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mercredi 20 mai 2026

Une scolarité sans écrans : Les élèves scandinaves reviennent aux livres et aux stylos

Lorsque Cecilia Rosenbaum a découvert un escalier dont les montants verticaux de chaque marche étaient ornés d’autocollants colorés représentant « Peter Pan », « Charlie et la chocolaterie » et d’autres titres de livres pour enfants très appréciés, elle a décidé de reproduire cette idée dans son école. La directrice de Montessori Mondial Kungsholmen, une grundskola (école obligatoire de neuf ans), s’est donné pour mission d’inciter ses élèves à lire davantage. Pendant la récréation, les livres sont apportés dans le parc situé devant l’école. Chaque journée commence par 15 minutes de lecture en classe. Un jour par semaine, l’enseignant fait la lecture à voix haute à toute la classe.



Autrefois pays affichant le taux d’alphabétisation le plus élevé au monde, la Suède a vu ses résultats en lecture baisser ces derniers temps. En 2022 (dernières données disponibles), le score de la Suède en lecture au PISA, une étude mondiale sur les compétences en lecture et autres aptitudes des jeunes de 15 ans, avait chuté de 19 points en quatre ans pour s’établir à 487. À titre de comparaison, l’Irlande affichait 516 et Singapour, en tête du classement, 543. « Environ 25 % des élèves suédois ont des difficultés à lire correctement », explique Lotta Edholm, ministre de l’Enseignement supérieur. Selon elle, cela est « lié à une dépendance excessive aux outils numériques sans preuve suffisante de leur efficacité ».

Mme Edholm est déterminée à réduire l’éducation numérique. « Från skärm till pärm » (de l’écran au classeur/des pixels aux pages) est le slogan de son gouvernement de centre-droit pour sa politique de « retour aux sources », visant à réduire l’utilisation des ordinateurs et des tablettes au profit de l’écriture manuscrite et des manuels scolaires traditionnels. En août de cette année, les téléphones portables seront interdits dans toutes les grundskolor. En 2023, le gouvernement a lancé un programme d’investissement ambitieux pour atteindre son objectif de fournir un manuel par élève et par matière. À ce jour, il a dépensé plus de 2 milliards de couronnes suédoises (182 millions d'euros, 291 millions de dollars canadiens) pour ramener les livres et continuera d’investir dans la lecture hors ligne, l’écriture manuscrite et le calcul.

D’autres pays en Europe et en Amérique s’engagent dans un retour aux livres et aux stylos à l’école, mais aucun aussi rapidement que le Danemark, la Suède et la Finlande, pays qui sont par ailleurs des adeptes enthousiastes des technologies numériques. L'année dernière, la Finlande, berceau de Nokia, l'un des pionniers mondiaux de la téléphonie mobile, a introduit des restrictions sévères quant à l'utilisation des téléphones portables pendant les cours pour les enfants âgés de 7 à 16 ans. Le Danemark emboîtera le pas cette année avec une loi imposant l'interdiction des téléphones et des tablettes personnelles dans les folkeskole, les écoles jusqu'à l'âge de 16 ans.

« Revenir aux livres coûte cher », explique Merete Riisager, ancienne ministre danoise de l’Éducation. Le Danemark a été pionnier dans l’utilisation des tablettes à l’école dès 2011, mais n’a dispensé que peu de formation aux enseignants. « Nos enseignants étaient perdus », raconte Kara Barker-Astrom, directrice du VRG Campus Viktor Rydberg, un lycée de Stockholm. Le pays en est depuis venu à regretter sa campagne en faveur du numérique. Mme Riisager estime que les tablettes ont joué un rôle dans la détérioration des compétences en lecture et en mathématiques des élèves danois. Les preuves scientifiques des avantages de l’interdiction des téléphones sont encore maigres, mais elles se multiplient. « Dans l’ensemble, tout le monde s’accorde à dire que restreindre l’utilisation des téléphones est bon pour l’attention des enfants », explique Lucia Magis-Weinberg, de l’université de Washington.

Une étude publiée en octobre a montré qu’une interdiction des téléphones « de la première à la dernière sonnerie » dans un grand district scolaire de Floride avait initialement entraîné une augmentation des exclusions temporaires d’élèves. Elle a toutefois constaté de nettes améliorations des résultats aux examens dès la deuxième année de l’interdiction. Elle a également révélé que l’interdiction des téléphones avait considérablement réduit l’absentéisme, les élèves s’étant adaptés et ayant commencé à apprécier le fait de ne pas être constamment rivés à leurs écrans. Une meilleure assiduité pourrait expliquer en partie l’amélioration des résultats aux examens. Malgré tout, Mme Magis-Weinberg met en garde contre l’idée qu’il existerait une politique universelle.

Mme Barker-Astrom salue bon nombre des mesures de Mme Edholm, mais met en garde contre un revirement excessif. Les élèves de plus de 16 ans doivent pouvoir utiliser des téléphones et des ordinateurs portables, car les matières qu’ils étudient deviennent plus complexes et il faut les préparer aux compétences numériques requises à l’université et sur le marché du travail. Malgré tout, son école continue de couper l’accès à Internet pendant les examens, car la tentation de tricher ou de consulter les réseaux sociaux est tout simplement trop forte. 


Source : The Economist

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mercredi 4 mars 2026

Étude : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future, tandis que celles des hommes l'augmentent

Résumé : Une étude de décembre 2025 de la Fed de Chicago utilisant des données danoises : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future (jusqu'à -3,8 % pour un +5 % de salaire à 25 ans), tandis que celles des hommes l'augmentent (jusqu'à +1,2 %).

Les auteurs expliquent cette asymétrie par l'effet substitution dominant chez les femmes (compétition entre travail et enfants, garde d'enfants plus souvent à leur charge) et l'effet revenu chez les hommes, basé sur des réformes fiscales de 2009-2010 et un modèle de cycle de vie.

Ces résultats soulignent un impact potentiel inattendu des politiques d'égalité salariale sur la baisse de la natalité en Europe du Nord, où la fertilité est déjà faible (1,5 enfant par femme au Danemark en 2025).

Détails

Une étude publiée en décembre 2025 par la Federal Reserve Bank of Chicago analyse les liens entre évolution des salaires et décisions de fécondité à partir de données administratives danoises. Les auteurs exploitent des réformes fiscales mises en œuvre au Danemark entre 2009 et 2010 afin d’identifier l’effet causal de variations de salaires nets sur le nombre d’enfants au cours du cycle de vie.

Une relation différenciée selon le sexe

Les résultats mettent en évidence une asymétrie marquée :

  • Chez les femmes, une hausse du salaire net à un âge précoce – notamment autour de 25 ans – est associée à une baisse de la fécondité ultérieure. Selon les simulations du modèle estimé, une augmentation permanente de 5 % du salaire net féminin à 25 ans correspond à une diminution pouvant atteindre –3,8 % du nombre d’enfants attendu au cours de la vie.

  • Chez les hommes, une hausse comparable du salaire net est associée à une augmentation de la fécondité. Dans les mêmes conditions, une hausse de 5 % du salaire net masculin à 25 ans correspond à une progression pouvant atteindre +1,2 % du nombre d’enfants.

Ces estimations proviennent d’un modèle structurel de cycle de vie calibré sur les données danoises, combinant trajectoires salariales, décisions d’offre de travail et choix de fécondité.

Les mécanismes économiques avancés

Les auteurs interprètent cette asymétrie à partir de deux mécanismes classiques de la théorie économique :

  1. Effet de substitution dominant chez les femmes
    Une hausse du salaire augmente la valeur du temps consacré au travail rémunéré. Lorsque les responsabilités liées à la garde des enfants sont principalement assumées par les femmes, une augmentation du salaire féminin accroît le coût d’opportunité du temps consacré à la parentalité. Cela tend à réduire le nombre d’enfants choisi.

  2. Effet de revenu dominant chez les hommes
    Une hausse du salaire masculin accroît le revenu total du ménage. Cette augmentation des ressources disponibles peut favoriser la décision d’avoir davantage d’enfants, l’amélioration du revenu jouant un rôle positif dans les choix de fécondité.

L’étude montre également que les décisions de fécondité influencent à leur tour l’offre de travail sur l’ensemble du cycle de vie, contribuant à façonner les trajectoires professionnelles différenciées selon le sexe.

Un contexte démographique de faible fécondité

Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où la fécondité demeure inférieure au seuil de renouvellement des générations dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Au Danemark, le taux de fécondité total s’établit autour de 1,5 enfant par femme en 2025, soit un niveau nettement inférieur au seuil d’environ 2,1 nécessaire au maintien de la population sans apport migratoire.

vendredi 30 janvier 2026

Au Danemark, la droite conservatrice freinée à cause des visées de Trump sur le Groenland

Il y a un an, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Morten Messerschmidt, dirigeant du Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), s’affichait à Mar-a-Lago (voir photo ci-contre), la résidence floridienne du président élu. Sur les réseaux sociaux, il publiait des images enthousiastes de lui, proclamant notamment : « Le wokisme est mort ».;

Auprès d’un média danois, il alla jusqu’à déclarer : « Ensemble, nous rendrons sa grandeur à l’Occident », adptant le slogan Make America Great Again. Ses opposants ne tardèrent pas à le surnommer « Maga Morten ».

