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vendredi 26 décembre 2025

De plus en plus d'écoles américaines adoptent la semaine de quatre jours

La ville d’Eldon, dans l’Iowa, est rarement animée. « Nous sommes au sommet d’une colline, au milieu de nulle part, entourés de champs de maïs », explique James Craig, directeur du district scolaire de la région, qui compte environ 1 000 élèves. Mais le lundi, les écoles sont particulièrement calmes. Seuls les enseignants sont présents à l’école primaire, où ils apprennent un nouveau programme de mathématiques. Depuis 2022, le district a mis en place un calendrier de quatre jours par semaine. « Je ne pourrais pas être plus heureux, déclare M. Craig, tout le monde s’épanouit. » Selon lui, le fait de donner congé aux élèves le lundi a amélioré leur assiduité, leur comportement et leur santé mentale. 

Partout en Amérique, de plus en plus d’écoles adoptent la semaine de quatre jours. Plus de 2 100 écoles fonctionnent ainsi et tous les États à l’ouest du Mississippi l’autorisent désormais. Conçues pour économiser de l’argent ou attirer des enseignants, les semaines scolaires de quatre jours étaient auparavant un phénomène rural. Mais elles s’étendent désormais à davantage de villes. En novembre, les électeurs d’Independence, une banlieue de Kansas City, dans le Missouri, ont choisi de maintenir la semaine scolaire de quatre jours pour ses 14 000 élèves. Sans surprise, les enseignants et les élèves adorent cette mesure. Les parents ont également accueilli favorablement la possibilité de passer plus de temps à la maison. Mais en ce qui concerne les résultats scolaires, cette politique obtient des notes moyennes.

La réduction du nombre d’heures d’enseignement pendant une semaine de quatre jours dépend de la politique de chaque district. En général, les écoles prolongent les quatre jours restants d’un peu moins d’une heure, selon une étude du groupe de réflexion RAND. La manière dont les écoles utilisent le jour supplémentaire varie également : certaines proposent des cours particuliers ou des services de garde d’enfants, tandis que d’autres (comme celles dirigées par M. Craig) n’offrent pas grand-chose, voire rien du tout.

samedi 15 juin 2024

Islande — Nouvelle loi plus stricte sur l'immigration approuvée par le parlement

Le Parlement a approuvé le projet de loi sur l’immigration de la ministre de la Justice Guðrún Hafsteinsdóttir. Les membres de la coalition gouvernementale, le Parti du centre et le Parti populaire ont soutenu le projet de loi, tandis que l’Alliance sociale-démocrate et le Parti de la réforme se sont abstenus. Le Parti Pirate s’est opposé au projet de loi.

Guðrún Hafsteinsdóttir, ministre de la Justice de l’Islande


Quarante-deux voix pour

Le projet de loi sur l’immigration proposé par la ministre de la Justice Guðrún Hafsteinsdóttir a été approuvé par le Parlement islandais, rapporte le journal Vísir.

Tous les membres de la coalition gouvernementale ont voté en faveur du projet de loi, ainsi que les membres du Parti du Centre et du Parti du Peuple. Les membres de l’Alliance sociale-démocrate et du Parti de la réforme se sont abstenus, tandis que les membres du Parti pirate ont voté contre le projet de loi.

Au total, 42 députés ont voté en faveur du projet de loi.

Quatre amendements principaux


Comme l’indique le diffuseur national islandais RÚV, le projet de loi comprend quatre changements majeurs par rapport aux lois actuelles. Des conditions plus strictes pour le regroupement familial seront mises en œuvre, la durée du permis de séjour sera raccourcie, des changements seront apportés à la Commission des recours en matière d’immigration et le traitement des recours sera accéléré.

Alignement avec les autres pays scandinaves

« Les objectifs du projet de loi sont clairs dans ce domaine important. Comme indiqué précédemment, ils visent à aligner notre législation sur celle des pays nordiques et à supprimer de notre législation les règles de procédure propres à l’Islande », a déclaré la ministre de la Justice, Guðrún Hafsteinsdóttir, avant le vote. « Je me félicite également de la vision et de la politique globales dans ce domaine que le gouvernement a adoptées au début de l’hiver, et ce projet de loi est un élément important de cette politique », a ajouté Mme Hafsteinsdóttir.

Réduction des dépenses

Le gouvernement islandais a annoncé que ces mesures réduiraient les dépenses et permettrait de mieux accueillir les réfugiés légitimes.

« La réduction du nombre de demandes qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier d’une protection et l’amélioration de l’efficacité du traitement des demandes permettent d’économiser de l’argent, qui sera utilisé pour augmenter les contributions destinées à garantir l’enseignement islandais, l’assistance accrue aux enfants dans les écoles et l’éducation communautaire, qui aide les personnes à participer activement à la société islandaise. »

Les sept ministères suivants sont directement impliqués dans la mise en œuvre des mesures :

Le ministère de la Justice, le ministère des Affaires sociales et du Marché du travail, le ministère des Universités, de l’Industrie et de l’Innovation, le ministère de la Santé, le ministère des Infrastructures, le ministère de la Culture et du Commerce, le ministère de l’Éducation et le ministère de l’Enfance.

Privation d’aide gouvernementale 30 jours après le rejet de la demande d’asile
 
La nouvelle législation adoptée prive les demandeurs d’asile de leurs privilèges, y compris l’accès au logement et aux soins de santé, 30 jours après le rejet de leur demande.

L’opposition du camp pro-immigration

Les organisations de défense des droits de l’homme en Islande se sont fermement opposées à ce projet de loi, notamment la Croix-Rouge, l’UNICEF et Amnesty International.

« Cette question confirme la position que je défends depuis longtemps, à savoir que ce gouvernement est hostile aux réfugiés », a déclaré la députée du Parti Pirate Þórhildur Sunna Ævarsdóttir. « Ce projet de loi est censé envoyer un message, un message selon lequel les gens doivent quitter le pays, sinon ils seront jetés à la rue, sans soutien et sans accès aux services minimums. » Les manifestants qui s’opposent au projet de loi se sont rassemblés devant le bâtiment du parlement cette semaine. La foule comprenait des demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée et qui perdront donc leur logement et leur accès aux services maintenant que le projet de loi a été adopté.

