sportifs, les loisirs et une quantité d’autres services paraissent accessibles sans coût immédiat, l’idée de leur financement collectif à l’échelle de la société peut sembler beaucoup plus naturelle.

Josephson évoque à ce propos les parcours universitaires de J.D. Vance et Zohran Mamdani, qui ont respectivement étudié à Yale et à Bowdoin. L’économiste ne prétend pas que leurs positions politiques découlent directement des équipements et des services dont ils ont bénéficié, mais suggère que les universités d’élite peuvent normaliser un modèle institutionnel dans lequel une grande organisation fournit à ses membres une très vaste gamme de biens et de services.

Josephson voit également dans cette expérience une explication possible au choc financier ressenti par certains jeunes diplômés à leur entrée dans la vie adulte. Après plusieurs années dans une économie universitaire où de nombreuses dépenses sont regroupées et indirectes, ils découvrent soudain les coûts explicites du logement, de la nourriture, du transport, de l’Internet, des services publics ou des loisirs. Ce passage d’une économie institutionnelle largement intégrée à une économie de marché, où chacun doit assumer directement ses dépenses, peut alors donner l’impression d’une brutale « crise d’accessibilité financière ».

La thèse de l’article est donc paradoxale : les universités prétendent préparer les étudiants à participer à une économie de marché, tout en leur offrant quotidiennement un environnement très éloigné du fonctionnement d’un marché. Cette expérience pourrait contribuer à expliquer pourquoi certains jeunes diplômés se tournent plus volontiers vers de grandes institutions, notamment l’État, pour résoudre les problèmes économiques et sociaux. Pour comprendre cette évolution, conclut Josephson, il faudrait donc moins se focaliser sur ce que les professeurs enseignent en classe que sur la véritable «leçon d’économie» donnée chaque jour par l’organisation même du campus.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 

lundi 23 février 2026

Politique — L'Oint n'aime pas le peuple, mais son image de sauveur du peuple

Quentin Deranque, un étudiant catholique en mathématiques de 23 ans dont la mère est péruvienne a été tué à Lyon le 12 février 2026 par une bande de nervis.

Anne-Sophie de Rous sur RTS (télé publique suisse) souligne que les suspects, issus de milieux bourgeois et militants antifascistes, ne sont pas des "damnés de la terre" mais des produits d'une idéologie déresponsabilisante, comme l'analyse Thomas Sowell dans ses travaux sur la culture de la dépendance.

Anne-Sophie de Rous sur RTS, où elle dénonce le mépris de classe des élites de gauche qui romantisent la violence au nom de la justice sociale, reliant cela à une impunité favorisée par des institutions complices.

L’économiste américain Thomas Sowell emploie l’expression « the anointed » — que l’on peut traduire par les oints, les consacrés, voire les auto-oints — pour désigner, sur un mode à la fois critique et ironique, une certaine élite intellectuelle, médiatique et politique persuadée d’avoir une vision supérieure de ce qui est bon pour la société. Il a surtout popularisé ce terme dans son livre de 1995, The Vision of the Anointed, dont le sous-titre résume bien l’idée : l’auto-congratulation comme fondement de la politique sociale.

Qui sont « les oints » selon Sowell ?

Il s’agit, non pas d’un groupe institutionnel précis, mais d’un milieu ou d’un état d’esprit. Sowell y range des personnes et des cercles qui se perçoivent comme moralement et intellectuellement supérieurs, détenteurs d’une vision privilégiée du bien commun. On y trouve typiquement :

  • des intellectuels et universitaires plutôt situés à gauche ;
  • des journalistes et commentateurs des médias de grand chemin ;
  • des militants et responsables politiques progressistes ;
  • des experts et planificateurs sociaux.
Selon lui, ces acteurs se voient volontiers comme des guides éclairés, chargés de corriger les injustices, les inégalités et les dysfonctionnements sociaux à l’aide de réformes, de programmes publics ou d’interventions de l’État. S’ils sont « oints », explique Sowell, c’est parce qu’ils se désignent eux-mêmes comme tels : personne ne les a réellement investis d’une mission, mais ils agissent comme s’ils avaient reçu une sorte d’onction morale.

Les traits principaux de cette « vision »

Dans son analyse, Sowell attribue à cette attitude plusieurs caractéristiques récurrentes.

1) Une autosatisfaction morale
Les « oints » tireraient une grande part de leur légitimité du sentiment d’avoir de bonnes intentions. Le fait que certaines politiques produisent des résultats discutables ou négatifs n’entamerait guère cette certitude : l’essentiel, à leurs yeux, reste la noblesse de l’objectif.

2) Une opposition entre les « oints » et les « égarés »
Sowell parle aussi des benighted — qu’on pourrait traduire par « les égarés » ou « les arriérés ». Dans cette logique, les critiques ne sont pas seulement en désaccord : elles sont soupçonnées d’être moralement fautives, égoïstes, rétrogrades, voire hostiles au progrès.

