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mardi 16 septembre 2025

Enseignant montre à ses élèves de 10 et 11 ans des images de l'assassinat de Charlie Kirk

Un enseignant de Toronto a été suspendu après avoir montré à un groupe d’élèves de 5e et 6e année (environ 11 ans)  « une partie d’une vidéo violente » liée à l’assassinat de l’activiste conservateur américain Charlie Kirk.

La directrice de l’école publique Corvette Junior, Jennifer Koptie, a déclaré dans une lettre envoyée vendredi (ci-contre) aux parents que cet incident était « extrêmement troublant et inacceptable ».

Un enseignant du primaire de Toronto relevé de toutes ses fonctions après avoir montré à ses élèves une vidéo liée au meurtre de Charlie Kirk.

Mme Koptie a déclaré que la vidéo avait été montrée aux élèves du programme d’immersion française parce qu’ils avaient des questions « sur un événement tragique survenu récemment aux États-Unis ».

Un porte-parole a refusé de commenter les informations parues dans les médias selon lesquelles les enfants auraient été « forcés » de regarder la vidéo plusieurs fois ou si des commentaires sur M. Kirk avaient été faits.

Le Toronto Sun a cité une source anonyme qui a déclaré que plusieurs élèves avaient été « traumatisés » et en avaient parlé à leurs parents, qui ont à leur tour contacté la direction de l’école. La source a également affirmé que l’enseignant « avait fait un discours à ses élèves sur l’antifascisme, l’antitrans et le fait que Charlie Kirk méritait ce qui lui était arrivé ».

lundi 14 avril 2025

Trois semaines dans un collège marseillais « dans la moyenne » : carnet de bord d’un observateur

Texte de Jean Mizrahi, entrepreneur, enseignant, ancien haut fonctionnaire (il y a plus de 30 ans).

Poursuivant mon exploration de l'Éducation nationale, j’ai effectué ces derniers jours un remplacement à temps partiel dans un collège public de Marseille, chargé de l’enseignement des mathématiques. Une aventure que je qualifierais volontiers de pédagogique et sociologique.
 
J’avais déjà exercé, à mi-temps, deux années durant, dans deux lycées professionnels de la région : l’un en filière « bac pro commerce » (traduisez : futurs vendeurs souvent plus intéressés par TikTok que par la TVA), l’autre en CAP mécanique et conduite. Ces expériences m'avaient convaincu que l'inculture littéraire et mathématique ne surgissait pas au lycée comme par magie, mais était un mal enraciné de puis bien plus longtemps. Curieux de voir à quoi ressemblait la situation plus en amont, je suis donc allé au collège. Et je me suis instruit. 
 
Le collège en question est "moyen" : ni ZEP hardcore ni perle rare, mais tout de même situé en périphérie. Classé en milieu de tableau dans les statistiques officielles du ministère de l’Éducation nationale pour 2024 (résultats du brevet), il offrait un terrain d’observation exemplaire. Voici quelques instantanés du terrain : 
 
1. Bases fondamentales aux abonnés absents Les tables de multiplication ? Inconnues au bataillon. Les divisions ? Posées au petit bonheur la chance. Le calcul mental ? Un cauchemar éveillé. Quant à la compréhension écrite, elle tient parfois plus du décryptage archéologique que de la lecture. 
 
2. Bazar quotidien garanti Chaque classe compte au moins un élève relevant de la psychiatrie – je n’exagère pas. Résultat : exclusions fracassantes (chaises lancées, livres jetés, etc.) mais temporaires, retours rapides, et rebelote. L’institution, impuissante, laisse se dérouler le même scénario indéfiniment. 
 
3. Un tiers d’élèves mal élevés Un tiers des élèves affichent un comportement oscillant entre la grossièreté et le je-m’en-foutisme. Les résultats scolaires s’en ressentent, les sanctions glissent sans avoir aucun effet. Impossible de sonder les familles sur trois semaines, mais le désintérêt parental transpire au travers de leurs rejetons. 
 
4. Un tiers de suiveurs Un tiers d’élèves, à potentiel, se laisse entraîner par les trublions. Pas foncièrement mauvais, mais faibles en caractère – ce qui, au collège, est une dangereuse vulnérabilité. 
 
5. Un tiers de naufragés de la salle de classe Un dernier tiers d’élèves sages, presque hébétés par l’agitation ambiante. Gentils, attentifs... mais freinés par le comportement désordonné de leurs camarades. 
 
6. Entre enseignants, un même diagnostic Les collègues décrivent la même situation : des classes plus ou moins difficiles, mais partout des éléments perturbateurs qui ralentissent la progression. Le métier relève autant du pédagogue que de l’arbitre de match de catch. 
 
7. Littérature + mathématiques = bug système La transposition d’un problème exprimé de façon « littéraire » en équation mathématique ressemble pour beaucoup à une expérience de physique quantique : on comprend vaguement les mots pris séparément, mais pas leur signification une fois mis dans le bon ordre. 
 
8. Désintérêt pour la réalité tangible Parler d’exemples concrets ? Peine perdue, alors que c’est le fondement de ma pédagogie. Ce qui compte, c’est : « Combien de points pour cet exercice ? » et « Est-ce que c’est noté ? » Le savoir pour le savoir, aucun intérêt. 
 
9. Chacun pour soi Projet pédagogique global ? Connaît pas. Chacun enseigne dans son coin, sans concertation, ni stratégie commune. 
 
10. Bienvenue au survival teaching Le remplaçant est largué sans boussole : pas de programme clair, débrouille-toi. Heureusement, j’ai pu joindre l’enseignant titulaire. À noter : les élèves "à problème" ne sont pas toujours ceux qu'on signale – les vrais champions du chaos savent rester discrets... quelques minutes. Après, bonne chance. 
 
11. Harcèlement ? On vous rappellera Un cas de harcèlement repéré et signalé. Réponse : « On s’en occupe et on vous dira ce qu’il en est. » J’attends encore. 
 
12. Vies cabossées Certains visages trahissent des enfances cabossées, marquées très probablement par la violence familiale. Ces élèves sont parmi les plus instables. Comment leur en vouloir ? Comment le système ne les a pas repérés et s’en est occupé : une honte. 
 
13. "Quart d’heure lecture" ou "quart d’heure bazar" ? Instauré quotidiennement, le quart d’heure lecture vire dans mes classes à une cacophonie où deux tiers des élèves oublient leur livre. J’ai dû jeter l’éponge, avec regret, pour reprendre un cours normal. 
 
Quelques conclusions (provisoires): 
 
A. Mélanger élèves sérieux et perturbateurs est une absurdité pédagogique
Il est totalement contre-productif de vouloir faire coexister dans une même classe des élèves motivés, des élèves fragiles et des élèves franchement ingérables. Le résultat est prévisible : le niveau général baisse et l’énergie des enseignants est absorbée par la gestion des troubles au lieu d’être consacrée à l’enseignement.

La solution ne passe pas par l’exclusion pure et simple, mais par la création de structures spécifiques adaptées pour les cas difficiles :
  • Petites classes encadrées par des enseignants formés à la pédagogie spécialisée,
  • Internats éducatifs pour les jeunes issus d’environnements violents ou toxiques,
  • Programmes spécifiques de remise à niveau pour réintégration éventuelle.

Oui, cela demande des moyens. Mais continuer à mélanger tout le monde par peur de stigmatiser revient à sacrifier les élèves sérieux (à plus forte raison quand ils rencontrent des difficultés) sur l'autel d’une illusion d’égalité. 
 
B. Discipline et implication des parents : un duo inséparable
La discipline ne peut être efficace sans l’implication des familles, sans que cela se traduise par une violence contre les gamins une fois rentrés à la maison. Les parents doivent donc être associés, et ne plus être vus comme des empêcheurs de tourner en rond, mais sans tomber dans le travers socialiste du parent qui a forcément raison. Il est grand temps que les parents écoutent les enseignants et les respectent.

Il faut simplifier drastiquement les procédures de sanction pour les familles défaillantes :
  • Suspension automatique d’aides en cas de violence grave répétée, sans labyrinthes administratifs comme c’est actuellement le cas,
  • Obligation d’assister à des réunions de suivi sous peine de sanctions pécuniaires,
  • Responsabilisation claire : l’école n’est pas un substitut à l'éducation familiale.
L’éducation commence à la maison. L’école ne peut réparer seule ce qui a été cassé à la source. 
 