Colmater des failles dans la Loi

Les autorités islandaises ont été confrontées à des contestations juridiques pour plusieurs déportations et actions récentes concernant les demandeurs d’asile dans le pays, y compris le retrait de services, une action que le projet de loi a maintenant explicitement légalisée.

En 2021, la Direction de l’immigration a retiré les allocations de logement et de nourriture à une vingtaine d’hommes qui devaient être expulsés, une mesure que la Commission de recours en matière d’immigration et d’asile avait par la suite jugée contraire à la loi.

En décembre dernier, le tribunal de district de Reykjavík statua que l’expulsion du réfugié irakien Hussein Hussein et de sa famille en novembre 2022 n’avait pas de base légale. Leur expulsion a suscité l’indignation chez certains lorsque des images ont fait surface sur les médias sociaux montrant les autorités en train de retirer Hussein de son fauteuil roulant par la force. L’incident a également suscité la controverse lorsque les autorités aéroportuaires ont tenté d’étouffer la couverture médiatique des expulsions.

L’année dernière, l’État islandais a versé des dommages et intérêts à une demandeuse d’asile albanaise qui avait été expulsée en 2019 alors qu’elle en était à son neuvième mois de grossesse, en dépit d’un certificat médical indiquant qu’un long vol serait difficile pour elle.

Voir aussi
 
 
 
 

vendredi 17 mars 2023

Québec — et si l'on faisait le bilan du renouveau pédagogique ?

Chronique de Christian Rioux parue dans le Devoir.

À trois jours de la Journée internationale de la Francophonie, on voudrait parler d’autre chose. Mais il faut bien que quelqu’un s’y colle.

Pendant que les élites françaises se vautrent dans le globish, il serait rassurant de se dire que de notre côté de l’Atlantique, les choses vont mieux. Et pourtant, que nenni ! N’est-ce pas ce que nous confirmait ce rapport sur la maîtrise du français au collégial commandé par l’ex-ministre Danielle McCann en 2021 et rendu public seulement la semaine dernière ? Les autrices y rappellent les médiocres résultats des élèves en français à l’entrée du cégep. Elles soulignent surtout combien cette maîtrise est déterminante pour la réussite scolaire à tous les niveaux.

Mais que proposent-elles sinon d’enseigner la grammaire et l’orthographe au cégep. Et pourquoi pas en maîtrise et au doctorat ? « C’est comme si on demandait à un professeur de mathématiques au cégep d’enseigner les tables de multiplication ! » a fort justement répliqué la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, Caroline Quesnel.

Car, à moins de dénaturer la mission du cégep, la grammaire et l’orthographe n’ont rien à faire dans ce qui demeure le seul lieu où la littérature a encore une petite place après avoir été expulsée de l’enseignement général. Mais, la chose la plus étonnante dans ce rapport, c’est que devant ce cuisant échec, jamais les autrices ne se penchent sérieusement sur les graves lacunes de l’enseignement du français au primaire et au secondaire. Comme si tout regard vers le passé leur était interdit. Pas un instant elles ne tentent de jeter un œil critique sur les réformes qui ont été faites il y a vingt ans et dont les résultats s’étalent pourtant aujourd’hui au grand jour.

Qui se souvient encore du « Renouveau pédagogique », cette vaste réforme mise en branle au début des années 2000 qui consistait à faire de l’enfant son propre maître ? À réduire les cours magistraux au profit d’une pédagogie par projets. À refuser de définir un socle de connaissances minimum au profit d’un butinage permanent. À mépriser les dictées, les notes et le redoublement jugés tyranniques. Et surtout à ne jamais brimer nos chérubins et leur « estime de soi ». [Voir à ce sujet les résultats de cette pédagogie par projets transversaux en Finlande : Finlande, depuis 20 ans le niveau scolaire n'y cesse de baisser : immigration et réforme pédagogique]

Un jour, remplie de fierté, la fille d’un ami m’avait montré les petits « romans » illustrés qu’elle écrivait à l’école. Souvent imaginatifs, ils étaient néanmoins pratiquement illisibles tant la graphie, l’orthographe et la grammaire laissaient à désirer. À l’école, on ne voulait pas freiner sa « créativité » en la corrigeant.

 

N’importe quel enseignant sait pourtant que la grammaire et l’orthographe sont des savoirs qui exigent un apprentissage rigoureux, systématique et répétitif. La correction, elle, doit être permanente, et cela dès le plus jeune âge. Certainement pas au gré des désirs de l’enfant. On ne développe pas de tels automatismes en dilettante, mais par une discipline soutenue comme savait le faire, malgré ses lacunes, l’école de nos parents et de nos grands-parents.

Au contraire, les textes du ministère se font une gloire de proclamer haut et fort qu’on n’enseigne plus la « grammaire traditionnelle », mais… la « grammaire nouvelle » ! Un peu comme, à une autre époque, le biologiste patenté Lyssenko parlait de « science bourgeoise » et de… « science prolétarienne ». Au lieu d’apprendre et d’appliquer des règles, les élèves sont invités à « observer » la place des mots, à « discuter » des diverses graphies, à faire des « dictées négociées » [sic] afin d’établir un « consensus », comme s’ils devaient redécouvrir eux-mêmes, à tâtons, des codes vieux de plusieurs siècles.

Il aura donc fallu « 20 ans de réforme pour arriver à une maîtrise du français inférieure à ce qu’elle a toujours été », affirmait récemment Lise Bissonnette en entrevue à Radio-Canada. Et l’ancienne directrice du Devoir de conclure que « cette réforme nous a menés à une impasse ».

Ceux qui regardent ailleurs sont complices, car les causes de cet échec ont été analysées depuis longtemps. Qu’on me permette de citer à nouveau notre ancienne directrice. « Pour que l’école soit un milieu de vie et d’apprentissage plus attrayant, on a privilégié les approches qui imposaient le moins de contraintes possible, qui valorisaient l’enfant en le faisant le “constructeur” de savoirs qu’il pouvait puiser dans son environnement immédiat. Pourquoi s’encombrer l’esprit du nom et de la description des continents quand on peut faire le tour de son propre quartier ? » (Lise Bissonnette, entretiens, Boréal).

