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lundi 1 juin 2026

« Scout toujours, LGBTQ2SAI+ ! » : quand le scoutisme catholique européen s'ouvre à la rhétorique LGBTQ

De Tribune chrétienne

De la France à l’Italie, plusieurs mouvements scouts se réclamant du catholicisme adoptent désormais les concepts d’identité de genre, d’inclusion LGBT et de reconnaissance des orientations sexuelles. Une évolution qui suscite une inquiétude croissante chez ceux qui voient dans le scoutisme une école de foi avant d’être un laboratoire des nouvelles idéologies.


Pendant des décennies, le scoutisme catholique a constitué l’un des plus puissants instruments de formation chrétienne de la jeunesse. On y apprenait l’esprit de service, le sens du devoir, la maîtrise de soi, le goût de l’effort, la vie de prière et la fidélité au Christ. Aujourd’hui, une autre logique semble s’imposer progressivement au sein de plusieurs mouvements européens : celle de l’idéologie LGBT. En France, les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs années. Messages diffusés à l’occasion de la Journée internationale contre les LGBT-phobies, promotion de « l’inclusion », mise en avant de la « visibilité » LGBT, recours à l’écriture inclusive, diffusion de supports inspirés du militantisme gay contemporain : autant d’éléments qui témoignent d’une évolution profonde des Scouts et Guides de France.

Le problème n’est pas le respect des personnes. Celui-ci fait partie intégrante de l’enseignement chrétien. Le problème est l’introduction dans l’éducation scoute d’une vision de l’homme, de la sexualité et de la famille qui s’éloigne de l’enseignement constant de l’Église. Or ce qui se produit en France apparaît désormais également en Italie.

Le 3 mai dernier, l’AGESCI, l’Association des Guides et Scouts Catholiques Italiens, a adopté un document intitulé Identité de genre et orientation sexuelle et affective. Ce texte affirme que l’identité de genre et l’orientation sexuelle doivent être reconnues et valorisées au sein de la communauté scoute. Il considère également que ces éléments ne peuvent constituer un obstacle à l’exercice de responsabilités éducatives. Pour de nombreux observateurs catholiques italiens, il s’agit d’une rupture doctrinale majeure. Car l’Église a toujours distingué l’accueil des personnes et l’évaluation morale des comportements. Elle n’a jamais enseigné que l’homosexualité ou la transidentité devaient être présentées comme des réalités positives ou comme des composantes à célébrer de l’identité humaine.

Le document italien va plus loin encore. Il appelle à combattre les attitudes qualifiées d’« homolesbobitransphobes », dans une logique qui tend à assimiler toute critique de l’idéologie LGBT à une forme de discrimination. Cette approche reprend les catégories aujourd’hui largement diffusées dans les milieux militants LGBT.

Le parallèle avec la situation française est frappant. Dans les deux pays, le même vocabulaire s’impose. Inclusion, reconnaissance des identités, diversité des orientations sexuelles, visibilité, lutte contre les discriminations : autant de notions qui occupent désormais une place centrale dans le discours scout. Dans le même temps, les références explicites à la morale catholique deviennent de plus en plus discrètes. Cette convergence n’a rien d’anodin. Sans qu’il soit possible d’affirmer l’existence d’une coordination organisée, une même dynamique idéologique traverse aujourd’hui plusieurs mouvements du scoutisme catholique européen. Les mêmes concepts apparaissent, les mêmes revendications sont relayées et les mêmes évolutions anthropologiques sont présentées comme inéluctables.

Le paradoxe est saisissant. Le scoutisme fut créé pour former des jeunes enracinés dans la vérité, capables de résister aux pressions du monde et de vivre selon une loi morale exigeante. Il apparaît aujourd’hui, dans certains mouvements, comme un lieu d’adaptation aux grandes tendances culturelles contemporaines. L’enjeu dépasse largement les seuls scouts. Derrière ces débats se profile une question fondamentale : quelle conception de l’homme veut-on transmettre aux nouvelles générations ? L’anthropologie chrétienne repose sur la complémentarité de l’homme et de la femme, sur la réalité de la nature humaine et sur une vision de la sexualité ordonnée au bien de la personne. L’idéologie LGBT propose au contraire une identité fondée sur le ressenti individuel et détachée de toute référence objective à la nature.

C’est pourquoi l’inquiétude de nombreuses familles est profonde. Elles ne confient pas leurs enfants au scoutisme catholique pour qu’il reprenne les catégories idéologiques du temps présent. Elles y cherchent une formation humaine et spirituelle enracinée dans l’Évangile. De la France à l’Italie, le constat devient difficile à ignorer : sous le langage de l’accueil et de l’inclusion, une partie du scoutisme catholique abandonne sa mission première. Et lorsque les mouvements chargés de former la jeunesse commencent à adopter les principes du monde plutôt que ceux de l’Église, la devise « Scout toujours ! » risque de perdre une part essentielle de son sens.


dimanche 22 mars 2026

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne (-90 % en 60 ans)

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne : une chute confirmée par les chiffres officiels de la DOK


L’Allemagne catholique, autrefois terre de floraison des ordres religieux, connaît un effondrement historique de la vie consacrée. Selon les statistiques officielles publiées par la Deutsche Ordensobernkonferenz (DOK), l’instance qui regroupe les supérieurs majeurs des ordres et congrégations catholiques en Allemagne, il ne restait plus que 11 797 religieux et religieuses au 31 décembre 2025. C’est 831 personnes de moins qu’en 2024, soit un recul de 6,6 % en un an seulement.

La baisse est particulièrement dramatique chez les religieuses : elles sont passées de 9 467 à 8 770 (–7,4 %). Les religieux hommes ne sont plus que 3 027 (–4,2 %). Ces chiffres, diffusés le 18 mars 2026, proviennent directement du site de la DOK et ont été repris par le portail catholique de référence katholisch.de dans un article intitulé « Zahl der Ordensleute in Deutschland weiter rückläufig ».

Le vieillissement est abyssal : 80,9 % des religieuses ont plus de 65 ans (seulement 19,1 % ont moins de 65 ans). Chez les hommes, la répartition est presque équilibrée (51,4 % de moins de 65 ans), mais le mouvement général reste le même : très peu de novices (20 chez les hommes, encore moins chez les femmes) et des communautés qui se transforment progressivement en maisons de retraite spirituelles.Ce chiffre de 11 797 contraste violemment avec les environ 100 000 religieuses recensées en 1965 (pic historique souvent cité dans les analyses de fowid.de et des médias allemands). En soixante ans, la chute atteint donc près de 90 % pour les ordres féminins.

Une régionalisation très marquée : le Sud résiste mieux

La DOK ne publie pas de répartition détaillée par Bundesland dans sa statistique annuelle, mais les observateurs et les statistiques plus larges de la Deutsche Bischofskonferenz (DBK) soulignent depuis longtemps de fortes disparités régionales. Le Sud catholique (Bavière et Bade-Wurtemberg) reste nettement plus résilient. La piété populaire y est plus ancrée, les monastères bénédictins, franciscains ou contemplatifs traditionnels y sont plus nombreux, et la culture catholique a mieux résisté à la sécularisation. À l’inverse, le Nord (influencé historiquement par le protestantisme) et l’Est (ex-RDA, marqué par des décennies d’athéisme d’État) accusent des pertes beaucoup plus sévères. Les grandes congrégations apostoliques actives dans l’enseignement ou les soins y ont pratiquement disparu, tandis que certaines abbayes bavaroises ou souabes maintiennent encore un semblant de vitalité grâce à un recrutement local ou international plus soutenu. Cette « régionalisation » du déclin reflète la géographie religieuse historique de l’Allemagne : le catholicisme y a toujours été plus fort au sud du Main.

Les ordres plus traditionnels : une exception relative ?

Face à ce tableau sombre, une question revient souvent : les communautés traditionnelles (celles attachées à la liturgie pré-conciliaire ou à une identité plus classique) échappent-elles au mouvement général ?

La réponse est nuancée : elles ne croissent pas massivement en Allemagne, mais elles atténuent le déclin et montrent une vitalité relative.

La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), qui n’est pas comptabilisée dans les statistiques de la DOK car elle n’est pas en pleine communion, compte en Allemagne environ 50 prêtres, 11 prieurés et 52 chapelles. Son district allemand est actif (séminaire à Zaitzkofen en Bavière) et organise régulièrement des événements qui attirent des milliers de fidèles. Mondialement, la FSSPX continue de croître (plus de 750 prêtres), mais en Allemagne son expansion reste modeste et stable plutôt qu’explosive.

La Fraternité Saint-Pierre (FSSP ou Petrusbruderschaft), pleinement reconnue par Rome, affiche au contraire des records : 579 membres au 1er novembre 2025 (dont 394 prêtres et 192 séminaristes), un chiffre historique depuis sa fondation en 1988. Son séminaire international de Wigratzbad (Bavière) continue de former des vocations, et la communauté annonce régulièrement de nouvelles implantations. Son âge moyen (autour de 39 ans) contraste radicalement avec le vieillissement des ordres classiques.