C. Des classes de niveau... intelligemment pensées
Créer des classes de niveau ne signifie pas reléguer les élèves plus faibles dans des ghettos éducatifs. Au contraire : il s'agit d'adapter l'enseignement au profil des élèves :
  • Petits effectifs pour les élèves en difficulté : plus de soutien, de pédagogie différenciée, moins d'effet de masse. J'aide par ailleurs des gamins de l'ASE, et je vois bien que les groupes plus restreints sont efficaces pour des profils en difficulté.
  • Classes plus denses mais dynamiques pour les élèves à l’aise et souvent plus disciplinés, capables de progresser plus vite. C'est la seule manière d’éviter de tirer tout le monde vers le bas.
Égalité ne signifie pas uniformité. Et croire que tous les élèves doivent avancer au même rythme est une cruauté pédagogique déguisée en bonne conscience. J’ai connu plus jeune des camarades de classe un peu lents mais qui se sont révélés plus tard. Chacun doit conserver ses chances tout au long du cursus général. 
 
D. La catastrophe commence dès la maternelle 
On ne rattrape pas dix ans d’échec éducatif en quatre ans de collège. La racine du problème est dans les écoles maternelles et primaires, où :
  • La maîtrise de la lecture,
  • Les bases du calcul,
  • L’acquisition du vocabulaire, sont tout simplement insuffisantes.
Un enfant qui entre en 6e sans savoir lire couramment et compter rapidement dans sa tête est perdu dans le secondaire. Les réformes du lycée, les milliards d’euros pour de nouveaux équipements, les chartes de bonne conduite... ne servent à rien si l’on ne reconstruit pas des fondamentaux solides dès le départ. 
 
E. Un chef d’établissement doit être un véritable chef... pas un gardien de prison 
Aujourd'hui, les chefs d’établissement sont souvent réduits au rôle ingrat de gestionnaires administratifs et de gardes chiourme, sans pouvoir réel sur la pédagogie (et avec un pouvoir limité sur la discipline). Cela doit changer.

Un chef d’établissement doit être :
  • Un leader pédagogique, capable de fixer des objectifs aux équipes enseignantes,
  • Un manager d’équipe, sachant fédérer ses enseignants autour d’un projet commun,
  • Un responsable, avec des objectifs clairs et des leviers d’action réels.
Confier la cohérence pédagogique uniquement aux inspecteurs est un anachronisme : c’est comme vouloir diriger une armée par pigeons voyageurs. 
 
F. Programmes clairs + évaluation sérieuse = socle commun solide
Le contenu des programmes doit être précis, net et contrôlable. Pas de « compétences vagues » ou de « projets transversaux » où l’on perd élèves et enseignants dans un nuage de mots creux.
Chaque année :
  • Des savoirs fondamentaux doivent être acquis,
  • Des évaluations nationales régulières, chaque année, doivent permettre d’identifier les lacunes,
  • Des mesures correctives immédiates doivent être prises.
Et cela sans que les enseignants deviennent des scribes obsédés par la paperasse. Liberté pédagogique sur les méthodes, exigence sur les résultats : voilà l’équilibre juste. 
 
G. Rémunérer dignement ceux qui portent l'avenir 
Je me foutais de la rémunération que je devais recevoir car ce n’était pas mon objectif. Mais que penser d'un pays où l'on confie l’éducation des futures générations à des professionnels payés à peine plus qu’un smicard ? C’est indigne, irresponsable, et mortifère pour l’avenir national. On ne construit pas une nation forte avec des enseignants démotivés et précarisés. Réévaluer significativement leur rémunération est un impératif stratégique, non une faveur corporatiste.

Et pour conclure... Le collège où j’ai exercé n’est pas un enfer sur Terre. Mais sur 91 collèges marseillais, les 20 premiers au classement de l'Éducation nationale sont tous privés. Et dans les 30 premiers, un seul est public. Faut-il vraiment en dire plus ? Il est urgent, vital même, de refonder entièrement notre système d’instruction publique, en cessant de répéter les mêmes erreurs sous couvert d’idéalisme mal placé.

dimanche 3 mars 2024

Trans — Recours constitutionnel d'une enseignante québécoise obligée de mentir aux parents

Lors d’un récent entretien, Olivier Séguin, avocat pour le Centre Juridique pour les Libertés Constitutionnelles (CJLC), a fourni des éclaircissements sur un cas litigieux impliquant une enseignante de troisième année dans une école de Montréal. Cet enseignant a souligné les problèmes liés au guide ministériel intitulé « Pour une meilleure prise en compte de la diversité sexuelle et de genre ».

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles a annoncé le lancement d’un recours constitutionnel devant la Cour supérieure du Québec contre le ministère de l’Éducation. Cette action est intentée au nom d’une enseignante qui a refusé de mentir aux parents d’un élève de 14 ans souhaitant une transition de genre féminin-masculin, comme la direction de son école lui avait ordonné de le faire.

Suivant les directives du Guide et procédures du ministre de l’Éducation sur l’identité de genre des personnes trans et non binaires, l’école secondaire montréalaise de l’élève a créé un ensemble de procédures rendant illégal le fait d’informer les parents (ou les tuteurs) lorsque leur enfant cherche à effectuer une transition de genre.

Au début du mois d’octobre 2023, les administrateurs de l’école ont informé les enseignants qu’ils devaient désigner l’élève de 14 ans par les pronoms masculins « il/lui » en classe. Mais lorsqu’ils ont affaire aux parents de l’élève, les enseignants ont reçu l’ordre d’utiliser le prénom féminin de l’élève et les pronoms féminins. Ils ont donné cet ordre alors qu’il n’y avait ni preuve ni soupçon de maltraitance parentale.

L’enseignante a informé l’administration que, tout en acceptant de respecter les préférences de l’élève en matière de pronoms, elle s’opposait à l’obligation de mentir aux parents sur le changement de sexe de leur enfant, en particulier lors d’une future rencontre entre les parents et l’enseignante.

Cette rencontre n’a pas eu lieu. Au lieu de cela, l’école a autorisé l’enseignant à soumettre un rapport écrit à l’élève, avec copie aux parents, qui évitait l’utilisation de pronoms. Tout en accordant cette exception, l’école a précisé que l’enseignant serait tenu de rencontrer les parents lors de la rencontre parents/professeurs prévue au printemps si les parents en faisaient la demande. Les administrateurs ont notifié à l’enseignante que si elle divulguait des informations sur la transition de genre de l’enfant à l’école au cours de cet entretien, elle serait immédiatement licenciée.

À ce moment-là, l’enseignante, assistée par le Centre de justice, a déposé un recours constitutionnel visant à annuler le guide et les procédures du ministre de l’Éducation, notamment parce qu’ils « contreviennent aux droits parentaux protégés par l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés… au mépris des principes de justice fondamentale et sans justification suffisante dans une société libre et démocratique ». L’enseignante estime également que le guide et les procédures violent son droit à la liberté de conscience garanti par l’article 2 de la Charte.

Le fait de devoir mentir aux parents de ses élèves a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour l’enseignante plaignante. « Je ne pourrais pas vivre avec moi-même si je faisais cela », a déclaré l’enseignante. « Je ne pourrais pas les regarder dans les yeux et leur mentir intentionnellement sur le fait que nous permettons à leur enfant de subir une intervention psychosociale importante à leur insu ».

Selon l’avocat de l’enseignante, Olivier Séguin, ce serait la première fois qu’une action en justice soulève la question de la liberté de conscience sans soulever également la question de la liberté de religion. L’article 2 (a) de la Charte garantit à la fois la liberté de conscience et la liberté de religion.

« Il est vrai que l’interdiction de mentir est commune à toutes les religions, mais l’objection de conscience de mon client n’est pas de nature religieuse », explique Me Séguin.

L’enseignant a ajouté : « Une collaboration transparente avec les parents est essentielle à mon rôle d’enseignant et au bien-être à long terme des enfants. Mentir aux parents sur la façon dont nous traitons leurs enfants, ou sur ce qui se passe avec les enfants à l’école, viole les principes de ma vocation ».

S’il est vrai que la loi ne mentionne pas expressément la manière dont les écoles doivent traiter les cas comme celui-ci, affirme M. Séguin, les auteurs du Guide semblent avoir émis une directive ministérielle en catimini, par le biais d’un « guide » destiné aux écoles, dans lequel ils font dire à la loi des choses qu’elle ne dit tout simplement pas.

Par exemple, dans sa section intitulée « Encadrements légaux » [sic, calque de l’anglais, cadre juridique] (page 8), le Guide cite l’article 60 du Code civil du Québec, qui prévoit que la demande de changement de nom peut être faite à l’initiative d’un mineur âgé de 14 ans ou plus, mais le Guide ignore l’article 62, situé juste à côté, qui prévoit que les parents doivent être avisés de la demande de changement de nom et qu’ils ont le droit de s’y opposer:

62. À moins d’un motif impérieux, le changement de nom à l’égard d’un enfant mineur n’est pas accordé si, selon le cas, les père et mère ou les parents de l’enfant mineur à titre de tuteurs légaux, le tuteur, le cas échéant, ou le mineur de 14 ans et plus n’ont pas été avisés de la demande ou si l’une de ces personnes s’y oppose.