En témoignent le jargon et le fouillis intellectuel des programmes. Vingt ans plus tard, les résultats sautent aux yeux. Mais nos experts persistent à ne rien voir. Il faudrait pour cela déloger l’idéologie qui règne en maître dans les « sciences de l’éducation ». Une idéologie et un jargon délétères qui, en voulant transformer en science « l’art de la pédagogie », disait il y a longtemps le professeur Gaëtan Daoust de l’Université de Montréal, en ont fait une triste technique bureaucratique émaillée de psycho pop. C’est ce qu’avaient magistralement dénoncé en leur temps l’écrivain Jean Larose et notre collègue Patrick Moreau (Pourquoi nos enfants sortent-ils de l’école ignorants ?, Boréal).

Vingt ans, c’est une génération. Peut-être serait-il temps de faire le bilan ? Nul doute que quelque part un nouveau ministre se prépare à lancer un énième « plan d’action » pour l’amélioration du français. Pourquoi pas ? Mais tout cela demeurera un vœu pieux tant qu’on ne remettra pas la transmission des connaissances au cœur de l’école.

[Christian Rioux a raison de se pencher sur le bilan du renouveau pédagogique. Il faut y ajouter la réduction des heures de français rognées par l'imposition de l'anglais intensif et précoce et des cours comme éthique et culture religieuse. Il n'aborde pas non plus l'impact de l'immigration allophone grandissante sur la qualité du français.]

Bonne Journée internationale de la Francophonie quand même…

Voir aussi 

Renouveau pédagogique au Québec — les enfants de la réforme ont des difficultés au cégep (2018) 

Vu de France — Le fiasco de la réforme scolaire québécoise (2016)

Le pédagogiste, symbole de l'égarement intellectuel 

Québec : « La réforme scolaire ? À la poubelle ! »

Les ratés (et les succès) de la réforme scolaire au Québec

Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l'éducation sur du sable (2009) 

Un grand brouillard au Conseil supérieur de l’Éducation

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Québec — Triplement du nombre d'heures d'anglais en une trentaine d'années

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Montréal — écoles privées ajoutent 12e année pour éviter aux élèves d'apprendre le français et aller ensuite à l'université anglophone

Finlande, depuis 20 ans le niveau scolaire n'y cesse de baisser : immigration et réforme pédagogique

Les écoles finlandaises étaient autrefois les meilleures du monde. Leurs élèves arrivaient en tête des comparaisons internationales. Or, depuis 20 ans, leur niveau ne cesse de baisser. Article de Die Welt (Allemagne). Notons ici que, dès 2009, une chercheuse comme Nathalie Bulle prévenait que les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes.

Il y a des constats que les politiques peuvent difficilement enjoliver. « Nous ne sommes plus le pays proposant la meilleure éducation. Nos jeunes ne sont plus les plus intelligents. » C’est en ces termes qu’Anita Lehikoinen, secrétaire d’État au ministère finlandais de l’Éducation, a commenté les résultats d’une étude menée par son ministère. Par cet aveu, la femme politique a alimenté dans son pays un débat houleux sur les problèmes des écoles finlandaises.

Les élèves de l’école de Laakavuori (de gauche à droite) Ida, Abdullah, Johanna, Jenna et Eppu avec leur professeur Riku Viitanen.


Pour les observateurs allemands, la discussion a de quoi surprendre. Ici et ailleurs dans le monde, le système scolaire finlandais est toujours considéré comme l’un des meilleurs au monde, voire le meilleur, une renommée due aux excellents résultats obtenus par les élèves finlandais dans le cadre de l’étude comparative PISA de l’OCDE.

Pointant les résultats médiocres des élèves allemands, la première publication de la comparaison internationale fin 2001 avait déclenché de vives discussions en Allemagne et abouti à des réformes dans certains Länder. Ici comme ailleurs, la Finlande était considérée comme le « grand vainqueur » de l’étude comparative PISA. Les élèves y avaient obtenu des résultats supérieurs à la moyenne internationale en lecture, en écriture et en calcul. Les années qui ont suivi, des experts en éducation issus du monde entier ont afflué sur place afin de percer le secret de la réussite des écoles finlandaises.

Pourtant, en Finlande, malgré toute la fierté associée à cette renommée internationale, les écoles sont désormais considérées comme un problème. « Les performances du système scolaire finlandais se dégradent depuis 20 ans, et le déclin s’est accéléré ces dernières années », déclare Jaakko Salo, responsable du secteur de la politique éducative au sein du syndicat finlandais des enseignants OAJ. « On le voit clairement dans les évaluations nationales, mais aussi dans la comparaison internationale PISA. Que ce soit en lecture, en écriture ou en mathématiques, le tableau est le même partout. »

Que les syndicalistes déplorent la situation dans les écoles, il fallait s’y attendre. Or, même les experts internationaux confirment le constat. « La baisse des performances du système scolaire finlandais est flagrante. Cela fait quelques années que nous observons cette tendance dans les données comparatives internationales, et elle concerne tous les domaines de performance », explique Andreas Schleicher. Ce chercheur en éducation coordonne l’étude PISA, une position qui lui a valu le surnom de Mister Pisa.

« Les élèves finlandais ont perdu l’équivalent d’une à deux années scolaires au cours des dernières décennies »

D’après l’étude, le système scolaire finlandais est certes toujours bon, mais il n’est plus excellent. Le baromètre des performances de l’OCDE pour la Finlande indique lui aussi que les écoles finlandaises, autrefois considérées comme des modèles, font face à des problèmes. Ainsi, le niveau moyen de compétence en lecture, en mathématiques et en sciences est en baisse depuis le début du millénaire, et la proportion d’élèves performants en mathématiques et en sciences a fortement diminué au cours des vingt dernières années. En revanche, la proportion d’élèves peu performants ne cesse d’augmenter. Selon des études finlandaises, les élèves finlandais ont perdu l’équivalent d’une à deux années scolaires au cours des dernières décennies.

« Les résultats finlandais de l’étude PISA, qui ont impressionné le monde entier, correspondaient en fait à un coup d’œil dans le rétroviseur et ont donné dès le départ une image erronée de l’état du système scolaire », explique Jaakko Salo. « À l’époque, lorsque les superbes résultats de l’étude PISA ont été publiés juste après le passage au nouveau millénaire, le système scolaire finlandais était déjà sur le déclin. »

Selon l’étude, le groupe d’âge le plus instruit est celui des Finlandais nés en 1978, qui ont terminé leur scolarité au milieu des années 90 et qui ont aujourd’hui 44 ou 45 ans. Les groupes d’âge suivants n’ont plus jamais atteint ce niveau de réussite, précise l’étude.

