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mercredi 29 avril 2026

Menacé, le cinéma Cartier de Québec annule la première de Génération Trans


La soirée spéciale prévue le 30 avril prochain n’aura pas lieu à Québec

La première d’un film portant sur le phénomène trans a été annulée au cinéma Cartier, à Québec.

Après une soirée sans anicroche devant une centaine de personnes à Montréal, la projection du documentaire Génération Trans, prévue le 30 avril, n’aura pas lieu dans la capitale.

Menace

Le réalisateur indépendant se dit profondément ébranlé par cette décision. « J’avais réussi à louer une salle, mais le cinéma Cartier m’a confirmé qu’on ne veut plus projeter mon documentaire. Le propriétaire m’a confirmé officiellement la mauvaise nouvelle. Je l’ai appris[e] lundi », a expliqué Jean-Pierre Roy.

L’activité avait notamment été annoncée sur les réseaux sociaux. « C’était une erreur. Je me retrouve le bec à l’eau », déplore le cinéaste.

Selon lui, le cinéma aurait reçu des messages désobligeants et des menaces de membres de la communauté trans qui dénonçaient la projection du film. Il affirme aussi que des employés de l’établissement auraient également menacé de démissionner.

La face cachée

Génération Trans est décrit comme un documentaire indépendant sur la face cachée de la transidentité chez les jeunes.

Le point de départ est le suivant : au Québec, avant l’âge de 18 ans, on ne peut ni voter, ni acheter de l’alcool, ni faire un tas d’autres choses, parce que la loi présume qu’une personne mineure n’a pas encore la maturité requise.

Cependant, dès l’âge de 14 ans, un enfant peut décider qu’il appartient au « mauvais sexe » et entreprendre seul une transition de genre. Bienveillance ou négligence ?

« Je questionne [le fait] que les jeunes, des mineurs, à partir de 14 ans, ont l’autonomie décisionnelle pour avoir des traitements hormonaux, et plus tard, à 16 ans, pour [subir] des interventions chirurgicales, comme la mastectomie. Je le questionne comme citoyen, comme papa, comme réalisateur et comme Québécois », ajoute M. Roy.


Ce dernier a recueilli des témoignages de parents, d’experts et de membres du Comité de sages sur l’identité de genre. Des séquences ont même été tournées en Europe. Le projet a duré un an.

Des révélations

« Je me demande seulement comment le Québec a pu en arriver là. Il y a une zone grise que les cliniques de transition utilisent. Le film est troublant parce qu’il y a des révélations », termine-t-il.
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Le Journal n’a pas pu visionner le documentaire. Le propriétaire du cinéma, qui refuse de le présenter en salle, ne l’a pas vu non plus.

Le patron du cinéma Cartier ne reviendra pas sur sa décision d’annuler la projection. Il confirme avoir reçu des menaces.

« Des choses vraiment pas sympathiques. On voulait présenter le film avec une discussion, mais ça n’aura pas lieu. Les gens nous ont associés au film et ce n’est pas le cas. Ça s’est emballé de façon négative », précise Yvan Fontaine.

L’homme d’affaires aurait aimé se faire une idée du film. « J’aurais pu me faire ma propre opinion sur le contenu et peut-être calmer le jeu. C’est la première fois que je vis ça. »

Source : Journal de Québec
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dimanche 7 décembre 2025

Évêques catholiques du Canada s'opposent aux restrictions supplémentaires imposés aux discours religieux (loi C-9)

Lettre des évêques catholiques du Canada au Premier ministre Mark Carney.


Le 4 décembre 2025 


Au très honorable Mark Carney, C.P., député
Premier ministre du Canada 
Cabinet du Premier ministre Ottawa (ON) 
mark.carney@parl.gc.ca 

Objet : Restrictions proposées à la liberté religieuse – Projet de loi C-9


Monsieur le Premier ministre, 

    Au nom du Conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), nous vous écrivons aujourd'hui pour exprimer notre profonde inquiétude concernant des reportages récents voulant que votre gouvernement, en collaboration avec le Bloc Québécois, envisage d’abolir l’exemption religieuse qui existe depuis de nombreuses années et qui est prévue à l’article 319(3)(b) du Code criminel dans le cadre des modifications du projet de loi C-9: Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 319(3)(b) :

Nul ne peut être déclaré coupable d’une infraction prévue au paragraphe (2) […] (b) il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument.

    Nous reconnaissons et affirmons sans équivoque l’importance de condamner la haine, de protéger les personnes et les communautés en situation de vulnérabilité et de favoriser une société dans laquelle chaque Canadien et Canadienne peut vivre libre de toute discrimination, intimidation et violence. L’Église a constamment favorisé des mesures appropriées visant à combattre l’extrémisme et la promotion de la haine. Nous sommes également conscients des graves défis qui ont émergé ces dernières années, notamment la hausse d’antisémitisme ou d’autres formes de discours ou de comportements haineux, dont plusieurs ont visé la communauté chrétienne. Ces actes laissent une blessure profonde dans le tissu de notre pays.

     En même temps, l’abrogation proposée de la défense fondée sur la croyance de bonne foi dans un texte religieux soulève d’importantes préoccupations. Cette exemption, formulée de manière restrictive, constitue depuis de nombreuses années une garantie essentielle permettant de s’assurer que les Canadiens et Canadiennes ne soient pas poursuivis au criminel pour avoir exprimé sincèrement et sans animosité des croyances fondées sur des traditions religieuses établies. Les tribunaux ont clairement affirmé que seules les formes d’expression les plus extrêmes constituent des infractions de propagande haineuse. 

    Toutefois, l’abolition de cette disposition risque de créer de l’incertitude parmi les communautés de croyants, le clergé, les éducateurs et éducatrices, et d’autres qui pourraient craindre que l’expression d’enseignements moraux ou doctrinaux traditionnels puisse être interprétée à tort comme des discours haineux et exposer une personne à des poursuites pouvant entraîner une peine d’emprisonnement allant jusqu’à deux ans. Comme des experts juridiques l’ont signalé, la perception du public au sujet des discours haineux et de leurs implications juridiques dépasse souvent largement ce qui est réellement visé par le Code criminel. L’abolition d’une garantie légale claire aura donc probablement un effet néfaste sur la liberté d’expression religieuse, même si les poursuites demeurent peu probables en pratique.

    Nous sommes également conscients que le moyen de défense en vigueur est soutenu non seulement par les organismes chrétiens, mais aussi par les organismes de défense des libertés civiles, qui le considèrent comme un élément important de l’engagement constitutionnel du Canada en matière de liberté de religion, de liberté d’expression et de pluralisme. Le respect de ces libertés n’est pas seulement une obligation constitutionnelle, mais encore un élément fondamental de notre identité nationale. La Charte canadienne des droits et libertés déclare que le Canada est « une société libre et démocratique ». Pour ces raisons, nous exhortons respectueusement le gouvernement du Canada à :

  • s’assurer que le projet de loi C-9 ne supprime pas la défense fondée sur des textes religieux du Code criminel. Ou encore, à :
  • offrir une assurance claire, faisant l’objet d’une déclaration publique – y compris dans un dossier législatif ou un débat parlementaire –, que l’expression, l’enseignement et la prédication religieuses de bonne foi ne feront pas l’objet de poursuites criminelles en vertu de dispositions sur la propagande haineuse; et
  • s’engager à mener une consultation auprès des leaders religieux, des experts du droit et des organisations de défense des libertés civiles avant d’apporter des modifications au projet de loi C-9 qui seraient susceptibles d’affecter la liberté religieuse.

    Nous croyons qu’il est possible d’atteindre l’objectif commun de promouvoir une société exempte de haine tout en respectant les droits constitutionnels de millions de Canadiens et Canadiennes qui trouvent leur inspiration morale et spirituelle dans leurs traditions religieuses. C’est dans un esprit de dialogue et de respect mutuel que nous exprimons ces préoccupations, tout en réaffirmant notre engagement à collaborer de manière constructive avec le gouvernement afin que la législation destinée à combattre la haine ne porte pas, même involontairement, atteinte aux libertés qui permettent à notre pays de demeurer sain, diversifié et démocratique.

