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dimanche 13 septembre 2026

Les derniers résultats des tests scolaires internationaux révèlent de nouveaux reculs alarmants

Tous les trois ans, l’OCDE, un regroupement de pays pour la plupart riches, publie les résultats des tests scolaires internationaux passés par des élèves de 15 ans à travers le monde. Il y avait des raisons d’espérer que les dernières données, publiées le 8 septembre, apporteraient de bonnes nouvelles. Les résultats en mathématiques, en lecture et en sciences s’étaient effondrés lors de la précédente session de tests, qui avait eu lieu juste après la pandémie. Les décideurs politiques osaient espérer que, cette catastrophe étant désormais loin derrière, les résultats commenceraient à remonter.

Ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, dans les pays riches — qui constituent le principal champ d’étude des tests —, les résultats ont encore baissé (voir graphique 1). En matière de maîtrise de la lecture et de l’écriture, le déclin s’accélère même. Ces données suggèrent que des facteurs de longue date font baisser les résultats scolaires et que, sans une correction rapide, les capacités des élèves pourraient s’enfoncer encore davantage. Quiconque se soucie des jeunes d’aujourd’hui — et, par conséquent, des sociétés de demain — devrait s’en alarmer.

Le projet de l’OCDE, connu sous le nom de PISA, évalue les aptitudes des jeunes à l’approche de la fin de leur scolarité obligatoire. Le nombre de systèmes scolaires participants s’est accru au fil des ans : les derniers tests ont été passés dans l’ensemble des 38 pays membres de l’OCDE et dans 53 autres pays (dont beaucoup sont des économies en développement). Les résultats servent à établir une sorte de classement international.

Cette année, comme lors de presque toutes les sessions de tests depuis 2000, les systèmes scolaires asiatiques dominent le classement. Les élèves chinois — qui participaient pour la première fois depuis 2018 — se sont classés en tête ou près de la tête dans toutes les disciplines. Mais les résultats de ce pays ne sont pas représentatifs car, entre autres problèmes, seuls quatre provinces ont participé aux évaluations. Les notes élevées enregistrées dans des pays comme Singapour, Taïwan et le Japon suscitent moins de doutes. Les élèves de ces pays semblent également devancer de manière significative leurs pairs des autres régions du monde.

L’Estonie semble toujours disposer du meilleur système scolaire en Occident. La Turquie progresse très rapidement. Et il y a des nouvelles encourageantes pour la Grande-Bretagne, dont les jeunes se classent désormais parmi les dix premiers au monde dans les trois disciplines. Par rapport à il y a trois ans, la Grande-Bretagne a amélioré ses résultats en sciences et a globalement maintenu ses performances en lecture et en mathématiques. Cela constitue un bon résultat alors que de nombreux autres pays sont en recul.

Pourtant, si l’on prend du recul, c’est le déclin à long terme qui domine le tableau. Les résultats moyens des 23 pays membres de l’OCDE ayant participé à toutes les éditions du programme PISA ont atteint un pic vers 2012 et n’ont cessé de baisser depuis. Tant en mathématiques qu’en lecture, les élèves de 15 ans des pays de l’OCDE affichent désormais des résultats qui auraient pu être obtenus par des élèves de 14 ans il y a une dizaine d’années (voir graphique 2). Les résultats concernant les établissements scolaires américains sont brouillés par de faibles taux de réponse, bien que les données disponibles suggèrent que, lors de la dernière session d’évaluation, leurs résultats en lecture et en écriture ont chuté, suivant la tendance observée dans les pays riches. Les tendances sont un peu moins préoccupantes dans les pays en développement, pour lesquels le niveau de performance était initialement plus faible. Mais même dans bon nombre de ces pays, les résultats en mathématiques et en lecture sont en baisse.

Les enfants qui figuraient déjà parmi les moins performants prennent encore davantage de retard. Dans l’ensemble des systèmes éducatifs, l’écart entre les élèves les moins performants et les plus performants n’a jamais été aussi important, selon les données du PISA, et ce dans toutes les disciplines évaluées. Environ 20 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE sont considérés comme ayant de faibles résultats en lecture, en mathématiques et en sciences — contre 16 % lors des évaluations menées il y a quatre ans. L’OCDE estime que ces jeunes auront du mal à comprendre tout ce qui dépasse les textes les plus simples, ou à déchiffrer une facture de services publics.

Quelles sont les causes de ce recul ? L’impact persistant de la pandémie joue sans aucun doute un rôle. Les jeunes qui ont participé aux tests PISA de cette année avaient environ dix ans lorsque la Covid-19 a frappé ; il est possible qu’ils aient été davantage affectés par les perturbations de cette période que les adolescents qui étaient plus avancés dans leur parcours scolaire.

La pandémie a également engendré de nouveaux problèmes qui persistent sans être maîtrisés. Les taux d’absentéisme restent bien plus élevés qu’avant la propagation de la Covid, pour des raisons très débatues. Dans les pays riches, environ 15 % des élèves manquent au moins une journée d’école primaire tous les quinze jours, contre environ 10 % en 2019 ; les absences sont également en hausse dans les établissements secondaires. Manquer ne serait-ce que quelques jours de cours peut avoir un impact considérable sur les notes.

Mais la baisse des résultats va également raviver les inquiétudes de longue date concernant l’impact de la technologie sur l’apprentissage des enfants — et sur leurs compétences en lecture en particulier. L’omniprésence des téléphones portables et l’accès généralisé aux réseaux sociaux font que les jeunes sont moins amenés à s’exercer à comprendre des textes complexes, affirme Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE. Il souligne une augmentation du nombre de candidats classés comme « lecteurs pressés » qui parcourent rapidement l’évaluation de lecture tout en se trompant sur de nombreuses réponses.

Les écrans détournent manifestement les enfants des livres : seuls 37 % des enfants américains âgés de neuf ans déclarent aujourd’hui lire pour le plaisir, contre près de 60 % dans les années 1990. Le recul de la culture de la lecture pourrait bien faire baisser les notes dans d’autres disciplines, car une bonne maîtrise de la lecture est également essentielle pour progresser dans des matières telles que les mathématiques et les sciences.

Relever ces défis nécessite des politiques scolaires de premier ordre. Or, sur un large éventail de questions, les ministères de l’Éducation semblent manquer à leur devoir. M. Schleicher craint que les écoles ne soient devenues « complaisantes » et qu’elles aient de plus en plus tendance à dire aux élèves et aux parents que « un travail médiocre, c’est très bien ». Il critique l’utilisation excessive et désordonnée des logiciels éducatifs en classe, affirmant que les élèves servent trop souvent de « cobayes » à des outils dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Certaines données suggèrent qu'on a laissé les écoles devenir de plus en plus turbulentes. Dans une récente enquête, des enseignants des pays riches ont indiqué que le temps qu'ils consacraient simplement à maintenir l'ordre augmentait progressivement.

Le programme PISA pourrait lui-même porter une part de responsabilité pour avoir orienté les réformateurs scolaires sur une voie hasardeuse. Lorsque les tests ont été menés pour la première fois en 2000, la Finlande a surpris le monde entier en se classant en tête du classement. Les décideurs politiques qui s’étaient rendus à Helsinki pour s’inspirer de l’expérience finlandaise sont revenus avec des messages que les enseignants de leur pays d’origine étaient ravis d’entendre. La Finlande semblait avoir obtenu des résultats remarquables avec un nombre limité d’évaluations et d’inspections. Son système éducatif prônait un apprentissage « basé sur le jeu », en particulier pour les plus jeunes. Il soutenait que les enseignants devaient passer moins de temps à parler devant le tableau noir et davantage à aider les élèves à trouver les réponses par eux-mêmes.