Les auteurs du guide citent également l’article 71 du même Code civil qui prévoit, comme l’article 60, que la demande de changement de sexe peut être faite à l’initiative d’un mineur âgé de 14 ans ou plus. Mais là encore, les auteurs du Guide omettent de mentionner l’article 73[.1], qui prévoit que les parents doivent pouvoir s’opposer à un tel changement. [Ceci n'est pas évident, l'article parle plutôt du fait qu'un tuteur peut s'opposer à la décision de l'autre devant un juge.]

M. Séguin ne considère pas le ministre de l’Éducation Bernard Drainville comme responsable de ces omissions. Le journal québécois Le Devoir avait déjà souligné qu’en s’opposant aux toilettes mixtes dans les écoles, il s’était placé en contradiction avec « les recommandations de son propre ministère », c’est-à-dire les recommandations énoncées dans le Guide.

Dans le même article, Le Devoir rapporte que le Guide est le fruit d’une collaboration entre (1) le ministère de la Justice et (2) le ministère de la Famille, (3) le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, (4) la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l’Université du Québec à Montréal, et (5) la Table nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie dans les réseaux de l’éducation.

M. Séguin affirme qu’il ne croit pas que les omissions soient le fruit d’une incompétence involontaire, déclarant : « Les irrégularités dont le Guide est truffé sont à la fois trop évidentes et trop nombreuses pour y voir autre chose qu’une volonté d’induire les lecteurs en erreur en prétendant faussement traduire la lettre de la loi. J’y vois une forme d’usurpation de pouvoir, un déni de démocratie ».

Quant à la position de son client, il déclare : « Le secret à l’égard des parents, qui revient en pratique à leur mentir, est une violation grave du contrat juridique qui lie l’État et ses citoyens. »

mardi 19 décembre 2023

Enseignants du Québec, progression des salaires

Salaire annuel à l’entrée (échelon 3)

  •     Offre gouvernementale : 60 684 $
  •     Salaire actuel : 53 541 $
  •     Avant la dernière convention collective : 46 115 $

La proposition actuelle du gouvernement représente une hausse salariale de 13,34% pour les profs qui entrent sur le marché du travail. Si cette offre est acceptée, le salaire a l’entrée aura augmenté de 31,59% de 2019 à 2026.

Salaire annuel après 13 ans (échelon 17)  

  •     Offre gouvernementale : 104 282 $
  •     Salaire actuel : 92 027 $
  •     Avant la dernière convention collective : 82 585 $ 

L’offre gouvernementale représente une augmentation salariale de 13,31% pour les profs qui cumulent 13 ans d’expérience. Si cette proposition est acceptée, le salaire maximal des enseignants aura connu une hausse de 26,27% de 2019 à 2026.

À titre de comparaison, le salaire moyen était de 60 492$ au Québec en 2023, et a augmenté d’environ 26% depuis 2019. Pendant la même période, le salaire minimum a quant a lui évolué de 27 %. 

lundi 16 octobre 2023

«Autocensure», «peur», «lâcheté», «attaques», «violence»... les enseignants face aux « jeunes »

En France, 38 % des professeurs ont déjà été menacés ou agressés en « zone d'éducation prioritaire » (euphémisme cachant le plus souvent les banlieues à forte population immigrée). Parfois, l'adresse des enseignants est divulguée.


vendredi 13 octobre 2023

Bock-Côté : « Je n'ai jamais compris pourquoi on ne tenait pas compte de la compatibilité culturelle » dans l'immigration

À 8 min 32 : « Moi, je n'ai jamais compris pourquoi on refusait de tenir compte des appartenances historiques, identitaires, géographiques des gens qui arrivaient. À un moment donné, le fait est... Et surtout, les gens n'arrivent plus — quoi qu'on en dise — individuellement à notre époque, les gens arrivent par communauté. »


Trois jours après l’hommage national à Samuel Paty, enseignant décapité en France, un autre professeur d’histoire est violemment agressé au couteau, cette fois à Arras. 

«Aujourd’hui, les professeurs d’histoire ont une cible au front», déplore Bock-Côté

Ce genre de discours valait (et vaut peut-être encore) un procès en racisme. Voir ce que disait Jean-Marie Le Pen il y a 35 ans.

vendredi 15 septembre 2023

Québec — Le ministre songe à écourter la durée du bac [brevet] pour devenir enseignant

Bernard Drainville (ci-contre) songe à raccourcir à trois ans la durée du baccalauréat [licence en Europe] en enseignement.

La pénurie d’enseignants est telle que le gouvernement Legault remet désormais en question le baccalauréat en enseignement de quatre ans en vigueur depuis 1994.

Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, songe à raccourcir à trois ans la durée de cette formation afin de la rendre plus attrayante et d’envoyer des renforts plus vite dans les écoles.

Selon les informations obtenues par La Presse, il a mandaté ses fonctionnaires pour analyser sérieusement cette option.

Le baccalauréat de quatre ans est la voie principale pour obtenir un brevet d’enseignement et, ainsi, devenir un enseignant « légalement qualifié », comme on le dit dans le jargon.

Québec envisage de remettre le brevet après un baccalauréat en enseignement écourté à trois ans. La formation pourrait être condensée et les stages, raccourcis. Tous les scénarios sont sur la table.

Une autre option, qui implique toujours de limiter le bac à trois ans, serait de transformer la quatrième année en stage à temps plein, « rémunéré à 100 % », selon l’expression utilisée à Québec.

Le bachelier serait embauché et payé par un centre de services scolaire, qui l’encadrerait et le superviserait. Il serait titulaire d’une classe à temps plein, pour une année scolaire complète. Il obtiendrait officiellement son brevet d’enseignement après cet exercice d’un an, si ce scénario était retenu.

À l’heure actuelle, la quatrième année du baccalauréat est constituée de cours et de stages en milieu scolaire. La formule peut varier d’une université à l’autre.
Voie rapide

Bernard Drainville a promis en début d’année de créer une « voie rapide vers un brevet d’enseignement », mais il n’était jamais allé jusqu’à évoquer un bac raccourci. Il misait surtout sur la création d’une maîtrise qualifiante plus courte, de 30 crédits, destinée aux bacheliers de disciplines pertinentes.

Trois universités – TELUQ, Sherbrooke et Abitibi-Témiscamingue – offrent depuis peu une telle formation pouvant être achevée en un an et menant au brevet d’enseignement. Québec incite les autres établissements à emboîter le pas.

La maîtrise qualifiante régulière est de 60 crédits. Plusieurs années peuvent être nécessaires pour la terminer.

Le 23 août, au moment où plus de 8000 postes d’enseignants étaient non pourvus, le premier ministre François Legault disait qu’il n’était « pas un magicien » et qu’il pouvait difficilement envoyer plus de profs qualifiés dans le réseau.

« Un bac en éducation, actuellement, ça prend quatre ans, donc on ne peut pas espérer que ça aille vite », disait-il avant d’y aller d’une remarque passée sous le radar.

« On regarde aussi, ne serait-ce que de façon temporaire, est-ce qu’on peut mettre une formation universitaire qui est moins longue que quatre ans ? Donc est-ce qu’on est capables, peut-être, de prendre des mesures temporaires ? Je pense qu’il faut faire preuve de créativité. »

Il appréhendait déjà une levée de boucliers. « Bon, évidemment, quand on fait preuve de créativité, ça peut être interprété de toutes sortes de façons, comme si on voulait baisser les exigences. C’est sûr que, dans un monde idéal, tout le monde, Bernard le premier, moi aussi, on voudrait que 100 % des enseignants dans nos classes soient qualifiés avec un bac, avec brevet, mais on ne peut pas faire de magie. »

La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a révélé au printemps que près de 30 000 enseignants, soit près du quart des effectifs, étaient non légalement qualifiés en 2020-2021. Cela signifie qu’ils n’avaient pas de brevet d’enseignement.

« Oui, il va y avoir beaucoup de non légalement qualifiés cette année nécessairement » en raison de la pénurie, reconnaissait Bernard Drainville à la veille de la rentrée scolaire. Il disait espérer à tout le moins « un adulte » par classe, quitte à ce que cette personne n’ait aucune formation universitaire.

À Québec, on s’attend à ce que les universités résistent à l’instauration d’un baccalauréat en enseignement de trois ans. Il y aura un débat sur le fond… mais aussi sur les fonds : retrancher une année de formation signifierait des revenus en moins.