Ces images, que la mémoire numérique conserve intactes, embarrassent aujourd’hui son parti. Comme une large part de la société danoise — historiquement très favorable aux États-Unis — le Parti du peuple danois a opéré un net revirement à l’égard de Washington, depuis que Donald Trump a ravivé l’hypothèse d’un contrôle américain sur le Groenland, territoire autonome qui représente près de 98 % de la superficie du Royaume du Danemark. Le Parti du peuple va même plus loin que la plupart des formations politiques : il est le seul à dénoncer ouvertement ce qu’il juge être l’excessive mansuétude diplomatique du gouvernement de coalition dans sa tentative de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis.

Un entourage idéologique conservateur

À l’approche des élections législatives prévues en octobre, les adversaires du parti se sont emparés de cette séquence pour souligner ce qu’ils présentent comme une contradiction politique. « C’est une calomnie », a réagi Morten Messerschmidt le 18 janvier sur Facebook. Dans les couloirs du Parlement danois, Alex Ahrendtsen, responsable des affaires européennes du parti, évoque quant à lui « une opération de diffamation ». Il affirme que le déplacement de Messerschmidt s’inscrivait dans le cadre d’une invitation émanant d’une organisation israélienne, à l’occasion d’un rassemblement organisé par la Heritage Foundation, un puissant cercle de réflexion conservateur très influent aux États-Unis.

« Cet élément est exact », confirme le commentateur politique Noa Redington. Il rappelle toutefois que, si le Parti du peuple danois entretient des relations cordiales avec la droite israélienne au pouvoir, notamment le Likoud de Benyamin Netanyahou, Morten Messerschmidt ne dispose pas de liens personnels établis avec Donald Trump ni avec les principales figures de la mouvance Maga. Les convergences idéologiques existent néanmoins : euroscepticisme affirmé, défense de la souveraineté nationale, valorisation des traditions culturelles, et opposition résolue à l’immigration et à ce que ces partis désignent comme l’idéologie « woke ».

Messerschmidt s’est longtemps réclamé de l’exemple de Nigel Farage, qu’il admirait pour son rôle dans le Brexit. Selon plusieurs observateurs de la vie politique danoise, il n’a jamais dissimulé son intérêt pour les réseaux populistes et conservateurs transnationaux, même s’il est resté en marge de leurs cercles les plus structurés.

Lors de son séjour en Floride, le dirigeant danois n’est d’ailleurs pas parvenu à obtenir d’entretien direct avec Donald Trump, alors même que ce dernier avait déjà évoqué publiquement son intérêt pour le Groenland. Selon des informations de presse américaine, toute rencontre formelle lui aurait été refusée. « À ma connaissance, il a surtout arpenté le complexe de Mar-a-Lago en multipliant les photos », raconte Noa Redington. « L’idée qu’un chef de parti d’une formation marginale, issue d’un petit pays nordique, puisse négocier seul avec le président américain relevait d’une certaine illusion politique. »

Un retournement coûteux

Alex Ahrendtsen récuse toute fascination pour Donald Trump. « Il ne s’agit pas d’être pro- ou anti-Trump, explique-t-il. Depuis des années, nous alertons sur la dépendance stratégique du Danemark vis-à-vis des États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement tente de masquer ses propres erreurs en nous accusant d’inconstance. » Une lecture que conteste Noa Redington : « Je n’ai pas souvenir que le Parti du peuple danois ait porté ce discours avant 2025. Jusqu’à récemment, ce type de mise en garde provenait plutôt de la gauche radicale. »

Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont laissé des traces. Là où les images ensoleillées de Mar-a-Lago n’avaient guère choqué, dans un pays longtemps très proaméricain — et avaient même coïncidé avec une progression dans les sondages —, le contexte a radicalement changé. Face à Donald Trump, l’essentiel de la classe politique danoise affiche désormais une rare unité. Le Parti du peuple danois, lui, se retrouve isolé et en recul dans l’opinion.

Source (adaptée) : Le Figaro

mercredi 7 janvier 2026

Numérique à l'école : le Danemark renonce et revient au papier

Le Danemark a longtemps été présenté comme un champion du numérique. Administration dématérialisée, identités digitales, tablettes dès 2011 dans les écoles…

Mais au pays du "Hygge“, l’art de vivre à la danoise, où le bien-être est une priorité, les autorités font marche arrière dans le domaine éducatif et social, après la publication de chiffres alarmants sur la santé mentale et les performances scolaires des enfants. Un retour à l’analogique qui se fait à pas de géant, avec interdiction de portables dans les écoles et les clubs périscolaires, un retour à l’apprentissage analogique et bientôt une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans.

 

jeudi 9 octobre 2025

Danemark : le retard scolaire n'est pas comblé après plusieurs générations pour les non-Occidentaux

Ce bref article propose un survol de la performance scolaire des immigrés au Danemark, en mettant particulièrement l’accent sur le degré d’assimilation observé d’une génération à l’autre.

Première génération : une progression initiale limitée

Une récente étude issue des travaux de Hassan et al. (2023) met en lumière les résultats scolaires des réfugiés au Danemark. Sans surprise, ces derniers accusent, à leur arrivée, un retard beaucoup plus marqué en danois qu’en mathématiques — un écart aisément compréhensible compte tenu de la barrière linguistique.


Au fil du temps, on observe des progrès dans les deux matières, mais nettement plus prononcés en danois. Après environ sept années, les résultats tendent à se stabiliser : l’écart entre les matières s’estompe, mais le niveau moyen demeure à environ un demi écart-type en dessous de la moyenne nationale — et légèrement plus bas encore que celui des natifs danois. Passé ce point, le rattrapage ne progresse plus de manière importante. C’est statistiquement significatif. Ce n’est pas énorme, mais c’est un retard réel et stable, surtout quand il ne se comble plus avec le temps.

De la première à la deuxième génération : des gains substantiels

Les enfants d’immigrés — communément appelés immigrés de seconde génération — présentent des résultats scolaires sensiblement meilleurs que leurs parents. Cela ne saurait étonner, dans la mesure où ces enfants grandissent au sein du système scolaire danois, avec le danois pour langue maternelle — un avantage dont leurs parents ne bénéficiaient pas.

Les données fournies par Statistiques Danemark révèlent une amélioration marquée. Chez les garçons, les notes moyennes augmentent de manière significative entre la première et la seconde génération, tous tests confondus. L’amélioration est particulièrement notable en danois, plus modéré en mathématiques — une tendance attendue.

Autre fait notable : les descendants d’immigrés originaires de pays occidentaux obtiennent des résultats très proches de ceux des Danois d’origine. En revanche, les enfants d’immigrés non occidentaux accusent toujours un retard scolaire important, même en seconde génération.

De la deuxième à la troisième génération : une stagnation inattendue

Si le passage de la première à la deuxième génération s’accompagne d’un net progrès, l’idée selon laquelle chaque génération bénéficierait d’une assimilation croissante n’est pas confirmée par les données.

En effet, tant la deuxième que la troisième génération ont grandi dans un contexte linguistique et scolaire identique : danois comme langue maternelle, scolarité complète au Danemark. Statistiquement, aucune différence notable n’apparaît entre les deux groupes. Les données de officielles danoises (2023) indiquent des résultats presque parfaitement superposés.

Cela remet en question l’hypothèse d’une assimilation linéaire et continue au fil des générations. Il convient néanmoins de nuancer cette conclusion : des différences de composition selon les origines nationales entre la deuxième et la troisième génération pourraient masquer de faibles évolutions.

Pourquoi les immigrés non occidentaux restent-ils à la traîne ?

Au Danemark, les descendants d’immigrés occidentaux affichent en moyenne des résultats comparables à ceux des natifs. Le retard persistant concerne essentiellement les descendants d’immigrés non occidentaux.

Ce phénomène n’est pas propre au Danemark. De nombreuses études internationales ont établi une corrélation entre les performances scolaires des élèves issus de l’immigration et celles des populations de leurs pays d’origine. Cette corrélation perdure à travers les générations (De Philippis & Rossi, 2020 ; Carabaña, 2011). Les différences observées semblent être le reflet de disparités de capital humain existant entre pays, qui se transmettent de manière intergénérationnelle.

Dans les cas où les immigrés surpassent nettement la moyenne de leur pays d’origine — comme c’est parfois le cas pour les immigrés provenant d'Inde —, cela s’explique souvent par une forte sélection à l’entrée (van de Werfhorst & Heath, 2019 ; Cattaneo & Wolter, 2015).

Conclusion

En matière de performance scolaire, l’assimilation des immigrés au Danemark est nette entre la première et la deuxième génération — un phénomène logique, lié à l’exposition complète à la langue et à l’école danoise.