Pourtant, depuis ces premières évaluations PISA, presque aucun pays n’a vu ses résultats chuter aussi brutalement que la Finlande — une baisse qui se poursuit dans les derniers résultats. Les détracteurs de la Finlande avancent que les notes élevées obtenues en 2000 reflétaient en réalité des approches pédagogiques traditionnelles qui prévalaient encore dans ses écoles jusque dans les années 1990 — et non les nouvelles politiques « progressistes » qui ont fait sa renommée. Si tel est le cas, cette erreur a peut-être fait dérailler des dizaines de systèmes scolaires.

Quels pays pourraient servir de nouveaux modèles ? Les systèmes scolaires asiatiques ont eux aussi connu une certaine baisse ces dernières années, mais généralement moins marquée que dans d’autres pays riches. L’écart important entre les résultats de l’Est et de l’Ouest suggère que les politiques menées en Asie de l’Est méritent d’être réexaminées. Les parents y sont très attachés à la scolarité et n’hésitent souvent pas à dépenser sans compter pour des cours particuliers.

Les critiques ont raison de souligner que de tels facteurs sociaux sont difficiles à reproduire. Mais les responsables politiques de la région ont également pris un certain nombre de décisions judicieuses. Les pays asiatiques sont bien moins obsédés que les pays occidentaux par le maintien de classes à effectifs réduits : ils choisissent généralement d’avoir moins d’enseignants, qu’ils peuvent alors mieux rémunérer et former de manière plus intensive. Cela semble fonctionner mieux que d’ajouter sans cesse du personnel dans les écoles — la principale méthode par laquelle les États-Unis, en particulier, ont longtemps tenté d’améliorer les résultats.

La progression de la Grande-Bretagne dans les classements mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Il y a une quinzaine d’années, sous un gouvernement de coalition dirigé par les conservateurs, les réformateurs scolaires en Angleterre — de loin le plus grand des quatre systèmes scolaires distincts du Royaume-Uni — ont pris une direction opposée à celle adoptée par la plupart des autres pays.

Le pays a renforcé le contenu factuel de ses programmes scolaires (certains préfèrent parler de « programmes riches en connaissances ») à une époque où, ailleurs, les décideurs politiques ne tarissaient pas d’éloges sur l’importance d’inculquer de vagues « compétences non techniques ». Il a rendu les examens plus rigoureux, a réduit l’importance des devoirs (pour lesquels il est facile de tricher) et a durci les inspections. Les responsables politiques ont également cherché à éloigner les écoles des méthodes d'enseignement dernier cri, à la mode mais non éprouvées, pour les ramener vers des méthodes plus traditionnelles.

Le fait que les politiques anglaises aient joué un rôle bénéfique sur les résultats scolaires apparaît très clairement lorsqu’on les compare à celles des systèmes scolaires voisins qui ont choisi une voie radicalement différente. Il y a vingt ans, les enfants écossais obtenaient de meilleurs résultats que leurs camarades du sud de la frontière. Aujourd’hui, leurs résultats ont tendance à être moins bons, alors même que les dépenses scolaires par élève y sont bien plus élevées. Les critiques de l’Écosse imputent cette situation à un programme scolaire à la mode « moderne », ainsi qu’à une approche laxiste en matière de discipline. Ni la Covid ni les écrans n’expliquent cette disparité, étant donné que ces fléaux ont touché tous les enfants de Grande-Bretagne de manière assez similaire.

Les résultats aux examens ne constituent pas une mesure de la valeur d’une personne, ni la preuve qu’elle est vouée à l’échec ou à la réussite. Mais de bonnes notes sont un indicateur très fiable de revenus plus élevés, d’une meilleure santé et d’une espérance de vie plus longue, parmi une multitude d’autres avantages. À l’échelle nationale, l’amélioration du niveau intellectuel d’un pays semble aller de pair avec des poussées ultérieures de croissance économique ; une analyse réalisée par Ludger Woessmann et Eric Hanushek, deux économistes, conclut qu’une augmentation de 25 points des résultats au test PISA pourrait faire progresser la croissance annuelle du PIB des pays riches d’un demi-point de pourcentage. Il n’existe pas encore beaucoup de preuves que l’intelligence artificielle réduira les retombées d’une éducation de haut niveau, mais il y a de nombreuses raisons de penser que cette technologie fera des ravages parmi les personnes peu qualifiées. Il est temps pour les réformateurs de l’éducation de se plonger dans les livres.

Source : The Economist

mardi 7 juillet 2026

Partout en Asie, les gouvernements obligent les enfants à prendre soin de leurs parents

En mars, les législateurs de Tel­an­gana, un État du sud de l’Inde, ont adopté un projet de loi prévoyant que jusqu’à 15 % du salaire d’un enfant adulte puisse être versé sur le compte bancaire de ses parents s’il s’avère qu’il les néglige. Selon Revanth Reddy, ministre en chef du Telangana, les enfants qui ne prennent pas soin de leurs parents « n’ont pas leur place dans la société ».

Partout en Asie, la tendance à punir les enfants qui manquent à leurs devoirs filiaux — lancée en 1995 par Singapour avec sa loi sur l’entretien des parents — se généralise. La Malaisie s’attache à faire respecter l’obligation filiale sur deux fronts : un projet de loi laïque sur les personnes âgées protégeant ces dernières contre les mauvais traitements ou l’abandon, et des amendements à la législation relative aux tribunaux de la charia permettant à ces derniers de statuer sur les demandes d’entretien parental. Aux Philippines, les députés ont déposé pour la troisième fois depuis 2016 une loi sur le bien-être des parents visant à punir les contrevenants d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.


 
Ce sont les derniers ajouts à une liste qui ne cesse de s’allonger. Depuis 2013, la Chine oblige les enfants majeurs à rendre « souvent » visite à leurs parents âgés, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement. À Shanghai, ceux qui enfreignent les décisions de justice leur enjoignant de subvenir aux besoins de leurs parents sont inscrits sur une liste noire de crédit. De nombreux pays, dont la Corée du Sud, l’Inde et le Japon, ont mis en place des protections juridiques pour les personnes âgées contre les maltraitances, y compris l’exploitation financière.

À l’échelle mondiale, les taux de maltraitance et d’abandon des personnes âgées augmentent à mesure que la population vieillit. Les autorités malaisiennes ont recensé 2 144 cas de patients âgés abandonnés dans des hôpitaux entre 2018 et 2022. Ce pays de 36 millions d’habitants ne compte que 18 maisons de retraite agréées et environ 70 gériatres. En bref, les gouvernements asiatiques ont perdu foi dans le respect filial en tant que politique sociale.

L’Asie vieillit plus vite que n’importe quelle autre région de l’histoire connue, généralement avant que ses économies ne soient suffisamment riches pour absorber le choc. Quelque 722 millions de personnes, soit environ 15 % de la population asiatique, ont plus de 60 ans. D’ici 2050, cette proportion atteindra 26 %. Une enquête a révélé que 49 % des millénariaux thaïlandais et 31 % des millénariaux indonésiens citaient les soins à prodiguer à leurs parents comme la principale raison pour laquelle ils ne pouvaient pas quitter le foyer familial. La génération censée combler ce vide est elle-même mise à rude épreuve.