D’autres instituts Ecclesia Dei ou des congrégations venues d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine (1 863 membres étrangers affiliés à la VKO selon la DOK) apportent également un léger contre-poids. Certaines communautés contemplatives bénédictines ou franciscaines traditionnelles parviennent à maintenir un petit flux de vocations grâce à une identité claire et à une formation exigeante.

Cependant, ces exceptions restent marginales à l’échelle nationale. Elles ne compensent pas le recul global des grands ordres apostoliques (bénédictins, franciscains, jésuites, etc.) qui ont porté l’Église allemande pendant des siècles.

Un phénomène européen, mais particulièrement accentué en Allemagne

Ce déclin n’est pas propre à l’Allemagne : il touche toute l’Europe occidentale depuis Vatican II. Mais le pays, avec sa forte tradition d’ordres actifs dans l’éducation et la santé, l’a vécu de manière particulièrement brutale. La sécularisation accélérée, l’individualisme, la crise des vocations post-conciliaires et le vieillissement démographique ont fait leur œuvre.

Les chiffres de la DOK, consultables sur www.orden.de/presseraum/zahlen-fakten et détaillés dans l’article de katholisch.de du 18 mars 2026, ne laissent aucun doute : sans un sursaut vocationnel majeur, de nombreuses maisons fermeront dans les prochaines années. Seules les régions du Sud et quelques communautés traditionnelles ou internationales semblent encore offrir un îlot de résistance. La vie religieuse allemande, jadis si florissante, est entrée dans une ère de recomposition profonde.

dimanche 14 décembre 2025

Paris — Hidalgo coupe à nouveau les vivres au collège catholique Stanislas

Les collectivités locales sont obligées par la loi à verser chaque année une dotation financière aux écoles privées sous contrat avec l’État qui se trouvent sur leur territoire. Certaines ne remplissent pas leurs obligations. C’est le cas de Paris aujourd’hui avec le collège catholique Stanislas.

Le 9 décembre, lors d’une réunion préparatoire au prochain Conseil de Paris, Patrick Bloche, premier adjoint d’Anne Hidalgo a déclaré : « Je me dois de supprimer les subventions. » Ainsi annonce-t-il que Paris, au mépris de la loi, refuse de verser le forfait qu’il doit. Et il l’assume au nom de la morale arc-en-ciel. 

Selon lui, le controversé programme EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité dès la maternelle : deux associations juridiques viennent de saisir l’ONU pour faire respecter le droit des familles actuellement bafoué) ne serait pas enseigné à Stanislas comme certains voudrait qu'il le soit. 

M. Bloche affecte ne penser qu’à « l’intérêt » des élèves, il feint la crainte : « J’ai peur pour les enfants. » 
 
Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo coupe les vivres à Stanislas. Il s'agit d'un vieux combat idéologique entre les laïcards et l’Église catholique, une dizaine de visites ayant été effectuées par l’Académie de Paris, et Médiapart répandant bruyamment l’idée que Stanislas serait « sexiste et homophobe », deux péchés mortels pour la gauche moderne.

mardi 9 décembre 2025

Canada — 125 églises incendiées ou vandalisées depuis l'annonce de la découverte de tombes à l'ancien internat de Kamloops

Mise à jour du 9 décembre 2025 


À travers le Canada, au moins 123 églises chrétiennes à travers le Canada ont été vandalisées, incendiées ou profanées, et à ce jour, AUCUNE enquête fédérale n'a été ouverte à ce sujet à ce jour.

La vague de violence contre les lieux de culte chrétiens a éclaté après la prétendue découverte de tombes anonymes près d'un pensionnat indien à Kamloops, en Colombie-Britannique. Bien que la Première Nation elle-même ait qualifié ces découvertes d'« anomalies » et n'ait pas confirmé qu'il s'agissait bien de tombes, la tempête médiatique qui a suivi a déclenché une vague de haine anti-chrétienne. 

Quelques églises incendiées ces derniers mois:

Église orthodoxe ukrainienne All Saint’s, Bellis, Alberta

Une église orthodoxe ukrainienne vieille de près de 100 ans située à Bellis, en Alberta, a été détruite dans un incendie survenu le 21 septembre 2025. Selon la GRC, cet incendie aurait été allumé délibérément dans le cadre d’une série de crimes violents comprenant des vols de véhicules, des agressions contre des policiers et des incendies criminels. Trois suspects de la Première Nation de Saddle Lake, dont un jeune, ont été arrêtés et inculpés.

Église Thunderchild Word, Première Nation de Thunderchild, Alberta

La GRC enquête sur un incendie survenu le 1er septembre 2025 qui a détruit l'église Thunderchild Word Church de la Première Nation Thunderchild, au nord-ouest de North Battleford, causant plus de 250 000 dollars de dommages, mais sans faire de blessés. Bien que la cause n'ait pas encore été déterminée, les députés locaux et les dirigeants de l'église affirment que cet incendie reflète une augmentation inquiétante des crimes haineux contre les lieux de culte, et la congrégation s'est engagée à reconstruire l'église.

Grace United Church, Lloydminster, Alberta

Le 3 juillet 2025, les pompiers de Lloydminster ont rapidement maîtrisé un incendie mineur à la Grace United Church après avoir reçu un appel à 13 h 18 et être arrivés sur les lieux en moins de trois minutes. Bien que l'incendie ait produit une épaisse fumée et des résidus d'extincteur, aucun blessé n'a été signalé et l'enquête sur les causes se poursuit.

Notre-Dame-des-Neiges, Colville Lake, Territoires du Nord-Ouest

L'église historique en rondins Notre-Dame-des-Neiges de Colville Lake, construite dans les années 1960 par le prêtre et artiste Bern Will Brown, a été détruite dans un incendie le 16 septembre 2025, qui n'a fait aucun blessé. 

Église baptiste Cherryfield, Moncton, Nouveau-Brunswick

En août 2025, les pompiers de Moncton ont rapidement maîtrisé un incendie qui s'était déclaré dans le sous-sol de l'église baptiste Cherryfield, vieille d'un siècle, empêchant ainsi la destruction totale de ce bâtiment historique. Bien que l'église ait subi des dommages causés par le feu au sous-sol et par la fumée dans l'ensemble du bâtiment, aucun dommage structurel ni aucune blessure n'ont été signalés, et l'enquête sur les causes de l'incendie se poursuit.

Église luthérienne Our Saviour, London, Ontario

Le 25 avril 2025, les pompiers de London sont intervenus tôt le matin pour éteindre un incendie à l'église luthérienne Our Saviour, située sur Brydges Street, qui a endommagé le toit de l'église et détruit un hangar adjacent. Aucun blessé n'a été signalé, et les enquêteurs cherchent à déterminer la cause de l'incendie extérieur.

Voir aussi

L'Occident reste indifférent alors que des chrétiens sont massacrés et persécutés dans le monde entier

Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit

France — Actes antichrétiens : l’assourdissant silence des médias et de la classe politique

Attaque de colons sionistes contre un village chrétien palestinien (Taybeh/Tayibé)

Trois ans plus tard (octobre 2024), les allégations de « fosses communes » au Canada restent sans fondement


Mise à jour du 30 septembre 2024

dimanche 7 décembre 2025

Évêques catholiques du Canada s'opposent aux restrictions supplémentaires imposés aux discours religieux (loi C-9)

Lettre des évêques catholiques du Canada au Premier ministre Mark Carney.


Le 4 décembre 2025 


Au très honorable Mark Carney, C.P., député
Premier ministre du Canada 
Cabinet du Premier ministre Ottawa (ON) 
mark.carney@parl.gc.ca 

Objet : Restrictions proposées à la liberté religieuse – Projet de loi C-9


Monsieur le Premier ministre, 

    Au nom du Conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), nous vous écrivons aujourd'hui pour exprimer notre profonde inquiétude concernant des reportages récents voulant que votre gouvernement, en collaboration avec le Bloc Québécois, envisage d’abolir l’exemption religieuse qui existe depuis de nombreuses années et qui est prévue à l’article 319(3)(b) du Code criminel dans le cadre des modifications du projet de loi C-9: Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 319(3)(b) :

Nul ne peut être déclaré coupable d’une infraction prévue au paragraphe (2) […] (b) il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument.

    Nous reconnaissons et affirmons sans équivoque l’importance de condamner la haine, de protéger les personnes et les communautés en situation de vulnérabilité et de favoriser une société dans laquelle chaque Canadien et Canadienne peut vivre libre de toute discrimination, intimidation et violence. L’Église a constamment favorisé des mesures appropriées visant à combattre l’extrémisme et la promotion de la haine. Nous sommes également conscients des graves défis qui ont émergé ces dernières années, notamment la hausse d’antisémitisme ou d’autres formes de discours ou de comportements haineux, dont plusieurs ont visé la communauté chrétienne. Ces actes laissent une blessure profonde dans le tissu de notre pays.