3) Une tendance à éluder les contradictions et les contre-preuves
Lorsque des données empiriques semblent contredire certaines politiques publiques — par exemple dans la lutte contre la pauvreté, la criminalité ou les réformes éducatives —, Sowell estime que les partisans de cette vision ont tendance à déplacer le débat : redéfinir ce qu’est un succès, invoquer un manque de moyens, ou passer à une nouvelle réforme sans remettre en cause l’hypothèse de départ.

4) Une confiance élevée dans la transformation sociale
À la « vision tragique » que Sowell revendique — selon laquelle l’être humain est limité et les bonnes intentions peuvent produire des effets pervers — il oppose celle des « oints », qui attribuent les problèmes sociaux surtout à des structures défectueuses. Il suffirait alors de les réorganiser par l’action publique pour améliorer profondément la société.

C’est dans ce cadre qu’il formule une idée souvent résumée ainsi : l’Oint n’aime pas tant le peuple réel que l’image qu’il se fait de lui-même comme sauveur du peuple.

Les exemples que Sowell met en avant

Pour illustrer sa critique, Sowell évoque notamment :
  • certaines prédictions catastrophistes des années 1970 (sur la démographie ou l’environnement) qui ne se sont pas réalisées telles qu’annoncées ;
  • des politiques criminelles jugées trop indulgentes dans les années 1960-1980, concomitantes d’une hausse de la criminalité dans plusieurs villes américaines ;
  • l’idée selon laquelle la pauvreté s’expliquerait uniquement par un manque de redistribution, alors que lui insiste davantage sur les comportements, les incitations et les effets de politique publique.
En résumé

Pour Sowell, « l’Oint » n’est pas simplement un progressiste ou un libéral. C’est quelqu’un dont la vision politique s’est transformée en identité morale quasi religieuse : contester ses idées revient alors, implicitement, à mettre en cause sa bonté ou sa vertu.

Depuis une trentaine d’années, ce concept est devenu une référence fréquente — souvent moqueuse — dans les milieux conservateurs et libertariens lorsqu’ils critiquent ce qu’ils perçoivent comme des élites éloignées des réalités sociales. On le retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux débats publics.

Voir aussi
 
 
 
 
 

mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


lundi 3 novembre 2025

États-Unis : l’enseignement de l’histoire amorce un retour à l’équilibre

Des programmes militants remis en question

Longtemps dominé par une vision « progressiste » de l’histoire et de la société, le monde de l’éducation américain vit aujourd’hui une profonde réévaluation.

Sous l’effet conjugué des pressions politiques, des controverses publiques et d’un ras-le-bol grandissant face à l’idéologie militante dans les écoles, plusieurs États et grandes institutions universitaires ont commencé à revoir leurs programmes — parfois à les retirer purement et simplement.

Dans de nombreux cas, il s’agit de corriger des excès idéologiques : des manuels centrés sur la « race », le « genre » ou le « colonialisme » sont mis de côté, tandis que les cours d’éducation civique ou d’histoire reviennent à des contenus plus factuels et moins polémiques.

Fin d’un cycle d’endoctrinement éducatif

La Californie, bastion démocrate, illustre bien cette inflexion.

Après avoir voulu rendre obligatoire un cours d’« études ethniques » au secondaire — discipline souvent militante, accusant l’Occident et Israël de colonialisme —, l’État a finalement suspendu son financement.

Désormais, les districts scolaires ne sont plus tenus d’offrir ce cours, et les enseignants de San Francisco doivent s’en tenir à un manuel unique, expurgé de tout contenu idéologique lié au conflit israélo-palestinien.

Ce recul marque un tournant symbolique pour un État longtemps à la pointe du militantisme éducatif. « Même les démocrates de centre gauche s’éloignent de ces idéologies gauchistes, devenues un handicap politique », résume le penseur conservateur Christopher Rufo. Selon ce militant conservateur qui a milité pour ces changements dans l’éducation, le retour au pouvoir de Donald Trump n’a qu’accéléré le mouvement du pendule. Depuis cinq ans, au moins 20 États ont adopté des lois encadrant les discussions en classe sur la race, le genre et l’histoire américaine.

Des institutions sous pression pour plus de neutralité

Le mouvement touche aussi le monde universitaire.

L’Université Brown, connue pour ses programmes d’éducation sociale, a fermé son programme “Choices”, utilisé depuis trente ans dans de nombreuses écoles secondaires.

Conçu à l’origine pour encourager la réflexion critique, le programme avait glissé vers une approche partisane, notamment dans ses modules sur le Moyen-Orient, accusés d’entretenir un biais anti-israélien.

Officiellement, l’université invoque des raisons budgétaires, mais des documents internes montrent que la baisse de la demande et les controverses autour de ses contenus ont pesé lourd dans la décision.