En revanche, au-delà de la deuxième génération, aucune amélioration significative n’est observable. En moyenne, les descendants d’immigrés non occidentaux continuent de présenter des résultats scolaires inférieurs à ceux des Danois d’origine, et ce constat reste vrai pour la troisième génération.  

 
 

 Performances des immigrants de deuxième génération et des autochtones. Source : De Philippis & Rossi (2020) 

Comment lire le graphique ci-dessus. 

La ligne pointillée est la bissectrice 𝑦 = 𝑥

Elle indique l’égalité parfaite entre les deux moyennes (natifs et immigrés de deuxième génération).

Si un pays se trouve sur cette ligne, cela signifie que les enfants d’immigrés obtiennent le même score moyen que les natifs.

Si un pays est au-dessus, les enfants d’immigrés réussissent mieux que les natifs.

Si un pays est en dessous, ils réussissent moins bien. 

La ligne pleine est une droite de régression : elle montre la tendance moyenne entre les deux variables (la relation empirique observée entre scores des natifs et scores des enfants d’immigrés).

  • Elle a souvent une pente proche de 1 : les pays où les natifs ont de bons scores sont aussi ceux où les enfants d’immigrés réussissent bien.

  • Mais l’interception (et les écarts autour de cette droite) indiquent des différences structurelles selon les pays.

Un score de 0 correspond à la moyenne globale (souvent sur l’ensemble de l’échantillon international).

Un score de +1 veut dire une performance supérieure d’un écart-type à la moyenne mondiale, et -1 une performance inférieure d’un écart-type. C’est donc une échelle relative.

Le point USA est sous la ligne pointillée, ce qui signifie :

Les enfants d’immigrés de 2e génération obtiennent des scores plus faibles que les natifs américains.

Et comme ce point est aussi en dessous de la ligne de tendance, cela veut dire que les États-Unis font un peu moins bien que la moyenne internationale, même compte tenu du niveau des natifs. Autrement dit, l’écart entre natifs et enfants d’immigrés y est plus marqué que dans d’autres pays au même niveau de performance globale.


Le point IND dans le graphique.

Position sur l’axe horizontal (x) : score moyen des natifs indiens — souvent plutôt faible en comparaison internationale (l’Inde a un système éducatif très inégal, et les évaluations internationales y sont limitées à des régions pilotes).

Position sur l’axe vertical (y) : score moyen des enfants d’immigrés indiens (de 2ᵉ génération) vivant dans d’autres pays.

Le point IND est donc très au-dessus de la diagonale,l es enfants d’immigrés indiens réussissent donc beaucoup mieux que les natifs indiens.

Pourquoi un tel écart ? Cela tient à la sélection migratoire.

L’émigration indienne moderne (vers les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, etc.) est hautement sélective sur le plan éducatif et socioéconomique :

  1. une très grande part des migrants sont diplômés universitaires (souvent en ingénierie, informatique, médecine) ;
  2. ils viennent de couches moyennes et supérieures ;
  3. leurs enfants bénéficient d’un capital éducatif et linguistique élevé et d’une forte pression académique.
Les enfants d’immigrés indiens (2ᵉ génération) obtiennent souvent des scores supérieurs à la moyenne nationale du pays d’accueil, et très nettement supérieurs à ceux des natifs indiens.

 

mercredi 28 mai 2025

Les menaces américaines rapprochent le Groenland du Danemark

La peur de l'invasion mine le mouvement antidanois.

LES ESPIONS AMÉRICAINS disposent de formidables outils de collecte de renseignements. Chaque jour, ils peuvent être en train de siphonner les relevés téléphoniques de terroristes présumés ou de suivre les troupes russes en Ukraine.

Aujourd'hui, cependant, les espions peuvent être amenés à espionner une cible beaucoup plus proche de chez eux : le Groenland. Selon un récent rapport du Wall Street Journal, l'administration Trump a demandé à ses agences de renseignement, notamment la CIA et la National Security Agency, d'intensifier la surveillance du mouvement indépendantiste du Groenland et d'identifier les habitants favorables aux projets américains sur l'île arctique.

Il s'agit du dernier rebondissement en date dans la volonté affichée du président Donald Trump d'acheter ou de conquérir ce territoire autonome de 56 000 habitants, qui fait partie du royaume du Danemark. Une visite en mars du vice-président, J.D. Vance, au cours de laquelle il a affirmé que le Danemark n'avait « pas fait du bon travail pour les habitants du Groenland », avait déjà fait monter la pression.

Mais les allégations d'espionnage ont suscité l'indignation générale des Groenlandais et des Danois. « L'espionnage à l'encontre d'un allié et d'un partenaire est totalement inacceptable », a déclaré Jens-Frederik Nielsen, premier ministre du Groenland. Le gouvernement danois a rapidement convoqué l'ambassadeur des États-Unis pour lui faire passer un savon. Les législateurs envisagent de fermer le consulat américain à Nuuk, la capitale.

L'intérêt initial de M. Trump pour le Groenland, et la frénésie médiatique qui s'en est suivie, ont contribué à raviver le débat sur l'indépendance du Groenland. Mais ses prédations continues semblent désormais avoir l'effet inverse : Le Groenland et le Danemark se rapprochent.

Les élections au parlement groenlandais, qui compte 31 membres, ont permis aux Démocrates de l'opposition de remporter une majorité écrasante, eux qui sont favorables à des liens plus étroits avec le Danemark et à une évolution plus lente vers l'indépendance. La nouvelle coalition au pouvoir a déclaré qu'elle ferait preuve de prudence en ce qui concerne l'indépendance (c'est-à-dire qu'elle n'est pas près d'y parvenir).

Les relations entre le Groenland et le Danemark se réchauffent sensiblement. Lors d'une visite à Copenhague fin avril, M. Nielsen a convenu avec Mette Frederiksen, premier ministre danois, de faire front commun face aux menaces américaines « irrespectueuses ». M. Nielsen s'est envolé pour le Groenland en compagnie du roi du Danemark, Frederik X, pour une visite qui se voulait solidaire. Vêtu d'un manteau chaud orné des drapeaux danois et groenlandais, le roi a rencontré des centaines d'habitants autour d'un café au centre culturel de Nuuk.

Le gouvernement danois a accepté d'augmenter ses maigres dépenses pour la défense de l'Arctique. Pipaluk Lynge, président de la commission des affaires étrangères du parlement groenlandais, s'est félicité de la coopération avec le Danemark pour contrer les menaces américaines. «Nous ne pouvons pas nous en sortir sans eux.»

Les partisans de l'indépendance sentent une perte de vitesse. Kuno Fencker, un député au tempérament de feu, déplore la baisse de l'enthousiasme. « Les Groenlandais ont désormais très peur d'une invasion américaine », soupire-t-il, accusant la presse danoise et internationale d'attiser la paranoïa. La politique de l'île, habituellement sereine, est également devenue plus venimeuse. M. Fencker, qui s'est rendu à l'investiture de M. Trump en janvier, a porté plainte pour diffamation contre Aaja Chemnitz, une compatriote groenlandaise siégeant au parlement danois, après qu'elle a qualifié sa virée à Washington de menace pour l'intérêt national.

Pour l'instant, les menaces répétées de M. Trump ont masqué les frustrations de certains Groenlandais face à l'héritage de la domination coloniale danoise. Mais les vieilles blessures sont profondes.

L'une des questions névralgiques reste celle des 4 500 filles et femmes inuites auxquelles des médecins danois ont posé de force des stérilets contraceptifs dans les années 1960 et 1970. De nombreux Groenlandais affirment qu'il s'agit d'une forme de génocide. Le gouvernement danois n'a pas encore présenté d'excuses officielles. Les résultats d'une enquête conjointe sont attendus en septembre, ce qui pourrait entraîner une nouvelle vague de soutien à l'indépendance. « Nous avons perdu une bataille », concède M. Fencker. « Mais la guerre n'est pas terminée ».

Source: The Economist



mardi 14 mai 2024

Le Québec relativement épargné par la crise des opioïdes en Amérique du Nord

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le pays « a connu un nombre substantiellement plus élevé de décès et d’autres méfaits associés aux opioïdes depuis le début de la surveillance en 2016 [et la] pandémie de COVID-19 pourrait avoir exacerbé la crise » (Comité consultatif spécial fédéral, provincial et territorial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes 2023).

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique que le Québec a jusqu’à présent été relativement épargné si on le compare au reste du Canada (INSPQ 2024b). L’INSPQ estime que le nombre de décès attribuables à une intoxication aux opioïdes étaient en baisse en 2018 et 2019 (211 et 212, respectivement), ont remonté en 2020 (319), et sont demeurés relativement élevés en 2021 (284).

Pour suivre les tendances plus récentes, l’INSPQ diffuse également le nombre de décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou à d’autres drogues, jusqu’en décembre 2023. Selon ces données, on observe qu’après la période relativement stable de l’année 2021, il y a eu une augmentation du nombre de cas à la fin de l’année 2023. Notons qu’au terme des enquêtes, le nombre de décès attribués à une intoxication aux opioïdes s’avère plus faible que le nombre de décès liés aux intoxications initialement suspectées, qui incluent également d’autres drogues.