     En même temps, l’abrogation proposée de la défense fondée sur la croyance de bonne foi dans un texte religieux soulève d’importantes préoccupations. Cette exemption, formulée de manière restrictive, constitue depuis de nombreuses années une garantie essentielle permettant de s’assurer que les Canadiens et Canadiennes ne soient pas poursuivis au criminel pour avoir exprimé sincèrement et sans animosité des croyances fondées sur des traditions religieuses établies. Les tribunaux ont clairement affirmé que seules les formes d’expression les plus extrêmes constituent des infractions de propagande haineuse. 

    Toutefois, l’abolition de cette disposition risque de créer de l’incertitude parmi les communautés de croyants, le clergé, les éducateurs et éducatrices, et d’autres qui pourraient craindre que l’expression d’enseignements moraux ou doctrinaux traditionnels puisse être interprétée à tort comme des discours haineux et exposer une personne à des poursuites pouvant entraîner une peine d’emprisonnement allant jusqu’à deux ans. Comme des experts juridiques l’ont signalé, la perception du public au sujet des discours haineux et de leurs implications juridiques dépasse souvent largement ce qui est réellement visé par le Code criminel. L’abolition d’une garantie légale claire aura donc probablement un effet néfaste sur la liberté d’expression religieuse, même si les poursuites demeurent peu probables en pratique.

    Nous sommes également conscients que le moyen de défense en vigueur est soutenu non seulement par les organismes chrétiens, mais aussi par les organismes de défense des libertés civiles, qui le considèrent comme un élément important de l’engagement constitutionnel du Canada en matière de liberté de religion, de liberté d’expression et de pluralisme. Le respect de ces libertés n’est pas seulement une obligation constitutionnelle, mais encore un élément fondamental de notre identité nationale. La Charte canadienne des droits et libertés déclare que le Canada est « une société libre et démocratique ». Pour ces raisons, nous exhortons respectueusement le gouvernement du Canada à :

  • s’assurer que le projet de loi C-9 ne supprime pas la défense fondée sur des textes religieux du Code criminel. Ou encore, à :
  • offrir une assurance claire, faisant l’objet d’une déclaration publique – y compris dans un dossier législatif ou un débat parlementaire –, que l’expression, l’enseignement et la prédication religieuses de bonne foi ne feront pas l’objet de poursuites criminelles en vertu de dispositions sur la propagande haineuse; et
  • s’engager à mener une consultation auprès des leaders religieux, des experts du droit et des organisations de défense des libertés civiles avant d’apporter des modifications au projet de loi C-9 qui seraient susceptibles d’affecter la liberté religieuse.

    Nous croyons qu’il est possible d’atteindre l’objectif commun de promouvoir une société exempte de haine tout en respectant les droits constitutionnels de millions de Canadiens et Canadiennes qui trouvent leur inspiration morale et spirituelle dans leurs traditions religieuses. C’est dans un esprit de dialogue et de respect mutuel que nous exprimons ces préoccupations, tout en réaffirmant notre engagement à collaborer de manière constructive avec le gouvernement afin que la législation destinée à combattre la haine ne porte pas, même involontairement, atteinte aux libertés qui permettent à notre pays de demeurer sain, diversifié et démocratique.

Sincèrement vôtre,

    Mgr Pierre Goudreault 
    Évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada 

C.c. : - L’hon. Sean Fraser, ministre de la Justice et procureur général du Canada (mcu@justice.gc.ca / sean.fraser@parl.gc.ca)
 - Patricia Lattanzio, secrétaire parlementaire du ministre de la Justice et procureur général du Canada (Patricia.Lattanzio@parl.gc.ca)
 - Larry Brock, ministre du Cabinet fantôme conservateur, responsable de la Justice (larry.brock@parl.gc.ca) 
- Lori Idlout, porte-parole NPD pour la Justice (lori.idlout@parl.gc.ca) 
- Rhéal Éloi Fortin, porte-parole du Bloc Québécois pour la Justice (rheal.fortin@parl.gc.ca) 
- Elizabeth May, cheffe du Parti vert du Canada (elizabeth.may@parl.gc.ca) 
- Pierre Poilièvre, chef du Parti conservateur du Canada et chef de l’opposition (pierre.poilievre@parl.gc.ca) 
- Don Davies, chef intérimaire du NPD (don.davies@parl.gc.ca) 
- Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois (Yves-Francois.Blanchet@parl.gc.ca)

Voir aussi

Alliance des Libéraux et du Bloc québécois pour punir l'expression de croyances religieuses sincères qui seraient « haineuses » (Analyse sous forme de questions/réponses)


vendredi 29 août 2025

« On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec »

Des organisations opposées au contenu du programme de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) ont distribué et déposé des lettres sur le pare-brise des voitures dans le stationnement de quelques écoles de Montréal, dont les établissements Sophie-Barat et Henri-Bourassa. 

Selon elles, le programme en question fait notamment la promotion de l’hypersexualisation des jeunes et l’idéologie de genre ce qui peut menacer la santé mentale des enfants.

Écoutez Jean-Léon Laffitte, vice-président de l’organisation Ensemble pour Protéger Nos Enfants, en discuter à Lagacé le matin jeudi.


Ces parents demandent au ministère de l'Éducation le retrait de tout contenu relatif à l'identité de genre à l'intérieur comme à l'extérieur du cours de culture et citoyenneté québécoise.

M. Laffitte, qui est également président de l'Association des parents catholiques du Québec, revendique le droit des parents de retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle.

C'est l'autorité parentale et ça c'est très important. C'est reconnu par toutes les chartes internationales. C'est le parent qui a l'autorité ultime sur l'éducation de l'enfant, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas les professeurs. Et au Québec, c'est très différent d'ailleurs où il y a des régimes pédagogiques multiples. Ici, il y a un monopole et on impose à tous les parents le même enseignement, que le parent soit d'accord ou pas. On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec.


Jean-Léon Laffitte

 

Liens connexes

Recommandations pour renforcer la laicité : évincer les parents, imposer les églises, priver les écoles de subventions, lutter contre les organismes pro-vie ?

Critique de la définition du sexe dans un manuel approuvé par le ministère de l'Éducation du Québec

Parents catholiques et leurs inquiétudes par rapport au nouveau cours obligatoire de Culture et citoyenneté (CCQ)

 

Sortie d'un livre sur le cours d'éducation sexuelle du Québec (m-à-j)

Québec — Appel aux parents à retirer leurs enfants des cours de sexualité

lundi 25 août 2025

En Espagne, la bataille entre le parti Vox et la hiérarchie de l'église catholique

Je ne sais pas si c’est lié aux affaires de pédophilie qui bâillonnent complètement l’église… », a insinué le politique. « Un xénophobe ne peut pas être un vrai chrétien », a répliqué l’évêque. Vox, le parti de droite nationaliste qui prône comme valeurs le respect de la famille traditionnelle et de la culture chrétienne, s’écharpe de manière inédite avec la hiérarchie de l'église catholique. Les évêques d’Espagne prennent en effet, contre Vox, la défense des migrants et de la liberté de culte des musulmans. Une bataille dialectique inattendue à laquelle se livrent les dirigeants du parti Vox et ceux de l’église espagnole.



Les hostilités ont commencé fin juillet à Jumilla, dans la région de Murcie, au sud-est de l’Espagne. Dans cette ville de 27 000 habitants, l’unique conseiller municipal de Vox parvient à faire adopter par le PP (Parti populaire, droite centriste) au pouvoir l’interdiction de l’usage religieux d’un gymnase municipal et les prières sur la voie publique.  La résolution interdit explicitement la tenue d'événements tels que la fin du ramadan (Aïd el-Fitr) ou la fête du sacrifice (Aïd el-Adha), qui sont des événements clés du calendrier religieux musulman. La conférence épiscopale diffuse alors un communiqué pour, dès la première phrase « s’unir à la position de la Commission islamique d’Espagne», puis défendre la liberté religieuse «garantie par la Constitution espagnole (…) et par la Déclaration des droits de l’homme », qu’elle juge entravée par « une discrimination qui ne peut pas avoir lieu dans des sociétés démocratiques ».