Avis d’experts : l’immigration a surpris le système scolaire

Les causes du malaise du système éducatif finlandais font depuis longtemps l’objet de discussions parmi les experts. « L’immigration et la diversité croissante de la population scolaire qui en résulte sont clairement une des raisons de la baisse de régime du système scolaire finlandais », déclare Andreas Schleicher, qui coordonne l’étude PISA. Selon lui, après 2015, les pays nordiques ont été encore plus touchés par l’immigration que l’Allemagne. « La migration des réfugiés a pris le système scolaire finlandais par surprise », ajoute Andreas Schleicher. « Il n’avait pas les capacités nécessaires, une réalité à laquelle sont venus s’ajouter des problèmes d’ordre linguistique et un contexte culturel différent. La Finlande a été prise au dépourvu. »

Selon le chercheur en éducation, l’Allemagne doit également prendre cette évolution au sérieux. Le pays est en effet considéré comme mal placé en matière d’intégration scolaire des enfants de migrants. D’après Andreas Schleicher, les politiques allemands responsables de l’éducation pourraient s’inspirer du Canada, de la Norvège et d’autres pays bien cotés. Il met toutefois en garde contre une exagération des attentes. « La Suède était autrefois un modèle, mais les écoles sur place ont été littéralement envahies par les migrants et le système éducatif ne suit plus. » L’Allemagne est également confrontée à ce défi. « Dès que la proportion d’enfants issus de l’immigration atteint 40 ou 45 pour cent, cela devient difficile ; je ne connais aucun pays qui s’en sorte particulièrement bien », déclare Andreas Schleicher. Pour lui, seul le Canada fait un travail fantastique en matière d’intégration scolaire.

Des enseignants dépassés

Autre cause du malaise finlandais, qui fournit un avertissement supplémentaire aux politiques responsables de l’éducation à travers le monde : la réforme ambitieuse et précipitée des programmes scolaires finlandais a déstabilisé les enseignants, qui se sont souvent sentis dépassés. Il y a quelques années, le ministère de l’Éducation a opéré un tournant radical en passant d’un enseignement avec des contenus fixes à un apprentissage orienté sur les transversaux. Les matières scolaires ne sont plus enseignées séparément. Au lieu de cela, les enseignants enseignent des ensembles de thèmes qui sont abordés dans différentes disciplines.

« Le système scolaire finlandais n’était pas correctement préparé à l’apprentissage axé sur la transversalité », explique Andreas Schleicher. Entre-temps, des mesures ont été prises, et les programmes scolaires s’orientent à nouveau davantage vers l’apprentissage traditionnel.

Les données de l’OCDE montrent également que l’égalité des chances dans le système scolaire finlandais a diminué au cours des dernières années — un constat qui doit être particulièrement douloureux pour la Finlande. Les écoles finlandaises ont en effet toujours été saluées pour leur capacité à soutenir les enfants scolairement défavorisés de manière à ce qu’ils puissent rattraper les enfants plus privilégiés. Mais ça aussi, ça a changé. Pourquoi donc ? Parce qu’il y a moins d’argent pour l’éducation. Durant la crise bancaire et économique qu’a connue la Finlande pendant les années 90 et les années qui ont suivi, le gouvernement finlandais a fortement réduit les dépenses consacrées à l’éducation. « Les dépenses en matière d’éducation ont chuté d’un quart et n’ont jamais retrouvé leur niveau d’avant », explique Aleksi Kalenius, conseiller gouvernemental.

Conséquence : les écoles et les communes manquent d’argent pour offrir un soutien personnalisé. « Nous avons maintenant plusieurs enfants qui sortent de l’école primaire en ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter », explique Jaakko Salo, expert de l’OAJ. « C’était impensable il y a encore 15 ans. »

Source : Die Welt (traduction Figaro)

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vendredi 7 mai 2021

Les lumières médiévales supérieures aux lumières du XVIIIe siècle ?

Pour Éric Zemmour, Gérald Sfez nous présente une analyse fine et équitable de la pensée de Leo Strauss. Aux sources du lien entre Athènes et Jérusalem, pour nous projeter vers nos enjeux contemporains. Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. Le penseur y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés.

Il est des filiations encombrantes. Dans l’équipe du président américain George W. Bush, qui décida de l’intervention armée contre l’Irak en 2003, il y avait au sein de ses conseillers, connus sous le nom de « néoconservateurs », de nombreux élèves d’un grand professeur de philosophie politique de l’école de Chicago : Leo Strauss. Il n’en fallut pas davantage pour qu’on attribue à la pensée de celui-ci la paternité de cette guerre pour « le droit et la démocratie ». Dans son célèbre essai Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, l’inénarrable Daniel Lindenberg établissait avec gourmandise ce rapprochement. Comme souvent, Lindenberg et la gauche française tapaient à côté : Leo Strauss n’était ni un autoritaire fascisant ni un thuriféraire de la diplomatie des droits de l’homme imposée par un tapis de bombes. Mais la gauche n’en avait cure, car, derrière ce professeur inconnu du grand public, elle visait ses émules américains, comme Allan Bloom, ou français, comme Alain Finkielkraut.

Alors qui est ce Leo Strauss ? C’est à quoi Gérald Sfez tente de répondre. Notre professeur de philosophie politique ne fait pas dans la gaudriole. Sa prose est austère, mais pédagogique. Sa biographie est sommaire, mais suffisante : on connaît à grands traits le destin commun de ces grands intellectuels nés au début du XXe siècle dans des familles juives allemandes et qui ont fini leurs jours dans une université américaine pour échapper à la menace hitlérienne. Sfez nous plonge dans la pensée straussienne, comme un prof à l’ancienne : avec scrupule et équité. Le plaisir intellectuel est indéniable, même si parfois on se perd dans les méandres des complexités, voire des contradictions, de notre professeur de Chicago.