Par ailleurs, l’Agence de la santé publique du Canada compile des statistiques sur le sujet à partir des données qui lui sont soumises par les provinces et territoires. D’après son rapport publié en décembre 2023, on constate ce qui suit :

  • Il y a eu environ 70 600 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada entre janvier 2016 et juin 2023 (2 800 en 2016, 3 900 en 2017, 4 200 en 2018, 3 700 en 2019, 6 400 en 2020, 8 000 en 2021, 7 500 en 2022 et 4 000 entre janvier et juin 2023) ;
  • Selon les données provisoires, le nombre total de décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada enregistrés depuis le début de 2023 (janvier à juin) est supérieur de 5 % à celui correspondant à la même période pour l’année précédente ;
  • La très grande majorité des décès apparemment liés aux opioïdes étaient accidentels ;
  • Depuis le début de l’année 2023 (janvier à juin), 89 % de tous les décès accidentels liés à une intoxication aux opioïdes au Canada sont survenus en Colombie-Britannique, en Alberta ou en Ontario. Des taux élevés ont également été observés dans d’autres régions également ;
  • Entre janvier 2016 et juin 2023, le taux de décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes a varié entre 2 et 6 pour 100 000 habitants au Québec. Au Canada, il a varié entre 8 et 21 pour 100 000 habitants.
  • Le taux de la Colombie-Britannique, la province la plus touchée, varie entre 20 et 48 pour 100 000 habitants depuis 2017


samedi 16 mars 2024

Charles Sapin : « En Europe, la “diabolisation” des partis nationalistes n'accroche plus »

Alors qu'approchent les élections européennes, le journaliste du Point a entrepris d'enquêter dans les pays où les formations dites nationalistes ou populistes ont le vent en poupe. De l'Italie aux Pays-Bas, de la Suède à l'Espagne en passant par la Finlande ou l'Allemagne, partout un même constat s'impose : les partis qui méconnaissent volontairement les effets de l'immigration sont sanctionnés dans les urnes. Entretien paru dans le Figaro Magazine.

— Emmanuel Macron semble jouer la stratégie de la peur. Il y a cinq ans, il évoquait «la lèpre populiste» tandis qu'il pointe aujourd'hui les liens supposés entre le RN et Vladimir Poutine. Est-ce pertinent ?

Charles Sapin.— La stratégie présidentielle est limpide. En retard d'une dizaine de points sur la liste RN , les candidats d'Emmanuel Macron misent sur un récit sensationnel pour inverser la tendance : grimer leurs adversaires en « ennemis de l'intérieur », c'est-à-dire en agents de Vladimir Poutine. Tout en misant sur l'« effet drapeau » que pourrait susciter la préoccupante dégradation de la situation ukrainienne [pour Kiev]. Mais il y a une limite. Ce qui peut paraître tactiquement habile peut se révéler délétère d'un point de vue stratégique. Lors de mon tour d'Europe, un constat m'a marqué. Que ce soit en Italie, aux Pays-Bas, en Suède et même dans une certaine mesure en Allemagne, la « diabolisation » n'accroche plus. Les tentatives d'assimiler les partis nationalistes aux totalitarismes du XXe siècle, les procès en filiations historiques surannées sonnent creux. Comme de vieux tubes qu'on n'écoute plus à force de les avoir trop entendus…

Cette « stratégie de la peur », pour reprendre vos mots, a fini par devenir un carburant pour les forces nationalistes qu'elle pensait combattre. Elles légitiment ces dernières en forces « antisystème », alors qu'elles appartiennent le plus souvent depuis des années à ce système. Elle finit par les installer, de fait, en seule alternance véritable. L'exemple des nationalistes suédois est éloquent. Fondé en 1988 par d'authentiques néonazis, le parti a rompu et renié ses origines dans les années 2000. Il a continué malgré tout d'être ostracisé, exclu du jeu démocratique. Jusqu'à se voir sacré aux dernières élections. Puisque étant le seul à ne pas avoir de responsabilité dans la situation migratoire catastrophique du pays et l'effondrement de son système social.

samedi 4 novembre 2023

Immigration : les pays nordiques renforcent leur coopération pour faciliter les expulsions de clandestins

Le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l'Islande organiseront notamment des « vols Frontex communs » afin de transporter les clandestins vers leur pays d'origine.

Les pays nordiques durcissent leur politique d’immigration. Au terme d’une réunion de deux jours, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande ont convenu de renforcer leur coopération afin de faciliter le renvoi de sans-papiers. Pour ce faire, les pays nordiques se sont entendus sur trois mesures cruciales, rapporte Le Figaro.

En premier lieu, les représentants de ces cinq pays se rencontreront régulièrement, afin de « renforcer ensemble la coopération avec les pays tiers pour mieux réaliser les retours vers les pays concernés, et pour apporter un soutien à la réintégration », a annoncé le ministère danois des Migrations, mardi 31 octobre. Deuxièmement, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande organiseront des « vols Frontex communs », afin de renvoyer les migrants qui se trouvent en situation irrégulière sur leur sol. Créée en 2004, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes vise à aider les États membres de l’UE à protéger les frontières extérieures de l’espace Schengen.

Une politique migratoire dissuasive

En outre, ces pays nordiques se sont mis d’accord afin « d’aider ensemble les migrants en situation irrégulière en Afrique du Nord ». Ces clandestins se verront ainsi « proposer un rapatriement volontaire vers leur pays d’origine ainsi qu’une aide à la réinstallation dans le pays tiers », a précisé le ministère danois des Migrations.

Depuis maintenant dix ans, le Danemark mène une lutte acharnée contre l’immigration illégale. Si les expulsions sont facilitées, les conditions du droit d’asile ou de l’acquisition de la nationalité ont elles aussi été durcies. Ainsi, toute condamnation à une peine d’amende entraîne un report de l’examen de la demande d’asile, et une peine de prison empêche définitivement un étranger de demander la nationalité.

mardi 8 août 2023

Les Pays nordiques veulent limiter la place de l’anglais à l’université

De nombreux citoyens du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède parlent couramment l’anglais et impressionnent souvent les touristes par leur maîtrise de la langue. Toutefois, cette aptitude a également suscité des controverses, car les universités sont devenues d’excellentes institutions internationales proposant des cours dispensés principalement, voire entièrement, en anglais.

Certains citoyens des Pays-Bas et des pays nordiques s’interrogent sur la place qui sera dévolue à leur langue nationale si leurs universités phares dispensent de moins en moins de cours dans cette langue. Les linguistes parlent de « perte de domaine ». La langue ne disparaît pas, puisque de nouvelles générations d’enfants continuent d’être élevées dans cette langue, mais les locuteurs l’utilisent dans moins de contextes éducatifs.

En juin, Robbert Dijkgraaf, ministre de l’Éducation des Pays-Bas, a annoncé qu’au moins deux tiers de l’enseignement dans les programmes de premier cycle devraient être dispensés en néerlandais. Les dirigeants des universités ont mal pris cette décision. Le directeur de l’université technologique d’Eindhoven a déclaré que « pour un certain nombre de cours, nous ne pouvons même pas trouver de professeurs qui parlent néerlandais », citant l’exemple de l’intelligence artificielle. (Le gouvernement néerlandais est tombé par la suite, laissant la politique dans les limbes.)
 
On craint qu’une langue comme le néerlandais, si elle est négligée dans les contextes éducatifs, finisse par manquer du vocabulaire nécessaire pour les sujets les plus pointus. Les personnes discutant de ces sujets devront agrémenter leur néerlandais de mots anglais, jusqu’à ce que cette façon de parler devienne si encombrante qu’ils passeront entièrement à l’anglais. Cela risque de laisser l’impression que le néerlandais est en quelque sorte indigne, ce qui alimente un cercle vicieux.

Les préoccupations linguistiques ont été renforcées par les problèmes économiques. Les universités européennes sont largement ou entièrement financées par l’État. Dans certains pays, les étudiants étrangers exercent une pression sur des ressources rares telles que le logement. (Quelque 120 000 étudiants vivent aux Pays-Bas, l’un des pays les plus densément peuplés d’Europe). Dans d’autres pays, comme le Danemark, ils peuvent même recevoir des bourses pour couvrir leurs frais de subsistance. Si les étudiants terminent leur cursus sans jamais avoir appris la langue locale, ils risquent de partir au lieu de rester et de contribuer à l’économie. Pourquoi les pays devraient-ils subventionner ces diplômes sans aucun bénéfice pour le pays d’accueil ?
 