Les archives en ligne ont été effacées, et les plans de cours — représentant plus de 200 000 $ de matériel pédagogique — ne seront pas redistribués.

L’Anti-Defamation League (ADL), pourtant pilier militant du mouvement antiraciste américain, a elle aussi retiré des dizaines de leçons de son site.


Parmi les sujets supprimés : l’identité transgenre (voir ci-dessus), les microagressions, ou encore les stéréotypes de genre dans les jeux vidéo. Comme on peut le voir le programme cherchait à faire naître l'empathie envers les adolescents dits transgenres.

Officiellement, ces contenus sont « révisés », mais leur retrait marque un virage vers davantage de prudence et de neutralité dans le traitement des questions sociales.

Des enseignants désormais plus prudents

Même les organismes non partisans ressentent ce changement.

iCivics, plateforme d’enseignement fondée par l’ancienne juge de la Cour suprême Sandra Day O’Connor, note une baisse de fréquentation de certaines de ses leçons, notamment celles sur la séparation des pouvoirs ou la Constitution.

Les enseignants, craignant d’ouvrir des débats politiques houleux, se concentrent sur des documents primaires et des explications neutres, évitant de commenter l’actualité ou les personnalités politiques.

L’organisation encourage cette approche : enseigner le fonctionnement du gouvernement américain sans glisser dans le militantisme, en s’appuyant sur les textes fondateurs plutôt que sur les débats idéologiques du moment.

Un recentrage bienvenu

L’ensemble de ces évolutions traduit une prise de conscience croissante : l’école ne peut pas être un laboratoire d’expérimentations idéologiques.

Le rôle de l’enseignement de l’histoire et de la citoyenneté est d’instruire, non de militer.

Alors que la polarisation politique continue de diviser la société américaine, de plus en plus d’éducateurs, de parents et de responsables politiques appellent à un retour à la neutralité, au pluralisme et à la rigueur historique.

Ce recentrage, encore fragile, pourrait bien marquer la fin d’une époque où l’éducation servait d’instrument à des combats identitaires, au détriment de la transmission des savoirs et du sens civique.

samedi 13 septembre 2025

Évolution du spectre politique

Cliquer pour agrandir au besoin

Voir aussi

Charlie Kirk assassiné, la gauche radicale joyeuse

Charlie Kirk, animateur de « Prouvez que j'ai tort », assassiné lors d'un débat en plein air à l'Université d'Utah Valley

États-Unis — une réfugiée ukrainienne poignardée à mort dans le tramway, lourd silence médiatique

Nashville (2023) : 3 enfants et 3 adultes abattus dans une école privée chrétienne par une meurtrière trans (m à j : menaces préalables, motifs écrits)

Robin Westman achète des armes
peu avant le bain de sang
Haine (2022) — le tueur du club LGBTQ se dit « non binaire », veut qu’on utilise « they » comme pronom, né dans une famille décomposée  

Il y a quelques semaines (2025), un transgenre mécontent a ouvert le feu dans une école catholique de Minneapolis. Il y a tué deux enfants et blessé une douzaine d'autres personnes. La psychotranssexualité est l'une des nombreuses nouvelles identités passionnantes de notre époque, mais les médias américains somnolents ne semblent pas intéressés par le sujet. Ils persistent, de manière tout à fait frauduleuse, à désigner Robin Westman par le pronom « elle », alors que M. Westman lui-même avait renoncé à sa transsexualité avant le carnage.

La journaliste Marion Van Renterghem (ci-dessous), récipiendaire de nombreux prix parmi les plus prestigieux au monde — tels que le prix Albert-Londres ou le prix Louise-Weiss —, a été épinglée pour avoir relayé de fausses informations. Elle a notamment partagé un grossier photomontage accusant à tort le présumé assassin de Charlie Kirk de porter un tee-shirt à l'effigie de Donald Trump. 



mercredi 3 septembre 2025

États-Unis — Guerre contre l'IA woke

« Le peuple américain ne veut pas que les modèles d’IA soient imprégnés de la folie marxiste woke », a déclaré le président Donald Trump en juillet, juste avant de signer une série de décrets, dont l’un visait apparemment à empêcher les modèles d’intelligence artificielle (IA) de laver le cerveau des utilisateurs avec de la propagande gauchiste.  

M. Trump n’est pas le seul à s’inquiéter du fait que les grands modèles linguistiques (LLM) tels que ChatGPT d’OpenAI et Gemini de Google, qui ressemblent souvent à des oracles de vérité (même lorsqu’ils débitent des énormités), cachent des préjugés.

Le décret présidentiel de M. Trump, intitulé « Empêcher l’IA woke dans le gouvernement fédéral », s’appuie sur des exemples choquants pour étayer son argumentation. En tête de liste figure le moment où, début 2024, Google a dévoilé une fonctionnalité de génération d’images qui représentait les papes et les Vikings comme ayant la peau noire.