Néanmoins, conscientes des besoins criants dans les écoles, quelques universités, dont celle de Sherbrooke, commencent à remodeler la formation pour permettre un véritable stage en emploi à temps plein lors de la quatrième année. Les cours seront donnés le soir ou le week-end. Il s’agit de projets pilotes en vigueur depuis la rentrée ou alors de programmes particuliers qui verront le jour prochainement.
Recrutement difficile

Québec peine à augmenter la popularité du baccalauréat en enseignement. Malgré une bourse créée l’an dernier pour les étudiants à temps plein (2500 $ par session pour un total de 20 000 $ à la fin du bac). Et malgré une hausse de 15 % du salaire des enseignants en début de carrière.

Un enseignant gagne 53 541 $ au pied de l’échelle et 92 027 $ au sommet.

Quelques universités ont signalé à la rentrée une hausse des inscriptions sur la base de données préliminaires, mais on attend toujours un portrait officiel.

Or, les inscriptions aux baccalauréats en enseignement étaient en baisse l’an dernier, selon les données du Bureau de coopération interuniversitaire. Elles ont diminué de 2,3 % à l’automne 2022 par rapport à l’automne 2021. Cela a effacé la hausse équivalente survenue entre 2020 et 2021. Il y avait 17 887 étudiants inscrits à temps plein et à temps partiel aux programmes de baccalauréat menant au brevet d’enseignement à l’automne 2022.

Entre 2004 et 2022, le nombre de nouvelles inscriptions au baccalauréat en enseignement secondaire a fondu de 1286 à 989. Dans le cas du bac en éducation préscolaire et en enseignement primaire, ce nombre est passé de 1531 à 1789. 

mardi 25 juillet 2023

Comment un honnête homme, directeur d'école, fut broyé par l’antiracisme délirant

Si vous voulez une illustration du délire qui balaie le monde de l’éducation, intéressez-vous à l’affaire Richard Bilkszto, qui fait grand bruit au Canada anglais, et dont je n’aurais pas entendu parler si une lectrice ne m’avait pas alerté. 

Pendant 24 ans, Richard Bilkszto fit carrière dans le réseau scolaire public de Toronto. Au moment des faits, il était directeur d’école.

Tous les témoignages le dépeignent comme un défenseur acharné de l’éducation publique et de l’intégration des minorités.

Faits

En 2021, il participe à un atelier donné par le KOJO Institute pour « sensibiliser » les cadres du milieu scolaire à l’importance d’adopter le discours et les comportements de la doctrine EDI (équité, diversité, inclusion).

Le KOJO Institute est une firme de consultants qui vend des séances de formation. C’est une de ces innombrables nouvelles entreprises qui ont compris que l’antiracisme peut se transformer en une très lucrative occasion d’affaires.

Pendant une séance, M. Bilkszto lève la main et intervient pour dire qu’il n’est pas d’accord avec ce qui vient d’être dit par l’animateur : que le Canada serait plus raciste que les États-Unis.

Le Canada n’est pas parfait, fait-il valoir, mais ce n’est pas un enfer et c’est moins grave que les États-Unis.

Pendant tout le reste de l’atelier, ce propos fut repris par le formateur comme illustration d’un propos typique du « suprémacisme blanc ».

Le conseil scolaire, c’est-à-dire l’employeur de M. Bilkszto, prend immédiatement ses distances au lieu de chercher à établir les faits.

Ébranlé, M. Bilkszto fait une dépression et arrête de travailler durant un mois.

Pendant son absence, l’association des cadres scolaires demande au conseil scolaire d’étudier l’incident. La commission refuse.

Quand il revient au travail, le conseil scolaire refuse de lui redonner son ancien poste. Elle annule son contrat de travail pour l’année suivante et lui retire une invitation pour assister à une remise de diplômes.

M. Bilkszto joue sa dernière carte : il poursuit le conseil scolaire devant les tribunaux.

Évidemment, tout cela traîne en longueur et mine sa santé mentale.


 Richard Bilkszto s’est suicidé le 13 juillet dernier.

Avait-il une fragilité particulière antérieure aux faits qui enclenchèrent cette spirale fatale ?

On ne le saura jamais, mais rien ne pointe dans cette direction.

M. Bilkszto était spécialisé dans le retour aux études d’adultes, des cas souvent lourds.

Il ne comptait pas ses heures, et son énergie, sa compassion et son enthousiasme sont évoqués dans tous les témoignages disponibles.

Ironie cruelle, il était membre du chapitre torontois de la Foundation Against Intolerance & Racism (FAIR), dont il avait été un des fondateurs.

Pendant sa descente aux enfers, son employeur, le conseil scolaire, l’a laissé seul, complètement seul.

Enquête

Ses proches demandent aujourd’hui une enquête.

La journaliste qui rapporte les faits, Jamie Sarkonak du National Post, relate d’autres incidents illustrant le manque de soutien du conseil scolaire envers ses employés dès qu’une accusation de racisme est lancée.



Source : Journal de Québec

dimanche 16 juillet 2023

New York — 5200 noirs et latinos ayant échoué tests pour devenir enseignants obtiennent 1,8 milliard $ de dédommagement

Échouer à l’examen du certificat d’enseignant de l’État de New York s’est avéré payant, surtout pour un homme du Queens qui a appris ce mois-ci qu’il allait toucher 2 millions de dollars à ce titre.

Environ 5 200 anciens enseignants noirs et hispaniques de la « Grosse Pomme » et anciens aspirants éducateurs devraient percevoir plus de 1,8 milliard de dollars de dommages et intérêts après que la ville a cessé de contester un procès fédéral pour discrimination qui durait depuis près de trois décennies et qui dénonçait la partialité d’un examen de certification.

Il s’agit de la plus grosse somme versée par la ville dans le cadre d’une procédure judiciaire.

Vendredi, 225 personnes ayant échoué au test d’arts libéraux et de sciences utilisé pour la certification des enseignants entre 1994 et 2014 avaient déjà été informées qu’elles recevraient un règlement d’au moins un million de dollars, selon une analyse des dossiers du tribunal fédéral de Manhattan.

Les décisions de justice ont conclu que l’examen violait les lois sur les droits civiques en permettant à un nombre bien plus important de candidats blancs de le réussir.

L’affaire devrait donner lieu à des centaines d’autres indemnités d’un million de dollars à l’avenir.

Le 5 juillet, Herman Grim, 64 ans, du Queens, a reçu le montant le plus élevé à ce jour : 2 055 383 dollars.

Cette somme comprend 1 583 114 dollars d’arriérés de salaire pour les heures non comptabilisées, les intérêts perdus et d’autres compensations.

Herman Grim a reçu 2 055 383 dollars au titre du règlement.

Les autres grands gagnants sont Andrea Durant, 62 ans, de Center Moriches sur Long Island, qui a obtenu 1 976 787 dollars, et la succession de feu Kathy Faye Bailey, du Queens, qui s’est vu attribuer 1 875 119 dollars.

dimanche 25 juin 2023

Angleterre — Élèves dénoncent « ostracisme et brimades » à l’école si l'on ose dire qu'il n'y a que deux sexes

Dans une lettre ouverte à Gillian Keegan (ci-contre) ministre de l’Éducation, des élèves mettent en garde contre « l’ostracisme et les brimades » à l’école si elles remettent en cause le « dogme » transgenre.

Des adolescentes ont déclaré à la ministre de l’Éducation qu’elles étaient « trop effrayées » pour déclarer à leurs camarades de classe qu’il n’y a que deux sexes.

Deux jeunes filles de 14 ans ont écrit une lettre ouverte à Gillian Keegan, dans laquelle elles disent qu’elles veulent qu’elle sache « ce que c’est que de vivre dans un environnement scolaire où les voix dissidentes sont étouffées » et où « les idéologies extrémistes sont présentées comme des faits », avant la prochaine publication d’un document d’orientation sur les transgenres dans les écoles.

Les jeunes filles, qui ont déclaré avoir fréquenté différentes écoles secondaires en Angleterre et qui ont publié la lettre sous le couvert de l’anonymat, ont déclaré : « Il règne un climat de peur croissante dans les écoles autour de ce sujet, et de nombreux élèves, dont nous faisons partie, ont peur de s’exprimer ouvertement en raison de la menace de brimades et d’ostracisme de la part des élèves qui adoptent le dogme autoritaire de l’idéologie du genre ».

Elles ont déclaré « avoir toutes deux fait les frais d’enseignants partiaux qui tentent de faire passer l’idéologie du genre au travers de sujets anodins, en affirmant par exemple que Zeus, le dieu grec, était “non-binaire” ou que Lady Macbeth était “fluide en termes de genre” ».