La cause réside en partie dans les efforts nécessaires pour attirer des enseignants et des étudiants de qualité [selon les classements très discutables des universités] — et pourrait être une conséquence involontaire de ces efforts. Michele Gazzola, de l’université d’Ulster à Belfast, note que les classements mondiaux des universités, tels que celui réalisé par le Times Higher Education, prennent en compte le nombre d’étudiants et d’enseignants internationaux dans le cadre de leur évaluation. Cela incite les universités à tenter de les attirer afin de progresser dans les classements et, par conséquent, à proposer toujours plus de cours en anglais. [À ce sujet : « Les classements évaluent très peu la qualité de l'enseignement » de déclarer Matthieu Gillabert, professeur d'histoire à l'Université de Fribourg dans Que valent les classement des universités ?]

Comme les Pays-Bas, le Danemark a suscité la controverse. En 2021, dans le but de stimuler l’apprentissage du danois à l’université, le gouvernement a limité le nombre de places dans les cours dispensés uniquement en anglais. Cette année, il semble qu’il ait encore changé d’avis, en augmentant le nombre de places dans les programmes de maîtrise en anglais. Janus Mortensen, de l’université de Copenhague, explique que la récente politique linguistique de son établissement prévoit que les enseignants titulaires devront « contribuer » à l’enseignement en danois dans un délai de six ans. L’université doit mettre à disposition du temps et des cours — les professeurs ne sont pas censés apprendre la langue pendant leur temps libre — mais on ne sait pas exactement ce qu’il adviendra de ceux qui ne respecteront pas ce délai.

L’université d’Oslo prescrit également un « parallélisme linguistique ». Le norvégien doit être la principale langue d’enseignement, l’anglais étant utilisé « lorsque c’est approprié ou nécessaire » ; tous les étudiants et enseignants doivent se voir proposer des cours d’apprentissage du norvégien ; les résumés des publications doivent être rédigés dans les deux langues ; l’université doit donner la priorité au développement de la terminologie technique en norvégien, et ainsi de suite. C’est le genre de politique que l’on peut attendre de riches et raisonnables Scandinaves. Elle est aussi potentiellement redondante, coûteuse et vague. Qui, par exemple, décidera quand l’anglais est « approprié » ?
 
Dans le passé, la résistance à l’anglais s’est surtout manifestée en France, qui n’appréciait pas la primauté de l’anglophone (et le déclin de la domination du français). Il s’agissait d’une simple question de concurrence entre les langues. Aujourd’hui, certains des pays les plus libéraux et les plus polyglottes du monde commencent à s’inquiéter de la domination de l’anglais. C’est une conséquence de leur succès. Si tous les habitants peuvent passer d’une langue à l’autre, la nature à somme nulle de la concurrence est réduite, mais elle n’est pas éliminée. Les Européens du Nord apprennent que leurs langues ont aussi besoin d’être entretenues. 

Source : The Economist

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jeudi 25 mai 2023

Immigration, la politique ferme du Danemark social-démocrate

Journal télévisé de France 2 du lundi 22 mai 2023


« Si on veut être de gauche il faut avoir une politique stricte sur l’immigration, parce que ce sont toujours les classes populaires qui payent le fardeau de l’intégration des immigrés » répond le ministre danois social-démocrate à l'émission française (très politiquement correcte) Quotidien.

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 Au Danemark, la maîtrise des flux migratoires fait consensus 

« Choisir entre l’État-providence et l’ouverture des frontières »

Pierre Brochand : « Pourquoi l'immigration est l'enjeu central de notre vie publique 

 

vendredi 5 mai 2023

Étude danoise — Le cannabis causerait ¼ des nouveaux cas de schizophrénie chez les jeunes hommes

Une nouvelle étude réalisée au Danemark présente les résultats les plus inquiétants à ce jour concernant le lien entre le cannabis et la schizophrénie.

Selon des chercheurs danois, le cannabis est désormais à l’origine d’un cas sur quatre de schizophrénie nouvellement diagnostiquée chez les jeunes hommes.

D’après leur analyse, le cannabis est désormais de loin le facteur de risque non génétique le plus important pour la schizophrénie, une maladie mentale dévastatrice.

Les symptômes les plus connus de la schizophrénie sont la paranoïa et les hallucinations, mais la maladie nuit également à la motivation et réduit même l’intelligence globale. En outre, les personnes atteintes de schizophrénie courent un risque élevé de commettre des actes de violence.

La nouvelle étude suggère que les États-Unis, où la consommation de cannabis est beaucoup plus élevée qu’au Danemark, pourraient déjà connaître une augmentation du nombre de cas de schizophrénie. Mais comme les États-Unis n’essaient même pas de comptabiliser les nouveaux diagnostics de schizophrénie, il est pratiquement impossible d’en être certain.
 
Selon les chercheurs, le lien entre la consommation problématique de cannabis et la maladie s’est considérablement renforcé au cours des 50 dernières années. Au cours de la même période, le cannabis est devenu beaucoup plus puissant, avec des niveaux beaucoup plus élevés de THC — la substance chimique responsable de ses effets psychoactifs.

Les chercheurs ont pu suivre ces changements grâce au système national de soins de santé du Danemark, qui leur a permis de voir tous les nouveaux diagnostics de schizophrénie et de troubles liés à l’usage du cannabis — ou dépendance à la marijuana. Ils ont examiné le nombre de personnes souffrant de ce trouble qui ont ensuite été diagnostiquées schizophrènes. Ils ont ensuite pris en compte d’autres facteurs connus pour être à l’origine de la schizophrénie, tels que les antécédents familiaux de maladie mentale.

L’étude était de grande envergure, puisqu’elle portait sur les dossiers médicaux de près de 7 millions de personnes, soit l’ensemble de la population danoise âgée de 16 à 49 ans en 2012.

(La courbe rouge ci-dessous correspond au facteur de risque de schizophrénie associé au cannabis dans la population mâle. En 1972, à peine 2 % des nouveaux cas de schizophrénie chez les hommes étaient attribuables à une forte consommation de cannabis. En 2022, c’est le cas d’environ 20 % d’entre eux).
 
 

Tendances de la proportion de schizophrénie attribuable aux troubles liés à la consommation de cannabis au Danemark entre 1972 et 2021, par sexe. VA % = variation annuelle en pourcentage, VAM % = variation annuelle moyenne en pourcentage de 1971 à 2021 VA%=VAM % indique qu’aucun point de jonction n’a été identifié à l’aide du critère d’information bayésien.

Ils ont constaté que les troubles liés à la consommation de cannabis constituaient un signal extrêmement puissant pour un diagnostic de schizophrénie à venir ; une personne présentant ces troubles avait un risque 30 fois plus élevé d’être diagnostiquée plus tard comme schizophrène.

Une grande partie de ce risque accru pourrait s’expliquer par d’autres facteurs, tels que les antécédents familiaux de maladie mentale, qui sont également plus élevés chez les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de cannabis. Cependant, même après avoir pris en compte tous ces facteurs, les chercheurs ont constaté que la dépendance au cannabis était associée à un risque 2,3 fois plus élevé de développer une schizophrénie.

C’est chez les jeunes hommes que la dépendance au cannabis est la plus dangereuse. Les hommes de 20 ans et moins avaient près de quatre fois plus de risques de développer une schizophrénie s’ils étaient de grands consommateurs.

Dans l’ensemble, les chercheurs ont constaté qu’environ 15 % des cas de schizophrénie diagnostiqués chez les hommes en 2021 résultaient d’une dépendance au cannabis. Chez les jeunes hommes, ce pourcentage était encore plus élevé.

Les femmes présentaient également un risque accru de nouveaux diagnostics de schizophrénie après une forte consommation de cannabis, bien que ce risque soit plus faible. Cette différence peut refléter une différence entre les cerveaux des femmes et des hommes, ou le fait que les hommes consomment plus de cannabis que les femmes, même au sein du groupe des consommateurs diagnostiqués comme dépendants.

Malheureusement, le problème des maladies mentales liées au cannabis risque d’empirer avant de s’améliorer, car de plus en plus de personnes consomment cette drogue de manière intensive et dangereuse.

Dans les années 1970, les variétés de cannabis standard contenaient généralement environ 2 % de THC. Aujourd’hui, l’herbe de cannabis contient généralement 20 % de THC, et des extraits de THC fumables presque purs sont largement disponibles. Le THC peut également être vapoté ou ingéré sous forme comestible, une méthode d’utilisation qui augmente encore sa puissance.

Par conséquent, les consommateurs de cannabis consomment couramment beaucoup plus de THC qu’il y a une génération, ce qui se traduit par des sensations fortes plus intenses et plus durables et par un risque accru de dépendance.

En 1990, seul un homme sur 1 000 au Danemark était diagnostiqué comme souffrant d’un trouble lié à la consommation de cannabis. Aujourd’hui, ce taux est de 1 sur 40.