Sincèrement vôtre,

    Mgr Pierre Goudreault 
    Évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada 

C.c. : - L’hon. Sean Fraser, ministre de la Justice et procureur général du Canada (mcu@justice.gc.ca / sean.fraser@parl.gc.ca)
 - Patricia Lattanzio, secrétaire parlementaire du ministre de la Justice et procureur général du Canada (Patricia.Lattanzio@parl.gc.ca)
 - Larry Brock, ministre du Cabinet fantôme conservateur, responsable de la Justice (larry.brock@parl.gc.ca) 
- Lori Idlout, porte-parole NPD pour la Justice (lori.idlout@parl.gc.ca) 
- Rhéal Éloi Fortin, porte-parole du Bloc Québécois pour la Justice (rheal.fortin@parl.gc.ca) 
- Elizabeth May, cheffe du Parti vert du Canada (elizabeth.may@parl.gc.ca) 
- Pierre Poilièvre, chef du Parti conservateur du Canada et chef de l’opposition (pierre.poilievre@parl.gc.ca) 
- Don Davies, chef intérimaire du NPD (don.davies@parl.gc.ca) 
- Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois (Yves-Francois.Blanchet@parl.gc.ca)

Voir aussi

Alliance des Libéraux et du Bloc québécois pour punir l'expression de croyances religieuses sincères qui seraient « haineuses » (Analyse sous forme de questions/réponses)


mercredi 11 juin 2025

La femme n’est pas une construction sociale

Avez-vous l’impression de marcher sur des œufs quand vous essayez de faire l’état des lieux dans les rapports entre les sexes ? La tempête #metoo (#balancetonporc) a-t-elle changé durablement et positivement la dynamique entre les hommes et les femmes ? Le mouvement trans est-il allé trop loin ? Poser la question est-il même une transgression, une forme de provocation ?

L’auteure et professeure émérite, spécialiste de la littérature du XVIII, Claude Habib n’hésite pas à prendre frontalement les enjeux les plus explosifs de notre époque formidable. Dans son plus récent essai, Le privé n’est pas politique, elle rappelle les risques, grands, de transformer en champ de bataille nos zones de vie privée les plus intimes,

00:00 - Intro

02:03 - Baisse du QI dans plusieurs pays : est-ce le début d’un abrutissement collectif ?

07:48 - Nos valeurs libérales menacées. 

12:07 - La tolérance de l’Occident, une faiblesse ?

14:07 - Mineurs trans : des enfants cobayes ? 

 21:37 - La femme n’est-elle qu’une construction sociale ?

28:59 - Le néo-féminisme est misandre.

40:30 - Relation entre les sexes : « Sans doute est-on allé trop loin dans la prudence jusqu’à la pruderie. »

45:17 - Le courage masculin. 

51:01 - La douceur du foyer. 

1:03:37 - Valoriser le rôle de mère.  

1:10:09 - Le parti pris passionnel de Claude Habib : « Réprimer les désirs, les grands moments passionnels de l’existence, ça rend triste. »

mardi 15 octobre 2024

France — Tous contre l’enseignement catholique : cible à abattre


Mise à pied d’un chef d’établissement catholique à Pau pour « atteintes à la laïcité » [!?], attaques par voie de presse contre l’établissement parisien Stanislas, caricature des écoles hors contrat : ces tirs croisés contre l’enseignement libre menacent-ils son identité ?

Le Grand Fossé n’est pas seulement le 25ème album des aventures d’Astérix et Obélix, il est aussi l’abîme d’incompréhension qui sépare l’enseignement catholique d’avec la vision caricaturale que s’en font nombre d’acteurs du paysage politique et médiatique français. Sans aucun doute, le grand effondrement du catholicisme hexagonal de ces soixante dernières années, savamment analysé par le sociologue Guillaume Cuchet, n’est pas pour rien dans cette difficulté grandissante à se comprendre. À force de manquer de clarté évangélique, le rétablissement d’une proclamation authentique de la foi au sein des écoles privées fait grincer des dents, en interne, et pousser des cris d’orfraie, en externe.

Raccourcis idéologiques et vérité brutalisée

Il n’empêche, alors même que les progressistes chantent les bienfaits de l’ouverture, le bonheur de l’acceptation des différences, ce sont les mêmes bien-pensants qui s’érigent, sans gêne aucune, en censeurs à tout crin. Les apôtres du vivre-ensemble n’ont pas le dialogue pour tous chevillé à l’âme. Quand le dialogue et la confrontation d’idées favorisent le sens de la nuance, le pointage réflexe du doigt témoigne d’un déficit intellectuel, sinon d’une peur panique. On jette l’anathème ou l’on voue aux gémonies pour mieux s’affranchir de débattre. Lorsque l’outrance a valeur de carburant et que l’exagération tient lieu de boussole, l’excès se pratiquant au mépris du sens des mots, c’est toujours la vérité qui se trouve brutalisée.

S’il était nécessaire, une simple promenade sur les réseaux ou une revue de presse non exhaustive permettrait de s’en convaincre. À propos de la question scolaire, voici un petit florilège. L’universitaire Mathilde Larrère – par ailleurs membre du parlement de la Nupes et collaboratrice au site web Arrêt sur images – décrit sur X l’actuel gouvernement comme une « sortie de messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ». L’Humanité titre en Une : « École privée : Sous contrat mais hors de contrôle ». Sur France 3, à l’occasion d’un journal télévisé régional est évoquée une école hors-contrat catholique dans laquelle le journaliste affirme que « les enfants sont élevés à la dure », sans autre forme de procès. L’émission du service public Complément d’enquête diffusait jeudi dernier sur France 2 un reportage à charge – dans le sillage de celui réalisé sur le Puy du Fou – “sobrement” intitulé : « Stanislas : les dérives d’une école d’excellence ». Autoritarisme, sexisme, homophobie : tout y est passé…

La réussite des méthodes traditionnelles d’enseignement

« Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés » estimait Victor Hugo. Lorsque l’on assiste, sinon consternés, le plus souvent impuissants, à la détérioration des conditions de transmission du savoir dans l’enseignement public – sans même parler du contenu –, on s’attendrait à davantage d’humilité et de retenue chez les détracteurs de l’enseignement privé. Mais derrière ces critiques, il est difficile ne pas y voir de la jalousie [le ressentiment]. « Leur comportement nous est un reproche vivant, leur seule présence nous pèse. » lit-on dans le livre de la Sagesse (Sg 2, 14). Comme le soulignait la journaliste du Figaro, Eugénie Bastié, un Complément d’enquête sur les dérives de Sciences-Po aurait été, sans aucun doute, bien plus pertinent.

La réussite en effet des méthodes traditionnelles d’enseignement où se mêlent ordre, discipline, vouvoiement, estrades (supposées dans l’école catholique, et qui prévalent spécialement dans l’écosystème “hors contrat”) est à mettre en balance avec l’adversité ordinaire à laquelle est confrontée une grande partie des enseignants du public. Ce contraste interroge nécessairement et la ligne éducative et le projet pédagogique de ces deux univers scolaires. Sardou pourrait-il encore chanter : « J’ai fait les deux écoles et ça n’a rien changé. » ?

Jules l’imposteur (Dominique Martin Morin), petit ouvrage rédigé par François Brigneau dans lequel, avec une plume vive et documentée, le cofondateur du quotidien Présent épingle l’anticléricalisme de Jules Ferry. En parcourant l’histoire de la Troisième République, il en rappelle l’ambition à peine cachée : celle d’extorquer de l’âme des enfants les vérités de l’Église catholique. Des “hussards noirs” de Ferry aux propos de Vincent Peillon vantant l’école républicaine comme l’instrument privilégié d’émancipation « de tous les déterminismes », il n’y a qu’une suite logique. Déjà en 1866, le fondateur de la ligue de l’enseignement, Jean Macé, déclarait : « Nous avons à faire, non de la pédagogie, mais de la propagande républicaine ».

Catholique donc signe de contradiction

Des catholiques, de plus en plus nombreux, constatent avec effroi que l’État ne cesse d’évider sa législation des dernières normes morales d’origine chrétienne. Année après année, le ministère de l’Éducation Nationale donne le sentiment d’être davantage préoccupé par le transformisme social de ses élèves que par leur instruction.

Sur l’autre flanc, celui interne à la vie des écoles catholiques, la politique du plus petit dénominateur commun prévaut depuis longtemps. Aux Assises de l’enseignement catholique de l’an 2000, son secrétaire général dénonça la nostalgie d’une « école citadelle » et se prononça pour une « école carrefour ». Cette posture débouchera sur deux désastres : l’analphabétisme religieux généralisé et la disparition d’une culture chrétienne élémentaire.  

Dans ce contexte, certains chefs d’établissements catholiques sous-contrat et l’univers catholique hors contrat dans son ensemble souhaitent absolument sortir de la tiédeur d’un catéchisme affadi. Comment peut-on se satisfaire d’un humanitarisme bon teint duquel le Christ n’apparaît plus que comme un instrument de décor parmi d’autres ? Désormais, même le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, plaide pour l’instruction obligatoire de cours de culture chrétienne dans les établissements privés catholique.