Elles ont précisé : « Les étudiants de notre âge subissent une pression énorme pour se conformer à l’opinion populaire selon laquelle les “femmes trans” sont des femmes, et toute opposition à cette croyance est considérée comme “transphobe” et inacceptable ».

« Il y a eu de nombreux cas d’élèves victimes de brimades et d’ostracisme parce que leur opinion n’était pas conforme à l’idéologie du genre, où les élèves critiques à l’égard du genre sont sanctionnées par les enseignants, rejetées par les élèves, et abandonnées par leurs amis ».

« Beaucoup d’entre nous ont trop peur de s’exprimer par crainte des conséquences, et cela doit changer pour que les différentes opinions puissent être entendues, même sur des sujets qui divisent comme celui-ci ».

Cette lettre intervient après qu’un enseignant du collège de Rye, dans le Sussex de l’Est, a été enregistré en train de dire à des élèves qu’ils étaient « méprisables » pour avoir exprimé leur conviction qu’il n’y a que deux sexes, après qu’une autre élève se soit identifiée comme étant un chat.

L’enseignant a déclaré : « Ce n’est pas une opinion que nous exprimons dans cette école, et si vous ne l’aimez pas, vous pouvez changer d’école ».

Le Telegraph croit savoir que l’enseignant au centre de la controverse sur le « sexe du chat » a été écarté de la salle de classe toute cette semaine, depuis que l’enregistrement est devenu viral la fin de semaine dernière.

Un parent d’élève du Rye College a déclaré que « l’enseignant était là, mais pas en classe ». Aquinas, le consortium de l’Église d’Angleterre qui gère l’école, a refusé de démentir cette affirmation à trois reprises.

Kemi Badenoch, ministre des femmes et de l’égalité, a demandé à l’Ofsted de procéder à une « inspection rapide » de l’école et a déclaré que l’enseignant avait enfreint les règles qui stipulent que les écoles doivent rester politiquement impartiales.

L’Ofsted a déclaré qu’il « examinait attentivement » la lettre de Mme Badenoch demandant une inspection rapide, quelques mois après la dernière inspection de l’école par l’organisme de réglementation en janvier.

Le gouvernement s’apprête à publier, dans les semaines à venir, un projet de lignes directrices à l’intention des écoles sur la manière de répondre aux élèves qui s’interrogent sur leur sexe.

Tracy Shaw, de la Safe Schools Alliance, a déclaré : « Cette lettre claire et sincère de ces deux jeunes filles confirme ce que nous disons depuis longtemps. La culture de nombreuses écoles doit être examinée de fond en comble.

« Nous voulons que le ministère de l’Éducation fasse preuve de sens de l’initiative et mette un terme à la mainmise de l’idéologie sur l’éducation », a-t-il ajouté.

« Nous ne pouvons pas avoir une société où les adolescentes ont peur de dire la vérité et de revendiquer leurs droits à la dignité, à la sécurité et à la vie privée. »

Un porte-parole du ministère de l’Éducation a déclaré : « La sécurité et le bien-être des élèves sont notre priorité absolue. Nous avons clairement indiqué que les enseignants ne devaient pas enseigner des opinions contestées comme des faits et qu’ils devaient encourager leurs élèves à échanger respectueusement avec ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord. »

« Il est important que les parents et les tuteurs soient convaincus que leurs enfants ne sont pas influencés par les opinions des enseignants. C’est pourquoi nous travaillons à la publication d’orientations concernant les enfants qui s’interrogent sur leur sexe [et les autres comme ici ?] avant la fin de l’année scolaire ».

Source : Daily Telegraph

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jeudi 25 mai 2023

Québec — Le quart des enseignants non légalement qualifiés en 2020-2021

Près de 30 000 enseignants, soit le quart des effectifs, ont enseigné dans les écoles québécoises sans être légalement qualifié, rapporte la vérificatrice générale du Québec, qui s’inquiète de la pénurie de main-d’œuvre sur la réussite éducative des enfants.
 
Pour la plupart d’entre eux, le ministère de l’Éducation ne sait même pas quelle est leur formation.

Il y a beaucoup plus d’enseignants non légalement qualifiés que ce que l’on croyait. Une nouvelle analyse du Vérificateur général du Québec révèle qu’il y en a près de 30 000, soit le quart de la force de travail du secteur public.
 
Ces 30 000 travailleurs sont « principalement des suppléants » qui ont « travaillé l’équivalent de 8,3 % des jours totaux travaillés ». L’absence de stabilité a des conséquences : « plusieurs élèves subissent des changements d’enseignants répétés, ce qui nuit à leur réussite scolaire selon diverses études », note Mme Leclerc.

L’explosion du nombre d’enseignants non légalement qualifiés témoigne de la pénurie de main-d’œuvre qui affecte le réseau scolaire. Mais on en sait peu sur ces travailleurs. « Parmi les 3778 détenteurs d’une tolérance d’engagement, les trois quarts détenaient un baccalauréat ou une maîtrise dans une discipline autre que l’enseignement », note la vérificatrice.

« Quant aux 26 743 enseignants sans autorisation, le MEQ ne dispose d’aucune information sur leur profil scolaire », note Mme Leclerc.

Car le ministère de l’Éducation ignore beaucoup de choses. La VG a d’ailleurs rédigé une liste de tout ce qu’il ne sait pas.
 

Ce que le ministère de l’Éducation ne sait pas

  •     Le nombre total de postes déjà pourvus et à pourvoir (réguliers à temps plein et à temps partiel)
  •     Le nombre d’enseignants actifs non légalement qualifiés et leur profil scolaire
  •     Le nombre moyen d’enseignants nécessaires pour pourvoir un poste
  •     Le nombre moyen d’élèves par classe
  •     Les prévisions du nombre de postes d’enseignants à pourvoir dans l’avenir
  •     Le taux de rétention, de roulement et d’absentéisme
  •     Les départs à la retraite
  •     Les démissions et les raisons de celles-ci

samedi 29 avril 2023

Québec — Le système éducatif protège les mauvais enseignants du réseau public

À la suite de plusieurs enregistrements d'enseignants insultant leurs élèves en classe:

Extraits d'une chronique de Mario-Dumont parue dans le Journal de Québec.

Toute la semaine, des voix se sont levées pour réclamer un ordre professionnel des enseignants. Je m’en réjouis, supportant cette idée depuis longtemps. C’est malheureux que tel enthousiasme pour l’idée n’ait pas été exprimé lorsque les syndicats de l’enseignement plaçaient un mur devant l’ex-ministre Roberge pour le faire reculer.

Un ordre professionnel, ça n’arrivera pas. Les syndicats de l’enseignement en ont fait une guerre sainte. Le ministre Jean-François Roberge l’a rapidement constaté dans son dernier mandat. Il devait abandonner cet engagement de la CAQ s’il voulait pouvoir espérer la moindre collaboration syndicale.

Aujourd’hui, Bernard Drainville semble terrorisé à la seule idée d’aller explorer la suggestion. Et permettez-moi d’être aussi sceptique avec le nouvel intérêt démontré par certains partis d’opposition. Ils ont aussi courbé l’échine dans le passé.

Bouclier qui protège les médiocres et les mauvais

Avant même de parler d’un ordre professionnel pour encadrer les dérives, il faudrait se poser une question plus simple.

Comment notre système d’éducation traite-t-il les cas d’enseignants qui bafouent la profession ?

Ma réponse : le système protège les incompétents et les inadéquats. Les règles mises en place pour blinder la sécurité d’emploi, combinées avec la puissance syndicale, tout concourt à mettre un cocon de défense autour des pommes pourries.

La gradation prévue dans les règles bureaucratiques donne déjà toutes les chances.

Avertissement verbal, avertissement écrit, premier avertissement, deuxième avertissement, il faut gaffer beaucoup juste pour obtenir une véritable conséquence, comme une journée de suspension.

Un ancien cadre scolaire m’a déjà expliqué à quel point congédier un incompétent représente une tâche titanesque, voire impossible, dans le réseau public d’éducation.

Quand on examine l’ampleur de la difficulté à tasser quelqu’un qui fait du tort aux enfants, on finit par trouver que l’intérêt de l’élève arrive loin dans les priorités.

Il y a quelques années, l’institut économique de Montréal avait compilé des chiffres très parlants.

Sur cinq ans, seulement sept enseignants avaient été renvoyés sur les 60 000 du réseau public québécois.

Un par année sur des dizaines de milliers ? Impossible.


Ça signifie que la plupart des cas problématiques restent devant une classe.

Voir aussi

Sur le mode humoristique (c'est une fiction) :



mardi 18 avril 2023

Coïncidence — Immigration : Le Québec fracasse un record, loyers records à Montréal, pénurie et surcharge de travail à l'école

I. Le nombre d’immigrants au Québec a augmenté de près de 150 000 en 2022, la plus forte hausse de son histoire. Cette marque vient fracasser le sommet de 98 000 atteint en 2019, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec.
 