Leo Strauss décentre le discours habituel sur notre héritage des Lumières. Les Lumières [du XVIIIe siècle] n’ont pas été, selon lui, la victoire de la raison, mais celle de l’athéisme : « Les Lumières ont imposé un nouveau monde. Leur cible fondamentale était la foi en la transcendance de la Loi révélée au Sinaï, opposée à la volonté autonome de l’homme et à sa volonté de toute-puissance. »

Leur arme favorite n’a pas été la raison, mais la raillerie. « Ils ont chassé leur adversaire par le rire. » Les Français héritiers de Voltaire comprennent très bien ce que Strauss veut dire : c’est le « hideux sourire » de Voltaire dont parlait Musset. Leo Strauss en pince, lui, pour ce qu’il appelle, les « Lumières médiévales ». Les Lumières avant les Lumières. Celles qui, autour de Maïmonide, dans l’Espagne du XIIe siècle, ou la Sorbonne dans la France capétienne, élaborent un commentaire rationnel de la Loi divine sans rompre avec elle. Pour Leo Strauss, ces Lumières médiévales sont supérieures, car elles ne détruisent pas l’héritage antique, mais tentent de « sauver la tradition sans renoncer à l’éclairement ». Elles réussissent la suprême quête de Strauss, le mariage harmonieux entre la pensée grecque et la pensée juive, entre la philosophie et la Loi. Strauss ne méconnaît pas les oppositions entre Athènes et Jérusalem, entre « le règne de la philosophie sur la religion » et « le règne de la religion sur la philosophie » ; mais il estime que cette tension créatrice est le fondement de la pensée occidentale : « Les philosophes juifs et musulmans du Moyen Âge sont plus “primitifs” que les philosophes modernes, parce qu’ils ne sont pas comme eux guidés par l’idée du droit naturel, mais par l’idée originelle, antique, de la Loi comme d’un ordre unifié et total de la vie humaine, en d’autres termes parce qu’ils sont les disciples de Platon et non les disciples des chrétiens. »

Nous sommes, nous, les enfants de la rupture chrétienne : « C’est peut-être le Nouveau Testament, c’est certainement la Réforme et la philosophie moderne qui ont amené la rupture avec la pensée antique. » Le Nouveau Testament, qui a rompu le lien entre loi religieuse et loi politique : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Et le protestantisme, qui a autorisé chaque individu à interpréter à sa guise la Révélation. Avant la Réforme, l’interprétation de la révélation divine était limitée à quelques cercles de lettrés sous le contrôle étroit des autorités religieuses et politiques. À partir du moment où la Réforme protestante (et l’invention de l’imprimerie) démocratise ce droit à l’interprétation, l’harmonie préexistante explose et les différences s’accusent en divergences irréconciliables : la Loi juive accepte l’interprétation, car elle est depuis l’origine l’objet d’une discussion entre Dieu et Moïse, puis entre Dieu et le peuple, pour élaborer une Loi sujette au changement. En revanche, l’islam refuse toute interprétation et s’enferme dans une lecture littéraliste de la Révélation divine. De son côté, le christianisme est attaqué par la modernité athée des Lumières.

Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. La modernité occidentale a retourné sa filiation catholique en un vague humanitarisme universel : les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton. En face, l’islam a repris seul le flambeau de la résistance de la « Loi divine », la lutte du Désert contre la corruption de la Cité. Mais l’islam, rejetant l’héritage grec, et même le goût juif pour la discussion et l’interprétation, s’est enfermé dans une approche, sinon totalitaire, du moins totalisante de la Loi, comprise comme un ensemble insécable de morale, de religion et de politique. L’islam, d’instinct, ne veut pas connaître le sort du catholicisme, tombé sous le coup de la raillerie athée. La rédaction de Charlie Hebdo en sait quelque chose.

Ce combat inexpiable aurait désolé Leo Strauss. Il y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés. Il aurait plaidé pour le retour à des « sociétés closes sans être fermées sur elles-mêmes ou leurs traditions ancestrales », c’est-à-dire avec des frontières et un État, où la « politique de l’humanité ne peut supplanter le droit des nations ».

« L’homme moderne est un géant aveugle », nous avait-il dit. Il ne savait pas qu’il était également devenu sourd.

« Strauss »,
de Gérald Sfez,
publié le 6 mai 2021
aux Belles Lettres,
à Paris
293 pp.,
19 euros
ISBN-13 : 978-2251450698




dimanche 8 septembre 2019

Résultat désastreux de la dévalorisation de la transmission des connaissances à l'école primaire

Pour Natalie Wexler, auteur de L’Écart de connaissances : la cause cachée de la faillite du système scolaire américain — et comment y remédier, dans les petites classes, les écoles américaines valorisent la compréhension de la lecture par rapport aux connaissances. Les résultats sont dévastateurs, en particulier pour les enfants issus de milieux pauvres.

À première vue, la classe de cette école dans un secteur défavorisé de Washington où s’était rendue Natalie Wexler était un modèle de zèle et de diligence. L’institutrice était assise à un bureau dans un coin, examinant le travail des élèves, tandis que les élèves de première année remplissaient discrètement une feuille de travail destinée à développer leurs compétences en lecture.

En regardant autour d’elle, Natalie Wexler a remarqué une petite fille en train de dessiner sur un morceau de papier. Dix minutes plus tard, elle avait dessiné une série de figures humaines et était occupée à les colorier en jaune.

Natalie Wexler s’est agenouillée à côté d’elle et lui a demandé :

– Qu’est-ce que tu dessines ?

–   Des clowns, répondit-elle avec assurance.

–   Pourquoi dessines-tu des clowns ?

–  Parce qu’il est dit ici « Dessine des clowns », a-t-elle expliqué.

Sur sa feuille de travail se trouvait une liste de compétences liées à la compréhension en lecture : trouver l’idée principale, tirer des déductions, faire des prédictions. La jeune fille montrait la phrase « tirer des conclusions » (dessiner des conclusions littéralement en anglais). Elle était censée tirer des conclusions d’un article sur le Brésil qui était reproduit sur le verso d’une feuille retournée sur son pupitre. Mais elle ignorait que le texte était là jusqu’à ce que je retourne la feuille. En outre, elle n’avait jamais entendu parler du Brésil et était incapable de lire le mot.