Depuis Antigone et le Christ lui-même, c’est rendre hommage à la raison humaine que de défendre ses convictions. C’est participer à l’élévation du débat que d’apporter la contradiction. Vivre en chrétien, c’est d’ailleurs accepter d’en devenir un signe. Et vivre en Français, c’est se réjouir d’en voir se lever. 


Source : Valeurs actuelles

lundi 31 juillet 2023

Étude — Plus une personne est riche, urbaine et de gauche, moins elle accepte les gens qui ont une autre vision du monde

La population citadine, que l’on croit ouverte sur le monde, accepterait en fait bien moins les opinions des autres que la droite campagnarde, supposée pourtant plus étroite d’esprit, selon une étude européenne.

Une large étude montre que plus une personne est éduquée, riche, urbaine et de gauche, moins elle accepte les personnes qui ont une autre vision du monde.

Une large étude montre que plus une personne est éduquée, riche, urbaine et de gauche, moins elle accepte les personnes qui ont une autre vision du monde.

Les conclusions d’une grande étude européenne risquent de faire grincer pas mal de dents du côté de la gauche politique. En effet, l’enquête tord le cou au cliché qui affirme que la population urbaine, de gauche, serait plus ouverte d’esprit que la population campagnarde, de droite, qui n’accepte pas d’autres opinions politiques. Car dans la réalité, ce serait tout l’inverse.

L’étude, menée par le « Mercator Forum Migration une Demokratie » à Dresde (D), conclut que plus une personne est éduquée, riche, urbaine et de gauche, moins elle accepte les personnes qui ont une autre vision du monde. À l’inverse, les personnes qui ont une attitude conservatrice, qui vivent à la campagne et qui ont moins d’argent et d’éducation, sont plus ouvertes envers ceux qui pensent différemment.
Division et compromis difficile

Et les auteurs de l’étude sont sévères : l’intolérance de la gauche vis-à-vis des autres opinions a des conséquences, selon eux. Elle conduit à cette société divisée que l’on déplore des États-Unis, à l’Allemagne, en passant par Israël et la Suisse.


Pourtant, la polarisation n’est pas une mauvaise chose en soi, estiment-ils. Le fait qu’il existe des opinions politiques différentes, voire contradictoires, est indispensable aux démocraties, selon eux. « Ce qui est décisif, c’est la tolérance vis-à-vis des opinions divergentes, qui fait partie des fondements d’une démocratie moderne. Et c’est justement cette tolérance que la gauche semble perdre », critiquent-ils sévèrement.

Conséquence, selon l’étude : il devient toujours plus difficile de trouver des compromis politiques. La raison en est qu’une certaine vision du monde n’est plus seulement considérée comme une attitude politique, mais de plus en plus comme une partie de l’identité personnelle. Tout devient alors personnel. Corollaire : celui qui pense autrement est rapidement perçu comme une menace. La réaction est alors le scepticisme, la défense et l’exclusion. En d’autres termes : « On ne supporte plus les adversaires aux opinions différentes ».

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dimanche 16 juillet 2023

Complotisme — Pour Trudeau, si les musulmans s'opposent à l'agenda LGBTQ, c'est la faute à la droite américaine (m à j)

M. Trudeau ne semble pas avoir convaincu les parents musulmans qui s'opposent aux cours inspiré de la théorie du genre qu'ils ne sont que des marionnettes désinformés par la méchante droite américaine. 


Le 15 juillet, un grand groupe de musulmans s'est rassemblé à Mississauga, en Ontario, pour protester contre les cours sur les questions transgenres et LGBTQ2SI+ dans les écoles. Au Canada et aux États-Unis, des musulmans ont organisé des manifestations similaires, provoquant la stupeur et le silence des libéraux et progressistes.


Billet du 14 juillet
 
Le Premier ministre Justin Trudeau a déclaré que les parents musulmans qui s’opposent à ce que leurs enfants reçoivent un enseignement sur les questions d’identité de genre à l’école sont victimes de « désinformation » de la part de la « droite américaine » et de « l’extrême droite ». Une sombre manipulation, un complot ourdi par cette droite islamophobe pour désinformer les musulmans dont l'allié naturel est le Parti libéral du Canada.
 

« Je suis conscient de cette préoccupation dont j’ai souvent entendu parler, je sais qu’il s’agit d’un problème très réel », a déclaré M. Trudeau à un parent musulman inquiet à Calgary, lors d’un échange de huit minutes enregistré sur vidéo et mis en ligne mercredi soir.

vendredi 24 février 2023

Tolérance — Le succès de la messe en latin n’est pas du goût de François l'Argentin

Alors que les communautés catholiques traditionalistes fleurissent ici et là, le pape François publie un décret juridique visant à réduire leur influence. Un nouveau tour de vis qui fait écho au motu proprio de juillet 2021. Cette fois-ci, l’autorité des évêques est remise en question.

La messe tridentine attire de plus en plus, surtout les jeunes.

Le succès de la messe en latin n’est pas du goût du Pape François. Le 21 février, sous l’égide du cardinal Roche, le Saint-Père a publié un rescrit visant à renforcer le contrôle des communautés traditionalistes. Concrètement, le pape retire aux évêques locaux tout pouvoir d’accorder aux prêtres ordonnés après le 16 juillet 2021 des autorisations pour célébrer la messe selon l’ancien rite. Dans un souci de réconciliation, en 2007, Benoît XVI avait mis en place cette autorisation « extraordinaire » soumise au discernement de l’évêque local.

Désormais cette autorisation revient uniquement à Rome. Idem pour l’utilisation d’une église paroissiale, pour y célébrer une messe en latin. « C’est assez incompréhensible. Je m’attendais plutôt à du dialogue de la part du pape, réagit l’abbé Raffray, prêtre à l’Institut du Bon Pasteur. Il y a quand même un autre problème liturgique dans l’Église aujourd’hui, partout dans le monde, donc cette façon de s’acharner contre quelque chose qui est loin d’être majoritaire est assez étonnante. »

Avec leurs écoles hors contrat, mouvements scouts, groupes de chorale ou cours de catéchisme, les communautés « tradis » séduisent de plus en plus de jeunes. D’après une enquête parue dans La Nef en juillet 2021, la France compte 95 000 catholiques traditionalistes, soit 7 % des catholiques pratiquants en France. Ces « tradis » sont répartis autour de 250 lieux de culte, dont la moitié sont tenus par des prêtres diocésains, l’autre par des communautés traditionalistes, comme la Fraternité Saint-Pierre, la Fraternité Saint-Pie X ou l’Institut du Christ-Roi.


La réception de la messe « moderne » au Québec dans les années 60 selon le film La Passion d’Augustine


Le succès de la messe en latin

Dans ces paroisses, les messes sont célébrées en latin, selon l’ancien rituel. Cette liturgie séduit, notamment les jeunes, attirés par une résurgence du sacré. Comme Claire, 23 ans, qui admire « la richesse spirituelle des communautés tradis ». « J’aime le côté sacré du rite tridentin, confie la jeune femme. Les ornements aident à nous rendre compte de ce qui se passe vraiment sur l’autel, ce qu’on ne peut pas percevoir dans une messe en français ».

Un avis partagé par l’abbé Matthieu Raffray. « C’est par son caractère sacré que la messe en latin attire : le rôle du chant, la ritualité, la beauté des gestes, les ornements, tout cela tend vers l’éternité », décrypte ce défenseur de la messe en latin. « Ailleurs dans le monde, tout est réduit à sa valeur marchande. La messe catholique traditionnelle n’est pas un produit de consommation ».

Et d’ajouter : « Psychologiquement et spirituellement, l’homme a besoin de quelque chose qui élève l’âme. Quelque chose qui lui fait quitter le mouvement perpétuel du monde. Il n’y a qu’à voir l’enthousiasme qu’il y a eu autour de l’enterrement de la reine d’Angleterre. Les gens sont à la recherche de ritualité, de choses normées et intemporelles, qu’ils ne trouvent ni dans les supermarchés, ni à la télé, ni sur les réseaux sociaux. C’est exactement dans cela que réside le succès de la messe en latin ».

Pour beaucoup, la messe en latin apparaît comme un havre, épargné des dérives de la nouvelle messe, promue par le concile Vatican II de 1962. De fait, ces paroisses sont les viviers d’un grand nombre de vocations sacerdotales et religieuses. Tandis que s’effondre la vie de l’Église, les communautés traditionalistes ne cessent de se multiplier. Une chance pour l’Église catholique, en proie à une désaffection générale.