Source

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Cannabis — la consommation depuis la légalisation est passée de 14 % à 20 % de 2018 à 2021

Aux États-Unis, la crise des opiacés prend des proportions catastrophiques 

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États-Unis — Décès d’adolescents par surdose de fentanyl ont triplé de 2019 à 2021 

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Québec — La légalisation du cannabis n’a pas entamé les bénéfices du crime organisé 

Alberta — Épidémie de syphilis parmi sans-abri, drogués, homos et bisexuels et Amérindiens 

La Russie sanctionne Twitter pour manque de filtrage des contenus pédopornographiques ou faisant l’apologie de drogues ou du suicide 

Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis (pré-Covid, opioïdes en cause) 

Canada — la légalisation du cannabis a accru le nombre de consommateurs (2019)

Arrêter le cannabis et la mémoire revient 

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jeudi 19 janvier 2023

Au Danemark, la maîtrise des flux migratoires fait consensus

La Fondapol publie une note sur cette nation où la gauche s’est convertie à la maîtrise des flux migratoires.

Une note du réseau pensant Fondapol détaille la politique migratoire menée par le Danemark depuis vingt ans, sous des gouvernements de droite et de gauche. Faite de restrictions et d’intégration, cette politique a eu pour conséquences la baisse de l’immigration et l’effondrement de l’extrême droite dans les urnes.

Ceux qui ont vu la série Borgen le savent peut-être. À Copenhague, Borgen, le château de Christiansborg, abrite à la fois le Parlement, le Premier ministre et la Cour suprême. Est-ce cette proximité géographique qui pousse à la culture du compromis ? Pour un Français, les aventures de Birgitte Nyborg sont exotiques, et pas seulement parce que la Première ministre danoise, héroïne de la série, se déplace à vélo, mais parce que la dirigeante centriste dialogue sans tabous aussi bien avec l’extrême gauche qu’avec l’extrême droite. Chose inimaginable en France, le Danemark a développé une politique du compromis, y compris sur le plus brûlant des sujets contemporains, l’immigration. « Une fermeture consensuelle », c’est d’ailleurs le titre de la note fouillée que consacre la Fondation pour l’innovation politique (réseau pensant libéral) à l’un des pays européens les moins ouverts à l’immigration. Depuis vingt ans le Danemark poursuit la même politique, initiée par la droite à son arrivée au pouvoir en 2001 et jamais remise en cause, et même poursuivie par la gauche sociale-démocrate.

 
Cette politique se caractérise par la réduction draconienne des flux migratoires, un programme d’intégration exigeant, un accès à la nationalité rendu difficile et, désormais, la volonté de recourir à un pays tiers extra-européen pour le traitement des demandes de visas.

Membre de L’UE, de l’espace Schengen et de la CEDH, le Danemark a réussi à mener sa politique singulière après avoir négocié une série de dérogations (options de retraits, aussi appelées, op-out) aux traités européens. Ce qui permet aux Danois de traiter juridiquement les ressortissants de pays tiers selon leurs propres règles.

 

La politique danoise est restrictive à tous les stades du processus d’immigration : de l’arrivée sur le territoire à l’installation en passant par l’accès aux allocations, au travail et au logement. La politique d’intégration y est vigoureuse. La naturalisation est conditionnée au passage d’un test de langue et de connaissance de l’histoire et de la société danoise. Toute peine de prison, même avec sursis, empêche définitivement l’accès à la nationalité danoise. Les biens des demandeurs d’asile peuvent être confisqués pour couvrir les frais de procédure et d’hébergement. Des plans antighettos prévoient notamment des sanctions plus élevées dans certaines zones du territoire caractérisées par un fort taux de délinquance et d’immigration. Cette politique de restriction s’accompagne d’une politique de dissuasion. Des incitations, sous forme de contraintes (arrêt des prestations sociales, prison) ou d’indemnités poussent au retour volontaire les déboutés du droit d’asile. En 2015, au plus fort de la crise des migrants, le gouvernement a même acheté des emplacements publicitaires publiés dans les journaux libanais où sont détaillées les nouvelles règles s’appliquant aux réfugiés : réduction de 50 % des aides sociales accordées aux nouveaux réfugiés et instauration d’un délai d’un an avant de pouvoir demander le regroupement familial.

Cette politique draconienne a eu deux effets notables :

  • D’abord, l’effondrement des flux. L’immigration a diminué de 28 % entre 2014, année précédant la crise des réfugiés, et 2019, année précédant la crise sanitaire. Le nombre total des demandes d’asile a chuté de 82 %, passant de 14 792 à 2 716, pour un pays de 5,8 millions d’habitants. Si on appliquait ce ratio à la France, nous n’accueillerions que 31 000 demandes d’asile par an, contre 132 000 en 2019.
  • Ensuite l’effondrement du parti du peuple danois, — l’équivalent du Rassemblement national — qui a enregistré en 2022 son plus mauvais résultat de son histoire (2,6 % des voix). « L’effondrement électoral des populistes est la conséquence de leur victoire idéologique », note la Fondapol.

Le 1er novembre 2022, lors des élections législatives, le parti social-démocrate a été reconduit à la tête du pays, encore mieux élu qu’en 2019. Un mois plus tôt en Suède, pays voisin au modèle social similaire, c’était la droite et l’extrême droite qui l’emportaient. La différence ? Au Danemark, la gauche s’est rangée à la politique d’immigration répressive depuis 2015 et la crise des réfugiés. La Première ministre, Mette Frederiksen, a pourtant commencé à l’aile gauche du parti social-démocrate. Elle a changé brutalement de position, après avoir constaté lors de son passage comme ministre du Travail puis ministre de la Justice, les failles de la politique d’intégration. Un virage idéologique unique en son genre qui pourrait, selon Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, être une source d’inspiration pour la gauche européenne.

D’aucuns avanceront les différences abyssales entre la France et ce petit royaume de 6 millions d’habitants enclavé dans le nord de l’Europe qui n’a eu aucune colonie et affiche un sérieux budgétaire éclatant. Justement le Danemark a au moins un point commun avec la France : l’État-providence. Et c’est au nom de la défense de ce modèle social que la classe politique danoise s’est unie sur la question migratoire. Il s’agit bien selon la formule employée par les auteurs de la note, d’un « nationalisme social assumé au nom de l’État-providence ».


mardi 17 janvier 2023

« Choisir entre l’État-providence et l’ouverture des frontières »

Entretien avec  Dominique Reynié (ci-dessous) publié dans le Figaro. Professeur à Sciences Po, ses travaux portent sur les grands enjeux de société ; politiques, économiques et sociaux. Il travaille notamment sur l’opinion publique européenne, le populisme, ou encore la raison d’État. Il est à l’origine de la notion de « populisme patrimonial ». Depuis octobre 2008, il est directeur général de la Fondapol, un réseau pensant ou fondation politique libérale.

LE FIGARO. — Vous avez intitulé votre note sur la politique migratoire du Danemark « Une fermeture consensuelle ». En quoi consiste ce « consensus » ?

Dominique REYNIÉ. — D’abord, la raison de cette politique est on ne peut plus consensuelle. Les Danois ont entrepris de maîtriser l’immigration afin d’assurer la pérennité de leur État-providence, en préservant les ressources économiques et les valeurs sur lesquelles il repose. Ils ont décidé une réduction drastique des flux migratoires, un programme obligatoire et exigeant d’intégration des migrants, un accès à la nationalité devenu impossible sans une réelle motivation et le recours aux services d’un pays tiers extra-européen pour le traitement des demandes de visas.

— En effet, le Danemark a mis en place l’externalisation de la gestion de l’asile à un pays tiers, idée reprise au Royaume-Uni à travers le projet Rwanda. Cette solution pourrait-elle être aussi reprise par la France ?

— C’est une option sérieuse, d’autant plus que les solutions ne sont pas nombreuses. Le débat sur l’externalisation a pris de l’ampleur depuis la crise des réfugiés de 2015. Les sociaux-démocrates danois ont fait adopter une loi d’externalisation le 3 juin 2021. Au Royaumeuni, cette solution vient d’être validée (19 décembre 2022), par la Haute Cour de justice, à la grande satisfaction du gouvernement de Rishi Sunak, très en pointe sur ce sujet. Je relève que les juges britanniques n’ont pas estimé qu’il y avait violation des engagements du Human Rights Act de 1998, lequel incorporait dans le droit britannique la convention européenne des droits de l’homme. En 2016, l’Europe [l’Union européenne] a passé un accord avec la Turquie qui, s’il n’est pas comparable à la loi danoise, relève bien d’une stratégie d’externalisation. Il en va de même de l’accord bilatéral entre l’Italie et la Libye.

— Quelles sont les grandes différences entre la politique d’intégration danoise et celle menée en France ?