Trois jours plus tard, le président de Vox, Santiago Abascal, concède une interview à une chaîne YouTube Bipartidismo Stream. Et élargit le champ de la confrontation. « Je suis perplexe et attristé face à une partie de la hiérarchie catholique, a commencé Abascal. Ce n’est pas seulement leur position en matière d’immigration ou face à l’islamisme extrémiste qui avance, c’est aussi leur silence devant de nombreuses politiques de ce gouvernement (du socialiste Pedro Sanchez, NDLR). Ils parlent très peu des politiques de genre, du droit à la vie, des anciens en fin de vie… »

Arrive alors l’estocade, sous forme d’interrogations rhétoriques : « Je ne sais pas à quoi cela répond. Je ne sais pas si ce sont les subventions publiques de l’église qui l’empêchent de combattre certaines politiques du gouvernement (…). Je ne sais pas si ce sont les revenus qu’elle reçoit dans le cadre du système d’aide à l’immigration illégale (en allusion à l’action sociale d’ONG catholiques comme Caritas, NDLR). Je ne sais pas si c’est lié aux affaires de pédophilie qui bâillonnent complètement l’église face aux actions de gouvernements liberticides, y compris contre la liberté religieuse et la foi. »

Une attaque en règle qui surprend au sommet de l’église. « Cette fois-ci, il a dépassé les bornes, réagit anonymement un évêque interviewé par le média Eldiario.es. L’extrême droite n’avait jamais utilisé le sujet des abus sexuels. » Les sources consultées rappellent que Vox n’en est pas à sa première attaque et que « ce ne sera pas non plus la dernière ». Elles y voient « une stratégie de la division ».



Le journal El Mundo explicite le calcul de la formation politique : « Parmi les 14,8 % d’électeurs qui disent vouloir voter Vox, 72 % s’identifient comme catholiques. » S’appuyant sur ses sondages, le quotidien estime qu’au cours des deux derniers mois, marqués par l’épisode de Jumilla et, auparavant, par les agressions violentes contre la communauté maghrébine de la petite ville de Torrepacheco, «Vox a monté au sein de l’électorat catholique. Entre juin et août, avec ses propositions de déportations massives, éloignées des thèses de l’église, Vox a engrangé 304.085 nouveaux électeurs catholiques croyants. » Le parti politique tablerait ainsi sur un décalage entre le discours de la hiérarchie catholique, empreint du message d’aide au prochain de l’Évangile, et les attentes des fidèles, qu’il suppose inquiets de la progression de l’islam en Espagne.

L’archevêque de Tarragone, Joan Planellas, était interviewé mardi par la chaîne publique régionale Catalunya Radio. Après avoir défendu la liberté religieuse, rattachant la position de la conférence épiscopale au concile de Vatican II, Mgr Planellas a mis en garde : « C’est un piège, et il faut en être conscient. Ils peuvent essayer de se présenter à dessein comme procatholiques, mais ils ne le sont pas. Un xénophobe ne peut pas être un vrai chrétien, et il faut le dire très fermement. » 
Sources : Le Figaro, ABC
 
Voir aussi 
 
 
 
 
 

jeudi 24 juillet 2025

Parents catholiques et leurs inquiétudes par rapport au nouveau cours obligatoire de Culture et citoyenneté (CCQ)

Sommaire

  • Comprendre la nature du cours CCQ
  • Témoignage de terrain : Le cas d'Élodie
  • Rapport du comité des sages
  • La question légale et la perte de l'autorité parentale
  • Souper bénéfice Théovox
  • Enjeux politiques : Instrumentalisation idéologique ?
  • Conclusion et mot de la fin de Jean-François

Liste des associations pour la mise en place d'enseignement à la maison :

Site web de L'association Ensemble Pour Protéger Nos Enfants (EPPNE)

Suivez Richard Décarie et Union Conservatrice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 20 mai 2025

France — Actes antichrétiens : l’assourdissant silence des médias et de la classe politique

 Les actes antimusulmans ou antisémites retiennent l’attention médiatique ou politique plus facilement que les actes antichrétiens, pourtant nombreux.


La destruction d'une Pietà dans l'église de la Madeleine d'Angers est un des nombreux exemples d'actes antichrétiens.

Samedi dernier, non loin d’Avignon, un jeune se présente à un prêtre comme musulman et demande à se convertir. Derrière lui, une dizaine d’amis réclament à leur tour de visiter son église. Le prêtre les fait entrer. Les individus se mettent alors à crier « Allah akbar », à menacer de brûler l’église, avant d’encercler le prêtre et d’insulter la religion catholique. Cette fois-ci, une plainte a été déposée. « Nous entendons de plus en plus de faits de ce genre, notamment pendant les messes. Des personnes entrent, crient “Allah akbar”. Ces faits sont la plupart du temps considérés comme des incidents et ne sont pas remontés », commente Édouard de Lamaze, président de l’Observatoire du patrimoine religieux. Comme beaucoup de spécialistes du sujet, il note une augmentation des agressions, notamment contre les personnes.

Car Manon Aubry, eurodéputée LFI, se trompe. « L’assassinat du père Hamel est le seul acte antichrétien depuis la guerre de Vendée », affirmait-elle dimanche dernier au micro de CNews. Même si la reconnaissance d’une haine dirigée contre les catholiques pendant cette période de la Révolution française est d’une honnêteté précieuse dans son camp politique, le reste de la phrase est malheureusement faux. Des martyrs de la Commune à la fin du XIXe siècle aux expulsions des congrégations au début du siècle suivant, certaines pages de l’histoire de France semblent avoir échappé à Manon Aubry. Ou plus récemment, en 2020, l’assassinat de Simone, Nadine et Vincent par un islamiste, dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice.

Mais cette haine s’exprime aussi au quotidien, plus discrètement. Mardi dernier, un homme entrait dans l’église parisienne Saint-Ambroise, deux couteaux à la main ; Vendredi saint, un curé recevait une gifle à Beaucaire, pendant la messe ; le 31 mars, un prêtre était assassiné dans les Vosges ; quelques jours plus tôt, un influenceur musulman choisissait une église de Strasbourg pour se filmer en récitant le Coran – ce qui était déjà arrivé quelques mois plus tôt à Paris ; le 22 février, c’est un prêtre et sa « religion de merde » agressé à Auxerre par deux individus ; deux semaines plus tôt, un homme s’enfermait dans un presbytère pour y déféquer et voler le prêtre ; le jour de Noël, un Pakistanais montrait ses fesses sur l’autel d’une église de Saint-Germain-en-Laye, avant de crier « Allah akbar » ; quelques jours plus tôt, prêtres et paroissiens d’une église de Creil portaient plainte pour menaces, insultes, intimidations de la part de trafiquants de drogue voisins. Ils précisaient avoir signifié à leurs agresseurs qu’il s’agissait d’un lieu de culte, mais que « cela n’avait pas d’importance pour eux, puisqu’ils étaient musulmans » ; au début du mois, c’était dans une église de Rouen qu’un homme, couteau de 20 cm en poche, avait arraché le tabernacle et renversé la croix dans « la maison du Chaïtan (satan, le diable, en arabe) ».

La liste est sans fin : agressions, profanations, dégradations de tombes ou de calvaires, menaces… Partout en France. Tous les cultes sont touchés : une note des renseignements recensait, voilà quelques semaines, 79 actes antimusulmans commis entre janvier et mars de cette année, 280 actes antisémites et 169 antichrétiens. Ces derniers ne sont donc pas épargnés.

La piste islamique

Évidemment, les profils varient. « Il y a de tout, du sataniste revendiqué à l’antifa en passant par des islamistes, des tarés ou des jeunes désœuvrés qui ne savent même plus ce qu’est un lieu de culte, commente un policier qui s’inquiète. Ces derniers temps, on voit quand même de plus en plus de profils islamistes, quand bien même ils sont également psychiatriques. » Édouard de Lamaze observe lui aussi un glissement : « Il y a toujours eu des actes de vandalisme ou de profanation contre les églises. Pendant des siècles, on a parlé de satanisme ; cela existe encore aujourd’hui, mais on décèle plus facilement de la folie… Depuis quelques années, on observe en parallèle le développement d’une détestation des chrétiens eux-mêmes. » Un constat partagé par le père Stalla-Bourdillon, théologien et directeur du service pour les professionnels de l’information. Il s’inquiète du « contexte psycho-social qui favorise la désinhibition de la violence », défi inévitable d’une « société fracturée » qui se révèle notamment dans les revendications religieuses. « Si ces attaques se produisent, c’est que la tension est latente. Le contexte est pesant et, parfois, cette haine déborde », résume un commissaire de police.

« Il y a au moins 30 % d’augmentation des attaques contre le christianisme ces dernières années, confirme Édouard de Lamaze. Des attaques similaires à ce qu’on voyait précédemment contre la communauté juive et parfois contre des musulmans. » C’est-à-dire des attaques plus « personnelles ». Rien qui n’étonnera la sénatrice Isabelle Florennes, chargée par le Premier ministre, en décembre 2021, d’une mission sur les « actes antireligieux en France » : « À cette occasion, nous avions rencontré le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui nous avait prévenus que les juifs avaient une haine d’avance. Cela nous avait beaucoup marqués, et l’actualité lui donne raison. » Elle se souvient d’ailleurs d’une procession catholique attaquée, à Nanterre, au moment où cette mission lui était confiée : « C’était une ville à la coexistence tranquille et, soudainement, ces jeunes ont revendiqué “leur territoire”… Les cultes n’échappent pas à cette montée de la violence. » Toutes les religions en paient les conséquences, insiste-t-elle, mais « les catholiques ont la particularité de minimiser ce qui arrive, d’être un peu frileux pour aborder ces problèmes de sécurité ».