Le pape réduit en conséquence le pouvoir des évêques

Ce tour de vis du pape François est un nouvel exemple de son hostilité aux communautés traditionalistes, accusées d’entretenir une Église catholique « parallèle ». Le 16 juillet 2021, il avait déjà encadré rigoureusement la messe tridentine dans le motu proprio « Traditionis Custodes ». Cette fois-ci, le Saint-Père établit un décret juridique, donnant ainsi bien plus de poids à sa décision. D’après Le Figaro, le pape François pourrait même publier un document encore plus contraignant pour les traditionalistes au printemps prochain.

Pourtant, l’abbé Matthieu Raffray se dit « confiant en la Providence divine. La diffusion de la messe traditionnelle a été encouragée par les papes précédents et par Benoît XVI en particulier. Certes, on ne peut rien faire politiquement, mais c’est à nous de montrer que notre attachement à la messe traditionnelle est pour le bien de l’Église. il faut continuer à montrer que la messe traditionnelle n’est pas un obstacle pour la vie de l’Église, mais qu’elle attire de nombreux jeunes en manque de spiritualité ».

Source

samedi 29 octobre 2022

Twittos testent tolérance de Twitter

Les utilisateurs de Twitter n’ont guère attendu pour éprouver les limites de la liberté d’expression recouvrée sur Twitter, désormais propriété d’Elon Musk.

Quelques heures après que le patron de Tesla et SpaceX a pris le contrôle de Twitter pour 44 milliards de dollars, les conservateurs et libertariens ont célébré ce qu’ils décrivent comme le retour de la liberté de parole.

L’animateur de balados conservateur Buck Sexton (@BuckSexton) a sauté sur l’occasion en tweetant : « Il s’avère que les hommes NE PEUVENT PAS tomber enceintes, qu’est ce que vous avez à dire à ça les libéraux ».

Les masques, devenus omniprésents depuis le début de la pandémie de Covid-19 et qui ont fait l’objet de fortes divisions — malgré leur recommandation par les scientifiques — sont eux aussi devenus un sujet populaire.

« Maintenant que nous pouvons dire la vérité, je vais simplement le faire : les masques ne fonctionnent pas », a gazouillé @ianmSC.

Si le tweet a suscité un certain nombre de commentaires favorables, il a également provoqué la colère de personnes sensibles.

« Donc, si tu devais subir une opération, tu serais d’accord pour que le personnel médical ne porte pas de masque ? Puisqu’ils ne fonctionnent pas, n’est-ce pas ? », a tweeté ironiquement @marynol51.

Elon Musk, homme le plus riche du monde, a finalisé sa prise de contrôle de Twitter jeudi après des mois d’une saga à rebondissements, débutée fin avril.

« Homme de l’année » censuré pour haine

Le site parodique Babylone Bee avait vu son compte suspendu par Twitter pour « conduite haineuse » après avoir décerné le prix d’Homme de l’année à Rachel Levine dans un très bref gazouillis. Ce tweet se voulait une réponse à la une du Time qui avait élu cet amiral transgenre comme « femme de l’année » (voir ci-dessus). Levine, qui n’est pas l’image même de la sveltesse, a été nommé secrétaire adjoint à la Santé dans le gouvernement Biden en 2021. 

La Babylon Bee avait également vu un autre message censuré comme « offensant ». Il s’agissait d’une vidéo dénonçant la trop grande susceptibilité de Twitter qui voit partout des messages « offensants ». Voir la vidéo ci-dessous, la jeune employée lors du test de Rorschach voit des Hitlers, des nazis partout, sauf pour la croix gammée qui est, bien sûr, uniquement un signe de paix hindou…

 

Twitter a également limité, voire censuré, la diffusion des articles du New York Post sur le fils de Joe Biden, Hunter Biden, et les gazouillis reliés à la possibilité que la Covid-19 se soit échappé d’un laboratoire, alors que la présence d’un site de clivage de la furine, absente des virus d’origine animale, semble suggérer une manipulation humaine. Entretemps, un nouveau rapport du Sénat publié ce mois d'octobre conclut que le SRAS-CoV-2 - le virus à l'origine du COVID-19 - résulte vraisemblablement d'un « incident lié à la recherche ». Le rapport contient des preuves de problèmes alarmants de biosécurité à l'Institut de virologie de Wuhan.

Enfin, on a appris grâce à une poursuite en justice que Twitter avait, à la demande des autorités américaines, bannit l’ancien journaliste du New York Times, Alex Berenson.


Hunter Biden, fils de Joe Biden, au cœur d'un scandale de corruption (rapport Marco Polo remis au Congrès américain)

Canular repris par les médias

Deux farceurs légendaires ont réussi à tromper les médias à l’extérieur du siège de Twitter en leur faisant croire qu’ils venaient d’être renvoyés par Elon Musk.

La présentatrice de l’émission technologique de CNBC, Deirdre Bosa a retweeté la nouvelle : « équipe entière d’ingénieurs de données renvoyée ». À ce jour, elle n’a toujours pas effacé ce tweet, mais elle l’a complété, quatre heures plus tard, de ce message : « Plus tôt dans la journée, nous avons signalé sur CNBC qu’une équipe d’ingénieurs de données avait été licenciée sur Twitter, sur la base de 2 personnes qui nous ont dit qu’ils faisaient partie de cette équipe. Nous n’avons pas été en mesure de confirmer qu’il s’agissait de véritables employés ou que l’entreprise a licencié quelqu’un aujourd’hui. »

Ce qui est étonnant c’est que ces journalistes n’aient pas eu la puce à l’oreille devant les propos caricaturaux de ces deux farceurs. Extraits : « Si la liberté d’expression signifie que les nazis peuvent dire que les femmes trans [hommes qui se disent femmes] ne devraient pas utiliser les vestiaires des femmes, alors génial, je suppose, mission accomplie, nous verrons. […] Écoutez, je dois contacter mon mari et ma femme. » Son comparse, lui, a brandi une photo de Michelle Obama et a déclaré que « Michelle Obama ne serait pas arrivée si Twitter avait alors appartenu à Elon Musk. »

 

mercredi 18 mai 2022

Éthique et culture religieuse (toujours pas abrogé) — certains profs disent marcher sur des oeufs

Les enseignants ont parfois du fil à retordre avec des sujets abordés dans le cadre du cours d’éthique et culture religieuse (ECR). Face à des contenus jugés plus « délicats », notamment la religion, certains ont « l’impression de marcher sur des œufs », révèle un rapport produit par le ministère de l’Éducation dans la foulée de la refonte de ce cours.

À la rentrée 2023, le cours d’ECR sera remplacé par le cours Culture et citoyenneté québécoise. Dans le cadre de cette refonte, le ministère de l’Éducation a mené une consultation dans les écoles et en a tiré un rapport daté de mars 2021, mais rendu public récemment à la suite d’une demande d’accès à l’information.


Le document lève le voile sur certaines difficultés rencontrées par les enseignants qui ont à aborder en classe des « sujets complexes et sensibles », parfois « source de tension », lit-on dans ce rapport, qui cite une dizaine d’enseignants tout en préservant leur anonymat.

Parmi ces sujets délicats figure « le thème de la tolérance, où la problématique du racisme est abordée avec la tension que le mot en N peut engendrer… », observe un enseignant.

Un autre estime que parler de tolérance « relève de la prouesse ». « […] Plusieurs élèves et leurs parents sont carrément racistes ou xénophobes et cela transparaît dans les réponses de plusieurs élèves… D’autre part, aborder l’intimidation est difficile quand dans les classes mêmes se retrouvent les agresseurs et les victimes », témoigne-t-il dans le document.

Un certain « malaise »

Si le programme ECR est obligatoire de la 1re année du primaire à la 5e année du secondaire, le rapport gouvernemental montre que la perception de la culture religieuse est fort différente selon le niveau auquel on l’enseigne.

Au primaire, des instituteurs jugent que la culture religieuse est « trop abstraite » pour les élèves et une majorité estime qu’elle ne « contribue pas au rôle de l’école ».

La majorité des élèves n’ayant pas d’appartenance religieuse, ou ne sachant même pas qu’ils en ont une, ne sont pas prêts à recevoir ces connaissances. [Rien d’étonnant : on leur enseigne une myriade de petits faits religieux alors qu’ils ne connaissent même pas leur tradition religieuse, ils ont 6 ans en 1re année..]

Une conseillère pédagogique estime pour sa part que le « malaise » de certains enseignants par rapport à l’enseignement de la culture religieuse est « comparable à celui suscité par l’éducation à la sexualité ».  [Un autre sujet « moderne » de l’État qui ne se limite plus à enseigner les matières de bases, mais veut façonner la morale des enfants. Entretemps, le français et la culture générale des enfants sont lacunaires.]

