lundi 12 octobre 2026

Trump suspend huit géants de la tech du programme d’accès à la résidence permanente

L’administration Trump a suspendu huit entreprises technologiques, dont Microsoft, Adobe et la française Capgemini, du programme Perm, qui permet aux employeurs de parrainer des travailleurs étrangers pour l’obtention d’une carte verte. Washington leur reproche de privilégier la main-d’œuvre étrangère au détriment des salariés américains. JD Vance (ci-contre) a notamment accusé Microsoft d’avoir licencié 6 000 Américains tout en obtenant 6 300 visas H-1B et 3 000 cartes vertes. 

L’entreprise conteste cette interprétation et affirme que 80 % de ses quelque 6 000 demandes de visas H-1B déposées au cours du dernier exercice visaient à prolonger ou à modifier le statut d’employés déjà en poste. Cette mesure s’inscrit dans la politique de Donald Trump visant à réduire le recours aux travailleurs étrangers, y compris hautement qualifiés. Le dispositif H-1B a accueilli plus de 350 000 bénéficiaires au cours de la dernière année, dont environ 70 % sont originaires d’Inde. L’informatique constitue le principal secteur d’emploi de ces travailleurs, et les huit plus importants demandeurs de certifications Perm au 30 juin 2026 étaient tous des entreprises technologiques. Plusieurs grands groupes, dont Apple, Intel, Oracle, Amazon, Nvidia et Google, ne sont toutefois pas concernés par les restrictions annoncées.

Moindre capacité de concentrayion, moindre aptitude à fournir un effort intellectuel soutenu

Dans son nou­veau livre « Homo occi­den­ta­lis », coécrit avec le psy­cho­logue et psy­cha­na­lyste Ruben Rabi­no­vitch, Jérôme Four­quet décrit une véri­table bas­cule anthro­po­lo­gique et psy­chique de l’occi­dent. Les récentes mobi­li­sa­tions lycéennes peuvent être lues, dans une cer­taine mesure, comme une illus­tra­tion de cette trans­for­ma­tion. Extrait d'un article de Jérôme Fourquet paru dans le Figaro.

[...] ces moindres capa­ci­tés de concen­tra­tion nous semblent typiques des carac­té­ris­tiques du fonc­tion­ne­ment psy­chique de l’homo occi­den­ta­lis, et notam­ment de ses plus jeunes repré­sen­tants. Avant même l’appa­ri­tion des réseaux sociaux et l’omni­pré­sence des écrans, les pays occi­den­taux sont pro­gres­si­ve­ment ren­trés à par­tir des années 1960 dans ce que nous appe­lons avec Ruben Rabi­no­vitch le nou­veau régime psy­chique.

Alors que l’ancien régime psy­chique, engen­dré par la société tra­di­tion­nelle au fonc­tion­ne­ment très ver­ti­cal, pro­dui­sait des indi­vi­dus ayant été for­ma­tés (pour le meilleur et pour le pire) dès le plus jeune âge à se confor­mer à la règle et à l’auto­rité, à cana­li­ser leur impul­si­vité et à concen­trer leur atten­tion pour four­nir un effort ou un tra­vail intel­lec­tuel sou­tenu, une telle dis­ci­pline psy­chique semble beau­coup plus dif­fi­cile à suivre pour les indi­vi­dus évo­luant dans le nou­veau régime psy­chique, régnant dans nos socié­tés libé­rales contem­po­raines. 

Ce chan­ge­ment de para­digme s’observe au quo­ti­dien dans les salles de classe. Alors qu’en 1973 58% des ensei­gnants du secon­daire décla­raient n’avoir «pas du tout de mal » à main­te­nir un mini­mum de dis­ci­pline parmi leurs élèves, cette pro­por­tion n’était plus que de 25 % en 2021. Cette moindre faculté de concen­tra­tion et cette moindre apti­tude à fixer son atten­tion, par exemple sur un texte, n’affectent pas que les plus jeunes (comme en témoigne le recul de la pra­tique de la lec­ture dans l’ensemble de la popu­la­tion), mais c’est dans ces géné­ra­tions que ces phé­no­mènes sont les plus mar­qués. 