La fin de la minimisation ?

Peut-être qu’on trouve dans cette pudeur excessive une partie de l’explication d’une discrétion médiatique réelle sur le sujet. Laurent Stalla-Bourdillon reconnaît que « certaines réactions sont éloignées de l’inquiétude qui gagne de nombreux fidèles, mais [qu’] il y a une claire volonté de ne pas participer à la surenchère victimaire ou de nourrir cette haine qui inquiète ». Il concède qu’il y a aussi, sans doute, une forme de déni : « La situation se dégrade et personne n’a réellement envie de se préparer à ce type d’affrontement, personne n’a envie de les vivre. »

Souvent, prêtres et évêques s’empressent en effet de minimiser une gravité qu’ils reconnaissent pourtant à d’autres agressions, préférant appeler à la paix et à la fraternité. « Mais c’est souvent injuste, en réalité, commente un jeune prêtre. Parce que l’atteinte à la paix et à la fraternité est le fait des agresseurs, et la victime – que ce soit Dieu par son église, ou des fidèles – mérite d’être défendue. Car elles n’aspirent qu’à la paix. »

Le père Stalla-Bourdillon encourage à son tour les responsables politiques et religieux à aborder ce sujet, sans détour, et sans omettre une menace nouvelle qui pèse déjà lourd dans la vie des Français : « Comment allons-nous parvenir à désarmer cette haine des chrétiens qui se répand sur les réseaux sociaux, espace d’un islamisme décomplexé, et qui se diffuse jusque dans les esprits de jeunes ? » Isabelle Florennes avait déjà poussé les responsables politiques et religieux à « ne jamais minimiser ces actes ». Elle affirme aujourd’hui avoir vu une véritable « prise de conscience » de cette réalité, première étape d’un long chemin.

Source : JDD

vendredi 28 février 2025

Mali — Sous la pression financière de la junte militaire, les écoles catholiques menacent de fermer


Au Mali, une forme insidieuse de sécheresse frappe l’enseignement catholique qui risque d’être privé d’une manne indispensable à sa survie : la junte militaire au pouvoir a en effet confirmé son intention de geler toutes les subventions publiques accordées aux établissements catholiques dans le pays.

L’école catholique a su peu à peu se rendre indispensable dans le système éducatif malien. Les premiers établissements scolaires gérés par l’Église catholique ont été fondés entre 1889 et 1904 sur le sol de ce que l’on nommait alors le Soudan français, avec des institutions pionnières telles l’école de Kita, fondée le 15 mai 1889, et celles de Tombouctou et Ségou, créées respectivement en 1895 et 1896.

Ces établissements ont contribué à la formation intellectuelle, morale et spirituelle de nombreux jeunes Maliens, et cela indépendamment de leur appartenance religieuse. Étant donnée cette place prépondérante, une convention est signée en 1972 entre l’État malien et l’Église catholique : elle prévoit que l’État prenne en charge 80 % du salaire des enseignants des écoles catholiques.

Coup de tonnerre en 2024 : la junte militaire au gouvernement, qui ne cache pas ses sentiments anti-français, a annoncé son intention de suspendre cette subvention, invoquant des motifs allant de la crise économique au respect de la laïcité : « Compte tenu des restrictions budgétaires, il est difficile de subventionner certaines écoles au détriment d’autres », déclarait, il y a quelques mois, l’ancien premier ministre Choguel Kokalla Maïga.

Face à cette situation, les évêques du Mali avaient envisagé un temps de suspendre les activités pédagogiques pour l’année scolaire 2024-2025 dans les 138 écoles que compte le pays. Après une série d’âpres négociations, le gouvernement avait finalement décidé de reporter la suspension des subventions à l’année scolaire 2025-2026, permettant ainsi aux écoles de continuer à fonctionner pour l’année en cours.

Plus les semaines et les mois passent, plus la situation des écoles catholiques devient incertaine : « Nous sommes complètement dans le flou et notre grande question est : “Que se passera-t-il à la fin de l’année scolaire en cours ? Devrons-nous licencier les enseignants ? Quelles options s’offrent à nous afin de poursuivre notre mission éducative dans le pays ?” », s’interroge l’un des acteurs du projet éducatif au Mali, dans un rapport publié par l’organisme Aide à l’Église en Détresse (AED), le 20 janvier 2025.

Mais la fermeture envisagée, faute de financement, d’établissements catholiques estimés par la majorité musulmane pour la qualité de leur enseignement, interroge bien au-delà des seuls catholiques qui représentent à peine 2 % de la population malienne.

Car ces écoles constituent aussi un facteur de stabilité et de paix sociale, dans un pays en proie aux violences de toutes sortes : « Dans nos écoles, dès l’enseignement primaire, les enfants sont sensibilisés à la promotion de la paix et au respect des autres », souligne le rapport de l’AED.

À la tête du Mali depuis 2020, la junte militaire dirigée d’une main de fer par le général Assimi Goïta est confrontée au djihadisme et à une crise profonde : « La région se trouve à un carrefour important, où le fait de ne pas investir dans l’éducation aujourd’hui nuira au développement économique pendant des décennies », insistait pourtant la Banque mondiale dans un rapport de 2024 pointant du doigt le ralentissement économique préoccupant des États de l’Afrique subsaharienne.

Du côté de l’AED, l’urgence est de sensibiliser l’Occident : « la communauté internationale et les organisations de soutien doivent de toute urgence explorer des moyens d’aider les écoles catholiques du Mali afin qu’elles puissent poursuivre leur rôle essentiel dans la société », s’alarme Maria Lozano, responsable média de l’organisation catholique.


Sources : AED/Crux/ACI Africa

jeudi 12 décembre 2024

Québec — Changer les politiques migratoires plutôt que de « renforcer la laïcité » ?

Pour Alexandre Cormier-Denis de Nomos-TV : « les prières publiques islamistes [plus récemment devant une cathédrale à Montréal] ne sont que la suite logique de nos politiques migratoires. Faire venir des centaines de milliers de musulmans a des conséquences. En changeant de peuple, on change de civilisation. »

Voir aussi

Démographie et l'islam dans école publique québécoise (Sainte-Maxime à Laval) [où il semble que parler une langue étrangère (l'arabe) ou être contre la normalisation de l'homosexualité serait contre la laïcité qui a bon dos.

Québec laïc — Le pont Samuel-de-Champlain bénit par un aîné amérindien

Les évêques catholiques du Québec se sont prononcés contre la volonté du premier ministre François Legault de mettre fin à la prière dans les parcs et autres lieux publics [après les provocations islamistes...].

Dites non à l’interdiction de la prière en public !

 

dimanche 17 novembre 2024

Québec — Imposition du cours de la sexualité : théorie du genre, incitation au polyamour

Les témoignages des parents, l'un catholique et l'autre musulman (accompagné de son avocat) à partir de la 13e minute de l'émission complète (sur Vimeo):

L'extrait (sur YouTube) :


vendredi 8 novembre 2024

Trump triomphe et revient à la Maison Blanche avec un vice-président catholique

Les élections américaines n’ont pas été aussi serrées que les experts et les sondeurs l’avaient prédit. Les résultats sont tombés et ils sont décisifs. En janvier, Donald Trump reviendra à la Maison Blanche en tant que prochain président ; JD Vance, converti au catholicisme (ci-dessous), sera son vice-président.


Il s’agit d’un résultat capital, notamment pour les catholiques et pour tous ceux qui tiennent à la protection de la vie dans l’utérus. La seule position claire de Kamala Harris – il n’y en avait pas beaucoup – était qu’elle était en faveur de l’avortement en toutes circonstances, même si cela était généralement exprimé de manière euphémique en termes de soutien à la « santé des femmes » et aux « droits reproductifs des femmes ».

Pour paraphraser Mme Harris elle-même dans son interrogatoire par Brett Kavanaugh devant la Cour suprême, quelle autre forme de soins de santé implique la destruction d’un autre être humain ? Ce qui était également troublant, c’était l’idée évidente qu’elle allait remplir la Cour suprême afin de passer outre la majorité existante qui a infirmé l'arrêt Roe c.Wade et renvoyé la question de l’avortement à chaque État de fédération américaine. Cela aurait été constitutionnellement incorrect et désastreux pour la protection des enfants à naître. Cette question épineuse sera désormais tranchée par les États individuels, d’une manière ou d’une autre.

Les opinions de Mme Harris contredisent aussi celles de l’Église, notamment son soutien inconditionnel aux droits des transgenres. Certains catholiques ont également été offensés par son absence au dîner annuel d’Al Smith à New York, auquel les candidats à la présidence sont normalement censés assister, ce qui lui a valu d’être critiquée par le cardinal Timothy Dolan. Cela suggère une certaine lâcheté de sa part, ainsi qu’une volonté de prendre ses distances avec l’Église – même si elle a envoyé un message vidéo amical.