En Asie, la piété filiale a toujours obéi à une logique économique. Les enfants ont longtemps été, comme le note un sociologue singapourien, « mis au monde et élevés dans le cadre d’une planification de la retraite ». Une partie de leur salaire était reversée aux parents tant que les familles vivaient sous le même toit. L’urbanisation a rompu ce pacte, les jeunes adultes migrant vers les villes, fondant leur propre foyer et devant faire face à des crédits immobiliers et aux frais liés à la garde des enfants. Les pressions concurrentes sur leurs revenus se multiplient, « alors que l’attente d’une aide financière de la part des enfants persiste », explique Haslina Muhammad, de l’Université Malaya à Kuala Lumpur.

Les détracteurs affirment toutefois qu’au lieu de chercher à sanctionner ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation, les États devraient mettre en place de meilleures infrastructures pour les personnes âgées, notamment des centres d’accueil de jour, des structures de fin de vie et des systèmes de protection sociale qui offrent des choix aux familles, et non des obligations. La Chine offre l’avertissement le plus frappant. Lorsque, en 2013, ses dirigeants ont exigé que les enfants rendent « souvent » visite à leurs parents, la réaction a été immédiate. « Le gouvernement aurait dû réfléchir à la manière dont il allait résoudre ce problème lorsqu’il a instauré la politique de l’enfant unique », pouvait-on lire dans un commentaire largement partagé sur les réseaux sociaux. 

Source : The Economist
 
Voir aussi 
 
 
 
 
Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.

 
 

 
 
 

vendredi 27 septembre 2024

Le recours au soutien scolaire privé est en plein essor dans les régions les plus pauvres d'Asie

Cher, mais cela en vaut-il le prix ?

La morale du film La 12e fois est claire (bande-annonce sous-titrée en français). Ce récent succès de Bollywood raconte l’histoire d’un pauvre garçon de ferme, Manoj, qui veut réussir l’impitoyable concours de police indien. Il s’agit de persévérer et d’être richement récompensé. Pourtant, pour un film sur l’éducation et la méritocratie, la représentation des écoles indiennes est lamentable : la tricherie, orchestrée par les enseignants, est monnaie courante dans l’école locale de Manoj. Ce n’est pas à l’école qu’il trouvera le succès et l’amour, mais dans un centre de soutien scolaire bondé de Delhi.

Le tutorat privé est un phénomène bien connu en Asie de l’Est. À l’exception de la Chine, la plupart des élèves d’Asie de l’Est en bénéficient : 72 % à Hong Kong, 79 % dans les hagwons de Corée du Sud, 52 % des élèves du premier cycle de l’enseignement secondaire, les principaux bachoteurs du Japon, dans les juku du pays. En Chine, où 38 % des élèves (et 45 % dans les villes) suivaient des cours particuliers avant la répression de 2021. Depuis, de nombreux centres sont tout simplement passés dans la clandestinité. Ces entreprises, quels que soient leurs défauts, coexistent avec des systèmes éducatifs très efficaces et bien financés.

À la dure

Mais aujourd’hui, le soutien scolaire privé se développe dans les régions les plus pauvres d’Asie. L’ampleur de ce phénomène est considérable. Bien que les données soient éparses et peu fiables, The Economist de Londres a tenté d’estimer la prévalence du soutien scolaire en Asie du Sud et du Sud-Est, à l’exclusion de Singapour, où le système éducatif ressemble davantage à ceux de l’Asie de l’Est. Du Pakistan à l’Indonésie, l’hebdomadaire économique britannique estime qu’environ 258 millions d’enfants reçoivent des cours particuliers.

Le marché le plus important est celui de l’Inde. Aujourd’hui, 31 % des écoliers indiens ruraux de moins de 15 ans reçoivent des cours particuliers, contre 23 % en 2010 ; dans certains États plus pauvres, comme le Bihar, ils sont trois sur quatre à en bénéficier. Les recettes fiscales provenant des centres de soutien scolaire indiens ont plus que doublé depuis 2019. Mais même si l’on retire l’Inde de la liste, le nombre d’enfants bénéficiant d’un soutien scolaire s’élève à 131 millions, selon les estimations de l’hebdomadaire.

La première raison de cette croissance réside dans les lacunes observées dans les systèmes d’éducation formelle. Dans les régions les plus pauvres d’Asie, l’État a souvent du mal à fournir de bonnes écoles. Au cours de ce siècle, alors que l’enseignement primaire s’est rapproché de l’universalité, la part des enfants inscrits dans l’enseignement secondaire a augmenté de 24 points en Asie du Sud et de 16 points dans le reste de l’Asie, selon la Banque mondiale. Pourtant, au cours de la même période, les dépenses publiques d’éducation en pourcentage du PIB ont stagné ou diminué dans une grande partie de la région.

Dans de nombreux endroits, cela s’est traduit par des coupes dans les salaires des enseignants et dans les manuels scolaires. Au Cambodge, l’un des pays les plus pauvres d’Asie, on estime que 82 % des élèves suivent des cours particuliers, le plus souvent auprès de leurs propres enseignants mal rémunérés qui cherchent à obtenir un salaire d’appoint. Les écoles finissent par être moins bien équipées pour obtenir des résultats, et les pires d’entre elles tombent en ruine. Pourtant, de nombreux systèmes asiatiques trient les enfants par le biais d’examens à fort enjeu. Les parents se tournent donc vers les tuteurs.

Un deuxième facteur est l’intensification de la concurrence sociale, due à l’essor de la classe moyenne et à une demande accrue pour un nombre limité de places à l’université. L’urbanisation joue également un rôle : les enfants des villes sont plus susceptibles de bénéficier de cours particuliers que ceux des campagnes, grâce à l’offre plus importante de professeurs particuliers et à un meilleur accès à l’internet. En Inde, où les villes ont accueilli 200 millions d’habitants supplémentaires en 20 ans, de nombreux parents nouvellement urbanisés pensent que le fait d’offrir à leurs enfants des cours de soutien scolaire les aidera à obtenir un poste de cadre. À Delhi, Mohammad Shahzad, superviseur chez un fabricant de générateurs, paie 2 800 roupies (33 dollars) par mois pour faire donner des cours à ses deux filles, soit 30 % de plus que les frais de scolarité habituels. Les professeurs à l’école de ses filles sont compétents, mais M. Shahzad estime que le soutien scolaire, malgré son coût, en vaut la peine. « C’est comme un seul repas : on survit, mais avec deux ou trois, on est en meilleure santé », dit-il.

Le dernier facteur est une logique de rivalité. Le soutien scolaire privé est un secteur où règne l’anxiété : si les enfants de votre voisin reçoivent des cours particuliers et pas les vôtres, ils risquent de prendre du retard. Cela vaut que la demande de cours particuliers soit due aux pressions exercées par un système scolaire rigoureux ou au désir de fuir un système défaillant. La disponibilité du soutien scolaire en ligne, stimulée par la pandémie, a facilité cette surenchère.

Malgré cela, les recherches visant à mesurer l’efficacité du soutien scolaire aboutissent à des résultats mitigés, selon Mark Bray, spécialiste du soutien scolaire privé en Asie. Cela s’explique en partie par l’énorme diversité de cette région. Une étude menée dans l’Inde rurale a révélé que les élèves ayant suivi des cours particuliers obtenaient de meilleurs résultats en lecture et en mathématiques que ceux qui n’en avaient pas bénéficié, ce qui équivaut à une année d’école supplémentaire. Mais d’autres études, menées au Sri Lanka et en Chine, n’ont constaté que peu ou pas d’effet sur les résultats.

Coûteux, mais impossible à éliminer ?

Le coût du soutien scolaire privé peut être élevé. Des études montrent que certains enfants qui suivent des cours particuliers dorment moins bien. Les tensions s’étendent aux portefeuilles des parents. Umesh Sharma, chauffeur à Delhi, dépense 1 200 roupies par mois pour faire donner des cours à ses deux fils : 4 % du revenu mensuel moyen de la ville et à peu près autant que leurs frais de scolarité. Dans d’autres régions de l’Inde, la situation est pire. Au Bengale occidental, près de la moitié des dépenses d’éducation, publiques et privées, sont consacrées au soutien scolaire.