Certains ont « très peu de culture religieuse et ne se sentent pas compétents pour le faire ; d’autres se font une fausse idée de ce volet ; d’autres encore le comprennent mal. Certains ont eu un vécu personnel négatif en lien avec une religion. Certains craignent les religions et même les haïssent », a confié cette conseillère.

Des enseignants craignent de « heurter certaines sensibilités », note-t-on aussi dans le rapport de Québec.

« En ce sens, le contexte social et familial est pour certains un obstacle : soit on craint que le discours de l’école sur le phénomène religieux confronte la vie religieuse familiale ; soit l’absence de dimension religieuse dans la vie familiale rend le sujet caduc », y lit-on. [Mais qui a eu l’idée d’imposer une seule formation identique pour tous dans ce domaine ?]

Un cours peu valorisé

Parmi les autres difficultés rencontrées dans l’enseignement de ce cours, des professeurs du secondaire citent un trop grand nombre d’élèves, la lourdeur de la tâche et le manque de temps pour bien enseigner.

Un enseignant de Montréal note que certains de ses collègues du secondaire ont jusqu’à 14 groupes à suivre. « Comment mettre de l’avant, mettre en application un programme, quand tu as plus de 450 élèves avec qui faire des suivis ? C’est impossible », a confié l’enseignant.

Un autre considère que le manque de temps consacré à ce cours fait que la matière est « garrochée ».

La moitié des enseignants du secondaire qui ont répondu au questionnaire du ministère de l’Éducation ont indiqué ne pas avoir de formation initiale en éthique et culture religieuse.

Le cours d’éthique et culture religieuse est dévalorisé, notent les auteurs du rapport, qui font état de « frustration » à cet égard chez les enseignants. Un enseignant mentionne un « mépris » par rapport au cours, tandis que d’autres déplorent que ce soit perçu comme une « matière douce », une « matière fourre-tout dans laquelle on envoie tous les intervenants [des associations politiquement correctes] de l’école faire leur petit numéro ».

Le nouveau cours de culture et citoyenneté québécoise sera consacré à la culture et à la citoyenneté québécoises, comme son nom l’indique, ainsi qu’au dialogue et à la pensée critique. Le ministère de l’Éducation entend y inclure des notions d’éducation aux médias et d’éducation à la sexualité. L’élève sera aussi amené « à aborder des dilemmes moraux ainsi qu’à examiner des repères culturels, moraux, religieux, scientifiques et sociaux ». [Fin du volet religieux, donc moins d’informations factuelles, mais toujours autant de « dialogue » et d’éthique… les volets que condamnaient le Collège Loyola.]

Le ministère de l’Éducation indique qu’« un ensemble d’éléments et considérations ont été pris en compte dans le processus de révision du programme d’Éthique et culture religieuse ».

Source : La Presse

Voir aussi
 
 
  

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier 

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse »  

En 2012, la CAQ votait pour l’abolition du programme ECR au primaire (Éric Caire avait été suivi par les militants, le futur ministre Roberge avait plaidé devant eux qu’il fallait conserver ECR)

La CAQ veut continuer d’imposer le controversé programme ECR (2018) 

Québec — le programme ECR serait là pour de bon selon le ministre Roberge (janvier 2019)

Livre sur le cours ECR : Au-delà des apparences (Guy Durand)

Livre Regards sur le cours ECR : La Religion sans confession 

L’ex-ministre Jacques Brassard sur Pauline Marois et ses réformes scolaires  

Mme Marois exigeait en 2009 une révision du cours d’éthique et de culture religieuse, l’ADQ un moratoire. En 2008, Pauline Marois soutenait le cours ECR…

Mario Dumont : pour Pauline Marois, l’État comme parent du berceau à l’université ? 

ECR : Visite voilée dans des « lieux de culte » sinon zéro…

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Sortir le religieux de l’école pour y laisser entrer l’ésotérisme et les gourous

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Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

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Formateur de formateurs en ECR à L’ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles

vendredi 19 mars 2021

Université d'Ottawa : hypersensible face au « racisme » sauf quand il cible les Québécois francophones ?

Philippe Léger dans les pages du Journal de Montréal fait remarquer.

La ligne semble floue sur ce qu’il est acceptable de dire ou non à l’Université d’Ottawa.

Il y a quelques mois, cette université était au milieu d’une tempête médiatique après qu’une professeure avait été suspendue pour avoir prononcé le mot-en-n [ « nègre »].

La position de celle-ci, expliquée par son recteur, voulait que « les membres des groupes dominants n’ont pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression ».

Par contre, à répétition, un professeur anglophone de cette même université, Amir Attaran, se plaît à jeter tout son venin francophobe sur le Québec.

Quelques-uns de ses tweets :

« Les hôpitaux québécois semblent tuer ces patients noirs et autochtones [...] L’Alabama du Nord #Assassins ».

Le Québec « suit la voie immorale et non scientifique de Donald Trump [...] leur seule réussite fut d’envoyer ses compatriotes à l’abattoir ».

« La nation québécoise est encore un échec. »

 

Réaction

Ironiquement, ce professeur, si prodigieusement proactif pour dénoncer toutes les formes de racisme, reproduit le racisme qu’il déplore dans un mélange de haine et d’incompréhension pour le Québec.

Même si l’agressivité varie, ces propos demeurent révélateurs d’une vieille tradition canadienne de hauteur morale [de morgue] vis-à-vis du Québec.

Le professeur et d’autres ressassent le réflexe du colonisateur pris par une mission civilisatrice envers les sociétés colonisées.

Le Québec n’est pas vu comme une nation distincte, mais comme une tribu arriérée, à juger à loisir pour la purger de sa barbarie.

Aujourd’hui, cette coutume canadienne se déploie sur les questions de racisme, auxquelles notre modèle d’inté­gration, qu’on nomme l’interculturalisme, nierait la dignité élémentaire des minorités.

Quelle est la réaction à l’Université d’Ottawa­­­ devant cette haine exacerbée ?

Un silence radio, qui laisse croire que l’Université d’Ottawa acquiesce quand l’un des siens attaque un groupe linguistique précis, en toute impunité.

Ce qui se dévoile ici, c’est qu’encore une fois, la seule phobie acceptable est celle qui concerne les francophones.

Source : Le Journal de Montréal


lundi 8 mars 2021

Prof de Sciences Po : « Le militantisme de gauche ne supporte plus ni la contradiction ni la science »

Klaus Kinzler est l’un des deux professeurs accusés d’« islamophobie » à Science-Po Grenoble.

Il dénonce le manque de soutien d’une partie de ses collègues. Assurant n’avoir « pas peur », il dit vouloir continuer à « défendre la liberté dans le milieu académique » [universitaire]. 

La tension monte au sein de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble. Alors que ces dernières semaines ont été marquées par le débat sur « l’islamo-gauchisme » dans les universités, l’établissement est en proie à une vive polémique après les accusations d’islamophobie visant deux professeurs. Une enquête a notamment été ouverte par le parquet pour « injure publique » et « dégradation » après que les noms de ces deux professeurs ont été affichés publiquement à l’entrée de l’institution. 

« On a essayé de me punir »

Mais plus que l’attitude de ces étudiants, Klaus Kinzler fustige celle de ses collègues, dont « une bonne partie ne me soutient pas ou pas vraiment ». Ces derniers, estime-t-il, « sont très loin à gauche et ont plutôt ont des sympathies pour ceux qui défendent le terme islamophobie ».

« On a essayé de me punir », poursuit-il. « Et ce ne sont pas les étudiants, mais mes collègues, pour le fait d’avoir exprimé un avis différent de la doxa d’extrême gauche dans ce chapitre. »

Revenant sur les affiches mentionnant son nom, le professeur d’allemand assure que cela ne « l’émeut pas outre mesure ». « Les méthodes de l’UNEF et des plus extrémistes des étudiants n’ont pas changé depuis 50 ans », relativise-t-il. « Il n’y a rien de bien nouveau. » Et Klaus Kinzler, refusant tout parallèle avec la situation de Samuel Paty, assassiné au mois d’octobre. « C’est un débat entre universitaires, je ne veux pas trop dramatiser », répond-il. « Ce que je regrette, c’est que je ne sois pas soutenu par la plupart de mes collègues, qui sont plus proches de ces étudiants extrêmes que de moi, qui suis un libéral centriste convaincu depuis 40 ans. C’est ça qui m’effraie, beaucoup plus que ce qu’ont fait les étudiants. »

Il accuse le laboratoire Pacte, « affilié au CNRS », d’être à l’origine de la fatwa contre lui et son collègue. « Ils m’ont accusé de harcèlement et d’atteinte morale » en ne s’appuyant sur aucun fait.