Ces jeunes géné­ra­tions voient leur atten­tion sol­li­ci­tée en per­ma­nence par le défilé d’un flot inin­ter­rompu de vidéos et d’images et par les noti­fi­ca­tions de leur écran de télé­phone. En une géné­ra­tion (le pre­mier iphone arrive sur le mar­ché en 2007), une véri­table addic­tion au télé­phone s’est déve­lop­pée. Ces jeunes indi­vi­dus sont deve­nus dépen­dants, au sens toxi­co­lo­gique du terme, à leur écran et le sevrage est qua­si­ment impos­sible. On notera d’ailleurs que l’inter­dic­tion des télé­phones por­tables dans les lycées, mesure ins­tau­rée en cette ren­trée, figure en bonne place parmi les thèmes abor­dés par les jeunes sur la pla­te­forme mise en place par le minis­tère pour recueillir leurs doléances.

Mais les lycéens évo­luent éga­le­ment dans une société où les loi­sirs sont gran­de­ment valo­ri­sés au détri­ment du temps d’étude. Il y a quelques années, Aca­do­mia, entre­prise dominante dans le sec­teur du sou­tien sco­laire, avait ainsi dif­fusé une cam­pagne de publi­cité à des­ti­na­tion des parents, mon­trant des familles jouant ensemble et ayant pour slo­gan «Vous avez mieux à par­ta­ger en famille que les devoirs. »

Dans le nou­veau régime psy­chique, ce n’est pas uni­que­ment le rap­port aux devoirs à la mai­son qui a changé, mais éga­le­ment les méthodes d’ensei­gne­ment en classe. Alors que, sous l’ancien régime psy­chique, l’élève était sou­mis à des exer­cices exi­geants (cal­cul men­tal et dic­tées à un rythme sou­tenu au pri­maire, pro­blèmes aux énon­cés com­plexes et lec­tures d’œuvres com­plètes dans le secon­daire) ainsi qu’à des pra­tiques contrai­gnantes (appren­tis­sage par cœur), le degré d’exi­gence est désor­mais moindre. Tout se passe comme si l’ins­ti­tu­tion sco­laire avait consi­déré au fil du temps qu’on ne pou­vait plus astreindre les nou­velles géné­ra­tions d’élèves aux mêmes stan­dards et qu’il fal­lait davan­tage leur per­mettre d’expri­mer leur créa­ti­vité et leur sen­si­bi­lité, plu­tôt que d’être dans une approche trop ver­ti­cale et direc­tive. On retrouve là une marque de fabrique du nou­veau régime psy­chique, qui accorde une grande impor­tance à la sub­jec­ti­vité et au confort indi­vi­duels au détri­ment de la trans­mis­sion exi­geante d’un héri­tage col­lec­tif.

Quels sont les résul­tats de cette approche péda­go­gique et de ce nou­veau rap­port à l’ensei­gne­ment, qui se sont pro­gres­si­ve­ment déployés au cours des der­nières décen­nies? 
 
Les don­nées de l’enquête Pisa, réa­li­sée auprès d’élèves de 15 à 16 ans - soit pré­ci­sé­ment l’âge de bon nombre de lycéens mobi­li­sés -, sont par­ti­cu­liè­re­ment par­lantes. Le 8 sep­tembre der­nier, soit dix jours seule­ment avant que ne débute la mobi­li­sa­tion (au lycée Saint-Exupéry de Cré­teil), les conclu­sions de l’enquête Pisa de 2025 étaient ren­dues publiques. Elles indi­quaient la pour­suite du décro­chage du niveau moyen des ado­les­cents dans les trois dis­ci­plines éva­luées : sciences, mathé­ma­tiques et com­pré­hen­sion de l’écrit. On dis­pose sur ces deux der­nières matières d’un com­pa­ra­tif depuis 2000, et, comme le montrent les courbes sui­vantes, la chute sur vingt-cinq ans est spec­ta­cu­laire. 



Comme on l’a vu, les mau­vaises condi­tions de tra­vail dans cer­tains éta­blis­se­ments et le fonc­tion­ne­ment de Par­cour­sup [site web destiné à recueillir et gérer les vœux d'affectation des futurs étudiants à l'université] sont les prin­ci­paux moteurs de la mobi­li­sa­tion lycéenne. Mais les doutes sur la valeur réelle de leur futur bac et sur leur niveau sco­laire véri­table par­ti­cipent éga­le­ment du désar­roi et de l’inquié­tude d’une par­tie de ces jeunes. 