L’une des grandes inquiétudes est que, dans certains endroits, le soutien scolaire privé est en train d’éroder l’enseignement public. Au Népal et au Cambodge, les enseignants ne dispensent pas certaines parties du programme d’études en classe pour ne les utiliser que dans le cadre de cours particuliers rémunérés après l’école. L’incitation est claire : au Cambodge, les enseignants peu rémunérés qui proposent des cours de soutien doublent leur salaire. Au Bihar, l’État le plus pauvre de l’Inde, une enquête récente menée par l’ONG JJSS a révélé que des dizaines d’écoles publiques délabrées avaient presque entièrement externalisé leurs fonctions éducatives à des centres privés. Les écoles publiques en sont réduites à « fournir un repas de midi et à organiser les examens ».

Que faire ? La Corée du Sud a passé quatre décennies à essayer, en vain, de supprimer les cours particuliers, avant que ces efforts ne soient jugés inconstitutionnels en 2000. De même, les approches interventionnistes, comme la répression précipitée de la Chine, n’aboutissent qu’à rendre le soutien scolaire clandestin. Certains gouvernements font preuve de souplesse : le ministère thaïlandais de l’Éducation déclare que « l’État doit partir du principe que le soutien scolaire privé ne réduit pas le bien-être social ». D’autres font des expériences. En réponse à une récente série de suicides, le ministère indien de l’Éducation a introduit cette année des règles interdisant aux grands centres de soutien scolaire d’inscrire des élèves de moins de 16 ans. Pour The Economist, les cours privés sont là pour de bon, mais ils pourraient être gérés plus efficacement.

jeudi 12 septembre 2024

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser

La politique de l'enfant unique en Chine est terminée. Pourtant, le taux de fécondité en Chine continue de baisser et ne sera plus que de 1,02 naissance par femme en 2023.

Un rappel de l'histoire de la Chine en matière de contrôle brutal de la population, et de la façon dont les répercussions des politiques passées se font encore sentir aujourd'hui.

La politique de l'enfant unique en Chine a finalement pris fin en 2015.  Le tollé suscité par l'avortement forcé de Feng Jianmei en 2012, après que des photos explicites (ci-dessous) eurent été diffusées de manière virale en Chine, a été l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette politique.

Quels que soient les arguments avancés pour justifier la politique de l'enfant unique, ils n'avaient plus aucun sens en 2012. La capacité de la Chine à se nourrir ne faisait aucun doute et sa fécondité était inférieure au taux de remplacement depuis deux décennies.

Pourtant, les autorités locales ont maintenu cette politique avec une ferveur grotesque.

Les récits de l'application de la politique de l'enfant unique en Chine sont atroces, d'autant plus tristes que l'on se rend compte que tout cela était inutile (tous les pays d'Extrême-Orient ont vu leur natalité diminuer rapidement), et que la Chine serait bientôt confrontée à une crise de déclin démographique rapide.

L'un des moyens d'application de cette politique consistait à refuser les papiers de citoyenneté aux enfants nés en violation de la politique, ce qui compromettait leur avenir. Ainsi, He Shenguo a-t-il tué deux fonctionnaires qui refusaient d'enregistrer la naissance de son enfant. Dans la photo ci-dessous, il fait ses adieux à sa femme avant d'être exécuté.

Aujourd'hui encore, des millions de personnes nées en violation de cette politique restent des citoyens de seconde zone, sans papiers, dans le seul pays qu'ils aient jamais connu.

Le livre de Paul R. Ehrlich intitulé « La bombe P», publié en 1968 afin de semer la panique, a eu un impact profond sur les dirigeants du PCC et a été l'une des principales raisons de la politique de l'enfant unique.

L'idéologie anti-nataliste d'Ehrlich a aujourd'hui de nombreuses ramifications destructrices, dont le mouvement pour l'extinction de l'espèce humaine.

L'un des effets persistants de la politique chinoise est un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, avec un « excès » de jeunes hommes allant jusqu'à 40 % dans certaines régions de Chine.

Bien que la Chine souhaite désespérément augmenter son taux de natalité, trop peu de jeunes filles sont nées pour devenir des épouses et des mères aujourd'hui.

Pire encore, la culture confucéenne pro-famille qui avait soutenu la Chine pendant des millénaires a été pratiquement anéantie.

Dans certaines provinces du nord, où la politique a été appliquée avec plus de fermeté, le taux de fécondité ne représente que la moitié de celui du sud, où la politique a été appliquée avec moins de fermeté.

La fécondité de la Chine risque de baisser encore davantage, car les intentions de fécondité des jeunes Chinois sont les plus faibles du monde.

Que peut faire la Chine pour augmenter son taux de natalité ?

La Chine devra tirer un trait sur l'ère du contrôle de la population et reconnaître sincèrement ses erreurs passées, faute de quoi les efforts en faveur de la natalité seront accueillis avec cynisme.

D'une manière générale, la Chine devra peut-être embrasser la liberté religieuse si elle veut que des sous-cultures à fécondité plus élevée s'enracinent.

Le démographe William Huang écrit : « Le parti communiste chinois ne tolérerait jamais l'existence d'une communauté religieuse fermée. Mais regardons les choses en face : les amish n'existent que parce que la Constitution américaine garantit la liberté de religion et que ce principe est effectivement appliqué en Amérique.
Si une telle communauté venait à s'implanter en Chine, les amish qui se déplacent à cheval et en buggy seraient envoyés dans des camps de travail, leurs enfants seraient rééduqués de force ou les femmes seraient tout simplement stérilisées en masse ».

Espérons que Huang se trompe. Peut-être la Chine autorisera-t-elle la liberté de croyance lorsqu'elle reconnaîtra que des cultures aussi variées pourraient jouer un rôle clé dans le redressement démographique, tout comme elles constituent une part importante de la vitalité de l'Amérique.

Outre la religion, la culture du travail en Chine pose problème. La culture dite « 996 » (travail de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) ne laisse guère de temps pour une vie sociale, et encore moins pour une famille.

Enfin, le style de construction de la Chine au cours des dernières décennies a certainement été antinataliste, avec une mer de gratte-ciel dans chaque ville.

La Chine est peut-être coincée avec le parc immobilier qu'elle a construit, à moins qu'elle ne soit prête à démolir nombre de ses tours modernes.

À l'avenir, la Chine devrait construire autant de maisons unifamiliales que possible, pour au moins donner à ceux qui veulent essayer d'avoir une famille plus nombreuse une base de travail.
 
 On pourrait penser que le taux de fécondité ne pourrait pas être plus bas que le chiffre apparemment impossible de 0,72 naissance par femme en Corée du Sud en 2023 ? Pourtant, Macao tend vers 0,49 naissance par femme en 2024. Une leçon évidente serait de ne pas concevoir des logements comme à Macao si l'on veut que son pays ait un avenir.

Macao

Le fait que la plupart des habitants de Macao soient irréligieux ou que la religion la plus répandue, le bouddhisme, ne soit pas favorable à la famille par rapport aux religions abrahamiques ne favorise pas les choses.

Les variables qui expliquent la baisse de la natalité sont nombreuses, mais la densité en est une importante, mais pas la seule. Mais que préconiser ? Réduire l'éducation des femmes ? Il est difficile d'imaginer que cela serait populaire. Devrions-nous plutôt supprimer la contraception ? Cette idée est loin d'être gagnée d'avance.