Klaus Kinzler est professeur de civilisation et histoire allemandes et d’études européennes à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Avant cela, il a été notamment professeur au lycée international de Grenoble, à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble et principal adjoint dans un collège de la banlieue ZEP [immigrée] de Grenoble.

Sa bio sur son site. Il semble, d’après ses écrits, être un européiste de centre gauche.


Après les accusations d’islamophobie visant deux professeurs de l’IEP de Grenoble, le président de l’UNI Olivier Vial s’inquiète de la virulence de certains activistes et d’enseignants dans le monde universitaire.

Deux professeurs de l’IEP de Grenoble sont accusés d’islamophobie par des affichages sauvages à l’entrée de l’IEP de Grenoble.

« La sociologie est un sport de combat », disait Bourdieu. Appliquant la formule à la lettre, certains de ses héritiers ont transformé la recherche universitaire en pugilat dont l’objectif est d’anéantir ceux qui ne pensent pas comme eux afin de les « effacer » purement et simplement de l’espace public.

La cabale dirigée contre deux enseignants de l’Institut d’études politiques de Grenoble illustre à merveille les méthodes et les visées de ces petits Torquemada du « politiquement et scientifiquement correct ». La semaine dernière, des messages furent placardés sur les murs de Sciences Po pour dénoncer la présence supposée d’« islamophobes » et « de fascistes dans les amphis ». Les noms de deux enseignants sont ainsi livrés à la vindicte afin de les forcer à démissionner. Pour accroître la pression, des militants de gauche et d’extrême gauche vont immédiatement et massivement relayer ces accusations sur les réseaux sociaux. La chasse est lancée contre ces enseignants : deux mois de harcèlement et de dénigrements pour avoir simplement tenté d’interroger la pertinence du concept d’« islamophobie ».

Chaque année, début décembre, l’IEP organise une « semaine pour l’égalité ». L’édition 2020 souhaitait consacrer une journée intitulée « Racisme, islamophobie et antisémitisme ». L’un des enseignants incriminés fait part aux organisateurs de ses doutes quant à la place réservée au concept d’islamophobie. Prudent, il ne demande pas sa suppression. Il se contente, dans un courriel, de proposer « comme base de discussion, une journée libellée ainsi : racisme, Antisémitisme et autres formes de discriminations contemporaines (islamophobie, homophobie, misogynie…) ». Cette bien timide demande est pourtant perçue comme une déclaration de guerre par l’Union syndicale de Sciences Po (NDLR, le syndicat étudiant majoritaire née d’une scission de l’Unef avec son aile gauche). Le syndicat étudiant placarde le courriel de l’enseignant et dénonce une demande « lunaire », une « falsification historique », une « vision réactionnaire » ! Classer l’islamophobie comme une discrimination contemporaine serait une forme de révisionnisme qui viserait à invisibiliser le caractère millénaire de cette oppression.

L’enseignant propose alors d’intervenir au cours d’une table ronde pour préciser sa conception. « Cet enseignant a dit vouloir participer en tant que discutant à la table ronde dite “Racisme, islamophobie, antisémitisme” ». La semaine pour l’Égalité n’est pas la semaine de l’égalité des points de vue. Tous les points de vue ne se valent pas, nous jugeons le discours de cet enseignant intolérable », éructe le syndicat appelant « la direction à statuer sur son cas. » À ces menaces, s’ajoute un communiqué signé par la direction du Pacte, un laboratoire de recherche local qui revendique « une pensée décolonisée ». Ce dernier accuse l’enseignant, au motif qu’il remet en cause le concept d’islamophobie, de « nier, au nom d’une opinion personnelle, la validité des résultats scientifiques d’une collègue et de tout le champ auquel elle appartient ». Cette simple prise de position, qu’autrefois on appelait débattre, est désormais qualifiée par la direction de ce laboratoire de recherche « de harcèlement et une atteinte morale violente ». La force de ces activistes étudiants comme de ces universitaires est de savoir passer en un instant du statut de procureurs à celui de victimes pour fuir toute discussion et discréditer leurs adversaires.

Mais alors, si tous les points de vue ne se valent pas, qui décide de la pertinence de tel ou tel concept ? En lisant les écrits de ceux qui instruisent les procès en islamophobie, on comprend, par exemple, que l’islamophobie serait une notion « légitime » alors que « les discours qui utilisent l’expression d’“islamo-gauchisme” sont pernicieux », selon l’USSP. Pourtant, ces deux notions ont grandi dans le giron du CNRS.

Le concept d’islamo-gauchisme a été forgé, au début des années 2000, par Pierre-André Taguieff, politologue et directeur de recherche au CNRS pour décrire une réalité politique et historique : l’alliance d’une partie de la gauche avec l’islam politique. Celle-ci ne date pas d’hier. Dès 1920, Lénine organise à Bakou une conférence des peuples d’Orient au cours de laquelle un « appel au djihad » est lancé par Sultan Galiev contre l’impérialisme. Cette alliance sera à nouveau théorisée au milieu des années 1990 par Chris Harman, un responsable trotskiste, dans son livre « le prophète et le prolétaire ». Par la suite, Tariq Ramadan incarnera cette alliance à l’occasion du Sommet européen de Londres. Pourquoi ce concept serait-il moins scientifique que celui d’islamophobie qui a été popularisé au début des années 2000 par Vincent Geisser, un ancien étudiant de l’IEP de Grenoble (la pensée en circuit court), également chercheur au CNRS ? En 2003, ce sociologue publie La nouvelle islamophobie et entame une tournée de conférences sur les campus, grâce à l’aide des Étudiants musulmans de France (proche des Frères musulmans) pour faire connaître ses thèses.

Si ce n’est pas la « qualité » de celui qui crée le concept qui permet d’en garantir la scientificité, qu’est-ce que c’est ? L’unanimité de la communauté scientifique sur le sujet ? Les deux concepts font en réalité débat. La notion d’islamophobie a même fait l’objet d’une sévère et très documentée critique de la part de Philippe d’Iribarne, également directeur de recherche au CNRS.

C’est au nom d’une conception morale, politique et idéologique, que certains s’arrogent le droit d’attribuer les bons points et les ukases. Convaincus d’incarner le « Bien », comme leurs prédécesseurs pensaient incarner « le sens de l’histoire », ils estiment toujours que la fin justifie les moyens. C’est ce qui explique qu’ils n’ont pas la moindre hésitation à discréditer toute personne qui s’oppose à eux. Ainsi, quand l’enseignant incriminé a reçu le soutien de l’un de ses collègues, l’Union syndicale Sciences Po n’a pas hésité à lancer contre ce dernier un appel à dénonciation anonyme sur les réseaux sociaux pour recueillir « les propos problématiques » qu’il aurait pu tenir : l’objectif affiché est de lui retirer ses cours et de briser sa carrière.

Ces attaques permettent de tenir en respect leurs adversaires, d’en faire des exemples afin que tout le monde soit bien averti : remettre en cause l’islamophobie, c’est au mieux prendre le risque d’une carrière, voire d’une vie brisée.

Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour injure publique. Des inspections ont été diligentées. Espérons que l’on saura tirer les leçons du drame qui a coûté la vie à Samuel Paty, et que les responsables de cette cabale seront sanctionnés.

Si les sciences sociales continuent à se vivre comme un sport de combat, c’est l’Université qui finira au tapis.

dimanche 1 novembre 2020

Universités : pourquoi l’intolérance se répand

Chronique de Joseph Facal sur les développements dans le monde universitaire nord-américain.

On n’a jamais autant parlé des universités que depuis que l’on se demande si un prof peut ou non prononcer le mot « nègre » dans certaines circonstances.

Vous auriez tort de trouver cela anecdotique, car les universités sont les incubateurs de la société du futur.

Ce vent de censure et d’intolérance, venu des États-Unis, balaie surtout les sciences sociales.

Comment expliquer la force de ce vent ?

Le directeur de ma thèse de doctorat, Raymond Boudon, aujourd’hui décédé, avait jadis vu monter ce phénomène et en avait proposé une explication complexe qu’un collègue m’a rappelée.

Elle se trouve dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme (2004).

Pourquoi

Réduite à sa plus simple expression, elle tient en trois points interreliés.

Premièrement, dans beaucoup de départements de sciences sociales, il n’y a pratiquement aucune sélection à l’entrée. [Ces étudiants sont en outre subventionnés au Québec, en France et en Belgique.]

On y trouve des étudiants exceptionnels, mais le niveau moyen est faible.

Logiquement, plus l’étudiant est faible, plus les chances sont fortes qu’il avale des niaiseries.

Deuxièmement, notre époque a vu se répandre l’idée (fausse) qui voudrait que toutes les opinions se valent.