L’enquête LEC (pour lire, écrire, comp­ter) est moins connue que Pisa, mais tout aussi pré­cieuse pour objec­ti­ver les évo­lu­tions de long terme. Pilo­tée par la Direc­tion de l’éva­lua­tion, de la pros­pec­tive et de la per­for­mance du minis­tère de l’édu­ca­tion natio­nale, cette enquête est réa­li­sée depuis 1987 auprès d’élèves de CM2. La der­nière livrai­son date de 2021, et nous dis­po­sons donc d’un champ d’obser­va­tion s’éta­lant sur plus de trente ans. Les résul­tats de l’enquête LEC sont congruents avec ceux de Pisa, mais ils nous montrent que le décro­chage est inter­venu dès les années 1990 et dès l’école élé­men­taire. La chute du niveau sco­laire est donc dura­ble­ment ins­tal­lée et prend sa source dès les pre­mières années d’appren­tis­sage. 


Ainsi, en cal­cul, par exemple, le score moyen des élèves de CM2 s’éta­blis­sait à 250 points en 1987, contre seule­ment 175 en 2021. De manière très concrète, quand 74 % des élèves de CM2 réus­sis­saient l’exer­cice sur les divi­sions en 1987, ils n’étaient plus que 37 % en 2017, le taux de réus­site ayant été divisé par deux en trente ans… Pour ce qui est de l’ortho­graphe, le recul est plus spec­ta­cu­laire encore. La même dic­tée de 67 mots, « sans dif­fi­culté par­ti­cu­lière » d’après les res­pon­sables de l’enquête LEC, est admi­nis­trée à chaque nou­velle édi­tion de l’étude. En 1987, la pro­por­tion d’élèves effec­tuant 15 fautes ou plus (ce qui est beau­coup au regard de la lon­gueur du texte, qui fait seule­ment 10 lignes) était d’un tiers. Trente-quatre ans plus tard, c’est la quasi-tota­lité de la classe d’âge (90,5 %) qui affiche une aussi piètre per­for­mance.

[Moins résistants à la frustration et moins maîtres de leurs pulsions]

Paral­lè­le­ment à l’atta­che­ment vis­cé­ral à la liberté de choix dont nous avons parlé pré­cé­dem­ment, toute une par­tie des indi­vi­dus évo­luant dans ce nou­veau régime psy­chique, et notam­ment les plus jeunes, entre­tiennent un rap­port dif­fé­rent à l’auto­rité et aux figures qui l’incarnent. Et ils se montrent éga­le­ment beaucoup moins résis­tants à la frus­tra­tion et moins en capa­cité de cana­li­ser leurs pul­sions. Et si l’absence de réponse poli­tique au som­met de l’état au début du mou­ve­ment et l’envoi en nombre d’effec­tifs de police non spé­cia­li­sés dans le main­tien de l’ordre aux abords des lycées ont tendu la situa­tion et ampli­fié la mobi­li­sa­tion et la déter­mi­na­tion des lycéens, ces carac­té­ris­tiques de la nou­velle psy­ché col­lec­tive expliquent que la mobi­li­sa­tion ait très vite été mar­quée par des épi­sodes de vio­lences. [À nuancer quand on voit la composition particulière des émeutiers violents] Comme lors des pré­cé­dents mou­ve­ments de contes­ta­tion juvé­nile, les affron­te­ments ont d’abord tra­di­tion­nel­le­ment opposé une par­tie des mani­fes­tants aux forces de l’ordre. Mais le degré de vio­lence (notam­ment du fait de l’usage récur­rent des désor­mais célèbres mor­tiers d’arti­fice) a monté de plu­sieurs crans. À la date du 7 octobre, soit un peu moins de trois semaines après le début du mou­ve­ment, pas moins de 761 poli­ciers et gen­darmes, ainsi que 215 mani­fes­tants avaient été bles­sés. Si ce mou­ve­ment se dis­tingue déjà par son lourd bilan, il se sin­gu­la­rise éga­le­ment par la nature des per­sonnes ayant été visées par les vio­lences. En effet, à ce jour, 65 per­son­nels de l’édu­ca­tion natio­nale ont été agres­sés. De tels actes ne s’étaient jamais pro­duits jusqu’ici, pas même en Mai 68, période durant laquelle les repères et les inter­dits tra­di­tion­nels étaient encore en place.