On pourrait objecter que Le Caire, avec sa forte densité, a une population très jeune, mais même Le Caire a une fécondité plus faible que le reste de l'Égypte. La plus grande différence entre Le Caire et la Chine est qu'il y règne une religion extrêmement pronataliste, l'islam.

Forte densité et faible natalité

Mais le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

Voir aussi
 
Le gouvernement de la Chine a annoncé jeudi passé la fin de son programme d’adoptions internationales 32 ans après son lancement, en 1992. La majorité des 160 000 enfants chinois adoptés dans le monde depuis 1992 sont ainsi des femmes.  En effet, beaucoup de familles chinoises voulaient que le seul enfant auquel ils avaient droit soit un garçon, les hommes ayant longtemps été perçus comme les pourvoyeurs de leurs familles, les filles rejoignant leur belle-famille.

  • Indice de fécondité (nombre d'enfants par femme) en Malaisie par ethnie, basé sur les données des naissances de janvier-juin 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 1,55 (1,65)
    • Bumiputera [malais de souche] 1,88 (2,00)
    • Chinois 0,79 (0,80)
    • Indiens 1,03 (1,13)
  • L'ISF chinois est stable jusqu'à présent en raison de l'effet de l'année du dragon.
  • Et de même pour Singapour, ISF en 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 0,93 (0,97) [chaque génération est deux fois plus petite que la précédente]
    • Chinois 0,81 (0,81)
    • Malais 1,55 (1,65)
    • Indiens 0,94 (0,95)

Tours d'habitation à Singapour nommées l'Avenir (en français...)

 

lundi 13 mai 2024

Pourquoi certains sont-ils nuls en maths ?

Certains excellent dans cette matière, d’autres n’y entendent rien. Pourquoi ? Est-ce une tare qui se transmettrait génétiquement ? Est-ce irréparable ? Selon deux neuropsychologues, ce n’est pas si sûr…

Nul n’est ne doit entrer sous mon toit s’il géomètre », disait Platon, tout le monde ne parvient pas à ce niveau. Pour beaucoup, les maths restent un cauchemar récurrent garantissant des nuits agitées : souvenirs d’années entières passées à n’y rien comprendre, des heures et des heures d’interrogations écrites où la copie restait blanche alors que les autres élèves la noircissaient allègrement dans le reste de la classe… Une authentique humiliation. Tout cela ressemblait à des hiéroglyphes.

Dans une structure éducative où tout le monde expliquait que, sans être bon en mathématiques, on ne trouverait jamais un métier, la matière en question était particulièrement anxiogène pour ceux à la peine : « Vais-je finir clochard ? Pourquoi les autres y parviennent-ils alors que je n’y comprends rien ? » Lorsque nos propres enfants suivent le même modèle, plusieurs questions se posent : sommes-nous tous égaux face aux maths ? Est-on idiot lorsqu’on n’y comprend rien ? Serait-ce héréditaire ? La méthode d’enseignement française est-elle adaptée ? Comment remédier à cette incompétence souvent humiliante ? Deux expertes répondent.

Un réseau de neurones

Le Dr Michèle Mazeau, spécialiste de la neuropsychologie infantile et des dyscalculies, a écrit de nombreux ouvrages sur les troubles de l’apprentissage chez l’enfant. Elle décortique ce qu’il se passe chez le jeune enfant pour qu’il puisse – ou non – ensuite réussir en maths : « Il faut avoir ce que j’appelle une petite boîte à outils innée, un réseau de neurones qu’on appelle “le sens du nombre”. Petits, les enfants apprennent à faire la différence entre quatre lapins et deux lapins. Cette petite boîte à outils va maturer, et se développer avec les apprentissages scolaires pour évoluer vers ce que nous nommons la ligne numérique mentale. C’est une ligne virtuelle que nous avons en tête et qui fait que nous plaçons de gauche à droite les nombres du plus petit au plus grand. Tout cela se crée petit à petit et nous permet de comprendre que 7, c’est plus grand que 6, mais aussi que c’est beaucoup plus grand que 1. On a cette petite ligne concrète, figurative, dans la tête. Mais, comme pour toutes les fonctions cérébrales, il peut y avoir un hic, quelque chose d’atypique ou de dysfonctionnant. C’est ma spécialité. On parle alors du trouble du sens du nombre. Cela n’a rien à voir avec l’intelligence. Le sens du nombre est le socle pour les mathématiques ; si vous n’avez pas ce socle, tout le reste ne se construira pas. C’est un peu comme les dyslexiques : ils ont une intelligence normale, mais il y a un dysfonctionnement dans le réseau de neurones qui va les gêner pour apprendre à lire ou à parler. »

jeudi 21 septembre 2023

Seule la moitié des élèves de sixième savent « Combien y a-t-il de quarts d’heure dans trois quarts d’heure ? »


Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale relève un « énorme déficit de compréhension des fractions ».

« Combien y a-t-il de quarts d’heure dans trois quarts d’heure ? » À cette question apparemment simple, seule la moitié des élèves qui entrent en sixième trouve la bonne réponse. Dans une note d’alerte publiée le 20 septembre, le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN), présidé par le neuroscientifique Stanislas Dehaene, conclut à une « inquiétante mécompréhension » des nombres et surtout des fractions de la part des élèves qui sortent de l’école primaire.

Pour beaucoup, « les nombres décimaux et les fractions n’ont aucun sens. Or, la compréhension de ces outils mathématiques est indispensable à la mesure de n’importe quelle dimension physique », souligne le Conseil scientifique, qui appuie son constat sur les évaluations pratiquées à l’entrée en sixième, notamment un test informatisé, consistant à placer différents nombres sur une ligne numérique graduée. Un test qui « oblige à réfléchir à la grandeur que ces nombres représentent, alors que trop d’élèves se contentent de les manipuler sans nécessairement en comprendre le sens », explique la note. Sur une ligne graduée de 0 à 5, seuls 22 % placent correctement la fraction ½. Les erreurs révèlent aussi « une vaste confusion entre différents types de nombres », et « une méconnaissance du sens des symboles ». Les élèves confondent ainsi ½ avec 1,2, ou encore 2/1 avec 2,1. Ils se trompent également dans les calculs avec les nombres décimaux : beaucoup pensent que 0,8 + 1 fait 0,9.

Ce déficit de compréhension concerne tous les milieux sociaux. S’il atteint 85 % en éducation prioritaire, il reste élevé (75 %) hors éducation prioritaire et dans les écoles privées. Les filles, elles, font beaucoup plus d’erreurs que les garçons. Le Conseil scientifique constate par ailleurs qu’« aucune évolution positive » n’a été enregistrée depuis trois ans et que cet « énorme déficit de compréhension des fractions » s’observe tout au long de la scolarité. Si le taux d’erreurs diminue, il reste encore trop élevé en seconde générale, où les élèves échouent à 45 % sur des fractions simples. Ces constats viennent confirmer les résultats des enquêtes internationales Pisa (la prochaine évaluation, centrée sur les maths justement, sera dévoilée le 5 décembre) et Timms, qui soulignent le retard considérable des élèves français en mathématiques. Dans cette discipline, la France occupe la dernière place en Europe.