Cette explosion de l’immigration est principalement due à une hausse marquée du nombre de résidents non permanents, que ce soient les travailleurs temporaires, les étudiants étrangers ou les demandeurs d’asile. Leur nombre a augmenté de 86 735 en 2022, en forte hausse par rapport au solde de 63 076 de 2019, l’année d’avant la pandémie. Le solde représente la différence entre le nombre de personnes venues s’établir au pays et celles ayant quitté le pays. Les résidents non permanents sont souvent de prochains résidents permanents, ils n’ont pas encore leurs papiers.
 

L’autre facteur de hausse provient de l’immigration permanente, nettement plus forte en 2022. Le seuil annuel d’immigrants a été établi à 50 000 par le gouvernement Legault. Mais comme ce niveau n’a pas été atteint en 2020 et en 2021, en raison de la pandémie, on assiste à un rattrapage qui a fait gonfler leurs rangs de 62 787 personnes l’an dernier.
 
II. Le prix moyen d’un [appartement] 3 ½ [pièces] à Montréal atteint 1620 $

Selon les données récoltées pour le mois d’avril, la moyenne pour un 3 ½ non meublé serait de 1 620 $. En avril 2022, celle-ci était de 1 423 $, soit une différence notable de près de 200 $ en seulement un an. Un 3 ½ est composé d’un salon, d’une cuisine, d’une chambre et d’une salle de bains (laquelle compte pour une demi-pièce).

Autre preuve que le marché a augmenté de façon fulgurante, le quartier le moins cher l’an passé, Hochelaga-Maisonneuve, proposait en moyenne des loyers à 1 167 $ pour un 3 ½ non meublé. Selon le bilan du site liv. rent, les loyers les moins chers, ce mois-ci, se trouveraient à Ahuntsic-Cartierville et seraient affichés à 1 409 $, un écart de 242 $.

Pour ce qui est des 4 ½ (deux chambres) c’est plutôt, Hochelaga-Maisonneuve qui possède les logements les moins chers avec une moyenne de 1 737 $.

Celui qui remporte la palme du quartier le plus onéreux de la métropole est bel et bien le centre-ville de Montréal avec une moyenne de 1 883 $/mois pour un 3 ½ non meublé. En deuxième position du podium, on retrouve Westmount avec 1 784 $, Verdun avec 1 772 $, Le Plateau-Mont-Royal avec 1 735 $, Saint-Henri avec 1 663 $ et Notre-Dame-de-Grâce avec 1 617 $.

III. Pénurie d’enseignants, surcharge de travail avec les « nouveaux arrivants » qui peinent en français

On apprend qu’il manque d’enseignants, de surveillants, d’orthopédagogues. Ce n’est pas parce que les Québécois font plus d’enfants, c’est tout le contraire. Ce n’est pas parce que les enseignants fuient davantage vers l’Ontario que par le passé. C’est l’inverse : l’Ordre des enseignants de l’Ontario fait état d’une diminution de 30 % depuis cinq ans.

Il s’agit plutôt d’un manque d’intérêt pour la carrière causé par une charge plus grande de travail (le nombre d’élèves est fortement gonflé par l’immigration) et des demandes plus importantes pour les enseignants qui restent : « Classes trop nombreuses, dont un nombre important d’élèves demandent un suivi hebdomadaire par la titulaire au primaire et le tuteur au secondaire ; incivilité fréquente des élèves qui posent de sérieux problèmes de gestion de la classe et prennent beaucoup de temps en classe et hors de la classe, etc. On va même jusqu’à leur demander de prendre en charge les nouveaux arrivants pour les aider ! »

Rappel : en 2019, 67,3 % des élèves inscrits au secteur public de Montréal sont issus de l’immigration. La proportion d’élèves immigrants au sein des écoles montréalaises est en augmentation constante depuis les dernières années. Elle se situait à 45,5 % en 1998. Dans certains quartiers montréalais, les élèves issus de l’immigration peuvent représenter jusqu’à 74,6 % de la population scolaire.
 
 

mercredi 5 avril 2023

Québec — L'écart se creuse entre le public et le privé en français

La baisse du taux de réussite à l’épreuve d’écriture a été moins brutale pour les élèves du privé en 2022.

Le taux de réussite des élèves à l’épreuve de français écrit de cinquième secondaire a chuté en 2022, mais ce sont les élèves du public qui ont subi la dégringolade la plus importante, si bien que l’écart s’est creusé encore davantage avec le privé.

Dans l’ensemble du réseau public, seulement 66,1 % des élèves ont réussi leur examen d’écriture en juin 2022, une diminution de dix points de pourcentage comparé à juin 2019.

Les épreuves ministérielles ont été annulées pendant la pandémie, en 2020 et 2021.

Les résultats des garçons qui fréquentent le public sont encore moins reluisants, puisque seulement 59,1 % d’entre eux ont obtenu la note de passage, selon des données du ministère de l’Éducation obtenues par Le Journal.

Déclin moins marqué

Dans le réseau privé, l’impact de la pandémie s’est aussi fait sentir sur les résultats en français écrit, mais de façon moins marquée.

Le taux de réussite de l’épreuve de cinquième secondaire est passé de 88 %, en 2019, à 81,6 %, en 2022. Dans les rangs des garçons, 76,6 % ont obtenu la note de passage.

L’écart entre les élèves du public et du privé s’est donc accentué en trois ans, passant de 12 à 15,5 points de pourcentage.

« C’est inquiétant de voir des différences comme celles-là. En français écrit, ça ne va pas du tout », lance Isabelle Plante, professeure au département de didactique à l’UQAM.

Le son de cloche est semblable du côté de Priscilla Boyer, professeure en didactique du français à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Cet écart entre les élèves du public et du privé n’est toutefois pas étonnant puisque les chambardements entraînés par la crise sanitaire ont eu un impact plus grand dans les milieux défavorisés, souligne-t-elle.

Effet de la gestion de la pandémie

« Comme dans d’autres domaines, la pandémie a fragilisé ces étudiants-là et ce sont eux qui ont écopé le plus, en général », dit-elle.

Les élèves du privé ont probablement eu davantage de soutien parental à la maison, moins de problèmes d’accès à un appareil informatique, sans compter la rapidité avec laquelle les écoles privées ont mis en place l’école en ligne dès le début de la pandémie, souligne Mme Boyer.

Ce sont « les élèves les plus vulnérables qui semblent avoir souffert davantage » de la pandémie, alors que ces derniers sont « surreprésentés » dans les écoles publiques, indique aussi de son côté la professeure de l’UQAM.

Selon les plus récents chiffres, 33 % des élèves des écoles secondaires publiques sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA, dans le jargon du ministère), une proportion qui chute à 19 % dans les établissements privés.

Par ailleurs, la proportion d’élèves du secondaire inscrits au privé était de 20,5 % en 2022, semblable à celle de 2019. 

[Rappel : Suède : les écoliers et collégiens sauvés du confinement. L’ouverture continue des écoles n’a pas eu d’effets sur la mortalité des enfants ni des enseignants…]


Nombreux enseignants non qualifiés


La crise sanitaire n’est toutefois pas le seul facteur qui peut expliquer la dégringolade des élèves en français. La pénurie d’enseignants pourrait aussi être en cause, ajoute Mme Boyer.

Des conseillers pédagogiques lui ont rapporté récemment que dans certaines écoles montréalaises, tous les enseignants de français de cinquième secondaire étaient nouveaux ou n’avaient aucune formation, ce qui pourrait avoir un impact sur la réussite des élèves. [Serait-ce dû à la forte croissance du nombre d’élèves due à l’immigration record au Québec ?]

Mme Boyer rappelle par ailleurs que les résultats aux épreuves ministérielles de juin 2022 ne comptaient que pour 20 % de la note finale de l’élève, alors que cette proportion était de 50 % avant la pandémie.

Dans ce contexte, des enseignants ont pu décider d’accorder moins d’importance en classe à la préparation pour l’épreuve ministérielle, souligne-t-elle.


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Québec — Des retards scolaires qui atteignent le « jamais vu » suite à la politique de confinement 
 

Le confinement aurait détruit plus d’années de vie qu’il n’en a épargné 

Covid — New York Times affirme que le CDC a grandement exagéré le risque de contamination à l’extérieur  

Immigration de masse : Toujours plus (le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7)

Post-mortem de la pandémie

Gestion de la pandémie — La sédentarité a bondi chez les jeunes 

Danemark arrête la vaccination anti-covid pour les moins de 18 50 ans (sauf cas particuliers)  

Québec — La violence envers les enseignants explose dans les écoles 

Suède et Suisse — Enfants peu à risques et peu contagieux (juillet 2020) 

Le statisticien Pierre Chaillot sur ce que les chiffres de la Covid révèlent 

New York Times : L’obligation de port du masque n’a servi à rien. En tirerons-nous des leçons ?