Ces scènes de pro­vi­seurs et d’ensei­gnants (mais aussi de pom­piers), moles­tés, voire tabas­sés, par de jeunes mani­fes­tants, illus­trent que des ver­rous ont sauté. [Ces verrous avaient sauté dans les banlieues immigrées depuis longtemps, les représentants de l'État français y étaient déjà agressés, les bâtiments officiels saccagés.] L’auto­rité sym­bo­lique, dont ces pro­fes­sions béné­fi­ciaient sous l’ancien régime psy­chique, ne dis­suade mani­fes­te­ment plus cer­tains émeu­tiers de s’en prendre à eux désor­mais. Ces agres­sions dans les lycées en marge de la mobi­li­sa­tion ne sont que la pointe émer­gée d’un phé­no­mène beau­coup plus répandu dans toute la société. Par un effet de conco­mi­tance des temps, la RATP a par exemple déployé en cette ren­trée une vaste cam­pagne d’affi­chage sur son réseau pour rap­pe­ler les peines encou­rues en cas d’agres­sions phy­siques ou menaces et cra­chats sur ses agents. Non seule­ment ces totems d’immu­nité dont béné­fi­ciaient cer­taines pro­fes­sions ne sont plus recon­nus, ni res­pec­tés, mais, paral­lè­le­ment, la pro­pen­sion à cana­li­ser son agres­si­vité a été net­te­ment abais­sée. Alors que, sous l’ancien régime psy­chique, l’indi­vidu avait été condi­tionné dès le plus jeune âge à gérer sa frus­tra­tion, à prendre son mal en patience et à maî­tri­ser ses pul­sions, cette apti­tude ne va plus de soi chez cer­tains, qui se laissent débor­der par leurs affects. Des expres­sions du lan­gage cou­rant comme «péter un câble» ou « péter un plomb » tra­duisent bien cette confi­gu­ra­tion psy­chique nou­velle en don­nant à voir l’image d’une sur­charge qui doit être immé­dia­te­ment éva­cuée, car l’indi­vidu ne par­vient plus à l’absor­ber et à y faire face. Lorsqu’un jeune impli­qué dans l’agres­sion du poli­cier à Bel­fort explique qu’il ne sait pas ce qui lui a pris et qu’il a « été pris par l’adré­na­line », on retrouve typi­que­ment cette dif­fi­culté à conte­nir ses affects et ses pul­sions. 

Cela ne signi­fie pas que la vio­lence est nou­velle. Elle a tou­jours existé, notam­ment dans les mobi­li­sa­tions sociales. Mais dans ses tra­vaux sur ce qu’il appe­lait le « pro­ces­sus de civi­li­sa­tion », Nor­bert Elias avait mon­tré com­ment, de manière sécu­laire, les socié­tés occi­den­tales avaient tra­vaillé à cana­li­ser la vio­lence et à domes­ti­quer les pul­sions. Aujourd’hui, cer­taines de ces forces de rap­pel sont appa­rem­ment beau­coup moins effi­caces et les butées et les ver­rous sautent beau­coup plus faci­le­ment. Cette confi­gu­ra­tion psy­chique nou­velle et cette moindre capa­cité à maî­tri­ser son agres­si­vité s’accom­pagnent dans une par­tie des géné­ra­tions les plus jeunes d’une légi­ti­ma­tion ration­nelle et assu­mée du recours à la vio­lence. 21 % des membres de la Gen Z (nés entre 1997 et 2010), soit la géné­ra­tion qui est actuel­le­ment mobi­li­sée, consi­dèrent ainsi que, dans cer­taines cir­cons­tances, la vio­lence contre des per­sonnes est un moyen accep­table de défendre ses idées.



Cette opi­nion est deux fois moins répan­due parmi les per­sonnes nées avant le début des années 1960 et qui furent donc très majo­ri­tai­re­ment condi­tion­nées sous l’ancien régime psy­chique. Ce chan­ge­ment de rap­port à la vio­lence et cette moindre capa­cité à cana­li­ser ses pul­sions expliquent l’impres­sion­nant bilan humain et maté­riel constaté au cours de ces semaines de mobi­li­sa­tion.

Voir aussi

Pour Éric Zemmour, les violences autour des lycées sont un avant-goût du chaos que l’alliance entre l’extrême gauche et la racaille prépare en France. L'impunité est le carburant de l'émeute. La justice doit frapper ces délinquants là où ça fait mal : au portefeuille et en mettant ceux qui détruisent et tabassent en prison.