Le mal à la racine

À l’heure où les maths font cette année leur grand retour en classe de première dans les enseignements obligatoires, le Conseil scientifique émet quelques propositions pour prendre le mal à la racine, en introduisant les concepts mathématiques « plus tôt, de façon progressive et intuitive ». Actuellement, c’est au CM1 [âge : 9 à 10 ans] et surtout au CM2 que les décimaux et les fractions sont introduits conjointement, « ce qui explique sans doute pourquoi les élèves les confondent », souligne le Csen. « Ce brusque saut dans l’abstraction perd de nombreux élèves », ajoute-t-il. Selon lui, les mots « moitié » et « quart » doivent être connus dès le CP [âge : 6 à 7 ans]. Il estime aussi que l’on peut déjà jouer avec ces concepts de façon concrète dans des activités de partage de mesure ou de lecture de l’horloge. « La méthode de Singapour introduit dès le CE1 les fractions simples, depuis 1/2 jusqu’à 1/6 », glisse-t-il, avant de suggérer de composer et décomposer des formes géométriques, de manipuler des ensembles concrets d’objets ou encore de mesurer. Le b. a.-ba. 
 
Méthodologie
 
Le test de la ligne numérique. Depuis 3 ans, la DEPP évalue chaque année un échantillon représentatif de près de 6 000 élèves à l’entrée de sixième à l’aide d’un test informatisé et ludique qui consiste à placer différents nombres sur une ligne numérique graduée (voir la figure). Ce test est intéressant parce qu’il nécessite de comprendre le sens d’un nombre comme 2,6 ou 1 /10, ou d’une opération telle que 0,4 + 2 ou 1+1/2. Le test oblige à réfléchir à la grandeur que ces nombres représentent – alors que trop d’élèves se contentent de les manipuler sans nécessairement en comprendre le sens. 
 

 

Le déficit de compréhension est présent dans tous les milieux
 
Dans le réseau d'éducation prioritaire (REP, qui correspond en grande partie aux banlieues immigrées), le taux d’erreurs avec les fractions atteint 85 %. Hors REP et dans les écoles privées, il reste très élevé, de l’ordre de 75 % (voir figure ci-dessous). Même les élèves qui fréquentent des écoles considérées comme les plus favorisées, avec un indicateur de position sociale dans les 10 % les plus élevés, font près de 70 % d’erreurs.
 

Les filles font bien plus d’erreurs que les garçons
 
Dans l’ensemble, on observe un écart d’environ 0,3 écart-type au profit des garçons – mais cet écart atteint 0,6 écart-type chez les meilleurs élèves pour la compréhension des fractions. Autrement dit, parmi les 20 % d’élèves les meilleurs au test de la ligne numérique, deux tiers sont des garçons
 
Aucune évolution positive détectée depuis 3 ans
 
Les données collectées en début de 6e en septembre 2020, 2021, et 2022 sont pratiquement superposables. Cette absence d’amélioration suggère que des actions beaucoup plus vigoureuses doivent être entreprises pour mieux enseigner les nombres et les fractions au primaire.
 

Source

dimanche 29 mai 2022

Les économies avancées d'Asie ont désormais des indices de fécondité inférieurs à ceux du Japon

La liste des choses pour lesquelles le Japon jouit d’une réputation mondiale comprend une cuisine délicieuse, une technologie de pointe, une offre excédentaire de bars karaoké et un nombre insuffisant de bébés. En 1990, le Japon a atteint un indice de fécondité record pour l’année précédente — le fameux « choc de 1,57 ». Soit 1,57 enfant par femme. Pendant des années, l’archipel nippon a été considéré comme un précurseur du vieillissement et de la contraction des sociétés riches.


Une grande partie de l’Asie l’a maintenant rattrapé ou dépassé. Le taux de fécondité du Japon était de 1,3 enfant par femme en 2020, la dernière année pour laquelle des chiffres comparables sont disponibles, cela le place à égalité avec la Chine continentale, selon le Population Research Bureau, une agence américaine. Le taux de natalité de la Chine est probablement déjà tombé sous celui du Japon : il y a eu 10,6 millions de naissances chinoises l’année dernière, contre 12 millions en 2020, soit une baisse de 11 % alors que le nombre de naissances n’a baissé que de 3 % au Japon.

La fécondité japonaise est très basse par rapport à presque toutes les sociétés de l’histoire humaine. Pourtant, il est maintenant plus élevé que celui de n’importe quelle économie prospère de l’Extrême-Orient (l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud-Est). L’indice de fécondité de natalité à Hong Kong, Macao, Singapour, la Corée du Sud et Taïwan se situait entre 0,8 et 1,1 en 2020 (voir graphique ci-dessus). Il ne s’agit pas non plus d’un accident temporaire causé par la pandémie : la natalité du Japon était également supérieure à tous ces pays en 2019.

Ces pays asiatiques riches et qui boudent les naissances ont trois choses en commun. Premièrement, leur peuple a peu d’enfants hors mariage. Seuls 2 % environ des naissances au Japon et en Corée du Sud sont le fait de mères célibataires, les niveaux les plus bas de l’OCDE, un club de pays riches. Dans les pays occidentaux riches, ce chiffre se situe généralement entre 30 % et 60 %.  Ce taux de naissances hors mariage est de 62,4 % au Québec en 2019 avec un indice de fécondité d’environ 1,5 enfant/femme. En Chine, les rares femmes qui tombent enceintes hors mariage se voient souvent refuser des prestations. La baisse des naissances dans la région a suivi de près une baisse des mariages.

Un deuxième facteur commun est la scolarité coûteuse. Les cours particuliers onéreux et d’autres formes « d’éducation parallèle » qui vident le porte-monnaie, comme on appelle ces extras, sont courants en Asie de l’Est. La raison la plus fréquemment citée par les couples japonais pour avoir moins d’enfants est le coût de leur instruction et leur coût de la vie pour les élever. Lucy Crehan, chercheuse en éducation, affirme que ces problèmes pourraient être encore pires dans d’autres parties de l’Asie. Les élèves japonais ne sont confrontés à leurs premiers examens cruciaux qu’à l’âge de 15 ans. En revanche, les enfants de Chang-haï et de Singapour doivent passer ces tests dès l’école primaire, ce qui accroît la pression parentale et alourdit les frais de scolarité de la famille.

Pourtant, c’est le troisième facteur qui pourrait expliquer pourquoi le Japon surpasse ses riches homologues asiatiques. Une vague de recherches ces dernières années suggère que les prix élevés de l’immobilier poussent les jeunes couples à retarder la venue d’enfants. Un article a révélé qu’une augmentation de 10 000 $ des prix des maisons aux États-Unis entraînait une augmentation de 5 % de l’indice de fécondité chez les propriétaires, mais une diminution de 2,4 % chez les locataires. Dans une grande partie de l’Asie de l’Est et en particulier dans la Chine urbaine, l’achat d’une maison est une tâche ardue pour les jeunes. La Corée du Sud, dont le taux de fécondité de 0,8 est le plus bas de la région, a en conséquence un ratio prix de l’immobilier/revenu (le nombre d’années de revenu nécessaire pour acheter une maison) de 16,6, le plus élevé de l’OCDE après la Nouvelle-Zélande. Le ratio japonais de 7,5 est parmi les plus bas. 

Rappelons que le Canada se classe parmi les pays où le prix des logements par rapport aux revenus est le plus haut.

Le problème des prix élevés de l’immobilier qui empêchent les jeunes familles de s’installer n’est pas propre à l’Asie. Mais le marché immobilier japonais est différent. Contrairement à la plupart des pays riches, il a des règles d’urbanisme qui facilitent relativement la construction de plus de maisons. Le parc de logements à Tokyo a constamment augmenté plus rapidement que la population de la ville (qui continue également d’augmenter). De plus, les maisons japonaises ne sont pas construites pour durer, elles sont donc démolies et remplacées régulièrement. Le fisc japonais considère que les maisons japonaises en bois se déprécient pour atteindre une valeur de zéro après 22 ans. Cela signifie que le marché secondaire de l’immobilier résidentiel est plus limité et incite les propriétaires fonciers à démolir les vieux bâtiments et à en construire de plus grands.