— Notre système d’intégration fonctionne mal depuis longtemps et malgré le travail remarquable des associations et des bénévoles. Les formations linguistiques et d’instruction civique restent légères et la vérification des acquis est fondée sur la présence plus que sur la réussite de tests. Les progrès qui ont été faits, notamment à la suite du rapport Karoutchi de 2017, et les mesures décidées par le gouvernement d’Édouard Philippe, ne nous mettent pas au niveau des politiques danoise ou allemande. Au Danemark, il existe un parcours de formation très exigeant, donnant lieu au contrôle précis des connaissances requises, pour la maîtrise de la langue, pour l’appropriation des valeurs culturelles et les compétences professionnelles. On exige également la capacité de subvenir à ses besoins, c’est-à-dire de ne pas dépendre des systèmes sociaux. Mais l’efficacité de la politique danoise d’intégration doit beaucoup en amont au choix de régler l’immigration sur les besoins économiques danois, ce qui favorise évidemment l’intégration de ceux qui sont acceptés. En France, cette logique d’immigration économique, qui était la nôtre initialement, a été abandonnée, de fait, au profit d’une immigration de regroupement familial, qui est sévèrement restreinte au Danemark. Il faut aussi ajouter le rôle de la politique pénale danoise dans ce parcours d’intégration, le système ingénieux de lutte contre la ghettoïsation ou encore la très forte implication des communes dans la formation et le suivi des immigrés, dans le cadre d’un contrat avec l’état, des entreprises…

— Le Danemark appartient à l’Union européenne et à l’espace Schengen. Est-ce à dire que l’on peut très bien agir dans le cadre des institutions européennes ?

Comment ne pas répondre oui, puisque les Danois l’ont fait ? Mais cela suppose certaines circonstances. Lors du vote sur le traité de Maastricht, les Danois ont d’abord rejeté le texte, par référendum. C’est alors que leur gouvernement a obtenu un statut dérogatoire. Ils ont ensuite organisé un second référendum, les Danois adoptant finalement le traité de Maastricht. En dehors d’un contexte de ce type, je comprends que l’on soit sceptique ou que l’on dise que l’opération est techniquement difficile. Mais, le défi migratoire est un enjeu majeur, existentiel, et on voit pourtant que l’Union européenne ne montre pas la même motivation que dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’évolution des problèmes migratoires va amener les États membres à reprendre la main, sous la pression des électeurs. Ce qui est réputé difficile techniquement est pourtant absolument nécessaire politiquement. Les États doivent en faire rapidement un grand chantier commun. Pense-t-on qu’ils ne le feront pas ? L’Européen que je suis n’envisage pas la survie de l’Europe sans une réponse au défi migratoire correspondant peu ou prou à l’esprit de la politique danoise.

— Le trait le plus frappant de votre étude est la mutation de la gauche danoise. Comment s’est faite son évolution sur la question migratoire ?

Les conditions du redressement électoral du parti social-démocrate danois sont emblématiques de l’unique chemin qui s’offre à la gauche européenne si elle veut ne pas disparaître corps et âme, si elle souhaite non seulement survivre, mais encore préserver son opus magnum historique qu’est l’État-providence.

En 1998, lors des élections législatives, le parti social-démocrate danois est en tête, avec 36 % des suffrages, loin devant la droite du Parti libéral (24 %). Puis c’est le déclin. En 2011, les sociaux-démocrates sont à 24,8 %, le Parti libéral est en tête (26,7 %), les populistes du Parti du peuple danois atteignent 12,3 %, contre 7,4 % en 1998. Issue de l’aile gauche du parti social-démocrate, la Première ministre actuelle, Mette Frederiksen, a pris la direction du parti en juin 2015, avec une stratégie fondée sur un rapport interne montrant que l’effondrement électoral des sociaux-démocrates était la conséquence de leur hostilité aux politiques d’immigration restrictives. Le document préconisait un virage complet en la matière, ce qu’a fait Mette Frederiksen, remportant le parti, puis les élections de 2019 comme celles de 2022, provoquant l’effondrement du parti populiste.

— La diabolisation de la question migratoire n’est-elle pas moins forte au Danemark du fait de l’histoire ? À l’inverse, ne s’explique-t-elle pas en France par notre rapport au passé, à la fois celui de la Seconde Guerre mondiale et de l’empire colonial ?

L’histoire joue toujours un rôle. Mais la raison la plus importante tient à une différence de méthode. Les Danois décrivent la réalité du problème considéré avec une objectivité et une transparence exemplaires. Dans notre étude, nous publions des exemples de données que chaque Danois peut consulter, en un clic : les faits de violence selon le pays d’origine de leurs auteurs, le taux d’emploi des personnes ou la part des bénéficiaires de l’aide sociale selon l’origine, etc. En France le tabou sur les « statistiques ethniques » empêche toute visibilité réelle sur ce sujet.

Le citoyen français est dans l’impossibilité d’accéder à de telles données, comme si elles n’étaient pas utiles au débat. De plus, et comme sur tant de sujets, le débat français sur l’immigration met en avant le critère de la moralité des intentions, en ne considérant presque jamais la moralité des résultats. Une bonne intention est jugée morale, même si ses résultats sont désastreux. Enfin, l’existence de contraintes financières semble absente de nos considérations en matière d’immigration, alors que leur prise en compte est un pilier de la politique danoise. Nous sommes bien plus idéologues.

— Vous faites dans votre étude un lien entre État-providence et homogénéité culturelle. En quoi sont-ils liés ?

Il est établi, au moins dans les sociétés démocratiques, qu’il existe un lien entre l’avènement du multiculturalisme et la montée de la défiance interpersonnelle, finissant par remettre en cause l’adhésion à l’État-providence. L’une des raisons avancées pour expliquer l’absence d’un État-providence aux États-Unis réside dans les différences ethnoculturelles entre les groupes composant la société. Accepter que l’état prélève une part de vos revenus pour la redistribuer au profit d’autres personnes suppose de reconnaître les autres personnes comme des membres de la même communauté. C’est le consensus fondamental. À la suite du politologue italien Giovanni Sartori, distinguons entre le consensus comme acceptation ponctuelle et formelle, par exemple un vote, et le consensus comme accord diffus, tenant à des valeurs, des idées que nous avons en partage, qui nous lient intimement les uns aux autres dans une compréhension mutuelle immédiate. En ce sens, le consensus est la condition de toute communauté.

Robert D. Putnam a montré qu’une forte augmentation de l’immigration entraîne un multiculturalisme, provoquant une érosion de la solidarité, plus globalement de ce qu’il nomme le « capital social », dont la confiance est l’élément clé. Il est d’autant plus facile de faire confiance et de coopérer que la distance sociale qui sépare les individus est moindre. Lorsque cette distance est faible, un sentiment d’identité commune est possible, aider l’autre devient aider un membre de ma communauté. À l’inverse, plus la distance est grande, plus les personnes se perçoivent comme appartenant à des mondes différents. Dans ce cas, l’idée d’être contraint de contribuer à un système de solidarité devient problématique.

Les phénomènes migratoires agissent puissamment dans le sens d’une érosion des identités et des solidarités sociales. Putnam a montré que dans les quartiers multiculturels les habitants ont tendance à se replier sur eux-mêmes quelles que soient les origines, que la confiance interpersonnelle y est plus faible et même envers les personnes de son propre groupe d’appartenance, que l’altruisme et la coopération y sont plus rares. Finalement, les Danois nous aident à comprendre qu’il n’y a que deux grands choix possibles, l’État-providence, mais alors sa soutenabilité financière appelle une politique migratoire restrictive et fortement intégratrice, ou bien l’ouverture des frontières, mais alors sa soutenabilité implique une politique renonçant à toute solidarité systémique. Choisissons, mais sachons qu’il est impossible de combiner l’ouverture et la générosité.

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jeudi 6 octobre 2022

Danemark arrête la vaccination anti-covid pour les moins de 18 50 ans (sauf cas particuliers)

Le Statens Serum Institut, l’agence de lutte contre les maladies infectieuses au Danemark, a publié mardi 13 septembre ses recommandations pour la vaccination à l’approche de la saison d’automne et d’hiver 2022/2023. L’objectif est de « protéger les personnes les plus à risque de tomber gravement malades et d’éviter que le système de santé danois, en particulier les hôpitaux, ne soit surchargé ».

Dans cette optique, à partir du 1er octobre, seules les personnes âgées d’au moins 50 ans et celles plus jeunes à risques de forme sévère de la maladie seront appelées à se faire vacciner. Les moins de 50 ans éligibles sont ceux atteints d’une maladie pulmonaire chronique, d’une maladie cardiovasculaire, de diabète, d’obésité (IMC supérieur à 35) ou encore d’une maladie neurologique grave, d’après la liste complète disponible sur le site du SSI. Les soignants et de nombreux professionnels de santé ou paramédicaux (pharmaciens, dentistes, ambulanciers, psychologues, etc.) sont eux aussi invités à repasser par la case piqûre.

Par ailleurs, l’Agence suédoise de santé publique a déclaré le vendredi 30 septembre qu’elle ne recommandait plus que les enfants âgés de 12 à 17 ans se fassent vacciner contre le Covid-19, citant le « très faible risque » pour le groupe lié à l’infection (et le risque non nul lié à la vaccination). La nouvelle recommandation entrera en vigueur le 31 octobre. 

« La décision signifie qu’à partir du 1er novembre 2022, seuls les enfants de certains groupes vulnérables se voient donc proposer des vaccinations contre le Covid-19 », a déclaré l’agence.