Des études suggèrent que la plupart des LLM, même Grok, penchent à gauche ; les modèles chinois et russes reflètent également les préjugés des systèmes qui les ont engendrés.

Partout dans le monde, les gouvernements s’inquiètent des différents types de préjugés dans l’IA. Il s’agit notamment de la discrimination fondée sur le sexe et la race, comme dans l’Union européenne (UE), de l’accès inégal aux modèles dans les langues nationales, comme au Japon et en Asie du Sud-Est, et de l’importation des normes culturelles occidentales, qui suscite une inquiétude généralisée. Mais comme M. Trump, de nombreux universitaires se sont concentrés sur les préjugés idéologiques et politiques.

Il est facile de trouver des exemples d’IA « woke ». Ce que les universitaires tentent de faire, c’est de prouver à quel point ces biais sont systématiques. La manière la plus évidente d’y parvenir est de demander à un LLM de répondre par oui ou par non à une série de questions qui révéleraient son orientation politique, telles que « Un gouvernement devrait-il restreindre les propos que certains trouvent offensants ? ». Mais cette méthode n’est pas optimale, car peu de gens utiliseraient l’IA de cette manière. Les chercheurs doivent donc trouver des alternatives plus réalistes.

Une approche utilisée par David Rozado, de l’Otago Polytechnic en Nouvelle-Zélande, consiste à mesurer la similitude entre le langage utilisé par les LLM et celui utilisé par les législateurs républicains et démocrates aux États-Unis (par exemple, « budget équilibré » et « immigrants illégaux » pour les premiers, et « soins abordables » et « violence par arme à feu » pour les seconds). Il a constaté que lorsqu’on leur demande des propositions politiques, les LLM utilisent presque toujours un langage plus proche de celui des démocrates. Seul un LLM spécialement conçu, qu’il a appelé « GPT de droite », penchait en faveur des républicains (voir graphique 1 ci-contre).

Une autre approche consiste à évaluer la manière dont les utilisateurs perçoivent l’orientation politique d’un modèle. Des chercheurs du Dartmouth College et de l’université de Stanford ont demandé à différents LLM de répondre à des questions telles que « Le gouvernement américain devrait-il augmenter les impôts des riches ou les maintenir à leur niveau actuel ? ». Ils ont ensuite demandé à des Américains d’évaluer les réponses en fonction de leur orientation politique (voir graphique 2). Ils ont constaté que « presque tous les principaux modèles sont considérés comme étant de gauche, même par les répondants démocrates ».

Certains universitaires adoptent une approche plus globale. Maarten Buyl et Tijl De Bie, de l’université de Gand en Belgique, ont mené une étude lors de laquelle on posait des questions à des LLM de différentes régions et dans différentes langues leur demandant d’évaluer des milliers de personnalités politiques couvrant un large éventail de points de vue idéologiques. Ils ont conclu que dans la plupart des cas, les LLM reflètent l’idéologie de leurs créateurs. Les modèles russes, par exemple, étaient généralement plus positifs à l’égard des personnes critiques envers l’Union européenne. Les modèles en langue chinoise étaient beaucoup plus négatifs à l’égard des politiciens hongkongais et taïwanais critiques envers la Chine.


 

jeudi 14 août 2025

Universités : écoles de l'autocensure, de la duplicité et du conformisme ?

Forest Romm et Kevin Waldman sont des chercheurs en psychologie rattachés à l’Université Northwestern à Chicago.

Entre 2023 et 2025, ils ont interviewé confidentiellement 1452 étudiants de premier cycle à Northwestern et à l’Université du Michigan.

Données

Leur but: vérifier si les opinions exprimées à voix haute par ces jeunes reflètent ou non leurs vraies convictions.
  • 88% de ces jeunes disent avoir déjà exprimé des vues plus à gauche que leurs convictions réelles pour réussir à l’université ou pour être acceptés socialement.
  • 78% disent s’autocensurer quand il est question de l’identité de genre.
  • 77% désapprouvent l’idée que le ressenti devrait primer sur la réalité biologique dans les sports, les soins de santé ou l’identification sur les documents officiels, mais avouent qu’ils ne le diront pas publiquement.
  • 87% disent croire que le sexe est fondamentalement binaire.
  • Ils ne sont que 7% à dire que le sexe est un spectre large, et la plupart de ceux qui disaient cela étaient des activistes.
  • 72% s’autocensurent dès qu’il s’agit de parler politique.
  • 80% disent avoir remis des travaux reflétant ce qu’ils pensent que leur professeur veut lire, plutôt que d’exprimer le fond de leur pensée.
Vous trouverez l'article ici.

Si on connaît un peu le milieu universitaire québécois et canadien, on sait que ce phénomène d’autocensure et de conformisme qui clignote à gauche y est aussi massif.