Selon la doctrine officielle, peu importe ce que les enfants lisent — il vaut mieux pour eux d’acquérir des aptitudes qui leur permettront de découvrir des connaissances plus tard par eux-mêmes que de leur fournir directement des connaissances. Ils doivent donc passer leur temps à « apprendre à lire » avant de « lire pour apprendre ». Les connaissances peuvent attendre ; la science viendra plus tard, l’histoire, trop abstraite pour être comprise par de jeunes esprits, aussi. Le temps consacré à la lecture est plutôt rempli par une variété d’opuscules et de passages sans aucun lien entre autres si ce n’est ces « compétences de compréhension » que ces textes sont censés permettre d’acquérir.

En 1977 déjà, les instituteurs du premier cycle du primaire consacraient plus de deux fois plus de temps à la lecture qu’à l’apprentissage de connaissance en sciences, en histoire et en géographie. Mais depuis 2001, année où la législation fédérale No Child Left Behind a légalisé les résultats normalisés en lecture et en mathématiques pour mesurer les progrès accomplis, le temps consacré à ces deux sujets n’a fait qu’augmenter. Et, logiquement, le temps consacré à l’apprentissage de connaissance en sciences, en histoire et en géographie a chuté, en particulier dans les écoles où les résultats aux tests standardisés étaient et sont faibles.

Pourtant, malgré l’énorme dépense de temps et de ressources consacrés à la lecture, les enfants américains ne lisent pas mieux. Au cours des 20 dernières années, environ un tiers seulement des élèves ont atteint ou dépassé le niveau « compétent » aux tests nationaux. Le tableau est particulièrement sombre pour les enfants issus de familles à faible revenu et appartenant à une minorité. Leurs résultats moyens aux tests sont bien inférieurs à ceux de leurs pairs plus riches, en majorité blancs, phénomène que l’on qualifie généralement d’écart de réussite. À mesure que cet écart s’est creusé et que la proportion d’élèves blancs a diminué dans une Amérique de plus en plus « diverse », la position de l’Amérique dans les classements internationaux en matière d’alphabétisation, déjà médiocre, a chuté. « Nous semblons être en train de décliner alors que d’autres systèmes s’améliorent », a déclaré un des responsables fédéraux de l’administration de tels tests à Education Week.

Ce qui soulève une question troublante : et si les recettes prescrites n’avaient fait qu’aggraver le retard, en particulier pour les enfants pauvres ? Et si le meilleur moyen d’améliorer la compréhension en lecture ne consistait pas à enseigner aux enfants des compétences isolées (ici de « lecture »), mais à leur enseigner le plus tôt possible des connaissances délaissées, notamment l’histoire, la géographie, la science et d’autres contenus susceptibles de renforcer leur culture générale et le vocabulaire dont ils ont besoin pour comprendre les textes écrits et le monde qui les entoure ?

À la fin des années 1980, deux chercheurs du Wisconsin, Donna Recht et Lauren Leslie, conçurent une expérience ingénieuse pour tenter de déterminer dans quelle mesure la compréhension en lecture d’un enfant dépend de sa connaissance antérieure d’un sujet. À cette fin, ils ont construit un terrain de baseball miniature et l’ont peuplé de joueurs de baseball en bois. Ils ont ensuite fait venir 64 élèves de septième et huitième années qui avaient été testés pour leur capacité de lecture et leur connaissance du baseball.

Recht et Leslie ont choisi le baseball, car ils pensaient que beaucoup d’enfants qui n’étaient pas de grands lecteurs connaissaient néanmoins assez bien le sport. On a demandé à chaque élève de lire d’abord la description d’une manche fictive de baseball, puis de déplacer les figurines en bois pour la reproduire. Par exemple : « Churniak prend son élan et frappe une balle qui rebondit lentement en direction de l’arrêt-court. Haley arrive, jette la balle et lance au premier but, mais trop tard. Churniak est le premier avec un simple, Johnson reste en troisième position. Le prochain frappeur est Whitcomb, le joueur de champ gauche des Cougars. »)

Il s’est avéré que la connaissance préalable du baseball avait un énorme impact sur la capacité des étudiants à comprendre le texte — bien plus que leur supposé niveau de lecture. Les enfants qui connaissaient peu le baseball, y compris les « bons » lecteurs, s’en sont tous mal sortis. Et tous ceux qui connaissaient bien le baseball, qu’ils soient de « bons » ou de « mauvais » lecteurs, s’en sortaient bien. En fait, les « mauvais » lecteurs qui en savaient beaucoup sur le baseball ont surpassé les « bons » lecteurs qui ne connaissaient pas le jeu.

Près de 25 ans plus tard, une variante de l’étude sur le baseball a permis de mieux comprendre la relation entre connaissance et compréhension. Cette équipe de chercheurs s’est concentrée sur les enfants d’âge préscolaire issus de différents milieux socio-économiques. Ils ont d’abord lu un livre sur les oiseaux, un sujet sur lequel ils avaient déterminé que les enfants dont les parents sont à l’aise financièrement en savaient davantage que ceux issus de familles plus pauvres. Quand ils ont testé la compréhension du texte lu, les chercheurs ont constaté que les enfants les plus riches réussissaient nettement mieux que les autres. Mais ensuite, ils ont lu une histoire portant sur un sujet que tous les enfants ignoraient : des animaux fictifs appelés « wugs ». Dans ce cas, alors que les connaissances antérieures des enfants étaient égales, leur compréhension du texte était, selon Natalie Wexler, essentiellement la même, peu importe leur milieu social d’origine. En d’autres termes, le manque de compréhension dans le cas du texte portant sur les oiseaux n’était pas un manque de compétences, il s’agissait plutôt d’un manque de connaissances préalables.

Pour diverses raisons, les enfants de familles plus instruites — qui ont également tendance à avoir des revenus plus élevés — arrivent à l’école avec plus de connaissances et de vocabulaire. Les enseignants m’ont dit que, dans les premières années de l’école, les enfants de familles moins éduquées ignorent parfois le sens de mots simples comme « derrière ». J’ai vu un élève de première année se débattre avec un problème mathématique simple parce qu’il ne comprenait pas le mot « avant ». Au fil des années, les enfants de parents instruits acquièrent davantage de connaissances et de vocabulaire en dehors de l’école, ce qui leur permet plus facilement d’acquérir encore plus de connaissances, car, comme le velcro, les connaissances adhèrent mieux à d’autres connaissances similaires.