 

 

vendredi 3 mars 2023

France — Salaires faibles, surveillés, affectations et mutation rigides, faible niveau des élèves, le métier de prof

À 50 ans, Émilie regarde derrière elle avec amertume. Fille d’enseignants, elle a embrassé la carrière avec enthousiasme, motivée par un métier ayant pour elle du sens, « instruire les plus jeunes », permettant aussi, par ses horaires, « d’être présente pour ses propres enfants ». Divorcée depuis plusieurs années, elle est directrice d’école depuis plus de quinze ans. Dans une zone socialement défavorisée. Avec 27 ans d’ancienneté, elle touche 3 200 euros nets. Ce sont les conditions d’exercice dégradées qui la révoltent.


« L’accueil, avec peu de moyens, d’élèves en situation de handicap de plus en plus nombreux, le manque d’AESH, les signalements d’enfants potentiellement maltraités, la gestion des parents difficiles, lâche-t-elle. Et les réunions, qui n’en finissent pas de brasser du vent, les dossiers et formulaires à remplir pour “rendre compte” à une inspection qui doit être au courant de nos moindres faits et gestes. » Dans ce sombre tableau reste la « joie », cependant, de voir débarquer chaque année dans son école tous ces nouveaux visages d’enfants âgés de 3 ans. « Mais quand je vois arriver un contractuel à qui est confiée une classe de CM1 et qui ne maîtrise pas le subjonctif présent, je suis juste effondrée », assène-t-elle.

Des témoignages comme celui d’Émilie, on en lit beaucoup, ces dernières années. Et les professeurs, ces fonctionnaires de catégories A (ils sont 859 000, sur un total de 5,7 millions de fonctionnaires), sont de plus en plus nombreux à jeter l’éponge. En 2021-2022, le nombre de déserteurs a atteint un niveau jusqu’alors jamais observé : 2 411 enseignants ont quitté le métier volontairement, selon le dernier bilan social de l’éducation nationale. Soit 0,34 % des effectifs. Une proportion qui pourrait paraître dérisoire, si elle n’indiquait pas une tendance.

En 2008-2009, seul 0,05 % des troupes (364 enseignants) choisissaient de partir. Fait plus inquiétant encore, parmi les professeurs partis l’an dernier, 749 étaient des « stagiaires », ces jeunes enseignants découvrant la réalité du métier. Des fonctionnaires ayant décroché le concours (porté à bac+5 depuis 2022), et qui, pendant un an, exercent dans les écoles, collèges ou lycées, à temps plein (s’ils ont décroché un master métiers de l’enseignement, dit « Meef », qui comporte des périodes de stages devant les élèves) ou à mi-temps (s’il s’agit d’un master « classique »). Pour une rémunération nette de 1657 euros dans le premier cas, et de 1 571 dans le second. Une perspective qui exige une motivation évidente, pour ne pas dire une vocation. Une fois titularisés, les jeunes enseignants commencent à 1 924 euros nets mensuels. Mais, « à la rentrée 2023, aucun enseignant ne démarrera sa carrière à moins de 2 000 euros », ne cesse de répéter le ministère de l’Éducation, alors que les promesses électorales d’Emmanuel Macron ont fait miroiter à la profession une augmentation « substantielle ».

Formation déconnectée des réalités

« Je comprends pourquoi le métier n’attire plus. Avec les conditions d’exercice et cette impression d’être laissé à l’abandon tout en étant fliqué, comment peut-on encore avoir envie de passer le concours ? » s’interroge Anna(*), 23 ans, étudiante en deuxième année de master Meef, qui a été à deux doigts de jeter l’éponge, après un premier semestre éprouvant. Un « enfer » où se sont cumulés les cours à l’inspé (l’institut de formation au professorat) pour préparer le concours, le travail sur son mémoire et la préparation de ses cours, deux jours par semaine, pour ses élèves de CM1-CM2, dans une école de Pantin (93), où elle a été affectée cette année. « On ne peut rien faire à 100 %. Pendant mes heures de formation à l’inspé, je prépare les cours pour ma classe. J’aime ce métier, je ne souhaite que la réussite de mes élèves, mais le fait d’être visité deux fois par an par des personnes qui traquent la moindre erreur pour la faire remonter à l’inspection, c’est difficilement gérable. Je me demande si ce sera ça pendant toute ma carrière », raconte la jeune femme qui, rémunérée 870 euros bruts mensuels, a dû « retourner chez Maman » cette année.

Si elle juge sa formation à l’inspé de bonne qualité, elle estime aussi qu’elle est déconnectée des réalités. « Au concours, on nous forme aux maths et au français, pas du tout à la gestion de classe, à la préparation de séances pédagogiques, déplore-t-elle. On a revu le théorème de Pythagore, alors que les élèves ne l’étudient qu’en classe de quatrième ! » Elle considère en revanche que « revoir les bases de la grammaire » est une nécessité. « Les élèves ont beaucoup de mal avec l’écrit. Les profs doivent au moins maîtriser la langue », résume-t-elle. Et force est de constater que, parmi ses camarades de promo, tous n’ont pas le niveau. « À la fin de la première année de master, les résultats ont affiché quatre pages d’admis et au moins huit de recalés ! Beaucoup se sont plaints du niveau exigé, mais quand on écrit “er” au lieu de “é”, ça me paraît normal de ne pas être admis », estime-t-elle. Pourtant, en parallèle, ce sont des contractuels de niveau bac + 3, embauchés sur simple entretien, que recrute l’éducation nationale pour faire face à la pénurie de candidats aux concours. « C’est extraordinaire ! Cela revient à dire à tous ceux qui triment pendant deux ans à l’inspé qu’ils ne servent à rien ! Je suis en colère contre l’état »,

« Job dating » express

L’an dernier, les opérations de « job dating », lancées à l’été dans les académies de Versailles, Paris ou Toulouse, pour recruter des contractuels, ont défrayé la chronique. Mais l’Éducation nationale n’avait pas le choix si elle voulait tenir la promesse répétée par le ministre nouvellement arrivé aux commandes, Pap Ndiaye, d’avoir « un professeur devant chaque classe, dans toutes les écoles de France ». Car les concours n’avaient pas fait le plein. En mai 2022, avant même les oraux, le nombre de candidats admissibles aux écrits était inférieur, en maths, en allemand ou en lettres classiques, au nombre de postes proposés. À l’issue de la session de recrutement 2022, le taux de postes pourvus, au regard des postes ouverts, se situait à 83 % pour les professeurs des écoles — avec des difficultés marquées dans les académies réputées difficiles de Créteil et de Versailles —, comme pour ceux du second degré. Contre 94 % l’année précédente. À l’arrivée, quelque 4000 fonctionnaires manquaient à l’appel.

À la rentrée de septembre, Pap Ndiaye n’a cessé de temporiser, répétant que les contractuels recrutés ne représentaient que 1 % des professeurs de l’école primaire et 6,5 % à 8 % dans les collèges et lycées. Il n’empêche. Là encore, la tendance s’installe. Et, fait nouveau, elle touche aussi le premier degré, où la désaffection était jusqu’alors peu visible. Du côté des organisations syndicales, on dénonce, avec le recrutement de contractuels, une « casse » de la fonction publique. Dans le même temps, les enseignants fonctionnaires pointent de plus en plus, en cette période de pénurie, un système de mutation et d’affectation rigide, qui, au-delà même des questions de rémunération, les détournent du métier. Dans l’Éducation nationale, il n’est pas rare qu’un étudiant passant son Capes à La Réunion soit affecté, en stage, en métropole, dans les académies de Créteil ou de Versailles. Quand il faut se battre pour accéder à celle de Rennes, la plus attractive de France. Pas de quoi donner envie de mettre un pied dans les méandres de la fonction publique, surtout dans un contexte de marché de l’emploi au beau fixe, où les jeunes ne caressent plus vraiment le rêve de la sécurité de l’emploi.

Tristan, 31 ans, est contractuel depuis maintenant deux ans. « J’ai suivi un master Meef, mais j’ai raté quatre fois le concours. Les épreuves écrites, c’est difficile pour moi. Je n’ai pas fait d’études littéraires », explique ce titulaire d’un DUT en informatique et électronique, qui, après une expérience professionnelle décevante dans ce secteur, est revenu à son « premier amour », l’histoire, et s’est lancé dans le professorat. Lassé de se casser les dents sur le concours, il a postulé en janvier 2021 comme contractuel dans l’académie de Reims. À l’issue d’un entretien de trente minutes, l’inspecteur a retenu sa candidature. Avant cela, le jeune homme avait travaillé six mois comme chauffeur livreur, puis commerçant itinérant, pour « s’acheter une voiture », la « condition nécessaire pour être contractuel ».