On confond le droit de chacun à son opinion avec l’idée que toutes les opinions ont le même poids.

Le gars qui n’y connaît rien se croit aussi compétent que celui qui a étudié à fond le sujet.

Nous sommes à l’époque du « je-le-sais-parce-que-je-le-pense ».

Parallèlement, dans les sciences sociales, s’est répandue l’idée (fausse aussi) que l’objectivité est un mythe, une illusion.

Il est frappant de voir le nombre de profs dont les travaux ne sont que de l’idéologie déguisée en science.

Les étudiants, eux, ont souvent beaucoup de difficulté à dépasser l’expression de leurs émotions, de leur subjectivité.

Des disciplines comme les mathématiques, la physique ou la biologie, en raison de la nature même de leur savoir, sont mieux protégées contre ces dérives.

En physique, par exemple, on ne s’en sort pas en exprimant simplement une « opinion » : on doit pouvoir tester et valider.

Troisièmement, ces phénomènes — niveau moyen bas et règne de la subjectivité et de l’émotion — se conjuguent pour en produire un autre : la montée en flèche du moralisme, de l’indignation vertueuse, de la rectitude politique.

Pourquoi ? Parce que juger est beaucoup plus facile que comprendre.

Comprendre un phénomène complexe est difficile. Ressentir une émotion et porter un jugement est à la portée de n’importe qui.

Par exemple, les difficultés sur le marché du travail des immigrants ont des causes diverses et complexes.

Les « expliquer » toutes par le racisme de la majorité, c’est simple, c’est facile, et ça donne bonne conscience.

Tempête

Et c’est cette montée du moralisme — facilitée par le faible niveau et la valorisation du ressenti au détriment des faits vérifiés — qui explique cette nouvelle intolérance chez tant d’étudiants.

Ils s’imposent d’autant plus facilement qu’ils réduisent au silence, en les intimidant, ceux qui ne pensent pas comme eux, et bénéficient souvent de la complicité lâche de directions apeurées.

Au Canada, l’idéologie multiculturaliste, qui glorifie les minorités, et le ressentiment anti-francophones (un « racisme systémique » ?) s’y ajoutent pour en faire la tempête parfaite.


lundi 20 juillet 2020

La « Pravda » du progressisme américain

Chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro du 18 juillet.


Le New York Times (NYT) passe pour le titre le plus prestigieux de la presse outre-Atlantique, incarnant l’aristocratie du journalisme américain. On lui prête une intelligence exceptionnelle pour raconter et décrypter l’époque et le cours des événements. Pourtant, en 2016, le NYT s’est montré ébaubi devant la victoire de Donald Trump, qu’il n’avait même pas été capable d’imaginer, tant cette possibilité lui semblait absurde. Une inquiétude est apparue dans la direction : se pourrait-il que le quotidien soit déconnecté de la société avec laquelle il prétend entretenir un lien privilégié ?

Pour sortir de son insularité mentale, le NYT a donc décidé de s’ouvrir à des voix un peu plus « conservatrices » et a embauché Bari Weiss, pour diversifier ses pages opinions. Sa mission dans l’équipe éditoriale : permettre au journal de renouer avec cette part de l’Amérique et du monde qu’il ne parvenait plus vraiment à comprendre, ou plus exactement, qu’il vomissait. Elle s’y est vouée, convaincue que sa mission était de contribuer à la restauration de la conversation démocratique. Elle ne devinait pas que sa tâche serait quasiment impossible.

Parce qu’au même moment où le NYT entendait s’ouvrir à d’autres voix que la sienne, le journal s’enfonçait dans une posture militante décomplexée, se dévoilant notamment dans le ton des reportages, se distinguant à peine de celui des chroniques. Il fallait automatiquement présenter Trump comme un monstre raciste et sexiste représentant le visage hideux du suprémacisme blanc dans son pays. Le NYT ne se contentait pas de critiquer vigoureusement Trump, mais menait une campagne trahissant les règles élémentaires de l’honnêteté journalistique. L’idéologie diversitaire y était sacralisée.

À l’intérieur même du journal, un climat sectaire s’est imposé, au point que Weiss a décidé de le quitter le 14 juillet. Dans sa lettre de démission, elle parle franchement : il devenait de plus en plus difficile de publier dans les pages débats des tribunes allant contre l’orthodoxie du journal. Les journalistes « liberals » à l’ancienne avaient beau ne pas aimer les conservateurs, ils croyaient quand même à la liberté d’expression. Ce n’est pas le cas de la nouvelle génération de journalistes — militants croyant à une forme de vérité révélée, à laquelle il n’est pas permis de déroger. Le New York Times est devenu la Pravda du régime diversitaire.

La démission de Weiss arrive dans un contexte particulier. Le 7 juillet, 150 intellectuels, journalistes et écrivains pour la plupart associés à la gauche libérale anglo-saxonne faisaient paraître dans Harper’s une lettre ouverte pour dénoncer la « cancel culture » [culture de l’annulation] et la nouvelle censure portée par la gauche radicale. La manière était prudente : les signataires s’inclinaient d’abord devant la gauche radicale et ses objectifs, pour se donner le droit de douter de ses méthodes. Ils ajoutaient que Trump était un danger et que l’illibéralisme menaçait le monde, mais réclamaient néanmoins la restauration d’une éthique du débat.

Les conservateurs qui mènent la bataille contre le politiquement correct depuis plus de trente ans auraient pu accueillir avec bonheur ces renforts. Certains confessèrent néanmoins un certain scepticisme en remarquant que plusieurs signataires de cette lettre ne s’étaient pas empêchés, il n’y a pas si longtemps, de diaboliser les conservateurs en les extrême-droitisant et en justifiant leur mise au ban de la cité. Faut-il comprendre que la gauche libérale tolérait la censure lorsqu’elle frappait la droite, mais pousse des cris d’horreur lorsque c’est son tour de la subir ? La révolution dévore toujours ses enfants. En d’autres mots, la gauche libérale se rallie certes à la cause de la liberté d’expression en s’alliant à ceux qui la défendaient déjà, mais elle prétend surtout l’anoblir, en expliquant que ses anciens défenseurs étaient suspects, mais qu’elle, au moins, a le cœur pur. L’histoire se répète. Tant que l’anticommunisme était porté par la « droite », il était réactionnaire. Il devint légitime quand les progressistes autoproclamés s’en emparèrent. Il en fut de même pour la critique de l’islamisme. Il faut d’abord avoir été de gauche pour avoir le droit de ne plus l’être. Il faut avoir été de gauche pour avoir la permission de critiquer ses dérives.

La culture de l’annulation représente une radicalisation du politiquement correct et témoigne de son emprise de plus en plus grande sur les institutions culturelles. Elle a débordé des campus où elle avait pris forme, et contamine la vie publique dans son ensemble en créant un climat d’inquisition permanent, entretenu par des milices de journalistes-militants de la gauche diversitaire. Cette tendance se fait sentir des deux côtés de l’Atlantique. Elle oblige à nommer un tabou : c’est moins ce qu’on nomme la droite populiste que la gauche radicale qui représente aujourd’hui l’ennemi véritable de la démocratie.

jeudi 30 janvier 2020

Manifeste contre le dogmatisme universitaire

Il faut subir son temps pour agir sur lui », nous disait Sainte-Beuve au XIXe siècle. Ce propos ne pourrait être plus vrai pour nombre d’étudiants actuels qui ont le malheur de ne pas souscrire à l’idéologie universitaire dominante. En effet, beaucoup de départements d’arts, de sciences humaines et de droit dans les universités et les cégeps sont, depuis plusieurs années, noyautés par des professeurs de la gauche postmoderne.

Ayant réussi à monopoliser les lieux de pouvoir, ils sélectionnent minutieusement leurs camarades idéologiques au sein du corps professoral. Véritables apôtres de la tolérance, ces enseignants ont ironiquement du mal à tolérer toute forme de pensée contraire à la leur. Leurs opinions sont présentées comme des faits, et les faits sont délogés au statut de « construction sociale ».

Amateurs de l’intersectionnalité, ils accumulent les luttes victimistes propulsées par les campus américains, tout en évitant soigneusement d’aborder la question de la subordination du Québec au Canada. On ne sélectionne que les victimes utiles pour mieux resserrer le cilice de la mauvaise conscience occidentale.

Ce qui s’avérait n’être d’abord qu’une mode idéologique tend de plus en plus à se cristalliser et à étendre ses tentacules. C’est l’extension du domaine de la lutte pour la reconnaissance. Tout comme l’avare n’est jamais assez riche en argent, le professeur n’est jamais trop bien nanti en signaux de vertu. Le goût prononcé pour l’école anglo-saxonne, de par sa présence hégémonique, révèle une forme avancée de colonisation mentale.