Pendant ce temps, leurs pairs moins fortunés sont de plus en plus à la traîne, surtout si leurs écoles ne leur transmettent pas de connaissances. Cet effet boule de neige a été surnommé « l’effet Saint-Matthieu », d’après le passage dans l’Évangile selon Matthieu, selon lequel les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres. Chaque année que l’effet Saint-Matthieu se fait sentir, il devient plus difficile de le contrer. C’est pourquoi plus on transmet tôt des connaissances aux enfants, meilleures seront les chances de réduire cet écart. La réduction de cet écart est un objectif louable et désirable pour toute société, cela ne veut cependant pas dire que cet écart peut être totalement éliminé même (ou a fortiori) dans une société qui récompense de plus en plus le travail intellectuel puisque les revenus des parents dépendraient de leurs compétences cognitives et que celles-ci sont en partie héritables, sujet en grande partie tabou toutefois.

Bien que, à certains égards, les écoles américaines diffèrent énormément entre elles, la même structure de base se retrouve dans presque toutes les classes du primaire. La journée est divisée en un « bloc math » et un « bloc de lecture », ce dernier prenant entre 90 minutes et trois heures.

Dans peut-être la moitié des écoles primaires, les enseignants sont censés utiliser un manuel de lecture qui comprend divers passages et thèmes de discussion ainsi qu’un guide de l’enseignant. Dans d’autres écoles, les enseignants sont laissés à eux-mêmes. Ils décident comment enseigner la lecture et s’appuient sur des livres pour enfants disponibles dans le commerce. Dans les deux cas, en matière d’enseignement de la compréhension, l’accent est mis sur les compétences. Et la très grande majorité des enseignants se tournent vers Internet pour compléter ces outils, bien qu’ils n’aient pas été formés à la conception de programmes. Une enquête menée par la Corporation Rand auprès des enseignants a révélé que 95 % des instituteurs du primaire avaient recours à Google pour obtenir du matériel et des plans de cours ; 86 % se tournent vers Pinterest.

En règle générale, un enseignant se concentre sur la « compétence de la semaine », en lisant à haute voix des livres ou des passages choisis non pas pour leur contenu, mais parce qu’ils permettaient de faire la démonstration d’une compétence donnée. La démonstration d’une compétence peut, toutefois, ne comporter aucune lecture. Une façon courante de modéliser la capacité de « comparer et contraster », par exemple, consiste à faire venir deux enfants devant la classe et à les amener à discuter de leurs vêtements, en quoi ils sont similaires ou différents.

Ensuite, les élèves pratiquent cette technique seuls ou en petits groupes, sous la direction d’un enseignant, en lisant des livres d’un niveau de lecture prédéterminé, lequel peut être très inférieur à leur niveau scolaire. Encore une fois, les livres ne partagent pas nécessairement un thème commun ; beaucoup sont de simples fictions. La théorie est la suivante : si les étudiants lisent suffisamment et consacrent suffisamment de temps à la compréhension, ils seront finalement en mesure de comprendre des textes plus complexes.

Nombre d’enseignants ont affirmé à Natalie Wexler qu’ils aimeraient consacrer plus de temps à la culture générale (études sociales et sciences), car leurs élèves aiment clairement apprendre des faits réels. Mais on leur a dit que les compétences pédagogiques sont le moyen de renforcer la compréhension en lecture. Les décideurs et les réformateurs en pédagogie ne remettent généralement pas en cause cette vision des choses et, en fait, en insistant sur l’importance des tests de compréhension, ils l’ont en fait exacerbée. Les parents, comme les enseignants, s’opposent parfois sur l’insistance accordée à la « préparation aux tests », mais ils ne visent pas la racine du problème. Si les écoliers manquent de connaissances et de vocabulaire pour comprendre les passages des tests de lecture, ils n’auront pas l’occasion de démontrer leur habileté à faire des déductions ou à trouver l’idée principale. Et s’ils arrivent à l’école secondaire sans avoir été exposés à l’histoire ou aux sciences, comme c’est le cas pour de nombreux étudiants issus de familles à faible revenu, ils ne pourront ni lire ni comprendre les documents de niveau secondaire.

Les normes communes d’alphabétisation de base, qui depuis 2010 ont influencé les pratiques en classe dans la plupart des États des États-Unis, ont aggravé la situation à bien des égards. Dans le but d’élargir les connaissances des enfants, les normes exigent que les enseignants du primaire exposent tous les élèves à une écriture plus complexe et à moins de fiction. Cela peut sembler un pas dans la bonne direction, mais les textes de non-fiction nécessitent généralement encore plus de connaissances de base et de vocabulaire que les écrits romanesques. Lorsque la non-fiction est combinée à l’approche centrée sur les compétences, comme dans la plupart des salles de classe, les résultats peuvent être désastreux. Il arrive que les enseignants soumettent des textes impénétrables aux enfants et les laisser se débrouiller. Ou peut-être dessiner des clowns.

Source : The Atlantlic

mercredi 14 mars 2018

Mathieu Bock-Côté et l'école québécoise

Comment se porte le système d’éducation québécois 20 ans après la réforme ? Richard Martineau en discute avec Mathieu Bock-Côté.

mardi 27 février 2018

France — Le grand oral du bac risque d’être une fabrique de conformisme

La création d'un grand oral au baccalauréat encouragera le politiquement correct au détriment des savoirs fondamentaux, argumente l'essayiste Roland Hureaux dans le Figaro. Roland Huteaux est un an­cien élève de l’École nor­male su­pé­rieure et de l’École na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion, l’au­teur a été le col­la­bo­ra­teur de Phi­lippe Sé­guin. Il a pu­blié, no­tam­ment, « Les nou­veaux féo­daux, l’er­reur de la dé­cen­tra­li­sa­tion » (Gal­li­mard, 2004) et « La grande dé­mo­li­tion, la France cas­sée par les ré­formes » (Bu­chet-Chas­tel, 2012).

Se sou­vient-on en­core du pas­sage de Claude Al­lègre au mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion na­tio­nale ? Il y re­cueillit la sym­pa­thie de la droite par quelques for­mules-chocs comme la pro­messe de « dé­grais­ser le mam­mouth ». Non seule­ment il n’en fit rien, mais ce mi­nistre pro­fi­ta de cette po­pu­la­ri­té fac­tice pour pour­suivre les ré­formes les plus no­cives.