« On est là pour les distraire »

Un statut précaire, où ces personnels héritent des « restes » laissés par les titulaires, et enseignent généralement sur plusieurs établissements. La première année, Tristan n’a pris que douze heures, dans un collège difficile de Troyes, rémunéré 600 euros nets par mois. « Je me suis aperçu que les cours très généraux que j’avais eus à l’Inspé n’étaient pas réutilisables. Les premiers cours que j’ai donnés en quatrième étaient sans doute trop lourds pour le niveau de ce collège. Ça a été très difficile, raconte-t-il. Je ne savais rien de la gestion de classe. J’étais hésitant. Plusieurs élèves me tenaient tête et je n’avais pas la repartie. »

Cette année, il est affecté sur trois collèges, l’un à Troyes, proche de chez lui, et deux autres, ruraux, à quarante minutes. Il a changé son approche. « Je sais que, si je fais un cours magistral d’une heure, ça ne marchera pas. Il faut des miniactivités. On est là pour les distraire en les instruisant. Il faut qu’ils passent un bon moment », lâche-t-il, sans aucune ironie. Avec un temps plein (18 h) et ses heures supplémentaires, il arrive à 2000 euros nets. Pour Tristan, issu d’un milieu modeste, le métier de prof reste « prestigieux », même s’il considère comme un peu aberrant de gagner un salaire proche d’un SMIC avec un bac + 5. « Comme commercial itinérant, un métier qui n’exige aucun diplôme, j’arrivais certains mois à 2300 euros. Je pense que, à la rentrée, on aura une augmentation importante. Le gouvernement l’a promis », espère-t-il.

Mais les négociations en cours laissent, pour l’heure, les syndicats amers. S’il semble acquis que les enseignants bénéficieront tous, en septembre 2023, d’une augmentation de leur indemnité liée au suivi des élèves (de 1200 à 2000 euros bruts annuels), reste à négocier la partie conditionnée à l’acception de missions « supplémentaires ». Le fameux « pacte nouveau », promis par Emmanuel Macron pendant sa campagne, qui récompenserait les enseignants « prêts à aller vers de nouvelles missions ».

France : Le Figaro


lundi 20 février 2023

Québec — Pénurie d'enseignants, hausse des dépenses et des besoins pour élèves allophones et vulnérables

« On peut dire qu’aujourd’hui, on est toujours en rattrapage par rapport à ces départs massifs qui ont été causés par l’austérité des libéraux », a déploré Bernard Drainville.

(Québec) Questionné sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre dans les écoles, Bernard Drainville renvoie la balle aux libéraux tandis que l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, admet des regrets sur les compressions en éducation.

Cette sortie publique coïncide avec une série de nouvelles sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre en éducation. Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) s’est résigné à embaucher des enseignants non légalement qualifiés pour enseigner auprès des élèves les plus vulnérables, en adaptation scolaire, rapporte La Presse. Et les délais d’attente subis par les élèves allophones pour obtenir un enseignement en français ont aussi fait l’objet d’articles de presse. Voir La naïveté québécoise face à l’immigration et à la dénatalité : l’anglais langue commune même à l’école en français…

Au moment où le gouvernement Legault entame un deuxième mandat, M. Drainville défend le bilan de la Coalition avenir Québec (CAQ) : « Depuis qu’on est là, les dépenses en éducation, en moyenne, ont augmenté de 1 milliard par année. » 

Hausse constante des dépenses, qu'en est-il de la qualité ?

 

Le Québec chef de file des hausses de dépenses en éducation

En 2017-2018, la dépense globale par élève pour l’éducation préscolaire, l’enseignement primaire et secondaire au Québec était de 13 987 $, soit environ 2 % moins élevée qu’en Ontario (14 254 $) et que la moyenne canadienne (14 253 $).

Il est toutefois important de noter que la comparaison interprovinciale de la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les provinces canadiennes. Celui-ci est moins élevé au Québec comparativement à l’Ontario et à la moyenne canadienne (écart de 15 % et 9 %, respectivement, en 2017). Si l’on tient compte de cette différence, la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire est plus élevée au Québec.

Enfin, notons que l’enseignement secondaire est plus court au Québec. Or, les dernières années du lycée (le collégial au Québec) coûtent plus cher que celles du secondaire québécois. Ceci tend aussi à fausser les comparaisons entre les pays.

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Hausse des salaires, pensions et des « élèves en difficulté » [y compris les immigrants]

Selon un rapport de l’IEDM en 2017 où l’on observait déjà une hausse des dépenses pendant les dix années précédentes :

Pourquoi les dépenses en éducation ont-elles grimpé autant ? On peut d’office éliminer une cause : les dépenses d’infrastructure. Selon l’évaluation la plus récente, le déficit d’infrastructure, soit le montant qu’il faudrait dépenser pour remettre à niveau les bâtiments des commissions scolaires du Québec — ce qui inclut les écoles —, dépasse les 6 milliards $. Cette remise à plus tard des dépenses d’entretien normales a donc contribué à atténuer la croissance des dépenses du ministère.

C’est plutôt du côté des salaires qu’il faut regarder pour comprendre l’emballement des dépenses au cours des dix dernières années. Premièrement, le rapport élèves-enseignant dans les commissions scolaires est passé de 14,2 à 13,3 entre 2006-07 et 2015-16. Ce changement, qui peut sembler minime, a eu des impacts considérables sur les coûts récurrents en éducation.

La deuxième cause d’augmentation des dépenses est liée aux paiements de l’État dans les caisses de retraite des employés, qui ont bondi de près de 50 % en tenant compte de l’inflation lors de cette même période4. La troisième raison est le vieillissement des employés : comme on embauche pour le moment relativement peu de nouveaux professeurs, la progression automatique dans l’échelle salariale au fil des années fait augmenter les coûts par employé.

Outre les coûts salariaux, un autre phénomène fait croître de façon importante les dépenses en éducation : la croissance rapide de la proportion d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation ou ayant un handicap. Le pourcentage de ces élèves inscrits au secteur public est passé de 16 % en 2006 — 2007 à 21,5 % du total en 2016-2017, une hausse d’un tiers. Étant donné qu’un élève présentant un handicap donne droit à une subvention qui peut être jusqu’à quatre fois plus élevée, ce facteur contribue lui aussi à la hausse des dépenses.

Bref, le gouvernement du Québec dépense de plus en plus en éducation. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’élèves ni parce que les écoles sont mieux entretenues, mais parce que le rapport d’élèves par professeur a baissé, que les coûts salariaux ont augmenté et qu’il y a plus d’élèves avec des besoins particuliers.

Il n’est pas du tout évident que cette augmentation constante des coûts de l’éducation se soit accompagnée par une hausse de la qualité de l’enseignement :

« Une part non négligeable de l’amélioration du taux de diplomation du secteur public est liée à la création de nouveaux diplômes dont la valeur est remise en question par certains observateurs8. À titre d’exemple, on peut nommer le Certificat de formation préparatoire au travail, qui nécessite que l’élève ait suivi 2700 heures de formation générale au niveau secondaire (soit environ trois années) et complété un stage de 900 heures en milieu professionnel (autrement dit qu’il ait occupé un emploi) ; ou encore le Certificat de formation en insertion socioprofessionnelle des adultes, décerné à un élève qui a réussi ses cours de français, anglais et mathématiques du niveau primaire, ainsi qu’une formation de 900 heures en sensibilisation au marché du travail. Environ 40 % de l’augmentation du taux de diplomation sur sept ans pour l’ensemble du Québec est due à ce nouveau type de qualification.

Enfin, la pression pour améliorer les taux de réussite a-t-elle permis de maintenir la qualité des diplômes, ou a-t-elle plutôt mené à un nivellement par le bas ? Il est difficile de répondre à cette question, mais certains éléments permettent de croire que la volonté de diplômer plus d’élèves a mené à une réduction de la rigueur dans leur évaluation. »

C'est ainsi que, dans un sondage mené auprès de 630 professeurs en avril 2017, on apprenait qu’un enseignant sur deux avait vu la direction de son école hausser la note qu’il avait accordée à un élève sans son consentement. Patricia Cloutier, « Des notes modifiées à l’insu des profs », Le Soleil, 27 avril 2017 ; Tommy Chouinard, « Le ministre de l’Éducation exige la fin des notes gonflées dans les écoles », La Presse, 30 mai 2017.