Et détrompez-vous si vous pensez que ce virus ne contamine que les sciences humaines. À des degrés divers, tous les secteurs sont infectés.

Et certains prétendent que le wokisme est inexistant ou marginal!

Si la bêtise est infinie, la mauvaise foi l’est tout autant.

On aurait tort, disent Romm et Waldman, de critiquer ces jeunes. Ils ne sont pas cyniques: ils se protègent.

Ils épousent les vents dominants parce que leurs notes et leur insertion dans les réseaux formels et informels détermineront leur avenir professionnel.

Il ne doit pas être facile de vivre continuellement ce grand écart entre ce que vous dites et ce que vous pensez.

Le milieu les pousse à jouer double jeu en permanence, sauf pendant les moments où, entre vrais amis, autour de quelques bières, ou devant leur écran, ils peuvent réconcilier leur être et leur paraître.

Pourtant, l’université n’est-elle pas l’institution où l’on est censé apprendre à penser par soi-même avec rigueur, mais en toute liberté?

C’est d’autant plus préoccupant, notent Romm et Waldman, que cette duplicité est vécue à un moment critique du développement personnel, celui où le jeune adulte combine ses expériences vécues et les valeurs héritées pour construire les fondations de sa pensée éthique ultérieure, de sa cohérence civique et de sa résilience émotionnelle.

Crise
 
Bref, l’institution fabrique de petits soldats moralisateurs, mais qui sont aussi anxieux et fragiles sur le plan psychologique.

L’université a troqué la quête de la vérité fondée sur les faits pour le faux consensus politique et moral.

Source : Journal de Montréal
 
Voir aussi 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 10 août 2025

Forger une identité canadienne très à gauche pour se distinguer des États-Unis de Trump ?

Dès le début de son mandat, le Premier ministre Mark Carney a mis en avant le Canada comme un pays progressiste assumé, distinct des États-Unis dans sa posture socio-politique.

C'est ainsi que, dès le début de son mandat en 2025, Carney a personnellement participé au lever officiel du drapeau Progress Pride sur la Colline du Parlement. Il y présenta la Pride comme à la fois « une célébration de l’amour qui a déjà triomphé » et un engagement à veiller à la protection des droits de toutes et tous. Le gouvernement a confirmé une enveloppe de 1,5 million de dollars pour la sécurité et l’assurance des festivals de la Fierté, en plus des 15 millions déjà engagés dans son « Plan d’action contre la haine » [sic]. 

Parmi les gestes symboliques les plus discutés du mandat de Mark Carney, sa déclaration controversée lors d’une célébration de l’Aïd al-Adha à Ottawa en juin 2025 a particulièrement défrayé la chronique. S’adressant à l’audience rassemblée, il a affirmé :

Les valeurs de communauté, de générosité et, oui, de sacrifice. Ce sont des valeurs musulmanes. Ce sont des valeurs canadiennes.

Après une rencontre avec le premier ministre de la Colombie-Britannique, Carney a émergé lors de la parade pour marcher avec les participants, se présenter comme une figure proche des communautés LGBTQ+ et qualifier l’événement de « meilleure illustration du Canada », symbolisant la célébration de la diversité. La prestation de Carney est même devenue virale : une photo le montrant à côté d’un homme seulement vêtu d’un string rose a fait le tour des réseaux sociaux.

Dans une annonce récente, le gouvernement Carney a détaillé plus de 14,4 millions de dollars de nouvelles dépenses pour 17 projets visant à « donner aux jeunes Canadiens les moyens de lutter contre le changement climatique ». Ces 14,4 millions de dollars ne sont que la dernière tranche d'un financement total de 206 millions de dollars prévu sur cinq ans. L'objectif du « Fonds d'action et de sensibilisation au climat », comme l'appelle le gouvernement, est essentiellement d'accroître la préoccupation du public à l'égard du changement climatique. 

Dans un contexte où les relations américano-canadiennes sont tendues (avec notamment des discussions autour de tarifs, de la souveraineté et d’une rivalité commerciale et diplomatique), ce positionnement progressiste devient un marqueur identitaire conscient, que le Canada exploite pour se distinguer de son grand voisin. Carney a lui-même souligné la nécessité de montrer que le Canada est un acteur indépendant, solidaire de « ses valeurs » — des valeurs souvent opposées à celles affichées par l'administration américaine actuelle.

Voir aussi

Trudeau n'est peut-être plus là, mais la folie du genre continue

Mark Carney (PM du Canada) hisse officiellement le drapeau de la fierté 2SLGBTQIAA+ au parlement d'Ottawa

Canada — Le Premier ministre Carney déclare que les valeurs de l'Aïd sont des valeurs canadiennes

Mark Carney et le Québec, un rapport trouble (euphémisme)

Mark Carney accusé de plagiat pour sa thèse de doctorat de 1995 à Oxford

Canada — Mark Carney patine, bafouille et trébuche sur des questions simples liées au genre

Carney maintient le cap Trudeau en ce qui a trait aux traitements chimiques et chirurgicaux des enfants qui se disent trans

Le gouvernement Carney prévoit de dépenser 14 millions pour convaincre les jeunes Canadiens de l'« urgence climatique »

mercredi 11 juin 2025

La chute de la maison Sciences Po

La Chute de la maison Sciences Po: extraits de l’enquête au cœur de la crise des élites. 
 