Les économistes se demandent dans quelle mesure le logement relativement abordable du Japon est dû à ces politiques d’offre et de construction ou dans quelle mesure ces logements abordables sont dus à la lenteur de la croissance économique du pays. Mais la facilité de construction est susceptible de juguler l’augmentation des prix.

Source : The Economist

Voir aussi 

Corée du Sud : la surchauffe éducative, l'implosion démographique  

Corée du Sud — les garderies en anglais sont du gaspillage et néfastes au développement de votre enfant

 

mardi 8 décembre 2020

TEIMS/TIMSS 2019 – Résultats des élèves québécois en maths et sciences stables et dans la moyenne supérieure internationale

L’étude Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS, TIMSS en anglais) est une évaluation internationale qui mesure les tendances dans le rendement des élèves en mathématiques et en sciences au niveau de la 4e année et à celui de la 8e année (2e secondaire au Québec). L’étude est menée sous l’égide de l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (AIE), consortium indépendant d’instituts de recherche et d’organismes gouvernementaux. L’AIE regroupe désormais plus de 60 pays, dont le Canada.

La TEIMS 2019 constitue le septième cycle d’évaluation de la TEIMS. Plus de 330 000 élèves ont participé à l’évaluation de 4e année dans le monde, et 250 000 élèves environ ont participé à l’évaluation de 8e année. Au Canada, plus de 13 000 élèves de 4e année ont participé à l’évaluation, en anglais ou en français, dans cinq provinces différentes : Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec, l’Ontario, le Manitoba et l’Alberta. Aucun résultat n’a été obtenu au niveau du Canada dans son ensemble pour les élèves de la 8e année.

Rendement moyen en mathématiques (4e année)

Le Québec au même niveau que la Flandre (en Belgique) et la Finlande, mais loin derrière l’Asie de l’Est et la Russie

Les élèves du Québec continuent de se situer à un niveau supérieur à la moyenne internationale, même si les résultats indiquent que le Québec est nettement en deçà des pays les mieux classés. En outre, l’écart de rendement entre les filles et les garçons est significatif à la fois en mathématiques et en sciences.

Au début des années 2000 quand la Finlande menait dans les classements internationaux, les journaux et les experts pédagogues faisaient la file pour aller dans ce pays nordique, y découvrir leurs recettes modernes gagnantes et s'en inspirer. Étrangement, personne au Québec ces jours-ci ne semble vouloir aller en Asie ou en Russie pour s'inspirer de leurs méthodes pédagogiques gagnantes... Parce que ces méthodes sont trop conservatrices ?

Notez que certains pédagogues, comme Nathalie Bulle déclaraient déjà en 2010 : Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes.


INT (dernière rangée) est la répartition internationale

 


Le Québec a l’un des écarts les plus prononcés entre les sexes en faveur des garçons en mathématiques (523 pour les filles, 541 pour les garçons) et il figure parmi les pays, au nombre de sept seulement, où les garçons ont des résultats significativement supérieurs à ceux des filles en sciences. En outre, les résultats des élèves du Québec restent relativement inchangés en mathématiques et en sciences entre le cycle précédent de l’étude TEIMS 2015.

 

Résultats en mathématiques (4e année)

 

Résultat en sciences (4e année)

Bons résultats des élèves québécois comparés à celui des élèves canadiens

Les élèves de 4e année du Québec se situent au-dessus de la moyenne canadienne, les élèves de l’Ontario se situent à la moyenne canadienne et les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Manitoba et de l’Alberta se situent à un niveau significativement inférieur à celui des élèves du Canada dans son ensemble.

Résultats en mathématiques (8e année, secondaire 2)

Résultat en sciences (8e année, secondaire 2)

 

Résultats dans la moyenne canadienne des élèves québécois en sciences

Au total, 16 pays ont un score significativement supérieur au score moyen de 523 points du Canada. Les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta se situent à la moyenne canadienne en sciences, tandis que les élèves du Manitoba se situent à un niveau inférieur à la moyenne canadienne.

Les garçons obtiennent de meilleurs résultats que les filles en mathématiques et en sciences

Sur l’ensemble du Canada, en mathématiques, plus de garçons que de filles atteignent le seuil repère bas, à savoir le niveau de base de rendement (94 % contre 91 %), et atteignent le seuil repère avancé, à savoir le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 4 %). En sciences, la proportion de filles et de garçons atteignant le seuil repère bas est identique (95 %). En revanche, une plus grande proportion de garçons que de filles atteint le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 6 %, respectivement). À la prise en compte des scores moyens, au Canada et dans 27 autres pays, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en mathématiques. Il faut noter que le Canada enregistre l’un des écarts les plus élevés entre les sexes en faveur des garçons (19 points). En moyenne, dans les pays participant à l’évaluation en sciences de l’étude TEIMS en 4e année, les garçons ont des résultats de quatre points supérieurs à ceux des filles. Cependant, si, dans sept des pays, dont le Canada, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en sciences, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons dans 16 pays. Au niveau provincial, les garçons ont de meilleurs résultats en mathématiques que les filles dans toutes les provinces. En sciences, les garçons obtiennent de meilleurs scores que les filles au Québec et en Alberta, tandis qu’il n’y a pas d’écart entre les sexes à Terre-Neuve-et-Labrador, en Ontario et au Manitoba.

(Résultats des garçons en noir, des filles en bleu, en mathématiques, 4e année)

(Résultats des garçons en noir, des filles en vert, en sciences, 4e année)

 

Un quart ne parle pas la langue du test à la maison, mais sans lien avec rendement en mathématiques, mais bien en sciences

Le Canada est un pays plurilingue et multiculturel composé de diverses populations issues de l’immigration et d’Autochtones. Au Canada, un élève sur quatre environ ne parle pas la langue du test à la maison. C’est au Québec que la proportion d’élèves ne parlant pas la langue du test à la maison est la plus élevée, à 26 p. 100, tandis que c’est à Terre-Neuve-et-Labrador qu’elle est la plus faible, à 8 p. 100. Les élèves qui parlent parfois ou qui ne parlent jamais la langue du test à la maison ont des scores légèrement inférieurs en sciences à ceux des élèves qui la parlent toujours ou presque toujours, tandis que l’écart de rendement en mathématiques entre les deux groupes n’est pas statistiquement significatif.

Le préscolaire améliore-t-il vraiment les résultats ?

Les élèves qui fréquentent un programme préscolaire pendant trois ans ou plus obtiennent le rendement le plus élevé en mathématiques en 4e année Au Canada, la scolarité formelle au primaire commence en 1re année, généralement quand l’enfant est âgé de six ans. Cependant, bon nombre de familles choisissent d’inscrire leurs enfants à un programme préscolaire. Au Canada, 46 p. 100 environ des parents disent que leur enfant a suivi un programme préscolaire pendant trois ans ou plus. Les scores en mathématiques des élèves de 4e année ayant fréquenté un programme préscolaire pendant trois ans ou plus sont de 14 points supérieurs à ceux des élèves ayant fréquenté un programme préscolaire pendant deux ans et de 29 points supérieurs à ceux des élèves n’ayant pas fréquenté de programme préscolaire. En sciences, il n’y a pas de différence entre la fréquentation pendant un ou trois d’un programme préscolaire.