Les universités et les cégeps québécois n’ont ainsi de français que le nom : pratiquement tout l’esprit est maintenant soumis à l’Empire. En témoignent l’indifférence aux penseurs français et la tombée en pâmoison devant les real thinkers américains. Au mieux, les Français ne sont lus que lorsqu’ils font preuve d’anglophilie bien affichée. C’est un fait : le Bob Gratton de 2020 possède une charge de cours.

Novlangue

Dans ce sillage, la novlangue s’enrichit d’année en année : islamophobie, transphobie, décolonialisme, capacitisme, spécisme, séparatisme lesbien et système de domination genrée ne sont là que quelques termes du volapük universitaire. L’indifférenciation fait son œuvre : il n’y a plus d’hommes et de femmes, simples sexes désignés à la naissance, ne reste que des genres fluidifiés dans les théories absconses.

C’est le retour au chaos originel, où la discrimination n’est pas de ce monde. Cette aspiration régressive fait même l’objet de programmes d’études féministes et de genres. En ce qui concerne les autres programmes, la matière est désincarnée et mortifiée au nom de la théorie critique : c’est l’âme de l’élève qui s’en trouve désarmée. La déconnexion au peuple est totale, autant que la simple considération, celui-ci n’étant après tout qu’un construit.

Le Québécois est réduit à l’état d’homme blanc privilégié, piétinant un territoire autochtone non cédé. Exit la réalité historique et la nuance : le réflexe autopénitentiel est de mise pour sauver nos âmes. Dans ce contexte, l’Histoire se répète, car après avoir une fois de plus perdu la mémoire, le peuple québécois se retrouve déboussolé, en perte de repères et faisant face à de graves dangers qui menacent son existence précaire.

Évoquer ce genre de problèmes fait l’objet de suspicion dans les établissements postsecondaires. Défendre une terre et son identité nationale ne suscite que roulements d’yeux et soupirs agacés, lorsque ce n’est pas une pluie d’invectives qui s’abat sur le dissident ou sa prise à partie par les autorités. Remettre en question la religion du Progrès déclenche un ahurissement généralisé devant une jeunesse écoanxieuse et manichéenne, au bas niveau de littératie.

Dissidence

Nous, jeunes signataires nationalistes, étudiants et finissants d’études postsecondaires, proclamons notre devoir de dissidence. Nous n’écrivons pas pour nous victimiser et nous plaindre d’une atteinte à nos droits. Non plus pour remplacer une idéologie par une autre. Nous ne nous asphyxions pas, mais l’air est vicié.

En bons écologistes, permettez-nous de préférer un air sain. Nous signons ce texte parce que nous savons que la médiocrité n’a pas vocation à l’éternité. Nous lançons ce manifeste pour encourager nos pairs à démolir le temple de la rectitude politique. Ils doivent savoir qu’ils ne sont pas seuls. En temps d’incertitude et de tourmente, que Louis Pauwels les rassure : « il nage forcément à contre-courant, celui qui se dirige vers la source ».

Car lorsque l’un des nôtres ose remettre en question l’ordre établi, que ce soit par des conférences « controversées », des travaux aux thèses divergentes ou même l’expression d’une opinion discordante, son action ne demeure pas vaine. Chaque fois, ce sont les colonnes de l’empire du politiquement correct qui s’en trouvent ébranlées.

« Lentement la brèche s’élargit, se rétrécit, s’élargit encore. […] À nous l’imprévisible passion ; à nous le risque total dans le refus global », scandaient nos ancêtres en 1948. Soixante-dix ans plus tard, nous sommes toujours au poste. Face au dogmatisme global, nous opposons la responsabilité entière.

Que les nouveaux curés se le tiennent pour dit : nous ne céderons rien, nous ne reculerons pas, nous ne nous tairons pas, nous ne donnerons aucun gage de respectabilité. Les universités et les cégeps doivent être le lieu de la pluralité des opinions et de leur échange dans un cadre respectueux et juste. Sans quoi, il faudra changer leur nom pour camps de rééducation. Nous ne voulons pas en arriver là.

Jordanne Blais-Rochefort, étudiante en science politique et philosophie, Université de Montréal
Gabriel Jarvis, étudiant en enseignement secondaire de l’Univers social, Université de Montréal
Philippe Lorange, étudiant en science politique et philosophie, Université de Montréal
Claude Pelletier, étudiant en administration publique, ENAP
Samuel Vanasse, bachelier en philosophie, UQAM
Jérémie Allaire-Ménard, réalisateur
Tristan Ampleman-Tremblay, étudiant en Philosophie, Université Laval
Antoine Arbour, étudiant en Affaires publiques et Relations internationales, Université Laval
Guillaume Bédard, étudiant en Économie et politique, Université Laval
François-Xavier Bélanger, étudiant
Maxime Bell, étudiant en Sciences, lettres et arts, Cégep Lionel-Groulx
Vincent Benatar, étudiant en Administration, UQÀM
Maé Bonnet, étudiante en Sciences humaines, Cégep Limoilou
Félix Brassard, cinéaste
Ariane Brochu, étudiante en Sciences humaines, Cégep régional de Lanaudière à l’Assomption
Éric Chalut, musicien
Riccardo Chmielowiec, étudiant en Littérature comparée, UdeM
Jordan Craig Larouche, étudiant en Sciences humaines, Cégep Lionel-Groulx
Wolfgang D’Aoust, étudiant en Cinéma, Cégep Saint-Laurent
Vincent D’Astous, étudiant en Philosophie, Université Laval
Jean-Philip Desjardins-Warren, étudiant en Histoire, UQÀM
Mathieu Desroches, étudiant en Sciences économiques, UdeM
Orian Dorais, étudiant en Cinéma, UdeM
Léonard Duchesneau, étudiant en Urbanisme, UdeM
Philibert Dumontier-Ménard, étudiant en Science politique et philosophie, UdeM
Lukas Gagnon, étudiant en Droit, UdeM
Morgane Gauvin, étudiante en Langues modernes, Cégep Limoilou
François Gervais, étudiant en Histoire et civilisation, Cégep Lionel-Groulx
Marc-Antoine Gervais, étudiant en Enseignement secondaire de l’Univers social, UdeM
Samuel Hamelin, étudiant en Enseignement secondaire de l’Univers social, UdeM
Olivier Jolicoeur, étudiant en Géographie, UdeM
Alexis Kelly, étudiant en Histoire et civilisation, Cégep du Vieux-Montréal
Tomas Labelle, étudiant en Histoire, UdeM
Gabriel Laflamme, étudiant en Arts, lettres et communications, Cégep Limoilou
Matthieu Laflamme-Boucher, étudiant en Sciences économiques, UdeM
Olivier Lamanque Galarneau, étudiant en Histoire, UdeM
Mark Landry, étudiant, Montréal
Michaël Lauzon, ex-étudiant en Sociologie
William Lauzon, étudiant en Génie chimique, Université de Sherbrooke
Philippe Lavoie, étudiant en Immigration et relations interethniques, UQÀM
Léo Leclerc, étudiant en Questions internationales, Cégep du Vieux-Montréal
Maxime Lépine, caméraman
Louis-Philippe Le Sieur, étudiant
Félix L’Heureux Bilodeau, étudiant en Génie agroenvironnemental, Université Laval
Olivier Malo, LL. B, Université Laval
Samuel Massicotte, historien et étudiant en Enseignement secondaire
Yassir Najmaoui, étudiant en Génie informatique, Université de Sherbrooke
Isaac Prasow-Émond, étudiant en Science politique et philosophie, UdeM
Félix Racine, étudiant en Science politique et philosophie, UdeM
Samuel Rasmussen, étudiant à l’École de Politique appliquée de l’Université de Sherbrooke
Jonathan Raymond, étudiant en Électronique industrielle, Cégep de Sherbrooke
Nicolas Rioux, étudiant en Droit public, Université d’Ottawa
Benjamin Roy, étudiant en Science politique, UdeM
David Santarossa, enseignant au secondaire
Aram Shoujounian, étudiant en Études internationales, UdeM
Marius Tarigradschi, étudiant en Économie politique, UdeM
Sacha Thibault, ancien président du Forum Jeunesse du Bloc Québécois
Maxence Toureche, étudiant en Science politique, UdeM
Anthony Tremblay, ex-étudiant en Études politiques appliquées, Université de Sherbrooke
Natasha Tremblay, étudiante en Littérature anglaise et création littéraire, Université Concordia
Samuel Turcotte, étudiant en Économie politique, UdeM
Maxance Vincent, étudiant en Cinéma, UdeM