Dans un ouvrage dense et éclairant, Caroline Beyer raconte les vingt dernières années de la « fabrique des élites », prise aujourd’hui dans la tourmente. De la disparition de Richard Descoings à l’amphi « Gaza », elle retrace les événements et les décisions qui ont fait trembler l’institution. Caroline Beyer est grande reporter au Figaro . Son enquête «La Chute de la maison Sciences Po» est parue aux éditions du Cerf. 
 
Si Sciences Po fait tant parler d’elle, c’est qu’elle se plaît à alimenter son image d’école du pouvoir. Passage quasi obligé pour accéder à la haute fonction publique, elle compte parmi ses anciens une ribambelle de figures de la politique et du monde des affaires. Rue Saint-Guillaume se tiennent ainsi une multitude de conférences, données par des invités prestigieux. Parmi sa flotte d’enseignants vacataires, elle compte le Tout-Paris. Ici, les mythes et les codes sont soigneusement entretenus. Dans son hall d’entrée, se dresse la « Péniche », un grand banc en bois. 
 
Au coin de la rue Saint-Guillaume, Le Basile, brasserie appréciée des étudiants, semble résister au temps qui passe. Sciences Po a aussi ses « conférences de méthode », qui désignent les cours en petits groupes, et ses « académiques », qui ne sont rien d’autre que des professeurs. Mais à trop vouloir attirer l’attention, elle s’est brûlé les ailes. Avant la déflagration de l’amphi « Gaza », le bateau a régulièrement tangué, secoué par les démissions fracassantes de ses directeurs et les polémiques en tout genre. 
 
La crise de réputation s’est imposée comme une évidence avec les mobilisations propalestiniennes de 2024. Mais comment en est-elle arrivée là ? Rue Saint-Guillaume, les professeurs qui regrettent les grands esprits de Raymond Aron ou de René Rémond et l’époque où Sciences Po était un salon bourgeois, retournent cette question dans leur tête. Dans les cercles des anciens et au-delà, le mouvement militant étudiant interroge, même si l’école est connue pour son ancrage à gauche. Est-il le fait d’une jeunesse bourgeoise qui, en ce XXIe siècle, embrasse le combat pour la défense des minorités, emmené par l’extrême gauche nouvelle, ou le résultat de l’ouverture sociale et internationale ? Comment une minorité agissante a-t-elle pu occuper tant d’espace, au point d’incarner le visage de l’école des élites ? » 
 
Dans les lycées d’élite de la capitale, et surtout dans les lycées privés catholiques, s’installe le soupçon d’un recrutement idéologique, avec un « malus à l’élitisme » et au privé. Depuis 2021, le nombre d’admis venus de « Stan », fleuron de l’enseignement catholique parisien, oscille entre zéro et deux. Avant cela, ils étaient une petite dizaine. Alors que les témoignages se répandent dans les médias, le sujet scandalise aussi les cercles bourgeois. 

Le DRH d’une entreprise du CAC 40 se souvient des mots que l’associé d’un grand cabinet de conseil lui lâche, lors d’un dîner : «  Les élèves du privé sont blacklistés ! Tu te rends compte, ils n’ont pris aucun élève de Franklin depuis trois ans ! » « Jusque-là, Sciences Po était culturellement proche de cet établissement jésuite du 16e arrondissement », ajoute ce DRH, lui-même un ancien de l’école. Pour se défendre de l’accusation de « boycott » des lycées privés, l’école va jusqu’à tenir une conférence de presse, en août 2021. Le directeur, Mathias Vicherat, répétera ensuite qu’« aucune discrimination n’est faite envers les lycées privés ou l’origine géographique » et que, comme par le passé, 35 % des admis viennent du privé. 
 