Peut-on dire cependant que c’est la fréquentation d’un programme préscolaire qui améliore le rendement ? C’est possible, mais pas nécessaire En effet, le recours au préscolaire est nettement supérieur dans les catégories socioprofessionnelles supérieures dont les enfants avaient déjà des résultats scolaires supérieurs à la moyenne avant la généralisation de ces services de garde préscolaires. En effet, selon l’Indice de défavorisation matérielle et sociale, Québec, 2009, la proportion de familles ayant des enfants de moins de 5 ans utilisant la garde régulière était de 78,6 % pour les nantis (en jargon aux conditions matérielles et sociales les plus favorables), mais de 65,4 % chez les moins nantis.

Pas de lien entre accès à des ordinateurs pour les cours et rendement plus élevé en mathématiques et en sciences 

 Selon le personnel enseignant, la moitié environ des élèves de 4e année a accès à des ordinateurs pour les cours de mathématiques, tandis que près des deux tiers ont accès à des appareils numériques pendant les cours de sciences. L’accès à des ordinateurs pour les cours n’a aucun lien avec le rendement en mathématiques et en sciences au niveau provincial, tandis que le lien est négatif en mathématiques au niveau du Canada (figure 6). 


 Voir aussi 

TEIMS/TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux, mais faible participation québécoise

mardi 17 décembre 2019

Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

Plusieurs pays développés ont dépassé le taux de 20 % de femmes restées sans enfant. Israël est une exception notable.

Les jeunes Japonaises non mariées à 25 ans étaient affublées il y a peu encore du sobriquet de Gâteau de Noël, parce qu’elles devenaient moins appétissantes comme un gâteau de Noël qui a passé la date du 25 décembre… En français, on parlait de catherinettes. Les célibataires sont encore fréquemment qualifiées de « parasites » dans l’archipel nippon, rapporte la sociologue Xiao Lei [1].

Dans un Japon où mariage et procréation demeurent des valeurs cardinales — moins de 3 % des enfants y naissent hors mariage —, nombre de Japonaises veulent échapper à la tradition, et les grandes villes s’adaptent à la nouvelle donne sociale. En 2010 à Tokyo, plus de 36 % des femmes de 30 à 39 ans étaient célibataires. Au niveau national, 29 % des femmes nées en 1974 sont restées sans enfant (certaines pouvant être mariées). « On s’attend à ce que ce taux continue à augmenter au Japon, mais aussi à Singapour, en Corée du Sud et à Taïwan », pronostique Tomas Sobotka, de l’Institut autrichien de démographie.

À Séoul, en Corée du Sud. Les actifs coréens (15 à 64 ; ans) ne constitueront en 2040 que 56,4 % de la population contre 72,7 % aujourd’hui.

« Coût prohibitif »

Ces pays d’Extrême-Orient suivent la même courbe que Hong Kong où plus d’une femme sur trois (35 %) née en 1972 est restée sans enfant. « La pression pour le mariage, les fortes inégalités entre hommes et femmes, les contraintes économiques, le coût prohibitif pour élever un enfant contribuent à l’augmentation du célibat et au fait de ne pas avoir d’enfant », estime ce démographe. Cette explication nous apparaît toutefois comme convenue et superficielle : la pression pour le mariage et les inégalités entre hommes et femmes étaient encore plus grandes auparavant alors que la natalité était plus justement plus importante, il faut donc se tourner vers d’autres explications.

Quelles politiques mettre en œuvre pour enrayer la chute de la natalité en Corée ?

 La vie sans enfant progresse également dans la plupart des pays développés, y compris dans des États européens où les évolutions sociétales ont été très rapides. En Espagne, le taux devrait atteindre 25 % pour les femmes nées en 1975, estiment Albert Esteve et Rocio Trevino, du Centre d’études démographiques espagnol. S’il n’est pas possible de tracer une frontière nette entre les situations subies et celles qui sont choisies (faut-il distinguer les « sans enfant » et les « libres d’enfants »), selon les démographes, l’émancipation tardive en Espagne — 61 % des 18-34 ans vivent chez leurs parents — n’est pas étrangère à cette situation. Cette « émancipation » tardive en Espagne ou en Italie est principalement due à un sous-emploi des jeunes adultes.

En Italie, la proportion de femmes sans enfants augmente constamment d’une génération à l’autre. Pour celles nées en 1978, à la fin de leur cycle de reproduction, ce taux aura doublé (22,5 %) par rapport à ce taux pour les femmes nées en 1950 (11,1 %).

Israël fait figure d’exception avec non seulement le taux de natalité le plus élevé de tous les pays industrialisés, mais il devance même d’un enfant le Mexique avec une moyenne de 3,1 enfants par famille. Rappelons que l’indice synthétique de fécondité du Québec est de 1,59 enfant/femme soit quasiment deux fois moins d’enfants par couple.

On remarquera que les femmes veulent plus d’enfants qu’elles n’ont (rouge) notamment dans les pays à faible natalité comme le Japon, la Corée du Sud, Formose (Taïwan) et la Malaisie.

La société de marché à haute protection sociale, une société sans enfant

« Quantité de facteurs structurels concourent au fait que la maternité devienne une question de choix personnel », souligne la sociologue Anne Gotman, auteure de Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer [2]. S’appuyant sur les travaux du sociologue allemand Ulrich Beck, elle rappelle que, poussée à son paroxysme, la société de marché est une société sans enfant reposant sur l’individu débarrassé de tout « handicap » relationnel, conjugal ou familial. Et s’il y a une meilleure acceptation sociale de la vie sans enfant, « le phénomène est loin d’être inédit », rappelle-t-elle en évoquant les inquiétudes de Polybe concernant une Grèce antique souffrant d’un « arrêt de la procréation » et d’une « disette d’hommes ». Lire à ce sujet : Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ? et Démographie et croissance.

Plus récemment, au fil du XXe siècle, le taux d’infécondité a épousé une courbe en « U » sur le continent européen. De 20 à 23 % pour les femmes nées entre 1900 et 1915, le taux est tombé progressivement à 10 % pour celles nées au début des années 1940, puis n’a cessé de remonter, relevait une étude de l’Institut national d’études démographiques en 2017. Les femmes européennes nées entre 1900 et 1915 avaient connu le manque d’hommes suite à la Première Guerre mondiale et la crise économique de la fin des années 20. En France, 24 % des jeunes Français nés en 1894 et donc âgés de 20 ans en 1914 sont morts au combat, cela fera autant de femmes célibataires et sans enfant.

Rappelons également que, dans une société où l’État — les enfants des autres — procure une forte protection sociale et qui vante l’autonomie individuelle plutôt que la stabilité des familles, il y a peu de raisons économiques ou même de pressions sociales à former des familles nombreuses : ce ne sont pas les enfants des parents qui garantiront leurs retraites, leurs soins médicaux ou la survie économique  de l’affaire familiale, mais les enfants des autres. Des gens font donc le pari de ne pas s’encombrer d’enfants puisque ceux-ci coûtent très cher.  Un enfant coûte 151 000 €  jusqu’à sa majorité en France et 253 950 $ au Québec. Les allocations et aides ne remboursement pas ces coûts, d’autant plus qu’elles sont le plus souvent sujettes à des conditions de ressources (la classe moyenne supérieure en est souvent exclue) ou à des conditions idéologiques (aides à la garde uniquement si l’enfant est confié à des tiers au Québec, mais rien pour la femme au foyer qui garde ses enfants en bas âge).

Malgré ces surcoûts et la mentalité prônant la réussite individuelle dans la carrière, le désir d’enfants existe encore, voir aucune mesure d’aide à la naissance malgré un désir d’enfants ?


[1] Journal of International and Advanced Japanese Studies, février 2017.

[2] MSH, 2017, 248 p., 27 €.

Voir aussi

Italie, nouveau nadir démographique

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.