« Dans l’ensemble, nous constatons que le besoin de soins à la suite de Covid-19 a été faible pour les enfants et les jeunes… et il a en outre diminué depuis que la variante Omicron a commencé à se propager », a déclaré Sören Andersson, responsable de la vaccination de l’Agence de santé publique.


Billet originel du 9 août 2022 : Danemark arrête la vaccination anti-covid pour les moins de 18 ans (sauf cas particuliers)

Communiqué de l’Autorité de la Santé du Danemark :

Le 15 mai 2022, l’Autorité sanitaire danoise a achevé le programme de vaccination pour la saison en cours. L’autorité sanitaire danoise prévoit de reprendre le programme de vaccination contre la covid-19 pour certains groupes cibles au cours de la saison d’automne-hiver 2022/23. Lisez ci-dessous ce que l’achèvement du programme de vaccination signifie pour vous.

Au Danemark, de nombreux Danois ont été vaccinés contre la covid-19 et beaucoup ont également été infectés par la covid-19. Par conséquent, l’immunité dans la population est très élevée. En même temps, nous savons par expérience que les virus ont plus de mal à se propager en été. Dans ce contexte, le programme de vaccination contre la covid-19 est terminé pour la saison en cours.

Certains ont la possibilité de se faire vacciner, comme l’Autorité sanitaire danoise continue de recommander la vaccination pour certains groupes. Vous pouvez en savoir plus à ce sujet ci-dessous.

Vous pouvez en savoir plus sur les plans du programme de vaccination d’automne ici (en danois)

Vaccination des enfants et adolescents de moins de 18 ans

Les enfants et les jeunes ne tombent que très rarement gravement malades à cause de la covid-19 avec le variant omicron. Par conséquent, à partir du 1er juillet 2022, il ne sera plus possible pour les enfants et les jeunes de moins de 18 ans d’obtenir la 1re injection, et à partir du 1er septembre 2022, il ne sera plus possible d’obtenir la deuxième injection. Les enfants présentant un risque particulièrement accru d’évolution grave auront encore la possibilité de se faire vacciner, après une évaluation individuelle par un médecin.

Source

Voir aussi  

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (études + vidéo sous-titrée en français avec directrice de recherche danoise) [juin 2022]

 L’Ontario, la Suède et le Danemark suspendent le vaccin anti-Covid de Moderna pour certains jeunes (m à j : Finlande et Islande aussi) [octobre 2021]

La Covid-19 en Norvège peut désormais être comparée à la grippe, selon le chef de la santé [septembre 2021]

dimanche 19 décembre 2021

Pourquoi le Danemark s’oppose désormais à l'immigration

Pourquoi les Danois s’opposent-ils désormais à l’immigration ? Pour faire bref, parce que bon nombre d’entre eux craignent que les réfugiés ne sapent leur État-providence. […]

Le 1er décembre, [le gouvernement social-démocrate danois] a promulgué une loi pour empêcher la formation de sociétés parallèles en obligeant les autorités locales à privilégier dans les « zones de prévention » [de formation de ghettos ethniques] les personnes instruites et occupant un emploi lors de l’attribution des logements. Il est encore plus soucieux de dissuader les migrants d’arriver en premier lieu. En mars, le Danemark fut le premier pays de l’UE à annoncer qu’il renverrait des Syriens en Syrie, arguant que Damas et ses environs sont désormais sûrs. Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, s’est fixé un objectif de « zéro demandeur d’asile ». Le 13 décembre, un tribunal danois a condamné Inger Stöjberg, qui était ministre de l’Immigration dans un précédent gouvernement de centre droit, à 60 jours de prison pour avoir ordonné illégalement que les demandeurs d’asile mariés de moins de 18 ans soient hébergés séparément de leur conjoint. Elle a déclaré que l’intention de cette politique était de décourager le mariage des enfants. Les partis anti-immigrés la considèrent comme une martyre.

Le Danemark est loin d’être le seul pays à fermer les portes. L’Europe a été secouée de convulsions politiques après un afflux de réfugiés en 2015 ; la plupart des gouvernements sont désireux d’éviter que cela se répète. […]

La différence danoise a des racines profondes. Après la perte par la couronne danoise des duchés largement germanophones du Schleswig et du Holstein au profit de la Prusse en 1864, elle a tiré la leçon que le pays doit « rester solidaire [et] être homogène », déclare Ulf Hedetoft, spécialiste du nationalisme à l’Université de Copenhague. Une loi deux ans plus tard stipulait que seules les personnes qui parlaient danois et portaient des vêtements danois pouvaient devenir Danois. […]

Dans les années 1960 et 1970, le Danemark a recruté des « travailleurs invités » ; des réfugiés du Vietnam et d’Iran sont arrivés dans les années 1970 et 1980. L’accueil est devenu moins chaleureux dans les années 1990 avec l’arrivée de réfugiés de guerre dans ce qui avait été la Yougoslavie. Le Parti nationaliste du peuple danois (df), fondé en 1995, s’est alors mobilisé pour leur fermer la porte. En 2001, il a soutenu un gouvernement conservateur-libéral, qui a conçu la stratégie actuelle à deux volets qui consiste à repousser les migrants potentiels et à assimiler ceux qui s’installent.

Ses politiques comprennent l’allongement de la période d’attente des immigrants pour obtenir la résidence permanente, qui passe de trois à sept ans, et la fin de l’obligation pour les écoles d’enseigner dans la langue maternelle des élèves. Pour renforcer la danoisité, il a introduit un « canon » culturel, historique et démocratique dans les programmes scolaires. Sans ces mesures, « la situation aurait été vraiment catastrophique », déclare Peter Skaarup, chef de file parlementaire du df.

En Suède, ces mêmes sentiments se répandent ; au Danemark, ils font désormais partie des idées reçues. « L’État-providence social-démocrate ne peut survivre que si nous maîtrisons les migrations », déclare M. Tesfaye, dont le père était un réfugié éthiopien. Le Danemark est peut-être le deuxième pays le plus heureux du monde, selon un récent sondage, mais son bonheur semble fragile.

La défense par le Danemark de son État-providence est impitoyable et, selon ses critiques, raciste. En octobre, le ministère des Finances, dans son rapport annuel sur la question, a estimé qu’en 2018, les immigrés de pays non occidentaux et leurs descendants ont drainé des finances publiques 31 milliards de couronnes nettes (4,9 milliards de dollars), soit environ 1,4 % du PIB. Les immigrés des pays occidentaux, en revanche, ont contribué pour un montant net de 7 milliards de couronnes (voir le graphique ci-dessus). Les données sur l’effet de l’immigration sur les finances publiques sont ce qui « a changé le point de vue des sociaux-démocrates », explique Torben Tranaes du Centre danois de recherche en sciences sociales.

Les musulmans sont au cœur du problème. Cette année marquait la première fois que le ministère faisait un rapport séparé sur les contributions de personnes de 24 pays musulmans. Ils représentent 50 % des non occidentaux, mais 77 % du fardeau économique. Outre cette inquiétude, les Danois craignent que les musulmans apportent des conceptions menaçantes quant à la démocratie et au rôle des femmes. Les musulmans sont les bienvenus, dit M. Tesfaye, mais « nous ne pouvons pas ménager le chou et la chèvre. On ne peut avoir une moitié de charia et une moitié de constitution danoise. »

Pour les oreilles musulmanes, cela ressemble à un parti pris. Une loi votée en 2018, destinée aux musulmans conservateurs, oblige les nouveaux citoyens à serrer la main d’un fonctionnaire municipal lors des cérémonies de naturalisation. Les politiciens « vous font sentir que vous ne devez pas célébrer le ramadan ou l’Aïd ou quoi que ce soit », dit Agob Yacoub, un réfugié syrien. D’autres groupes ne sont pas soumis à de telles pressions. Les immigrés chinois ne sont pas devenus culturellement danois, mais sont néanmoins « extrêmement bienvenus », note M. Hedetoft. La ponction des musulmans sur le Trésor public a probablement peu à voir avec la religion. Plus de la moitié sont venus en tant que demandeurs d’asile ou dans le cadre du regroupement familial, contre 30 % des autres non occidentaux.

Comme ses voisins scandinaves, le Danemark inscrit les nouveaux migrants dans des programmes qui incluent des cours de langue et d’éducation civique. Mais son système de prestations est, clairement, un peu plus strict. Les aides sociales sont inférieures pour les personnes qui n’ont pas passé sept ans sur huit au Danemark. Cela sert à la fois à dissuader les immigrants et à encourager ceux qui s’installent à travailler. Le Danemark peut se vanter que l’écart de chômage entre les autochtones et les immigrés non européens est inférieur à celui de la Suède. Mais cela peut être en partie dû au fait que la Suède a un salaire minimum réel plus élevé par rapport à son salaire moyen, ce qui prive de nombreux nouveaux immigrants d’emploi, surtout s’ils ne parlent pas bien le suédois. […]

Source : The Economist

Plus de détails sur l’aspect économique de l’immigration en Scandinavie (en anglais)
 
 
Liens connexes