En fait, le vote catholique, comme le prédisait le rapport Pew, semble avoir été majoritairement en faveur de Trump, dans une proportion à peu près équivalente à celle de l’ensemble de l’électorat. [Mais l'électorat athée a massivement voté pour Harris, voir ci-dessous.] Les catholiques ont peut-être voté pour des raisons économiques, comme ils en ont parfaitement le droit, mais certains ont dû voter républicain en raison de la différence entre la position des catholiques sur les questions morales et celle du candidat démocrate. Autrefois, on pouvait supposer que les catholiques étaient démocrates ; il est sain qu’ils se sentent désormais libres de voter pour d’autres partis comme leur dicte leur conscience.

En toute honnêteté, il faut reconnaître que l’électorat américain n’a pas eu l’embarras du choix lors de cette élection. Le refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite après la dernière élection a profondément troublé tout démocrate, et sa vie familiale et ses opinions sur les femmes, du moins par le passé, ont été loin d’être idéales d’un point de vue chrétien. De nombreux catholiques ont sans doute voté pour le candidat le moins pire plutôt que d’adopter avec joie M. Trump comme modèle.

Mais il faut être réaliste : si les électeurs avaient été au courant de la conduite privée de John F. Kennedy, l’auraient-ils soutenu sans réserve comme ils l’ont fait ? La politique attire des individus qui, malheureusement, manquent souvent d’autodiscipline. Du côté positif, l’élection voit l’élection de J.D. Vance au poste de vice-président. C’est une fonction cruciale en soi et qui donne à son titulaire un solide droit à une future candidature présidentielle. M. Vance est un individu réfléchi et intelligent et l’auteur de Une Ode américaine, un livre admirable (qui a été adapté au cinéma) sur les classes défavorisées des États-Unis.

M. Vance est à bien des égards l’opposé de M. Trump. De nombreuses personnes, et pas seulement des catholiques, ont été profondément offensées par le fait que le colistier de Mme Harris, Tim Walz (ancien catholique, aujourd’hui luthérien), ait qualifié M. Vance de « bizarre », apparemment pour la seule raison qu’il avait fait des remarques irréfléchies sur les « dames aux chats sans enfants », bien avant qu’il ne soit candidat à la vice-présidence. Le Catholic Herald est favorable aux dames et aux chats, mais la réaction de M. Walz à ses remarques a été absurde.

Le vice-président élu a longuement réfléchi à sa décision avant de devenir catholique. Sa conversion est due en partie à sa perception que ni la gauche ni la droite en politique ne répondent à l’ensemble des besoins humains ; la compréhension complète et holistique de l’être humain se trouve dans l’Église catholique. Sa femme vient d’une famille indienne et n’est pas catholique ; ensemble, ils offrent un exemple positif de vie de famille, quelque chose que le public américain apprécie toujours.

En temps normal, on pourrait s’attendre à ce que les catholiques regrettent le départ de Joe Biden, un président catholique. Mais beaucoup ne le regretteront pas, en grande partie parce que M. Biden n’a pas reflété l’enseignement catholique sur des points importants : sur les questions d’avortement et de transgenre, ses opinions sont indissociables de celles de Kamala Harris. Il n’a pas non plus, à aucun moment, fait preuve d’une perspective catholique sur aucun des grands problèmes du moment, si ce n’est une certaine réticence à soutenir certaines actions israéliennes contre les civils palestiniens.

La situation à Gaza et au Liban est en fait un problème important auquel devra faire face la nouvelle administration en janvier. Aucun chrétien, pas même M. Trump, ne devrait donner carte blanche à Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, pour mener des attaques aveugles contre des civils palestiniens, même pour détruire des enclaves du Hamas. Le principe de proportionnalité de la guerre juste l’interdit. Et même si nous ne devons jamais oublier les atrocités brutales perpétrées par le Hamas contre des civils juifs il y a plus d’un an, ni le terrible sort de plus de 100 otages juifs encore aux mains du Hamas, cela ne revient pas à valider chaque réponse israélienne, notamment parce que cette réponse a durement touché les Palestiniens chrétiens. M. Vance doit parler au nom des principes et des communautés chrétiennes sur cette question cruciale.

Il y a aussi la question du traitement des migrants. La proposition politique la plus décisive de M. Trump a été le rapatriement des immigrants illégaux, la plupart d’entre eux originaires d’Amérique latine et d’Amérique du Sud. Il est dans son droit de condamner l’immigration illégale, mais il faut espérer qu’il fera preuve de compassion envers les migrants pris individuellement. Plus précisément, il ne suffit pas d’expulser ces malheureux. Les États-Unis doivent adopter une approche beaucoup plus proactive et positive pour résoudre le problème des raisons pour lesquelles ils ressentent le besoin de fuir leur pays. La situation malheureuse au Venezuela, par exemple, est la raison pour laquelle les gens ne souhaitent plus y vivre. Un engagement actif dans la région devrait être le corollaire des expulsions.

M. Trump ne sera pas investi avant janvier, et il est encore temps d’affiner sa politique sur une série de questions cruciales. En attendant, espérons que M. Biden utilisera les mois qui lui restent à la présidence pour promouvoir la paix, en particulier au Moyen-Orient. Les catholiques devraient prier pour ceux qui occupent des fonctions publiques, quels qu’ils soient ; tant de choses dépendent d’eux. Le Catholic Herald souhaite bonne chance à la nouvelle administration.

Source : Catholic Herald, traduction Belgicatho

 

Voir aussi

 La conversion de J. D. Vance : pourquoi le colistier de Trump est devenu catholique

Le colistier de Donald Trump, J.D. Vance, prônait en 2021 davantage de poids électoral aux parents avec enfants

Une Ode américaine, le film que la critique « progressiste » n’aime pas (inspiré de la biographie de J.D. Vance)

Cabinet de Joe Biden regorge de catholiques en rupture avec l'enseignement catholique sur des questions fondamentales

Biden ne peut prétendre être un catholique fidèle et être un champion de l'avortement  

Patrick Deneen: «Le libéralisme a échoué parce qu’il a réussi» (En un sens, le libéralisme a échoué parce que ses prémisses, fausses, ont été pleinement révélées à notre époque. Parmi lesquelles, une inversion totale, d'une certaine manière, du sens du mot « liberté » par rapport à sa définition antique. Le libéralisme classique n'est pas fondamentalement différent du libéralisme progressiste. Deneen fonde l’espoir qu’au fur et à mesure que l’imperium américain s’effrite, et que la faillite, au sens propre comme au sens figuré, des États-Unis devient plus visible, les gens partout dans le monde vont chercher à redécouvrir ce qu’ils ont sacrifié à l’autel de ce faux dieu du progrès.)

Corrélation importante entre le taux de fécondité d'un État et la proportion de personnes ayant voté pour Trump


  • 52 % des femmes blanches ont voté pour Donald Trump. 
Les groupes auprès desquels Harris a obtenu les meilleurs résultats:
  • Les riches (ceux qui gagnent plus de 100 000 dollars) sont passés de +5 pour Biden à +8 pour Harris.  Les riches sont l'un des seuls groupes auprès desquels Harris a obtenu de meilleurs résultats que Biden.
  • Les personnes qui n'assistent jamais à des offices religieux sont à +26 pour Harris.
  • Ceux qui déclarent ne pas avoir de religion sont +40 pour Harris.
  • Les diplômés de l'enseignement supérieur (licence) sont +8 pour Harris et ceux qui ont un diplôme d'études supérieures (maîtrise, doctorat) sont +24 pour Harris.
La base du parti démocrate est constituée de personnes riches, non religieuses et ayant fait des études supérieures.  Aussi n'est-il pas étonnant que les démocrates perdent des appuis auprès des Hispaniques et des travailleurs.


 

 

samedi 26 octobre 2024

L'entrisme islamiste dans les écoles publiques détourné en remise en question des écoles privées catholiques au Québec

Texte de Mathieu Bock-Côté paru ce samedi dans le Journal de Québec. Entre crochets, les commentaires de ce carnet.

Le scandale de l’entrisme islamiste dans les écoles [PUBLIQUES] québécoises, inséparable de l’immigration massive, a été détourné en quelques jours par les gardiens de l’idéologie dominante.

Selon eux, il pose surtout la question du financement des écoles [semi-privées] religieuses, et apparemment, des écoles catholiques.