Mais avec la nouvelle procédure d’admission et l’entrée de l’école sur la plateforme d’orientation vers le supérieur Parcoursup, qui lui a donné davantage de visibilité, l’origine géographique des admis est beaucoup plus hétérogène. Ce dont se félicite la direction. En 2024, les inscrits en première année viennent de 843 lycées différents en France et dans le monde, et seuls 22 % sont issus d’Île-de-France. « Avant, les épreuves écrites amenaient à Sciences Po les élèves des meilleurs lycées de France. Avec le dossier et l’injonction à la discrimination positive, on regarde Henri-IV, mais aussi le lycée d’Albi ! », résume un professeur. » 
 
«  Je vois passer des candidats qui aident les réfugiés, qui se battent pour la planète, qui militent pour l’égalité homme-femme. Je ne sais si ces dossiers sont sincères ou insincères, mais le recrutement est assurément marqué à gauche ! », constate pour sa part un professeur qui examine ces dossiers depuis plusieurs années. « Sciences Po a fait le choix d’une sélection à l’anglo-saxonne. Avant, lorsqu’on était admis, on était considérés comme des petits génies. L’art de la dissertation, de l’argumentation… Cela correspondait à l’esprit français, c’était prestigieux  », déplore un ancien, passé par le lycée du Parc à Lyon, qui travaille aujourd’hui au côté d’un député de la majorité présidentielle. « Je ne sais pas si le Sciences Po d’aujourd’hui m’aurait autant séduit », ajoute-t-il. Une école woke ? « Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai quand même eu une prof d’histoire qui nous avait expliqué qu’elle avait plus peur du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin que des terroristes ! », raconte Quentin Coton . 
 
«  En sociologie, il n’y a qu’un seul discours : la méritocratie n’existe pas. Mon histoire personnelle prouve le contraire, mais nous sommes bien obligés de nous conformer à ce postulat pour avoir de bonnes notes », raconte Pierre, en troisième année. Aujourd’hui diplômé de Sciences Po, Alexandre a pu constater le poids et le pouvoir de la sociologie à l’école. Lorsqu’il intègre Sciences Po, le jeune homme est admis dans la formation « scube », un double cursus ultra-sélectif, « pire que la prépa », qui permet de mener de front le parcours à Sciences Po et une formation scientifique à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Sur les 40 élèves de sa promotion, trois ont ensuite intégré Polytechnique, tandis que deux autres ont rejoint Normale Sup. «  On suivait des cours de maths et de physique, tout en se formant aux politiques publiques », explique-t-il. Mais les choses prennent une allure bien différente lorsque Sciences Po charge un sociologue de revoir le cursus, à l’occasion d’un changement de partenaire universitaire. « Au lieu de faire des sciences dures en parallèle des sciences humaines, il a voulu faire de l’interdisciplinarité. C’est donc devenu des pseudosciences », regrette Alexandre, qui garde un souvenir intact d’un cours de sociologie sur les ponts aux États-Unis. « Le prof nous a expliqué que les ponts étant trop bas, ils rallongeaient les trajets des personnes qui prenaient le bus. Ces personnes étant issues des minorités, il y avait donc une volonté de discriminer. Conclusion : les ponts américains sont racistes ! De l’idéologie absurde », raconte-t-il, encore éberlué.

Une nouvelle tête qui tombe

Lorsqu’il arrive Rue Saint-Guillaume, Mathias Vicherat retrousse les manches de son impeccable costume tendance, pour s’attaquer comme il se doit aux « VSS » (violences sexistes et sexuelles, NDLR). Le directeur de 46 ans, qui se veut proche des préoccupations de la jeune génération, promet d’en faire « une priorité absolue ». Tout signalement déclenchera systématiquement une enquête de la cellule d’enquête interne préalable (CEIP), qui sera présidée par une magistrate. « Une formation aux VSS a été mise en place sur Zoom pour tous les élèves », raconte un étudiant. Las, le 4 décembre 2023, l’école et le Tout-Paris apprennent, stupéfaits, que Mathias Vicherat et sa compagne ont été placés en garde à vue, à l’issue d’une dispute aux portes du palace parisien Lutetia. Ils s’accusent mutuellement de violences conjugales. La « malédiction » a encore frappé la gouvernance de Sciences Po. De manière parfaitement lamentable. 
 
« C’est le wokisme qui se mord la queue, l’arroseur arrosé », ricanent alors les mauvais esprits de l’école. L’institution s’embrase. Le jusqu’alors sympathique directeur devient l’homme à abattre . Dès le lendemain, le campus de Paris est bloqué. Sa démission est exigée par les syndicats d’extrême gauche Solidaires, proche du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), et l’Union étudiante. Cette dernière, sur le réseau social X s’explique : « Victime, on te croit. Nous ne pouvons avoir un directeur auteur de violence. » Dans le hall de l’école, des affiches représentant la silhouette noire de Mathias Vicherat sur fond orange sont placardées, appelant à son départ. La députée Europe Écologie-Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau fait le déplacement à Saint-Germain-des-Prés pour soutenir les étudiants. L’association Garces de Sciences Po, qui se définit sur Instagram comme un « collectif féministe radical intersectionnel » agissant « en mixité choisie sans hommes », monte au front. » 
 
La communauté enseignante n’est pas en reste. Le département de sociologie réclame la tête de Vicherat. «  C’était une véritable chasse à l’homme. On ne pouvait pas faire entendre un discours de raison, témoigne un professeur de politique. Il ne pouvait que démissionner. Mais l’emballement de l’institution montrait à quel point elle était instable.  » Sur le groupe WhatsApp des enseignants vacataires, certains se déchaînent. «  Dès la garde à vue, ils piétinaient la présomption d’innocence  », rapporte un membre de cette boucle réunissant 250 personnes. Lorsque le tribunal rendra sa décision, un an plus tard, il condamnera Mathias Vicherat, mais aussi son ex-compagne : cinq mois de prison avec sursis pour lui, huit pour elle. La justice fera état d’«  une relation particulièrement dysfonctionnelle depuis de nombreux mois  ». 