M. Blan­quer, pour sa part, mul­ti­plie les pe­tits si­gnaux en di­rec­tion de la droite édu­ca­tive : re­tour du la­tin (sans ré­ta­blis­se­ment du Capes de lettres clas­siques, néan­moins), classes bi­lingues, re­dou­ble­ments au­to­ri­sés, ap­pren­tis­sage ana­ly­tique de la lec­ture, cho­rales voire uni­forme à l’école. On com­prend la sa­tis­fac­tion que sus­citent ces an­nonces, mais il fau­drait at­tendre de voir quelle mise en oeuvre sui­vra avant de don­ner un sa­tis­fe­cit au mi­nistre sur ces su­jets. Reste sa ré­forme du bac, elle aus­si bien re­çue. Qu’en pen­ser ?

Une par­tie du pro­jet, au moins, est très in­quié­tante : l’ins­tau­ra­tion d’un grand oral d’une de­mi-heure où les can­di­dats s’ex­pri­me­raient li­bre­ment sur un su­jet choi­si par eux deux ans plus tôt.

Le pre­mier risque porte sur l’or­ga­ni­sa­tion des ly­cées : même s’il doit s’ap­puyer en­core, nous dit-on, sur une « do­mi­nante », un tel oral se­rait la consé­cra­tion des tra­vaux que les élèves doivent réa­li­ser dans le cadre des « en­sei­gne­ments pra­tiques in­ter­dis­ci­pli­naires », qui ont vu leur im­por­tance ren­for­cée par Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem. Or leur ef­fet est d’af­fai­blir une des qua­li­tés qui res­tent au corps en­sei­gnant fran­çais, celle d’être des spé­cia­listes, pour les trans­for­mer en ani­ma­teurs in­ter­dis­ci­pli­naires. Cette orien­ta­tion tend à faire de nos éta­blis­se­ments, non plus des lieux d’ap­pren­tis­sage, mais de simples « lieux de vie ». Seules les ZEP [zones d'éducation prioritaires, grosso modo les banlieues immigrées dotées de plus de moyens], à la re­cherche, elles, de mé­thodes ef­fi­caces, sont exo­né­rées de cette évo­lu­tion.

L’autre risque est plus po­li­tique : ce­lui d’ins­tau­rer, plus clai­re­ment en­core qu’au­jourd’hui, la dic­ta­ture du po­li­ti­que­ment cor­rect au coeur de l’en­sei­gne­ment se­con­daire.

Le grand oral de­vant un ju­ry, ce­la existe certes à l’ENA et dans beau­coup de grandes écoles – pas les plus sé­rieuses comme Nor­male ou Po­ly­tech­nique, du reste. Mais à vingt ans ou plus, les can­di­dats ont suf­fi­sam­ment de ma­tu­ri­té pour jouer le jeu qu’on at­tend d’eux quitte à faire la bête. À l’ado­les­cence, ce se­ra plus dif­fi­cile et il n’est de toute fa­çon pas sou­hai­table d’in­ci­ter les jeunes à jouer la co­mé­die. Ajou­tons que l’exer­cice concer­ne­ra, en ter­mi­nale, toute une classe d’âge et non les seuls can­di­dats à des concours.

Outre le po­li­ti­que­ment cor­rect et les modes qui risquent fort de pe­ser sur les su­jets choi­sis, ce grand oral se­ra la der­nière épreuve, par­ti­cu­liè­re­ment so­len­ni­sée. Elle pri­vi­lé­gie­ra la confiance en soi, le cu­lot, l’air « bran­ché ». Elle ou­vri­ra aus­si la porte in­si­dieu­se­ment, au mo­tif de com­pen­ser cer­tains han­di­caps, à la dis­cri­mi­na­tion po­si­tive des mi­no­ri­tés de toute sorte, qui reste avant tout une dis­cri­mi­na­tion. Avec ou sans ins­truc­tions, les ju­rys y se­ront conduits as­sez na­tu­rel­le­ment pour suivre l’air du temps.

Pour le reste, on ne peut que se louer du sou­ci de dé­cloi­son­ner les sé­ries, mais se­ra-ce dans le sens de la sim­pli­ci­té ? Au lieu de trois sé­ries, L, S et ES, la ré­forme, fon­dée sur un choix d’op­tions abou­ti­rait à 30 com­bi­nai­sons de fi­lières ! N’avait-on pas le moyen de re­va­lo­ri­ser les sé­ries L sans in­ven­ter une telle usine à gaz, en par­lant par exemple de « lettres et com­mu­ni­ca­tion », ce à quoi le mi­nis­tère s’est tou­jours re­fu­sé ? Quelle place dans ces com­bi­nai­sons pour l’his­toire et la géo­gra­phie, ma­tière de culture au moins au­tant au­jourd’hui que la lit­té­ra­ture et la phi­lo­so­phie (dont l’épreuve écrite de­meure, il est vrai, sans doute pour ras­su­rer) ou pour la se­conde langue ? Les ma­tières se­ront, se­lon les élèves, tan­tôt des ma­jeures, tan­tôt des mi­neures : nous sou­hai­tons bien du plai­sir aux pro­vi­seurs qui de­vront or­ga­ni­ser les em­plois du temps.

On sait au de­meu­rant com­bien l’ins­tau­ra­tion du contrôle conti­nu en mai 68 au sein de l’Uni­ver­si­té y avait gé­né­ra­li­sé le ba­cho­tage au dé­tri­ment de la culture gé­né­rale et de la li­ber­té de l’es­prit.

Com­ment con­ci­lier des ré­sul­tats du bac connus as­sez tôt pour gé­rer l’orien­ta­tion des élèves et as­sez tard pour ne pas dé­mo­bi­li­ser les élèves en fin d’an­née ? Pro­blème tech­nique en ap­pa­rence, mais qui se pose dans une hy­po­thèse de sé­lec­tion gé­né­ra­li­sée et pré­coce.

Le prin­ci­pal risque de­meure que cette ré­forme soit une nou­velle étape dans le for­ma­tage de la jeu­nesse, et par là de la po­pu­la­tion, à une pen­sée unique. Après la chasse aux [bobards] le for­ma­tage des es­prits par le nou­veau bac ?

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