[Les écoles publiques primaires Bedford (Côte-des-Neiges), Saint-Pascal-Baylon (Côte-des-Neiges) et Bienville (Saint-Michel) ainsi que l’école publique secondaire La Voie (Côte-des-Neiges) font l’objet d’une enquête du Monopole de l’Éducation du Québec dans le cadre du scandale lié à l’entrisme islamiste. Selon le nouveau reportage du 98,5, qui était déjà à l’origine des révélations sur le climat toxique à l’école Bedford, des parents ont retiré leur fils de l’école publique Alphonse-Pesant (Saint-Léonard) en raison de ce qu’ils jugent comme étant de l’endoctrinement islamiste de la part de son enseignante de 6e année du primaire.

]

Quel retournement digne des plus grands acrobates ! On commence par lutter contre l’islamisme, et on finit par faire le procès d’un marqueur culturel inscrit profondément dans l’identité québécoise.

Écoles

C’est ce qui arrive quand on met toutes les religions dans le même sac, comme si elles étaient interchangeables, comme si chacune d’elle n’était qu’une manifestation d’une grande entité mystérieuse, « la religion », à bannir de nos vies.

Alors, rappelons-le : le catholicisme, au Québec, n’est pas une religion comme une autre. C’est une matrice culturelle.

Avec la Révolution tranquille, nous l’avons heureusement refoulé à l’arrière-plan de la vie collective, mais il n’a jamais été convenu que nous changerions cet arrière-plan pour un autre.

Notre calendrier, nos fêtes, nos paysages portent la marque du catholicisme. Croyants et incroyants l’ont en partage. C’est un héritage culturel.

Qui voudrait l’arracher voudrait arracher une part vitale de l’identité québécoise.

C’est, hélas, ce que souhaite la gauche multiculturaliste, qui a aussi souvent une franche aversion pour l’école privée, pourtant essentielle, surtout quand l’école publique se disloque.

Redisons-le simplement : l’école catholique ne pose aucun problème.

Convenons aussi que la question de la compatibilité de l’islam avec l’Occident se pose partout. Elle ne se pose pas à cause du racisme supposé de nos sociétés, mais simplement parce que deux civilisations cohabitent difficilement sur le même territoire sans qu’une ne prenne le dessus sur l’autre.

On stoppera d’abord l’islamisme à la frontière, en choisissant mieux notre immigration.

Et on le combattra chez nous, puisqu’il s’est implanté, en allant jusqu’au bout de la loi 21, plus nécessaire que jamais, pour contenir la poussée des communautarismes religieux conquérants.



[Le cas de l’école Sainte-Famille, visée par Pascal Bérubé du PQ

École privée catholique conservatrice Sainte-Famille à Lévis, école dans la ligne de Pascal Bérubé, député du Parti québécois

Dans son point de presse du 24 octobre 2024 :

« M. Bérubé : Une école de Lévis qui s’appelle Sainte-Famille, pour ne pas la nommer. Et j’aimerais beaucoup avoir le résultat de la vérification, parce que cette église-là, qui est catholique, de ce que j’ai entendu avec des experts depuis hier, ça va au-delà de tout ce que je pouvais imaginer.

Journaliste :… on coupe le financement à ces écoles-là…

M. Bérubé : En étapes. »

Il semble que M. Bérubé, fort investi dans sa lutte contre le catholicisme conservateur, veuille aller plus loin que la fin du financement des écoles privées, puisque l’école Sainte-Famille ne reçoit aucun financement du Trésor public québécois… Il s’agit donc plutôt de vouloir la fermer.

L’élu péquiste de l’Est de la province se base notamment sur les recherches de Martin Geoffroy, fondateur du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux et la radicalisation (CEFIR) dont la thèse de doctorat avait porté sur l’intégrisme catholique au Québec. Ce qui expliquerait peut-être ce tropisme progressiste désuet contre les catholiques traditionalistes (somme tout très marginaux) et la discrétion envers les islamistes (en nette progression) ?

Lorsque Martin Geoffroy a étudié le cas de l’établissement de Lévis, il a remarqué « qu’on ne suit peu ou pas le cursus scolaire québécois, on prône des valeurs catholiques intégristes ». C’est-à-dire ? Pas assez LGBTQ2SAI+ ? Selon lui, cette école, comme les autres du même genre, ne devrait pas détenir de brevet d’enseignement.

Notons au passage que M. Bérubé prétend que l’école de Lévis est dirigée par une « congrégation religieuse excommuniée par l’Église catholique ». La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) n’est pas actuellement en état d’excommunication, mais elle n’est pas en pleine communion avec l’Église catholique non plus en raison de désaccords concernant les enseignements du Concile Vatican II.]

vendredi 17 mai 2024

Élections en Inde, le triomphe du nationalisme hindou

Des affiches du campagne aux couleurs du BJP de Narendra Modi    

Depuis le 19 avril et jusqu'au 1er juin, 968 millions d'Indiens sont appelés à voter dans 102 circonscriptions réparties sur 21 États pour élire 545 députés à la Chambre basse du Parlement. Les résultats, attendus pour le 4 juin, détermineront le parti majoritaire et le nom du Premier ministre (Le Figaro, 18 avril). L'issue de ce marathon électoral de six semaines ne présente guère de doute : Narendra Modi et son parti, le BJP (« Parti indien du peuple »), au pouvoir depuis 2014, devraient triompher et imposer le nationalisme hindou. Selon ce courant de pensée, que d'aucuns qualifient d'idéologie, l'Inde aurait été asservie pendant douze siècles par les musulmans puis les Britanniques. Pour retrouver sa souveraineté et son identité, il lui faudrait donc revenir à « la source ». Cela signifie affirmer la primauté de l'hindouisme, avant tout sur l'islam et le christianisme qui sont les deux principales religions « allogènes ». Première minorité religieuse du pays devant les chrétiens (2,3 % de la population), les sikhs (1,7 %) et les bouddhistes (0,7 %), les musulmans représentent 15 % de la population indienne, soit près de 200 millions de personnes, mais n'occupent que 5 % des sièges de la chambre basse du Parlement.

Le parti au pouvoir n'a pas lésiné sur les moyens de propagande. Drapeaux, étendards et fanions du BJP claquent dans les rues des villes gouvernées par le parti ou ses alliés, à commencer par New Delhi. Des rues à consonances islamiques ont été renommées. L'opposition est sommée de donner des gages de ferveur nationale-hindouiste et est accusée d' « anti-hindouisme » quand elle entreprend de critiquer le bilan peu flatteur du pouvoir s'agissant du chômage, de l'inflation, de la corruption ou de l'indigence des services publics.

Depuis la première élection de Modi, en 2014, la pression sur les minorités religieuses n'a cessé de croître. Les lois promulguées à l'encontre des vendeurs (musulmans) de viande bovine, des congrégations religieuses recevant des fonds de l'étranger et les lois anti-conversions ont confirmé aux chrétiens comme aux musulmans qu'ils étaient dans le viseur des nouveaux dirigeants de l'Inde. Des nationalistes hindous, influencés par la rhétorique de politiciens affiliés au BJP, s'en prennent aux personnels d'institutions chrétiennes (écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux). Déplorant un climat social hostile aux minorités religieuses, la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CBCI) a dénoncé une « polarisation religieuse sans précédent qui endommage notre chère harmonie sociale et menace la démocratie elle-même ».

Pour s'assurer un troisième mandat, Narendra Modi multiplie les signes de ferveur hindouiste. En janvier dernier, le Premier ministre a inauguré un temple construit sur le site d'une ancienne mosquée détruite en 1992 par des extrémistes hindous, dans la ville d'Ayodhya (Uttar Pradesh). Soulignant son engagement nationaliste et religieux, son discours annonçait l'avènement d'une « nouvelle ère » pour l'Inde.

Autre indice de la fin programmée du sécularisme : l'éclipse qui frappe les pères de l'indépendance indienne, Gandhi et Nehru, auxquels sont reprochées plus ou moins franchement leur conception séculière et pluraliste de la démocratie indienne. Signe symbolique de ce désamour : le Musée-Mémorial Nehru, institut prestigieux de sciences sociales à New Delhi, a été renommé en août 2023 « Musée et bibliothèque du Premier ministre ». Quant à Gandhi, le gouvernement Modi lui préfère ostensiblement Vinayak Damodar Savarkar (1883- 1966), un nationaliste qui fut incarcéré par les Britanniques. Savarkar est le fondateur de l'hindutva, une idéologie prônant la suprématie de la « nation hindoue » (« Hindu Rashtra »). À ce propos, La Croix (25 avril) relève qu'un détail historique gênant est occulté dans les manuels d'histoire : l'allégeance de l'assassin de Gandhi, le nationaliste hindou Narayan Vinayak Godse, à l'association des volontaires nationaux, organisation paramilitaire dont est issu le BJP…

La prochaine étape visée par les ultra-nationalistes est une réforme de la Constitution enterrant le sécularisme — qui y est inscrit depuis l'indépendance (Asia News, 19 avril). Modi n'a pas désigné le but aussi clairement, mais il n'a pas caché son désir d'obtenir une majorité suffisante au Parlement pour instaurer un nouveau code civil unifié qui priverait les minorités religieuses de leurs législations particulières, charia pour les musulmans, lois ou coutumes liées au mariage, au divorce, à l'adoption, à l'héritage pour les chrétiens.