Un avant et un après Gaza

«  Il y a eu un avant et un après Gaza.  » Lancinante, cette phrase revient, de la bouche de professeurs de Sciences Po, d’étudiants, mais aussi de recruteurs et d’anciens, qui occupent des postes clés dans une multitude de secteurs. Et qui se désespèrent. Les plus aveugles, ou les plus confiants, auront beau balayer cela d’un revers de main, l’assertion correspond à une réalité. Après l’affaire de l’amphi Boutmy rebaptisé « Gaza » en avril 2024, les vidéos et les images qui ont circulé dans les médias, agrémentées d’abondants commentaires de la classe politique, ont été dévastatrices pour la réputation de l’institution. Elles ont montré une école aux prises avec des militants masqués, martelant des slogans propalestiniens coiffés de keffiehs, et une direction dans l’impasse, incapable de gérer le désordre. » 
 
Si l’amphi « Gaza », les manifestations et les bloqueurs évacués par la police ont fait l’effet d’un séisme, c’est aussi la goutte d’eau dans une tempête qui semble plus vaste. Voilà une dizaine d’années que Sciences Po fait les gros titres de la presse avec sa valse des directeurs et ses coups successifs portés à l’élitisme à la française, qui ont eu pour point d’orgue la suppression de son concours. Dès mai 2024, sur le réseau social X, les publications sur la « démonétisation » du diplôme et des CV que les recruteurs jetteraient directement « à la poubelle » se multiplient. Ces employeurs du privé, ayant «  pris conscience qu’intégrer des Sciences Po est un risque  », seraient en train de les «  blackbouler », tandis qu’en parallèle beaucoup de diplômés iraient «  s’incruster dans la fonction publique  », peut-on lire, en substance, sur ce réseau social peu réputé pour sa nuance, mais à forte influence. 
 
Vers un nouvel horizon

Par-delà le brouhaha ambiant, c’est justement des dossiers de fond qui attendent le directeur. Depuis la suppression du concours écrit en 2021, les critères de sélection de l’école ont été vivement interrogés. Les lycées élitistes publics et privés, ainsi que la bourgeoisie parisienne se sont sentis mis de côté, et l’ont fait savoir dans leurs cercles d’influence. En octobre 2024, quinze jours à peine après sa prise de fonction, Luis Vassy annonce, dans une interview aux Échos, une réforme de la procédure d’admission. «  Nous recrutons les plus compétents, pas les plus militants », promet-il, à l’adresse des candidats de la session 2025. » 
 
 Les lettres sur l’engagement et le projet de l’étudiant, qui étaient jointes au dossier, n’auront plus cours. 
 
Demander à des élèves de 16 ans de démontrer leur engagement social, c’est « faire peser une responsabilité très lourde » sur leurs épaules et celles de leurs familles, estime-t-il. Les notes obtenues au bac de français, une épreuve nationale et anonyme, seront surpondérées à 60 %, contre tout juste 7 % à 8 % auparavant. Il s’agit de laisser moins de place au « contrôle continu », ces notes données au cours de l’année par les professeurs du lycée. Elles flirtent aujourd’hui avec de si hauts sommets qu’il devient difficile de distinguer les dossiers les plus performants. Avec ce petit changement qui pourrait faire évoluer à la marge les profils des candidats retenus, Sciences Po espère voir les choses bouger.
 
 
LA CHUTE DE LA MAISON SCIENCES PO
de BEYER CAROLINE,
publié aux éditions du CERF,
le 28 mars 2025,
à Paris,
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2204171298

Voir aussi
 
 
 

 Très fort tropisme à gauche des étudiants de Sciences Po (Paris)

Anglo-saxonisation de Sciences Po, source de sa radicalisation gauchiste

Sciences Po a supprimé son concours d'entrée, plus personne n'en parle (2019)  

À l’instar des universités anglo-saxonnes, Sciences Po de Paris supprime les épreuves sur table (2021)

Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

Université — Liste de lecture anti-blanche de Sciences Po fait polémique

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté: sectarisme à l’université

Baisse du niveau des examens d'entrée pour intégrer plus d'immigrés à Sciences Po de Paris

Baisse de niveau à Sciences Po, l'école recrute sur d’autres critères que ceux de l’excellence scolaire, dont l’engagement associatif