L'Église catholique de l'Inde ne dissimule pas son inquiétude face aux desseins de Modi et du Bharatiya Janata Party, d'instrumentaliser l'hindouisme au détriment des autres religions rapporte Vatican News (9 avril). La minorité chrétienne ne représente que 2,3 % du 1,4 milliard d'habitants du pays, soit néanmoins entre 30 et 35 millions de citoyens indiens. Selon l'organisation United Christian Forum, 161 attaques ont ciblé les chrétiens en Inde entre le 1er janvier et le 15 mars 2024. Plus fondamentalement, l'offensive se concentre sur les écoles et universités catholiques, particulièrement recherchées pour leur qualité.

dimanche 4 février 2024

Des cardinaux choisis par l'argentin François éliront-ils un pape conservateur ?

C’est ce que pense possible l’historien des religions et théologien italien Massimo Faggioli interrogé par La Vie.

Alors que les Églises d’Afrique ont annoncé un « non » continental à la possibilité de bénir des couples homosexuels, ouverte par le pape François, une page difficile s’ouvre pour la gouvernance de l’Église.

Au-delà des oppositions habituelles au pontificat de François, les réactions au document publié en décembre dernier par le Dicastère pour la doctrine de la foi sur la possibilité de bénir des couples homosexuels, et notamment le « non » du continent africain, ouvre une crise riche d’enseignements sur la gouvernance de l’Église et les enjeux de la synodalité.

— Une nouvelle forme d’opposition au pape François est-elle en train d’émerger ?

Au cours des derniers mois, nous avons été témoins de nouveaux cas d’opposition, comme de ce prêtre en Italie qui a été excommunié latae sententiae après avoir déclaré que le pape était un « imposteur ». Cet épisode est survenu en même temps que des évêques et des cardinaux prenaient position contre le document du Vatican sur les bénédictions, Fiducia Supplicans. La séquence donne l’impression qu’il existe un mouvement contre le pape François qui est en train d’éclater.

— Est-ce vraiment le cas ?

La seule chose que l’on puisse dire est qu’il s’agit d’un moment très délicat de son pontificat, car pour la première fois depuis dix ans, le pape François pouvait rédiger des documents et légiférer avec un cardinal proche de sa sensibilité, Victor Manuel Fernandez, qu’il a nommé en assortissant son choix d’une lettre de mission personnelle. Ses prédécesseurs étaient marqués par une sensibilité différente, plus proche de celle de Joseph Ratzinger. Avec Fernandez, il pouvait aller plus loin dans la mise en œuvre de sa vision des choses, et le premier test ne s’est pas très bien passé.

— Étonnamment, il y a eu assez peu de réactions d’opposition au document dans l’épiscopat américain…

C’est effectivement un constat intéressant. Aux États-Unis, l’opposition au pape François a commencé dès le début de son pontificat. Un mouvement assez large a commencé à se structurer, porté par des intellectuels, quelques évêques et quelques cardinaux, une grande partie du clergé américain et surtout des laïcs dotés d’importants leviers financiers. Des équivalents américains de Vincent Bolloré, mais bien plus nombreux et organisés. Ainsi, après la publication de ce document sur les bénédictions homosexuelles, il n’y a pas eu de grand tollé, parce que ceux qui auraient pu s’y opposer sont occupés à mener une stratégie différente.

Ils travaillent sous la surface de l’eau, ils créent de nouvelles écoles, des centres de formation et des universités. Ils financent des médias catholiques et travaillent à l’après-François. De la même manière, en Europe de l’Est, en Pologne, en Ukraine, en Hongrie, cette affaire de bénédictions vient renforcer des mouvements de fond silencieux très stratégiques, où les regards sont déjà tournés vers la prochaine étape : le conclave et l’élection du prochain pape. Dans ce contexte, il n’est pas à exclure que le prochain conclave, et donc des cardinaux choisis par François, élisent un conservateur ou un ultraconservateur.


 
— Une nouvelle forme d’opposition silencieuse, donc ?

Oui, un certain nombre d’évêques, de prêtres et de théologiens ont cessé de dire les choses en public et de s’opposer frontalement à François. [L’Argentin punissant mesquinement les opposants trop bruyants… Voir Le cardinal Burke (en opposition aux dérives du Vatican) aurait été officiellement sommé de quitter son appartement en février] Aux États-Unis, certains évêques et cardinaux craignent que ce pontificat ne devienne une sorte de papauté fantôme dans le pays, au sens d’un pape que l’on aurait cessé d’écouter. La manière dont certaines des dernières mesures ont été prises n’a pas aidé. Si Fiducia Supplicans avait été publié à la fin du synode, elle aurait eu davantage de légitimité. La situation est donc très compliquée. Je n’ai jamais vu un document du Saint-Office être bombardé de la sorte. Et ces réactions pourraient changer la dynamique au Synode en donnant aux gens l’impression que quoi que disent les participants, tout sera décidé à la fin par le Vatican et le pape. Pour la synodalité, c’est un passage délicat. Mais pas seulement.

— C’est-à-dire ?

Depuis quelques années déjà, François s’appuie davantage sur ses contacts personnels pour s’informer et prendre ensuite des décisions, en contournant le système institutionnel, le collège des cardinaux, les services diplomatiques… Au moment où le Dicastère pour la doctrine de la foi publiait sa note, le Conseil de cardinaux (C9) tenait une réunion à Rome sur un autre thème. Et comment le Dicastère pour la liturgie a-t-il été impliqué, dans la mesure où cette note porte sur la nature des bénédictions ? Par ailleurs, dans sa nouvelle constitution de la Curie, le pape a placé l’évangélisation avant la doctrine de la foi, qui, ces jours-ci, est placée sous les feux des projecteurs. Quel est le sens de tout cela ? Chacun semble jouer sa propre partition de son côté et cette manière de faire isole le pape dans son gouvernement.

— Quelles pourraient être les conséquences du rejet par le continent africain de Fiducia Supplicans, après la consultation lancée aux conférences épiscopales par le cardinal Ambongo ?

Il est difficile de répondre à cela, car cette crise est plus profonde que l’opposition au pape François que l’on a connue au cours des premières années. Je ne m’inquiète pas tant en raison des quelques extrêmes qui crient à l’hérésie à chaque décision du pape — parce que ce sont toujours un peu les mêmes, les suspects habituels — que face à cette nouvelle lame de fond. Dans les années 1960 ou 1970, vous aviez une liste limitée de questions sensibles (la contraception et les femmes, questions qui préoccupaient essentiellement les Européens et les Nord-Américains).

Désormais émergent des questions qui n’affectent pas seulement une petite partie de la population catholique, mais le continent en croissance pour le catholicisme, qui est l’Afrique. C’est un problème systémique. Je ne parle pas seulement en termes de quantité, car l’Église catholique ne raisonne pas en termes de clientèle à développer. En revanche, cela touche à la capacité de l’Église catholique à se connecter avec son peuple. A fortiori le Sud, envers lequel François n’a cessé de manifester sa proximité depuis le début du pontificat.

— La synodalité pourrait-elle résoudre cette crise ?

Je pense que la synodalité reste encore une grande occasion. Le plus grand problème de l’Église est le suivant : comment rester unie en acceptant l’idée et la réalité qu’il existe différentes situations et différentes manières d’aborder les questions dans le monde ? Les Églises locales ont acquis un peu d’autorité et de liberté en matière de liturgie, mais pour le reste, du chemin reste à faire. Personnellement, je peine à imaginer que l’Église catholique ait la même politique sur la manière de traiter le rôle des femmes dans l’Église en tous points du monde. Certains pays vivent sur des planètes différentes au regard de ces questions.

Le pape doit maintenant faire face au problème de l’unité dans la foi, unité dont plus que jamais il doit être le signe visible face à cette diversité qui existait déjà, mais qui apparaît désormais en pleine lumière. Ainsi, l’impératif est double : reconnaître la spécificité des contextes et rester un signe visible d’unité. Sinon, les gens se tournent vers de faux prophètes, des politiques ou des figures médiatiques qui se présentent comme plus papistes que le pape.

— La question de l’autorité des Églises locales devrait-elle être selon vous davantage prise à bras-le-corps en octobre prochain ?

Ce serait souhaitable, mais sur ce point, François se heurte à une de ses peurs : que le synode devienne un parlement. Plus que de conversion des structures et des institutions, il a placé le style de la « conversation spirituelle » au cœur du premier synode. On touche ici à un des paradoxes du pontificat : un pape qui a cette grande intuition de la synodalité tout en ayant un gouvernement qui devient plus centralisé.

Voir aussi

M à j : François recule un peu (Bénédiction des couples homosexuels : une révolution qui ne dit pas son nom et qui divise)